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Les calendriers en image

Gérard Nicolas †

sauf mention contraire, les photos et dessins sont l’œuvre de G. Nicolas.

En redécouvrant ces images, un mot me vient: Merci!!

Merci à G.N. de ces témoignages grapillés de jour en jour; son regard perspicace, amusé souvent, détaché, étonné, émerveillé, et son crayon affuté, précis, brossant avec justesse des visages incontournables dont certains aujourd’hui ne sont plus, nous entrainent avec bonheur à leur suite dans la découverte du village et de ses habitants, dans ces années 2006 à 2008.

2006

2007

2008

Et puis après, fini, plus rien.

Mais pourquoi s’est-on arrêté en si bon chemin?

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Tourisme

un peu d’histoire

Montillot, de son nom ancien Monteliot, autrement dit monte liais, ou mont liais, tirerait son nom de ces roches calcaires du jurassique, dont le sous-sol ici est fait , bien que l’on soit à deux pas du massif granitique du Morvan. Autrefois ce calcaire était exploité à des fins de construction: de carrières à ciel ouvert ( par exemple au lieu dit, de nos jours, Le Crot Blanc), étaient tirées ces pierres qui ont servi entre autres, à la construction de la Basilique de Vézelay. Deux autres communes portent en Bourgogne un nom approchant, probablement pour la même raison (Montoillot, et Montliot, en Côte d’Or).

Cette étymologie est néanmoins controversée, et l’on en connaît quelques autres, citées par Mr Pernod dans sa monographie de 1908:

– l’interprétation paysanne: dérivé de par monts et par vaux, le nom signifierait « le mont et le vaux »

– l’interprétation scientifique (étude manuscrite de J. Pro à la bibliothèque municipale d’Auxerre): le nom dériverait de « Mont Hayot », littéralement le mont, et les petites haies (les haillères)

– l’interprétation noble: de la famille Bataille de Bourgogne sont issus les seigneurs du Tillot et de Mandelot. Les Tillot auraient eu des propriétés sur le mont?

– l’interprétation religieuse: au XIe siècle, on désignait les monastères par le nom « Montil ». Un cultivateur du village a autrefois trouvé, en cultivant ses champs, des chemins d’accès à un ancien couvent, dont il ne reste rien d’autre que la tradition orale.

Données géologiques

Avallon, non représentée ici, se trouve à l’extrême N-E de cette carte; la ville et ses alentours (Pontaubert, Pierre-Perthuis, Domecy-sur-cure) se trouvent dans une zone de roches métamorphiques (granites, micashistes) et de failles de direction NE-SW, dont on ne voit que la plus occidentale, et qui passe par Domecy-sur le Vault, Fontette, Foissy-les-Vézelay, . Elle est croisée par la faille « supposée » plus qu’observée, suivant la Cure (Gué-Pavé, Asquins, St-Père, Pierre-Perthuis, Dommecy-sur-Cure, Bazoches. Cette région constitue la limite nord du massif du Morvan.

Le Vézelien est en revanche composé de roches sédimentaires. On retrouve le long de la Cure la zone des alluvions anciens ou récents. Puis en remontant vers les plateaux, les calcaires oolithiques et les marnes. A Montillot et aux Bois de la Madeleine on trouve des limons des plateaux. A Montillot enfin s’étend une zone de calcaires marneux (Callovien Moyen); la carrière du « Crot-Blanc  » en fait partie. En rouge, est tracé le trajet suivi par les pierres extraites de cette carrière, vers Vézelay, lors de la construction de la Basilique (il n’y  a pas d’autre zone plus proche d’extraction possible de ce  type de calcaire dans la région), qui suivait probablement la voie romaine, via Les Champs Gringaux et Asquins.

Montillot, village du Vézélien,  n’a pas laissé de traces dans l’Histoire… Peut-on supposer que son relatif éloignement des vallées de l’Yonne et de la Cure, voies de circulation les plus proches, lui ait évité de participer directement à de grands événements?

Vézelay, vu du Côtat de Blannay, en limite de la commune, côté vallée de la Cure, qu’il domine.

Le cadastre établi sous le 1er Empire, avec le « chemin de ronde », qui fait tout le tour du village, et les « portes d’Emond » et de la « Chally », évoque les murailles qui ont dû être dressées au milieu du 16ème siècle, comme autour des autres villages de la région… Certain pense qu’un reste de ces murailles persiste, surplombant un puits, le long du chemin de ronde, côté Farges.

Il semble bien que cette muraille ait été demandée à François Premier par les habitant du village, en 1526, et accordée par Lui, comme en atteste le document récemment exhumé des archives nationales

(voir: « les fortifications de Monteluot », note historique.

Les bâtiments du village

L’église

Peu de vestiges anciens : on note seulement la base du clocher, reste d’une construction fortifiée, qui, munie d’archères, meurtrières permettant le tir à l’arc, daterait du 13ème siècle.

le clocher
détail
base du clocher et archères

Le château

où avaient été conservées les archives nous ayant permis de compléter la reconstitution généalogique et historique du village.

Les croix:

La croix de Chaly,  la croix Bouché,  la croix de la Dévotion, la croix du crot du Charme, la croix des Hérodat, la croix Blanche. Témoignage ancien d’une dévotion qui n’est plus. Le prêtre officiant à Montillot est celui de Chatel-Censoir.

Le « lac »

(prononcer « lâ ») ou plutôt la mare.

La route vers la vallée (D21)

encore bordée de marronniers et tilleuls…

Des maisons du village

à propos des toitures…

Et les Charolaises!

Aux alentours:

Avallon 15 Km

Vézelay 10 Km

St Père

Auxerre 32 Km

Bazoches 25 Km

Arcy sur Cure 12 Km

Chatel-Censoir 9Km

voir aussi « les cartes postales »

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environnement geographie

Randonnée pédestre

La Fédération Française de Randonnées Pédestres, dans sa brochure « le pays d’Avallon à pied », édité en Mai 2004 (N° 23) décrit un circuit de 14Km, « La boucle de Mal-Fontaine », qui traverse Montillot, et balisée, en jaune.

Démarrons le circuit, de Montillot, place de l’église. 

On remonte par la rue des métiers et de la Duite (route d’Asnières) pour obliquer à gauche au réservoir (marqueur 4). Après le pilône, on traverse la D123, puis on descend par le chemin à droite; il traverse la route de Bouteau (zones de chemins souvent humides), et continue jusqu’au vallon. On franchit le ru de Malfontaine par le chemin à droite (marqueur 5). A 350m environ, on se dirige à droite en lisière de forêt (marqueur 6) pour rejoindre Bourg-Basson. Après avoir emprunté à droite la N21, on vire à gauche le long du ru, pour Fontenille (marqueur 7) puis Brosses (la Place des Marronniers) (marqueur 1). La boucle de retour se fait par l’église de Brosses, puis le sentier herbeux qui remonte vers Brosses le Haut et la mairie, puis le chemin forestier, en prolongement, qui s’enfonce dans les bois communaux, puis en haut tourner à droite (marqueur 2): on rejoint ainsi la route de Farges à Brosses, que l’on suit à gauche sur 500m avant d’emprunter à droite le chemin qui part de la cabane de chasse, et rejoint le Croc Blanc (marqueur 3). On prend ensuite à gauche le chemin de Brosses à Montillot (rue des Côtes).

Dans les bois des Perruches (= »pruches », ou pierres)
En passant dans les vignes
Retour à Montillot par le chemin des côtes
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environnement flore geographie

A propos des Nouveaux Paysages de nos campagnes

Post-remembrement…

La plaine, à perte de vue…

Plus de haies, plus de clôtures et tellement moins de prés.

Droit de Réponse

Fabienne Péchery, le 15 Novembre 2002

En ce jour de mi-novembre, je pose mon regard par la fenêtre de la « maison commune » sur cette plaine qui a suscité tant de critiques ces mois derniers depuis que « Maître Remembrement a encore frappé ».

Les bois s’illuminent d’une couleur rousse sous le pâle soleil d’automne et se fondent en une douce courbe à l’horizon. Quelques arbres émaillent les champs recouverts du tapis vert tendre des blés qui poussent timidement et qui plus tard deviendront une houle cotonneuse sous la brise du printemps. Et je me dis que je n’ai aucunement l’impression de me trouver devant une Beauce impersonnelle et froide. La douceur de ces lieux apaise l’âme toujours autant et atténue les tracas de la vie quotidienne. Ils semblent encore nous raconter la vie de nos ancêtres que l’on s’imagine travailler , le dos courbé sur leur petit lopin de terre, se mesurant en arpent, et faisant avancer d’un pas lourd et fatigué leurs chevaux dans les sillons profonds de cette terre exigeante.

Car là se situe le vrai problème : l’évolution du monde rural. Vous, spectateurs sans indulgence, qui avez la dent dure envers les quelques paysans qui subsistent , guidés par cet amour viscéral de la terre mais sans cesse montrés d’un doigt accusateur : « destructeur de la nature » « pollueurs » « croqueurs de subventions ». Voulez-vous de notre vie, d’une situation ballottée entre les termes techniques de PAC, CTE, QUOTA, PMVA, PCO, et autres initiales froides inventées par des technocrates qui rédigent chaque année des mesures contradictoires et décident de notre avenir en nous faisant remplir des monticules de dossiers indigestes. Bien sûr, me direz-vous, c’est de votre faute : la course aux rendements a plongé le monde agricole dans une spirale infernale et il nous faut revenir à une « agriculture raisonnée ». Facile à dire, vu de l’extérieur.

Mais ne vous en déplaise, il faut quand même tenter d’aménager l’espace pour au moins faciliter ce travail dont la quintessence même est d’entretenir la nature et non pas de la détruire. De même que les voitures sont de plus en plus puissantes, les tracteurs gagnent en énergie et en technologie et ne se contentent plus de petites surfaces. Pour conclure ce modeste article d’une personne un peu lasse d’entendre des critiques, j’aimerais un peu plus de reconnaissance pour ces travailleurs de la terre qui la respectent quoique vous en pensiez.

« Morne plaine » peut-être mais espérons point encore la « Bérézina » pour nous et nos enfants.   

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Des Haies, Pourquoi?

Le paysage rural actuel ne peut pas demeurer tel qu’il est et il doit évoluer. Mais faut-il pour autant radicalement le modifier?

La haie alliée de l’agriculteur

Arbres? Haies? Boqueteaux? Certains estiment qu’ils gênent le passage des machines agricoles, qu’ils nuisent aux cultures en prélevant l’eau et les éléments fertilisants, qu’ils représentent une perte du sol cultivable. 

Les recherches des ingénieurs agronomes cependant montrent qu’après arasement, il y a  reprise de l’érosion, baisse du rendement laitier d’animaux exposés au vent ou privés d’ombre, diminution rapide des réserves en eau du sous-sol: les haies et petites surfaces boisées non seulement limitent la propriété individuelle, mais aussi protègent le sol, les cultures et les animaux.

En surface, les brise-vent maintiennent l’humidité du sol et favorisent les pluies en ralentissant le vent et en évaporant l’eau puisée dans les couches profondes du sol.

En profondeur, les haies retiennent l’eau en saison humide, la restituent en saison sèche. C’est une lutte efficace contre les crues, la sécheresse.

En surface, les brise-vent maintiennent l’humidité du sol et favorisent les pluies en ralentissant le vent et en évaporant l’eau puisée dans les couches profondes du sol.

En profondeur, les haies retiennent l’eau en saison humide, la restituent en saison sèche. C’est une lutte efficace contre les crues, la sécheresse.

Les haies limitent la verse des céréales et la chute des fruits dans les vergers.

Les haies protègent du vent

Pour qu’une haie soit un bon brise-vent, on doit voir le ciel à travers, elle doit être régulièrement garnie, elle doit être la plus élevée possible, sa hauteur sera proportionnelle à la longueur de la parcelle à protéger.

Un obstacle plein, mur talus ou palissade jointive, ne constitue pas un bon brise-vent. Le vent escalade l’obstacle et il se forme à l’arrière une zone tourbillonnaire très défavorable aux cultures.

Une bande boisée, perméable et large est le brise-vent le plus efficace. L’air s’engouffre presque totalement dans la bande boisée, et s’élimine progressivement par le haut des arbres, ne provoquant aucune turbulence à l’arrière.

Les haies, occupant moins de surface au sol, représentent une solution dont l’efficacité dépend de leur perméabilité. Celle-ci évite qu’une trop forte proportion de l’air escalade l’obstacle et ne crée une zone tourbillonnaire.

Les haies et l’équilibre animal

Les haies limitent les invasions de parasites. De vastes étendues de monoculture favorisent la prolifération d’espèces indésirables: campagnols ou insectes. Par contre, de telles multiplications sont très rares ou très atténuées en zone de polyculture et de bocage.

Les haies favorisent les alliés de l’agriculteur. Les arbres, boqueteaux, haies leur offrent un abri pour nicher et chasser. En bocage, les espèces d’oiseaux sont beaucoup plus nombreuses.

Les haies servent de refuge aux prédateurs des parasites des cultures, depuis les coccinelles qui déciment les pucerons, jusqu’aux chouettes qui se nourrissent de mulots.

Où replanter? dans des haies insuffisantes, des bordures de routes et de chemins, à la limite des propriétés, en bordure de rivières, canaux et fossés, en limite naturelles entre terres labourables et non labourables…

Pour qu’une haie soit efficace, il faut une hauteur minimale (à partir de 5m), une base fournie et sans trous, un maillage suffisant, une haie de 5m abritant une zone de 50 à 80m (la distance abritant deux haies parallèles de ce type peut être au maximum 50 à 80m), et une bonne orientation tenant compte des vents dominants et de la pente du terrain.

voir Relations agriculture/biodiversité

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histoire régionale

RELATIONS AGRICULTURE / BIODIVERSITE

POINT DE VUE SYNTHETIQUE DU BIOLOGISTE

(À L’OCCASION DU DEUXIÈME REMEMBREMENT DE MONTILLOT)

Pascal Collin, septembre 2003

P. Collin est directeur du Conservatoire Régional d’ Espace Naturel de Franche-Comté qui a pour mission de gérer les milieux naturels les plus remarquables de Franche-Comté.

Les changements économiques intervenus durant la seconde moitié du XXe siècle ont considérablement modifié les usages des fonds ruraux et le début des années 70 représente un véritable tournant pour les écosystèmes agricoles (Fottorino, 1989 ; Altesor et al., 1998 ; Austad & Losvik, 1998 ; Stampfli & Zeiter M., 1999 ; Alard & Poudevigne, 1999 ; Ihse & Lindahl, 2000 ; Collin et al. 2000). Schématiquement, on peut distinguer deux cas avec, d’une part l’abandon des zones peu productives, et d’autre part l’intensification des autres secteurs.

Montillot est directement concernée par les mutations du monde agricole et le second remembrement ne fait qu’exacerber ce phénomène. Cet article a été réalisé à partir des opérations de suivi des mesures agri- environnementales (MAE, un des nombreux sigles de l’agriculture) menées en Franche-Comté. Son but est d’apporter des éléments de réponse aux conséquences des changements de pratiques agricoles vis à vis des habitats naturels et des espèces que l’on peut rencontrer dans les « écosystèmes agricoles ».

De l’intensification  

Plusieurs facteurs ont contribué à l’intensification de l’agriculture avec en particulier une énergie disponible et bon marché qui a favorisé une augmentation des intrants (engrais, pesticides, irrigation, mécanisation) et une refonte des paysages (Pointereau, 1999).

Une des premières conséquences de l’intensification a été de créer un déséquilibre entre les trois grands types d’occupation du sol (Lerat, 1993) : les surfaces en céréales et oléoprotéagineux (SCOP), les surfaces toujours en herbe (STH) et les friches et forêts (la distinction de ces deux formations serait souhaitable). En particulier, la surface toujours en herbe a beaucoup diminué essentiellement au profit des céréales et surtout des oléoprotéagineux. 

Tandis que la France perdait 25 % de ses prairies permanentes de 1979 à 2000, la Bourgogne voyait les siennes diminuer de 15% soit une perte de 125 723 hectares ha. Dans le même temps la surface destinée à la culture des oléagineux était multiplié par 5,2  (+ 165 371 ha). Il est également important de noter, durant la même période, la spectaculaire (et inquiétante) progression du drainage par drains enterrés avec un accroissement des surfaces « assainies » de 214 % (+ 108 871 ha) en Bourgogne. La diminution parallèle de la surface agricole utile, environ – 3 % soit 47 112 hectares, est également symptomatique de ce processus. 

La perte de biodiversité animale et végétale est une des conséquences de cette intensification (Kornas, 1983). On observe depuis quelques années, à travers l’Europe, une diminution des populations d’oiseaux inféodés aux paysages agricoles et cela même chez les espèces les plus banales. 

Par exemple, une étude menée en Angleterre a mis en évidence une diminution de 60 % des populations de Bruant jaune (Emberiza citrinella) et d’Alouette des champs (Alauda arvensis) au cours des 25 dernières années (Crick et al., 1998). Un constat analogue peut être dressé par exemple, pour la Franche-Comté (Piotte et al., 1984 ; François & Michelat, 1996-98).

Ce déclin a été mis en parallèle avec les changements majeurs intervenus dans la conduite des exploitations agricoles qui ont abouti à d’importantes modifications dans la structure des habitats (Rands, 1985 ; Robertson & Berg, 1992 ; Broyer, 1988, 1994, 2000 ; Tucker & Heath, 1994 ; Stroate, 1996 ; Robinson & Sutherland, 1999). 

Des changements analogues ont été observés chez diverses populations d’arthropodes avec pour origine essentielle la diminution ou la disparition de la flore naturelle des cultures (Aebischer & Potts, 1990 ; Hald, 1999). 

Les plantes des moissons, ou messicoles, font partie des taxons parmi les plus menacés par l’intensification de l’agriculture (Mortimer, 1997 ; Haas & Streibig, 1982). Dans le département du Jura, elles ont fortement diminué puisque 21 % des espèces, sur une liste de 86 plantes, ont aujourd’hui disparu et 42 % d’entre elles ont vu leurs effectifs diminuer de façon significative depuis la fin du 19e siècle (Collin et al., 2000). Les causes de la régression de ces espèces sont aujourd’hui bien connues : mécanisation, tri des semences, utilisation de variétés sélectionnées, épandage de fertilisants et d’herbicides, abandon de l’assolement et utilisation de nouvelles espèces (Haas & Streibig, 1982 ; Aboucaya et al., 2000). 

Les prairies n’échappent pas non plus à cette baisse de la biodiversité du fait de (Green, 1990; Broyer, 1988, 1994 ; Magnanon, 1991 ; Daudon, 1993 ; Muller, 1996 ; Grévilliot & Muller, 1995, 1996) : l’augmentation de la fertilisation qui aboutit à une eutrophisation du milieu entraînant alors une disparition des espèces oligotrophes ; l’augmentation du taux de renouvellement de la prairie qui perturbe le milieu et qui cause des difficultés de survie pour certaines espèces vivaces ; l’introduction massive d’espèces génétiquement améliorées qui augmente la compétition interspécifique et entraîne une disparition des espèces non compétitives ; les modifications des propriétés hydriques et physico-chimiques du sol telles que le drainage qui conduit à la disparition des espèces de milieux humides ou le chaulage qui fait disparaître les espèces calcifuge ; la fauche précoce qui empêche la reproduction des thérophytes et des espèces à fructification « tardive » ; l’utilisation de pesticides (anti-mousse, bromadiolone, etc.) et la déprise agricole dans certains cas.

La plupart des paysages européens sont le résultat de corrélations entre l’environnement et l’agriculture (Kornas, 1983). 

La structure spatiale du paysage est un élément déterminant de l’abondance locale d’une espèce et cela indépendamment de l’effet de la qualité des habitats (Opdam, 1991 ; Wiens, 1995 ; Hanski, 1999 ; Selinger-Looten et al., 1999). L’intensification de l’agriculture implique des changements paysagers tels que l’agrandissement de la taille moyenne des parcelles, la suppression des haies et des talus, le drainage, le regroupement des types de cultures, etc.  

Outre les effets paysagers, hydrauliques et climatiques, il en résulte une fragmentation des habitats qui affecte la dynamique des populations végétales et animales dans ces processus fondamentaux : migration et colonisation (Giraudoux et al., 1997 ; Hanski, 1999 ; Alard & Poudevigne, 1999). 

Une des questions récurrentes posée par les gestionnaires de milieux naturels concerne l’échelle pertinente pour la conservation de la biodiversité. Les niveaux d’interactions entre paysage et agriculture sont dépendants du type d’exploitation mis en place, c’est-à-dire : à quel point les conditions naturelles ont-elles contraint les pratiques agricoles et dans quelle mesure l’agriculture a-t-elle façonné l’environnement ? La détermination de ces corrélations aboutit à une appréciation de l’organisation du paysage qui correspond à un ensemble d’unités agro- environnementales connues en France sous le nom de terroirs chez les agronomes ou d’éco- complexes chez les écologistes. Ces unités paysagères sont elles-mêmes composées de différentes parcelles qui font l’objet de pratiques agricoles homogènes mais qui peuvent parfois présenter une mosaïque de plusieurs communautés végétales. Chacune de ces communautés (ou habitat) constitue l’unité écologique de base à partir de laquelle on détermine la valeur patrimoniale du milieu et son mode de gestion (Muller, 1996 ; Alard & Poudevigne, 1999).

La notion de paysage est indissociable de celle de biodiversité et l’agriculture joue un rôle clef dans leur mise en place, l’intensification des zones productives et l’abandon des secteurs moins rentables sont deux expressions extrêmes de ce processus. Toutefois, intensification et abandon n’ont pas les mêmes effets sur l’environnement et incontestablement, le vrai défi pour l’agriculture consiste à « renaturaliser » les secteurs conduits de façon intensive.

De l’abandon

L’abandon des zones peu productives a de multiples conséquences à la fois écologiques, agricoles, sociales et économiques (Baudry, 1989 ; Bidault et al., 1994 ; Brossard et al., 1997 ; Sciama, 1999 ; Stampfli & Zeiter, 1999). La déprise agricole peut être définie comme étant : « la résultante d’un contexte socio-économique particulier, entraînant l’arrêt de l’utilisation du sol se traduisant par l’apparition de discontinuités spatiales dans l’exploitation et/ou la rupture du système agricole traditionnel, ou encore la reprise biologique sur les territoires abandonnés » (in Bidault et al., 1994).

Cet abandon traduit la diminution du nombre d’exploitations agricoles en France ; l’agriculture ne concerne plus aujourd’hui que 4,8 % de la population active contre 13,5 % en 1970. Toutefois, la déprise agricole de la fin du XXe siècle n’est pas la première que l’ensemble de la Franche-Comté et des autres régions françaises aient connue (Bégeot, 1997). La perte de diversité faunistique et floristique (biodiversité), au moins du point de vue qualitatif, est une des conséquences écologiques à long terme de la déprise agricole lorsqu’elle s’applique à des espaces traités précédemment de façon extensive par le pâturage (Bidault et al., 1994).

Cette perte concerne les espèces inféodées aux milieux ouverts et intervient le plus souvent après une nette augmentation de la biodiversité dans les stades juvéniles et post-juvéniles de la recolonisation (Bidault et al., 1994).

Ce processus est particulièrement frappant dans le cas de l’abandon des terres de qualité moyenne à médiocre, c’est-à-dire dans les pelouses et les zones humides. Le maintien de ces écosystèmes à un stade « bloqué » de leur dynamique est essentiel pour la sauvegarde de certaines espèces patrimoniales (Parnassius apolloAster amellusSaxifraga hirculusOrobranche bartlingii, etc.). Par exemple, pour les pelouses, la richesse biologique maximale correspond à un équilibre entre les maxima d’abondance et de richesse et les maxima de richesse patrimoniale qui interviennent respectivement pour une fermeture de l’ordre de 50% du milieu par la strate buissonnante et dans les milieux totalement ouverts, mais ayant une structure en mosaïque, ou en début de fermeture (Bidault et al., 1994).

Il convient toutefois de faire ici une remarque importante : l’abandon d’une parcelle conduite de façon intensive aboutit à l’augmentation de sa valeur biologique (biodiversité, paysage, lutte contre l’érosion, lutte contre l’effet de serre, etc.). Un champ cultivé de façon intensive présente une valeur biologique quasi nulle et son abandon se traduirait immanquablement par une augmentation de sa valeur biologique. Néanmoins, l’abandon de terres productives ou susceptibles de le devenir est négligeable, la pression foncière est très forte sur ce type de terrain.

Attention au mot paysage  

Les objectifs « paysagers » au sens large sont issus de conceptions normatives liées aux représentations de ce « que doit être » un paysage. Par exemple, la friche, bien qu’étant perçue comme un échec par les agriculteurs, constitue un milieu à part entière abritant de nombreuses espèces spécifiques. Elle est apparue dès que l’homme a appris l’agriculture et fait donc partie intégrante du paysage (Debussche et al., 1993 ; Marty, 1997). 

Autre exemple, l’intégration de consignes de gestion des lisières visant à garantir un passage progressif entre la forêt et la prairie permettrait d’augmenter la diversité biologique d’un secteur, par la préservation d’un certain nombre d’espèces inféodées à ces milieux de transition, tout en menant à bien l’objectif paysager de l’opération.

La sensibilisation des exploitants agricoles à l’intérêt biologique de milieux diversifiés doit permettre la mise en oeuvre d’une maîtrise raisonnable de l’extension des ligneux sur une parcelle.

De ce point de vue, la formation d’un public institutionnel (chambre d’agriculture, DDA, etc.) et privé (exploitants, propriétaires) à la gestion conservatoire de la biodiversité est un des éléments clef de la réussite d’une telle opération. 

Gestion des lisières  après le remembrement à Montillot: en périphérie des cultures, en bordure de forêt, ont été replantées diverses essences connues pour leur adaptation au milieu: merisier, alizier, chêne d’Amérique, acacia ;mais la canicule 2003 rend aléatoire la reprise de ces jeunes plants, cette année.

Deux concepts relativement distincts permettent de mieux percevoir et apprécier l’impact des sociétés sur les paysages/milieux naturels : l’écosystème de référence et le paysage culturel. Le premier pose la question suivante : quelle étape de la dynamique du milieu les mesures de restauration doivent-elles tenter d’atteindre ? Le second met l’accent sur l’importance de l’action humaine dans les paysages qui témoignent des systèmes humains passés.

Les éléments constitutifs d’un paysage peuvent être intégrés de façon très changeante à des argumentaires de gestion. Le cas des actions de boisement entreprises au XIXe et XXe siècles dans le cadre du fonds forestier national est révélatrice de cet état de fait. Par exemple, les paysages caussenards sont tour à tour dénigrés de façon à y promouvoir des reboisements ; puis ces paysages pastoraux sont réhabilités, en particulier dans un souci de conservation du patrimoine naturel (Lepart et al., 2000).

On est alors passé d’un écosystème de référence (la forêt) à un paysage culturel (issu du pastoralisme). Aujourd’hui le paysage culturel tend à devenir le paysage de référence et on a ainsi tendance d’une part à oublier qu’il a été établi par des sociétés dont l’organisation a changé, et d’autre part que l’on supprime la dynamique spontanée du paysage.

Il apparaît alors avec d’autant plus d’acuité que le souci de conservation du patrimoine naturel, au sens de la biodiversité, doit être constamment mis en avant dans les argumentaires liés à la restauration des paysages.

… »l’ère de la grande extermination des plantes est en cours et un vide écologique est en train d’être créé par l’homme »

De la nécessité d’une agriculture durable

Les espèces sauvages qui peuplent les campagnes font partie intégrante du patrimoine naturel et elles justifient tout à fait la mise en place de politiques de conservation de la biodiversité puisqu’elles présentent à la fois un intérêt d’ordre éthique ou culturel, un intérêt économique ainsi qu’un intérêt biologique ou écologique (Barbault, 1993 ; Grime, 1997 ; Aboucaya et al., 2000). Ces espèces sont souvent liées à l’homme et l’agriculture a constitué un formidable outil pour la création d’espèces nouvelles. Par exemple, Les végétaux qui se développent dans les céréales correspondent à des espèces autochtones, recrutées dans des habitats peu stables (éboulis, etc.) et d’espèces allochtones, introduites par l’homme à des époques variées, dont les stations originelles sont le plus souvent localisées dans le bassin méditerranéen, au Moyen Orient ou en Asie centrale. Ces espèces ont accompagné l’homme depuis le début de l’agriculture et certaines d’entre-elles disparaîtraient irrémédiablement sans la survivance d’une agriculture extensive (Kornas, 1983 ; Aboucaya et al., 2000). La flore de France est riche d’environ 7000 espèces (Kerguélen et al., 1987) et pas  moins de 1065 d’entre elles réparties en deux groupes avec d’une part, les espèces prioritaires (486 taxons) et d’autre part, les espèces à surveiller (579 taxons), sont menacées (Olivier et al., 1995). C’est donc plus de 15 % du patrimoine végétal national qui est en danger. Un constat analogue peut être fait en Bourgogne et en Franche-Comté. Ce n’est pas la première fois que des changements importants concernant la biodiversité ont lieu en Europe (Kornas, 1983 ; Begeot, 1997). Toutefois, il semble qu’il y ait une grande différence entre ce qui ce passe aujourd’hui et les changements passés : les pertes de biodiversité végétale et animale ne sont pas compensées par les gains et les processus évolutifs ne peuvent égaler les extinctions. En 1983, J. Kornas s’exprimait ainsi : « The era of « great extermination » of plants set in and a manmade ‘ecological vacuum’ is being created » (l’ère de la grande extermination des plantes est en cours et un vide écologique est en train d’être créé par l’homme). L’auteur de ces lignes envisageait alors deux scénarios alternatifs, l’un optimiste, et l’autre pessimiste. Toutefois, une prise de conscience de ce phénomène semble exister aujourd’hui et le maintien de la biodiversité est devenu une nouvelle priorité pour les gestionnaires de milieux naturels. Il nécessite la mise en place de nouvelles pratiques culturales s’inscrivant dans le cadre d’un développement durable du monde agricole (Burel & Baudry, 1995 ; Jones & Hayes, 1999 ; CMED, 1989). L’introduction de paramètres environnementaux dans les pratiques agricoles est une première étape vers la mise en place d’une agriculture durable. La notion de développement durable cherche à concilier les exigences du développement économique avec celles de la protection des ressources et des milieux naturels (CMED, 1989). La préservation de la biodiversité dépend de notre compréhension des phénomènes qui permettent la création de nouvelles espèces et de leur maintien dans les écosystèmes. Les études démographiques à long terme sont, de ce point de vue, essentielles dans la connaissance de la biologie des populations. On peut espérer que la mise en place des Mesures Agriculture Environnement et l’utilisation des corridors et des réseaux biologiques pourra permettre le maintien des espèces patrimoniales en pratiquant une gestion adaptée, compatible avec l’exercice de la profession d’agriculteur.

Conclusion

Le remembrement est une opération qui est assez caricaturale (du moins tel qu’ils ont été réalisés jusqu’à présent) des relations agriculture/environnement. 

Toutes les données scientifiques accumulées depuis plusieurs décennies montrent un effet nettement négatif de cette opération d’aménagement du territoire sur le patrimoine naturel.

Un autre aspect des choses est que la déprise et l’intensification qui sont les deux problèmes posés par l’agriculture à l’environnement, en terme de biodiversité, ne sont pas du tout traités de la même façon. Seule l’action sur la déprise semble bien acceptée par le monde agricole ; pourtant, il faudra impérativement que la nature retrouve quelques droits dans les zones d’agriculture intensive. Le maintien de la diversité maximale (en terme de valeur patrimoniale) ne va pas forcément à l’encontre du développement économique (Lepart, 1997).

Aller à « droit de réponse » (Fabienne Péchey)

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Les métiers à Montillot entre 1838 et 1938.

R. M. Koutlidis, 2021

Quelle chance nous avons aujourd’hui d’avoir accès aux premiers recensements de la population, mis en ligne sur le site des archives départementales de l’Yonne !

C’est le décret du 22 décembre 1789 qui ordonna d’établir un tableau des « citoyens actifs » par commune, puis quelques mois plus tard, le décret du 7 juillet 1790 du Comité de division à la Convention nationale organisa cette fois un dénombrement de la population entière qui semble avoir été terminé en mai 1791 ; mais l’exécution n’en fut probablement pas toujours faite par voie d’enquête de recensement et une grande partie des archives a été perdue.

La loi du 22 juillet 1791, appelée « loi sur la police municipale », prévoyait la conduite d’un recensement nominatif, méthode qui resta celle principalement employée ensuite pendant deux siècles : elle fut préparé par Lucien Bonaparte et Jean-Antoine Chaptal mais ne parait pas avoir été effectué en dehors de Paris.

Le recensement, dit de l’an II, par application du décret de la Convention nationale du 11 août 1793, recensant tous les habitants et les électeurs, fut réalisé sur l’ensemble du territoire français de l’époque, principalement en 1793-1794, c’est-à-dire l’an II. Les résultats complets par commune sont conservés aux Archives nationales.

Le recensement, dit de l’an VIII, fut prescrit par une circulaire du 16 floréal (16 mai 1800), et eut lieu en 1801. Lucien Bonaparte avait exigé des maires qu’ils fournissent un état de la population de leur commune, répartie entre hommes mariés, veufs, femmes mariées, veuves, garçons, filles et défenseurs de la patrie (vivants). Dans quelques communes, les maires firent établir une liste nominative ; dans d’autres ils utilisèrent le registre d’état-civil, resté théoriquement obligatoire ; la plupart du temps, ils se contentèrent d’évaluations approximatives, souvent au-dessous de la vérité.

Depuis 1801, un recensement général de la population fut organisé tous les cinq ans, jusqu’en 1946, sauf quelques-uns supprimés ou retardés en temps de guerre, et à l’exception de 1811 et 1826, années où furent seulement réalisés, pour la plupart des communes, des rapports statistiques utilisant les chiffres des précédents recensements. L’année exacte peut varier d’un département ou d’une commune à l’autre, surtout avant 1836.

Les archives des recensements n’ont cependant pas toujours été conservées et une circulaire du Ministère de l’Instruction publique de 1887 avait même explicitement désigné les listes nominatives comme étant des papiers inutiles pouvant être détruits. Une étude faite en 1963 sur un échantillon représentatif de 827 communes avait constaté que pour chaque recensement antérieur à 1836, les listes nominatives n’avaient été conservées aux archives départementales que pour moins de 8 % des communes, tandis qu’à partir de 1836, la proportion était de l’ordre de 50 % ou plus. Cependant des archives des recensements de l’an II (1793), l’an VIII (1800), 1806 et 1820 pour la plupart des communes sont conservées aux Archives nationales ou parfois dans d’autres dépôts d’archives.

Pour Montillot, on dispose des listes nominatives de 1836, 1851 ,1872, 1991, 1901, 1906, 1911, 1921, 1926, 1931, 1936. Le nom, le métier, l’adresse approximative y sont reportés, et parfois la nationalité. L’ensemble des personnes vivant au foyer est répertorié (femme, enfants, enfants « placés », domestiques), ce qui représente une source précieuse d’information pour les généalogistes, et les chercheurs.

Cette période de 100 ans traverse des années de grands bouleversements successifs. Après l’enthousiasme révolutionnaire 50 ans plus tôt, le début de la révolution industrielle avec la première voiture à vapeur en 1833, et les transformations de la société mise en place progressivement, la monarchie de Juillet avec Louis-Philippe installe depuis 1830 une autre forme de révolution sociale : la  création des écoles, de garçons d’abord en 1833, puis de filles à partir de 1867; le développement des voies de communication (routes, ponts, canaux) et la « révolution du rail » (la première ligne de chemin de fer (Paris-Versailles) est née en 1837) qui élargit les paysages et l’économie; les liaisons transatlantiques régulières par paquebot à vapeur ; le ballon dirigeable en 1850 ; la révolution industrielle qui va profondément métamorphoser la société à partir de 1850 (marteau piqueur, moteur à explosion, accumulateur électrique puis dynamo, puis transport de l’électricité par câble en 1885, moteur à explosion en 1889), lignes postales, télégraphe puis télégraphie sans fil en 1915, impression rotative pour les journaux, photographie (des Daguerréotypes… aux photographies en couleur en 1905) ; pour nos campagnes, la faucheuse apparait en 1834, puis en 1872 la herse et le chargeur de foin en 1873, la moissonneuse-lieuse en 1875 ; développement du béton, de la fonte et de l’acier ; radioactivité (1896) et radium (1898) grâce à Marie Curie (les rayons X sont découverts en 1894, et rapidement seront mises au point les premières radiographies osseuses) ; premier vol motorisé en 1905, et invention de l’hélicoptère ; machines à écrire (Japy), premiers postes de radio à galène en 1910 ; pneumatiques sur les camions (1917), cartes routières (1918) …

En 1930, l’hydro-électricité fournit la moitié de la production française d’électricité.

Bémol à ces transformations rapides voire fulgurantes du mode de vie, le développement de la tuberculose qui devient la première cause de mortalité en Europe en 1835, de la variole (terrible épidémie en 1835) et l’apparition de pandémies de grippe en France ; une pandémie de choléra en 1849 fait 20000 morts à Paris, et en 1854 on la retrouve dans le sud de la France, où elle sévit puis diffuse en France jusqu’en 1855 (deux autres épidémies de choléra lui succéderont : en 1863-1871 puis en 1880). La mortalité reste très importante en 1870 avec la rougeole, scarlatine, typhoïde, diphtérie, grippe, coqueluche, oreillons, paludisme, variole, tuberculose, choléra, maladies carentielles et maladies vénériennes. L’hygiène devient un sujet de santé publique et l’on multiplie les bains publics, puis en 1852 les premiers immeubles parisiens sont reliés aux égouts, rendu obligatoire à Paris en 1894.

En 1871 Pasteur découvre le principe de la « pasteurisation » pour détruire les microbes (l’asepsie ne commence qu’en 1874) puis, en 1879 il propose le principe du vaccin. Il démontre le rôle des germes dans les maladies infectieuses. En 1882, la stérilisation est généralisée pour réduire les risques opératoires, et des anesthésies locales, avec emploi de cocaïne, sont proposées. (Des anesthésies à l’éther et au chloroforme sont pratiquées depuis 1846). L’aspirine est commercialisée en 1899. Une grave épidémie de rougeole sévit de 1905 à 1910. Des vaccins sont mis au point (rage 1885, typhoïde 1896, variole 1902, coqueluche 1906, diphtérie 1924, BCG contre la tuberculose en 1924 également, fièvre jaune en 1932). Et la grippe continue de faire des ravages : après l’épidémie de 1890 qui est venue de Sibérie (366 morts le 4 janvier à Paris) celle de 1918 (grippe espagnole) fait 115000 décès en 1918. Les premiers vaccins contre la grippe sont introduits en 1937.

En 1922 commencent les premières expérimentations de l’insuline dans le traitement du diabète (encore première cause de décès dans le monde en 2020).

Alors bien sûr c’est un grand écart que cette époque nous impose puisqu’aussi elle nous enthousiasme, nous fait rêver, avec Musset, Lamartine, Stendhal, Mérimée, Dumas,  George Sand, Nerval, Victor Hugo, Flaubert, Baudelaire, Jules Vernes, Verlaine, Daudet, Zola, Anatole France, Jules Valles, Maupassant, Edmond Rostand, André Gide, Alain Fournier, Apollinaire, Proust, Paul Fort, Claudel, Eluard, Cocteau, Giono, Saint-Exupéry, Malraux, Céline,  Aragon… et Berlioz, Chopin, Gounod, Liszt, Verdi, Offenbach, Bizet, Debussy, Ravel, Fauré, … et Courbet, Renoir, Corot, Pissarro, Degas, Cézanne, Van Gogh, Toulouse Lautrec, Monet, Cézanne, les impressionnistes, les Fauves, Picasso, Modigliani, Matisse… Sans oublier Viollet le Duc (1814-1879) ; il fréquente Prosper Mérimée (nommé inspecteur général des monuments historiques) qui l’aide dans son début de carrière et lui confie alors la restauration de la basilique de Vézelay en 1840.

1840 : c’est le début de l’exode rural, avec 40000 à 50000 ruraux par an qui rejoignent les villes, souvent des cadets ou petits journaliers issus de campagnes surpeuplées. Vers le milieu du siècle les paysans, qui sont souvent propriétaires de terres morcelées et insuffisantes, exploitent comme fermiers, métayers ou manouvriers les domaines des aristocrates ou des bourgeois. Dans les années qui ont suivi, maladie de la pomme de terre, mauvaises récoltes de fourrage et céréales entrainent la multiplication des troubles et des faillites ; la disette sévit, aggravée par la sécheresse. Les grèves se multiplient ainsi que les pillages de marché. L’impôt sur le sel est rétabli. Cette crise a des effets considérables sur la population française. Pour plus de la moitié des départements, la population a diminué. Pour les 2/3 d’entre eux, l’émigration l’emporte sur l’immigration. En 1881, on dénombre plus de 1 000 000 d’étrangers installés en France, surtout Italiens, Belges, Espagnols et Allemands, avec 77 000 nationalisations. A la veille de la guerre, en 1914, 100 000 saisonniers agricoles étrangers viennent chaque année travailler en France. Les enfants, les vieillards et les femmes sont mobilisés dans les campagnes pour assurer les moissons et faire les vendanges, épaulés par les hommes, paysans mobilisés, qui bénéficient de permissions agricoles.

A la fin de l’empire, la France paysanne artisanale et rurale devient progressivement ouvrière, industrielle et urbaine (54% de ruraux en 1870) ; la production de blé et pomme de terre augmente mais la pauvreté persiste. Après 1870, la poursuite de l’exode rural qui alors affecte toutes les régions et toutes les catégories sociales (ouvriers agricoles, petits exploitants, artisans, commerçants de bourg, ouvriers d’industries dispersées en déclin, bucherons…) entraine une raréfaction de la main d’œuvre et une augmentation du coût de celle-ci, d’où l’incitation pour les exploitants à recourir aux premières machines agricoles mécaniques. La concurrence des pays neufs (blé américain, laine argentine ou australienne) accentue la crise agricole. Alors le phylloxéra qui frappe les vignobles (en 1875 en Bourgogne) et détruit définitivement les vignes, conjugué à la dépression des prix agricoles accélère les migrations définitives de ruraux (166000 par an jusqu’en 1881, 100000/ an ensuite), vers les villes, ou vers de nouvelles colonies.

A partir de 1880, dans le milieu rural, apparaissent les petits fonctionnaires (instituteurs, facteurs, percepteurs), et des retraités. Le nombre de commerçants, artisans et professions libérales est en hausse : épiciers, cabaretiers, charrons, médecins pharmaciens, notaires…

En 1900, 50% de la population vit dans les zones rurales. Vers 1905, on dénombre 30 000 moulins et environ 2.6 millions d’ouvriers agricoles journaliers ou domestiques de ferme à plein-temps. L’habitat dans les campagnes s’améliore : le ciment et le parquet remplace la terre battue, la pierre ou la brique remplace le torchis ou le bois, les tuiles ou les ardoises remplacent le chaume…

Le choix de cet intervalle (1836-1936) est guidé par les tables de recensement. Il couvre la plus grande partie du 19e siècle (1814-1914).

Qu’en est-il de notre population, à Montillot ?

C’est la période où, d’une densité maximale (presque 1000 en 1850), le nombre d’habitant décroit (environ 520 en 1930). Ceci correspond à l’exode rural qui affectait toutes nos campagnes.

L’évolution sociale durant cette période est assez bien représentée par la modification des professions recensées. Des métiers d’autrefois, qui disparaissent, des professions sinistrées, qu’on ne voit plus, sont remplacés par d’autres.

Métiers oubliés

Blatier : il y en avait 4 jusqu’en 1851 à Montillot, un encore en 1872. Mentionné par Diderot dans son encyclopédie, ce marchand fait commerce des grains, du blé.

Rouetier :

Il y en avait 3 à Montillot en 1836, puis ce métier a disparu au village.

Fabricant de rouets ou de roues de charrettes en bois ? (Pour ces derniers on employait plutôt le nom de charron, et il y en avait 2 à 3 jusqu’en 1931).

Regrattier : il s’agissait de l’épicier. Ce nom est abandonné après 1936. Il y avait 5 épiciers en 1906.

Chartier, charretier : le métier de ceux qui transportaient (en charrette) les voyageurs. Peu nombreux, de 0 à 2 jusqu’en 1931.

Ménétrier : noté en 1836, ils seront ultérieurement plus sobrement appelés violoniste ou musiciens. (ménestrel !!)

Métiers perdus

Tuilier : on en dénombrait 2 en 1851, mais plus aucun ensuite. On peut penser qu’ils se sont installés dans un village voisin. Car les tuiles ont progressivement remplacé le chaume.

Tourneur : sur bois, sans doute ? Il est peu probable qu’il se soit agi de potier. Le métier disparait à partir de 1891.

Cerclier : 3 en 1836, 1 jusqu’en 1872, les cercliers ont disparu après cette date. Ils fabriquaient les cercles métalliques pour les tonneaux et barriques.

Tonnelier :

Entre 1 et 2 jusqu’en 1901, ils disparaissent ensuite (un seul est noté en 1926)

Distillateur : jusqu’en 1901, il y en avait un à Montillot.

Vigneron : Jusqu’à 41 recensés en1872, ils disparaissent de Montillot et ses hameaux au recensement suivant, en 1891.

Sabotier : le métier n’est plus recensé à Montillot à partir de 1906 ; il y en a eu jusqu’à 4 (en 1872) auparavant.

Tisserand : 12 en 1836, ils s’effacent rapidement (5 en 1851, 1 en 1872, puis plus du tout).

Perruquier : il y en avait encore un en 1836 à Montillot.

Huilier : 2 à 3 jusqu’en 1872

Meunier : entre 2 et 4 sur la commune, jusqu’en 1931.

Notaire : il y avait encore un notaire à Montillot en 1836

Curé : à partir de 1936, il n’y a plus de curé demeurant à Montillot.

Militaire, soldat, militaire retraité : de 14 en 1836, ils ne sont plus notés à partir de 1872.

Autres Métiers

Nourrices : ne sont pas répertoriées comme telles, rarement notées (une seule en 1901, 1926, 1901)

Sage-Femme : on en recense une en 1851, et en 1872.

Musiciens : plus constants à partir de 1911

Facteur : à partir de 1911

Cantonnier : 2 à 3 à partir de 1872

Instituteur : 2 à partir de 1851

Manouvrier, manœuvres, ouvriers : après un pic en 1872, on n’en compte plus que 0 à 3 jusqu’en 1936.

Métiers d’aide à la personne : dame de compagnie, domestique, servante, lingère, blanchisseuse-lavandière : leur nombre fluctue. Seules les blanchisseuses ou lavandières ne sont notées qu’à partir de 1926.

Et l’agriculture ?

On a vu la disparition des vignerons en 1891.

Ils se répartissent en propriétaire-exploitant, cultivateur, fermier-éleveur, (jardinier), et aide de culture, ouvrier agricole, domestique agricole, laboureur. Dans ces deux catégories, la définition des métiers est sans doute parfois imparfaite.

Les cultivateurs ont connu leur apogée en 1891 (162 !) mais tombent à 0 en 1901 (?), date à laquelle il y a toujours autant d’ouvriers agricoles. Les mêmes se sont sans doute définis comme « propriétaires exploitants » en 1901, 1906 (passant de 0 à 133 et 117) ; ensuite la définition inverse réapparait avec 82, 54 et 0 propriétaires -exploitants contre 29, 60 et 102 cultivateurs pour les années 1926, 1931 et 1926.

Les éleveurs restent peu nombreux : 7 en 1906, 9 en 1926, oscillant sinon entre 0 et 2.

Le commerce

Boulanger : 2 à 3 à partir de 1901

Epicier (regrattier) : entre 0 et 1 jusqu’en 1891, 1 à 5 de 1901 à 1936 .

Aubergiste : 3 en 1872, un seul en 1926, un seul en 1936.

Marchand de vin, débit de boisson : absents de 1872 à 1901,on en retrouve un les années suivantes.

Receveur buraliste : sur cette période il n’est noté qu’une seule fois, en 1901

Marchand d’étoffe

Les autres, qu’on n’a pas cité

Cordonnier, Bourrelier,

Couvreur, Tailleur de pierre, Carrier, Terrassier, Maçon, Plâtrier, Charpentier, Scieur, Menuisier

Forgeron, Etameur, Maréchal,

Fileur de verre,

Charbonnier,

Marchand de bestiaux,

Garde, garde champêtre, garde forestier,

Négociant, Rentier, retraité,

Bucheron, Journalier,

Couturière, Brodeuse

Revendeur chiffonnier, Brocanteur, Forain, Marchand de peaux de lapins, Colporteur.

En résumé :

Par ces courbes ci-dessous, on a tenté d’objectiver ces transformations de la vie civile que représentent les professions exercées dans les villages.

Si les professions agricoles, jusqu’en 1936, augmentent par rapport à la population, les métiers du bâtiment, eux, tendent à diminuer ; bénéfices indirects de la mécanisation, rendant plus attractif le travail de la terre, d’une part, et plus productif le travail du bâtiment, avec moins de bras nécessaires ?

Et si l’on exclut les professions agricoles :

Les métiers du bâtiment sont prédominants, après ceux de l’agriculture, jusqu’en 1891. Le nombre de commerçants augmente un peu jusqu’en 1936. Le nombre de personnes déclarées rentier/retraités reste minime.

Et en détail (en nombre absolu):

Les vignerons pour la plupart demeuraient au Vaux-Donjon ; les coteaux calcaires alentour étaient propices à cette culture des vignes, comme on en voit à nouveau sur les côteaux de Vézelay, tout proche. (voir annexe 2).

Le ravage du Phylloxera a anéanti cette culture, qui ne s’en est jamais relevée.

Une des conséquences en a été la diminution voire l’extinction des métiers liés à la vigne (tonnelier, cerclier, distillateur…)

En conclusion

Les métiers exercés dans un groupe reflètent le mode de vie de cette population, et leur évolution rend compte des grands changements qui ont affecté le pays dans son ensemble : de la révolution industrielle aux grandes épidémies, du phylloxéra de la vigne aux migrations, des guerres à l’exode rural, tous ces changements transparaissent en filigrane derrière ces courbes, et permettent de mieux les appréhender.

Exemple d’une page du recensement à Montillot en 1836.

ADY 7M 2/111 1836

Annexe 1

Un premier travail avait été réalisé par A. Buet en 2003

La démarche, différente, s’appuyait sur les souvenirs des plus anciens du village. Elle a eu le mérite de l’échange, de l’humain, du partage, que tous les recensements informatisés consultés sur ordinateur ne nous apporteront jamais !!

Montillot au XXe siècle.

Quelques professions exercées au village.

Une liste de commerçants et artisans ayant pratiqué leur métier à Montillot au début  du 20ème siècle a été entreprise par Pierre Guttin il y a quelques années à partir de ses souvenirs de jeunesse. Nous l’avons complétée ensemble au cours de ces derniers mois, avec l’aide d’autres « anciens ».

Remercions particulièrement Paulette MOREAU, Suzanne SAVELLY-DEVOS, Yvette JOUX-MOREAU, Pierre CHAMPY, Paul MOREAU, et certains descendants, directs ou indirects, des personnes citées.

Les archives d’état-civil d’une partie du 19ème siècle, déposées à la mairie de Montillot, et mises aimablement à notre disposition par la maire Michel GIRAUX, nous ont permis de compléter partiellement cette liste dans la période 1870-1900.

130 personnes sont ainsi présentées, dont 13 boulangers, 2 bourreliers, 2 buralistes, 16 cafetiers, 2 charpentiers, 7 charrons, 1 chiffonnier, 2 coiffeurs, 2 cordonniers, 3 couturières, 2 distillateurs, 1 électricien, 14 épiciers, 3 exploitants forestiers, 1 fileur de verre, 1 fondeur, 2 forains, 2 gardes forestiers, 3 huiliers, 7 maçons, 4 marchands d’étoffe, 8 maréchaux-ferrants, 3 menuisiers, 4 meuniers, 1 sabotier, 1 sage-femme, 3 tonneliers …

Les agriculteurs, qui constituaient, jusqu’à la 2ème guerre mondiale, la plus grande partie de la population, ne sont pas cités.

Nous avons ajouté les 4 derniers curés attachés à Montillot ; nous en préparons une liste complète depuis 1650, ainsi qu’une liste des maires depuis 1789 et une liste des instituteurs depuis 1870…

Cette liste ne pouvant intéresser les visiteurs éloignés de notre site, nous n’en présentons ci-joint que la première page ; le document entier est consultable en mairie de Montillot.

Cette liste ne prétend nullement être exhaustive ; aussi, nous demandons à tous ceux qui la liront de nous indiquer toutes les corrections et tous les compléments qu’ils jugeront utiles. Merci d’avance… !

Annexe 2

Il fut étonnant de rencontrer cette publication dans un journal spécialisé dans les nouvelles méthodes de culture, attestant de la culture de la vigne à Montillot :

« Notice sur la culture de la vigne à Montillot », revue horticole, Journal d’Horticulture pratique, Janv-Décembre 1947, ed : Poiteau, Vilmorin, Decaisne, Neumann, Pepin : Librairie agricole De Dusaq, Paris, 26 rue Jacob, 3esérie, tome 1.

Catégories
histoire régionale histoire régionale population

Anecdotes de l’ancien temps

ou petites histoires des fin XIXe siècle et début XXe siècle

vécues ou entendues par Pierre Guttin, propos recueillis par A. Buet, 2004

Le tonnelier braconnier

Achille chassait dans les bois interdits…Repéré et poursuivi par les gardes, il traverse les jardins en courant et rejoint son atelier. Vite, il met le sac contenant le chevreuil dans un tonneau ouvert, pose le fond tout prêt et cercle le fût …Sûrs de l’avoir reconnu dans le bois, les gardes arrivent et trouvent un brave homme de tonnelier au travail , avec son tablier de cuir, ahuri de se voir soupçonné. Après avoir fureté dans quelques coins, ils s’en vont …Au revoir, Maurice, dit Achille !

Livraison de spiritueux      

Eusèbe était « cafetier-tonnelier » entre 1850 et 1890. Il avait un fils curé à Massangis. Périodiquement, il allait en voiture à âne lui livrer du vin avec un laissez-passer de la Régie. Mais il ajoutait discrètement, pour éviter les frais, un petit tonnelet d’eau-de-vie…La « goutte » était placée dans un tonnelet déposé en premier à l’intérieur du fût vide, fond retiré ; puis il plaçait le fond , serrait les cercles et remplissait de vin. 

Le curé appréciait, paraît-il, le fruit de la vigne et ses dérivés !…

Pas d’alcool pendant la messe

C’était une règle imposée par l’Eglise, dont Monsieur de LENFERNAT, lorsqu’il était maire, de 1860 à 1870, voulait assurer l’application…Or il se trouva qu’un homme de Lac-Sauvin, venu faire des courses à Montillot un dimanche matin, se fit servir à boire au bistrot d’Eusèbe. Le Maire ferma le café huit jours, mit  le fautif en « garde-à-vue » dans un local fermé au bord de la grand’rue. Pour le faire sortir, sa famille dut faire amende honorable devant le maire plusieurs dimanches de suite…

Premier vol

L’huilier B. avait l’esprit inventif. Un jour, il imagine et réalise un casse-noix… Une autre fois, il équipe les bras de son frère d’espèces d’ailes volumineuses en bois, et lui dit : « Monte à l’arbre ! » . Arrivé péniblement là-haut, l’aviateur crie :  « Adieu, mon frère ! » , se lance …et s’affale sur le sol, la jambe cassée.

Ivrognes et farceurs

Jules, maréchal, devenu veuf, aimait jouer au billard au bistrot de la « Garnière ». Un jour, il s’énivre, et un groupe de jeunes compatissants le ramènent à la maison, et lui préparent son souper : une omelette qu’il trouve très bonne ; pour lui, des cornichons en lamelles…En fait, ô malice, … des sangsues ! 

Pierre est allé porter ses produits au marché de Clamecy. La vente a été bonne. Avant de repartir, il a rencontré des copains, et , fait rare de sa part, il est un peu « pompette ». Sur le chemin du retour, le groupe s’arrête au bistrot à Asnières. Ses compagnons chuchotent : « on va le finir !… ». Le voilà ivre-mort . Qu’en fait-on ? – Une voix suggère :  « on va l’enterrer ! » . Aussitôt, on l’allonge sur une table, on étend un drap par-dessus, on dispose des bougies tout autour …L’aubergiste, quelque peu croyant, refuse de prêter son crucifix. L’un des compagnons, chantre à Montillot, fredonne prière et hymnes religieux…Au bout d’un moment, le dormeur ouvre l’œil ; d’abord ahuri, il saute d’un bond. Tous partent en courant… 

Une autre fois, c’est P. que les jeunes transportent en brouette, ivre-mort et nu, après l’avoir « peinturluré » en peau-rouge avec de la teinture d’iode et des plumes ici et là. Ils le ramènent chez lui, rue des Hâtes, ouvrent la porte, et retournent la brouette à l’entrée de la cuisine, laissant sa femme s’occuper de lui ensuite !

Autour d’un alambic, flottent des vapeurs d’alcool chaud ; on discute ferme, on s’échauffe, et on boit ! Cette fois-là, c’était le N. qui, faisant le « saoul » avait entrepris d’énivrer Adolphe . Il y parvient facilement : Adolphe a son compte ; un discret coup de coude le fait basculer dans un tas de pépins de raisin ! Prévenus, femme et fils apostrophent le N. qui répond avec justesse : « Quand il buvait, c’est bien lui qui tenait le verre ! »

Intervention de la maréchaussée

La « Garnière » était très conciliante avec les jeunes . Souvent, après l’heure de fermeture, elle leur permettait de continuer à jouer aux cartes à l’arrière de la salle de bistrot, dans sa cuisine.

Or, un soir, « Pan-pan » à la porte : « Police, ouvrez ! ». Les garçons disparaissent et les gendarmes, voyant les verres inachevés : « Où sont-ils ? »  — « Ils sont partis depuis longtemps ! »  –« Ah ! Tiens ! Votre horloge est arrêtée , voyons ce qu’elle a ! » . La porte ouverte, on trouve un gars recroquevillé derrière le balancier …Procès-verbal, deux ou trois noms relevés …Mais devant le Juge de paix de Vézelay, il en est venu dix ! Le juge dit à la « Bistrote » : « Vous leur serviez du vin chaud ! ».

Un « zigoto » répond dans son patois : « çô pas vra, elle nous le sert fré ! ».

Le juge, sourire en coin, fixe une amende globale à cette bande de  joyeux lurons et à la trop aimable aubergiste…

On a volé la pompe !

Un dimanche par mois, on essayait la pompe à incendie à la mare du Puits Martin. La Compagnie de pompiers était alors sous les ordres du Lieutenant Edouard P., brave homme, âgé et imbu de sa fonction. C’était après la guerre de 14. J’étais pompier ainsi que d’anciens « Poilus ». Un jour, deux anciens, d’esprit farceur se font comprendre des jeunes par un clin d’œil …Contrairement aux ordres du Chef, on avait l’habitude d’aller au bistrot après l’exercice, avant de rentrer la pompe, la garant seulement en retrait de vue du café. Cette fois-là, en sortant, plus de pompe ! Branle-bas, effervescence, colère d’Edouard …Quelques heures après, on a retrouvé la pompe derrière une haie, champ des Hâtes … !

Le plaideur puni

Le « Gros Charles » , comme un certain nombre de gens du village, plaidait « à répétition ». Le Juge de paix le connaissait trop bien et en était agacé.

Un jour , c’est le cheval d’un voisin qui, ayant arraché son piquet, s’est baladé avec sa chaîne dans le champ de luzerne du Gros Charles … « Combien le cheval a-t-il mangé de bottes d’herbes dans la nuit ? », demande le juge ; l’interpellé répond : « oh ! vingt, Monsieur le Juge !». Réponse : « Un cheval ne mange pas vingt bottes dans une nuit ! Débouté, vous êtes condamné aux dépens ! »…En sortant , le plaignant reconnaît qu’il s’est trompé de mot, et aurait dû  répondre « saccagé » et  non « mangé » !

L’usurier

Auguste était un artisan sérieux et travailleur, mais il aimait dominer, et savait faire « travailler » l’argent qu’il avait accumulé. A cette époque, on ne payait les travaux qu’en fin d’année, et Auguste disait à ses débiteurs : « Si tu es gêné, tu me paieras quand tu pourras ! » Quelque temps après, il « mettait la pression »… J’ai assisté à la scène qui suit . Rendez-vous donné à l’auberge ; arrive un homme qui, s’adressant à Auguste, lui dit : « Vous m’avez convoqué ?  – « Oui, mon vieux L. ; il faut me payer ce que tu me dois ! » -« Mais vous m’avez proposé vous-même…. » ;- « Eh oui, mais je suis gêné, et si tu ne me paies pas, je dois emprunter et payer intérêt…Je te propose de t’engager par écrit à me payer les intérêts à 10% … ! » – «  Comprenez-moi , Monsieur, j’ai 7 enfants à élever ! » Réponse d’Auguste : « Quand on ne peut élever des enfants, on n’en fait pas ! ».Stupéfait et scandalisé, le pauvre L. dut accepter…

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Une jeunesse à Montillot au début du XXe siècle

Propos de Pierre Guttin recueillis par A. Buet, 2002

Arrivé à un âge avancé, l’homme, souvent seul, et contraint à une activité physique restreinte, éprouve le besoin d’occuper sa pensée . Très souvent celle-ci le ramène au temps de sa jeunesse, au temps béni de l’exubérance enfantine, dans la chaude ambiance familiale, loin des soucis de toute nature.

L’enfance

Je suis né en février 1907…Je vais donc essayer de faire une rétrospective de la vie paysanne,  telle que je l’ai vécue, et qui fut probablement la même dans de nombreux villages de France.

Petite Enfance

J’avais un frère, de 4 ans mon aîné, et un autre, plus jeune de 6 ans.

Un incident qui m’a marqué : en juin 1910, au cours d’une dispute-poursuite entre gamins, je suis tombé dans le puits de la Grand’Cour… Beaucoup de cris, puis la propriétaire du puits, la cousine Marie CHESNE-GOURLOT a réussi à me tirer de cette situation périlleuse, et il fallut, paraît-il, un certain temps pour me faire respirer normalement !

Petits paysans, dès 5 ans, nous partagions les servitudes familiales : garnir la table, mettre le couvert, apporter les provisions de toute nature, la boisson de la cave, l’eau du puits, le bois pour la cheminée.

Après 5 ans, école 5 jours entiers par semaine, catéchisme jeudi et dimanche, le temps « dit libre » occupé par des jeux bien sûr, mais aussi les leçons à apprendre le soir, la cueillette d’herbe à lapins, l’écossage des haricots, travaux présentés comme punition, car, paraît-il, nous étions quelquefois désobéissants !

Nous avions 2 écoles, chacune de 40 élèves, menant de l’apprentissage de la lecture au Certificat d’Etudes primaires (C.E.P.). Les maîtres étaient Monsieur CHARBOIS pour les garçons et Madame Charbois pour les filles.

Je me souviens de mon 2ème ou 3ème  jour d’école, en 1912, en tenue de l’époque, assis à table avec mon camarade Raymond ROUARD, commentant à voix haute le dessin que nous venions de faire sur notre ardoise, sans nous soucier de perturber la classe… Soudain, les autres murmures cessent ; nous levons la tête, et nous apercevons, dans la main du maître, la baguette de noisetier qui s’abat sur nos têtes quasi-réunies ; instinctivement, l’un se penche à droite, l’autre à gauche…Poursuivant sa course, la baguette heurte le bois de la table, et se casse, ce qui provoque un immense éclat de rire . Le maître, souriant au début, se met en colère, nous prend chacun par une oreille et nous met, l’un au coin, l’autre au cachot noir…juste le temps de voir nos copains, – les traîtres -, riant sous cape !

Avançant en âge, on conduisait  les vaches au pré ; puis vers 10 ans, on emmenait seul le cheval vers les vignes ou les champs de légumes ; là, il fallait apprendre à ne pas recevoir le pied de la bête sur le sien, cela fait très mal… ! Puis ramener à la maison les charrettes d’herbe, de foin, de céréales …les parents étant toujours là pour apprendre d’abord à « bien faire », et ensuite, « plus vite » …

Un autre événement  m’a marqué : en 1911, un important incendie provoqué par la foudre au hameau de Bouteau. Notre Compagnie de pompiers a participé activement, avec un grand va-et-vient des habitants du village. Mon père et Emile Vantenay, pompiers, ont dû être soignés d’une congestion pulmonaire, contractée après avoir absorbé une boisson froide alors qu’ils étaient en sueur…

Vie quotidienne au village

La vie au village

J’ai donc connu notre village de Montillot avec 550 habitants , une population très laborieuse, vaquant à tous travaux avec les moyens de ce temps.

Le travail dominant dans chaque bourgade était agricole ; la plus grosse exploitation dépassait de peu 20 hectares. Tous les transports de bois et céréales étaient effectués par charrettes à chevaux et bœufs. Les ânes étaient nombreux ; cet animal exigeant peu de nourriture était utilisé pour de petits travaux et le transport des personnes âgées.

On avait souvent, en plus, une carriole à deux roues, servant au transport des membres de la famille pour se rendre, soit à certains travaux des champs, soit en ville ou aux villages voisins. Mon père, ayant des chevaux possédait un « quatre roues » avec deux bancs, pour ces mêmes usages.

Les commerçants qui, tels le boulanger, avaient des marchandises à transporter, utilisaient ce genre de berline, couverte de toile cirée. ( même les médecins n’ont eu une auto dans notre région qu’en 1920 ).

Curieusement, sauf pour chargement ou déchargement, aucun véhicule ne devait stationner sur la rue, de jour comme de nuit ; garde-champêtre et cantonnier vous rappelaient à l’ordre…Pourtant, le danger était faible ! …Je me souviens, tout de suite avant guerre, d’une seule auto, une DE DION-BOUTON , une « teuf-teuf », d’un épicier de Châtel-Censoir, Mr Guérin, qui venait une fois par semaine ; nous, les gamins, l’escortions en courant !

Le machinisme ne s’est introduit progressivement dans les campagnes qu’après la guerre 14-18 ; il existait cependant des scieries et des moulins actionnés par roues et engrenages mus par eau, et des machines à vapeur pour battre le grain.

Comme au début du siècle précédent, les ménages peu aisés prenaient en nourrice des enfants de l’Assistance Publique, cela jusqu’à 12 ans environ (sortie d’école). Ensuite ils restaient souvent dans la même maison et servaient de « commis agricoles » à petit prix jusqu’au service militaire ; les plus aptes étaient embauchés comme apprentis-artisans.

La population étant trop nombreuse, un certain nombre de jeunes en âge de travailler suivaient l’exemple de leurs aînés du siècle précédent et  migraient dans la région parisienne pour des travaux agricoles saisonniers.

Ces « migrants » ont appris dans leurs pérégrinations de nouvelles  façons de travailler, notamment sur les fruits et les méthodes de vente. Ils ont ainsi commencé à greffer les arbres fruitiers, et à planter framboisiers, fraisiers, cassissiers et groseillers, qui se sont comportés à merveille dans la plaine de Montiillot, le terroir leur donnant un parfum recherché …

Ils ont aussi pris l’habitude de vendre en commun, en constituant un syndicat  qui écoulait à bon prix les produits vers des entreprises de transfioramation en gros. Ces ventes de fruits ont bien aidé à boucler les budgets des petits cultivateurs de l’époque ; elles ont cessé faute de main d’œuvre pour la cueillette pendant la guerre de 39-45.

Les distractions

Notre village avait une Compagnie de 18 sapeurs-pompiers bénévoles, avec une pompe à bras ; ils se réunissaient « pour essayage » une fois par mois. Ils se retrouvaient aussi en grande tenue le 14 Juillet ; après avoir défilé au son de clairon et tambour, et subi l’inspection du Maire, ils animaient une fête, bien suivie par l’ensemble de la population. Chacun d’eux organisait un jeu ou une tombola. Un repas, offert par la commune, leur était servi en soirée.

Un autre repas avait lieu à la Sainte-Barbe, fête des pompiers et artilleurs ; là, chacun des membres de la Compagnie payait sa quote-part.

Mais la plus importante était la fête patronale de Saint Laurent, le dimanche suivant le 10 Août.

Parents et amis sont invités dans chaque foyer ; le matin, fête religieuse ; à midi, repas avec des tas de bonnes choses ; l’après-midi, fête foraine sur la place publique, avec manège de chevaux de bois, balançoires, stands de tir, confiseries, jouets et un bal sous la tente, dont la musique anime l’ensemble de la fête. Les enfants virevoltent dans tout cela, dépensant en sucreries et babioles les offrandes des invités, ou des voisins auxquels ils avaient rendu de petits services…

Un autre fête avait lieu le 22 Janvier, pour honorer Saint Vincent , patron des vignerons, et de la Société de Secours Mutuel. Messe, repas et invités, mais pas de fête foraine. Les membres de cette Société se réunissaient : leur but était d’aider les adhérents malades et de verser une retraite à 60 ans.    (Elle a été dissoute lorsque sont apparues les Assurances sociales d’Etat).

Avant 1914, il y avait aussi une Société de Gymnastique qui fonctionnait bien. Les jeunes avaient une tenue pour les exercices, et une tenue d’apparat pour les sorties en public. Les exercices en chambre avaient lieu dans la salle actuelle du Foyer rural. Le Chef était Auguste Savelly (fils de Céleste).

Les pays voisins avaient aussi une Société de gymnastique, et même une Société de musique, comme Vézelay et Saint Père. Ces sociétés se regroupaient par arrondissement, avec un Chef, et une fête annuelle avait lieu ici ou là.

Je me souviens de l’une de ces fêtes qui eut lieu à Montillot, en 1912 ou 13, dans le pré à Célestin GUTTIN, avec participation des gymnastes de l’Avallonnais en tenue d’apparat. J’étais fasciné par leur chef, Monsieur Destutt, propriétaire du château de Blannay, déjà âgé, mais avec une grande stature ; avec dolman et casquette galonnée, on aurait dit un amiral !

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Rien ne se perd!
Mais là c’était un trio, en bas.
Dans les années 2000

J’ai retenu la belle démonstration d’une pyramide, par les jeunes de Montillot…Au quadrilatère du bas, il y avait Onésime GIRAUX et Charles PORCHERON ; au dessus, il y avait un trio, puis un duo, et tout au dessus, un jeune de 9 ou 10 ans, Gaston PORCHERON !

Il y avait aussi beaucoup de stands de toutes sortes, et des musiciens des pays voisins.

Je tenais par le doigt ma tante Charlotte, d’abord pour ne pas me perdre dans la cohue , mais aussi parce qu’elle était bonne pourvoyeuse de gadgets et sucreries !

La grande Guerre

…Dans le village…

Dans ces années d’avant 1914 ,  je n’ai pas entendu de discussions dans ma famille , ni perçu de rancœurs au sujet des grands problèmes politiques de l’époque : lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat, menaces de guerre en Europe… Parents et éducateurs  prenaient garde de ne rien évoquer devant les enfants de ce qui pouvait diviser.

Puis ce fut fin juillet, premiers jours d’août 1914 …Le garde-champêtre rentre à la maison et dit au maçon Léon MOREAU, qui réparait la cheminée : « Prends ton tambour et annonce que la guerre est déclarée ; les mobilisables doivent passer de suite à la mairie retirer leur fascicule de mobilisation… »

Ma mère, se tournant vers moi, me dit : « Pierre, va le dire à ton père qui fauche du blé à la Fontaine-Guinot ! »

Connaissant ce lieu, je pars aussitôt. Croisant Auguste CARILLON, celui-ci  me voit agité et  me dit : « où vas-tu, petit ? » « La guerre est déclarée », lui dis-je …Quelques heures plus tard, je l’ai revu à la mairie, conversant avec Robert POULIN, Léon MOREAU et Florimont CHAMPY,  tous confiants et d’accord pour dire que « les Boches vont prendre une frottée, et, d’ici peu, il y aura la fête à Berlin »…

J’étais encore enfant, et ne ressentis pas la gravité de ces évènements comme une grande personne . D’autant plus que mon père ne fut mobilisé qu’en décembre 1914 et n’alla pas au front. – ayant 44 ans, 3 enfants, et passé trois ans de service militaire en Indochine -.

Cependant , il ne fut pas de jour que je n’entende parler des péripéties de cette guerre. Mes parents étaient buralistes, et les clients échangeaient tous des propos à ce sujet.

Les noms des tués, blessés ou prisonniers, nous étaient communiqués ; nous en parlions entre gamins ; le maître y consacrait certaines leçons de morale ou d’instruction civique.

Les victimes furent nombreuses les premiers mois, des jeunes dans l’infanterie, plusieurs de l’assistance publique, – célibataires pour la plupart – ; et nous étions bien émus et chagrins lorsque survenait la mort du père d’un de nos camarades de classe, difficile à consoler…

Un communiqué officiel était affiché tous les jours à la vitrine du boulanger qui tenait le téléphone public (le seul au village) ; tous les lieux de batailles y furent affichés tour à tour,  Vauquoy, les Eparges, Verdun, la Somme,… le texte était toujours ambigu, l’ennemi avait toujours des pertes supérieures à celles de l’armée française… ! Je vois encore les permissionnaires, connaissant ces lieux, qui s’insurgeaient contre « ces mensonges », disaient-ils …

De temps en temps, venait en effet en permission l’un de ceux qu’on appelait les « Poilus ». je revois ainsi Emile PORCHERON (dit « Pilote ») arrivant à pied, avec casque, capote et deux musettes, grande barbe, glissant quelques mots de cette vie de tranchées, toujours sur le qui-vive, le risque de mitraille, obus ou balles, dans un trou par tous les temps…

Une autre fois, la porte de la classe s’ouvre ; sans frapper, un soldat rentre tout harnaché : « Bonjour Monsieur Charbois, me reconnaissez-vous ? » -« Ah oui, c’est donc toi, Emile ( un autre ! ), qu’est-ce que tu fais au front, quel est ton rôle ? ». Et là le soldat  commence à raconter les scènes horribles auxquelles il assiste – ou participe…- chaque jour. Vite, le maître l’arrête : « Emile, tu en as déjà trop dit, tu reviendras plus tard,…mais pas devant les enfants ! ».

Notre bon maître nous faisait parfois des cours comme s’il était stratège : je me souviens de celui sur la bataille de la Marne, mettant en évidence l’imprudence de Von KLUCK, qui engagea ses troupes en pointe sur Paris sans assurer ses arrières … 

A Montillot, nous étions loin du front, et n’avions pas le tracas des batailles, peu de passages d’autos et encore moins d’avions…Un jeudi matin de l’été 1918, d’une cour de ferme, j’entends un avion volant bas, cherchant à atterrir …C’est ce qu’il fit avec un grand bruit , peu de temps après. On se précipite dans la direction de la chute, vers le lieudit les Esserts ; l’avion, ayant heurté des peupliers, – les seuls dans le coin ! – a le devant en terre ; le pilote sort de la carlingue, aidé par quelques uns; traumatisé, le nez cassé, il est pansé par une infirmière du village. Les  gendarmes font garder l’avion par des permissionnaires, sous les ordres de mon père, sous-officier ; au bout de 2 jours, des camions sont venus récupérer l’avion.

…Dans la famille…

Après le décès de mon grand-père maternel en août 1914  à Voutenay, son épouse (66 ans) vint en octobre habiter avec nous. Après le départ de mon père, les difficultés apparurent , surtout pour les travaux des champs ; les hommes du village encore « en force », nous aidaient, lorsque leur propre travail était terminé. Nous avions des journaliers non mobilisés, jeunes de 18 ou 19 ans au plus ; et aussi des anciens « itinérants », qui se sont fixés là pour avoir gîte et couvert et nous rendaient bien service pour le fauchage et la coupe de bois.

Ma mère dut « faire face », pour assurer la nourriture de 7 personnes, et répondre aux réquisitions    ( bétail, foin, avoine…) . Elle était bien aidée par ma grand’mère, rustique et travailleuse ; en plus des travaux domestiques, celle-ci débitait le bois pour la cheminée, binait les betteraves et autres légumes . Experte dans les vignes, elle assistait d’autres cultivateurs, en échange de travaux plus durs…

Mon frère aîné André et notre cousin Gaston PORCHERON – 11 et 12 ans  – parvenaient déjà à atteler les chevaux, il est vrai très dociles ; s’aidant d’une brouette pour se rehausser et mettre le collier ; à deux, ils arrivaient à mettre la charrue au sillon…

Près de 4 ans après le début de la guerre, le gouvernement français décide de libérer plusieurs classes ; mon père , 48 ans, en profite, tout en restant sous contrôle militaire. Notre culture est reprise en main. Maman geignait bien pour boucler le budget et livrer ses « réquisitions », mais nous n’avons pas souffert de la faim…On pouvait  mettre de côté quelques quintaux de blé, le faire moudre et bluter par un meunier ne craignant pas les contrôles, et disposer ainsi de farine blanche…A cette époque, la plupart des cultivateurs cuisaient encore leur pain de ménage une fois par semaine. Grand’mère triturait la pâte, Maman se chargeait de la cuisson du pain, et de tout ce qui pouvait se faire au four, avec la viande de porc, les volailles,  mais aussi le lait, les œufs, dont nous disposions par ailleurs ! Sans oublier les légumes du jardin, pommes de terre, tomates, poireaux, salades et haricots …et ce qu’on pouvait trouver dans la campagne et les bois, les escargots, les champignons …

…enfin !…

Un jour de novembre 1918, pendant la récréation, nous voyons arriver la télégraphiste Cécile brandissant  un message. Monsieur Charbois nous réunit, nous lit l’annonce de l’Armistice et nous dit : « Mes enfants, l’école est finie pour aujourd’hui ; laissez  vos cahiers et rentrez chez vous »…

Dans le quart d’heure, suivant le degré d’intimité, tout  le monde s’embrassait ou se congratulait. Les cloches ont sonné longtemps, comme celles des pays voisins. Les bonnes bouteilles sortaient des caves …Mais les endeuillés étaient bien tristes…Et dans ce mois de novembre, la grippe espagnole sévissait et il y eut encore des morts …

Le 15 Février 2002

Adolescence

L’entre-deuxguerres, période laborieuse et paisible…

J’aimais aller à l’école , grâce aux qualités d’un bon éducateur. J’ai obtenu à 12 ans mon certificat d’études primaires (C.E.P.) avec la mention « Assez Bien ». J’étais considéré comme sérieux, puisque l’instituteur a insisté pour que je lise devant les personnalités le poème de Victor HUGO , – « ceux qui pieusement sont morts …,- à l’inauguration du monument aux Morts de la Guerre 14-18. J’étais très ému, mais j’ai récité « sans bavure »…

Quelques années après la sortie de l’Ecole, n’ayant plus l’occasion de « pratiquer », nous avions souvent des difficultés pour rédiger une lettre pour l’Administration dans les formes conventionnelles. L’instituteur et le prêtre servaient alors de « greffiers » à ceux qui ne pouvaient s’exprimer dans leurs lettres ; en général ils en étaient bien récompensés . Le sacrifice du porc avait lieu dans tous les foyers et ces évènements étant échelonnés , ils étaient assurés de recevoir tout le long de l’hiver rôti et boudin ! Par ci par là, une bouteille d’eau-de-vie en plus, que l’on présentait discrètement, « pour faire des grogs »…

J’ai reçu une éducation religieuse, et, comme Mr CHARBOIS, l’abbé DORNERT « m’avait à la bonne ». Ce prêtre avait été mobilisé, et après l’armistice il y eut une cérémonie de première communion pour une trentaine d’enfants ; là encore, c’est moi qui ai lu le message de remerciements…Curieusement, ce message avait été rédigé par l’instituteur ! Certes, la qualité de la prose y gagnait, et , si la séparation récente de l’Eglise et de l’Etat exigeait des fonctionnaires une certaine réserve, les deux hommes s’estimaient. D’ailleurs, la « morale laïque » enseignée alors à l’école était très inspirée de la morale chrétienne…Catéchisme et « roulées »

J’étais enfant de chœur, avec le catéchisme le jeudi et le vendredi. Les Vendredi et Samedi Saints , il y avait les « roulées » ; avec un panier pour les œufs, une tirelire et un crucifix, nous allions de porte en porte chanter une courte prière en latin. Tout le monde donnait, même les « païens » !

Cela nous donnait l’occasion de rentrer dans tous les foyers , et d’assister à des scènes qui, souvent, nous surprenaient.

Une fois, arrivés à l’heure du repas, nous trouvons le père , le fils et la fille, mangeant avec cuillère et fourchette une fricassée de poireaux dans une écuelle commune. D’autres, pour économiser le pétrole, s’éclairaient en allumant à la flamme de la cheminée de fines écailles de bois vrillées, fichées dans une betterave …

Une autre fois, nous allions au Moulin de Marot, le samedi midi, comme d’habitude ; 4 kilomètres, en passant par Bouteau, – sans s’y arrêter, car c’était sur la paroisse de Brosses -. Habituellement, la Marie POULIN nous faisait « dîner » ; mais cette fois, la meunière était absente pour la journée et son mari n’a pu que s’excuser…Exténués et affamés, les gamins, repassant par Bouteau y sont interpellés par la « Parisienne », à qui ils racontent leur mésaventure . « Il ne sera pas dit que j’aurai laissé jeûner des enfants du Bon Dieu, venez… », nous dit-elle. Et nous rentrons : deux ou trois galettes au poireau fument encore, gonflées, qu’on aurait dit le dos d’un crapaud…, un fumet …une odeur de pâte cuite… ! A la maison, mon frère André n’aimait pas la galette aux poireaux ; là, il l’a mangée avec appétit…Depuis ce jour mémorable, il en redemandait à ma mère, si bien que celle-ci disait : ‘la Parisienne t’a ensorcelé, ma parole ! ».

Le Curé nous partageait équitablement le produit de la quête ; le surplus des œufs allait chez une de nos mamans qui confectionnait une omelette baveuse aux fins herbes,…je ne vous dis que çà !

Ni poulet ni coq!

Diverses activités « civiques ».

A 14 ans, formé aux travaux de mon âge, entraîné et encouragé par mon frère aîné, les conseils d’un bon père, toujours conciliant, les dictons de M’man Guitte, j’aidais de mon mieux à la vie courante de ma famille paysanne.

J’ai remplacé mon frère comme sacristain et sonneur ; payé pour l’Angélus par 2 personnes charitables et le midi par la commune, dont je devenais ainsi un fonctionnaire !

Un jour malgré mes réticences, – je lui ai dit que je ne voulais pas être la risée du public -, le Maire Célestin GUTTIN m’a convaincu de devenir « appariteur – tambour », en me promettant de m’accompagner au début. Il m’a lui-même « amarré » le tambour et, sur la place publique, « vas-y ! ». Les baguettes se sont un peu emmêlées, mais ma voix a été jugée « bien timbrée » …et j’ai continué jusqu’en 1927 !

Puis le prêtre, musicien consommé, possédant une forte et belle voix , a tenu à m’apprendre le plain-chant et la musique pour remplacer Jeanne DEFERT qui se mariait (Jeanne, la sœur d’Emile, le coiffeur d’Avallon…).Je n’étais pas doué ; à l’harmonium, je n’avais pas droit à l’accompagnement, de peur des « couacs »  Il m’a prêté un petit harmonium, et, chez mes parents, je jouais les scies à la mode, « le p’tit Parisien », les chansons de Botrel …

Après la séance de catéchisme, le curé nous amusait, racontant des histoires ou faisant le guignol avec son calot de militaire (il venait d’être libéré en 1918) et sa canne comme fusil ! ( il faut savoir que notre curé était un colosse, bon vivant et qui d’hésitait pas à répondre par un bon coup de pied dans la partie charnue du bas du dos à celui qui lui manquait de respect !).

En cette période, les cérémonies liturgiques, à la St Vincent et la St Laurent, en latin et musique plain chant, étaient impressionnantes … Mon cousin Charles PORCHERON chantait le Noël d’Adams, le Credo du paysan, et même l’Ave Maria de Gounod ! Sa belle voix charmait aussi les réunions familiales ; et je me souviens d’avoir vu pleurer ma grand’mère à qui il avait dit chanter pour elle « les bonnes vieilles de chez nous ».

Un autre rôle que l’on m’a fait tenir : serveur et caviste au cours d’un beau mariage …Un mariage à Montillot…

Notre instituteur avait 4 filles ; en 1923, c’est Hélène qui se mariait, à l’église, avec un instituteur .

Il y avait des « officiels », le Maire et ses conseillers, le notaire, le Docteur ROCHE, conseiller du canton ; et tout le village sur la Place lorsque les mariés parurent sur le parvis ; le cortège des invités suivant le violon d’Alfred DEFERT, les autres allant se désaltérer dans les trois bistrots du village.

Et puis le repas des noces…

ARNOUX, – prévu comme caviste -, ayant sa crise d’asthme, Mr CHARBOIS vint demander à mon père que je le remplace « sur le pouce », alors que j’étais en train de distribuer la nourriture au bétail ! J’ai vite changé de tenue !

Il y avait parmi les invités un Mr GUEHO, qui avait été pendant des décennies valet de pied dans une grosse maison bourgeoise. En quelques minutes, il m’a enseigné la façon de placer les doigts sur la bouteille, comment verser le liquide et ensuite essuyer légèrement le goulot, les mots polis à dire, l’ordre dans lequel on devait servir…Valentine MOREAU, présente elle-aussi , m’a prodigué quelques conseils complémentaires, pour que je ne me laisse pas influencer par certains convives !

Au début, tout s’est bien passé : le gars Pierre se sentait bien dans sa personne…Mais voilà l’incident : un bouchon qui part trop vite et le Champagne qui se répand sur la robe d’une demoiselle d’honneur, …cris de dinde effarouchée…, mon Pierre rouge comme une pivoine, ne sachant que faire. Mais des braves gens , hors étiquette, sont venus à mon secours , – le champagne, ça ne tache pas ! – et j’ai repris mon service correctement jusqu’à la fin du repas.

On m’a alors invité à participer à la noce avec les autres jeunes invités. La sœur du marié a même essayé de m’apprendre un pas de danse !

Ma première « histoire de chasse ».

C’était en 1919 ou 1920, en avril ; j’étais parti chercher des nids, vers Guigne-Chien, Collerette et la plaine de Brosses, lieux que je connaissais bien, allant souvent après l’école, porter des escargots, ou d’autres choses, à mon oncle le curé de Brosses ou à ma tante Marie FOURNIER. A ma surprise, je vois une ligne de chasseurs, dont mon père. Perché sur un grand orme à côté d’un nid, j’observe deux chasseurs qui visaient un lièvre, ne voyant pas arriver un gros sanglier. Je hurle très fort, mais le sanglier se détourne…C’était raté ! Comme les chasseurs, de dépit, levaient les bras en l’air, je leur en annonce un autre : tiré de trop loin, il passe…On entend alors les aboiements caractéristiques d’un chien qui poursuit un autre sanglier . Sans attendre, je déguerpis par une « ligne » (allée déboisée qui sépare deux parcelles), des œufs de pie et de corbeau plein mon mouchoir ; j’arrive en haut de la « Côte », près de l’ancienne carrière, et j’entends un chien qui se rapproche, puis se tait, puis un fort hurlement, suivi de « houp, houp … » et je vois ce dont il s’agit : la grosse bête noire tient tête au chien, lequel appelle son maître…Le cœur battant, je hurle moi aussi, poussant des cris que je veux terrifiants …Puis, un « déboulé » du grand noir qui va vers son destin, …deux coups claquent, le BUSSET d’Asquins vient d’ajouter une victoire à son tableau déjà bien garni ! J’ai vite rejoint le rassemblement ; une bête très grosse est étalée…Le « tueur » s’adressant à moi : « C’est toi, petit, qui a crié de là-haut ?…Oui ! C’est toi qui as le mérite du résultat !

J’étais très fier de ce compliment devant mon père !

Un chasseur ajoute : « il mérite une part ! » ; un autre rétorque : « il est convenu qu’on ne donne qu’aux traqueurs présents au départ de la chasse ! »

J’obéis à mon père qui me dit «  Va vite rejoindre ta mère qui s’impatiente ! »

Revenu à la maison, mon père dépose sur la table sa part, …et la mienne ! « Ton oncle Rosa , et presque tous ont plaidé pour toi ! »

…Tout gamin que j’étais (« ni poulet, ni coq », comme disait l’abbé DORNERT…), j’ai apprécié ce geste égalitaire !

L’exploitation familiale…

Après la guerre, est vite apparue la nécessité d’accroître la superficie cultivable et de commencer à se « mécaniser ». Mon frère aîné avait 17 ou 18 ans quand il a suggéré à mon père de louer des terres, en plus de celles appartenant à deux oncles qui n’habitaient plus le pays.

Le cousin Jules venant de décéder en 1918, sa veuve n’ayant pas d’enfant, a bien voulu nous louer 8 ha de terres. Nous avons acheté une machine à faucher, une râteleuse et une belle jument, Sirène.

On remarquait à cette époque que les filles du village s’émancipaient, se faisaient couper les cheveux et faisaient les yeux doux, de préférence aux garçons qui cherchaient une place de fonctionnaire, d’employé de bureau, de gardien de propriété…Adieu les vaches et les culs-terreux !

Moi, ce métier me plaisait, m’avait « pris aux tripes » ; j’avais 16 ans, j’aidais mes parents, et j’avais le temps de penser à autre chose !

J’ai appris à faire le travail avec n’importe quel outil. Et au milieu d’une équipe, un bon devant, un autre bon derrière, que l’on soit jeune ou nonchalant, on est obligé de suivre ! Comme dans un attelage, on met au milieu le jeune cheval à dresser …

Travaux « sous-traités » à la tâche

Lorsque le travail sur notre exploitation nous le permettait, nous faisions par ci, par là des « journées » chez l’un ou l’autre, au taillage ou piochage des vignes, au labourage ou à l’arrachage, enfin aux battages ; l’hiver, abattage du bois pour un marchand ou un particulier, avec hache (la « cognée »), scie, passe-partout, serpe…

Je suis resté très attaché à ce travail dans les bois ; il laissait une totale indépendance ; « à la tâche », plus on travaillait, plus on gagnait…Et l’exigence d’un travail bien fait : laisser un chantier et une coupe « propres » …

A midi, nous nous retrouvions autour d’un bon feu de braises rouges préparé par l’un d’entre nous ; assis le chaudron entre les jambes, le « fricot » cuit ou réchauffé, nous mangions, qui des haricots au lard fumé, qui des harengs ou des pommes de terre cuits à la braise, du fromage de tête de cochon, du fromage maison, du vin de nos vignes, un bon café chaud, et pour finir un sucre trempé dans un quart de soldat, où avait été versé un peu de marc, ou d’eau-de-vie de prune ou de cerise !

Le soir, on rassemblait les braises rouges en les recouvrant d’une couche de cendres et on rentrait à la maison ; 2 ou 3 km à pied, la besace au dos, les sabots claquant sur le sol gelé . En soirée, les vêtements secs, un grog ou un vin chaud dans l’estomac, on avait retrouvé la forme…Avant d’aller au lit, on pouvait encore s’octroyer des châtaignes grillées – du bois du Gros Fou -, avec un verre de vin blanc de la vigne des Sablons …

En 1923, – j’avais 17 ans -, Onésime GIRAUX , avec l’accord de mon père, m’embauche en août pour un travail de terrassement au manoir appartenant à Monsieur LEHARLE . Trois autres ouvriers faisaient partie de l’équipe, GAILLARD, GUILLEMARD et Gaston PORCHERON. Onésime transportait la terre en charrette. Nous avions chacun 5 francs par mètre cube. Travail très dur sur 9 journées, du petit jour au soir à la fraîche, avec arrêt de 2 à 3 heures de l’après-midi. A la fin, chacun de nous a touché 450 francs, soit 50 francs par jour travaillé, alors qu’au bois en hiver, on ne gagnait pas plus de 12 Francs…Ce fut pour mon père un bon supplément au budget familial . J’ai été récompensé par une bonne prime, …et le contentement d’être classé « bon ouvrier ».

Les évènements familiaux…

C’est cette année-là que mon frère André est parti au Service militaire à Chalons-sur-Marne ; il est revenu en novembre 1924. Dans une lettre annonçant son retour, il nous prévenait que, ne voyant pas d’avenir dans la culture, il envisageait une place en ville ; en même temps, il me chargeait de trouver un chantier au bois pour tous les deux…

A la fenaison 1924, le cousin Jules dit à mon père : «  Charles, tu as une extinction de voix qui dure trop longtemps, va voir un médecin ! ».

Le médecin de Vézelay lui dit : « Ce n’est rien, mais consultez tout de même un spécialiste ! ». Mon père, un peu vexé, attend, et ne consulte qu’en octobre. Trop tard ! L’irréversible était engagé. Après 2 mois de souffrances, il est parti à la mi-janvier, nous laissant tous avec une immense peine…

Mon frère a dirigé l’exploitation jusqu’au 1er Octobre, et il partit rejoindre l’emploi qui lui était offert à Vierzon. Dans cette période, il a complété mon apprentissage de ce métier de cultivateur, si prenant et si complexe.

Puis la vie a repris ses droits…Cependant, les traditions exigeaient de marquer le deuil : pas d’amusement public … Je venais d’avoir 18 ans et n’étais donc pas majeur; j’ai demandé à ma mère de me cautionner pour un permis de chasse . Elle a d’abord refusé, pensant que mon travail s’en ressentirait. Puis, mon frère et mes 3 oncles étant intervenus, j’ai promis que je ne chasserais que le dimanche !

Mes compagnons de chasse étaient des amis de mon père, « gens des tranchées » qui m’ont adopté dans leur groupe. J’ai ainsi appris en parcourant champs et bois, beaucoup de choses de l’ancien temps.

En longeant ou traversant une parcelle de terre, on citait tout naturellement le propriétaire actuel, mais aussi celui d’avant, et on évoquait des anecdotes ou des farces où les uns ou les autres étaient impliqués… (Rendez-vous compte que ces « propriétaires d’avant » étaient nés au début du siècle précédent ! ) . Parmi les 4 cafés-bistrots, le favori de cette bande de jeunes était alors, – avant 14 …- celui d’Eugénie GARNIER , une des filles de la Tante Rose. Je l’ai connue, toujours contente et indulgente pour les frasques de ces « petits » !

Au printemps 1926, Auguste, mon jeune frère, qui m’aidait bien, est tombé du grenier. Rien de cassé, mais une jaunisse qui l’a rendu indisponible au moment des semailles. Ma mère a dû régler tous les frais ( pas de « Sécu » !). Et moi, j’ai pu faire front au travail…

L’entrée dans la vie d’homme

Le Service militaire.

En mai 1927, incorporation au 21ème Dragons à Lure. Le campagnard fait connaissance avec une nouvelle vie, en commun avec des jeunes d’origines et de tempéraments très différents, et l’obligation de respect d’un règlement . Aussi avec la notion de « classe » liée à l’ancienneté sous les drapeaux ; il y a les « bleus », les « piafs » et les anciens, avec des corvées différentes ; aux « bleus » les basses besognes !

Après 3 mois de classes, partie à pied, partie à cheval, je fus inscrit au peloton de brigadier , et rapidement, sans avoir de galons, j’ai eu l’expérience des responsabilités de commandement, et des sanctions appliquées pour des incartades de subordonnés…J’ai encore le souvenir cuisant d’une marche de 27 km, manteau et mousqueton sur le dos ; je suis allé au bout, alors que mes cinq compagnons ont été tour à tour ramassés par l’ambulance ! Et, bizarrerie de la vie militaire, alors que je rentrais épuisé au casernement, on m’accordait une permission de 18 jours ! J’arrivais à 11 heures du soir à Montillot, après 7 km de plus, par les Hérodats, et ma mère m’ouvrait la porte, lampe pigeon à la main ; j’ai avalé ce qu’elle m’a présenté et j’ai dormi aussitôt. Pendant cette permission, nous avons travaillé ferme avec mon frère Auguste. Emblaves faites, je suis reparti moins angoissé pour la Haute-Saône…

Après une autre punition, que je trouvais injuste, je me suis buté et j’ai voulu arrêter le peloton de brigadier. Après discussion la punition a été suspendue et j’ai été nommé brigadier, affecté au 31ème dragons à Lunéville.

Là, j’ai souvent dû défendre mes « bleus de chambrée » contre les brimades et corvées excessives ordonnées par les sous-officiers, tous des « engagés ».

Je dois une mention particulière à l’Adjudant-Chef MONTCHABLON, qui, à mon avis aurait mérité d’être officier, par son aisance avec supérieurs et subordonnés, sa connaissance des chevaux, qu’il nous a appris à aimer, à dresser, à panser et soigner. Son équipe à cheval, la nôtre, était, je vous assure, belle à voir, défilant dans un ordre parfait, hommes et chevaux en confiance…Lui, avait fait du sien un cheval de cirque, à genoux, debout, une patte, l’autre… ; le cheval comprenait, cela se voyait à ses bons yeux doux, à sa mine !

Et je suis finalement revenu à la maison un jour d’octobre 1927 ; ma mère, prévenue, avait payé mon permis de chasse, et dès le dimanche matin, je suis parti avec mon chien. Il pleuvait et j’ai passé la matinée dans une cabane, mais je me sentais tellement libre !

A nouveau en famille au village…

Avec Auguste nous avons repris les travaux saisonniers. Mon frère aîné venait nous conseiller et nous aider pendant ses congés. En hiver, je me suis mis au transport de bois pour améliorer le budget.

La vie s’écoulait ; la grand’mère aidant toujours, fâchée si on voulait la soustraire à ses menues besognes, toujours citant ses dictons et rappelant les us et coutumes…Un matin , je la relève de terre, la figure ensanglantée ; congestion cérébrale, deux jours sans connaissance, puis reprise de quelques heures, et le soir , elle s’en est allée à 83 ans où nous irons tous …C’était en …..1931.

Le village ?

Quatre ou cinq autos seulement , une cinquantaine de cultivateurs, 2 menuisiers, 2 maréchaux-ferrants, un ou 2 charrons, 3 maçons, 3 bistrots , 3 épiciers, un boulanger, un tabc-régie (ma mère), 2 écoles, avec 50 élèves ; un bal, chez DEFERT, tous les dimanches et fêtes, St Laurent, St Vincent et St Eloi. Le 1er mai, branle-bas, tout ce qui traîne est apporté en vrac sur la place publique. Chez moi, j’étais bien placé pour voir la joie ou le dépit de ceux qui venaient reprendre des objets familiers, une cocotte, un essuie-pieds, une charrue, une roue, des pots de fleur…Cette nuit-là, on ficelait un grand et jeune bouleau en haut duquel se balançait un bouquet de lilas, du beau pour les filles avenantes et sérieuses, moins beau pour les trop galantes, un bouquet d’épines pour celles qui l’étaient trop …

Il y avait alors une cinquantaine d’ânes au pays ; c’était l’auto des vieux !

En 1933, Maman est avisée de l’arrivée prochaine dans la maison voisine des cousines CAMBUZAT , – descendantes des CARILLON – ; elles demandaient que nous leur réservions comme d’habitude lait, beurre et fromage…Elles étaient cette fois accompagnées d’une jeune fille, originaire de Longueil-Ste Marie, un village de la Somme…J’ai bien connu ce village au mois de novembre suivant, …car j’y ai épousé Renée ! Une fille l’année suivante, un garçon en 1938 …Mais là, c’est notre histoire, à nous !

Quant à l’Histoire , – avec un grand H – , elle se rappelait à nous : des nuages noirs s’amoncelaient sur l’Europe …

Pierre Guttin est décédé le 3 décembre 2004 à 92 ans à la maison de retraite de Chatel-Censoir.

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Montillot, 17 avril 44: prise d’otages et incendie d’une maison

A. Buet, 2005

Montillot, village sans histoire, avons-nous prétendu un peu légèrement !

Et nous avons recherché anecdotes et faits divers, afin de faire revivre nos ancêtres aux yeux des jeunes générations…

Nous avons ainsi failli passer à côté de l’un de ces « faits divers » pourtant d’une exceptionnelle gravité, et dont on ne parle plus à Montillot,…sauf dans les mémoires manuscrits de Pierre Guttin.

Cela s’est passé il y a presque 60 ans, sous l’occupation allemande, quelques semaines avant le débarquement allié en Normandie.

On sait que, surtout depuis 1942-1943, de nombreux jeunes cherchant à échapper au « Service du Travail Obligatoire » (S.T.O.) se sont ralliés aux mouvements de Résistance, soit en rejoignant un « maquis », soit en vivant dans une « cache ».

Ces « mouvements » avaient mission, de la part des états-majors alliés, de harceler les troupes d’occupation et de perturber par tous moyens leurs transports et leurs communications. Ce faisant, considérés comme « terroristes », ces jeunes s’exposaient à des représailles souvent violentes : arrestations, tortures, déportations, exécutions,…

Ces représailles s’étendaient quelquefois à leurs proches et aux populations qui les protégeaient.

Et ainsi, des « villages sans passé » sont devenus tristement célèbres : Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne, le 10 Juin 1944, avec le massacre de 642 habitants (dont 400 femmes et enfants) ; et quelques jours plus tard, Dun-les-Places, dans la Nièvre, le 26 Juin, avec 27 hommes fusillés sur la place et devant le parvis de l’église…

Certes, l’événement que nous rappelons ci-après n’a pas une telle ampleur tragique. Mais on ne doit pas oublier que Montillot a eu ses « jours noirs de l’occupation », les 16 et 17 Avril 1944, et son « supplicié », Léon MOREAU…

17 Avril 1944 . Rapport du Maire de Montillot au Sous-Préfet.

(Archives départementales de l’Yonne – A.D.Y.- 1 W 133 ).

« J’ai l’honneur de vous informer que dans notre Commune si calme d’ordinaire, viennent de se passer depuis 48 heures des choses anormales.

Dimanche 16 dans la matinée, la police allemande est venue arrêter un épicier du bourg, Mr MOREAU Léon, ainsi que sa fille Paulette, épouse ANTONI, mère de 2 petits-enfants. La police s’étant trompée de maison, elle a fait irruption à l’épicerie PIGEONNAT, qui, n’ayant pas ouvert sa porte assez vite, des coups de mitraillette ont été tirés, et il s’en est fallu de peu que le fils ne soit atteint . Aujourd’hui lundi, des officiers allemands et des soldats sont arrivés dans un car des « Rapides de Bourgogne », pour perquisitionner au domicile MOREAU. Un officier m’a dit que le dit domicile abritait des terroristes et des armes de provenance anglaise. Par la suite, et ordres étant donnés, ils ont mis le feu à la maison d’habitation et à l’épicerie contigüe de quelques mètres à l’habitation. J’ai alerté les pompiers qui ont mis la pompe à incendie en batterie pour préserver les immeubles voisins. Le même officier m’a averti que si des personnes de la Commune avaient abrité ou hébergé des terroristes, leur domicile subirait le même sort que celui précité…. »

Signé : Alfred DEFERT

8 Avril 1944. Rapport de la Gendarmerie de Châtel-Censoir. 

(A.D.Y. –1W133)

« Le 17 avril 1944 à 14h30, nous avons été avisés téléphoniquement par Mr le Maire de Montillot…

La veille, Mr Léon MOREAU avait été arrêté à la place de son fils Paul, 24 ans, et Madame ANTONI à la place de son mari Jean, 27 ans, inculpés tous deux de parachutages d’armes et en fuite. A notre arrivée à 16h30 à Montillot, …le bâtiment d’habitation et celui où se trouve le magasin d’épicerie ne formaient plus qu’un amas de décombres. Les murs étaient encore debout et la cave n’avait pas beaucoup souffert…Les pompiers n’ont pas eu à intervenir pour protéger les bâtiments voisins. Madame MOREAU a eu l’autorisation d’emmener seulement 2 lits et quelques vêtements pour ses deux petits-enfants, mais aucun de ses effets, ni son argent, ni quoi que ce soit de la maison et de son épicerie. Les Allemands sont partis à 12h30, quand la maison a été en grande partie consumée. Ils ont déclaré au Maire avoir découvert des grenades et des mitraillettes de provenance anglaise, mais ils ne lui ont pas montré. »

Déclaration de Madame Valentine MOREAU,

née MAILLEAU, (épouse de Léon MOREAU ) aux gendarmes :

« L’officier qui avait arrêté la veille mon mari et ma fille s’est présenté chez moi. Son interprète m’a déclaré : « Vous avez abrité des terroristes ; nous allons vous brûler ! ». Je lui ai répondu : «  Je n’ai pas abrité de terroristes, mais puisque vous voulez me brûler, faites ce que vous voudrez, vous savez que je ne peux pas vous en empêcher ! ».

Ils m’ont ordonné de sortir. Je leur ai demandé de sauver la literie de mon petit-fils Jean-Michel âgé de 18 mois . Ils ont répondu : « Pour l’enfant, je permets, je vous accorde un quart d’heure ». J’ai emmené ce que j’ai pu, un lit d’enfant, un petit berceau et quelques affaires pour les petits. Mon autre petite fille était chez ses autres grands-parents… Ils ont emporté 50 kg de sucre et plusieurs autres caisses de marchandises ».

Témoignage de Paul MOREAU 

(gendarme en retraite à Appoigny) – recueilli en octobre 2002. 

NB: Paul Moreau est décédé à Appoigny début Janvier 2004.

« Jean et moi nous cachions à cette époque dans une chambre du rez-de-chaussée, derrière la boulangerie JOUX . Ce dimanche-là, vers 7 heures du matin, Madame JOUX aperçoit par la porte de son magasin, en haut de la rue, deux « tractions CITROEN » noires arrêtées devant l’épicerie PIGEONNAT. Aussitôt elle nous alerte en frappant à la cloison, et nous partons immédiatement, et tout « bêtement », par la grand’rue, vers le bas du village, pour rejoindre les « Côtes » . Mais il y avait un passage à découvert derrière la maison BUREAU, et des balles ont sifflé : elles venaient d’un fusil-mitrailleur installé au bout du jardin de Léon MOREAU. Nous avons pu rejoindre les bois et les Allemands n’ont pas cherché à nous rattraper !

J’ai ensuite rejoint Tameron, j’ai dormi dans une cabane, et dans la journée du lendemain, j’ai rencontré dans la « Plaine » Roger Mathé, qui m’a raconté : sur dénonciation, les Allemands nous cherchaient dans une épicerie ; c’est pourquoi ils sont rentrés chez Pigeonnat et ont tiré sur le fils Pierre. Ensuite mon père les a orientés vers les parents de Jean ANTONI, qui habitaient tout en haut du village, ce qui nous a donné le temps de nous éloigner. Mais ne nous trouvant pas, les Allemands ont emmené mon père et ma sœur . Le matin même, lundi 17, ils sont revenus et ont mis le feu au lance-flammes à notre maison et à l’épicerie.

Nous avons appris plus tard que Paulette et mon père étaient incarcérés à la prison d’Auxerre. Tous les deux ont subi des interrogatoires très durs, sans fournir aucun renseignement sur la Résistance. Ma sœur a été libérée au bout d’un mois, mais mon père a été mis un peu plus tard dans un convoi partant de Compiègne pour le camp de concentration de DACHAU. Il était en très mauvais état physique, et est décédé avant l’arrivée, qui a eu lieu le 5 Juillet…

Nous l’avons su par un de ses compagnons, dénommé JOUBLOT, de Mailly-la-Ville.

Les jours suivants, nous avons rejoint le maquis du Loup, près de Clamecy…

Nous avons su qui nous avait dénoncés… Il n’était pas de Montillot, et ne savait, ni où habitait notre famille, ni où nous nous cachions …avec des armes !…, sinon les conséquences auraient été encore plus graves !

Témoignage de Paulette MOREAU 

(Montillot – août 2003)

« Ce dimanche 16 avril 1944, il est environ 7 heures du matin quand les voitures de la Gestapo s’ arrêtent devant l’épicerie PIGEONNAT. Après avoir compris qu’ils se sont trompés d’adresse, ils viennent à l’épicerie tenue par ma mère, au fond de l’impasse voisine. Mon père, interrogé sur la présence de mon frère Paul et de mon mari Jean ANTONI, a la présence d’esprit, pour gagner du temps, d’emmener les policiers allemands chez les parents de Jean, qui habitent à la sortie du village, dans la direction de Brosses et Châtel-Censoir, c’est-à-dire à l’opposé de la place de Montillot et de la boulangerie, près de la quelle logent les deux jeunes recherchés…

Moi, j’habitais la même maison qu’eux, mais au premier étage, avec mes deux jeunes enfants. Je suis allée à pied à la maison de mes parents, pendant que Paul et Jean s’éloignaient par la grand’rue … Mais des soldats qui accompagnent les policiers ont dû apercevoir les fuyards, car à mon arrivée, je suis entraînée avec ma mère dans le jardin derrière la maison pour assister à un mitraillage visant la colline que l’on appelle « les Côtes », où des silhouettes ont été repérées. Heureusement, ils ne sont pas touchés, et les Allemands ne cherchent pas à les poursuivre …Mais ils posent clairement leurs conditions : si Paul et Jean ne se rendent pas, mon père et moi seront arrêtés et considérés comme otages.

Et convaincus que nous cachons des armes, ils fouillent la maison de fond en comble, la cave, le grenier et l’épicerie, mais ne trouvent rien ; ils emporteront le stock de sucre !

Ma mère Valentine, en colère, invective un vieux soldat allemand, qui se défend comme il peut : « Pas moi ! …Chef dur !… »

En fin de matinée, les policiers m’entraînent dans leur voiture avec mon père . Ma mère me jette un manteau sur les épaules. Mon père a les mains attachées avec une corde ; moi, je reste libre de mes mouvements, mais le soldat assis à côté du chauffeur braque en permanence son arme sur nous…

Nous arrivons à Auxerre, dans un pavillon de la ville occupé par les Allemands.

On nous fouille et l’interrogatoire commence. Bien sûr nous nions tout lien avec des actions de Résistance ou de parachutages d’armes…

Une autre voiture arrive, déposant un autre homme qui vient d’être arrêté. On nous fait sortir de la villa, et, dans le jardin, sur un banc, mon père et moi mangeons un pain d’épices que ma mère avait mis dans la poche de mon manteau…

En début d’après-midi, nouveau transfert, cette fois vers la prison d’Auxerre. Je me retrouve dans une cellule, avec une jeune fille nommée Irénée . Elle me raconte qu’elle a été arrêtée alors qu’elle se promenait avec son fiancé ; celui-ci s’est affolé en croisant une patrouille allemande, s’est enfui, devenant ainsi suspect, et elle s’est retrouvée seule pour répondre aux questions !

Quelques jours plus tard, les interrogatoires « sérieux » commencent. Dans la pièce où l’on m’emmène, un nerf de bœuf est posé sur la table, et j’aperçois avec inquiétude les marques laissées sur le mur, derrière le siège qui m’est destiné, par des coups suffisamment forts pour décoller le plâtre…

En fait, j’ai été secouée, mais pas vraiment battue…

Mais une nouvelle m’a fortement choquée : « Votre mère n’a plus de maison, elle a été brûlée … », me dit un jour le policier..

Etait-ce seulement pour m’impressionner ?

Il se trouve que des échanges discrets sont possibles entre cellules. D’une part, Irénée a droit à des colis ; d’autre part, certains gardiens allemands sont complaisants, et Papa peut m’envoyer son linge à laver. En voyant ses chemises ensanglantées, je comprends qu’il subit des interrogatoires très durs …

Un jour je réussis à lui faire passer un papier dans un morceau de pain et lui demande s’il est au courant pour la maison. J’ai la réponse dans un autre morceau de pain : « c’est vrai, mais si je m’en sors, nous en ferons une toute neuve… ».

Une question posée par le policier : « Pourquoi votre mari et votre frère se sont-ils enfuis ? » Ma réponse : « Parce que le bruit courait que lorsque les Allemands arrivaient, ils emmenaient tous les hommes …». Protestations indignées devant cette « fausse réputation » faite à l’Armée du Reich…

Autre question :

« Avez-vous visité l’école de Montillot ? » J’ai certainement un air embarrassé, et ne sait quoi répondre, car c’est l’école de mon enfance ! Nouvelle question : « Vous êtes bien allée à l’école quelque part ? » Là je peux répondre : « oui, à Montillot !».

Je n’ai appris que beaucoup plus tard que « fréquenter » et « visiter » se traduisent en allemand par le même mot !

Je crois être alors passée pour un peu « bébête », et cela a dû se confirmer lors d’une autre séance …

« Votre mari sortait-il la nuit ? » « Oh oui ! »

« Où allait-il ? » J’hésite : « Je ne sais pas … » . « Enfin, vous avez bien une idée ? »

« Je pense qu’il allait voir une autre femme … ».

Cette réponse déclenche l’hilarité du groupe, dont une femme fait partie …En entendant ces gros rires , je comprends que la naïveté est une bonne défense : il est évident que personne n’a pu me confier des secrets compromettants, et que l’on ne pourra rien tirer de moi !

J’ai donc conservé cette attitude par la suite, et c’est peut-être ce qui m’a sauvée…

D’ailleurs on m’a laissée de plus en plus tranquille…

Un jour, on m’amène une nouvelle compagne de cellule, qui a une maladie de peau impressionnante. Un médecin me dit : surtout, ne la touchez pas, il faut que vous changiez de cellule.

En sortant pour cet échange, le gardien me dit : « Vous…, maison…, tout de suite… ! »

Nous étions le 19 Mai. J’étais libérée !… après 32 jours…

En descendant de mon 1er étage, je demande au gardien à voir mon père, qui est au rez-de-chaussée. …Vite, vite … ! J’ai le temps de l’embrasser ; il me dit : « Si on te demande de signer un papier, signe n’importe quoi, mais sors ! ».

Papa est parti pour l’Allemagne après le débarquement du 6 juin : il a pu jeter un papier avec notre adresse du wagon qui l’emmenait…Je ne l’ai jamais revu… ».

La suite ….

La maison a été reconstruite aux frais de l’Etat vers 1950 . Dans un trou du mur de clôture, on a trouvé la montre que Léon MOREAU y avait déposée avant d’être emmené par la Gestapo.

Le 27 Juin 1971, une plaque rappelant le souvenir de cette tragédie a été inaugurée sur la nouvelle maison .

Cette cérémonie fut organisée par l’Association Nationale des Anciens combattants de la Résistance, et ses responsables régionaux, Mme GARNOTEL et M. Robert BAILLY, en présence de M. Georges MOREAU, qui commandait le maquis du Loup , du « Commandant Théo », du maquis Vauban, et de nombreux sympathisants.

Quelques précisions ont été données à cette occasion : Léon MOREAU se trouvait le 2 Juillet 1944 parmi les 2521 déportés entassés dans un train partant de Compiègne pour le camp de DACHAU, en Bavière. A l’arrivée, le 5 Juillet, vers 13 heures, 984 étaient déjà morts, étouffés dans les wagons ou fusillés s’ils avaient cherché à s’échapper. Sur les 1537 rescapés, 121 seulement sont revenus en France en avril 1945…

Seule une plaque discrète , au fond d’une impasse, évoque donc le souvenir de ces évènements.

C’est peu…

Il serait pourtant nécessaire que les jeunes qui, au cours de ce 21ème siècle, habiteront ou traverseront Montillot, sachent qu’un certain jour du milieu du siècle précédent, le 17 Avril 1944, la guerre a frappé brutalement une famille, au cœur même de notre village…

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L’aviateur polonais (1942) de Montillot

A. Buet †, 2002

Dans la nuit du 27 au 28 Avril 1942, un aviateur polonais arrive à pied à Montillot.

Les premiers témoignages.

Dans ses mémoires manuscrits, Pierre GUTTIN raconte :

«  Ce fut, je crois, au printemps 1942, que survint un incident qui aurait pu être dramatique. De chez moi, j’entends des cris perçants et affolés venant de la propriété GENET  (l’ancien prieuré, près de l’église) ; c’était d’autant plus surprenant que ce ménage de gardiens était habituellement très calme. J’arrive au portail d’entrée, et j’aperçois Madame B. me criant : « Arrêtez-le, c’est un malfaiteur ! » . J’interpelle aussitôt l’individu, et lui demande de me suivre chez le Maire. Venu près de moi, il me chuchote : « Aviateur anglais », et me montre ses poignets, une plaque militaire à chacun. Dans son regard, j’ai bien lu aussitôt qu’il désirait éviter d’être prisonnier …Pas de vraie tenue militaire, nu-tête, bottes fines, culotte de cheval, blouson, cravate ; 25 à 30 ans ; un ou deux doigts manquants à une main… J’ai commandé avec insistance aux 6 ou 7 personnes, – dont mon épouse -, qui s’étaient rapprochées, de quitter les lieux aussitôt ; ce qu’elles ont fait en maugréant, ne sachant pas ce dont il s’agissait…Mais pendant ce temps, Mr B. , sous le coup de la peur d’un malfaiteur et de l’affolement de son épouse – qui avait trouvé l’homme endormi au petit matin dans son bûcher -,  était parti téléphoner aux gendarmes de Châtel-Censoir …

En nous éloignant, l’aviateur me raconte,  en français approximatif, une carte à la main … 

…En fait, il est polonais, ( d’où une première plaque militaire), engagé dans la Royal Air Force (2ème plaque…) comme pilote; de retour d’un bombardement sur l’Allemagne, atteint par la D.C.A. allemande ( la FL.A .K.), il a finalement dû poser son avion en catastrophe, vers 2h du matin, dans un champ près de la ferme de Vaulabelle, sur la commune de Châtel-Censoir : 2 morts, 2 blessés, lui seul indemne…A pied en restant à l’abri des bois, il s’est retrouvé à Montillot, a rejoint l’église, puis la maison voisine qu’il supposait être le presbytère, avec un prêtre à qui demander secours discrètement…

J’en savais assez … Avec d’autres voisins, qui le prennent en charge, je lui conseille de rejoindre le bois du Fège, le plus proche, par le chemin derrière la propriété GENET, et d’y attendre qu’on lui fasse signe en sifflant trois coups prolongés. Il me promet que, s’il en réchappe, il reviendra me voir ! ( Plus tard, le maire aurait appris que cet aviateur était le fils du Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement polonais en exil à Londres).

Revenu près de chez moi, je trouve Mr B. bien contrarié de son appel aux gendarmes : « Moi, un ancien de 14-18, qu’est-ce que j’ai fait là ! » . En effet, c’est l’épouse du Chef- Gendarme qui lui a répondu ; mais un officier allemand était près d’elle, parfaitement au courant de la chute proche de l’avion, et de la « disparition dans la nature » de membres de l’équipage … Nous convenons ensemble de notre défense, et quelques minutes plus tard, 20 motocyclistes français et allemands arrivent sur la place du village. A l’officier qui nous questionne, nous répondons que nous avons eu très peur, cet homme tenant un revolver : « Les Franzouses sont des froussards ! », nous répond-il ; « comptez sur moi ! », et il prend nos noms . Quelques heures plus tard, le Sous- Préfet demande au Maire d’organiser une battue, en lui faisant comprendre discrètement de ne pas faire de zèle !

Le lendemain, tout le village sait que l’aviateur est caché au hameau de la Charbonnière. Heureusement, il n’y eut aucun dénonciateur ! Le bruit a couru ensuite qu’un groupe local de Résistance avait assuré son évasion par l’aérodrome de Bron. Je n’ai jamais su ce qu’était devenu mon aviateur polonais …  »       

Un autre témoignage, recueilli en août 2002 auprès de Mr Henri DESGRANGES,* plombier en retraite à Châtel-Censoir (32 ans en 1942) :

« …Il faut savoir qu’il y avait de nombreux Allemands en garnison à Châtel. Leur commandement siègeait dans le « château », grande maison de maître voisine de la mienne. Sept d’entre eux étaient logés chez moi, dormant sur la paille. En début de matinée du 28 Avril, j’ai tout de suite remarqué une effervescence anormale, et j’ai appris qu’un avion anglais était tombé près de la ferme de Vaulabelle. Aussitôt j’ai enfourché mon vélo et je suis monté à l’endroit indiqué. Plusieurs Allemands étaient sur place, très occupés à récupérer l’essence contenue dans une aile, bien allongée sur cette chaume, appartenant à Fernand GOURLOT, à la limite des champs du domaine de Vaulabelle.

*Henri DESGRANGES est décédé 15 novembre 2004 à 94 ans. Il laisse un volume important de documents, relatifs à sa propre vie et à celle de Châtel-Censoir au 20ème siècle.

Cet avion n’était pas tombé à la verticale ; plutôt, comme s’il avait atterri . Je n’ai remarqué aucune trace de sang, ni de victimes. Voulant éviter un interrogatoire, je ne me suis pas attardé …

Aujourd’hui, le lieu de l’impact ( voir la carte ci-contre) est difficilement repérable sur le terrain ; il ne subsiste aucune trace ; dans les deux ou trois jours, les Allemands ont emporté jusqu’au dernier boulon .

La photo ci-dessus, prise en août 2002, montre la  lisière d’un bois impénétrable à cause des massifs de ronces ; l’endroit de la chute se situe à 80 mètres environ derrière moi.

Travaillant souvent à Montillot, je n’avais pas tardé à savoir qu’un rescapé s’était réfugié au presbytère de ce pays, suivant les consignes reçues pendant son instruction… »

La phase suivante nous est racontée en août 2002 par Paul MOREAU , gendarme en retraite à Appoigny (près d’Auxerre).

Avec son beau-frère Jean ANTONI, Paul, alors âgé de 22 ans, il a participé à la battue organisée par le Maire de Montillot. L’aviateur a été rejoint dans le bois du Fège . C’est Charles SAVELLY qui l’a vu le premier et lui a donné un casse-croûte.

Paul et Jean l’ont ensuite conduit à la Charbonnière, hameau isolé au milieu de la forêt à 3 km au Sud-Est de Montillot, où il fut caché et hébergé  au domicile de la famille TREMEAU .  

Puis ils ont pris contact avec les responsables avallonnais du réseau de Résistance dont ils faisaient partie, réseau qui avait la possibilité d’organiser des filières d’évasion .

Au cours des conversations qui ont suivi, et avec l’aide d’une interprète connaissant l’anglais, – Paulette AUGER , institutrice alors en poste à Montillot, actuellement retraité à Asnières et épouse de Fernand HUET- l’aviateur leur a fourni quelques détails supplémentaires : lui, de nationalité polonaise, s’appelait Julian MORAWSKI. L’avion était un bombardier anglais « WELLINGTON ».

Touché au retour d’une mission sur la Ruhr, il avait une aile en feu quand il est arrivé dans notre région.

Ils n’étaient alors plus que deux dans l’appareil, et le pilote-automatique ayant été branché, ils ont sauté en parachute et l’avion est descendu en spirale avant de toucher le sol assez violemment, mais sans prendre feu. Disposant de rations de survie,  ils sont partis à pied dans deux directions différentes; le compagnon de Julian était blessé.  

Une semaine après son arrivée, l’aviateur, habillé en civil, était conduit  à la gare de marchandises de Sermizelles au rendez-vous convenu avec les Résistants d’Avallon . Paul ne connaît pas l’itinéraire d’évasion qui a suivi . Il sait que Julian  avait sur lui  des adresses de points de ralliement pour rejoindre la zone libre, puis l’Angleterre.

Un message personnel convenu  est bien parvenu  quelque temps après par la radio de Londres, la B.B.C. : « Julian est bien arrivé ». De plus, il avait promis aux Résistants qui se sont occupés de lui de leur obtenir des parachutages d’armes …ce qui a effectivement eu lieu ultérieurement par le réseau « Résistance Fer ».

Quant au second évadé, blessé, il a rejoint le hameau des Bouchets (commune de Mailly-la-Ville ), et a demandé à être livré à la Gendarmerie pour recevoir des soins. Hospitalisé à Avallon, il aurait lui aussi profité ensuite d’une filière d’évasion, grâce aux bons soins d’une infirmière religieuse …

Aucune nouvelle de ces deux aviateurs n’est parvenue après la fin de la guerre…

Les Documents Officiels

On les trouve aux Archives Départementales de l’Yonne (A.D.Y.) ; dossier réf. 1W89 « Aviateurs à Châtel-Censoir – 28/04/42 ».

D’abord le premier rapport de la Gendarmerie de Châtel-Censoir, rédigé par le Maréchal de logis-Chef Adolphe JOLIVOT, daté du 6 Mai 1942 :

« …le 28 avril 1942 à 2h30 du matin, un avion de nationalité anglaise tombait en flammes dans une prairie artificielle de la ferme de « Charmois » au lieudit « les Anges », territoire de la commune de Châtel-Censoir, à 2 km Nord-Est du bourg.

La brigade était avisée téléphoniquement à 2 h 45 par Mr GOURLOT Fernand, propriétaire de la ferme de Charmois. Par suite, les gendarmes SIMON, MACHURON et SOUTIF se rendaient sur les lieux.  

 A leur arrivée, des débris de l’appareil étaient épars sur le sol sur une superficie de 400 m2 environ et la carlingue brûlait. Une aile gisait à environ 50 m de l’appareil.  

A la lueur de l’incendie , ils ont pu constater que l’appareil était un bimoteur de nationalité anglaise et qu’aucun membre de l’équipage ne se trouvait à l’intérieur. Le gendarme SIMON prévenait notre Commandant de section et alertait les brigades de Vézelay, l’Isle sur Serein, Coulanges sur Yonne, Vermenton, ainsi que la section de Clamecy, en vue d’entreprendre immédiatement des recherches pour retrouver les occupants qui avaient dû sauter en parachute.

Vers 4 h, des fusées et des cartouches explosaient.

A 5h, Mr le Maire de la commune était avisé et faisait assurer la garde de l’appareil par le cantonnier-chef CHABOT et les cantonniers LIONNEL et DIETRIEX.

A 7h, l’incendie de l’appareil était terminé…Aucune marque de l’appareil n’a pu être relevée.

Des militaires de la Feldgendarmerie d’Avallon et d’Auxerre étaient sur les lieux à partir de 7h (nos gendarmes avaient quelque peu tardé à les prévenir ! )

Des patrouilles étaient entreprises dans les communes environnantes…

L’avion détruit semblait venir de la direction de Coulanges ou de Courson, c’est-à-dire volant de l’Ouest à l’Est. »

A 9h, un coup de téléphone de Montillot prévenait la brigade qu’un Mr B. «venait de découvrir dans son bûcher un homme étranger au pays…Quatre gendarmes sont dépêchés, mais à leur arrivée à Montillot, l’homme en question s’était enfui et avait gagné les bois voisins.

Les communes de Brosses, Montillot, Asnières, Lichères, Chamoux, Asquins, étaient visitées en tous sens et les bois fouillés…»

A partir de 17h, le MDLC JOLIVOT recevait à Montillot les déclarations des témoins.

D’abord de Mme B., 57 ans : « ce matin à 8h 30, en prenant du bois de notre bûcher, j’ai découvert un homme qui était caché. Dès que j’ai ouvert la porte, il est venu à moi, les bras levés. Il n’a pas prononcé une parole ni fait aucun geste. Prise de peur, j’ai crié au secours pour ameuter les voisins, et mon mari qui était au lit s’est levé. L’homme m’a suivie dans la cour, toujours les bras en l’air.

Plusieurs voisins sont venus, Pierre GUTTIN, Marcel GEORGES, Pierre LOROTTE, MOUCHOUX…et plusieurs femmes. Ils sont restés dans la cour en présence de l’inconnu, pendant que mon mari allait téléphoner à la gendarmerie.

L’inconnu s’est alors dirigé vers une porte du parc, qui donne sur le chemin de ronde, et s’est trouvé en présence de Célestin GUTTIN, 75 ans, qui l’a invité à le suivre chez le Maire de la commune.

Après avoir fait quelques pas avec Mr Guttin, l’inconnu s’est enfui et a gagné les bois voisins .

….Cet homme pouvait être âgé de trente à trente-cinq ans, pas très grand, 1 m 65 environ. Il était tête nue, tout rasé, vêtu d’un blouson en  cuir marron avec fermeture éclair et col en peau de mouton. J’ai pensé que cet homme était un voleur à l’affût d’un mauvais coup… »

Les autres témoins affirment que « cet homme n’avait rien de la tenue d’un militaire…nous avons pensé que cet inconnu était un ouvrier étranger travaillant dans la région, qui s’était caché après avoir fait un mauvais coup, ou dans l’intention d’en faire un… »

Un deuxième rapport concerne l’autre aviateur enfui ; il est établi par le Maréchal des Logis Chef PATIN, commandant la Brigade de Vermenton . et daté du 29 Avril. 

« Le 28 courant à 21 heures, j’ai été avisé téléphoniquement par Mr Pierre LEFEVRE, cultivateur au hameau des Bouchets, commune de Mailly-la-Ville , qu’un aviateur anglais s’était réfugié quelques instants auparavant à son domicile, venant de la direction des Avillons à travers champs .

Mr LEFEVRE a ajouté que l’homme avait déclaré se rendre et formulé le désir que la police en soit avertie au plus tôt.

A notre arrivée sur les lieux à 21 h 45, nous avons trouvé, au domicile de Mr LEFEVRE, 4 militaires de la Feldgendarmerie qui, nous ayant précédés de 3 à 4 minutes, commençaient la fouille de l’aviateur.

Un instant plus tard, après un interrogatoire sommaire, ils l’ont emmené en direction d’Auxerre. »

Des rapports du chef d’Escadron FORTIN , commandant la Compagnie de l’Yonne de  la Gendarmerie Nationale au Préfet de l’Yonne , reprennent tous ces points, avec quelques précisions supplémentaires obtenues au cours des conversations téléphoniques avec ses subalternes :

– parmi les débris de l’appareil, on a trouvé des bombes et des tracts rédigés en allemand…

– l’aviateur découvert aux Bouchets était « complètement exténué » ; «  il est polonais, ce qui peut faire présumer que les 3 hommes montant l’avion sont de nationalité polonaise ».

Mesures prises par les troupes d’occupation

Le 6 Juin 1942, le Lieutenant-Colonel  DEKKHERT, de la Kreiskommandantur 745 à Auxerre, écrit au Préfet de l’Yonne Charles DAUPEYROUX :

« Objet  : aviateurs anglais en fuite , qui ont sauté de  l’avion tombé à Châtel-Censoir le 28 avril 1942  .  Il y a lieu de demander  immédiatement à tous les maires de votre département une déclaration écrite sur ce qu’ils ont pu apprendre après enquête dans leur commune sur le séjour de ces aviateurs. Des états néants devront être exigés le cas échéant. Nous rappelons spécialement les sanctions en vigueur contre les personnes ayant favorisé la fuite d’équipages d’avions ennemis, au maximum la peine de mort.Les déclarations écrites qui seront parvenues devront être transmises en bloc à la Kreiskommandantur 745 le 15 juin 1942. »

On trouve dans le dossier une cinquantaine de réponses de maires de l’Yonne, toutes négatives, sauf celle de Mailly la Ville, qui rapporte l’épisode des Bouchets …

En présence de ces témoignages et rapports, une question reste posée depuis 60 ans, et les témoins cités plus haut me l’ont tous répétée : que sont devenus ces aviateurs polonais, et en particulier Julian MORAWSKI, notre  évadé de Montillot   ?   

Comment s’y prendre ? Une première tentative auprès de l’Ambassade de Pologne en France se solde par un maigre butin : après rappel , j’obtiens seulement les adresses de 2 librairies polonaises à Paris !

Alors, à nous INTERNET !

L’accès est facile : on appelle un « moteur de recherche » international, tel GOOGLE  ( qui, lorsque l’on affiche la question « MONTILLOT ? »,  fournit aux internautes du monde entier l’adresse de notre site Internet !).

Le problème est de trouver les « mots-clés » qui ont le meilleur « rendement », c’est-à-dire qui nous fournissent les réponses les mieux adaptées à notre recherche. Ici, on s’aperçoit vite que, lorsque l’on affiche des questions telles que :

–          « Polish Air Force WW2 »  ( forces aériennes polonaises dans la 2ème Guerre mondiale)

–          « Polish airmen in RAF WW2 » ( aviateurs polonais dans la Royal Air Force…)

–          « Polish squadrons in RAF WW2 »  ( escadrilles polonaises dans la R.A.F.),     …

on obtient en une fraction de seconde une dizaine de références, et dans les 5 minutes qui suivent plusieurs centaines d’autres ! Ces « références » sont des adresses de sites Internet, ouverts par des particuliers, des écrivains, des journalistes, des associations et présentant soit des témoignages, soit des exposés, soit des extraits d’articles ou de livres ayant une relation avec les « mots-clés » affichés. (noter que 99% sont en anglais).

Problème : parcourir les titres, choisir ceux qui paraissent devoir nous apporter des informations et lire les textes …avec patience !

Au passage, on note les adresses d’organismes avec lesquels prendre contact ultérieurement, par exemple :

–          « Polish Airforce Association » à Londres.

–          « Royal Air Force Musum » à Londres.

–          « Polish Institute and Sikorski Museum” à Londres.

–          « Bomber Command Association » à Londres   …

et des titres d’ouvrages à consulter éventuellement :

–          « la Pologne et les Polonais dans la tourmente de la 2ème Guerre mondiale » par E. GOGOLEWSKI (Ed. Septentrion).

–          « The Polish Air Force at War ; 1939-1943 ; 1943-1945 » par Jerzy B. Cynk. …

1)- Une1ère touche, parce qu’en français ? –  => le site http://www.memoire-net.org/lieux/foire.html   reproduit un article de G. SLIZEWKI et de C-J. EHRENGARDT dans le N° 19 ( 06-07/2001) de la revue « Aéro-Journal », intitulé « Des aviateurs polonais à Lyon ». On y apprend qu’après l’invasion de la Pologne en septembre 1939, de nombreux Polonais ont quitté leur pays pour poursuivre le combat ailleurs. Parmi eux, un certain nombre d’aviateurs sont arrivés en France, et ont été hébergés sur la base de Lyon-Bron, ceci jusqu’à l’invasion de la France elle-même en mai 1940. Ces aviateurs ont alors rejoint l’Angleterre.

2)- un  texte en anglais attire mon attention, car il est illustré par des dessins et photos d’avions WELLINGTON. Le site : http://www.geocities.com/skrzydla/304/304Story.html . Son titre : « History of N° 304 (Polish) Squadron » , écrit par Wilhem RATUSZYNSKI

En 10 pages est retracée l’histoire de cette unité, créée le 23 Août 1940, composée au départ de 185 hommes dont 31 officiers, ayant combattu en Pologne puis en France. L’entraînement sur les Wellington, l’apprentissage de la langue et l’installation sur la base de Syerston près de Newark ( 180 km au Nord de Londres) prirent plusieurs mois et le premier vol opérationnel de 2 équipages eut lieu le 24 Avril 1941, pour un bombardement de réservoirs de carburant à Rotterdam. Et progressivement le « N° 304 squadron » prit sa place dans le 1er Groupe de bombardement de la R.A.F.. : en 1941, il a fait 214 sorties opérationnelles, en 1202 heures, et perdu 47 hommes, tués disparus ou prisonniers.

Les premiers mois de 1942 furent particulièrement durs, la D.C.A. allemande accroissant son efficacité…Pensant à notre Julian MORAWSKI, – dont je ne sais alors s’il appartient à cette escadrille plutôt qu’aux autres « squadrons » de bombardement – 301, 305 ou 308 -, je note ce qu’écrit l’historien Ratuszynski : « Pour le N° 304, Avril se montra tragique. L’escadrille perdit 6 équipages ( 36 hommes) durant les missions, et vers la fin du mois, on put à peine rassembler 6 ou 7 équipages pour des opérations. Le 24 avril fut un jour important. Une année auparavant, le premier vol opérationnel a eu lieu, et le Général SIKORSKI Chef du gouvernement polonais en exil à Londres) rend visite à l’unité. »

Compte tenu de ces pertes importantes et du manque de réserves, il fut décidé d’affecter le 304 au « Coastal Command » à partir du 10 mai 1942. La surveillance des côtes et des sous-marins et autres navires  ennemis entraînant en règle générale moins de pertes, au prix de temps de vols plus longs.

A la page 4 du texte je relève : « le sergent- pilote BAKANACZ a eu une chance inhabituelle dans une rencontre avec l’aviation ennemie. Quand le 24 septembre, 9 Wellingtons  polonais patrouillaient leur secteur, son appareil fut attaqué par 2 Junker-88. Ensemble, avec son Commandant MORAWSKI, ils déjouèrent la manœuvre des attaquants et les mitraillèrent. »

…Fort de cette lecture, j’ai pris contact le 1er août par e-mail avec Mr RATUSZYNSKI ; sans réponse, je l’ai relancé le 28 pour savoir si « son » MORAWSKI  était le même que le mien, supposé revenu de son « escapade » en France .

Revenu de vacances Mr R. me répond le 4 septembre : « je ne peux confirmer si l’officier aviateur MORAWSKI en patrouille est la même personne qui a échappé à la capture suivant le crash d’un Wellington le 27 Avril 1942, n’ayant pas les ordres de mission de l’escadrille ; et MORAWSKI est un nom très commun en Pologne »….

3)- Je suis amené dans la même période à prendre contact avec un autre historien, lui-même en relation avec Mr RATUSZYNSKI ; il s’agit de Mr Julian HOSEASON, universitaire à Bulle en Suisse, au « Glion Institute of Higher Education » , qui a fait des recherches sur les relations entre la Résistance française et les Polonais dans la région de Lille. Pour m’aider dans mes recherches, il m’a envoyé le 5 septembre 2002 une liste de sites relatifs à l’aviation polonaise dans la 2ème Guerre mondiale, sites qui m’ont été très utiles (cf § suivant). Il me parle aussi d’un vétéran polonais du « N° 301 squadron », Joseph FUSNIAK.( cf § 5)

4)- Partantde l’hypothèse « MORAWSKI appartient à l’escadrille 304 », et des pertes signalées en avril 1942 par Mr RATUSZYNSKI, je cherche des précisions sur le site http://www.bomber-command.info/wellloss.htm   . On y trouve des tableaux rappelant toutes les pertes d’appareils, classées par type d’avion, par date et par escadrille.

Dans le chapitre relatif aux Wellingtons, on trouve facilement que les raids du 27 Avril se sont soldés par la perte de 8 appareils immatriculés :  

  • raid sur NICKEL ( ?) : X9635 et Z8901
  • raid sur Cologne : X3639, X3288, X3700, Z1276, W5627 et Z1088.

La comparaison avec le tableau des pertes par « squadron » permet de repérer ceux de la liste ci-dessus qui appartiennent au N° 304: on trouve le W5627 et le Z1088. Il faudrait connaître les noms des membres des équipages . Le site du « Bomber Command » ne les fournit pas. J’envoie donc cette question aux organismes qui possèdent des dossiers complets, à savoir :

–  « The Polish Institute and Sikorski Museum »

–  “The Polish Airforce Association”, ces 2 organismes logés à Londres.

5)- C’est par le site www.buckdenpike.co.uk    que l’on connaît l’aventure de Joseph FUSNIAK, racontée par son fils Richard:  le 30 janvier 1942, un équipage de 6 aviateurs polonais effectuait dans un bombardier Wellington une mission d’entraînement de nuit sur l’Angleterre.

 Joe était canonnier, dans la tourelle arrière. Pris dans une forte tempête de neige, l’avion perd de l’altitude, le pilote perd ses repères au sol, identifiant mal les lumières d’une ville. Vers minuit, il frôle une colline de 700 mètres , heurte un mur de 2 m et l’avion s’écrase . La tourelle arrière est séparée du fuselage. Malgré une cheville blessée, Joe en sort et fait le tour des débris de l’appareil. Quatre aviateurs ont été tués sur le coup ; le sergent radio est gravement blessé. Joe décide d’aller chercher du secours, enveloppe son camarade dans une toile de parachute, et part dans la nuit et la neige, ne voyant pas à plus de 2 mètres. Soudain, il change complètement de direction pour suivre les traces fraîches des pas d’un renard, qui l’amènent finalement, par un trajet très accidenté, à la porte d’une ferme… Le lendemain il est remonté vers le lieu de l’accident ; son camarade était mort…

Depuis il est retourné souvent  là-haut, au sommet du « Buckden Pike » ; et en 1973, il y a fait élever une croix à la mémoire de ses amis…  

En juillet 1942, au cours d’un vol au-dessus de l’Allemagne, il a été à nouveau éjecté de sa tourelle et a été fait prisonnier. Né le 10/05/22, il a 80 ans et vit aujourd’hui dans le Kent, « where foxes visit his garden for hit-bits at night »  ( les renards visitent son jardin la nuit …).

J’ai donc pris contact avec Richard FUSNIAK, qui m’a donné l’adresse de son père.  Celui-ci répond dès le 3 octobre, par une lettre de 2 pages, très riche d’informations, dont voici quelques extraits traduits :  

« (…sorry, André, I did not know Julian Morawski …), je n’ai pas connu J.M., ni l’écrivain Ratuszynski, mais j’ai 2 volumes sur la P.A.F., l’aviation polonaise pendant la guerre ainsi qu’un recueil de tous les aviateurs polonais morts en service opérationnel… Julian M. était pilote F.O. (Flight Officer) au “304 squadron” (notre enquête progresse !!). Les 27-28 avril 1942, il faisait avec d’autres équipages, un raid de bombardement sur l’usine KNOCKER-HUMBOLT-DENTZ à Cologne. Son équipage était composé du F/O Jan WACINSKI, du Sergent Boleslaw WOZNIAK, du sergent Bohdan LIPSKI et du sergent Edward POLESINSKI.  Son Wellington NZ-B (W5027) fut endommagé par la FLAK (DCA  allemande), l’équipage indemne s’est parachuté, a été interné au camp de Miranda en Espagne et est revenu au Royaume Uni. Un second équipage, dans l’appareil NZ-D Z1088,  fut perdu la même nuit en Belgique ; tous furent tués.  

Julian MORAWSKI, né le 23/12/1913, avait été affecté au « N°13 Squadron » en Pologne au début de la guerre. A son retour en Angleterre, il a volé dans le « 301 Squadron » puis a été affecté au « N°138 RAF special duties Squadron », destiné à larguer du matériel et du personnel au profit des « partisans ».  

Le 12/13 juillet 1943 il volait vers la France dans un bombardier « Halifax Mark II » N° JD 155 pour larguer des agents secrets.

L’avion fut abattu en Normandie près de Saint Paul sur Risle ( 3 km sud-est de Pont-Audemer- Eure). 

Tout l’équipage a été perdu, probablement incapable de se parachuter à basse altitude…

May god bless them (que Dieu les bénisse !). 

Le pilote Julian MORAWSKI est inhumé dans le cimetière polonais de GRAINVILLE- LANGANNERIE, tombe N°9, rangée D, section VIII.  

Je vous signale que j’ai été cantonné à Lyon-Bron en 1939, que j’ai terminé la guerre avec des médailles françaises, anglaises et polonaises ; je ne les porte jamais car mon frère Jacob est mort comme estafette dans Varsovie insurgée et qu’il n’a jamais eu de médaille. Shame ! (Honte !).

André,  j’espère que cette lettre vous aidera, et si vous rendez visite à quelque tombe d’aviateur polonais, …would you be an angel and put a white – red rose on the grave… ( soyez un ange, déposez des roses rouges et blanches – couleurs de la Pologne – sur la tombe).

J’ai perdu 2 équipages de bombardiers Wellington, 10 hommes et je prie pour leurs âmes chaque soir pour qu’ils soient pardonnés d’avoir tué des Allemands. La vie est pleine de surprises, de souffrances, de soucis à mon âge, passé 80… »

Rien à ajouter !…

6)-  Les 2 groupements consultés à Londres me répondent d’une façon très détaillée, confirmant et complétant les informations fournies par Joe FUSNIAK.

         a)-  le 12 octobre, Jerzy B. CYNK, archiviste et historien de l’aviation polonaise, répond à ma lettre adressée à la « Polish Airforce Association ». Notons  en priorité les informations nouvelles:

25 équipages polonais, appartenant aux squadrons 300, 301 et 304  participaient au raid du 27 Avril 1942 sur une usine de Cologne. Le 304 a perdu 2 avions , le Z 1088 et le W 5627, le premier en Belgique avec perte de son équipage, le second en France dont l’équipage a survécu . Le pilote de ce dernier était Julian MORAWSKI ; les 5  coéquipiers se sont échappés par différentes routes avec l’aide de la Résistance française, ont passé la frontière espagnole et terminé au camp d’internement de MIRANDA, d’où ils ont réussi à s’échapper puis à retourner en Angleterre au cours de l’été 1942. Pas de détails sur les routes d’évasion…

  Julian M., promu lieutenant, fut en 1943 tranféré au N° 138 « Special Duties Squadron », et fut tué aux commandes d’un HALIFAX JD155 en larguant des fournitures à un  mouvement de Résistance française  .  

Les 4 autres membres de l’équipage du 27 Avril ont survécu à la fin de la guerre.  

 b)-  le 15 octobre, c’est Mr Andrzej SUCHCITZ, archiviste du « Polish Institute and Sikorski Museum »  qui m’adresse une réponse détaillée. Quelques renseignements de plus …

Julian M. est né le 23/12/1913 ; il  a servi avant 1939 dans le 1er « Air Regiment » à Varsovie. Durant la campagne de Pologne il a volé au 13ème « Recce Squadron » avec le Groupe Opérationnel Indépendant « Narew » dans le Nord de la Pologne. Après le crash du 28 Avril 1942, il a pu rentrer en Angleterre en août 1942. D’octobre 1942 à mai 1943, il a servi dans le N° 307 Squadron (chasse de nuit). Le 11 mai 1943, il est passé au « Special Duties 138 Squadron » ( missions spéciales).

Des photocopies de documents officiels –  certains écrits en polonais…- sont jointes :

–          fiche de position de J.Morawski, matricule P.1096.

–          notes journalières opérationnelles R.A.F. du 304 Squadron du 27 au 30-04-42 . Le 27 Avril, on lit : « temps : beau ; bonne visibilité ; fort vent, avec des rafales l’après-midi et le soir. 5 équipages seniors prennent part à un raid sur Cologne. Trois rapportent avoir bombardé dans la cible ou près d’elle. Des 2 autres, commandés par le F/O MORAWSKI et le F/O SCZUROWSKI, aucune nouvelle ne fut reçue et ils sont considérés comme « manquants ». Une mission supplémentaire, bombardement des docks de Dunkerque, fut réalisée par un équipage commandé par le Sergent O. »

7)-  Un point restait en suspens : Julian était-il réellement fils d’un ministre ?

A ma question, A. SUCHCITZ répond : « autant que je sache, le Lt MORAWSKI n’est pas le fils du diplomate polonais Kajetan MORAWSKI dont le fils Maciej vit à Paris ».  

A ma lettre ce Mr Mathias MORAWSKI  répond par téléphone qu’il ne connaît pas Julian M., mais a adressé ma question à l’un de ses amis parisiens, vétéran de la Force aérienne polonaise (P.A.F.). Celui-ci m’écrit le 7 novembre :  « Mathias est bien le fils de Kajetan MORAWSKI, qui faisait partie du gouvernement SIKORSKI, comme du gouvernement polonais d’avant-guerre d’ailleurs, mais il n’est pas apparenté à Julian M. et ne l’a pas connu. En ce qui me concerne, je ne pense pas avoir rencontré Julian M. en Angleterre. « L’histoire officielle de la Polish Air Force », de CYNK, confirme la plupart des renseignements que vous avez déjà. Je regrette de ne pas pouvoir en dire plus et satisfaire ainsi la curiosité légitime des survivants de cette époque qui l’auront connu . »   

Notre enquête est bouclée …. !

Informations complémentaires et commentaires…

1)- Sur l’enquête.

On peut s’étonner: comment se fait-il que :

  –          l’on ait dû s’adresser à des Polonais se trouvant en Angleterre et non en Pologne pour obtenir des renseignements sur l’Histoire de leur Armée ?

–         que l’on trouve facilement sur Internet des sites récents très détaillés sur la 2ème Guerre mondiale ?

1ère question : on soulève là un problème politique grave : les militaires polonais qui avaient combattu aux côtés des troupes alliées n’ont jamais considéré qu’ils avaient été « libérés » en 1945… A la suite des conférences entre les « Grands » (Churchill, Roosevelt et Staline) – à Téhéran en Décembre 1943, Yalta en février 1945 et Postdam durant l’été suivant -, l’Europe Centrale fut partagée en 2 zones d’influence, séparées, – en gros -, par le méridien 12° Est, qui passait à 100 km à l’ouest de Berlin.  Cette division correspondait à l’avance extrême des armées des 2 camps, qui ont opéré leur jonction en avril 1945 sur l’Elbe.

La Pologne est bien considérée comme faisant partie du clan des vainqueurs, mais si elle gagne à l’Ouest sur l’Allemagne 100 000 km2, elle cède vers l’ouest 170 000 km2 à l’URSS ; les populations de cette zone étant ramenées vers les régions prises à l’Allemagne !

De plus elle passe rapidement sous influence soviétique : un gouvernement provisoire mis en place en janvier 1945, à la libération de Varsovie, se disloque en 1947. Un parti « ouvrier unifié » (socialistes et communistes) prend le pouvoir et comme pour la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et les États Baltes, la politique de la « République populaire de Pologne » s’aligne complètement sur celle de l’URSS à partir de 1948.

Staline ne voyait pas d’un œil favorable le retour des combattants polonais auréolés de leurs actions dans les rangs des Occidentaux, et habitués à vivre en pays démocratiques (France puis Angleterre). Or dans toutes les négociations avec ses partenaires il se trouvait en position de force, bénéficiant de l’avance rapide de ses troupes en Europe orientale.

Ceci explique, entre autres faits extrêmement regrettables, l’absence des Polonais au défilé de la Victoire …

Le site http://www.geocities.com/skrzydla/   réunit les caractéristiques principales des escadrilles polonaises ; une plaquette de présentation est rédigée par MM RATUSZYNSKI, OLSZEWSKI et SOJDA, historiens.

On lit :« Le 8 Juin 1946, les Alliés célébraient leur succès dans la 2ème guerre mondiale par la « London Victory Parade » sans que flottent les couleurs polonaises, et sans la présence de soldats polonais. Parmi les présents on trouvait l’Abyssinie, le Brésil, la Perse, le Mexique, le Népal et …le Luxembourg ( ?)… Bien qu’ils aient combattu du bon côté, ils avaient perdu. Ils n’avaient pas de Pologne libre et démocratique à rejoindre, et ils devinrent une armée de laissés-pour-compte dans le puzzle politique qu’était l’Europe.  » 

On comprend leur amertume devant cette odieuse injustice …Rappelons qu’il y avait plus de 140 pilotes de chasse polonais dans la Bataille d’Angleterre, et personne ne doute qu’ils aient contribué à faire pencher la balance du bon côté dans un combat difficile.

A cette question sur l’attitude choquante des Alliés, posée à Mr J. HOSEASON,- déjà cité plus haut-,celui-ci me répond le 25 septembre : « l’explication est fournie dans le site http://www.polandinexile.com . D’après les accords de Yalta, devaient rester en Grande-Bretagne 500 militaires polonais, qui étaient considérés comme des combattants illégaux (Staline les appelait « mercenaires »). Staline était terrifié à l’idée qu’un personnel sortant de service actif retourne « au pays » et reforme des divisions opérationnelles, alors que les États d’Europe Centrale et de l’Est commençaient tout juste à organiser les premières élections d’après-guerre… Ces ex-militaires Polonais furent placés dans des camps d’internement spéciaux (vieux baraquements) en 1945-46, leurs armes confisquées et ensuite questionnés à nouveau, pour ensuite, soit être placés en résidence forcée, – et dans de nombreux cas fusillés ou condamnés à 8 à 12 ans de prison, soit rester au Royaume-Uni (pas beaucoup), ou passer aux USA, au Canada ou en Argentine. Quelques émeutes ont été sévèrement réprimées.

Churchill fut sévèrement critiqué.

Mon père Zenon KRZEPTOWSKI a eu de la chance et put rester en Angleterre. Je connais des familles où les officiers de retour ont été fusillés dans les 48 heures pour avoir combattu avec les Anglais. Les derniers « prisonniers »  furent relâchés en 1958 ; leur crime était d’avoir combattu avec les Anglais ou la France Libre. Le cousin de mon père, qui a combattu avec les « Français libres » fut « barré » de tout emploi officiel en Pologne sa vie durant… »

Comment s’étonner que les survivants et les documents d’archives ne se trouvent qu’en Angleterre ?…  

2eme question  : la réponse est plus simple. Le réseau Internet s’est très largement développé ces dernières années. Quand à la seconde Guerre Mondiale, les historiens s’y sont intéressés de plus en plus compte tenu de l’ouverture progressive des Archives officielles, et de l’organisation de cérémonies diverses aux titres de « cinquantenaires », et maintenant de « soixantenaires »…

2)- Sur le N°304 Squadron

Quelques résultats opérationnels , pour mettre l’accent sur l’activité d’une seule des escadrilles polonaises de la R.A.F. :

–          au sein du « Bomber Command » (missions de bombardement) , d’avril 1941 à mai 1942:488 sorties opérationnelles sur 2481 heures ; 400 tonnes de bombes larguées ; 12 avions perdus ; 102 aviateurs tués ou blessés ; 35 prisonniers.

–          au sein du « Coastal Command » (surveillance du domaine maritime et lutte anti-sous-marine) du 10 Mai 1942 au 30 Mai 1945:2451 sorties en opérations, sur 21331 heures de vol ; 21 tonnes de bombes ; 43 tonnes de mines ; 19 appareils perdus ; 10 navires attaqués dont 2 coulés et 5 endommagés ; 16 attaques sans résultats connus…

Il y avait aussi, – avec équipages polonais -,  en bombardiers, les « squadrons » 301, 305 et 308 ; en chasse de jour , les 302, 303 , 306 et 317 ; en chasse de nuit le 307 …

3)- Sur l’avion WELLINGTON

Ce type d’appareil a une place spéciale dans l’histoire de la technique aéronautique .

Conçu par l’ingénieur WALLIS, de la Société VICKERS (G.B.), il a fait son premier vol en 1938.

Son originalité est de ne pas utiliser de tôle mince comme revêtement travaillant, mais un réseau orthogonal de profilés courbés d’avance à la forme voulue sur des lignes de longueur minimale ( d’où le nom de « construction géodèsique Vickers »). Le tout est recouvert de toile. Les efforts sont bien transmis et ont tendance à s’équilibrer. On peut ainsi supprimer les nervures dans les ailes et disposer de grands volumes logeables pour l’essence. Le gain de poids qui en résulte permet d’accroître l’allongement des ailes, donc la « finesse » et la distance parcourue en vol plané. L’expérience a montré que cette structure résistait mieux à l’impact de projectiles de D.C.A., et était facilement réparable.

Au cours de la guerre, la motorisation s’est améliorée ; au début, 2 moteurs Bristol-Pegasus  de 1000 CV, à la fin 2 Bristol Hercules de 1675 CV. Le pilote Julian MORAWSKI , d’après ses interlocuteurs de Montillot, se plaignait des faibles performances du Wellington Mark I dont il disposait.

Envergure : 26 mètres ; longueur : 20 mètres ; hauteur 5,3 m.

Vitesse max du Mark I : 378 km/h à 4700 m d’altitude ; rayon d’action : 1930 km ; plafond : 5500 m

4)- Sur les gendarmes

Au cours de cette enquête, on m’a parlé plusieurs fois des gendarmes de Châtel-Censoir, dont on a lu ci-dessus le rapport sur le « crash » de l’avion.

Il faut se souvenir qu’une loi du Gouvernement de Vichy de février 1943 ordonnait un Service du Travail Obligatoire (S.T.O.)  :  les  jeunes hommes de 20 à 22 ans étaient « mobilisés » pour aller travailler dans les usines allemandes ; en échange de quoi le Gouvernement allemand promettait de libérer un certain nombre de prisonniers de guerre français, dans l’esprit de la « Collaboration » chère au Président du Conseil Pierre LAVAL. Il est évident qu’un grand nombre de ces jeunes cherchèrent à échapper au S.T.O. Certains se sont cachés dans les bois, où leurs familles venaient les ravitailler ; d’autres ont rejoint les « maquis », d’autres se procuraient de faux papiers et allaient travailler dans des villages éloignés …A Montillot plusieurs cultivateurs ont ainsi embauché des ouvriers agricoles,…venus d’ailleurs. Mais l’Administration, et en particulier les brigades de gendarmerie étaient chargés de traquer les « réfractaires au S.T.O. » . Or quand ils rencontraient un de ces garçons, les gendarmes de Châtel l’interpellaient à leur façon : « Qu’est-ce que tu fais là ? Je ne veux pas te voir !… » On cite même le cas d’un jeune qui s’était procuré une fausse carte d’identité, mais était embarrassé car, pour avoir une apparence « officielle », elle devait être dactylographiée. C’est la machine de la Brigade de Châtel-Censoir qui a fait le travail… !

Mais il faut savoir aussi que 3 de ces gendarmes ont été tués le 26 Août 1944 entre Pontaubert et Avallon, au cours de l’attaque d’une colonne blindée allemande qui se repliait . Les noms de Adolphe JOLIVOT ( 47 ans), Jules SOUTIF ( 31 ans) et André LOUAP (  39 ans) sont gravés dans la pierre du monument aux morts de Châtel-Censoir…

5)- Sur la Résistance

Les premiers mouvements de résistance se sont développés dès 1940 en « zone libre ». Mais en novembre 1942, toute la France fut occupée et  partout des réseaux se sont constitués . Les jeunes « réfractaires au S.T.O. » s’y sont souvent rattachés, tout en restant dans leur village, et participant la nuit,  de temps à autre, à des missions de renseignement, de parachutage ou même de sabotage.

« Electrons libres », ils ont souvent été incompris et critiqués : les « anciens » de 14-18 raillaient leur absence de formation militaire ; d’autres regrettaient leurs imprudences ou, quelquefois, leurs vantardises, qui pouvaient avoir des conséquences tragiques . Mais lorsque leurs « actions » étaient coordonnées par des responsables de réseaux, elles pouvaient avoir une efficacité indéniable, tout en étant souvent inconnues de l’entourage .

En 1943 et 1944, la plupart d’entre eux ont rejoint le « maquis » le plus proche ( pour nous, le « Maquis du Loup » près de Clamecy ).

Nous avons ici, avec l’histoire de « l’aviateur polonais », un exemple remarquable : quoi de plus important que de rendre indemne à la Royal Air Force en 1942 un équipage complet devenu  brutalement indisponible en territoire ennemi ?

On trouve d’autres exemples dans notre région, rapportés dans le livre de Mr Bailly sur la « Résistance dans l’Yonne ».

Une institutrice en retraite, originaire de Montillot, Madame DESMEUZES, demandait au début 1943 – pour le compte d’amis parisiens responsables du réseau « résistance Fer ». -, à des personnes  de confiance du village de trouver dans les environs une clairière permettant un parachutage d’armes  . Le terrain fut trouvé au lieudit « Vallée de l’Isle » sur la commune du Bois d’Arcy. Le largage eut lieu dans la nuit du 24 au 25 Août 1943, annoncé par un « message personnel » de la B.B.C. : « Le chef d’orchestre devenu rêveur se suce le pouce ». Armes et explosifs sont stockés dans une carrière voisine, et quelques jours plus tard, une carriole avec 2 chevaux transporte les containers à Montillot, d’où, par la gare de Sermizelles, ils seront expédiés aux endroits fixés (Dijon et Paris).

M. Bailly cite aussi Madame Rose VINCENT, originaire de Brosses, « qui avait fait de sa maisonnette de garde-barrière à Arcy-sur-Cure un hôpital miniature », où elle soignait avec l’aide du Dr LAMASSON les résistants et aviateurs alliés blessés, avant de les « réorienter » vers un maquis ou une filière d’évasion. Nous savons que le 11 Août 1944 fut pour elle un jour de grands dangers : maison encerclée par les Allemands, arrestation de son mari Jacques, et le soir début de perquisition, soudainement interrompue , les militaires étant appelés pour un incident survenu dans un autre village . Ouf ! …il y avait 3 blessés  dans la pièce arrière et des armes  dans la cave ! Son mari a été copieusement « tabassé » à la prison d’Auxerre, mais la libération de la ville lui a évité la déportation programmée …Le 11 novembre 1945 Rose VINCENT a été décorée de la croix de guerre…

Mais beaucoup d’autres ont été sacrifiés . Un état de l’Inspection Départementale de la Santé du 1er Février 1945 fait un décompte provisoire des décès dans l’Yonne depuis le 2 septembre 1939 :

–          780 militaires français, dont 39 FFI

–          52 militaires alliés

–          562 civils français et 9 étrangers

–          247 fusillés par les Allemands.

M. Bailly compte plue de 200 résistants morts en déportation, et plus de 200 morts au combat.

Le Général EISENHOWER a évalué à 15 divisions l’apport militaire des Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I.)…

CONCLUSION

Cette recherche a eu non seulement l’intérêt de répondre à la question posée depuis 60 ans du devenir de « l’aviateur polonais de Montillot », mais aussi de nous rappeler la vie en France sous l’Occupation. Elle a mis aussi en évidence le sens de la responsabilité et l’esprit civique de la population de  notre village dans une période où l’avenir du monde était encore incertain . (On situe en effet le tournant stratégique de la guerre quelques mois plus tard, avec en novembre le débarquement des Américains en Afrique du Nord, et en Janvier 1943 la capitulation des Allemands à Stalingrad).

Et il se trouve qu’à l’occasion de cet épisode, la « petite Histoire » de Montillot a côtoyé la « grande Histoire » de la noble Pologne, si souvent jalonnée de passages tragiques.

Revenant à Julian MAROWSKI, rappelons–nous que, si nos résistants  lui ont permis d’échapper aux geôles allemandes et de reprendre le combat qu’il avait choisi en 1939, il a utilisé cette nouvelle possibilité pour des missions au service de cette même Résistance Française, et cela jusqu’au sacrifice ultime…

Et enfin, si l’un d’entre nous passe près de ce cimetière de Normandie où repose Julian, qu’il s’arrête, et se souvienne de la prière du canonnier Joe :

« be an angel and put white and red roses on his grave »…

In Memoriam

Clotilde, amie du site, s’est rendue sur la tombe de Julian Morawski et, « …angel, put white and red roses on his grave ».  

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Deux ans de gestion municipale d’un village sous la restauration

A. Buet †, 2001

Joseph Anne Georges de LENFERNA, nommé Maire de Montillot en avril 1816 par le nouveau Préfet, – à la suite de Claude BERSON -, tenait un journal de ses activités de magistrat municipal.

Il notait tous les échanges de lettres, – relevant l’essentiel de leur contenu – , l’arrivée des journaux, des bulletins administratifs et des circulaires officielles, les décisions prises par lui-même ou par son Conseil Municipal, les commandes de papeterie, les certificats, passeports et attestations délivrés sous sa signature, les travaux d’intérêt communal et leur financement, les faits divers survenus au village…

Ce registre de 85 feuilles 21,5cm x 33cm, dont 136 pages écrites (de 30 à 40 lignes très lisibles) est parvenu jusqu’à nous grâce aux excellentes conditions de conservation des archives des familles nobles de Montillot assurées par les propriétaires successifs du « château ».

Nous intéressant à la vie de notre village, mettons en évidence :

– l’essentiel des mécanismes et méthodes de l’administration communale de cette époque

– le style des relations entre le maire et ses administrés

– tout ce qui peut éclairer les conditions de vie des habitants

Tout en respectant l’ordre chronologique du journal, nous n’avons retenu que les faits ou actions qui nous paraissent caractéristiques, en évitant le plus possible les répétitions.

Retenons quelques observations et réflexions…  

Sur l’administration de la commune

Notons d’abord que le Maire, dès cette époque, était très occupé par ses fonctions.

– De plus il était maintenu sous une tutelle étroite et pointilleuse par le sous-Préfet d’Avallon et le percepteur. Un grand nombre de lignes de ce registre sont occupées par la transcription des courriers échangés avec ces administrations . Les facturations de dépenses et les affectations comptables sont très fréquemment contestées et le maire doit présenter, souvent plusieurs fois, des justifications détaillées. Il en résulte que le règlement des travaux communaux est tardif, et que, en général, le Maire paye les manœuvres en  » bons de pain » chez le boulanger Antoine GUTTIN,  lequel sera remboursé … plus tard; dans certains cas ce même boulanger fait lui-même l’avance en espèces !

– Les décisions relatives aux achats et ventes importantes (immobilier, coupes de bois des forêts communales,…) supposent l’accord préalable du Sous-Préfet, du Préfet puis … du Ministre des Finances ! Un « homme de loi » siégeant à Paris est donc chargé de suivre les dossiers de la commune au Ministère.

– Acheminement du courrier local : les lettres au percepteur (Asquins) et au Sous-Préfet (Avallon) sont portées par le « piéton« ; on constate que les réponses sont très rapides (souvent du jour au lendemain).

– Quelques notes sur les visas de certains documents et la venue de fonctionnaires en mission nous montrent qu’était en cours l’élaboration du « cadastre parcellaire » , ordonnée par une loi de NAPOLEON Ier datant du 15 Septembre 1807. Ce travail, commencé sous l’Empire, n’était pas terminé (9000 communes seulement étaient cadastrées en 1814, d’après « l’Histoire des Institutions politiques de la France » en Mémento Dalloz). C’est de cette époque que date l’ancien cadastre, encore consultable à la Mairie de Montillot.

Condition de vie des Habitants

En 1818, il y a à Montillot 880 habitants et 221  » feux ».

On a l’impression très nette qu’une partie de la population est indigente, … et même miséreuse.

Premier indice: un certain nombre d’habitants ne sont même pas capables de payer la part de « vieilles écorces » à laquelle ils ont droit en fin de coupe des bois communaux.

Autre indice : les aides directes et individuelles de la Municipalité à des « indigents ».

Quelles étaient les ressources des habitants?

Les plus favorisés étaient bien sûr les commerçants , artisans et membres de professions libérales; ce sont eux que l’on trouve dans le Conseil Municipal, comme étant choisis parmi « les plus imposés ». (les données globales sur les revenus et les impôts fonciers, qui apparaissent sur le « rôle des Contributions » de 1818, ne suffisent pas pour avoir une idée de la disparité des revenus, et, encore moins, de ce dont  les gens disposaient réellement pour vivre).

Ensuite viennent les fonctionnaires, ou « assimilés », qui émargent au budget communal:

– le garde-champêtre touche 190 F par an et le garde-forestier 160 F.

– le prêtre desservant 300 francs

– l’instituteur reçoit 2F par jour les mois d’école (c’est à dire l’hiver) pour 40 à 50 élèves…

– Les salaires des manœuvres apparaissent aussi dans les relevés des dépenses relatives aux travaux communaux; ils varient de 30 centimes à 1 franc par jour, probablement en fonction du travail demandé … et de l’exécutant. Mais il s’agit d’emplois à la journée, donc irréguliers et aléatoires.

Notre seule référence pour estimer le coût de la vie est le prix du pain, soit 30 à 40 centimes le kg, et celui du vin courant, soit 75 c la bouteille.

Il n’est donc pas surprenant que les familles cherchent à compléter leurs ressources,

– soit en prenant des enfants en nourrice

– soit en » migrant » vers la  région parisienne pour y travailler temporairement.

Accueil d’Enfants

Quelques nourrissons sont des enfants de commerçants ou de « bourgeois » des villes (Auxerre ou Paris); mais la plupart sont des « enfants trouvés » de l’Hospice de la Maternité de Paris.

Munies d’un « certificat d’allaitement« , établi par le Maire sur le témoignage de deux voisins (de sexe masculin, code Napoléon oblige ! …), les femmes vont elles-mêmes chercher les bébés, accompagnées et guidées dans la capitale par un responsable, qu’on appelait « meneur« , ou « sous-meneur« .

Nous ne connaissons pas le nombre de nourrissons présents simultanément dans le village.

Nous notons seulement le voyage à Paris de 6 nourrices d’octobre à décembre 1817. D’après le registre d’Etat civil, les âges de leurs propres enfants s’échelonnaient alors de 9 à 28 mois.

On peut s’étonner qu’aucun passeport de nourrice n’ait été accordé par le maire en 1818. Une raison est fort vraisemblable: cette période  fut très néfaste pour les jeunes enfants :  en 1817, 1818 et 1819, 101 enfants de moins de 15 ans (pour 42 adultes) sont décédés; 48 d’entre eux étaient des enfants nés à Montillot, 53 étaient en nourrice…

Le début de 1818 fut particulièrement désastreux : 8 décès d’enfants en janvier, 5 en février, 8 en mars et 5 en avril … Les rares indications des registres d’état civil font deviner une épidémie de variole , dite « petite vérole pourpreuse »; pour les « enfants de l’Hospice », apparaît plusieurs fois la mention « quoique vacciné ». Rappelons que JENNER inventa son vaccin en 1796; les vaccinations commençaient à se répandre, mais dans quelles conditions étaient-elles effectuées ?

En tout cas , il est probable que le « Bureau des nourrices » de Paris ait cessé d’envoyer des enfants à Montillot pendant la durée de l’épidémie. Il est surprenant que l’on ne trouve aucun commentaire du Maire à ce sujet , pas plus que sur le taux anormal de mortalité (12 décès en janvier, dont 3 enfants le 20 de ce mois..)..

Quel était le rapport pour les familles ?

Nous avons une seule indication, qui concerne l’enfant d’un typographe parisien : la petite Thérèse Constance B…, est morte à Montillot en période d’épidémie, le 30 Mars 1818 , à 8 mois ; en décembre suivant le Maire relançait le Bureau des Nourrices pour le versement de l’indemnité due à la famille d’accueil, à savoir 73 F 10c, « voyage compris ». On pourrait donc évaluer le « rapport » à 10 francs par mois environ (?). 

Migrations saisonnières

Il est surprenant de trouver dans cette période une nette disproportion entre hommes et femmes quittant le village : 36 femmes en avril et mai 1818, à côté de 3 hommes seulement en un an …

Une grande partie d’entre elles vont chez des vignerons de la région parisienne; à cette époque de l’année, il s’agit de culture, et non de vendange. On ne connaît pas la durée du séjour.

Quelques unes vont chez des commerçants, boulangers et cabaretiers.

Souvent deux soeurs, célibataires, partent ensemble, au même endroit; mais il y a aussi des femmes mariées, avec leurs jeunes enfants.

De toute façon, le passeport n’est délivré que si l’emploi est assuré à l’arrivée, sur l’attestation de deux témoins (…   contribution intéressante au traitement des problèmes d’immigration ! …)

Relation avec l’administration

Les pauvres du village ont souvent des difficultés à payer leurs impôts. Le maire, qui compte sur ces rentrées d’argent pour assurer la gestion de la commune, attire l’attention du percepteur sur les retardataires. Ce fonctionnaire dispose de plusieurs moyens pour « forcer » les règlements :- intervention directe d’émissaires, les « porteurs de contraintes » et les « garnisaires« ; ces derniers seraient d’anciens soldats, en « garnison » à Montillot. Quelles sont leurs méthodes ? – Nous ne le savons pas …Probablement quelque peu « musclées », puisqu’il est arrivé que le Maire écrive au Préfet pour que cessent les « vexations employées envers les porteurs de quittances non acquittées ».- saisie des biens,  puis des « corps » par la gendarmerie. On note plusieurs fois le souci du maire d’éviter des erreurs dans le calcul des impositions. Pour les plus pauvres, il existe un système  » d’aide sociale » .Dans les cas graves, le maire distribue directement des « bons de dix livres de  pain blanc » à utiliser chez le boulanger du village. A l’occasion de fêtes ou célébrations officielles, le Préfet de l’Yonne débloque une somme , partagée entre les villages par le sous-Préfet, à l’intention des pauvres. En 1818, il s’agissait de 152 F 75c pour Montillot; une petite partie a été distribuée en pain; le reste a fait l’objet d' »ateliers de charité » : pour recevoir une aide financière, les particuliers concernés (63 cette année là, payés de 30 c à 1 Franc la journée) doivent d’abord  exécuter des travaux sur les chemins vicinaux (n’est-ce pas une idée à creuser?..).

Il faut rappeler un fléau auquel sont confrontés les villageois de cette époque : les loups, particulièrement agressifs dans les hameaux isolés au milieu des bois .

Le journal de Mr de LENFERNA commence en octobre 1817. C’est pourquoi on n’y parle pas du drame dont on trouve le récit laconique dans un acte d’état civil : » le 25 Janvier 1817 …, au hameau de la Bertellerie, Jacques BRISEDOUX âgé de 6 ans, a été dévoré par un loup sans que l’on n’aye pu trouver autre chose que les vêtements ensanglantés ». On peut être étonné de constater une certaine inertie des pouvoirs publics devant ce problème. Le cérémonial d’empoisonnement touche au ridicule … Les demandes réitérées des paysans pour être autorisés  à porter des fusils quand ils traversent les bois, ou à organiser des battues, restent sans réponse… Et pourtant, il n’y avait pas de mouvement écologiste assurant la défense des loups.

ARCHIVES

Le journal de 1817

Octobre :

Le 2, le pain blanc est taxé à 42 c 1/2 le Kg; le pain bis à 37 c 1/2.

Le 5 et le 8, ont été délivrés à plusieurs femmes des certificats d’allaitement leur permettant d’aller chercher un nourrisson à l’Hospice des Enfants trouvés de PARIS : Anne FILLON, femme d’Edme JOJOT, manoeuvre au Vaudonjon; Edmée SONNOIS, femme d’Edme GARNIER, à la Charbonnière; Bonne MAZILIER, femme de Claude DEFERT, manoeuvre à Montillot; Anne BUREAU, femme de Pierre ARNOUX, laboureur à la Bertellerie.

Le 12, reçu de la mairie du 8ème Arrondissement de PARIS, 14 Place Royale, l’acte de décès d’Edme VENTENET, du Vaudonjon. Ecrit au juge de paix de Vézelay pour l’aviser de ce décès. Envoyé 2F25 au maire du 8ème, avec une lettre portée par Jean BOUSSARD, sous-meneur.

« Mis le ban des vendanges au seize du présent mois ».

Reçu une lettre de Mr VASSAL, juge de paix du canton de Vézelay, réclamant au nom du Sieur GILET, menuisier à Vézelay, la somme de 173 F. pour « ouvrages faits par lui pour la commune ». Répondu avec justifications détaillées que la commune n’a pas de fonds disponibles pour l’instant et que la facture doit être ramenée à 153 F.

Le 16, reçu 2 lettres du Sous-préfet, l’une relative au Service pour la Reine de France (transmise à Me CALMUS, vicaire de Vézelay desservant Montillot), l’autre relative à l’empoisonnement des loups.

Le 17, délivré à Lazare LEMOUX aîné, tisserand à Montillot, – sur l’attestation des Sieurs Antoine GUTTIN, boulanger et CARILLON Edme, tisserand,  » un passeport pour aller à Bourges y travailler de son état ».

Le 22, envoyé à Mr CHAPOTOT, percepteur à Asquins, le « rôle unique des portes et fenêtres pour 1818″.

Le 24-10, écrit à M. le Sous-Préfet d’Avallon pour avoir 4 paquets de poison pour les loups.

Adressé à M. le Procureur du Roi une plainte portée par Nicole G. à Tameron, contre Edme C. pour avoir battu Louise Henriette F., fille de l’Hospice de Paris, âgée de 8 ans , confiée à la plaignante. Le maire a demandé de « faire désarmer cet homme à domicile ».  

Le 25-10, reçu 4 paquets de poison.

Le 27-10, M.BERNARDIN, chirurgien à Vézelay, est venu à Montillot pour empoisonner des moutons qui serviront d’appâts pour les loups. Deux jours plus tard, ces bêtes empoisonnées, portées sur une civière, sont placées par M.MAUPIN, garde-forestier, accompagné de Claude GIRARD et Edme SONNOIS, « avec chaquin une pioche », « dans les endroits à ce désignés ».

Novembre.

Le 1er novembre, « amodié ( = loué) par MM les membres du Conseil municipal la maison de M.RABIER (le futur presbytère), moyennant 96 F. par an, « à commencer au 15 de ce mois et ce pour trois années consécutives » .

Le « Deux du mois de Novembre », « à l’issue de la messe paroissiale, heures de onze du matin », il est procédé « à l’entreprise définitive » de la Coupe des Cantons Triages des Pommerats pour la présente année, aux clauses et conditions suivantes » :

« – de faire enregistrer le présent acte à ses frais et de payer le timbre et l’enregistrement

« – de couper sous souche et le plus près de terre possible

« – de ne couper aucuns baliveaux ny vieille écorce portant le marteau de l’Inspection à peine d’être responsable des pièces qui auraient été coupées ainsi

« – ne pourra sous aucun prétexte emporter du bois ny copeaux, pas même du bois sec

« – fera touts les fagots tant des vieilles écorces que du taillis

« – coupera les vieilles écorces, les ébauchera, fera la Moulée qu’il y aura à y faire, ramassera les coupeaux d’entailles à chaque tas de dizaines. Quand au bois taillis il l’ébranchera proprement et le mettra en landées les plus droites possibles, et par tas de cantons d’après le nombre qui lui en sera fixé et le plus également possible ».

« – l’adjudicataire aura Dix francs pour vins de l’entreprise en sus du prix principal. »

Les « mises » ont été de 160 francs par Edme DEFERT, maréchal; de 140 F. par Claude PORCHERON; de 120 F. par Claude FORGEOT, bûcheron à Montillot.

L’entreprise a été « adjugée au dit FORGEOT ».

Le 3-11, « délivré aux Srs Rance, Edme Drhouin et Jean Baptiste Dediot, garnisaires en exercice dans la commune de Montillot un certificat de bonne conduite ».

Le 4-11, adressé à M.CHAPOTOT, percepteur, le budget de Montillot pour 1817, arrêté par M. le Préfet le 14-10-1816, pour qu’il en prenne copie; recettes = 1654 F 32c ; dépenses = 1521 F 40c.

Adressé à M.RAGON, receveur de l’enregistrement à Vézelay, « l’état des décès du trimestre de juillet 1817″.

« Ecrit à Mr le Sous-préfet pour lui donner cognoissance du résultat de l’empoisonnement des loups dans cette commune. Je lui marque que j’ai acheté de mauvais moutons pour cinq francs, que j’ai fait placer le poison conformément à son instruction en date du 15 Octobre dernier, que les appas ont été entièrement mangés excepté un qui n’a pas été touché et que j’ai fait encrotter aujourd’huy. Il y a eu trois renards de trouvés mais point de loups. »

Le 5 novembre est transcrit dans le registre le texte du bail de location de la maison RABIER; il s’agit de :

– une maison située à Montillot, consistant en chambre, cuisine, cabinets, office, grenier, cave, jardins et vergers entourée de murs; derrière ladite maison, lieux d’aisance, puits commun avec le fermier; le colombier, à la charge de nourrir les pigeons pendant l’hiver et d’en laisser en quantité suffisante à l’expiration des trois années; l’écurie et vinée du bâtiment neuf; la grange dite du lieu; le poulailler et le toit à porcs, qui sont situés sous le colombier…

… »sans néanmoins que moi Delenfernat puisse rien prétendre sur la partie habitée par le fermier de M.Rabier, et sans pouvoir nuire aux droits qui font partie de son bail ».

Une promesse de vente ayant été faite à la commune, le bail sera nul et non avenu dans le cas où l’autorisation d’achat aurait été obtenue avant le 25 Mars prochain.

Le 7, « compte arrêté avec PATTAUT Joseph, dit Bataillon, thuilier à Asquins, appert qu’il a fourni pour la commune de Montillot de la chaux et du careau,…pour la somme de 80 F, portée au budget de 1817 pour réparation de l’église et du cimetière. »

Le 8, reçu par le piéton le N°13 du Bulletin administratif de l’Yonne et le N°124 du Journal d’Avallon.

« Délivré à GUILLOUX Marie, femme BRISDOUX Jean, manoeuvre, un certificat pour reconduire un enfant de Paris qu’elle avait en nourrice à un jardinier de Choisy le Roi ». Remis à cette même Marie GUILLOUX une lettre à Me GAIGNOT, avocat à Paris, – sur un problème de non paiement d’arriéré de solde à des militaires -, lettre qu’elle « mettra à Paris à la petite poste« .

Le 16, lettre au sous-préfet signalant « une infinité d’erreurs et de double emploi » sur le compte communal établi par M.THIONVILLE, « afin d’empêcher que de malheureux habitants, qui ont déjà assez de peine de payer une fois, ne payent deux fois la même somme ».

« Reçu le N° 14 du Bulletin administratif de l’Yonne concernant en entier une instruction pour conserver les pommes de terre ».

Le 17, « écrit à M.BEURET, Garde Général des Amendes à Avallon, pour le prier de donner d’icy à Paques à Guillaume B…, des Hérodats attendu qu’il est dans la plus affreuse misère, qu’il ne peut pas vivre avec sa malheureuse famille n ayant ny pain ny argent ny ouvrage ».

Le 24, « délivré à Antoine CARILLON dit le Juif, un passeport pour aller à Villefranche, dépt de l’Yonne; les témoins sont MM DEFERT, notaire royal, et GUTTIN Antoine, boulanger ».

 « Visé le passeport de Jean Etienne, époux de Catherine CARILLON, cultivateur à St Jean De Gardonèque, sous-préfecture d’Alais, département du Gard, pour retourner avec sa femme chez lui ».

Reçu une lettre de Mr GAIGNOT, « homme de loy » à Paris, relative à « l’obtention des réserves; payé pour le port d’icelle 50c ».

Le 29, écrit au Préfet de l’Yonne « pour le prier de faire cesser les vexations employées envers les porteurs de quittances non acquittées ».

Le 30 Novembre, « vu arriver deux porteurs de contraintes …, l’un GILLET Edme, ancien militaire, l’autre nomé Philipot, aussi ancien militaire, tous deux établis en garnison dans la Commune de Montillot; visé leur feuille à six heures du soir ». Reçu une lettre du sous-Préfet demandant l’organisation d’une « quête pour les incendiés ».

Signé la « feuille de pattente« , d’Edme SOEUR, maçon, pour 1817, laquelle constate qu’il en a payé le montant au percepteur.

Décembre.

Le 3, « les usagers pour les vieilles écorces n’ayant pas pu retirer leurs portions faute de payer vû la grande misère, le maire de Montillot se voit forcé de les vendre à tel prix que ce soit, la Direction forestière obligeant absolument de débarrasser sans délai les deux coupes ».

Le 4, « délivré à COURCELLES Agathe, femme GUILLOUX Pierre, tisserand au Vaudonjon, et à DESVOIX Françoise, femme JOJOT Léonard, manoeuvre à Vaudonjon, chacquin un certificat pour aller à l’hospice de la Maternité chercher des enfants nouveaux-nés. »

Le 5, « adressé à Mr GAIGNOT, homme de loi à Paris, un précis sur la situation de la Commune pour la Coupe de la Réserve addressé à son Excellence le Ministre des Finances »; dépenses prévues:

– pour acquisition d’un presbytère, maison commune et maison d’école :        7000 F

– réparation de l’église                                                                                5000 F

– fossés autour des bois                                                                             1500 F

– chemins vicinaux                                                                                     2000 F

– lavoirs et fontaines                                                                                     800 F.

Après plusieurs relances, « reçu le 6 décembre le permis accordé par Mr le Sous Inspecteur des Bois à la Résidence d’Avallon pour couper les Bois Triages des Pommerats, ordinaire de 1818 ».

Le 7, adjudication pour 300 mètres de fossés autour de la coupe des Pommerats; conditions posées :

– les fossés auront 1m 3dm de largeur, 1/2m 30cm, ou 2 pieds, de profondeur ; réduit à un pied de largeur dans le fond

– « mettre sur le jet des dits fossés du Plant-Enraciné de charme, chêne. »

– terminer d’icy au 15 mars prochain

–  » le tout sera sujet à visitte ».

Offres :

– Charles MERCIER, du Vaudonjon : 30 centimes la toise

– Pierre SAVELLY, dit Morisson : 25 centimes

– Charles MERCIER : 22 1/2

– Edme et Pierre PORCHERON, frère et fils de Pierre, dit Cascaret : 20 centimes la toise.

Adjugé aux PORCHERON.

Les 8 et 9 Décembre, « avons procédé avec Edme SOEUR, maçon, à la visitte des fours et cheminées de Montillot et des hameaux de Vaudonjon, Tameron, les Hérodats », et « fait le dénombrement pour 1817″.

Le 11, « Antoine GUILLOUX m’a représenté un congé définitif à lui délivré par le Conseil d’examen séant  à Auxerre le 6 Novembre 1815, pour ancienneté de service; né à Montillot le 20 Juillet 1789; 28 ans ; taille 1m 731; cheveux et sourcils châtains foncés, yeux bruns, front haut, nez pointu, bouche petite, menton rond, visage plein, fusilier au ci devant 90ème régiment d’infanterie de ligne ». Ce congé, expédié le 20 Octobre 1817, est signé du Préfet du département, M. de GARVILLE, du Général du Département B. de ROVILLE, du capitaine de la Gendarmerie Vallon de Grandville.

« Ecrit à Mr VIART, curé du canton d’Auxerre,pour qu’il nous indique les moyens d’obtenir la résidence de Mr CALMUS, desservant de Montillot et vicaire de Vézelay dans notre commune; je lui observe que le logement est fixé ainsi que le traitement du desservant par le Conseil Municipal et homologué par le Préfet; que l’éloignement d’avec Vézelay et les mauvais chemins nuisent à la religion et nécessitent cette résidence, que cette commune est au centre de plusieurs autres qui n’en ont pas. »

Taxé le pain blanc à 45c le Kg et le pain bis à 40c.

Le 12, écrit au bureau de poste d’Epinal… »relativement à une somme de 7 F addressée à Carillon Etienne, chasseur en garnison à Epinal et déposée au bureau de poste de Vézelay le 19 Mars 1817 par CARILLON Denis de Montillot »;… »ce militaire étant mort le 10 Mars dernier n’a pu recevoir les 7 F qui lui étaient addressés ».

Le 21 décembre, « adressé à Mr le Maire de Pourrain, le certificat de publication de bans de mariage de Antoine CARILLON, manoeuvre, fils majeur de défunt Edme, dit le Juif, et de survivante Marie GUILLOUX, habitant de cette commune, avec THOINOT Marie Jeanne, veuve en 1ères noces de BERRY J.B. demeurant à Vaviers, commune de Pourrain ».

Le 22, »écrit à Mr le Substitut du Procureur du Roi à Avallon, pour l’engager  à faire sortir de prison Edme X… de Tameron, comme indigent; je lui demande seulement d’exiger la remise du fusil de cet homme affin d’éviter par la suitte un plus grand mal ».

Le 26, « pour l’année 1817, délivré à GUTTIN Claude comme sonneur pour traitement des 5 premiers mois, une ordonnance de 6 francs 25 centimes. Délivré à LEMOUX Lazare,comme sonneur pour traitement des 7 derniers mois, une ordonnance de 8 francs 75 centimes. »

« Délivré à SONNOIS Edme, tambour, un bon de 10 francs à valoir sur le buget de 1817″.

Le 28, adressé au percepteur « la liste des 19 chefs de dizaines destinés à percevoir les charges supportées par les bois communaux pour 1817, je l’engage d’avertir ces chefs de verser sans délai le prix de chaque dizaine, et en cas de retard de leur envoyer un ou deux garnisaires par dizaine et ces chefs les enverront chez les retardataires. »

Le journal de 1818

Janvier

Le 1er Janvier, « addressé à M.ROUMIER, greffier du Tribunal civil d’Avallon, les registres civils de naissances, publications, mariages, décès de la Commune pour 1817″.

Le 2, « reçu une lettre de Mr le Directeur du Bureau des Nourices qui demande l’extrait mortuaire de BOILEAU Héloïse »; « répondu de suite que je l’ai remis au meneur PIGNOLET ».

Le 4, le percepteur d’Asquins annonce que « vû les mauvais chemins, il ne se rendera à Montillot pour recevoir que le mercredy 7 de ce mois ».

Le 8 Janvier, « je me suis rendu à Avallon pour parler à Monsieur le Préfet de l’Yonne ».

Le 15 Janvier reçu « l’arrêté du 2 de ce mois pour la fête du 21 de ce mois pour la mort de Louis XVI » ( les membres du Conseil municipal et les fonctionnaires publics devront assister au service religieux ordonné ). Ce service n’aura lieu que le 28 Janvier, « n’ayant pu avoir de prêtre le 21 ».

Reçu « une lettre de Mr le Procureur du Roi de l’Arrondissement d’Auxerre … relative à Jean Y…,de cette commune, pour aller à Auxerre faire 3 jours de prison auquel il est condamné. Je l’ai averti de suite ». Jean Y… »m’a assuré avoir fait le temps de prison dans la dernière quinzaine de novembre 1817″.

Délivré à Antoine GUTTIN une Ordonnance de 4F 75c « pour pain par lui délivré aux indigents« .

Le 30 Janvier, « publié la taxe du pain blanc à 40c le Kg et le bis à 35 centimes »

 Février.

Le 2, adressé au « Procureur du Roi à Avallon, une plainte portée par PATAUD Joseph, thuilier à Asquins, contre Anne … à Baudeleine, pour vol de bois ».

Le 5, « j’ai fait rentrer par Denis CARILLON, laboureur (qui en a amené 3 voitures),un pied Cormier de chêne de la réserve du Fey apartenant à la commune, que le vent a abbattu hyer à midy; je l’ai fait débiter par BUREAU Claude et son fils et leur ai fait réparer un mauvais pas du chemin de Vézelay à Brosses. J’ai donné pour ces objets au dit BUREAU susnommé un bon de 3 francs sur Antoine GUTTIN, boulanger audit lieu ».

Le 8 : « taxé le pain à 17c1/2 le blanc et 15c le bis la livre ». « Averti les particuliers que Mr CHAPOTOT, percepteur, se rendra icy jeudy prochain, 7h du matin, pour percevoir les contributions arriérées; il amènera porteur de contraintes et garnisaires« .

Le 12, « délivré à Antoine GUTTIN, à valoir sur 1817, article du curement des fontaines et abreuvoirs, un bon de 29 F pour pareille somme payée par lui à Claude BUREAU, pour journées employées » … à des travaux pour la commune.

« Signé le registre de CHAUVIN, meneur des enfants de l’hospice de la maternité de Paris ».

Le 13, délivré à MAZILIER Pierre un passeport pour aller à Paris; il y est demandé pour travailler par une de ses tantes .

Le 15, « écrit à Mr le Sous-préfet pour demander que les 37 ha de la réserve du Feije appartenant à la commune soient compris dans la demande formée en ventte auprès du Gouvernement pour réparation de l’église, acquisition d’un presbytère, maison commune, et maison d’école; les 8 ha d’Aigremont étant insuffisants, attendu que cette réserve est extraordinairement gattée lors du séjour des troupes étrangères en 1814, et que l’avis de Mr le Conservateur de Troyes était favorable à cette demande; elle est âgée de 32 à 33 ans ».

Le 22, « reçu l’autorisation donné à PORCHERON Jean pour l’enseignement primaire délivrée à Chalons sur Marne le 21 décembre dernier, signé BECQUET inspecteur de l’Académie de Paris et approuvé par Mr le Préfet » … »ensemble le Brevet de capacité délivré au dit PORCHERON …délivré le 11 Aoust dernier ».

Le 25, « entrepris à GILET et à PEUBLE menuisier à Vézelay les bancs de l’église à faire moyennent 548 Francs, carrelage compris; sur quoi ils ont reçu 377 F. à compte (trente pièces sizes dans les coupes des Pommerats) et 15 F. (seize vieux bancs de ladite église), le surplus montant à 156 F. leur sera payé six mois après la réception et la visitte des dits bancs ».

Le 27, « payé pour taillage des arbres du presbytère pour deux journées pas nourri, à Gabriel DUPLAN, deux francs ».

 Mars

Le 1er, délivré à MONIN Claude aux Hérodats un bon de 16F pour « réparations à l’église et au cimetière, une journée pour réparation de chemin, charois de sable, thuiles et translation de bornes du finage ».

Le 2, « délivré à Rennequin Jean François, habitant de cette commune, un certificat d’indigence« .

Le 5, « Reçu une lettre de Mr le Vérificateur des Poids et Mesures de l’Arrondissement d’Avallon en date du 1er de ce mois concernant PAPILLON Jean et DENON André, meuniers; je les ai avertis de s’y conformer ».

Reçu une lettre du Sous-Préfet annonçant un secours pour la commune de Montillot de 152 F 75c, à l’intérieur de celui de 1372F 75c accordé pour l’Arrondissement d’Avallon par arrêté du Préfet en date du 28 Janvier.

 Le 7, « envoyé à Mr RAGON, receveur de l’enregistrement, l’état de la division des biens de la succession de VENTENET Edme, mort à Paris le 27 Aoust dernier ». Le 9, « délivré à DEGOIX Edme, dit Ribouleau, comme indigent, un bon de dix livres de pain blanc ».

Le 12, état de travaux communaux divers :

– Edme SOEUR a « arrangé » la Croix de l’Echally (1/2 journée), toisé les fossés des Pommerats (120 toises à 20 c la toise).

– curement des mares et fossés par Edme PORCHERON, gendre SAVELLY …

Le 23, « écrit à Mr COSTER, contrôleur des Contributions, pour ôter de la patentte pour 1818, JOJOT Claude dit Plaisant et GUEREAU Pierre comme blatayers, BRISDOUX Pierre comme maçon, et BOULLENAT Guillaume comme tisserand ».

Ecrit au Maire d’Avallon pour avoir la taxe du pain et la mercuriale des grains des deux derniers marchés.

Le 26, « reçu l’ordonnance rendu le 6 Février dernier par Sa Majesté portant autorisation à la commune de Montillot de couper la réserve de l’Aigremont« .

Publié la taxe du pain à 35c et 30c le kg.

Le 29, « écrit à Mr MARTIN, curé de Vézelay pour le prier de nous faire venir de Paris un Calice en cuivre avec la coupe et la patène en argent doré et un ostensoir de 20 à 21 pouces de haut et propre en cuivre argenté avec la Gloire en argent doré ».

Le maire de Vézelay demande que Montillot fournisse 4 moutons pour l’empoisonnement des loups. Les propriétaires refusent de les fournir gratuitement, et la commune n’a pas de fonds disponibles.

Le 30 Mars, « enregistré les congés définitifs de Jean JOJOT, canonier au cy devant Régiment d’Artillerie à cheval, né à Montillot le 26 May 1783, taille 1m750 (avec le signalement complet), … et de Edme BRISDOUX, fusilier au 68ème régiment d’infanterie de ligne, né le 14 Mars 1787 ».

 Avril

Le 2 , sur la forte insistance du Sous-Préfet, la commune livre quatre brebis fournies par CARILLON Denis, GUILLOUX Antoine, Jacques CULIER; « le garde champêtre Paul BERTHOUX les a conduits à Vézelay et les a ramenées ».

« Le même jour j’ai remis au piéton l’ordonnance de 152 F 75c pour la remettre à Mr COMPAGNOT, receveur particulier à qui j’écris d’en remettre le prix au piéton pour qu’il me le rapporte ». Le 5 avril, « le piéton m’a remis les 152F 75c, je lui ai donné 75c pour la peine ».

Le 4, reçu une lettre du Substitut du procureur du Roi près le Tribunal d’Etampes (Seine et Oise)… relative à Marie M.., femme D.., habitant de cette commune, arrêtée pour mendicité et vagabondage… »Fait réponse de suitte que cette femme n’est pas mal à son aise, mais qu’elle aime mieux mendier que travailler ».

Le 7, « délivré à DEGOIX Edmée comme indigente un bon de dix livres de pain blanc sur GUTTIN Antoine, boulanger ». le 9, … »à DEGOIX Edme, dit Ribouleau comme indigent un bon de 10 livres de pain blanc ».

Travaux effectués au presbytère:

– par Edme DEFERT, maréchal : « arrangé la serrure d’entrée, mis les servelottes des verroux des portes du jardin; fourni un cadenas pour la porte du grenier »

– par Edme MERCIER, « relevé un bout de mur du jardin ».

– par Pierre PERNOT, « fait une porte neuve, posé des ferrures, fourni les cloux, raccomodé une autre »…

Le 11, adressé au Receveur de l’Enregistrement de Vézelay, le tableau des 9 décès du « trimestre de janvier 1818 », en indiquant leurs ressources ( on note que selon les commentaires écrits du maireceux qui ont 50 à 60 F de revenus fonciers sont « à leur aise ») :

– BERTHOUX Edme , veuf SAUTEREAU Jeanne, 85 ans

– GARNIER Marie, fille de Jean, 18 ans

– MOREAU Barbe, veuve PERNOT Laurent, 59 ans

– FEVRE Pierre, époux de COLIN Madeleine

– GARNIER Edme 47 ans

– DUPONT Marie, veuve VENTENET Pierre, 72 ans

– CARILLON Pierre, dit petit Pierre, 80 ans

 – JOJOT Anne, veuve BOULLENAT Vincent et GUILLOUX Pierre, 69 ans

– TROUSSEAU Jeanne, veuve PORCHERON Michel, 71 ans

– BETTON Geneviève, 23 ans, de Blannay

Le 12, délivré à LEMOUX Lazare, du Vaudonjon, un passeport pour aller travailler à Rosny près Paris.

Enregistré congé définitif de CARILLON Pierre, né le 3 Septembre 1786.

Les 15, 17, 22 et 24, délivrance de passeports à des habitants de Montillot allant travailler à Paris:               

– Françoise FEVRE, fille de défunt Edme, pour travailler à la vigne chez RAMEAU Papillon à Nogent (arrt de Sceaux)

– Edmée et Jeanne MERCIER, id chez SAVART Lemaigre, vigneron à Montreuil

– Anne RENNEQUIN, fille de François, …chez le même vigneron.

– Pierette et Geneviève DEGOIX, chez le Sieur Louis BERGER, propriétaire à Nogent sur Marne.

– Edmée et Etienette JOJOT, chez le Sr CADET, boulanger à Charonne, arrt de St Denis.

– Elizabeth CARILLON, fille de Pierre et de Françoise VOILOT (défunts), chez le Sr Maurice, vigneron à Pantin.

– Anne et Brigitte BRISDOUX, chez le Sr PAULARD, propriétaire vigneron au Pré St Gervais

– Claudine MERCIER, femme BERTHOUX François, chez le Sr SAVART, vigneron à la Barrière de Charonne.

– Françoise PORCHERON, fille de Claude, et Jeanne BERSON, fille de Jean, chez le Sr VIOLET, cabaretier à Menil Montant.

– Gabrielle et Adrienne PORCHERON,  filles d’Edme et de Françoise CARILLON, pour aller servir chez Mme Vve Laporte et Mme Desboeufs.

– Catherine LUCY, femme FEVRE Claude, laboureur au Vaudonjon, chez François SAVART, vigneron à Montreuil

– Claudine SONNOIS, femme CAMBUZAT Louis, chez le Sr CHANTAIT à Limours, arrt de Versailles.

– Edmée CARILLON, fille de Lazare, chez SALAVIN Etienne à Montreuil

– Marie Jeanne BERTHOUX, fille de Léonard, pour aller rue Montmartre sarcler les champs, chez le Sr RIME, tailleur d’habit

– Margueritte JOJOT, femme POULIN Alphonse, manoeuvre au Vaudonjon, pour travailler aux vignes chez le Sr SALLAVIN, jardinier fruitier et vigneron

– Adrienne SONNOIS, fille de Lazare et déf. Anne TILLIEN, pour travailler aux vignes à Paris, rue des Amandiers, chez Mme MEAUX, « vignerone »

– Françoise SONNOIS, pour travailler à la vigne à Epinay (Seine) chez le Sr DESCHAMPS, vigneron

– Etienette SONNOIS, femme GUEREAU, pour travailler à la vigne chez le Sr D’ARREME, vigneron propriétaire, proche la Barrière de Charonne

– Marie POULIN, femme de Claude GUTTIN, pour travailler à la vigne chez le Sr DESCHAMPS à Epinay

– Adrienne BERSON, fille de Claude et de Adrienne POULIN, chez le Sr VASSON, à Bagnolet

– Françoise et Jeanne JOJOT, filles de Claude et de Jeanne BOUVEAU, chez le Sr BAUDOIN à Epinay

– Edmée DELHUME veuve Claude CARILLON, dit Dégagé, et sa fille Françoise CARILLON, chez le Sr DELIN, cabaretier – aubergiste à Epinay

– Françoise CULIN, fille de déf. Philibert et Adrienne CARILLON, laboureur, chez le Sr DELIN à Epinay

– Marie VENTENET, femme GIRARD Claude, chez SAVART Le maigre, vigneron à Montreuil

 Le 30 Avril, reçu le Bulletin administratif de l’Yonne, concernant la vaccine et la fête de la rentrée de Louis XVIII dans la capitale.

 May

Le 1er, « on a commencé à travailler au grand Chemin de Vézelay ».

 Délivrance de passeports:

– Marie Jeanne CARILLON, veuve GIRAULT, pour aller travailler chez le Sr Jacques GIRAULT, jardinier à Argenteuil (Oise)

– Brigitte TREMEAU, pour aller chez le Sr BAUDOIN, vigneron à Epinay

– Jeanne CARILLON, fille de Pierre et de Jeanne PERNOT, chez le Sr Jacques GIRAULT à Argenteuil

– Marie MOIRAND, pour aller travailler chez CADET, boucher vigneron à Bagnolet

– Françoise et Catherine DEGOIX, filles de Pierre, pour aller chez le Sr Jacques MAURICE, vigneron à Bagnolet

– le 3 mai, « célébré la rentrée de Louis XVIII dans la capitale, distribué du pain aux indigents (50F), payé pour la garde nationale (6F), plus poudre à tirer (2F). Le Conseil municipal et les autres fonctionnaires y ont tous assisté en corps ».

– le 7, adressé à Mr LALLEMAND, « Directeur du Bureau des Nourices », l’acte de décès de Thérèse Constance BONCOURT, fille d’un typographe habitant à Paris, 12 rue du Four, quartier de la Sorbonne.

–  le 9, adressé au Sous-Préfet une demande d’autorisation d’ouverture d’un Rôle extraordinaire de 200 F pour acquérir « une Coupe de calice en argent doré, un ostensoir pour l’exposition du Saint Sacrement et un custode pour porter les sacrements aux malades ».          

– Le 12 mai, « Publié la défense de laisser entrer sous aucun pretexte les brebis et moutons paître dans les bois notament dans la reserve du Feije ».

 – « L’inspecteur des forests a fait le récolement des Pommerats, martellé la réserve d’Aigremont, et la Tête de l’Atte, coupe ordinaire de 1818 ».

– le 14, adressé au Sous-Préfet « le détail de l’emploi de la somme de 152 F 75 c accordé à la commune de Montillot à titre de secours » par le Préfet en date du 22 Janvier précédent, « savoir

– 24F30c payés à Antoine GUTTIN pour pain distribué le 3 May aux indigents, infirmes et en secours à domicile

– et le surplus employé en atteliers de Charitté sur les chemins en 272 journées, savoir 11 à 1F, 123 à 75c, 89 à 50c, 5 à 45c, 29 à 40c, 3 à 35c et 12 à 30c, …porté sur 63 particuliers. »

Le « dit compte est vérifié et arrêté et signé par MM DEFERT, notaire et PORCHERON Jean, instituteur, tous deux membres du Comitté de Bienfaisance. »

 Le même jour, établi le rôle des prestations en nature pour « réparation des chemins vicinaux, montant à 392F 85c, formant 266 jours 1/2 à bras et 3 jours de voitures; savoir à extraire 533 mètres de pierre et à charoyer 222 m cubes de pierre. la journée à bras est fixée à 1F, celle de voiture à 3 F; la toise cube à 4 francs. Il y a par journée à bras 2 m cubes et par journée de voiture 6 mètres. »

 – Le 21 mai, répondu au Receveur de l’Enregistrement de Vézelay, qui avait demandé les ressources de trois foyers. On note deux types de réponses. Le premier, qui paraît normal:

… »ils ont fort peu de mobilier et de biens, pour un revenu de 49F 57c; N°… du Rôle Foncier.

Le deuxième, moins objectif :

… »berger à …; il vit avec une femme de mauvaise vie sans être marié avec elle, il n’a pas de mobilier et ne possède qu’un revenu de 10F 61c en mauvais biens situés à la Charbonière… » (2 « mauvais » points …!)

Fixé le prix du pain blanc à 13c 1/2 et le pain bis à 11c 1/4 la livre.

– Le 24 Mai, adjugé à Claude CARILLON, laboureur au Vaudonjon, « seul metteur pour le prix et somme de 3 francs pour une année », l’entretien du lavoir et de la fontaine du Vaudonjon. Il devra, entre autres, « entretenir la vanne en sorte qu’il y ait toujours l’eau au degré nécessaire pour abreuver les bestiaux ».

– Le 29 mai, « écrit à M. le sous Préfet pour le prévenir des ravages occasionnés par une louve et trois louveteaux malgré l’empoisonnement, demandant ce qu’il faut faire à ce sujet. Et vu l’étendue de la commune, demandé l’autorisation pour le garde-champêtre, attendu qu’il y a beaucoup de bois à traverser, de porter un fusil dans ses tournées ».

 Juin

Le 7, adjudication du « currement de la marre vulgairement appelée Crot Major », à Jean JOJOT, fils de Claude, pour 20 F; « à la charge par lui de bien et duëment netoyer ladite marre, en ôter les imondices et les pierres et autres objets qu’il y trouvera et de les transporter de manière qu’ils ne puissent y retourner ».

Le même jour, « procédé à l’adjudication de l’herbe du cimetière, seulement pour la couper d’icy au 11 Novembre prochain sans y pouvoir sous aucun prétexte mettre de bestiaux d’aucune espèce sous les peines de droit ». Adjugé au plus offrant , Claude GUTTIN père pour 7 francs.

Le 22, « répondu à Mr MARTIN, curé de Vézelay, relativement à l’instituteur, que son traitement pour 1818 est de 60 francs fixe les mois d’école … qu’il a en hyver 40 à 50 écoliers, dont 1/4 au moins indigents, deux tiers à 30 centimes, 1/6 à 50 c., 5 à 6 à 75c., et 1 ou 2 à 1 franc; qu’en été il n’a pas d’écoliers; que la population est de 880 habitants et le nombre de feux de 221. »

Le 28, « procédé à l’adjudication à l’enchère de la bouë provenant du curement de la marre ditte du Crot Major aux clauses et conditions suivantes, d’enlever la bouê d’icy à six semaines a datter de ce jour, de payer le prix entre les mains de ceux qui ont curé la dite marre … ainsi que la somme de 3 francs employé à curer le citerneau de la citerne et enlever la bouë de la marre de la Duitte ». Adjugé à Charles CARILLON, blatayer, à 20 francs.

Le 29, « tous les contribuables sont invités d’acquitter sans délai les termes courants s’ils ne veulent être poursuivis par voie de saisie, garnison et même de la gendarmerie ».

 Juillet

« Adressé à Mr le Sous Préfet les noms des Commissaires répartiteurs de Montillot pour 1819: les Srs RABIER, notaire à Corbigny; BADIN HEURTEBISE au Châtel Censoir; DEFERT, notaire à Montillot; GUTTIN Claude Père et Jean PORCHERON à Montillot. »

Le 9, « procédé à la quette pour les incendiés de Saint Florentin »: pour Montillot et Tameron, 11F05c en argent, plus une quarte et demie de mouture, plus chanvre, fil, étoupe et filasse …

Le 16, « amodié le curage de la marre du Crot du Lac à Edme PORCHERON, dit Condy.

le 29, « amodié la boue du Crot noir et du Crot vers chez Léonard BERTHOUX,…au dit Léonard et à CARILLON Lazare, fils de François, moyennant deux francs ».

 Aoust

Le 14, « adressé à Mr le Maire du Chatel Censoir une lettre pour le prier de deffendre aux bouchers de sa commune de porter à Montillot de la viande morte pour vendre, à peine en cas de contravention de confiscation de la dite viande au profit de l’hospice de Vézelay ».

Le 17, « entrepris par adjudication à Laurent PORCHERON, laboureur , le Crot du Puits Martin à récurer et à y faire un glacis en pierre recouvert en terre par dessus du côté du chemin, moyennant la terre provenant du dit curage et 10 francs en argent. le tout sujet à visitte ».

Le 30, adressé au Sous-préfet 12 pièces, lettres et quittances, justifiant les dépenses effectuées. Entre autres choses, il est expliqué que les habitants ont décidé d’abandonner leurs parts de  branchages et vieilles écorces de la coupe des Pommerats (« n’ayant pas même de pain, ils ne pourraient pas acheter du bois »…), « pour être mis en moulée, vendus et le prix employé à réparer la couverture de l’église pour pouvoir jouir de la citerne, seule ressource pour le pays en temps de sécheresse »… »Les habitants de Montillot manquant absolument d’eau désiraient en chercher à la journée… et que je fisse faire des fouilles par eux-mêmes à la corvée et que je fasse réparer deux puits, démaçonnés dans le fond, dont un tient un peu de source et que je suis sûr que l’on pourrait découvrir à peu de frais »…

 Septembre

Le 4, « enjoint aux particuliers qui ont des chiens de les tenir à l’attache ou de leur mettre au col des bâtons en croix longs de 2 à 3 pieds pour les empêcher d’entrer dans les vignes; ceux qui seront trouvés n’en pas avoir seront tués de suite et procès verbal dressé contre les propriétaires contrevenants ».

Publié la « deffense expresse d’abattre sous aucun prétexte du gland dans les bois communaux ».

Le 17, « reçu et publié l’appel aux classes de 1816-1817, et la répartition du contingent entre les cantons de l’arrondissement d’Avallon. Il en faut 60 de chaque classe pour Avallon,…dont 15 pour Vézelay ».

« Fait défense de laisser aller les enfants dans les vignes pas même dans les leurs ».

Le 20, mise du ban de vendange au 26 courant…Deffense a été faite de grapiller dans les vignes avant le 4 octobre prochain. »

 Octobre

Le 2, « écrit à Mr le Substitut de Mr le procureur du Roi pour demander un nouveau sursis pour Pierre Y…, pour faire ses 15 jours de prison auquel il a été condamné par jugement du 30 Mars dernier, attendu que sa femme est prête d’accoucher ».

Reçu une lettre de CARILLON Joseph, invalide, 7ème Division, Corridor de Monaco à l’Hotel des Invalides à Paris.

Le 10, reçu du Percepteur le Rôle unique des contributions pour 1818. Récapitulation générale des impôts à payer par la population du village :

– contribution foncière propriétés bâties et non bâties : ——–6664 F 47c

( pour 25626 F de revenu foncier total)

– taxe sur les portes et fenêtres : ————————————  292 F 15c

– taxe personnelle et mobilière : —————————————998 F 91c

– patentes :—————————————————————   260 F 09c

– centimes pour frais d’avertissement : —————————–    22 F 40c

                                                               TOTAL : ————- 8233 F 02c

A noter que le barême de la taxe sur les portes et fenêtres distingue :

– les portes cochères et de magasin

– les portes et fenêtres de rez de chaussée, 1er et 2ème étage

– les maisons n’ayant qu’une porte et une fenêtre

– les maisons n’ayant qu’une porte.

Le 12, écrit au Procureur du Roi en lui adressant un procès-verbal de recherche et deux peaux de moutons. Sur plainte portée par un habitant du hameau de Baudeleine contre un de ses voisins , soupçonné de lui avoir volé dans son écurie « un agneau de l’an passé, blanc en entier réserve deux taches rousses au col », le Maire de Montillot, accompagné de BERTHOUX Paul Nicolas, garde-champêtre « duëment décoré » s’est rendu chez le voisin accusé, a sommé son épouse de « leur ouvrir les portes de son habitation, ce qu’elle a fait »; étant « montés sur le grenier qui est au-dessus », ils ont trouvé « sur une perche étendüe vers la cheminée dans ledit grenier deux peaux de moutons dont l’une a déjà été lavée et où il y a des morceaux de coupés; et l’autre pas encore sèche, et paraissant avoir été écorchée à peu près il y a huit jours en portant les marques indiquées par le dit … plaignant ». « Ayant sommé la dite femme …de dire d’où elle avait ces peaux, attendu qu’elle n’a ny brebis ny moutons »… »elle n’a plus répondu ». Le Maire demande donc au Procureur  de trouver et de punir « le vrai voleur »…

Le 17, lettre à Mr COMPAGNOT, receveur particulier de l’Arrondissement d’Avallon; le maire s’y défend de l’accusation d’avoir dénoncé ce fonctionnaire auprès du Préfet pour avoir fait payer deux fois certains contribuables.

Les 25 et 26 : tirages des classes 1816 et 1817 à Vézelay.

Le 27, dans une lettre à Mr CHAPOTOT, percepteur; le maire se plaint du « porteur de contraintes de celui-ci, « qui se mêle de publier partout », écrit-il, « que je n’ai pas payé mon canton de bois ny celui de ma mère (lequel ne me regarde pas) ». Il estime que le percepteur lui doit 9F 30 pour la « confection de ce rôle » et que son « canton ne s’élève qu’à 5F 57c ». Il lui demande donc de le « rayer sur le rôle des bois et de mettre le surplus des 9F 30c sur l’art.6 de Melle De la Borde Françoise » et « d’avertir son porteur de contrainte de n’être à son égard ny si insolent ny si bavard ».

 Novembre

Le 1er, affiché les tableaux d’appel des classes 1816 ( 4 conscrits à Montillot) et 1817 (5 conscrits). Conseil de révision à Avallon le 9 Novembre.

Le 3, « délivré au Sr BERTHOUX Paul Nicolas, garde champêtre, une ordonnance de 190 F pour son traitement pour l’année 1818″.

Le 17, envoi au sous-Préfet des mémoires présentés par DUFOUR Pierre, couvreur à Asnières, « pour ouvrages faits par lui à l’église de Montillot » en 1817 et 1818; d’abord à la demande du Maire, sur la couverture, en novembre 1817 et en mai 1818, pour la somme de 28 francs; puis , à la demande de MM DEFERT, notaire, Jacques FOURNIER, maréchal et Jean PORCHERON, instituteur, membres du Conseil de l’église de Montillot :

– « enduire et blanchir dans l’intérieur, moyenant le prix de 50 Francs »

– « enduire la place dégradée du pinion et du goutterot de l’église et pour le blanchir », …60 Francs.

Le maire certifie l’exactitude de ces mémoires et l’authenticité de la signature du couvreur et demande l’approbation du Sous-Préfet.

Le 20, reçu le « mémoire des ouvrages faits par Edme SOEUR, maçon au Vaudonjon, en 1817 et 1818:  ( total  55 F 45 c )

– « raccomoder la croix de l’Echaly (taille de pierre) », la croix de la Duitte, la croix du cimetière.

– taille et fourniture de « 2 bornes de baze d’arpentage »

– relever le « conduit de l’échené sous l’église »

– le carrelage de l’église

– fourniture d’une feuillette de chaux vive, de deux feuillettes de sable et de 5 carreaux

Vu « les lois des 28 Septembre et 6 Octobre 1791 sur la Police rurale, deffense expresse est faite aux cabaretiers de garder chez eux du monde passé 9h du soir, réservé les voyageurs et étrangers ».

Le 29, adressé à Mr BOURGEOT, géomètre à Avallon, le procès-verbal de délimitation du finage d’Asquins, après l’avoir signé.

 Décembre

Le 1er, « Jacques JOJOT et BUREAU Charles (pour une voiture), Jean PORCHERON instituteur et GUTTIN Edme dit Museau pour une autre, Claude GUTTIN père pour une autre, et Hubert MERCIER pour une autre, ont ramené à Montillot de chez Peuble et Gilet menuisiers à Vézelay, les bancs de l’église. »

« Procédé avec Edme SOEUR, maçon, à la visitte des fours et cheminées et à la quête pour les incendiés »… »j’ai trouvé celle d’Edme GUILLOUX, gendre PORCHERON, et de GRASSET Jean, en très mauvais état et je les ai averti de les réparer d’icy au 8 de ce mois sans quoi elles seraient jettées à terre et eux condamnés à l’amende ».

 Le 4, « délivré à Mr CALMUS, vicaire de Vézelay, une ordonnance de 300 F pour son traitement de l’année 1818 », comme desservant de Montillot.

Le 7, « écrit au Bureau des Nourices à Paris, pour réclamer une somme de 73 F10 c (voyage compris) due à Edmée GUILLOUX, femme DEFERT Antoine, manoeuvre, pour allaitement de BONCOURT Thérèse Constance ». ( d’après le registre d’Etat Civil, cette enfant, née le 1er Aout 1817 à Paris, est décédée en nourrice à Montillot le 30 mars 1818 ).

Le 8, « fait réponse à Marie Jeanne CROCHU, fille de l’hospice des enfants trouvés de la Seine, demeurant à Paris à la Salpêtrière », qui demandait le nom du « meneur » qui l’a amenée en nourrice à Montillot le 8 brumaire an V, et les noms de ses parents nourriciers successifs.

Le 12, longue lettre au percepteur qui a refusé de payer 300 F, traitement du desservant pour 1818, afin de justifier la validité de cette dépense et de son affectation comptable.

Le 20, « suite à l’annonce qui en a été faite à son de caisse », adjudication de la « Coupe du Triage (ordinaire 1819) des Cantons de Montillot dit la Tête de Lâtte »; attribué à Claude PORCHERON, bûcheron, pour 70 francs.

Le journal de 1819

Janvier

Le 6, averti les habitants de solder tous les termes échus de leurs impositions s’ils ne veulent pas être poursuivis « par voye de garnison »

Le 10, « délivré à chaque Chef de Dizaine les noms de ceux qui composent leur dizaine, averti les habitants que le partage des bois  se fera le 12 de ce mois, qu’il est fait expresse défense d’en enlever sous aucun prétexte avant le 13 du dit mois », d’y entrer avant soleil lever et d’y rester après soleil coucher, à peine en cas de contravention d’être poursuivis devant les tribunaux qui en doivent cognoître ».

Le 12, « délivré les cantons aux habitants; les tas de ceux qui n’avaient pas payé ont été vendus et adjugés à la requête de Mr CHAPOTOT, percepteur a qui le prix des adjudications ont été payées. Vendu et adjugé à CARILLON Charles, blatayer, les dix tas excédants le partage moyenant 50F 50c. »

Le 14, « reçu extrait du procès-verbal d’adjudication de la Coupe du 1/4 de réserve d’Aigremont,…adjugée à Mr BERTIN, marchand de bois à Vermenton moyennant le tout en principal pour 3923 F 52c.

Le 19, rédigé le rôle des usagers de Montillot pour 1819. Il y a 180 usagers. Montant 1100 F. Adressé au Sous-Préfet pour être homologué et rendu éxécutoire par le Préfet.

Le 21, le Service de Louis XVI n’a pu avoir lieu, faute de desservant.

Le 22, écrit au Sous-Préfet que le Sr RABIER a proposé de vendre sa maison à la commune 7400 F, « sauf experts » (si elle est estimée moins, il diminuera; si elle l’est plus, il n’augmentera pas…); la partie principale de cette maison aurait « coûté à bâtir plus de 30000 F; et le bâtiment qui peut faire une maison d’école, bâti il y a 6 ou 7 ans « a coûté dans les 4000 F ».

Le 28, reçu une lettre du Sous-Préfet au sujet de l’acquisition d’un presbytère par la commune. Il désigne une autre maison qui lui a été proposée, celle de Jacques MOREAU. Le maire oppose l’existence d’une servitude, « un particulier ayant le dessous et ne voulant pas le vendre ».

Le 29, accord du Sous-Préfet sur la maison de Me RABIER; deux experts doivent être nommés contradictoirement pour estimer le prix de vente.

Février

Le 4 février, envoi du dossier de la maison RABIER au Sous-Préfet. Les 2 experts, Etienne BELLOT, maçon à Vézelay pour la commune de Montillot, et Hubert MATHEY, charpentier à Vézelay pour le vendeur, ont estimé la dite maison à 8850 F. Elle peut donc être acquise pour 7400 Francs

Ecrit au Sr GOIGNOT, « homme de loi à Paris, pour qu’il active le plus qu’il pourra la décision du 1/4 de réserve du Fëye » et s’occupe ensuite du dossier du presbytère, qui sera envoyé très prochainement à « Son Excellence ».

Reçu un avis du Préfet relatif à un cours annuel et gratuit d’accouchement à Auxerre.

Le 9, accord unanime du conseil municipal pour l’achat du futur presbytère

Le 12, « écrit au Sous-Préfet pour lui demander de pourvoir au remplacement d’un membre du Conseil Municipal décédé le 11 Décembre dernier (Antoine MERCIER); je lui propose en remplacement cinq des plus imposés de la commune, qui sont GUTIN Claude père, DEFERT Edme, maréchal, DEFERT Toussaint, charon, FEVRE Claude, fils de Joseph et MERCIER Nicolas du Vaudonjon. »

Le 25, « écrit au Sous-Préfet que vû les dégâts occasionnés par les loups, les habitants des hameaux  de la Bertellerie, Beaudeleine, la Charbonière … demandent qu’ils soient autorisés à faire une battue générale pour les détruire attendu que l’on peut suivre le train de ces animaux sur la neige »; « je lui observe que les 4 derniers moutons qui ont servi au dernier empoisonnement sont encore dus aux particuliers ».

Mars

Le 3, avis par Mr COSTER que le Sous Préfet a nommé le maire de Montillot et l’Adjoint du Chatel Censoir, M.TENAILLE St CYR, « pour constater les pertes qu’a essuyé Jacques MOREAU, meunier à Brosses par suitte de l’incendie du 23 Novembre dernier ».

Le 7, avis de nomination de GUTTIN Claude père comme conseiller municipal.

Reçu une lettre du Procureur du Roi, « concernant les escrocs qui parcourent les campagnes avec des montres et autres bijoux faux, ainsi que pour la surveillance sur les étrangers et passants ».

Le 10, signé le tableau de l’expertise de l’incendie de Jacques MOREAU, rédigé par Mr St CYR; montant : 1550 Francs.

Le 21, « adressé à M. le Percepteur un certificat des impositions de 1816 portées au nom de PAPILLON François Paulin, meunier au Gué-Pavé et qui a vendu ce moulin à M. SAURY, avoué à Avallon. »

Délivrance de certificats pour aller travailler dans la région parisienne :

– aux 3 filles de Pierre GUILLOUX des Hérodats, pour Belleville près Paris.

– à Anne BERTHOUX, femme BOULLENAT Guillaume des Hérodats, pour le Petit Charonne; elle a avec elle deux de ses enfants, l’un de 7 ans, l’autre de 5 mois.

–  à Gabrielle Jacqueline PORCHERON, femme DUPLAN, pour le Petit Charonne; elle a avec elle ses deux enfants, Marie, âgée de 11 ans et Jean, âgé de 8 ans.

Le 17, reçu une lettre de Mr ARNAUDOT, Inspecteur des Contributions Directes du Département, relative au cadastre parcellaire.

Avril

Le 12, « averti Mr le Juge de paix du décès de BOULIN Claude, vigneron au Vaudonjon, qui laisse un militaire absent et des mineurs. »

Le 26, id pour le décès de « PORCHERON Jean, dit Lallemand, huilier à Montillot, époux de MARCEAU Marie, affin qu’attendu qu’il a un fils militaire absent, il vienne y aposer les scellés » .  

Le même jour, « fait la visitte des enfants de l’école primaire conjointement avec le Sr PENTAT, chirurgien au Chatel Censoir et dressé le tableau des vaccinés il y en a 2, et de ceux qui ont eu la Petite Vérole, 20 .En tout 22. Il n’y en a point qui n’aye étté vacciné ». (?…)

May

Le 2, « averti les habitants d’élaguer d’icy au 15 de ce mois les hayes situées sur les chemins vicinaux ».

Le 16, « s’est présenté Edme DELHUME, manoeuvre à Tameron, qui nous a présenté un louvetteau d’environ 3 semaines qu’il a pris vivant, et il nous a déclaré que RAPPENEAU François, des Hérodats en avait pris trois pareils; …dressé procès-verbal remis au dit DELHUME pour le porter avec le louvetteau à Mr le Sous Préfet d’Avallon ».

Le 30, à 4h du soir, se sont présentés devant le maire, « les Sieurs ROUSSEAU Jean Baptiste, Claude LAURIN, GUILLOUX Laurent, FEVRE Claude, BERTHOUX Paul, garde-champêtre, tous propriétaires demeurant au hameau du Vaudonjon, lesquels ont déclaré qu’ils sont convenus donner à DESVOIX Catherine, femme GOURLOT Gabriel, leurs vaches ( et autre bétail…)à garder à raison de une quarte et demie par vache, et une quarte par bête asine, pour les garder toute l’année. Est convenu que ceux qui feront garder leurs vaches autre que par leurs enfants seront tenus de payer comme s’ils les mettaient à la vacherie. Le vacher aura en outre une quarte de grain par dix bêtes à laine ; …une livre de pain par semaine, par vache, par asne, et par dix bêtes à laine ; dix centimes par mois par vache, cinq centimes par asne et par porc, et deux centimes et demi par bête à laine ; et une quarte par cochon. Et il est à observer que le grain sera livré moitié métail et moitié orge, et que dans les trois mois de moisson, il ne sera payé que le pain. Nous a déclaré laditte DESVOIX Catherine,…qu’elle accepte les dites conditions et que pour sûreté des propriétaires elle hypothèque tous les biens qu’elle possède situés sur Asquins et Montillot sans être tenue d’en faire la démonstration »…

Juin

Le 14, écrit à Mr CALMUS, ancien desservant de Montillot, que le Conseil Municipal lui redemande les clefs du presbytère, et lui exprime en même temps le regret de ce qu’il a ainsi abandonné la commune sans prévenir. … »Il n’aurait pas du nous quitter n’ayant essuyé aucuns désagréments ».

Le 16, « écrit à Mr DAVOUST, inspecteur des Eaux et Forests résidant à Auxerre, pour avoir la permission de laisser aller les chevaux et mulets dans les bois communaux de 8 ans et au dessus, et pour avoir l’autorisation de couper dans la réserve du Feije un chêne sec par le faîtte pour faire un échené pour l’église de Montillot ».

Le 18, « fait conduire à Vézelay pardevant Mr le Juge de Paix (par Jean JOJOT, garde particulier des forests à Montillot et SAUTEREAU Philippe, garde champêtre à Brosses) le nommé Ané Dominique, natif d’Aulon, marchand colporteur prévenu d’avoir voulu vendre des bijoux en Similor pour de l’or. J’ai envoyé avec le prévenu les objets trouvés sur lui et le procès-verbal que j’en ai dressé… »

Juillet

Le 4, adjudication de la Coupe de l’herbe du cimetière à GUEREAU Pierre, gendre CARILLON Edme … pour la somme de 10 francs à payer «  »au 11 novembre prochain entre les mains du percepteur ».

Noms des commissaires répartiteurs pour 1820 : GUTTIN Claude père, DEFERT, notaire royal, AMYOT Antoine, gendre MERCIER, BADIN HEURTEBISE père au Chatel Censoir et BAUDOT LAVALLEE à Vézelay.

Le 6, écrit au Sous-Préfet pour justifier  » un mémoire de 14F 50c pour dépenses faites par la garde nationale lors de l’anniversaire de la mort de Louis XVI, chez Antoine GUTTIN, boulanger » – et cabaretier – « (au nombre de 15 personnes toutes malheureuses et manquant de pain, lesquels n’auraient pas eu la force de retourner chez eux si je ne leur avais fait donner à manger). C’est à tort que le boulanger a compris dans le bas de son mémoire le Conseil Municipal , … aucun des membres n’y ont participé. … que Mr le Sous Préfet autorisera Mr le Percepteur à payer au dit GUTTIN Antoine les 9F 70c dont il fait à tort  reproche au conseil Municipal en corps d’avoir fait la dépense au cabaret »…

Aoust

Le 5, reçu les pièces concernant le dossier d’acquisition de la maison du Sieur RABIER. Le Conseil municipal approuve le projet de division fourni par l’architecte Mr TANCHON et prend un arrêté pour l’amodiation des fruits du jardin du presbytère et abandonne les récoltes du chanvre et légumes au Sr CALMUS ex desservant.

Le 11, « écrit à Mr le Juge de paix de Vézelay pour l’inviter à venir poser les scellés chez Claude BERSON, ex maire de Montillot, décédé hyer, attendu qu’il laisse 3 mineurs, dont une fille absente.

Ecrit aux Sieurs PEUBLE et GILET, menuisiers à Vézelay, qui n’ont pas terminé l’installation des bancs de l’église, pour les menacer de poursuites.

Les fruits du presbytère sont adjugés à Jean PORCHERON le jeune, instituteur à Montillot pour 10 francs.

Le 20, écrit à nouveau à Mgr l’Evêque de Troyes pour demander un desservant résidant à Montillot, « ce qu’il y a de pire, les malades pour la plupart meurent sans confession pendant le temps que l’on met à aller chercher un prêtre soit à Vézelay, soit ailleurs ».

Septembre

Le 2, reçu « copie de l’Ordonnance du Roi en date du 30 Juin dernier qui autorise la Coupe de 16 ha de la réserve des bois de la commune de Montillot à prendre dans la partie la plus dépérissante de cette réserve apellée Le Faÿ ».

Le 3, répondu à une demande de Mr COSTER, contrôleur des Contributions directes d’Avallon, sur les bois de MONTILLOT :

– sur les contenances selon les classes ; 16ha environ en 1ère classe, 196ha en 2ème, 437 en 3ème, 59 en 4ème; total 708ha 41a .

– il y a en outre 156ha 74 qui « appartiennent au gouvernement »

– sur le rapport annuel de ces bois ; la 1ère classe peut rapporter au bout de 20 ans par ha, 5 décastères de gros bois et 1 décastère de menuise; la 2ème, 3 1/3 dast et 2/3 dast; la 3ème, 2 et 1; la 4ème 0 et 1 1/2.

– les prix de vente ; la 1ère classe se vend à la feuille l’hectare 21 francs; la 2ème, 11F, la 3ème 8F, la 4ème 3F.

– les prix moyens de l’hectare pendant 10 ans; 1ère classe : 420F; 2ème : 220F; 3ème: 160F; 4ème: 60F.

– les coupes annuelles; la commune a environ 180 ha de bois réserves comprises; « nous coupons de 4 1/2 à 5 ha par an; nous avons 27 triages, 45ha suplément de 1/4 de réserve ».

– « Il n’y a pas eu de bois de gouvernement vendus sur la commune de Montillot ».

– Le 16, incendie de la maison de Claude BUREAU, manoeuvre : « une partie de l’intérieur brûlée, son grain perdu par l’eau qu’il a fallu jetter pour éteindre l’incendie, son fourage idem, et une grande partie du bâtiment en entier découvert ».

Octobre

Le 2, « nommé pour commissaires pour la visitte des vignes du finage de Montillot MM DEFERT, notaire, DEFERT Edme, maréchal, GAILLOT Claude, MAUPIN et COLAS Denis adjoint; tous propriétaires de vignes, ils feront demain dimanche leur rapport sur la situation des dittes vignes pour de suitte publier le ban des vendanges ».

Le 3, après avis des experts ci-dessus, le ban des vendanges est fixé au 7 Octobre.

Le 17, vente de 33 paires de pigeons pour 9F 70c.

Novembre

Le 3, envoi au Sous préfet de la somme de 11F, provenant de la vente des dons en nature (grains et autres marchandises…) effectués par les habitants de Montillot, à l’occasion de la « quête des incendiés » faite en janvier. Cette somme – ajoutée à 20 F en espèces – sera transmise à la « Caisse des Incendiés ».

Le 11, lettre à M. RABIER, notaire à Corbigny, par laquelle le Maire de Montillot veut lui « faire cognoître la fausseté de tous les rapports calomnieux … faits sur son compte ». Il se dit accusé par la rumeur publique d’avoir reçu un pot de vin de mille francs pour la vente de la maison Rabier. Les « dénonciateurs …vont dans les cabarets énivrer les paysans pour les faire déposer » contre lui, écrit-il. En conséquence, il a donné sa démission de maire…Il demande à Mr RABIER une explication de vive-voix, « non pas à Montillot, mais à Avallon, Clamecy ou autres endroits… »

Le 15, lettre du maire au Préfet confirmant sa démission

Décembre

Le 6, reçu une lettre du Sr DEFERT, notaire, annonçant sa nomination comme Maire de Montillot.

Le Maire démissionnaire lui fait parvenir tous les dossiers et registres en cours.

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Les médaillés de Sainte-Hélène

A. Buet †, R.M. Koutlidis, 2002

La médaille de Sainte-Hélène, créée en 1857 par Napoléon III, a récompensé les 390 000 soldats encore vivants en 1857, qui ont combattu aux côtés de Napoléon Ier pendant les guerres de l’Empire de 1792 à 1815.

Les listes des médaillés sont recensées dans les archives départementales, et un site internet (http://www.stehelene.org ) récapitule ces listes, par département.

On sait ainsi que 12 soldats domiciliés à Montillot ont été récompensés par la médaille de Sainte de Sainte-Hélène.

Ces médaillés de Ste Hélène ont eu une double chance : terminer les campagnes vivants, et survivre dans leur village plus de 40 ans !

Quelques autres ont disparu avant la fin de ces guerres .

BOULIN Edmé
né le : An 3
Résidant à MONTILLOT 89
période:15-05-1815/ 3 mois
BRISDOUX Etienne
né le 2-02-1778
Résidant à MONTILLOT 89
période An 9/ 1 an
DEFERT Pierre
né le 16 Germinal, an 2
Résidant à MONTILLOT 89
période: 6-03-1813/ 2 ans 1/2
campagnes: 3
DEFERT Marc
né le 3 Brumaire, an 3
Résidant à MONTILLOT 89
période:15-05-1915/ 3 mois 
GUTTIN Edméné le 10-12-1793
Résidant à MONTILLOT 89
période: 1-12-1812/ 3 ans 1/2
campagnes: 6
divers: 1 blessure 
GUTTIN Lazare
né le 18 ventose, an 3
Résidant à MONTILLOT 89
période: 15-05-1815/ 3 mois 
JOJOT Jean
né le 26-03-1783
Résidant à MONTILLOT 89
période2 ventose, an 12/ 12ans
campagnes: 9
divers: 2 blessures 
JOJOT Claude
né le 20-03-1790
Résidant à MONTILLOT 89
période: 9 ans
campagnes: 8
divers: 1 blessure 
LEMOUX Lazare
né en l’an 3
Résidant à MONTILLOT 89
période: 15-05-1815/ 3 mois 
PERNOT Laurent
né le 1-03-1793
Résidant à MONTILLOT 89
période: 11-11-1812/ 3 ans 1/2 
TRIET Pierre
né en 1790
Résidant à MONTILLOT 89
période: 1811/ 4 ans
campagnes: 4
divers: 2 blessures 
TRIET Joseph
né en 1788
Résidant à MONTILLOT 89
période: 1808/ 8 ans

Et ceux qui ont disparu avant l’attribution de La Médaille:

Nous trouvons leurs traces dans les registres d’état-civil, lorsque l’Armée a envoyé l’avis de décès à la Mairie d’origine (avec des délais atteignant 2 ans ½).

– PORCHERON Antoine, incorporé le 4 mai 1808 dans le 29ème Régiment d’ Infanterie de Ligne ; décédé le 28 Juin 1809 par suite de blessure à l’hôpital militaire de Parme. (Il était né le 24-01-1789 à Montillot, fils de Pierre et de Anne GUILLOUX ; de son frère Edme, marié avec Marie SAVELLY, descendent les Porcheron « actuels » ).

– CARILLON Edme , décédé le 5 Juillet 1809 sur le champ de bataille d’ Esching, par suite de blessure, grenadier de la 2ème Compagnie du 2ème Bataillon du 33ème Régiment de Ligne. Témoins : CLATISSANT (34 ans), caporal ; LANGLAIS (21 ans), caporal ; BARBIT (30 ans), grenadier, tous de la même Compagnie. ( Il était né le 26-01-1778 à Montillot, fils de Pierre et de Thérèse GUILLOUX). (Inscription des décès Porcheron et Carillon sur les registres de Montillot le 31-12-1811)

– GRASSET Louis, décédé « par suite de fièvre » le 27 Janvier 1812 à l’ Hôpital de St Ciprien, commune de Givonne (Ardennes). Canonnier dans la Compagnie d’ Artillerie du 5ème Régiment de Ligne. (Il était né le 15-09-1772, de Jean, – laboureur à La Gache , hameau maintenant disparu -, et de Marie PORCHERON.

– GAILLOT Edmedécédé « par suite de fièvre » le 6 Janvier 1814, à 19 ans, à l’Hôpital civil et militaire de Schlestatt. Fusilier au 40ème Régiment d’Infanterie de Ligne, 5ème Bataillon, 2ème Compagnie.(il était fils de Claude, « manouvrier » et de Anne Cullin).

– FILION Baptiste, décédé le 27 Février 1814 à l’ Hôtel-Dieu de Paris, à 19 ans. Soldat au 3ème Régiment de Tirailleurs, 1er Bataillon,1ère Compagnie de la Garde.(Il était né au Vaudonjon le 26-11-1794, de Pierre et Magdeleine GUIMARD)

– FLEURY Claude , décédé le 25 mai 1814, à Metz, « par suite de fièvre », à 23 ans. Soldat au 31ème Régiment de Ligne. ( il était né le 13-10-1791 à Montillot, fils de Claude, « masson » et de Anne RAPENEAU).

Accordons leur une pensée à tous …

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Travaux agricoles au début du XIXe siècle à Montillot

A. Buet, 1999

Il est difficile de faire revivre le passé d’un village qui n’a pas laissé de traces dans l’Histoire …Victor Petit, dans son étude historique sur « Avallon et l’Avallonnais », ne nous accorde qu’une ligne: « il y eut un engagement meurtrier près de Montillot »…C’était en juillet 1589, sous Henri III; il s’agit d’un combat entre une troupe d’Avallonnais ligueurs et des partisans du Roi.

Les registres paroissiaux nous permettent de reconstituer la généalogie des familles depuis la première moitié du 17ème siècle; mais les curés ajoutaient rarement des commentaires sur la vie du village.

Nous avons eu la chance de trouver d’autres sources. Grâce au soin apporté par les propriétaires successifs de l’ancienne demeure des familles nobles de MONTILLOT à la conservation de documents anciens, – certains remontent au 15ème siècle -, nous disposons d’actes d’achats et de vente de biens immobiliers, de lettres, de livres de comptes, de plaidoieries et de jugements, de donations- partage… qui nous apportent un éclairage, non seulement sur la vie de ces familles, mais aussi sur celle des gens du village avec lesquels elles entretenaient des relations quotidiennes.

Nous examinerons ci-après l’un de ces documents, qu’a bien voulu nous confier Monsieur Jean-Paul YAHER (†): il s’agit d’un registre cartonné de dimensions 32,5 cm x 23 cm et 4 cm d’épaisseur, de 551 pages manuscrites, intitulé: « Journal des Recettes et Dépenses« .

Rappelons brièvement la lignée des châtelains successifs de MONTILLOT depuis le 17ème siècle.

Il s’agissait de « nobles ruraux » et non de seigneurs au sens de l’Ancien Régime, puisque les Abbés de Vézelay détenaient seuls les droits de Justice et de levée des impôts sur les villages de la région.

C’est en 1648 que Bon De La Borde, habitant jusque-là La Borde-Roncin, domaine isolé de la paroisse d’Asquins, a acheté des propriétés à Montillot, dans le Faubourg de « Toucheboeuf » et s’y est installé. Ce n’était pas une demeure seigneuriale : ces terres et ces bâtiments appartenaient quelques années auparavant à un laboureur . Se disant « Seigneur du Faÿ », du nom de la forêt proche, Bon De La Borde agrandit progressivement son domaine.

Il s’était marié dans l’Aube, à Vaudron, près de Chaource, en 1645, avec Antoinette de Beaulieu. Leur fils  Dieudonné De La Borde, baptisé à Asquins en 1647, épouse Elizabeth De Burdelot, à Brosses, village voisin, en 1674. A son tour, leur fils, Bon De la Borde, se dit « Seigneur du Fay et de Montillot »; il épouse en 1722 à Lainsecq, Marie-Louise de Savelli, fille de François de Savelli, descendant lointain d’une famille de la haute noblesse italienne.

Ce couple eut 5 enfants, dont survivront 3 filles :

Louise-Jeanne De La Borde, épouse Boulée de Charoux

Edmée Elizabeth, épouse Mullot de Villenaut

Françoise, dite De Boistaché, née 5 mois après le décès de son père. Elle restera célibataire .

C’est Elizabeth qui hérite des propriétés de Montillot; elle a épousé en 1771, à 33 ans, Louis Nicolas Marie Mullot de Villenot, 38 ans, fils du Chevalier, seigneur de Villenaut et du Colombier (paroisse d’Etais), capitaine de Cavalerie au cours des campagnes de Louis XIV. Lui-même, Nicolas-Marie, fut Capitaine, et blessé en 1747 pendant la Guerre de Succession d’Autriche. Il s’installe à Montillot après son mariage avec Elizabeth, et prend en main la gestion du domaine. Il est Maire en 1789 et 1790, dans la 1ère municipalité élue dans le village au début de la Révolution. Nous disposons de son rapport de gestion dans cette période .

Leur fille aînée Françoise, née le 29 Mars 1771, est admise en 1780 à Saint-Cyr, maison d’éducation pour les jeunes filles nobles et pauvres, créée en 1686 par Louis XIV et Madame de Maintenon.

Elle  épouse le 1er Août 1805 Joseph Anne Georges De Lenferna, 34 ans, –« J.A.G.L. » dans la suite de ce texte -, fils de Jean Joseph Guillaume, seigneur de La Motte-Gurgy, et de Elizabeth Sophie Le Muet de Bellombre. Le jeune couple s’installe à Montillot fin 1805 ou début 1806 et J.A.G.L. assure ensuite la gestion de la propriété de son épouse .

C’est son livre de comptes, de 1806 à 1812, que nous avons sous les yeux…

Où en sommes nous alors, du Grand Livre de l’Histoire de France ?

... Napoléon a été sacré Empereur le 2 décembre 1804 à Notre-Dame de Paris. Entre 1806 et 1811, l’Empire est à son apogée.

Il y a bien eu Trafalgar en octobre 1805, qui a laissé à l’Angleterre la maîtrise absolue de la mer et amena Napoléon à renoncer à ses projets d’invasion. Mais au même moment, il bat les Autrichiens à Ulm, ensuite occupe Vienne puis bat Autrichiens et Russes à Austerlitz le 2 décembre. Ce sont ensuite les Prussiens qui sont battus à Iéna, puis les Russes à Friedland, en février et juin 1807…Trois grandes puissances militaires de l’Europe sont donc momentanément très affaiblies…

En 1811, l’Empire français, avec la Hollande, le Piémont, la Toscane, Trieste et les provinces illyriennes, compte 130 départements et 44 millions d’habitants; on peut ajouter les Etats vassaux, comprenant une partie de l’Allemagne et de la Pologne, la Suisse, l’Italie et l’Espagne, soit environ 38 millions d’habitants.

Cette gloire passagère de nos armées fut durement payée par la population française : suppression des libertés, lourdeur des impôts, continuelles levées de soldats…

C’est à partir de 1812 que la guerre contre la Russie, menée sur son territoire, déclencha l’écroulement de l’Empire et conduisit à l’abdication de Napoléon…

Le document examiné ici ne nous permet pas de déceler tous les effets de ces contraintes sur les familles de Montillot.

Nous ne savons pas combien de jeunes du village ont été recrutés. Mais les registres d’état-civil nous signalent la mort de 6 soldats :

Antoine Porcheron (20 ans) et Edme Carillon (31), en juin et juillet 1809

Louis Grasset (39), en janvier 1812

Edme Gaillot (19), Baptiste Fillion (19) et Claude Fleury (23), au printemps 1814.

Que se passait-il donc à Montillot dans la propriété des Lenferna en ce début du 19ème siècle ?

Le registre tenu si soigneusement par Joseph Anne Georges, – le Maître des lieux J.A.G.L. -, et intitulé « Etat général des Recettes et des Dépenses », est justifié en premier lieu par la gestion de l’exploitation agricole.

Une lecture rapide met en évidence la succession des travaux en fonction des saisons.

Il s’agit de polyculture, comme elle fut conduite dans notre région – avec des moyens progressivement améliorés -, jusqu’à la fin de la 2ème Guerre mondiale . Parallèlement sont menés les travaux ménagers quotidiens – avec l’achat des denrées nécessaires à la vie de la famille, et la vente d’une partie des produits des récoltes et de l’élevage -, ainsi que l’entretien et l’amélioration des bâtiments du Domaine.

Prenons l’exemple de 1808. Voici le « calendrier » de l’exploitation agricole…

  • en Janvier
    • le journalier Dominique Mazilier défriche un coin du jardin
    • Lazare Philipon, dans son « attelier » de Baudelaine, confectionne 600 fagots qui seront transportés à Montillot en 4 voitures par Pierre Trousseau, de Malfontaine.
    • J.A.G.L. participe au tirage au sort des « cantons » des bois communaux, aux fins de partage entre les habitants, chacun règlant sa part directement ou la revendant. Marquage des bois avant coupe. Charoyage de la part propre par Pierre Degoix et le métayer Pierre Moreau.
    • Edme Soeur, du Vaudonjon, et Pierre Brisedoux, maçons, construisent 9 mètres de mur à la métairie
    • à la maison les couturières à la journée Jeanne et Brigitte Defert, confectionnent chemises et caleçons
    • filage de chanvre chez une fileuse, puis confection de toile par le tisserand Jean Bouchard.
    • fin du battage et du vannage des grains de la récolte de 1807 ( froment, métail et avoine) par les « batteurs » Eustache Culin et Jacques Cornu).
  • En Février
    • labourage des chenevières
    • fabrication d’huile de noix, de chénevis et de navette, chez l’huilier Pierre Porcheron
    • plantation de noyers par Dominique Mazilier et Claude Defert
  • en Mars
    • Denis Garnier, de la Charbonnière, récolte le miel et remet les ruches en état
    • on arrache les pieds de vigne anciens ( » à moitié bois ») ; Madeleine Defert enlève les « paisseaux » qui sont ensuite transportés avec les « chorées »
    • travaux de maçonnerie (murs du jardin), menuiserie et vitrerie
    • en fin de mois, le métayer commence les semailles : orge, sainfoin, pois et lentilles … Le propriétaire lui remet sa part de semences.
  • en Avril
    • épandage du fumier dans les prés (Madeleine Defert)
    • « piquage » de la vigne (Pierre Porcheron)
    • semis du trèfle, de la luzerne, du sainfoin et du chanvre par le métayer Moreau.
    • plantation des pommes de terre (par le métayer)dans le jardin, semis sur couche et en pleine terre (pois et haricots), par J.A.G.L.
  • en Mai
    • semis des « pois de May »
    • travaux dans les vignes (« sombrer, essumacer, rogner et biner »)
    • travaux de maçonnerie
  • en Juin
    • cueillette des navettes, puis battage
    • « accolage » des vignes (Lazare Poulain)
    • fauchage des prés par le métayer Claude Savart.
  • en Juillet
    • fenaison
    • début de la moisson le 18 Juillet (d’abord le métail, puis l’orge et le froment)
    • couverture du poulailler
  • en Août
    • suite de la moisson – froment, orge, avoine – (2 moissonneurs + 4 à 7 journaliers)
    • cueillette des lentilles
    • récolte du chanvre et des pois ronds ( par les moissonneurs + 3 journalières). Mise à l’eau du chanvre pendant 8 jours.
    • début du battage des céréales dans la grange du Domaine (Antoine Guilloux dit « le Fermier », Pierre Porcheron et son fils + 3 journalières qui délient les gerbes)
    • début des labours (par le métayer)
    • à partir du 15 Août, cueillette des poires
    • arrachage des oignons du jardin
  • en Septembre
    • préparation des tonneaux pour les vendanges (Dominique Mazilier)
    • fin de la moisson à la mi-septembre
    • abattage des noix et des cormes (Edme Mazilier, Claude Defert et Edme Jojot + 3 journalières qui les ramassent)
    • « éballage » du chénevis
    • trempage du chanvre pendant 8 à 9 jours.
    • battage du chénevis et des haricots
    • épandage du fumier dans les champs (2 journalières)
    • semailles de la navette, du métail et du froment (par le métayer)
    • début des vendanges le 29 (une douzaine de personnes participent)
  • en Octobre
    • cueillette  du chasselas, des coings et des poires
    • on retire le chanvre de la rivière et on l’étend dans les chènevières
    • préparation du chanvre (« taille », mise en filasse …), par les « feurtiers »
    • battage et vannage du froment récolté
    • pressurage des raisins et tirage du vin
    • arrachage des pommes de terre
    • travail des « feurtiers » sur le chanvre (2 semaines)
  • en Novembre
    • épandage du fumier (5 journalières)
    • arrachage des pommes de terre (2 journalières)
    • semailles du froment
    • battage et vannage de l’orge, du métail et du froment
  • en Décembre
    • suite du battage du métail
    • vannage de l’orge et du blé
    • partage des coupes des bois communaux
    • pressage du chénevis chez l’huilier

Les produits de l’exploitation

Culture des céréales et autres grains

On voit que l’essentiel de la culture porte sur les céréales, appelées globalement les « bleds ».

Le froment – notre « blé » d’aujourd’hui -, tient la première place, soit 30 à 35% de la surface emblavée.

Le seigle n’est jamais semé seul; il est mélangé avec le froment, – en proportion non précisée ici – pour constituer le métail ; les deux céréales se renforceraient mutuellement sur des terrains médiocres (?).

On a aussi un peu d’escourgeon, variété d’orge semée à l’automne, appelé aussi « soucrion » ou « orge d’hiver » ou « orge nuë »; et la mouture, mélange de grains, qui sera transformé en farine pour l’alimentation animale.

Puis les céréales de printemps, blé de mars, orge et avoine .

On sème aussi les « petits grains » , pour obtenir soit des matières textiles, soit de l’huile soit du fourrage : chanvre, lin, navette, sainfoin, trèfle.   

En 1809, par exemple, J.A.G.L. a fait emblaver 46 arpents 80 perches ( l’arpent est à peu près un demi hectare, et un arpent vaut 100 perches), dont :

  • 15,51 arpents en froment
  • 5,52 en métail
  • 5,50 en avoine
  • 9,69 en orge
  • 0,50 en mouture
  • 0,50 en blé de mars
  • 0,57 en lentilles
  • 0,70 en chanvre
  •  0,50 en navette
  • 1,6 en pois ronds
  • 4,71 en sainfoin
  • 1,50 en trèfle

En 1812, on avait en plus des haricots , du lin et du blé noir.

La moisson dure de la mi-juillet au début septembre. On commence par le métail.

Un contrat est conclu avec certains journaliers : « le 16 Juin 1811, entrepris à Pierre Porcheron la moisson de la Réserve à ramasser moyenant 3 quarttes de grains par journal, il doit me faire en sus une journée par journal et me ramasser par dessus le marché les pois et les lentilles »…ou encore…« le 30 , j’ai loué la Lucas de Montillot pour moissonneuse moyenant quatre bichets une quartte moitié orge et un boiceau de froment et le reste de métail; elle doit faire six journées en sus; elle est louée depuis la première poignée jusques à la dernière, tant de notre Réserve que du Domaine »…(J.A.G.L. n’en « rajoute-t-il pas quelque peu ?…)

Les récoltes sont décomptées:

– en gerbes pour les céréales

– en bichets de graines de sainfoin

– en livres de graines de trèfle

– en bottes ou « faix » de pois ronds et de lentilles

– en « poignées » de chanvre et de lin.

J.A.G.L. raconte …: « le 14 Aoust 1809, lundy, Pierre Porcheron, dit Cascaret, son fils et sa fille, et les deux Gourdonnes ont moissonné le froment de la réserve des Champs Gauthiers (environ 3 arpents)…Le 17, jeudy, …on a lié et rentré, il y en a en tout cinquante gerbes ». Il s’agit de la partie « réservée », c’est-à-dire non louée au métayer. Les hommes fauchent, les femmes rassemblent et lient les gerbes. Pendant ce temps, le métayer moissonne les deux arpents dont il dispose dans le même finage ; J.A.G.L. écrit : « il y en a pour nous 18 gerbes », ce qui signifie que dans ce cas, la récolte a été de 36 gerbes, partagées entre propriétaire et métayer.

Le battage commence dès le mois d’août et dure jusqu’à décembre, et même quelquefois janvier.

Un contrat verbal est établi : « Le 6 Aoust, …entrepris au dit Pierre Porcheron notre grange à battre, il aura le douzième bichet de tout grain, on lui donne une pintte d’huile de chénevis; quand au gluis qu’il fera, on lui paiera au prix courant; il commencera par les semences » … Ceci signifie qu’il gardera pour lui le douzième de la récolte en grain; et qu’il battra d’abord ce qui est nécessaire pour les prochaines semailles.

 D’autres ouvriers de l’équipe de battage sont payés à la journée.

 Les batteurs, – en général deux – , aidés par des journalières qui délient les gerbes, s’activent avec les fléaux sur l’aire de la grange. Puis ils procèdent au vannage : on secoue le grain pour éliminer la « balle », enveloppe du grain dans l’épi. Le registre de comptes nous donne chaque jour le résultat de la mesure du grain obtenu. Dans la même période les batteurs préparent du « gluis », c’est-à-dire de la paille de seigle qui servira à faire des liens.

« Le 25 Aoust, Jean Defert le moissonneur a battu 4 gerbes d’orje. Elles ont produit un bichet »…

« Le 21 Septembre », Pierre Porcheron et son fils… »ont battu 9 gerbes froment, lesquels, avec les 15 d’hier ont produit 20 quarttes 1/2″…

 » Le 24 octobre Pierre Porcheron ont battu 7 gerbes froment qui ont produit 5 quarttes »…

 » Le 18 Décembre, …ont fini de vanner l’orge, il y en a en tout (battage payé) 42 quarttes »..

Le paiement en grains des moissonneurs et batteurs s’effectue en fin de battage, donc souvent en janvier.

Dès le mois d’août, on commence à labourer, et en septembre, à semer

« Le 31 Août, le métayer bine de ses deux charruës dans la Réserve des Champs Gauthiers »…

« Le 19 Septembre, donné au métayer Claude Savart à compte 2 quarttes et 1/2 de métail pour semer dans la pièce des Champs du Lac, un journal »…

 » Le 7 Octobre, donné au métayer pour semer aux Attes, 1/2 journal, 2 quarttes de froment » …

Un tableau en fin d’année nous fournit la liste des surfaces emblavées, avec le nom des pièces et la nature des grains. La quantité de grains répartie sur une surface donnée n’est jamais connue avec précision, car c’est le métayer qui sème, en utilisant son propre grain et, à son gré, celui fourni par le propriétaire. Certains champs sont partagés en plusieurs parties pour recevoir plusieurs céréales. On ne peut donc se fier à une phrase telle que : « donné au métayer pour semer dans la pièce des Corbiers, 4 journaux, 1 bichet froment »…

Une fois seulement, on trouve sur une note volante glissée entre deux pages du registre, le « compte des semences 1808« :

– 4 bichets  1 boiceau métail                              – 1 quartte pois ronds

– 12 bichets 1 quartte froment                             – 1 quartte lentilles

– 12 bichets orge                                               – 1 boiceau râcle pois de May

– 6 bichets 1 quartte avoine                                – 3 bichets une quartte sainfoin

– 1 quartte blé de mars                                       – 1 cent de foin de 40 F.

– 1 boiceau mouture

On peut donc tenter un calcul à partir de ces données. Tenant compte des surfaces emblavées, du champ « réservé » par le propriétaire, et en supposant le bichet à 88 livres, on trouve pour la semence de froment, avec nos unités actuelles, environ 1,2 quintal à l’hectare.

Un calcul du même genre devrait permettre une estimation du rendement moyen : les relevés de J.A.G.L après chaque séance de battage de l’automne 1809, nous indiquent que 184 gerbes ont fourni 140 quartes de froment soit 15,4 quintaux. La récolte totale estimée par addition des parts du propriétaire et du métayer s’élèverait à 332 gerbes, donc à 27,8 quintaux, pour 15,51 arpents, soit 7,91 ha…Ce qui nous donne un rendement de 3,5 quintaux / ha (pour mémoire; en 2020 le rendement moyen du blé dans l’Yonne est de 59q/ha)

Ce chiffre paraît faible; il est vrai que ce calcul suppose un peu trop d’approximations ! Les pièces de terre reçoivent souvent plusieurs sortes de « grains », mais les surfaces respectives ne sont pas très précises. Les 332 gerbes de la récolte 1809 sont supposées identiques, alors qu’elles diffèrent certainement d’un moissonneur à l’autre. Les pièces de terre elles-mêmes sont de nature différente : un arpent du « Verger du Valon » a donné 40 gerbes, un demi-arpent de « Longueraye » 14 gerbes et les 3 arpents du « Rompu Fichon » 68 gerbes …!

Quant au battage, les mesures du grain obtenu n’indiquent pas toujours la quantité déjà prélevée pour la paye des batteurs.

Il est évident que J.A.G.L. ne se préoccupait pas de calculer le rendement de sa culture de céréales, bien qu’il en eut été fort capable ; mais il lui suffisait de visiter son grenier en fin de saison ! Et ensuite, selon les besoins, d’acheter les grains qui lui manquent : 1 bichet de froment, mesure de Clamecy à 6 livres; de même une autre fois pour 8 livres; un bichet de métail à 6 livres, de mouture à 5 livres, d’orge à 4 livres 10 sols …

Culture de la vigne

J.A.G.L. ne possède que 3 parcelles plantées en vigne; on ne connaît pas leurs surfaces. L’une est en « Crobié » (Corbier, sans doute), l’autre à la « Côte Caffard », la troisième à « La Vathaire » – probablement à proximité du moulin de Marot, les vendangeuses venant surtout de Baudelaine – (ou près de la Côte Cafard ?).

Il semble qu’une autre parcelle ait été arrachée au printemps 1808 ; on lit en effet « le 8 Mars, Madeleine Defert a travaillé à dépesseler Guillermain (Lieudit); j’ai amené les paisseaux avec mon cheval, il y en a 2 voitures ». On devine que « dépesseler », c’est arracher les « paisseaux« , c’est à dire les « échalas » ou « piquets de vigne ». Et le 14 mars, « Claude Defert et Cascaret ont commencé à arracher les vignes à moitié bois ». Le 17, « Pierre Degoix a amené les paisseaux et chorées de vigne de Guillermain » (les « chorées » sont les souches). Les paisseaux sont confectionnés en hiver; « le 21 Janvier 1809, Claude Savart, métayer, a aiguisé et écorcé les paisseaux toutte la journée. Il a étté nourri… »

On retrouve chaque année le même cycle de travaux, facile à reconstituer à partir des notes du propriétaire sur son registre, destinées à permettre le règlement ultérieur des journaliers.

 Le 27 Mars 1810, « entrepris à Antoine Guilloux dit Le fermier, nos vignes à tailler moyenant un cent de fagots qu’il fera et 5 livres en argent pour le tout… »

« Le 12 Avril (1810), Marie La Jacotte et sa fille ont sarmenté les vignes ». Il s’agit en fait de ramasser les tiges de l’année précédente qui viennent d’être « taillées », de manière à provoquer la reprise de la végétation à partir du pied.

Fin avril, on « pique » les vignes, c’est à dire qu’on plante les paisseaux, piquets de bois enfoncés dans le sol au pied de chaque cep pour soutenir les tiges nouvelles et les exposer au soleil. « Et on s’efforce de les mettre bien droits « , nous dit P.G., un « ancien » du village.

Ensuite, on « sombre »; c’est le premier labour de la saison, la première « façon » printanière.

En 1809 et 1810, c’est « Pierre Porcheron et son garçon avec Jacques Fleuri » qui en sont chargés. En 1811, les travaux de printemps dans les vignes sont traités à forfait, « le 19 May, entrepris à Antoine Guilloux, dit Le Fermier, à sombrer, essumacer, rogner et biner les vignes de Crobier et de la Vathère moyenant 24 f. pour le tout ».

En juin, il faut discipliner les jeunes pousses et les regrouper autour du paisseau; le 4 Juin 1811, « la mère à Gabrielle Forgeot a accolé les vignes; elle a étté nourrie ». « Accoler« , c’est attacher les grandes pousses au piquet. On note une autre année : le 19 Juin 1808,  » donné à Lazare Poulain pour accoler les vignes 6 gléneaux de gluis ». C’est que le lien utilisé est fait de « glui« , paille longue de seigle « assouplie en la battant par poignées successives sur l’arrondi d’un tonneau calé à plat dans un coin de la grange »; ce travail se faisait par temps humide, – pluie ou neige -, nous raconte P.G.

Ensuite, on « essumace » – on dit aussi « ébourgeonne » -, c’est à dire qu’on coupe les pousses latérales inutiles, puis on « rogne » les bouts des tiges au-dessus du piquet avec une faucille.

Il faut aussi remplacer les pieds de vigne trop anciens; pour cela on part d’un cep vigoureux et on « marcotte », c’est-à-dire qu’on plie vers le bas une tige ligneuse longue et on enterre sa partie médiane. Elle s’enracine, et plus tard on coupe la liaison avec le cep d’origine (en langage moderne, on a ainsi un « clone » du précédent). Le marcottage de la vigne s’appelle le « provinage« .

Le 17 septembre 1809,  » donné à Lazare Poulain un gléneau de gluis pour l’attache des provins dans la plantte »…La « plante » est la jeune vigne.     

Pour finir, et attendre la vendange, on procède au « binage« ,- avec la « binette » ou la « serfouette »-, qui consiste à ameublir le sol en coupant les mauvaises herbes à la racine.

En août, il faut songer à préparer les tonneaux; le 31 Août et le 1er septembre 1808, « Dominique Mazilier travaille aux feuillettes (nourri) ».

Et les vendanges arrivent, plus ou moins tôt selon l’ensoleillement de l’été…

En 1808, les 29 et 30 Septembre; « Gabriel Tixier de Baudelaine, sa femme, celle de Lazare Philipon, un garçon à Pierre Trousseau, une autre femme, le Bailly, sa femme et 2 de ses enfants, et Edmond Jacob, ont vendangé »… »à la Vathaire 2 pièces, …en Crobié, deux pièces »…Mais le 11 Septembre, les vignes avaient « étté grêllées »…

En 1809, les 16 et 17 Octobre seulement… La récolte s’annonçant insuffisante, J.A.G.L avait le 8 Octobre, « acheté la vendange des vignes d’Agathe Degoix, dite La Bankale, moyenant un bichet comble bled froment ». Cette vendange effectuée le 16, a donné « 4 billouts d’âne », plus « une hôtée dans la Cotte Caffard »; le 17 à la Vathaire, « une feuillette de raisins blancs et une de raisins rouges »; » Crobié, une feuillette et une pièce de 3/4  raisins blancs et 4 billouts de rouge ». Mais ce n’était pas suffisant : « j’ai achetté la vendange du métayer, 2 grosses pièces de 3/4 raisin blanc et un billout de raisin rouge pour 20 livres le tout. Il a tout le marc pour faire de l’eau de vie et doit me le rendre après pour mes pigeons ».

Suite des travaux : « le 18, j’ai fait mon marc blanc chez Toussaint Defert, j’en ai eu pour tout deux feuillettes un quart. Edme et Jean Jojot ont aidé à faire le marc ainsi que le métayer ».

« Le 28 , on a tiré le vin rouje, il y en a 2 feuillettes en tout »…

En 1810, la vendange fut courte, bien qu’y fut comprise à nouveau celle d’Agathe Degoix: « nous avons commencé et fini » le 8 Octobre; « 12 billouts de raisins tant blancs que rouges ». J.A.G.L. a acheté au « métayer une feuillette de vin nouveau blanc »…Le 14 Octobre, « tiré le vin rouge, pas tout à fait une feuillette »…

En 1811, les raisins sont mûrs plus tôt, mais peu abondants.« le 16 septembre, on a vendangé, la fille au grand Claude, la femme et la fille à Tissier et le père Boulin ont vendangé pour nous avec Claude Savart, sa femme et son fils. Nous en avons fini à 3 h du soir »… »Le 21, j’ai tiré seul mon vin rouge, j’en ai eu en tout 2 feuillettes un quart »…

En 1812, un seul jour de vendange, le 15 Octobre; « j’ai fait le marc blanc; j’en ai environ trois quartes; Jean et Gabriel Berthoux ont vendangé pour nous avec les enfants de Claude Savart et la meunière de Marot ».

En résumé, la culture de ces parcelles de vigne ne parvient pas à subvenir aux besoins de l’année. L’exploitant doit acheter en supplément du raisin au moment des vendanges et du vin en cours d’année. Et nous ne savons rien sur la qualité du vin obtenu…!

Culture du chanvre

Les chènevières se trouvaient près du village et étaient l’objet de soins particuliers. Il fallait un sol frais et profond, engraissé par le meilleur fumier. (en 1950, on appelait encore « chènevières » les parcelles du « Pré du Mitan », tout près des maisons de Montillot).

On semait fin avril, début mai. …« Le 2 May (1812) Claude Savart a semé la chènevière du Verger du Salon et mené 3 voitures de fumier, dont une de poule, dans l’autre du Puits Martin » (au total 37 perches, soit 18,5 ares au total).

Cette culture ayant pratiquement disparu de nos campagnes à la fin du 19ème siècle, quelques documents nous ont permis de faire connaissance avec  cette plante, dite à l’époque, « industrielle », puisqu’à la base d’une réelle industrie textile : 175 000 hectares étaient cultivés en France en 1830, …3300 seulement en 1945.

C’est une plante « dioïque », c’est-à-dire que des fleurs mâles et des fleurs femelles apparaissent sur des pieds distincts. Les pieds mâles arrivent plus tôt à maturité, sont plus grêles, avec des fleurs en grappes, et peuvent atteindre 2 mètres. Ils sont coupés au début d’août et ne donnent pas de fruits. On tire la « filasse » de leurs tiges.

Les pieds femelles, portant leurs grains en épis à l’aisselle des feuilles, sont arrachés au moins 3 semaines plus tard, et fournissent le « chènevis » dont on tirait de l’huile pour les lampes (et pour la cuisine en période de disette…!).

« Le 8 Aoust 1808,…on a cueilli les chènevières; …il y a 254 poignées de chanvre dans ma chènevière et 57 poignées pour ma moitié dans celle du métayer »…

(Les tableaux des récoltes, établis en fin d’année par J.A.G.L., indiquent pour 1808, 900 poignées au total; pour 1809 et 1810 à égalité, 1200 poignées; pour 1811, 1350 et pour 1812, 967 poignées.)

« Le 14 Septembre, on a commencé d’arracher la chènevière »…Il s’agit bien des pieds femelles, puisque le 18 septembre, « on a battu la chènevière le soir; il y a 2 bichets de chènevis »…, etle 21, « on a éballé le chènevis, il y en a eu une quarte »…De même, le 9 Août 1810, « on a cueilli notre chènevière, il y en a de femelle 330 vergeons »…

Quant au chanvre mâle, il subit un traitement complexe pour en extraire la matière textile.

Dès « le 10 Aoust, jour de Saint Laurent mercredy,…l’on a mené le chanvre à Fontenille pour le mettre à l’eau… »

Il s’agit de la phase de « rouissage » (ce mot n’est pas employé par J.A.G.L.) : on fait macérer les tiges dans l’eau de manière à isoler les fibres textiles en détruisant la matière gommeuse qui les soude, par un phénomène de fermentation produite par le bacille « amylobacter ».

« Le 18, on a étté retirer le chanvre de l’eau »… »Le 19, le métayer a ramené le chanvre de Fontenille… »

Une autre fois, on porte le chanvre à la rivière, à Blannay; une autre, dans la mare du « Croc des Joncs ».

Fin septembre, une deuxième « fournée » est mise à l’eau pour une dizaine de jours, puis retirée et mise à sécher (au grenier…, ou au four…?).

Après le séchage, il s’agit d’extraire les fibres textiles de l’écorce des tiges.

Le 10 octobre 1808, « les feurtiers ont commencé à arranger le chanvre ». Ils terminent le 26. Qu’ont-ils fait ? J.A.G.L. ne nous donne pas de détails. D’autres documents nous aident à reconstituer ce travail d' »arrangement », effectué en 1808 par Claude Defert et Edme Mazilier (dits « les feurtiers »), en 1809 par Claude Defert et Jean Jojot (dits « les bourons »…), Gabriel Tixier de Baudelaine et Pierre Savelly, qui « repassent la filasse »; en 1810 et 1811, par Etienne Brisedoux, dit « Lucas » et son « garçon ».

(Noté sur le « Dictionnaire du monde rural » : « en Morvan, les forandiés sont ceux qui travaillent le chanvre.)

Il s’agissait d’abord de séparer l’écorce du coeur des tiges. pour cela, on pouvait, soit les battre au maillet, étendues sur des tréteaux, soit les écraser avec une « broie« , sorte de grand couteau à 2 mâchoires parallèles, articulé par un bout et fixé sur une sorte de banc. Sous la pression et les chocs, l’écorce fibreuse se sépare de la partie centrale ligneuse de la tige; celle-ci est cassée en fragments, les « chénevottes », qu’on réunit en fagots, et qui sont utilisées pour faire de courtes flambées (dans un four), ou bien comme allumettes, pour transporter du feu d’une pièce à l’autre…

Dans l’écorce, il faut ensuite débarrasser les fibres de la « teille », reste de matière gommeuse qui enrobe les fils. C’est l’opération de « teillage« ; il semble que l’on dise souvent dans l’Yonne, « tailler » au lieu de « teiller »: le 20 Octobre 1808, « on a fini de teiller le chanvre », mais le 2 Septembre 1809, « les 2 Gourdonnes ont taillé le chanvre toute la journée… »

On fait chauffer ces fibres et on les passe successivement entre les dents de peignes de différents calibres, selon la finesse et la longueur des fibres textiles. J.A.G.L. distingue l' »étoupe » de la « filasse« ; le premier terme correspond probablement à un stade d' »arrangement »- ou de « peignage » -plus grossier. En 1809, on a constaté dans cette opération un « déchet » de 22 livres sur 94.

Après ce traitement, on pèse en effet le « produit » : 111 livres en 1808, 127 en 1809, 121 en 1810, 82 en 1811, pour la récolte de l’année.

De la « filasse », il faut maintenant tirer le « fil »… »Filer », c’est réunir les brins, qui font 70 à 80 cm de long, en les tordant soigneusement.

« Le 20 Décembre 1808, donné à Agathe Degoix 8 livres d’étoupe pour filer… »

« Le 23 janvier 1809, Agathe D. a rapporté le fil, il y en a 8 livres à 7 sols la livre, ce qui fait qu’il lui est dû 2 livres 16 sols pour le tout… »

Il y a aussi « La Beurue », la « fille de la Menuisière » (fille du menuisier Boulet, mariée avec Edme Jojot), l' »attache de Baudeleine », « Fanchon la Gourdonne », la « femme à Natire », la fille de Degoix, dit « le Tac », la « femme à Laurent Degoix », la femme à Gabriel Tixier, la « fille à Germaine », une « femme de Farges »…Ces fileuses travaillent chez elles, et se constituent ainsi un salaire d’appoint.

Principe du « filage »: l’écheveau de filasse est enroulé autour d’un bâton court, quelquefois fourchu vers le haut, la « quenouille« , l’autre extrémité étant tenue sous le bras gauche. De la main droite la fileuse tire quelques brins de l’écheveau, les tord ensemble, serrés entre le pouce et l’index, les mouille de salive pour en faire peu à peu un fil souple qu’elle attache et enroule sur le « fuseau« , broche pointue aux deux extrémités, qui, posée verticalement sur le sol, peut pivoter, poussée d’un coup sec.

Il est probable qu’à cette époque, la plupart des fileuses possédent un « rouet » : une roue, mue par une pédale, fait tourner le fuseau, lequel tire sur le fil, qu’il suffit de tordre et de guider… Même chez les Lenferna…; le 9 Août 1809, on a acheté « un rouët à filer du fil », dont on se servira, puisque le 11 Novembre 1811, « payé à Fournier, maréchal à Montillot, 10 centimes pour avoir mis les dents au dentier d’un rouët »…

NB (données des recensements): Trois « rouettiers » (fabriquants de rouets) exerçaient leur art, encore, à Montillot jusqu’en 1836, mais ils ont définitivement disparu avant 1851.

Ensuite, on confie le fil aux tisserands, pour fabriquer de la toile, une toile presque inusable, dont les femmes faisaient des draps, des nappes, des chemises, des camisoles,…capables de plusieurs générations. Le tisserand devait rendre tant d’aunes pour tant de livres de fil…

Le 25 Avril 1809, « donné à (Claude) Bureau, tisserand, 15 livres de fil pour faire de la toille, il en prend 7 sols de l’aulne »…Le 25 mai 1809, « Edme Jojot, dit Goujard, a apportté 37 aulnes de toille, qui joint à 9 autres précédemment livrées, font 46 aulnes à 12 sols par aulne de façon, fait 27 livres 12 sols… »Le 18 Février 1810,« Edme Jojot, dit Goujard, a apportté 59 aulnes 1/2 de toille à 5 s. l’aulne; il lui est dût pour cet objet 14 l. 15 s. »…

Il nous manque, dans le 1er cas, la quantité d’étoffe rapportée par le tisserand Bureau; dans les 2 autres cas, la quantité de fil tissée par Edme Jojot… Décidément, ni le rendement de ses cultures, ni son compte d’exploitation, ne préoccupaient J.A.G.L. …!

Autres tisserands : Jean Boussard, … Bouchard, Léonard Berthoux, Jean Pernot, Edme Carillon, Lazare Lemoux, Antoine Porcheron …Ils travaillent souvent dans une cave, où ils trouvent une humidité favorable au tissage (c.f. Bulletin de la Société des Etudes d’Avallon / S.E.A. 1925).

On peut aussi faire de la corde de chanvre : « le 19 décembre 1810, je suis resté à Auxerre… Donné à Sognet, cordier Ruë du Pont, vis à vis chez Carillon 3 livres 1/4 fillasse pour faire de la ficelle à paillasson. Convenus à 12 sols la livre de façon »…Le 2 janvier, « envoyé aujourd’huy par Baron, commissionnaire à Vézelay »… »de la filasse à Sognet cordier en face chez Carillon, auberge à la bouteille »…Le 19 février 1811, » Sognot cordier m’a envoyé 2 livres moins 1/4 de ficelle à paillasson et 1 livre de cordeau portant 30 Toise de long »…

Une autre utilisation particulière est signalée le 15 Décembre 1809 : « on a amené hyer le Poulangis du foulon, il y en a 7 aulnes, il est dût à Tausard le foulonnier du Ruë d’Auxon 1 l. 2 s. pour cela »…

Cette opération  s’effectuait dans un « moulin à foulon« , et consistait à « fouler » l’étoffe: des maillets entraînés par des rouages mus par une chute d’eau frappaient tour à tour les tissus (ou les cuirs) à assouplir. L’eau de ces moulins était alcaline et argileuse; la « terre à foulon »servait à dégraisser la laine de mouton. Mais qu’est-ce que le « poulangis »?

D’après un article du « Bulletin S.E.A. de 1925-26 sur les « Métiers disparus », l’étoffe commune dans l’Avallonnais au 19ème siècle était un composé de laine, de fil de chanvre et de coton; elle s’appelait « bouêge ou droguet » et, dans l’Auxerrois, « serge  et poulangis« …

Ce tissu était apprécié ; il faisait partie du salaire en nature des servantes :

– le 28 Avril 1809, un « habit de poulangy barré » demandé par Françoise Jojot

– le 30 Avril 1810, un « habit barré de Boëge » pourGabrielle Forgeot.

L’adjectif « barré » évoque probablement un motif décoratif; il est utilisé pour les armoiries : l’écu « barré » est traversé de une ou deux barres obliques.

Il existe de nos jours une ferme dite « du Ru d’Auxon », tout près de l’étang du Foulon, sur le ruisseau de Chamoux, entre Asnières et Châtel-Censoir. Le même article du Bulletin de la S.E.A. nous signale qu’il y avait trois « foulons » près d’Avallon et que l’argile à dégraisser la laine de mouton se prenait à Champien…

Une partie de la filasse paut être vendue : Le 10 décembre 1809, » Françoise Jojot, domestique, a mené vendre la filasse à Auxerre…elle en a raportté 37 livres pour le prix. Elle l’a vendu 17 sols la livre. Il y en avoit 43 livres pesants »…

Il arrive aussi qu’on complète l’approvisionnement chez un autre producteur du village : « le 12 février 1810, ma femme a achetté du chanvre pas taillé pour 6 livres (francs). En a 18 livres pas taillé »…

La laine des moutons du Domaine est également traitée : « le 6 septembre 1810, Edmée Defert a filé de la laine avec son apprentie… »

Jardinage

Il y a un jardin attenant à la maison.

En 1809, il a été agrandi.

Les tâcherons ayant préparé le terrain, c’est J.A.G.L. lui-même qui fait les semis. On note au fil des jours : haricots, carottes, oignons, raves, cardons, échalotes, choux de Siam, choux Cabbage, choux-fleurs, pois ronds, épinards anglais à larges feuilles, chicorées, asperges, ail, laitue paresseuse… Il note tout ce qu’il fait :  » j’ai semé des pois vers le poirier de Gras le long du mur, j’ai planté 21 pieds de rhubarbe et du céleri… »

Il fait venir une partie de ses graines de chez Vilmorin à Paris, et en achète d’autres dans la région selon les occasions : … » une once graine d’artichauts verts de Laon de chez Pierre, le conducteur de la diligence… »

Elevage d’animaux domestiques

La plupart des animaux font partie du « Domaine » et sont donc gérés par le métayer; quelques uns sont à l’entière disposition du propriétaire pour les besoins du ménage : un cheval, un âne, une ou deux vaches, un porc, des poules …

Apiculture

J.A.G.L. possède quelques ruches dans un coin de son potager.

On élève les abeilles aujourd’hui selon les mêmes principes qu’à cette époque.

Seul le vocabulaire utilisé pour décrire les événements et les activités diffère notablement.

D’abord, on ne parlait pas d’abeilles, mais de « mouches« , – sous-entendu « à miel » -.

Le 9 Mars 1808, « Denis Garnier a taillé les mouches; il y a très peu de miel ». Ici, « tailler », c’est couper le « gâteau » confectionné par les abeilles afin de leur enlever le superflu de miel et de cire, considéré comme la « récolte » du propriétaire, destinée à être consommée par la famille, vendue ou échangée.

En juin, par temps lourd et orageux, une partie des abeilles, accompagnant une jeune reine « dissidente », s’échappe de la ruche et va se poser sur une branche d’arbre proche, serrée en une boule bourdonnante. Avant qu’elle ne s’éloigne davantage, l’apiculteur vigilant peut les récupérer et les installer dans le « panier » d’une ruche vide.

Pour nous, il s’agit d’un « essaim »; en 1808, on disait un « jetton« . « le 13 Juin 1808, lundy, il y a un panier de mouches qui a jetté »…

En ce même mois, ceci s’est reproduit les 16, 19, 21, 22 et 24 Juin ! Si bien que l’on a dû emprunter le 24 au curé Marisy, de Brosses, un « ruchon à mouches » pour héberger les vagabondes…

Mais tous les essaims ne forment pas forcément de nouvelles ruches; le 3 Octobre de la même année, « Denis Garnier, de la Charbonnière, a arrangé les robes des mouches; il y en a 3 paniers de morts, un jetton sauvé »…Les « robes » sont les « capuchons » de paille de seigle qui recouvrent la ruche comme d’un toit rond pentu et protègent les abeilles de la pluie et du froid.

Le 13 Novembre 1811,  » Denis Garnier », …., a « enroché touttes les ruches à miel et leur a mis des robbes de gluis neuves » .

L’hiver peut venir…

Une partie de la récolte est échangée ou vendue : miel à 15 sols la livre, cire à 2 l. 2 s. 6 d…

Le 25 février 1809,  » vendu du marc de mouches pour 18 sols »…

Les mesures utilisées

On aura noté au passage que Joseph Anne Georges de Lenferna  relevait les surfaces emblavées en arpents, journaux et  perches, et les quantités de grains récoltées en bichets et quartes …Si les arpents et journaux étaient encore connus à Montillot au milieu de ce siècle, les bichets n’étaient plus utilisés depuis longtemps.

Avant la Révolution, chaque région se servait, pour ses échanges quotidiens, de mesures de capacités qui lui étaient propres, et qui  suffisaient aux paysans pour ce commerce « de proximité ». A Montillot, les échanges se faisaient essentiellement sur place, et à Vézelay, au cours des foires mensuelles. Mais les « blatayers« , – marchands de grains de l’époque -, qui étendaient plus souvent leur commerce aux villes voisines, devaient préciser dans leurs contrats qu’il s’agissait de « mesures de Vézelay ». Le 15 Mars 1808, J.A.G.L. achète au meunier Gaillot, du Châtel Censoir, « 9 Bichets et 1 boiceau d’orge, mesure de Clamecy »

Avec l’extension des échanges, ces disparités devenaient très gênantes. Dans ses commentaires de l’ouvrage de l’Abbé Pissier sur le village d’Asquins, M.Haasé nous signale que le Ministre TURGOT a demandé en 1775 à CONDORCET d’étudier une uniformisation des 800 mesures utilisées en France à cette époque…Les cahiers de doléances de 1789 rappellent souvent ce besoin dans des termes identiques – « une même mesure et un même poids » -, et donnent des exemples des difficultés rencontrées. Les villageois de Sièges, dans le Sénonais, (rapporté par le Centre de Documentation Pédagogique d’Auxerre, dans le fascicule « L’Yonne, un département »), se plaignent des impôts sur les vins et boissons, appelés alors les « Aides« . « Les commis aux Aides, remplis de toutes malices et de toutes rigueurs« , reprochent au « particulier qui a fait sa déclaration de bonne foi d’avoir malheureusement une feuillette un peu plus grande que la jauge », – capacité de référence des commis -, « jauge qu’il ne connôit point« , …et en conséquence « visitent sa cave, lui font un procès, le condamnent à ce qu’ils veulent »

Cette revendication fut satisfaite par la création du « Système métrique« . En 1790, Talleyrand avait fait adopter par la Constituante un projet d’unification. Un Commision de l’Académie des Sciences choisit, pour le mètre, le dix-millionième du quart du méridien terrestre. Le Système métrique fut institué par la Convention (Loi du 18 germinal An II – 7 Avril 1795); il devint « légal » en décembre 1799, mais « obligatoire » seulement le 1er Janvier 1840. En 1830, on faisait encore dans les écoles primaires des exercices d’arithmétique sur les anciennes mesures…

On ne peut donc s’étonner que celles-ci soient couramment utilisées à Montillot autour de 1810 !

A partir de différents documents, – tels que des notes extraites des « Mesures de 1789 dans l’Yonne », par Guillier de Chalvron, et le « Dictionnaire du Monde rural, les Mots du passé » de Marcel Lachiver- Fayard 1997 -, essayons de rapprocher ces anciennes mesures de nos unités actuelles…

  • Mesures des poids :
    • l’once, de 30,6 grammes environ, se divisait en 8 « gros »; le « gros » en 3 « deniers » et le « denier » en 24 « grains ». « Le 15 aoust 1808, prêtté a Claude Lemoux de Montillot une once et 36 grains de sucre qu’il me rendra autant pour autant… »
    • un marc valait 8 onces.
    • on utilisait le plus couramment la livre de 16 onces, soit environ 489,6 grammes, ordre de grandeur de la livre de 500 grammes qui fait encore partie du langage de certaines régions.
  • Mesures des longueurs :
    • L’unité de base était au 18ème siècle le « pied de roi« , de 32,5 cm environ, qui se divisait en 12 « pouces » de 27,27 mm ( et celui-ci en 12 « lignes »).
    • la « toise » valait 6 pieds, soit environ 1,95 m.
    • il y avait aussi l' »aune« , pour mesurer les étoffes; elle valait, selon les régions de 1,18 m à 1,96m. L' »aune de Paris » était réputée faire 1,188 mètre. A Montillot, on sait seulement qu’on payait 5 sols la façon d’une aune de toile par le tisserand Bouchard. « Le 23 Novembre 1809, pris chez Edme Jojot, dit Goujard, tisserand à Montillot, 7 1/2 aulnes de Poulangis, aulne de tisserand; la façon est duë… »
    • la « perche« , utilisée le plus souvent en arpentage, fut très variable selon les régions et les époques; la « perche ancienne de Bourgogne » était de 9 pieds et demi et la « perche de Paris » de 18 pieds ! D’après Guillier de Chalvron, on utilisait à Vézelay en 1789 la perche de 22 pieds, soit 7,15 m.
  • Mesures des surfaces :
    • la « perche carrée« , dite souvent « perche » en abrégeant ( l’aire d’un champ est indiquée sous la forme: 2 arpents 23 perches …), est l’aire d’un carré de 22 pieds, soit 7,15 m de côté; c’est-à-dire environ 51 m2, ou 0,51 are.
    • l' »arpent » est égal à 100 perches, soit 51 ares ( l’arpent connu à Montillot en 1950, était de 50 ares…)
    • le « journal » est de 66,66 perches, soit 34,4 ares.
    • l' »oeuvrée« , ou « ouvrée », était de 10 perches carrées.
  • Mesures de volumes : Il s’agit de mesures des capacités des récipients contenant les produits de l’exploitation, blés, vins et huiles
    • Le « bichet » , toujours d’après Guillier de Chalvron, aurait été défini par son poids de froment, « rempli à ras », compris entre 84 et 90 livres, soit 41 à 44 de nos kg. En adoptant 0,75 comme densité du froment (donnée à vérifier), on aurait un volume du bichet de 55 à 59 litres. Or d’après M. Haasé un document de 1807 fait état de l’équivalence du bichet et de 3 décalitres, soit 30 litres seulement … ??
    • En tous cas, le bichet vaut 2 « boisseaux » ou 4 « quartes« , et le « setier« ,12 boisseaux. Autre information discordante : d’après le « Dictionnaire du Monde rural », le boisseau vaut à Paris 20 livres de froment, soit 9,79 Kg ou 13 litres, ce qui donnerait 26 litres pour  le bichet…=> Point à éclaicir
    • Pour l’avoine, on utilise le « minot« , qui vaut 3 boisseaux, ou un bichet et demi.
    • Pour le vin, – ou l’eau de vie -, on prenait la « pinte de Paris » , soit 0,93 à 0,95 litre (aussi pour les petites graines, les lentilles par exemple).  Pour le vin en tonneau, la « feuillette » ou « demi-muid« , de 140 pintes, – soit environ 130 litres -.
    • Pour le bois, on utilisait la « corde« : pour avoir une corde de « charbonnette », les bûcherons sciaient à 0,66 m, et empilaient sur une hauteur (0,66 m) et 8 longueurs, soit environ 5,30 m. La corde correspondrait donc à 2,3 mètres cubes environ…
  • Et il y avait toutes les « mesures » non normalisées, liées à un « tour de main » ou à un instrument bien défini : la « pilée » d’huile ou de verjus (dépendant du pressoir utilisé); le « faix » de paille; la gerbe…; le fagot d’épine; le « gléneau » de gluis; le « billout » de poire ou de raisin; la « hôtée » de pommes de terre; les « poignées » de chanvre réunies en « masses »…

La monnaie

Réf : l’ouvrage intitulé « Les paysans – XVème au XIXème siècle« , de Gabriel Audisio (Armand Colin – 1993), « L’identité de la France – T2″, de Fernand Braudel (Arthaud-Flammarion 1986) et l’Histoire de France » (Hachette).

Sous l’Ancien Régime, il y avait une « monnaie de compte« , qui servait à exprimer les prix des produits et des services; l’ unité étaient la « livre tournois« , divisée en 20 « sols » (ou « sous« , selon les régions), le sol valant 12 « deniers« .

Mais les paiements s’effectuaient en « monnaie réelle« , faite de pièces métalliques, formées d’alliages pouvant contenir une partie de métal précieux (or ou argent). Il y avait des Louis d’or et des écus, d’or ou d’argent, ainsi que des pièces de faible valeur (sou, denier et liard) en cuivre ou en billon (cuivre et argent).

Cette « livre tournois » est un héritage de l’époque de Charlemagne, qui, par sa réforme de 781, a défini la livre, correspondant à une livre-poids d’argent, dans laquelle on taillait 240 deniers, pièces commodes à manier. Mais au cours des siècles suivants, le denier varie : en 1301, la livre vaut 400 deniers; de plus chaque province a une livre différente, la « Raimondine » à Toulouse, la « Tournois » à Tours, la « Parisis » à Paris…Comme monnaie du Roi, la livre Parisis aurait dû l’emporter. La livre Tournois a été préférée « parce qu’elle ouvrait aux Capétiens les possessions des Plantagenets ».

La frappe de ces pièces était devenue monopole royal à la fin du 17ème siècle, et le Roi fixait le rapport entre les deux monnaies par des Edits qui étaient cités dans les contrats (  => formule courante : « selon l’edict du Roy »). L’accroissement des dépenses de l’Etat a entraîné une dévaluation progressive de la livre tournois, passée de l’équivalent de 18 grammes d’argent fin en 1513 à un peu plus de 4 grammes à la Révolution. Autour de l’an 1600, l’écu d’or valait 3 livres. Au 18ème, sous Louis XV, le louis fut fixé à 24 et l’écu à 6 Livres Tournois…

On utilisait aussi les pièces étrangères (florins, ducats, thalers …) qui avaient en elles-mêmes une valeur, selon leur teneur en métal précieux. Quand, le 13 Juin 1639, Jacques de Longueville acheta à Jacques Joyault, laboureur à Malfontaine, la propriété qui devint celle des châtelains de Montillot, il règla comptant les 155 Livres Tournois « en pistoles d’or d’Espagne, escus d’or, pièces de vingt solz et aultres monoyes blanche ayant cours« . L’année suivante, quand Jean Pernot achète deux pièces de terre à Pierre Thomas, à Longueraie et à la Cosme Panerot, il lui paye les 18 livres en pièces de 20 sols.

A la mort de Louis XIV, les caisses de l’Etat étaient vides. Sous Louis XV, le ministre Law créa une banque d’Etat qui émit de la monnaie papier, en principe remboursable en espèces métalliques; mais trop de billets furent émis et la Banque fit faillite… Sous le règne de Louis XVI s’ajouta une crise économique : récoltes trop abondantes, mévente, intempéries, concurrence de l’industrie anglaise, menaces de famine et de chômage…Alors éclata la Révolution.

L’Assemblée Constituante, devant une situation financière désespérée, décide de vendre au profit de l’Etat les biens du Clergé ; elle émet les « assignats« , bons du Trésor remboursables en « Biens nationaux ». Mais là encore on en met trop en circulation : l’assignat de 100 livres 1789 ne vaut plus que 6 sols en 1796…Le Directoire fait en 1797 la banqueroute « des deux tiers ». Le coût de la vie monte en flèche et la population est affamée.

C’est le Général Bonaparte, devenu Premier Consul après le coup d’Etat du 18 brumaire (10 novembre 1799), qui remet de l’ordre dans les finances, avec un Ministère des Finances qui centralise les recettes et un Ministère du Trésor qui organise les dépenses. Il donne à une banque nouvelle créée en 1800, la Banque de France, le monopole de l’émission des billets de banque. Une loi d’Avril 1803 (germinal An XI) organise le nouveau système monétaire, et choisit pour unité une pièce de 5 grammes d’argent, le franc. . La valeur du franc en argent était donc voisine de celle de la Livre Tournois en 1789. Le « franc-germinal » devait rester stable jusqu’à 1914…

Les comptes de Joseph Anne Georges de Lenferna dans cette période de 1806 à 1812 sont exprimés systématiquement en livres, sols et deniers.

La plupart des règlements quotidiens de l’exploitation agricole se font par échange de services ou de marchandises.

Nous lisons dans ce registre que les prestations du journalier Pierre Porcheron sont payées, sur une base de 30 sols par jour « pas nourri », selon le cas, en miel, lait, fromage, plume d’oie, chanvre, bled, beurre, filasse, laine ou graine de sainfoin…, évalués par J.A.G.L. au cours du moment.

En décembre 1807, il achète l’âne du Maire Pierre Berson pour une feuillette de noix …

En avril 1808, il prend chez l’épicier de Brosses du riz et de l’huile d’olive, et donne en acompte 400 fagots…

Une autre fois, il verse en acompte au chapelier de Vézelay un bichet de métail; …à Mr Bernardin, « chirurgien », 2 bichets d’orge…

La comptabilité tenue consiste donc surtout à évaluer ces acomptes et calculer ce qui reste dû.

On constate que dans tous les calculs, la livre est identifiée au « franc-germinal » : une livre de 20 sols équivaut au franc de 100 centimes. Les deux monnaies sont utilisées indifféremment dans le registre de comptes : le 28 Avril 1809, la domestique Françoise Jojot est embauchée à l’année pour « 9 livres d’argent » et desfournitures diverses . Or la livre d’argent n’existe pas; il s’agit bien du franc.

Dans les premières années du livre, seules les impositions sont mentionnées en francs, car établies par l’Administration.

Courant 1811, les « francs » apparaissent plus souvent…

En mai, Antoine Guilloux entreprend le travail de printemps dans les vignes pour un forfait de 24 francs; … en août, un déjeuner à Coulanges est payé  1 livre 5 sols…Le 10 octobre, une livre de pain chez Delignon à Vézelay est payée 4 sols, mais le 10 décembre, la livre de pain chez Antoine Guttin est à 22 centimes…

Parallèlement il faut sortir les anciennes pièces des bas de laine : le 25 Juillet 1809, J.A.G.L. demande à Madame De La Barre de lui faire changer une pièce de 24 livres 1789 en or …

Un autre moyen de paiement couramment utilisé est le « billet de confiance« , simple reconnaissance de dette écrite sur « papier mort » ou sur « papier marqué« . La « recognoissance » indique la date et le lieu de règlement.

Personnel travaillant sur l’exploitation

Les servantes

 » Le 15 Juin 1806, j’ai loué pour un an a datter de ce jourdhuy la fille de Claude Lemoux dit Oudot; elle s’apelle Gabriëlle; moyenant 3 bichets moitié orge, moitié métail, 24 livres en argent, un tablier de toile, un autre acheté à ma volonté, un mouchoir, et fourni de sabots… »

Les registres d’état-civil nous fournissent quelques précisions. Il s’agit de Gabrielle Lemoux, fille de Claude et de Brigitte Pernot, née à Montillot en avril 1791. Elle a donc 15 ans au moment de son « embauche ». On peut estimer son salaire à partir des prix en vigueur : 24 francs + 3 bichets de grains à 5 francs => 15 F. + tabliers, sabots, …=> environ 4 F. Total 43 Francs pour l’année, soit 12 centimes, un peu plus de 2 sous par jour. Cela paraît faible, mais il faut considérer d’une part, que le logement et la nourriture sont assurés, d’autre part qu’il s’agit d’un réel apprentissage de tous les travaux domestiques.

 Gabrielle Lemoux est décédée en Avril 1819.

 Le 15 Septembre 1807, »…j’ai loué une servante, elle se nomme Edmée, de Defert dit Major, elle gagne en argent pour un an 18 livres, 3 bichets de mouture, la plume de poule, 2 chemises, fournie de sabots, un tablier de toille, un mouchoir… »

Il s’agit d’Edmée Defert, fille de Claude Defert, manouvrier, et de Marie Guilloux, née en Août 1782; elle a donc 25 ans; cousine éloignée du notaire Antoine-Jacques Defert, descendant comme lui de Jehan Defert, lieutenant du bailliage dans la deuxième moitié du 17ème siècle.

Son salaire: 18 +  (3×5) + 4 = 37 Francs environ … Surprenant, en comparaison de Gabrielle, vu son âge …

Le 11 Septembre 1808, J.A.G.L. note « dimanche, …compté avec Edmée Defert, je lui ai donné aujourd’huy 5 l. 5 s.; je lui redois encore pour tout 2 l. 6 s. Elle est sorti de jeudy dernier… »

Edmée Defert épousera Edme Mazillier, manouvrier, en novembre 1810.

Pas de servante pendant 2 mois. Note du 30 Novembre :  » ma femme a loué une servantte pour 6 mois a datter du 14 Novembre moyenant 12 francs, un tablier de toille de ménage et fournie de sabots; elle s’apelle Jeanne Grasset. »

C’est la fille de Jean Grasset, manouvrier, et de Marie Porcheron, née en juin 1790; elle a 18 ans.

Son salaire : 14 à 15 francs seulement pour 6 mois…

Jeanne Grasset épousera Edme Degoix, manoeuvre, en décembre 1812.

Le 28 Avril 1809, « Jeanne Grasset, domestique, est en allée de ce matin; Françoise Jojot, dit Goujard, est entrée à sa place. Elle gagne 9 livres en argent, 3 bichets de mouture (métail et orge), 2 chemises, un tablier de toille, un habit de poulangy barré et un mouchoir, et fournie de sabots, pour un an à commencer d’aujourd’huy ».

Françoise Jojot, née en décembre 1792, est la fille de Claude, manouvrier et de Jeanne Bouveau. Elle a 16 ans. Salaire: environ 30 Francs pour un an. Nous restons à moins de 2 sous par jour ! Françoise est jugée capable de missions de confiance : le 10 décembre 1809, elle  » a mené vendre la filasse à Auxerre; elle est revenue d’hyer et en a raporté 37 livres pour le prix; elle l’a vendu 17 sols la livre »…

Le 30 Avril 1810, « ma femme a loué pour servantte Gabriëlle Forgeot (a commencer d’hyer), moyenant 12 livres en argent, 2 paires de bas que sa mère fera ou fera faire; 2 chemises, un tablier et une coëffe, le tout en toille de ménage, un habit Barré de Boëge, et 3 bichets de grain, dont un boiceau de froment, un bichet de métail et 3 boiceaux d’orge, le tout pour un an. »

Gabrielle Forgeot est la fille de Jacques et de Marie Berson ; née en juillet 1795, elle a eu pour parrain un De Villenaut, frère de Mme de Lenferna. Elle a donc à peine 15 ans. Son père est probablement décédé au cours de ce printemps 1810; sa mère, dite « Marie La Jacotte », travaille à la journée chez les Lenferna depuis plusieurs années.  Son salaire est de l’ordre de 35 francs.

 Nous notons que « le 13 Janvier 1811, Edme Jojot, tisserand, a apporté 5 aulnes 1/2 de Poulangis barré pour Gabriël Forgeot », et que le 1er Avril « la femme de Pierre Porcheron a fait les chemises et le corset de gabrielle Forgeot »…    Le contrat sera respecté…

Gabrielle est restée 2 ans chez les Lenferna. Le 17 Avril 1812, « elle est sortie »« pour s’en aller chez sa mère »…

Le 23 Avril suivant, « Jeanne Berthoux, de Bouteau, est entré chez nous pour servantte aujourd’huy ». Elle participe activement au travail des champs : « le 6 octobre, Françoise Jojot et Jeanne Berthoux, domestique, ont arraché 12 billouts de pommes de terre dans les Champs du Perron »…

Les métayers

Nous ne disposons pas du texte du bail de métayage.

Nous constatons que le métayer cultive une grande partie des propriétés Lenferna.

Il est logé dans des bâtiments d’exploitation proches de la demeure du châtelain, le « Domaine de Toucheboeuf ».

Il dispose de bétail : boeufs (au moins 8…), vaches, moutons, porcs, (les « bestiaux » du Domaine étaient estimés en avril 1808 à 670 livres)… et quelques ruches.

J.A.G.L. lui remet la moitié des semences et reçoit la moitié des récoltes.

Le métayer doit assurer l’entretien des bâtiments du « Domaine », payer la moitié des impositions et du coût de la « garde champêtre » (ce dernier se monte à 4 livres par an)… Par exemple, le 22 Septembre 1810, « Pierre Brisedoux, couvreur, a mis sur les bâtiments du Domaine 16 gerbes de gluis. C’est le métayer qui le doit payer et nourir… »

Au début du registre de comptes, en 1807, le métayer est Pierre Moreau, de Fontenille.

Il résilie brusquement, le 20 Avril 1808. On ne connaît pas la raison de cette rupture de bail qui intervient entre les semailles et la récolte : il a fallu 8 mois pour régler le problème du transfert de contrat, avec frais d’experts et de notaire…

« Le 25 Avril, j’ai passé bail avec Claude Bailly, de Montillot, devant Defert, notaire ».

En fait, il s’agit de Claude Savart, dit « Bailly », né en 1768 à Vézelay, marié en 1794 avec Marie Jojot, et manouvrier à Montillot.

Le nom de Claude Savart apparaît sur 250 pages du registre, et souvent plusieurs fois par page !

C’est que J.A.G.L. rapporte chaque jour non seulement ce que fait le métayer, mais aussi tout ce qu’il lui demande de faire pour son compte : charrois de bois, de fagots, de paisseaux, de chanvre, de foin, de pommes de terre, de fumier, de pierres et de sable; labours des pièces « réservées », semailles, piochages, sciage de bois …; ainsi que tous les échanges de produits effectués selon les besoins quotidiens des deux parties (grains, paille, pain, gléneaux de gluis…); plus les remises de grains de semences et les partages des récoltes, champ par champ …

A la fin du livre de comptes, le 31 Décembre 1812, Claude Savart est toujours métayer; aucun différend n’est noté en plus de 4 ans …

Journaliers et journalières

Les hommes…

Nous avons vu que l’un des journaliers est cité presque deux cents fois dans le registre de J.A.G.L. : Pierre Porcheron, dit « Cascaret » . C’est un manouvrier, utilisé pour toutes sortes de travaux : moisson, battage, maçonnerie, terrassement …

Les  Porcheron font partie des plus anciennes familles de Montillot. On trouve dans les Registres Paroissiaux l’ancêtre Estienne Pourcheron, né vers 1627, époux de Claudine Hugotte.

Notre Pierre Porcheron, né en Octobre 1753, fils de Claude et de Catherine Defert, a 54 ans en 1808.

Remarié en 1783 avec Anne Guilloux, il a eu avec elle 5 enfants, dont l’un, Antoine, est mort aux Armées en 1809, et un autre Edme, âgé de 17 ans, participe aux travaux salariés de son père, ainsi que, plus rarement, sa soeur Gabrielle (24 ans) ; suivent deux autres plus jeunes, Pierre et Denis…

Edme a épousé en 1813 Marie Savelly. Les Porcheron des générations actuelles sont ses descendants directs…Anne Guilloux est décédée en 1814 à 55 ans; et Pierre en 1823 à 70 ans .

« Cascaret » apparaît à la page 35 du registre, le 26 juillet 1808; il fait partie de l’équipe de moissonneurs (certains jours il y a les 2 moissonneurs « à forfait » et 8 journaliers). Ce jour là, c’est lui qui creuse le trou pour enterrer le cheval. Ensuite il revient tous les jours jusqu’en fin de saison.

« Le 27 Novembre …, compté avec Pierre Porcheron, dit Cascaret, les journées et celles de son garçon, montant en tout à 47 journées dont 7 à une livre, fait ………………………….7 l.

14 à 30 sols fait 21 livres cy …………………………………………………………. 21 l.

et 26 journées à 1 livre 5 sols fait en tout ………………………………………….33 l. 10 s.

ce qui fait au total ……………………………………………………………………….61 l. 10 s.

A reçu tant pour bois, noix, chanvre, poires et argent en tout  ………………..42 l.  5 s.

Lui esr redût pour tout …………………………………………………………………. 19 l.  5 s.

Plus  compté avec le dit Pierre Porcheron les journées qu’il a fait pour le compte des  maçons au nombre de 32 journées et demie, scavoir 27 journées à 30 sols fait …………………40 l. 10 s.

et 5 jours et demi à 1 livre 5 sols, fait ………………………………………………………. 7 l.   7 s. 6 d.

en tout ………………………………………………………………………………………………47 l. 17 s.  6 d.

Je lui ai donné aujourd’huy pour le compte des maçons …………………………………12 l.

Lui reste dût pour tout ……………………………………………………………………………35 l. 17 s. 6 d… »

Un autre exemple de contrat montre que les propriétaires « alignent » entre eux les salaires qu’ils versent : « le 4 septembre,…entrepris à P.P. et à Antoine Le Fermier les granges à battre au même prix que Mme Peinnier donne pour battre les siennes et a raison de 1l.5s. par jour pas nourris pour eux et moitié pour leurs garçons pour battre les semences. Je ne suis chargé  de rien fournir, n’y huille, n’y fléaux…Quand aux gluis qu’ils feront, ce sera le prix courant… »

Durant l’hiver et le printemps qui suivent, Cascaret fait avec son fils des charrois et des travaux de terrassement ainsi que de la manutention pour les maçons qui travaillent dans la propriété. En avril, il plante les pommes de terre; en mai, il sombre les vignes. En juin, nous lisons : « amodié à P.P. le sainfoin des Vignes moyenant 4 sols la botte du poids de 12 à 14 livres; il doit fanner, charier et botteler les sainfoin, battre et vanner la graine que je me suis réservé en totalitté ».

Fin juin, il « travaille à niveler la cour ». Mais il est noté « le 1er Juillet 1809 P.P. n’a pas travaillé »…!

On fait les comptes le 6 Août : il lui est dû 82 livres 16 sols.

Et le cycle annuel recommence, avec la moisson, à la journée, – à 1 livre 10 sols « pas nourri », et 1 livre « nourri » -…Et dès ce 6 Août, J.A.G.L. lui traite le battage à la tâche (voir plus haut le § « céréales »).

Mais il reste « surveillé » de près : « le 31 Juillet 1810, P.P. a battu 4 jerbes d’orje et 3 jerbes froment, dont une en entier battuë les 2 autres brigandées, il n’a travaillé que jusques à midy et a étté nourri »…! Les bons comptes …

En novembre, avec son fils, il transporte les pierres de « la muraille ancienne du jardin pour faire la nouvelle »…

En 1808, c’est Jean Defert qui avait été « loué » pour la moisson, à raison de 6 bichets un boiceau, moitié orge et moitié métail »,et, en plus, « 4 journées »…(c’est-à dire à peu près 36 francs).

Après la moisson, il a participé au battage; et de même chacune des années suivantes. Entre temps, travaux divers : arrachage des pommes de terre, curage de la mare ( le Croc des Joncs était alors propriété Lenferna), coupe de bois, trempage du chanvre…Mais dans le livre de comptes, il reste « Jean Defert, dit Le Dizier, le moissonneur »…

Edme Ventenay fend du bois, Moré Defert arrache les pommes de terre, Vincent Guttin fauche, Jacques Fleury sombre les vignes et cure la mare…

Certains journaliers, eux-mêmes propriétaires et exploitants, complètent leurs ressources par des travaux salariés épisodiques au « Château », selon leurs compétences particulières.

Ainsi Lazare Poulain (33 ans), apparaît comme moissonneur à la première page du livre en 1807. Un jour de mars 1808, il « dîne » avec J.A.G.L. à Vézelay (2 repas pour 1 l. 18 s. soit 1 F. 90 c.). Il s’occupe surtout des vignes et du jardin.

Dominique Mazilier (50 ans en 1808), vigneron et tonnelier, prépare les tonneaux avant la vendange; pour une livre 15 sols par jour de tonnelage, mais 1 livre seulement par jour de battage. En janvier 1809, J.A.G.L. lui achète un cochon pour 40 livres…

Etienne Guttin ( 54 ans) – on l’appelle « Tiénon » -, tue les cochons et sa femme Edmée Porcheron, « la Tiénotte » – , va laver les boyaux à la fontaine du Vaudonjon…

Denis Garnier, de la Charbonnière, s’occupe des ruches.

Lazare Philipon, de Baudelaine, est bûcheron; il abat et débite le bois et confectionne des fagots de brindilles et d’épines par centaines dans son « attelier ».

Claude Jojot, dit « Goujard », fauche les prés et les champs de trèfle et de sainfoin, coupe et prépare les paisseaux, participe au battage…   

Edme Porcheron, dit « Le Père Pointu », laboureur, charrie avec ses chevaux le sable de la rivière et les pierres de taille de la carrière des « Côtes de la St Jean ».

Claude Defert (21 ans, 15 sols par jour), frère de la servante Edmée; Edme Mazilier (21), – fils d’Emiland, dit « Milan » et neveu de Dominique -; Jean Jojot, Etienne Brisedoux, – dit « Lucas » tous « travaillent » le chanvre; ce sont les « feurtiers ».

Antoine Guilloux, dit « le Fermier », « façonne » les vignes au printemps…

Gabriel Tixier, de Baudelaine, « a labouré dans les Champs- Gauthiers avec ses quatre boeufs »

Pierre Forgeot « pique » la vigne, plante des arbres, bêche dans le jardin, empaille les chaises, fait des paillassons avec de la ficelle de chanvre…Il est aussi employé par Madame De La Barre à Auxerre.

Pierre Degoix, – pourtant huilier -, fait des  charrois de bois et de paisseaux.

Vincent Joublin vient de Tameron panser les vaches malades…

…….

Dans certains cas de paiement en nature, J.A.G.L. estime lui-même le cours de ses « produits » : « le 2 May 1810,donné à « Amelot Louise » (Edme Guttin), gendre Porcheron, deux hôttées de fumier de pigeon pour lesquelles il fera 4 journées quand on le demandera »…!

Les femmes

Les femmes constituent une part importante du personnel employé par les Lenferna.

Le 1er paragraphe du registre a trait au « louage » en 1806 de la servante Gabrielle Lemoux.

Dès la 2ème page, en août 1807, « Catherine Guttin a travaillé à débarrasser le grenier et la cour, ce qui fait 2 journées qui lui sont dûts ». C’est la fille d’Etienne et d’Edmée (Porcheron). Elle a alors 19 ans. Elle se mariera en 1815 avec son cousin Lazare Guttin.

Puis en janvier 1808, « Jeanne Defert, couturière, a travaillé à faire mes chemises ». Elle aura bientôt 20 ans. C’est l’une des 3 filles du notaire Antoine Jacques Defert. Ses soeurs Brigide (21 ans) et Françoise (14 ans) l’ aident quelquefois. En décembre, elle coupe une redingote et un gilet pour les maîtres (7 journées de couture : 64 sols).

Comme pour les hommes, on peut distinguer les manouvrières, « polyvalentes », et les « spécialistes ».

Parmi ces dernières, on trouve plusieurs couturières, en plus de Jeanne Defert : X… Pernot, dite « La Croquotte »; Marie Carillon (22 ans en 1908), nièce du notaire, qui a épousé Moré Trémeau en 1809; une femme de Châtel-Censoir et une fille Carillon de Lucy; « la Villatte« , nièce de Mme Maupin, femme du garde-forestier.

Il y a aussi la Veuve Chardon, matelassière au Bois d’Arcy, qui vient travailler à domicile.

Et toutes les fileuses, déjà citées…

Parmi les manouvrières, reviennent souvent « les 2 Gourdonnes » . Leur surnom vient de leur mère. Il s’agit de Françoise – qu’on appelle « Fanchon » – et de Claudine Trémeau (Vve Jean Villiers), filles de Claude Trémeau et de Claudine Gourdon. Encore bien vaillantes, bien qu’âgées de 69 et 71 ans, on les trouve en 1809 à la lessive, à l’épandage du fumier, à l’arrachage et au teillage du chanvre…Claudine est morte en 1810 et Françoise en 1816.

La mère de la servante Gabrielle Forgeot, Marie Berson (41 ans en 1808) – « Marie La Jacotte » -, veuve elle aussi, participe à tous les travaux de la maison et des champs : lessives à Malfontaine, accolage des vignes, arrachage des chènevières …

Il y a aussi Madeleine Defert, l' »arracheuse de paisseaux » rencontrée plus haut; Jeanne Brisedoux (33 ans), – dite « Lucas », fille de Luc et de Marie Defert, louée pour la moisson 1808, et qui, en d’autres périodes, sarcle, « fanne » le foin…; « Marie Porcheron, la femme à Vincent Guttin », la Veuve d’Edme Fleury, les femmes de Claude Poulain, Edme Jojot (tisserand), Dominique Mazilier, Etienne Brisedoux …

Agathe Degoix (39 ans), dite « La Bankalle », veuve Lévêque, soeur de Pierre, l’huilier, arrache les pommes de terre, épand le fumier, fait la lessive, pioche les haricots, et file…Pour une journée de moisson, elle est payée 15 sols.

Agathe Degoix se remariera en 1813 avec Jean Philipon, et en 1826 avec Claude Porcheron.              .

Les 2 filles de Claude Lemoux, Gabrielle (17 ans) et Françoise (14), délient les gerbes avant le battage…

Il y a aussi l' »Attache de Baudelaine », fileuse, – probablement une veuve François Carillon -, et une mystérieuse « fille à la Chaîne », aussi de Baudelaine, qui a fait une journée de vendanges en 1809…

Les artisans

Les maçons, indépendants, sont souvent présents dans la propriété au cours des années 1808 à 1811, J.A.G.L. ayant jugé nécessaires réparations et aménagements divers.

Début Janvier 1808, Edme Soeur et Pierre Brisedoux, – « couvreur en gluy » sur les actes d’état-civil) -, remontent un mur à la Métairie : 4 toises et demie à 3 livres soit 14 livres…En avril, 3 toises 1/4 de mur de jardin.

« Le 29 May », …, E.S. et P.B., maçons, l’un à Montillot, l’autre au Vaudonjon, ont entrepris la construction de murs de clotture de la cour, toitons, …etc, de l’épaisseur de 18 pouces à 2 pieds tant en terre qu’à ciment et à pierre sèche, hauteur 7 pieds hors de terre chapeau compris a raison de 3 livres la toise. Ils sont chargés de creuser les fondations, démolir les anciens murs, d’aprocher la pierre …etc. L’ouvrage sera sujet à visitte, ils ne savent signer ny l’un ny l’autre ». Ce travail a commencé le 18 Juillet.

Au cours des mois suivants, la toiture de la grange est enlevée, – avec l’aide du charron Toussaint Defert et du charpentier Etienne Pernot -, puis la charpente démontée et vendue 320 livres à Claude Carillon, charpentier à Lucy.

En août et septembre, taille de la pierre des portes des « toittons », puis « lattage » et couverture en laves (pierres plates). Pose – pour 2 livres – de 20 carreaux à la fenêtre de la cuisine par le vitrier de Vézelay.

Le maréchal Jacques Fournier, de Montillot, effectue divers travaux : pose de la porte du poulailler, des ferrures des portes des toitons, d’un crampon au tour du puits, de loquets à une porte vitrée, d’un verrou à la porte du métayer; réparation  de la serrure de la porte de la grange et d’une dent d’un piochon; ferrage du cheval …J.A.G.L. nous détaille : » Le 10 Septembre,…,Fournier a embattu la rouë de la brouette, il a fourni le fer et les cloux. Il m’en a de plus fait des cloux pour les porttes. Je lui ai donné le fer pour les faire… » En acompte, il aura le 14 Avril suivant : 16 pieds 6 pouces de chêne à 1l.5s. le pied…

Il y a bien un autre maréchal à Montillot, Jacques Cuiller; mais J.A.G.L. n’a pas recours à ses compétences d’artisan; il lui achète des « faix » de paille …

Intervient aussi Boignard, menuisier Place de la Madeleine à Vézelay, qui a fourni et posé des portes et des croisées, – dont la porte d’entrée de la maison en novembre 1808 -. Il a reçu en acompte 900 paisseaux à 8 sols la botte de 50…!

En octobre, on a réparé le colombier, muré la porte de la cuisine côté jardin, taillé des marches en pierre, crépi l’intérieur du poulailler…

Le 27 Novembre, un premier décompte est fait:

– avec Pierre Brisedoux = 36 journées, dont 9 à 1l.16s. (soit 1 F 80c.), une à 2l.5s.(2F.25c.), et 26 à 2 livres, en tout 69 livres.

– avec Edme Soeur, 20 journées dont une à 2l.5s. et 19 à 40 sols (2 F.) , en tout 40 l.5s. Mais ce dernier a déjà reçu en acomptes – argent, poires, 1 feuillette de noix, des cercles de tonneaux …pour 59 l.5s. Reste 19 livres; « ôtté 3 l. pour pot de vin du marché, reste en tout 16 livres… »

Durant les premiers mois de 1809, on a « renfaîtté la grange et recarlé le four du Domaine », « jeté à bas le pignon de la grange », taillé et posé des pierres pour la grande porte de la cour, monté le mur de la cour.  Le 25 juin, « toisé l’ouvrage des maçons, il y a en tout 118 toises »…, ce qui fait 354 livres en tout.

« Le 7 juin, j’ai étté à Asquins chez le thuilier nommé Claude Lairot, dit Le Petiot, chercher 350 thuilles et 18 faîtières, que je lui dois, à raison de 1l.16s. le cent de thuile et 6 sols par faîtière, en tout 11l.14s. »

Début juin, la cheminée a été commencée, « entreprise » par le maçon « Edme Jojot, de Boutaut ».

En juin 1810, les deux maçons du Vaudonjon, Edme Mercier et Edme Soeur, « commencent les murs du nouveau jardin. Ils gagnent 2 livres la toise ». Le 19, ils ont fini ce mur « jusqu’au Tournant du Crot du Charme ». Ils l’ont terminé en février 1811 (48 toises). Ils ont aussi « démoli l’ancienne grande porte de la cour et ont commencé à la murer ». En novembre, J.A.G.L. vend pour 8 Francs et fait livrer au Vaudonjon à Edme Mercier « une porte en pierre de taille qui était dans la cour ».

Pierre Pernot est menuisier à Montillot : pour la maison Lenferna, il répare des portes, fabrique une porte de placard vitrée et une table pour le « cabinet » de J.A.G.L. Il reçoit en acompte 2 livres de laine blanche ! La journée d’Etienne Pernot, dit Pasqueau, charpentier, est payée 2 l. 10 s. en 1808…

Quelques actes de la vie quotidienne chez les Lenferna

Déplacements locaux et voyages.

Vézelay : J.A.G.L. manque rarement la foire mensuelle de Vézelay. Aller et retour se font facilement dans la journée, probablement à cheval s’il est seul, par le chemin direct passant à Asquins. Il y retourne une ou deux fois dans le mois, ou bien y envoie un membre de son personnel.

Il arrive qu’il y aille seulement pour se faire couper les cheveux, chez le « perruquier » Gilet, moyennant 4 à 10 sols.

Mais en général, il rencontre les commerçants et artisans du lieu : le menuisier Boignard, le chapelier Rebrejet, les tailleurs Zimer et Bidault, le sellier Forestier ,- qui lui répare sa selle et sa culotte de peau et lui fournit des guêtres -, l’armurier Saingeon, – pour l’entretien de son fusil et de ses pistolets -, le boulanger Delignon…Il achète du sel. Il prend les « remèdes » ordonnés par son ami le médecin J.B.Reuche et préparés par Mr Bernardin, Officier de santé, pharmacien. Il dépose son courrier au bureau de la Poste et relève les lettres arrivées à son nom. Il remet au « Commissionnaire » Baron une liste d’achats à effectuer à Auxerre pour ses propres besoins. Il lui arrive de consulter le notaire Monsaingeon, ou l’un des huissiers, soit Fontenay, soit Richebraque, soit Morand, – dit »La Fleur »- …

Lorsqu’il est accompagné de son fils et de son neveu, il leur achète des gâteaux, du pain d’épices, des châtaignes …

Avallon : …une ou deux fois dans le mois. Ce voyage se fait aussi dans la journée.

On va à Blannay, par les Hérodats. Il n’y a pas encore de pont. Le passeur Eloi Foin demande 5 sols pour l’homme et son cheval. La traversée est courte, mais on a le temps de faire du commerce : le passeur lui vend des graines de raves, et en juillet 1810, J.A.G.L. lui cède des « courbes » de bateau pour réparer le sien…!

Il rend visite à son avoué, Maître Houdaille, plusieurs « affaires » d’héritage et de partage étant en cours. Il va aussi chez le quincaillier Prat. A midi, il « dîne » à l’auberge; le 7 Juin 1808, il paye pour son cheval et lui 3 livres 16 sols (3F 80).

Au retour, il peut acheter à Valloux des saucisses et des échaudés…

Ensuite, il repasse la Cure et il lui arrive de s’arrêter à Blannay chez son oncle maternel Destut (…de Blannay) et même d’y coucher avant de rentrer à Montillot.

Auxerre :  Avant son mariage, J.A.G.L. habitait Gurgy, à 6 km d’Auxerre. Il venait donc souvent dans cette ville et y avait ses fournisseurs attitrés.

Son nouveau domicile, Montillot, est nettement plus éloigné, – environ 35 km -.

Il fait donc ce voyage en 2 étapes, avec arrêt pour la nuit, soit à Vermenton, chez l’aubergiste Ouvré, soit à Bazarnes chez Grandjean. Il y a aussi un « passage de bateau » à 6 sols (0ù exactement ?).

Le trajet est parcouru certaines fois uniquement à cheval.

Il peut aussi se faire amener à Vermenton, et utiliser ensuite le service du « carioleur » Spanelle jusqu’à Auxerre (1 livre 14 sols / 1 F. 70c., …et 4 sols de plus pour un paquet). Il y a un arrêt à Saint-Bris, et on peut y déjeuner. Une fois, il dit avoir pris la « diligence »…

Une autre fois, il y va avec son beau-frère De Villenaut en voiture tirée par leurs deux chevaux…

Il reste plusieurs jours au chef-lieu, et loge en général chez Carillon, à l’Auberge « A la Bouteille », Rue du Pont.

Fin 1807 et début 1808, il va à Gurgy à chacun de ces voyages : la propriété familiale a été vendue à un Auxerrois, Mr Duché-Desarchies. Il faut régler les formalités de transfert, et aussi vendre ou déménager les meubles et objets personnels. En février, J.A.G.L. reste 3 semaines à Auxerre; deux charretiers de Gurgy ramènent ses affaires à Montillot.

Ensuite, il ne viendra plus qu’une ou deux fois par an, continuant à fréquenter quelques commerçants et artisans : le pâtissier Rousseau; le bourrelier Auvigne; le tailleur Potherat, rue Joubert; le drapier Gremaret; le chapelier Baudelot; le coutelier Dupray, rue du Marché aux Poules; le cordier Sognet; les perruquiers Tulout et Clopet (coupe de cheveux : 5 à 8 sols). Il achète une faux (4 l. 5 s.) au chaudronnier Delsus, rue Joubert; un entonnoir, des arrosoirs, des balances …au ferblantier Cremeret; des livres aux libraires Marie, rue Dampierre, et Petit, rue de Paris…

Entre temps, il fait faire ses achats par le commissionnaire Baron de Vézelay et par Pierre, le conducteur de la diligence, ou bien par le personnel de son amie et cousine Mme De La Barre…

Etais :  Cinq ou 6 fois au moins par an, J.A.G.L. et son épouse, – le plus souvent séparément -, vont passer quelques jours au Domaine du Colombier, – sur la commune d’Etais-la-Sauvin -, propriété de famille des de Villenaut. C’est le Chevalier Pierre Mullot de Villenaut, l’un des frères de Mme de Lenferna, qui y demeure; son fils aîné, né en 1802, vient souvent à Montillot jouer avec son cousin Alexandre, le « Petit » Lenferna.

Comme pour Auxerre, il y a plus de 30 km à parcourir; le voyage se fait en deux étapes. On passe par Asnières, Coulanges sur Yonne et Andryes. On couche en général à Coulanges, chez l’aubergiste Coulon (…payé 1 l. 17 sols, le 5 Mars 1808, avec le dîner, plus un quart d’avoine pour le cheval…).

Il arrive qu’on fasse tout le trajet dans la journée.

On peut aussi faire la route « à âne » :  » le 31 Décembre 1808, ma femme est partie avec Jean Boussard pour Etais avec mon Petit et le Petit du Chevalier de Villenaut sur deux asnes… ».

Mais il faut en général une voiture pour Madame de Lenferna, et aussi pour transporter des marchandises diverses. En avril 1810, « le domestique de Madame de La Barre a étté à Etais avec un âne chercher ma femme… ». Et le 2 juin 1812,  » j’ai ramené de chez le Chevalier mon beau-frère une petite truye et une poule caude … »

Paris : A signaler un seul voyage à Paris en Juillet 1812 : J.A.G.L. allait chercher sa mère à Belleville (voir plus loin dans le § « Cercle familial »).

L’approvisionnement du ménage

Nourriture : le boulanger Delignon, – gendre Gutteron -, apporte de Vézelay, le samedi ou le dimanche, 18 livres de pain (à 3 sols la livre), pour la semaine.

Le boulanger-cabaretier de Montillot n’apparaît dans les comptes qu’en 1811; il est probable qu’Antoine Guttin, qui a épousé en décembre 1810 Marie Girard, de Saint-Père, ne s’est installé qu’après son mariage.

En 1811, le livre de comptes indique des achats de pain chez lui tous les 3 ou 4 jours, alors que les livraisons de Vézelay se raréfient. Cette année-là, le prix augmenta sensiblement, à 5 sols (25 centimes) la livre, puis à 42,5 centimes en avril – pain blanc -, et 6 sols (30 c.) le pain bis, cité ici pour la 1ère fois…. En octobre, les prix ont commencé à baisser. Aucun commentaire n’est fourni…Mais l’historien Braudel nous dit « en 1812, la France a été cassée en deux par une disette effroyable ». Suite à des conditions météorologiques très défavorables, le froment a manqué. A Montillot, le bichet est monté de 8 à 15 francs.

D’après les tableaux de récoltes de J.A.G.L., celle de 1811 n’a pas été mauvaise. Montillot a donc subi seulement les conséquences de la montée du cours du blé.  

On note très peu d’achats de viande au détail; les produits de l’exploitation – porcs, volailles…-, complétés par des achats de demi-porcs, devaient suffire. Exceptionnellement, on lit : « 2 livres de viande : 12 sols »; … »1 livre de veau : 6 sols; … »1 livre de cochon : 8 sols »…

Le lait est produit sur place; exceptionnellement, en novembre 1810, « payé pour une écuellée et demie de lait à Marie la Pointu : 3 sols … »

Fromage et beurre sont faits à la maison.

Les légumes  viennent des champs (pommes de terre) et du jardin.

Epicerie : quelques prix …

– 1 livre de sel pour 4 sols 6 deniers

– 1 livre de beurre : 15 sols

– 4 harengs pour 5 sols

– 1 livre de riz à 12 sols

– huile d’olive – un luxe …! – 2 l. 4 s. la livre

– 1/2 livre de sucre : 2 l. 2 s.

– fromage de Brie à 10 sols la livre

– 1 livre de farine à 6 sols

– 1 livre de lard à 12 sols

– 1 livre de vermicelle : 75 centimes…

Vin: il est produit dans la propriété. Mais on en achète quelquefois :

– 1 bouteille de vin de Vaudonjon à 23 centimes

– 1 feuillette de vin d’Escolives ( de chez Laurent Rousseau) : 27 F.50 c.

– 1 feuillette de vin rouge nouveau de Montillot : 28 livres…

 Le 1er Novembre 1808, « donné à Agathe Degoix,…, pour un quart de vin qu’elle m’a vendu, un bichet de froment … »

Fournitures diverses

– 1 paire de sabots d’enfant : 8 sols; une autre fois : 16 sols…

– 1 paire de sabots pour la servante : 11 à 12 sols

– 1 livre de chandelle : 80 c.

– 1 livre de savon : 1 l. 6 s.

– 1 savonnette : 12 s.

– 1 livre de tabac (en 1812) : 4 l. 16 s. (4 F. 80 c.)

– 1 livre de laine à la foire de Vézelay : 2 livres

– 2 aulnes de toile (à Avallon) : 5 l. 10 s…

– 1 aulne de « cotton gratté » à 3 F. 60 c.

– 1 aulne de « toille de doublure » à 8 F. 40 c.

– 1 main de papier à 8 sols

– 1/2 rame de papier (« prise à la papeterie du Vault, près d’Avallon ») : 5 l. 10 s.

Habillement

Cette catégorie d’achats permet de faire apparaître quelques « indices » de la « classe sociale » du couple Lenferna.

Il est vraisemblable en effet que seule une garde-robe « bourgeoise » pouvait contenir :

  • pour Monsieur:
    • une culotte de peau de daim
    • un gilet en « espagnolette croisée » blanche
    • une houppelande avec doublure en velours
    • un gilet « de Nankin » (?)
    • deux gilets de velours de soie
    • un gilet à manches, « en espagnolette croisée blanche d’Arntal »
    • une culotte « de Cazimir » (?)
    • des escarpins sur mesure
    • une coiffe de chapeau en taffetas gommé avec ruban
    • des gants de peau
    • des bas de soie noire (achetés 21 Francs à Paris !)
    • un chapeau de chez Rebrejet à Vézelay, pour 24 livres…
  • pour Madame:
    • on tire peu de chose du livre de comptes : d’une part , Madame de Lenferna fait certainement ses achats elle-même, sur ses propres deniers; d’autre part, elle a à sa disposition des couturières à domicile … On note seulement l’achat d’un chapeau à 8 livres et d’un ruban à 1 l. 14 s.(à Avallon). 
  • pour le « Petit » Alexandre :
    • dès février 1808, – il a à peine 2 ans -, on lui achète à Auxerre une paire de sabots à 16 sols, et un chapeau à 6 livres…
    • Un peu plus tard, un autre chapeau à 6 livres…
    • Puis, chez le chapelier Rebrejet de Vézelay, une « casquette en percalle »,
    • puis une « casquette en maroquin vert »…
    • Un « habit veste et une carmagnole » …

Extras  : on note quelques dépenses exceptionnelles au cours de certaines « sorties », à Auxerre ou Paris : restaurants, spectacles, loteries …

Acheminement des marchandises et du courrier.

On ne peut aller soi-même faire ses courses chaque jour dans les bourgs et villes de la région.

Il existe donc des « commissionnaires « attitrés, tels Baron à Vézelay et Marceau au Châtel-Censoir, qui vont régulièrement à Auxerre et, en rapportent dans chaque village les marchandises commandées.

 Est citée une fois Brigitte, la « messagère de Vézelay » …

En plus, on fait quotidiennement appel aux particuliers qui, allant en ville pour leurs propres besoins, le font savoir à leurs voisins, et, moyennant rétribution, se chargent de leurs commissions.

On voit ainsi J.A.G.L. utiliser couramment pour Auxerre les services de Jacques Forgeot, dit « Tracas » – marchand de sabots -, de Jean Jojot, du blatayer Claude Berthoux, de Pierre Miguière

Il y a aussi Anne Roubeau, mariée à Gabriel Trémeau, qui est cuisinière à Auxerre chez Madame De La Barre, et revient périodiquement à Montillot, en apportant divers objets; au retour, elle emporte du courrier…On voit le médecin Reuche apporter le courrier de Vézelay en rendant visite à un malade, le percepteur Thionville livrer des pointes et des pastilles d’Ipecahuana…

Et des artisans et commerçants « itinérants », tel Edme Jojot, dit « Grillot », meunier du Châtel-Censoir, qui va souvent à Clamecy

Pour Paris, on utilise très couramment les services de Jean Boussard, « sous-meneur »; à ce titre, il accompagne les femmes qui, munies d’un « certficat d’allaitement », vont chercher des nourrissons dans la région parisienne. Il rapporte à J.A.G.L. des graines pour son jardin, achetées chez « Vilmorin-Andrieux, marchand grainier Quai de la Mégisserie dit de la Ferraille »…On lui confie aussi des commisions pour Auxerre, dont il s’acquitte au passage.

Le courrier suit les mêmes cheminements. Il y a des bureaux de poste à Vézelay, Vermenton, Avallon, Clamecy. Mais il ne semble pas exister de voitures postales réservées à cet usage. Les commissionnaires, – et les particuliers qui se déplacent -, se chargent aussi des lettres, sur la base des mêmes tarifs. Le port est payé, selon le cas, au départ ou à l’arrivée; ordre de grandeur : de 3 à 10 sols; 3 sols pour une lettre postée à Vézelay pour Blannay, et 10 sols pour Paris (40 ou 50 centimes en 1812). Un courrier « exprès », comportant des documents importants, a été taxé 1 livre 10 sols (1 F. 50 c.) de Vézelay à Avallon.  En 1812, est cité un Guttron, « facteur des lettres » à Vézelay.

La « trésorerie » du ménage.

On fait – nous l’avons vu – un large usage du « troc », – de marchandises et de services -, et peu de règlements se font au comptant.

Mais il faut tout de même quelque argent liquide …!

Chez les commerçants, J.A.G.L. achète très souvent à crédit et règle globalement des montants qui peuvent être très importants. L’exemple flagrant est celui de décembre 1807 à Auxerre : les « retards » de paiements se montaient à près de 2500 livres, et le règlement a été possible grâce au remboursement d’une somme équivalente que lui devait Fouley, épicier rue Joubert.

Et c’est bien l’habitude : on va de « billet » en « billet », d’une échéance à l’autre, en se prêtant de l’argent entre « notables ».

« Le 28 Mars 1808, j’ai emprunté 150 livres payable au 28 May prochain… »

Mais…« Le 28 May 1808 »,…, »Mr Marisy, curé de Brosses, m’a prêtté 150 livres pour 3 semaines pour solder un billet de paareille somme qui échéoit aujourd’huy et que j’ai acquitté »…

« Le 15 janvier 1809 »,…, »reçu du Chevalier de Villenaut mon beau-frère un effet de 1000 livres, payable le 1er février prochain à Auxerre, chez Pasquier, aubergiste, pour le principal de pareille somme qu’il devoit à mon épouse, sans préjudice des années d’intérêt à 5%, et d’autres dûts »…

« Le 1er février 1809, j’ai reçu 1000 livres pour un billet; j’ai donné 500 livres à Madame De La Barre … »

« Le 8 May 1809, j’ai remboursé le billet de 100 livres que j’avois fait à Doré, courtier, et l’ai brûlé; j’ai pour celà emprunté 600 livres payable à 5% d’intérêts par an; c’est Madame De La Barre qui me les a fait avoir… »

On emprunte ainsi de petites sommes, selon les besoins immédiats, au garde-forestier Maupin, au percepteur Thionville, à l’huissier, au pharmacien…

Certains paiements sont effectués avec de l’argent déposé chez un huissier de Vézelay, Augustin Marie Morand, dit « La Fleur »; J.A.G.L. lui envoie des « billets » pour répartir ces fonds entre les créanciers.

Il y a d’autres « rentrées » plus importantes : par exemple, l’acheteur auxerrois de la propriété de Gurgy a réglé 4000 livres comptant, et s’est engagé à rembourser 10000 livres dans 10 ans « avec intérêt au denier 5 ». Diverses sommes prêtées rapportent des intérêts à Madame de Lenferna…

Et puis quelques ventes des produits de l’exploitation, plus modestes, qui font rentrer un peu d’argent liquide : du beurre à 70 c. la livre; des fromages à 15 centimes; 4 dindes pour 9 livres; 4 chapons pour 4 francs; une brebis à 4 livres; 7 moutons de 2 ans « à 8 l. la pièce »; 7 livres de laine à 2 l. 3 s. la livre; 1/2 cochon à 18 livres; un cochon sur pied à la foire de Vézelay pour 25 livres; un veau à 16 l.; une « vieille vache » à 23 l.; une vache à 64 l. (mais il faut en acheter une autre : 85 l. !.. ); le bois d’un « aigriottier » pour 24 livres; un chêne sur pied à 72 Francs; un millier de « paisseaux » pour 16 francs; la charpente de la grange en démolition pour 320 livres…

A noter que Madame De Lenferna prend elle-même l’initiative d’achats et de ventes courants, et aussi d’emprunts…« Le 10 Juin 1810, ma femme a emprunté 200 livres tournois du sieur Hugot d’Avallon; j’en ai fait au Sr Hugot un billet de 218 livres, intérêts compris, payable au 11 septembre prochain, jour fixe au domicile du Sr Caillet, aubergiste à  Avallon … ».Et 2 jours plus tard, « ma femme a achetté la vache de Claude Jojot, dit Goujard, et l’a payé 105 livres… »

Le 21 septembre, « vendu par ma femme à Toussaint Defert, Charon, un chêne de la pâture pour 40 livres »…

« Le 7 Avril 1811, ma femme a achetté un cochon »…

Relations avec les commerçants et artisans locaux.

Nous avons vu défiler les artisans qui viennent travailler dans la maison Lenferna, ainsi que les commerçants qui y livrent leurs marchandises. Voyons ceux qui sont installés, soit à Montillot, soit dans les villages proches, et chez qui J.A.G.L., ou ses proches, se rendent régulièrement…

Jean Porcheron, dit « L’Allemand », est huilier; mais comme tous les artisans et commerçants du village, il est aussi exploitant agricole. C’est le fils de Claude, qui était lui-même laboureur et huilier.

 C’est Mme de Lenferna qui va le plus souvent chez lui :

– le 19 Mars 1808, « on a fait chez J.P. une pilée d’huile pour 1 l. 4 s. qu’il devait, ce qui fait quitte… »

– le 13 février 1809,  » ma femme a étté à l’huilerie chez J.P. Elle a fait une pilée de noix, une pilée de chènevis et une pilée de navette. Donné à J.P. une feuillette de pommes  de terre pour 3 livres… »

Les échanges de produits et de services sont courants :« le 4 Avril 1810, donné à J.P. 52 bottes de foin dont il fera état… » « Le 1er Octobre, J.P. a mené 25 voitures de terre dans les Champs Gauthiers … »

Autre sorte de service : « le 12 Août 1811, j’ai écrit à Mr Sauvalle (Secrétaire général de la Préfecture) pour tacher de faire placer le fils de Jean Porcheron, dit Lallemand, dans le 46ème Régiment … » Il s’agit certainement de Pierre, âgé alors de 20 ans (l’âge d’incorporation était fixé à 20 ans par la Loi Jourdan, de 1798).

Jean Porcheron, né en 1759, marié avec Marie Marceau, des Bois de la Madeleine, est décédé en 1819. Leur fille Edmée a épousé Jacques Ventenay et sa soeur Jeanne, Lazare Gutin.

Les blatayers (Blatiers) sont les marchands de grains. Il y en a plusieurs à Montillot.

J.A.G.L. a le plus souvent affaire à Lazare Carillon, dit « Lahichon ». C’est à lui qu’il vend de l’avoine et de l’orge en novembre 1808. Il lui achète froment, orge, avoine, mouture en 1809; orge et froment ( « un bichet râcle »…) et  » 5 quartes combles de vesces » en janvier 1811. Mais on le voit lui acheter aussi du « cochon à 8 sols la livre », « de la graisse à 12 sols », une tête de veau, une « tête de cochon de 14 livres à 5 sols la livre » … »pour en faire un fromage… »!

Les blatayers, pour leur commerce, se déplacent beaucoup. On les utilise donc volontiers comme commissionnaires…

Ainsi Claude Berthoux, dit « Le Dode », va souvent à Auxerre. Il emporte le courrier et fait les courses de J.A.G.L. Une fois il lui emporte des pigeons qu’il vendra au chef-lieu !

Charles Carillon va souvent à Clamecy : il assure donc la liaison avec la famille d’Etais …

Laurent Degoix va à Vermenton, Vézelay et Avallon …

Le maréchal de Brosses, Joseph Robineau, assure de nombreux services : nettoyage d’un tourne-broche; réparation d’un « ratteau », d’une pioche, d’une « ratissoire, d’une « coignée », d’un marteau …; repassage d’une serpe ou d’une faux …

Le cordonnier Gaillon, de Vézelay, a accepté un contrat de J.A.G.L. « le 24 Mars 1808,…,j’ai fait marché avec Gaillon …pour me chausser à neuf pendant un an en souliers ordinaires veau retourné et veau ciré (l’année commence à l’époque de la livraison de la 1ère paire) moyenant quarante huit livres pour l’année dont 12 l. à Pasques prochain, 12 l. 6 mois après et 24 l. à la fin de l’année; il aura pour lui les vieux souliers réserve la mailleure paire à mon choix… » Il reçoit la première paire le 16 Avril. Il lui achète en août des souliers pour Mme de Lenferna ( 5 livres). Le nouveau marché, conclu en mars 1810 prévoit en plus une paire pour sa femme. En novembre, le cordonnier aura en acompte un bichet de froment…Mais le client n’est pas toujours satisfait : le 6 Juillet 1811, « reçu de Gaillon ,…, une paire de souliers pour ma femme, ils ne lui sont pas bons…

Le cordonnier de Montillot, Pierre Miguière, n’a été consulté qu’une seule fois, en février 1812, pour réparer des guêtres… Comme le boulanger Guttin, il devait être installé depuis peu ( né en 1786, marié à Reine Colas, de Farges, en novembre 1809)

Le sabotier Claude Guilloux dit « Dady », fait en avril 1810 deux paires de sabots, pour Françoise Jojot et « le Petit » (2 l. 4 s. soit 2 F.20 c.); en octobre, une pour Gabrielle Forgeot …En novembre, J.A.G.L. lui vend « 3 minots d’avoine à 6 l. 10 s. le minot… »

Activités civiques .

J.A.G.L. fait partie du Conseil Municipal; Claude Berson avait été nommé maire en juin 1800 par le Préfet de l’Yonne, en application de la « Constitution de l’An VIII » édictée par le Premier Consul Napoléon Bonaparte.

J.A.G.L. est responsable des comptes de la Commune; à ce titre, il est en relation avec M.Sauvalle, Secrétaire général de la Préfecture de l’Yonne.

On le voit s’occuper de la répartition par tirage au sort des coupes des bois communaux; « le 10 Décembre 1808 »,… on a tiré les cantons »…; « le 6 Décembre 1809, j’ai étté numéroter les cantons dans les bois de Montillot »…

Un événement montre combien les qualités comptables de J.A.G.L. étaient connues et appréciées : en 1811, il remplace temporairement le percepteur.

Rappelons que l’Administration des Contributions Directes fut créée par le Premier Consul dès novembre 1799; elle est représentée, en principe au niveau de chaque commune, par un percepteur.

Le 14 Aoust 1811,  » Mr Sausay, Contrôleur des Contributions de l’Arrondissement d’Avallon, m’a remis aujourd’huy ma commission de percepteur provisoire des Communes d’Asquins, Brosses, Blannay et Montillot en place de Thionville… »

On peut classer dans les « activités civiques » l’assistance médicale que J.A.G.L. apporte, – ou tente d’apporter -, à ses concitoyens -.

Le 2 janvier 1810, « j’ai fait le remède de la rage au Petit Pierre (Pierre Carillon) et à 2 femmes de Chevroche » (de quel remède s’agit-il?).

Le 1er Octobre 1810, même « remède de la rage » à une femme de Voutenay; à une autre, il fournit une « fiole d’Elixir de Longue-Vie » pour 15 sols…

On fait connaissance au passage avec les produits pharmaceutiques et les remèdes divers (les « médecines« ) de l’époque:

– le sirop de vinaigre

– le sirop et les pastilles d' »Ypecacuana »

– l’extrait de Saturne

– les grains d’émétique

– « l’herbe à la fouleure »…

On apprend comment J.A.G.L. faisait son Elixir de longue-vie; mais il reste à identifier certains des composants : – zédoaire; – safran du Levant; – gentiane; – rubarbe fine ; -Thériarque de Venise ; – agaric blanc ; aloès succotrin.

…et aussi comment il fabriquait son encre : – vin blanc ; – vitriol romain ; – alun de roche ; gomme arabique …!

Enfin, il lui arrive d’intervenir auprès d’autorités administratives – préfecture, Ministère de la Guerre…- pour faciliter l’incorporation dans les Armées des jeunes « appelés » de Montillot.

Contentieux.

Un certain nombre de différends en cours apparaissent sur le livre de comptes par les dépenses qu’ils entraînent (avoués, avocats, experts, …).

En janvier 1810, le Sieur Belin, libraire à Dijon, a obtenu devant le Tribunal un douzième de la succession de Villenaut; les autres héritiers doivent payer les dépens, – 502 francs -, dans les 15 jours…

Il y a aussi une affaire « Charlot de Montigny-le-Roy ».

A Montillot, un problème avec la Veuve Lazare Defert (Claudine Poulin), dont la raison n’est pas mentionnée ici ; le procès a été perdu en juin 1811.

Avec Laurent Porcheron, il s’agit d’une question de bornage, qui a conduit à un jugement de conciliation et à la désignation d’experts et d’un arpenteur…

Et puis quelques autres broutilles de mauvais voisinage, qui entraînaient fréquemment des procès au 19ème siècle, mais qui pouvaient aussi s’arranger à l’amiable.

Le 17 Juin 1808, « les 3 vaches à P.C. ont étté dans l »orge sous le Faye. Elles y ont fait un dégât estimé une quarte râcle ».

Le 28 mai 1809, « j’ai pris G.T. dans les taillis de Baudelaine; je lui ai fait donner 3 livres au garde-champêtre ».

Le 13 Juin 1809, « le garde-champêtre a pris 4 ânes et 3 vaches dans le haut de la Côte Caffard ou la Vather. Le bois est totalement broutté et 2 ceps de vigne mangés »…

Le 14 Août, « j’ai pris dans la pièce des Champs-Gauthiers (pois ronds et orje), le nommé C.G. avec 5 bêtes à corne… »

Relations avec quelques notables

A Montillot, il s’agit du notaire A.J.Defert, du percepteur J.B.Thionville, du garde-forestier F.Maupin.

A Brosses, du curé Marisy, – puis du curé Tabouillot -, qui dessert la paroisse de Montillot.

A Vézelay, le Dr Reuche, médecin; Mr Bernardin, « chirurgien »; l’huissier Fontenay.

On a vu que dans ce groupe, on se prête facilement de petites sommes d’argent.

On note peu d’invitations mutuelles; à part le curé de Brosses, qui couche au « Château » lorsqu’il vient dire la messe à Montillot.

On se prête des livres. Il s’agissait souvent d’auteurs « récents » – à cette époque -, tels que Mirabeau et Florian, et d’ouvrages sur la Révolution. Mais on trouve aussi les « Mille et Une Nuits » et les Fables de la Fontaine. Une fidèle lectrice de cette « bibliothèque circulante » était Madame Maupin, née Jacqueline Gabrielle Desautels, nièce du curé Desautels, prêtre de Montillot de 1764 à 1796.

On se passe aussi des « Chansonniers »; il doit s’agir d’écrits humoristiques…; mais que dire après tout ce temps, du « Chansonnier des Grâces 1806 » et des « Demoiselles 1809 »?

Mais J.A.G.L. se procurait aussi des livres sérieux, dont les éditions se sont sans cesse renouvelées depuis lors (!) : le « Code Pénal » (1 F. 25), le « Code rural et forestier » (4 F.), et l' »Almanach du Cultivateur » (33 c.)…

Noter que notre châtelain entretenait une correspondance avec le Maréchal Davoust ( Duc d’Auerstedt, prince d’Eckmühl…).

Les relations à l’intérieur du cercle familial.

Le couple Lenferna a été présenté en introduction.

Ajoutons leur fils, Pierre Joseph Alexandre, né le 23 Mai 1806. Ce fut d’abord « mon Petit », puis, lorsqu’il grandit, « Alexandre »

Maintenant, élargissons le cercle …

D’abord les parents de notre châtelain: son père était décédé en 1780. Sa mère, Elisabeth Sophie LE MUET de BELLOMBRE, habitait à Gurgy, dans la propriété des Lenferna, à l’époque du mariage de son fils, en 1805 . Le registre de comptes nous apprend que celui-ci a cédé en décembre 1807 les « biens acquis à Gurgy par succession de son père », au Sieur Duché Desarchies, propriétaire à Auxerre, rue de la Monoye. A partir de 1808, les lettres à sa mère sont adressées à Belleville-près-Paris, où habitait son frère Paulin. En juillet 1812, il va la chercher à Belleville pour la ramener à Montillot. Grâce au relevé de comptes, qui ne nous épargne rien, nous revivons cette expédition. 

Le 7 du mois, il va coucher à Vermenton, chez l’aubergiste Ouvré; le 9, avec le « carioleur » Spanelle (1F50c) à Auxerre, où il couche chez l’aubergiste-pâtissier Rousseau, rue Dampierre, au coin du Marché-Neuf. Le 11, après une course à Gurgy, il remet 72 Francs à la femme de Pierre Chopart, « tonelier », 6 rue des Bois, qui viendra à Paris, aider sa mère à ramener toutes ses affaires.

Le 12, il va par « carioles » d’Auxerre à Montereau (4F70c).

Le 13, il monte dans le coche d’eau pour Paris, et arrive le soir à Belleville. Il y est rejoint le 15 par « la Chopart ».

Il profite de son séjour à Paris pour faire de multiples achats.

Le 21, il règle le loyer de la chambre de sa mère (12F50c) au sieur Lefebvre, propriétaire rue de la Marre à Belleville .

Le 22, départ de Paris par le coche d’eau avec sa mère (2 places: 8F90c).

Le 23, retour à Auxerre par les « Cariolles ». Sa mère est déposée à Joigny, d’où un voiturier la ramènera à Auxerre.

Le 24 Juillet, il revient coucher à Vermenton, et le 25, à Montillot…

Le 28, coucher à Vermenton et le 29 à Auxerre .

Le 30, il revient avec sa mère à Vermenton pour la nuit. Le 31, arrivée de l’équipage à Montillot …

Elisabeth Sophie Le Muet mourra le 25 Avril 1823 chez son fils à 78 ans.

Ses beaux-parents

Son beau-père, Louis Nicolas Marie de Villenaut, qui fut le précédent gestionnaire du Domaine de Montillot, y est décédé en janvier 1800, à 66 ans. Et sa belle-mère, Elizabeth De la Borde, le mois qui a suivi le mariage, en septembre 1805, à 67 ans.

Ses oncles

1)- François Bernard De Lenferna De Marnay, – « Monsieur de Marnay » -, avec qui il correspondait, habitait à Auxerre, rue de la Tonnellerie. Sous l’Ancien Régime, il fut Chevalier, Seigneur en partie de Poilly, Marnay et autres lieux, par son mariage en Novembre 1779 avec Marie Elisabeth Dryas de Marnay. Il fut curateur et tuteur des 5 enfants mineurs de la veuve de Lenferna après la mort de son frère Jean Joseph Guillaume.

2)- Edme François de Lenferna, dit « le Chevalier », était Garde Général des Bois Nationaux de Vézelay, Châtel et Joux en 1797. Dans la période où J.A.G.L. rédigeait ce registre de comptes, son oncle était sous-inspecteur forestier à Vermenton. Ils se rendaient visite…Il se trouve qu’une fiche de police conservée aux Archives de la Mairie de Vézelay nous donne son signalement en 1797; il avait alors 48 ans : « Taille 5 pieds 6 pouces; cheveux gris mêlés; yeux châtains; nez aquilain; bouche ordinaire;  visage ovale; barbe grise; enfants mineurs; locataire à Vézelay depuis 1793 ».

3)- Une tante, – non identifiée dans le registre -, dont le décès à Vienne (Autriche) a eu lieu le 14 Mars 1810. D’après d’autres sources, il s’agirait d’Odette Constance de Lenfernat, née en 1740 et Visitandine.

Les oncle et tante de son épouse

La tante Françoise De La Borde « De Boistaché« , restée célibataire, vit à Montillot, pas très loin des De Lenferna, puisque le 21 Aoust 1808, le métayer Claude Savart, dit « Bailly », lui porte un tonneau d’un quart de vin rouge dans sa brouette … Le jour du contrat de mariage de sa soeur Elizabeth, le 28 Juillet 1770, elle lui avait fait donation de ses biens contre une rente à vie de 400 livres par an, rente maintenant partagée entre les 3 enfants De Villenaut . On remarque dans le registre les versements périodiques de J.A.G.L., ainsi que des livraisons de céréales, de vin et de tabac … Elle mourut à Montillot le 1er Avril 1826, à 84 ans.

Du côté des Villenaut, on découvre ici un oncle exilé, le Chevalier Nicolas Edme Mullot De Villenaut, dont l’extrait mortuaire arrive de Russie à Montillot le 31 Juillet 1810. Le « Nobilaire de Nivernois » nous raconte son histoire : né en 1736; il était lieutenant au Régiment de Nice à la bataille de Lansfeld, en Belgique, pendant la Guerre de Succession d’Autriche et capitaine en 1759. Destitué en mars 1769 après un duel, il passa en Russie, y combattit contre les Turcs, et fut ensuite en faveur à la Cour de Catherine II. Il y mourut le 13 Juillet 1801. Il avait épousé en 1764 Catherine Geneviève de La Ferté-Meung; leur vie commune fut courte …L’épouse séparée vivait à Etais.

Ses frères …   

J.A.G.L. rencontre et correspond, – tout est noté dans le registre – avec deux de ses frères :

(Jean-Baptiste) Paulin de Lenferna, qui habite Belleville près Paris

Alexandre Joseph de Lenferna, « Alex », noté sur le répertoire « propriétaire à Monéteau ». En 1807 et 1808, il le rencontre à chaque séjour à Gurgy; ils se prêtent des petites sommes d’argent …Puis plus rien jusqu’à août 1811, où , séjournant à Auxerre, il lui rend visite à « Fontaine-Madame » (?). En janvier 1812, on retrouve Alex à Belleville …

– il ne parle jamais de son 3ème frère Joseph Guillaume Prosper De Lenferna, que, par d’autres sources, nous savons établi à l’Ile Maurice…

Ses beaux-frères …

Pierre Mullot De Villenaut, dit ‘le Chevalier », est propriétaire du domaine du « Colombier » , sur la commune d’Etais La Sauvin, souche de la famille depuis plusieurs siècles. J.A.G.L. et son épouse passent plusieurs jours par mois au Colombier, souvent séparément …Le Chevalier, son épouse et leur fils viennent à Montillot périodiquement. Leur fils aîné, né en 1802, est en pension à Vézelay, chez Mr Suisse, à partir d’avril 1811, et les Lenferna jouent le rôle de « correspondants » du petit pensionnaire.

Edme Antoine Nicolas Marie Pellerin De Villenot, a épousé en 1798 Elisabeth Marie Magdelaine de Charry, fille du Seigneur de Lurcy, Boulon et autres (près de Prémery, au sud de Varzy, dans la NIèvre). Le répertoire du registre le donne comme habitant à Nevers, rue du Fort, Maison de Mr De Charry. Il avait aussi hérité de quelques propriétés à Montillot, dont J.A.G.L. s’occupe de vendre les récoltes. Lui aussi vient en visite à Montillot avec sa famille; (leur fils aîné, Adolphe Nicolas, est né à Montillot le 26 Avril 1799); ce sont les « Villenot de Boulon »…

Des parents plus éloignés …

Charlotte Marie De Burdelot tient une place privilégiée dans les relations des Lenferna de Montillot.

Elle était fille du 3ème mariage de Gabriel De Burdelot, descendant des seigneurs de Fontenille-Les Forests du 16ème siècle, Capitaine au régiment du Rouergue et chevalier de l’Ordre de Saint-Louis. Mais dans la famille De La Borde, ce fut surtout l’ « oncle De Malfontaine », qui, de Vézelay, avança si souvent les sommes nécessaires pour éponger les dettes que ses petites nièces orphelines Edmée-Elizabeth, Louise-Jeanne et Françoise avaient héritées de leurs parents , …avant que les deux aînées ne se marient…

Charlotte-Marie, née à Vézelay en 1751, y épousa le 10 Novembre 1770 le Chevalier Augustin-Bernard De La Barre, officier, qui devint Lieutenant-Colonel d’Artillerie au Régiment de Metz en 1791 et mourut  en 1796.

Pour notre J.A.G.L., Charlotte-Marie de Burdelot, « Madame De La Barre », était donc la cousine-germaine de Marie Jeanne de Savelly, grand-mère de son épouse (c.f. l’arbre généalogique) …c’est-à-dire une cousine au 4ème degré.

Néanmoins leurs relations étaient très étroites, – le répertoire nous indique qu’elle est citée 69 fois dans le registre de comptes -; Madame De La Barre, qui était domiciliée à Auxerre, N°2, Cul de sac de la Maison Fort., avait sa chambre à Montillot, où elle faisait de longs séjours à la bonne saison…

L’un de ses fils, Hyppolyte, habitait à Auxerre, rue Françoise; l’autre, Charles Augustin Abel, à Vézelay, dont il fut maire de 1813 à 1829.

A chacun de ses voyages, elle passait donc par Vézelay. Sa cuisinière, Anne Roubeau, était de Montillot. Sa domestique Melle Bernard s’occupait souvent de réunir les objets divers achetés par J.A.G.L. à Auxerre, et de les lui envoyer à Montillot par un commissionnaire. Elle-même, Madame De La Barre obtenait pour son cousin de Montillot auprès de ses relations auxerroises les prêts de « dépannage » dont il avait besoin de temps en temps …

Nous avons aussi son signalement en 1796 : « 5 pieds; cheveux bruns; yeux gris; nez bien marqué de petite vérole; front haut et grand; bouche bien faite; menton rond; visage ovale. »

Elle est décédée en septembre 1811 à Auxerre, à 60 ans.

Enfin, des parents ou amis encore plus éloignés, tels que

Madame de Bellombre, avec qui il correspond

– Les Demoiselles de La Couldre, à Andryes, chez lesquelles il lui arrivait de s’arrêter lorsqu’il allait à Etais.

Monsieur de Guerchy, qui , habitant Saint-Sauveur, est venu à Montillot en octobre 1809. Il s’agit probablement de Pierre Jules Joseph De Vataire de Guerchy, descendant d’une ancienne famille de Montillot-Brosses : César de Vataire était au 16ème siècle seigneur de Champcornille et Boistaché ( bien petits fiefs en vérité…!)

Notons que Charlotte Marie fut la dernière à porter le patronyme De Burdelot dans le Vézelien, et Françoise de Boistaché, la dernière à s’appeler De La Borde…

A suivre …

Voici terminé notre examen du livre de comptes de Joseph Anne Georges de Lenferna, de 1806 à 1812…

Dans le titre, nous avions classé notre Châtelain de Montillot « gentilhomme-campagnard », ce qui supposerait un certain état de noblesse. Or, il ne reste rien des privilèges d’antan : J.A.G.L. doit payer ses impôts dans les mêmes délais que son voisin artisan ou commerçant, sinon il reçoit un avertissement payant de la part de son percepteur – et pourtant ami ! – Thionville…

Il s’agit d’un « bourgeois« , exploitant agricole à Montillot, qui a, au quotidien, les mêmes difficultés et la même vie que ses voisins.

Seule différence : des ressources d’origine familiale lui permettent un niveau de vie légèrement supérieur, et l’emploi d’un nombreux personnel de service.

Cela étant, ces 550 pages d’écriture serrée nous ont fait connaître de nombreux aspects de la vie à Montillot en ce début du 19ème siècle.

Sur le niveau affectif ou amical des relations entre personnes, nous ignorons tout; un livre de comptes est peu éloquent dans ce domaine…!

Quelques indications sur la suite de l’histoire de cette famille à Montillot

Après la fin du 1er Empire, au début de la Restauration de la Royauté, les membres de l’ancienne noblesse prennent les postes supérieurs de l’Administration mise en place par Napoléon.

Le nouveau préfet de l’Yonne nomme J.A.G.L. maire de Montillot, en remplacement de Claude Berson, les autres conseillers restant en place. Notre châtelain, toujours méticuleux, a tenu un journal de ses activités de magistrat municipal.

J.A.G.L. est amené à démissionner en novembre 1819 à la suite d’une « campagne d’opposition » liée à l’acquisition du nouveau presbytère/école. C’est le notaire Antoine Jacques Defert qui lui succède, et conservera ce poste jusqu’en 1835.

J.A.G.L. décède à Montillot le 30 décembre 1831, à 60 ans. Au cours des années 1825 à 1830, il a dressé un répertoire alphabétique des naissances et des décès dans la commune, de 1700 à 1829, document déposé aux Archives départementales, fort utile pour les recherches généalogiques…

Son épouse Françoise Mulot de Villenaut est décédée le 4 Juin 1858 à Montillot, à 87 ans.

Leur fils Pierre Joseph Alexandre a bien pris le relais de son père…

Marié le 28 Mai 1838 avec Henriette Malberg, 28 ans, née à la Haye, ils eurent 3 enfants : une fille décédée à 14 ans; une 2ème fille, née en 1842, Marthe Alexandrine Françoise Henriette, qui épouse en 1877 Charles Heulard de Montigny => couple sans postérité; un fils, Eugène , qui fut trappiste en Angleterre.

Il nous a laissé lui aussi un registre relatant la gestion de la propriété de Montillot de 1848 à 1870…

Se faisant appeler  « marquis de l’Enferna », il eut une carrière administrative : commissaire de Police cantonal à Aillant, Saint-Florentin, puis Vézelay en 1855. Là, il fut révoqué en 1856 (raison inconnue).

Parallèlement, il brigua aussi la « magistrature » de Montillot et l’a détenue à 3 reprises :

– élu au suffrage censitaire, il succède à A.J.Defert de 1835 à 1848

– la 2ème République a institué le suffrage universel; c’est alors un autre Defert qui est élu

– la Constitution de 1848 ayant été abolie le 2 décembre 1851 par Louis-Napoléon-Bonaparte, Pierre Joseph Alexandre redevient maire sous le Second Empire, mais seulement jusqu’en mars 1853…

– puis à nouveau d’août 1860 jusqu’au désastre de Sedan et à la proclamation de la 3ème République, en septembre 1870.

 Il est décédé à Montillot le 14 Octobre 1897, à 91 ans.

Sa fille Marthe, épouse De Montigny, hérite de la propriété de Montillot. Elle la vend le 9 Août 1909 à l’abbé Defert, alors curé du village, en conservant l’usufruit. Mais l’abbé étant décédé en juin 1921, ses parents, en accord avec Madame de Montigny, cèdent le « Château » à Mr Leharle, industriel parisien, le 11 Janvier 1922.

La branche des Lenferna de Montillot s’éteint avec Marthe, décédée le 24 Septembre 1930, à Auxerre, chez les soeurs de la rue Française.

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La révolution à Montillot

A. Buet, 2001

1- rappel historique

     Nous avons déjà saisi la difficulté de reconstituer l’histoire d’un village qui n’a pas de place visible dans l’Histoire, – avec un grand H -…

Lorsqu’un fait remarquable de l’extérieur est survenu en un lieu dans le passé, des historiens se sont déjà penchés sur tous les documents permettant de le décrire, de l’expliquer et d’en analyser les conséquences. Et il  suffit alors de nous reporter à leur travail et de comparer leurs interprétations.

  C’est le cas de Vézelay et Avallon, bien sûr, mais aussi des villages des vallées proches, Asquins, Saint Père, Châtel-Censoir…

Rien de tel à Montillot : pas d’événements majeurs, pas de découvertes archéologiques,  pas de châtelains prestigieux !

Nous devons donc « aller à la pêche » aux faits divers dans les archives diverses, privées et publiques, civiles et militaires, laïques et ecclésiastiques…

L’une des pistes consiste à « sonder » ces documents dans les périodes marquantes de l’Histoire de France, à la recherche des lignes de rubriques où apparaisse Monteliot,…Montilliot, …ou Montillot, et d’en tirer ce qui peut nous faire connaître  nos ancêtres, leur mode de vie, leurs relations avec les divers pouvoirs, et deviner leurs soucis, et quelquefois peut-être, … leurs joies.

La Révolution française est considérée comme un événement majeur dans l’histoire du Monde. Remettant en cause fondamentalement les pouvoirs constitués, elle n’est certainement pas passée inaperçue à Montillot.

Examinons l’un des chapitres, celui des relations du « peuple » et de l’Eglise …

Rappelons  les principaux événements de ce début  de révolution :

–         Août 1788 : le Roi Louis XVI convoque les Etats-Généraux, assemblée des représentants du peuple afin d’en obtenir les ressources financières que ses ministres successifs n’avaient pas pu trouver.

–         5 mai 1789 : dans la salle des Menus-Plaisirs du château de Versailles, s’ouvre la 1ère réunion  avec 1139 députés, dont 270 pour la noblesse, 291 (dont 208 curés) pour le clergé, et 578 pour le Tiers-Etat (par définition, tout homme qui n’est ni prêtre ni noble, fait partie du « tiers état »).

–         Le lendemain, un différend