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Montillot et ses environs de l’an 1000 à l’an 1500

A. Buet, mai 2016

1169 : Entrée de Montillot dans l’Histoire

An 1000…Où en sommes-nous dans notre « Vézélien » ?

On a vu que, au tout début du 11ème siècle, une guerre se déroulait dans notre région : le  roi de France Robert II cherchait en novembre 1003 à reprendre le Duché de Bourgogne, dont l’héritage lui avait échappé au profit d’Otte-Guillaume. Avec son allié Richard de Normandie, ils échouent devant Auxerre ; pour se venger, ils ravagent la Bourgogne jusqu’à la Saône, détruisant au passage la place forte d’Avallon et massacrant ses habitants. Finalement, Otte-Guillaume se soumet, et renonce au Duché, qui revient à la France en 1004.

On ne sait si Vézelay et les villages voisins, situés en bordure du Comté d’Avallon, ont été directement affectés par ces batailles… C’est très probable : l’historien Alfred TURGOT écrit au sujet du « Siège d’Avallon » :… « Richard de Normandie occupait la campagne aux environs. Ses soldats, – ou plutôt ses bandes -, mettaient tout au pillage. » Rappelons aussi que le monastère de Vézelay, – fondé initialement au bord de la Cure par donation-testament rédigée en 858 par Girart de Roussillon et son épouse Berthe -, avait été mis sous la protection directe du Saint-Siège, acceptée par une bulle du pape Nicolas Ier de mai 863. Suite à sa destruction par les Normands en 887, l’Abbé Eudes a réimplanté le monastère en haut de la colline proche… Mais le statut privilégié de ce monastère – riche au départ des donations de Girart, et par la suite de celles de riches fidèles -, était mal supporté par les puissances temporelles et spirituelles voisines, le comte de Nevers et l’évêque d’Autun , dont les luttes d’influence ont secoué cette abbaye pendant plusieurs siècles. Ainsi, l’abbé Aimon, élu en 1011, a été chassé en 1027 par le comte de Nevers, remplacé par un moine de l’abbaye de Cluny, puis rétabli suite à l’intervention de l’évêque d’Autun.

Cette richesse très jalousée ne cesse de s’accroître : l’abbé Geoffroy, élu en 1037, a – cf B. Pujo – « l’heureuse inspiration de promouvoir à Vézelay, – en plus de celui de la Vierge Marie -, le culte de Ste Marie-Madeleine, la pécheresse amie de Jésus », avec l’accord du pape Léon X par une bulle du 27 avril 1050. Une autre bulle, d’Etienne X, en mars 1058, attestera même que le corps de Marie-Madeleine était bien dans l’église abbatiale de Vézelay…

Le but poursuivi fut atteint : les pèlerins affluent de toute l’Europe. Des marchands s’installent – cabaretiers, merciers, changeurs…-. Certains, venant de Pologne, Hongrie ou Allemagne se rassemblent à Vézelay pour prendre le chemin de St Jacques de Compostelle. L’église abbatiale ne suffit plus pour accueillir tout ce monde…

L’abbé Arthaud, élu en 1096, lance la construction d’une grande basilique romane ; les travaux ont duré plus d’un siècle, sous les gouvernements des huit abbés suivants, lesquels ont dans le même temps, dû affronter de grandes difficultés de gestion. Toutes les archives relatives à cette construction ayant été détruites, seule la tradition orale nous renseigne sur l’origine des pierres utilisées pour cette construction. B. PUJO nous la rapporte : « la pierre blanche était un calcaire extrait sans doute à Montillot, tandis que la pierre brune, un autre calcaire coloré de l’oxyde de fer, était trouvé à Tharoiseau »….et le matériau destiné aux sculptures venait de Coutarnoux. Un chercheur du Centre d’Etudes Médiévales d’Auxerre, ayant visité il y a quelques années les vestiges de la carrière de notre Crot-Blanc, a confirmé qu’on y trouvait une pierre tout à fait comparable à celle utilisée pour les sculptures du portail de la nef.

Une première partie de la nouvelle église, – chœur et transept -, fut consacrée en 1104 .

narthex et nef de la basilique de Vézelay.

Mais en 1106, les habitants de Vézelay, surchargés d’impôts, se révoltent, et l’abbé Arthaud est tué dans une échauffourée. C’est Albéric, moine clunisien, abbé de Vézelay de 1131 à 1138, qui fit terminer la nef romane.

Son successeur de 1138 à 1161, Ponce de Montboissier, fit réaliser de 1140 à 1150, une avant-nef, ou narthex, très vaste, en fait « une véritable église où les pèlerins pouvaient se reposer ».

Plus tard, c’est Girard d’Arcy, abbé de 1171 à 1198, qui aurait décidé de remplacer le chœur roman par un chœur et un transept de style gothique, technique nouvelle où « l’ogive remplace le plein cintre roman » (l’arc brisé au lieu du demi-cercle).Chœur et transept gothiques ne seront terminés qu’en 1215…

Extension du patrimoine de l’abbaye

Des bulles papales, confirmant les privilèges de l’abbaye accordés en 863, recensent périodiquement son patrimoine. Un groupe de paroisses entourant Vézelay, s’est trouvé petit à petit soumis de fait à l’autorité civile, administrative et judiciaire des abbés.                                                                   

On appelait « poté », – du latin « potestas » = « pouvoir », le territoire ainsi contrôlé par ce pouvoir seigneurial. Des bornes de pierre en marquaient en principe les limites.

1-     Bulle du pape Pascal II, le 21 novembre 1102

Dans le diocèse d’Autun, ce texte énumère, comme possessions du monastère de Vézelay : les paroisses de Saint-Père, de Vergigny ( village maintenant disparu, situé au lieu-dit actuel « Champ des Eglises », près du Gué-Pavé, sur la rive gauche de la Cure), de Saint-Pierre et Saint Symphorien de Dornecy, de St Sulpice d’Asnières, de St Germain de Fontenay sous Vézelay, de St Pierre de Blannay, de St Georges de l’Isle sur Serein, de St Léger de Fourcheret (futur St Léger- Vauban),…

2-     Bulle du pape Alexandre III, le 16 février 1169

Ce document fait état de très nombreuses acquisitions nouvelles de l’Abbaye, situées dans les diocèses d’Autun, Auxerre, Nevers, Langres, Mâcon,  Clermont, Saintes, et même en Italie (Parme et Imola…).

A proximité de Vézelay, – diocèse d’Autun -, sont cités à la suite : le domaine de Précy-le-Sec (« Pressiacus »), avec église et biens, l’église de Givry (« Gribiacus »), le domaine de Voutenay (« Vulturnacus ») et la moitié de ses biens, celui de Blannay (« Blanniacus ») avec église et biens, l’église de Bessy (« Brescia ») avec domaines, granges et revenus, l’église d’Asnières (« Asinarüs ») avec la moitié du domaine…

C’est dans cette liste que l’on trouve pour la première fois « …ecclesiam de Montirueth », que, vu la proximité des autres villages, l’on croit désigner notre actuel « Montillot ».

Le texte de cette bulle ayant été restitué vers 1863 pour le bulletin de la Société des Sciences de l’Yonne (B.S.S.Y.) par Aimé CHEREST, avocat auxerrois, d’après des transcriptions partielles du 15ème siècle, des erreurs de copistes ont pu intervenir…Notre compatriote G. Ducros lirait plutôt « Montirucht » et rattacherait ainsi  ce nom au vieux français « rucht », qui désignait une carrière de pierre…

On a tracé ci-dessous sur une carte ancienne, les contours  approximatifs de la « poté », à cheval sur les comtés de Nevers et d’Auxerre, et limitrophe du duché de Bourgogne.

3- Autres bulles papales

Les bulles de Lucius III du 19 décembre 1182 et de Innocent IV de janvier 1245 confirment les privilèges de l’Abbaye de Vézelay. Elles ne reprennent pas l’inventaire des paroisses, mais insistent sur le principe selon lequel l’abbaye était « exempte de toute juridiction épiscopale », ce qui entraînait l’interdiction  pour l’évêque d’Autun d’officier personnellement dans les églises de la poté, Lucius III en cite explicitement deux, celles de nos villages actuels d’Asquins et Saint-Père, et Innocent IV en cite cinq, celles de Asquins, Saint-Père, Châtel-Censoir, l’Isle-sur-Serein et Montillot… « in ecclesiis Asconii et St Petri,….et in ecclesiis Casti, Insulae et Monterione… », ce dernier nom supposé « romanisé » par un copiste d’origine italienne ( ?) (cf G.Ducros).

Concession de franchises aux habitants de Vézelay. « Charte » de 1137

 L’affluence des étrangers, ainsi que les foires, donnaient, nous dit l’historien Augustin Thierry, «  à un bourg de quelques milliers d’âmes, une importance presqu’égale à celle des grandes villes du temps »…

Mais quelle était la situation sociale des paysans et ouvriers de l’époque ?

 L’abbé Pissier, dans ses « Recherches historiques sur Asquins », – publiées par la S.E.A en 1908 – nous rappelle que « les conquérants romains avaient totalement supprimé les petits propriétaires fonciers de la Gaule, et à tous les vaincus ils avaient imposé des conditions absolues ». Même situation après l’invasion des Burgondes et des Francs : «  le peuple, au milieu de ces bouleversements, était resté esclave, c’est-à-dire n’ayant ni famille, ni maison, ni terre, ni patrie »…Avec l’avènement du christianisme, «  l’Eglise prit à cœur la défense des opprimés », et petit à petit « à l’esclavage succéda le servage ».

Ce qui représentait un grand progrès, car les serfs avaient alors « une famille dont les membres étaient unis par des liens sacrés, une maison plus ou moins commode, des terres à cultiver pour le compte du seigneur, mais sur lesquelles ils vivaient, et qui étaient leur petite patrie : il ne leur manquait que la liberté de disposer de cette terre et de cette maison ».

 Donc en ce début du 12ème siècle, la situation des habitants des principales localités de la « poté » fut ainsi décrite par David Boudin, dans ses « Pages d’histoire du Moyen Age » : « Quoique serfs de l’abbaye de Sainte-Madeleine, les habitants de Vézelay et de Dornecy, à mesure qu’ils s’enrichirent par l’industrie et le commerce, avaient vu s’améliorer graduellement leur condition civile ; ils étaient devenus, à la fin, propriétaires d’immeubles qu’ils pouvaient vendre, donner ou léguer, il est vrai sous diverses conditions, et pour eux le servage  se trouvait réduit à des redevances plus ou moins arbitraires, à des taxes gênantes pour l’industrie, et à l’obligation de porter leur pain, leur blé et leur vendange, aux fours, moulins et pressoirs publics, tous tenus ou affermés par l’abbaye à laquelle ils appartenaient »… 

Il n’est donc pas surprenant que les révoltes des « bourgeois de Vézelay » furent de plus en plus fréquentes. C’est dans le but d’apaiser les relations entre l’abbaye et les habitants, que l’abbé Alberic – déjà cité -, organisa en 1137 une rencontre où les « bourgeois » purent exposer leurs griefs, en présence d’arbitres, tels que l’évêque d’Auxerre et les abbés de Pontigny, Rigny, Tréfontaine et Clairvaux. En conclusion de leurs échanges, Alberic a rédigé une charte, résumant leurs points d’accord . Cette énumération évoque avec réalisme la nature et le style des relations quotidiennes entre l’abbé et les habitants de la poté:

  • droit de gîte : les bourgeois devront loger tous les hôtes de l’abbé les jours de fêtes, une année sur 2…et non pas un année sur 4 comme ils le souhaitaient et comme leur aurait concédé un précédent abbé.
  • cens des vignes, ou « herbage » : il sera payé en vin de bonne qualité, ou en argent au cours le plus élevé, pour la St Martin d’hiver, alors que les bourgeois cherchaient à se dérober à cette obligation.
  • il ne sera permis à personne, ni au doyen, ni à personne autre, de cueillir les raisins des bourgeois sans leur consentement… alors que le doyen envoyait ses serviteurs dans les vignes à leur insu .
  • le « maréchal de l’abbé » ( chargé du soin de ses chevaux) recevra, de chaque habitant de la poté de Vézelay, propriétaire d’un pré, une « trousse d’herbe » ( …une « botte »…), – mais pas de foin -, pour la nourriture des bêtes…alors que les bourgeois contestaient à l’abbé le « droit personnel » de prélever de l’herbe – fauchée ou non – surtout quand il n’était pas à Vézelay.
  • il ne sera levé aucune taxe sur les jeunes filles qui se marieront, à condition que l’abbé ou ses officiers (doyen ou prévôt) soient informés du mariage, afin d’éviter « qu’elles ne vinssent par fraude à tomber en puissance de mari appartenant à une autre poté ou seigneurie, …cause assez fréquente de scandale » …alors que, précédemment, «  les filles en se mariant étaient obligées de payer une taxe au Doyen et au Prévôt ».
  • «  à l’égard de la pêche dans les eaux de la rivière (la Cure), il fut dit qu’à l’exception des gourdsles Bourgeois et les Villains  (les paysans) pourraient y pêcher, avec toutes sortes d’engins, les filets exceptés ;  que s’ils prenaient un saumon, ils le porteraient aux officiers de l’abbé,  et quant aux autres poissons, qu’ils seraient tenus de les présenter d’abord au Celerier (responsable du cellier, donc de l’approvisionnement de l’abbaye) et de les lui vendre au prix qu’ils auraient offert de les vendre à d’autres… », alors que le droit de pêcher librement leur avait été contesté par l’Abbé.
  • Sur le paiement des dîmes sur le vin, le blé, les brebis, agneaux, veaux et porcs, il a été convenu qu’on s’en tiendrait à « la pratique universelle de l’église et des paroisses des environs »,alors que l’abbé se plaignait que les bourgeois refusaient souvent de payer, et que ceux-ci reprochaient à l’abbé de vouloir prélever « un agneau sur quatre »…

Les discussions se sont poursuivies un autre jour, en présence de quelques nouveaux arbitres : le Comte de Nevers, les vicomtes de Clamecy et de Pierre-Perthuis, Guillaume de Chastellux, Robert de Chamoux, Gaufroy d’Asnières…

  • Point important : la « main-morte », c’est-à-dire l’incapacité dont étaient frappés les serfs au Moyen âge de transmettre librement leurs biens à leur décès. Il a été décidé que les hommes libres qui mourraient sans enfant légitime, pourraient disposer de leurs biens « en faveur de leurs plus proches parents légitimes et de condition libre, pourvu que ceux-ci se fixent à Vézelay et qu’ils adoptent la coutume de la ville », alors qu’auparavant, il leur était interdit de «  tester en faveur de leurs frères ou sœurs, ou de tels autres de leurs parents », et en conséquence, leurs biens revenaient à l’Eglise.
  • Il a été aussi décidé que la sépulture religieuse serait donnée aux morts sans aucune rétribution…contrairement aux habitudes des précédents abbés…
  • Enfin, il fut confirmé que l’abbé pourrait continuer à faire lever la taille  (impôt dépendant des revenus de chaque contribuable) sur les bourgeois et les paysans par ses officiers, sans prendre l’avis des bourgeois, …alors que ceux-ci demandaient que le Doyen et le Prévôt s’adjoignent quatre bourgeois élus afin d’apporter plus de justice dans l’évaluation des impositions.

Toutes ces dispositions devaient être appliquées, «  non seulement à Vézelay, mais dans toutes les paroisses soumises à la domination de l’abbaye, comme à Dornecy, Saint-Père, Asquins et autres »… dont Montillot. De plus, elles eurent suffisamment de retentissement pour servir un peu plus tard de  modèle à des seigneuries voisines. Ainsi, le duc de Bourgogne Eudes III établit en 1200, au profit des serfs d’Avallon, une charte d’affranchissement, « telle que celle des habitants de Vézelay ». De même en 1222 à Mont-Saint-Jean et à Montréal…

Alors, ces heureuses décisions furent-elles suivies d’effet dans la poté ? Hélas non, si l’on en croit les « Pages d’histoire du Moyen Age » :

«Les évènements qui suivirent prouvent qu’il n’en fut pas ainsi.  Les démêlés entre l’abbé de Vézelay et les bourgeois renaissent toujours. L’acte appelé Transaction ne fut pas respecté ; on le considéra, peu de temps après sa rédaction, comme entaché de nullité et non avenu ».

Il arrivait aussi que les différends des abbés avec le comte de Nevers encouragent les bourgeois dans leurs revendications. Par exemple, lorsque le Comte refusait que ses vassaux payent une redevance à l’abbaye lorsqu’ils exposaient leurs marchandises pour les vendre dans les rues de Vézelay. Et lorsque l’abbé Ponce de Montboissier,- qui avait succédé à Alberic en 1138 -, s’opposa à l’exigence supplémentaire du comte Guillaume III d’intervenir dans les affaires judiciaires de la poté, le conflit s’envenima et le comte fit bloquer  les routes d’accès à Vézelay (cf B.PUJO) . L’abbé fit une fois de plus appel à la protection du pape, et Eugène III organisa à Bessy-sur-Cure la réunion d’un tribunal d’arbitrage présidé par l’abbé de Clairvaux. Un accord temporaire fut conclu quelques jours avant Pâques 1146…

Quant à la levée de la main-morte, il suffit de signaler qu’il fallut attendre 300 ans, pour qu’en 1442 l’abbé Aubert établisse un nouvel acte dans ce sens en faveur des « manants de Cray et de Chamoux » .

De l’Apogée au Déclin

L’apogée de Vézelay.

Le succès des pèlerinages n’est pas perturbé par ces difficultés de « gestion interne » de la poté… Non seulement des foules gravissent la colline, mais des évènements importants y ont lieu, et on a pu dire que Vézelay entra vraiment dans l’Histoire de France le jour de Pâques 1146.

Ce jour là, l’abbé Bernard de Clairvaux, du haut de la colline, face à Asquins, prêche la 2ème Croisade, appelant le peuple chrétien à la défense des lieux saints ; et, à côté de lui, partant pour la même aventure, le Roi de France Louis VII et la reine Aliénor d’Aquitaine.

A la Pentecôte 1166, l’Archevêque de Cantorbery Thomas Becket, au titre de légat du pape,célèbre une messe solennelle à la Madeleine. En 1190, le roi Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion (pour mémoire…fils de Henri II d’Angleterre et d’Aliénor) se donnent rendez-vous à Vézelay pour un départ vers Jérusalem (3ème Croisade).

Nous n’avons pas d’éléments d’information nous permettant de connaître les répercussions de cet afflux de pélerins sur la vie des villages moins proches de Vézelay que Saint-Père ou Asquins. Mais il est très probable que des files de piétons se sont croisées sur les chemins de la région convergeant vers la basilique, telles que celui venant de Mailly-la-Ville qui, se dirigeant vers Asquins, longeait Montillot près du bois du Fège. Un certain nombre de paysans venaient certainement, – comme ceux qui ont été cités venant de Dornecy -, vendre les produits de leurs terres, jardins, clapiers et poulaillers, dans les rues de Vézelay…

Dans la suite  du récit, nous relèverons systématiquement tous les problèmes rencontrés dans des villages proches de Montillot, qu’ils appartiennent ou non à la poté. 

13ème siècle. Déclin de l’abbaye.

Après l’abbé Ponce, et ses successeurs Guillaume de Mello puis Girart d’Arcy, les moines élirent en 1198 à l’unanimité un dénommé Hugues, qu’ils connaissaient bien puisqu’il avait été élevé à l’abbaye depuis l’âge de 8 ans…Mais, nous dit B.Pujo, « il dévoila sa vraie personnalité…en moins de dix ans, Hugues réussit à dilapider en partie le trésor de l’abbaye ». De plus, il vendait des charges écclésiatiques et avait une vie dissolue. Si bien que le pape Innocent III, alerté, le destitua en 1207…

Son successeur Gauthier dut gérer de nouvelles agressions du comte de Nevers, – blocus des routes, saisie de bestiaux, empêchement de l’accès à la Cure et des vendanges… -, et eut recours  à l’arbitrage d’Innocent III en 1213.

La situation de l’abbaye continuait à se dégrader ; une lettre du pape Clément IV à son légat en France , y dénonça endettement et corruption. Les raisons ?… En plus des problèmes de gestion interne, il y avait un fait plus grave : l’abandon progressif de Vézelay comme lieu de pèlerinage. En effet, depuis la fin du 12ème siècle, une rumeur se répandait selon laquelle les véritables reliques de Marie-Madeleine étaient en Provence, dans une grotte près de Saint-Maximin. Même le roi Louis IX (St Louis) se rendit à la Ste Baume en 1254… C’est l’abbé Jean d’Auxerre, élu en 1252, qui réagit le plus efficacement :  en octobre 1265 , il fit sortir de la crypte par des terrassiers, les ossements et un parchemin, en présence de deux légats du pape – dont l’évêque d’Auxerre – qui les examinèrent. Une seconde cérémonie, le 24 avril 1267, présidée par le roi Louis IX lui-même eut pour objet la translation solennelle des reliques. Mais les moines de St Maximin ont organisé en 1279 des manifestations tout à fait semblables à celles de Vézelay. Ils eurent plus de chance, puisqu’en 1295, le pape Boniface VIII confirma l’exclusivité des reliques provençales !

Parmi les pélerins, on ne trouvera plus que quelques anciens fidèles à la Colline et ceux qui passeront en allant en Compostelle…Néanmoins « le monastère était toujours propriétaire d’un important domaine foncier et de nombreuses églises ou prieurés sur lesquels il percevait des dîmes écclésiastiques » (cf B.Pujo). 

Fin du 13ème siècle. Changement de statut de l’abbaye.

En 1280, Philippe III le Hardi, fils de St Louis, estimant que Vézelay peut être une position défensive importante aux limites du domaine royal, prend par ordonnance le contrôle de l’abbaye et de son fief, sans que le pape Martin IV ne s’y oppose. En 1312, Vézelay est rattaché au bailliage de Sens. L’abbé conserve l’exercice de la justice sur toute la poté, mais dans le cadre des ordonnances royales.

La poté est devenue une possession de la couronne.

L’abbatiat d’Hugues d’Auxois, de 1290 à 1316 marqua une époque tranquille pour Vézelay, laquelle se prolongea pendant la première moitié du 14ème siècle.

14ème siècle. La guerre de Cent ans (1337-1453).

C’est une querelle dynastique qui fut à l’origine de la guerre dite « de Cent Ans » : après le décès du dernier fils de Philippe le Bel, la couronne revint à son neveu Philippe VI de Valois ; mais le roi d’Angleterre  Edouard III, petit-fils du même Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France, s’estimait plus proche du trône de France…S’y ajoute un conflit permanent sur la Guyenne, devenue – depuis le remariage d’Aliénor – propriété du roi d’Angleterre, qui est donc vassal du roi de France pour ce Duché.

Après avoir débarqué dans le Cotentin, les Anglais dévastent les environs de Caen, puis écrasent les troupes françaises à Crécy ( dans la Somme actuelle) en août 1346 et établissent une base à Calais.
Des trêves sont alors signées, car les deux royaumes sont ravagés par la peste noire ; ce fléau aurait tué un habitant sur 3 en Europe en 3 ou 4 ans. B.Pujo nous rapporte que Givry aurait perdu la moitié de ses habitants en 1348, et E.Petit, historien de l’Avallonnais, cite un dicton de l’époque : « an l’an mil trois cent quarante neuf – de cent ne demeurait que neuf »

En novembre 1356, à Poitiers, les archers Anglais, venus par la Guyenne, battent à nouveau la cavalerie française; le roi de France Jean II le Bon, fils de Philippe VI, est fait prisonnier, ainsi que les nobles bourguignons qui l’entouraient, dont Jean de Noyers et l’abbé de Vézelay Hugues de Maison-Comte. Le seigneur de Pierre-Perthuis, Geoffroy de Charny, est tué aux côtés du roi.

Les « gens du peuple » – bien que leurs noms ne soient pas cités -, prenaient leur part dans ces combats : c’est  Pierre de Bierry, l’écuyer du sire de Noyers, qui, en 1355, avait été «  chargé par lui de réunir les gens d’armes du Tonnerrois et d’une partie de l’Avallonnais (cf E.Petit).

Ils participeront aussi au règlement de l’énorme rançon du roi : 5 millions d’écus d’or …dont 400 deniers d’or pour la poté…( c’était une clause du  traité de Brétigny qui cèda en 1360 tout le Sud-Ouest du royaume au roi d’Angleterre).

La trêve de 2 ans signée en 1357, libère des bandes de mercenaires, aventuriers recrutés par les rois en temps de guerre. Avec des bandes anglaises, ces brigands constituent les « Grandes Compagnies » et se répandent d’abord dans les pays situés entre Seine et Loire, pillant villes et campagnes.

De 1358 à 1360, ils dévastent la Bourgogne, en particulier  l’Auxerrois et le Nivernais. Après la trêve, c’est une armée anglaise, commandée par Edouard III, qui, venue par Calais, prend Tonnerre, épargne Noyers et ravage Montréal, prend Flavigny et pille l’Avallonnais. « Les terres restèrent plusieurs années incultes » et « bon nombre d’habitants émigrèrent ». En « mars 1359, la ville d’Auxerre fut attaquée, prise et pillée », ses remparts détruits. Les habitants de Vermenton furent rançonnés plusieurs fois. Le château de Voutenay faillit être livré par son capitaine moyennant finance, mais il en fut empêché par des gens d’armes du Duc de Bourgogne (cf E.Petit). La place de Pierre-Perthuis est prise par les Anglais puis délivrée par le Duc de Bourgogne avec l’aide des habitants de Vézelay.

En février 1360, après de durs combats près de Montréal contre les seigneurs bourguignons, Edouard III s’installe à Guillon, et pille Avallon et tous les villages voisins. La ville d’Avallon fut abandonnée par ses habitants pendant plusieurs années. En mars 1360, fut signé le traité de Guillon entre Edouard III et Philippe de Rouvre, duc de Bourgogne ; les Bourguignons obtinrent une trêve de 3 ans, contre 200 000 écus d’or. Edouard III repartit vers Paris par Vézelay… C’est en mai 1360 que fut signé le traité de Brétigny, entre Edouard III et Charles V, fils de Jean le Bon. Moyennant d’importantes concessions, Edouard III renonce au trône de France.

Mais les mercenaires démobilisés continuent leurs forfaits…Une bande « s’empare du château d’Arcy-sur-Cure, puis de celui de Vésigneux ainsi que de la place de Montréal » (B.Pujo). Vézelay, grâce à ses murailles, n’est pas menacé.           

En 1364 Charles V charge Du Guesclin de délivrer le royaume des groupes de mercenaires en les faisant participer à une guerre civile en Castille. Mais dès leur retour en 1365, ils reprennent Vermenton et Cravant. L’une des bandes, les « Bretons », établit son quartier-général à Arcy-sur-Cure, d’où ils ont rançonné la contrée et  ravagé Châtel-Gérard, Lucy-le Bois, Marmeaux…Montréal et Guillon furent pris et libérés par les seigneurs Bourguignons…La peste sévit à nouveau dans l’Avallonnais. Le calme revint entre 1367 et 1371.

Quelques années plus tard, en 1373, les Anglais, commandés par le duc de Lancaster, ravagent les environs de Vézelay, s’emparant en particulier de Pontaubert et Vault-de-Lugny.

« Puis la guerre s’éloigna de cette région, qui put revivre en paix jusqu’au départ des Anglais du sol de France en 1380. »

Mais on ne peut ignorer les ravages terribles dus à des épidémies de peste, sans interruption de 1380 à 1382, puis dix ans plus tard dans l’Auxerrois, l’Avallonnais et l’Autunois… Les  relevés de comptes ont permis de mesurer la diminution du nombre de foyers : plus que 94 à Avallon, 7 aux Cousins, 164 à Autun.

Administration locale

Dans cette période troublée, il se trouve que l’abbé de Vézelay Hugues de Maison-Comte fut un conseiller des rois Jean le Bon et Charles V. Dans le cadre de la protection royale confirmée, il a obtenu que, comme les villes épiscopales, Vézelay devienne le siège d’une élection , c’est-à-dire d’une circonscription pour la levée des impôts ; et aussi du « grenier à sel » pour l’impôt de la gabelle sur le sel. A cette occasion, « les Fontaines Salées…furent complètement comblées pour supprimer la contrebande locale du sel »(B.Pujo).

Première partie du 15ème siècle et fin de la guerre de 100 ans.

Charles VI succède à son père en 1380 ; il n’a que 12 ans ; après une régence  assurée par ses oncles, il prend le pouvoir en 1388. Malheureusement, il sombre dans la folie en 1392, après un accident en forêt du Mans. Il confie la Régence à son frère Louis d’Orléans, qu’une violente rivalité oppose aussitôt à son cousin Jean sans Peur, duc de Bourgogne.

En 1407, Jean sans Peur fait assassiner Louis d’Orléans…ce qui a pour conséquence une guerre civile entre les « Armagnacs », – derrière Bernard, comte d’Armagnac, beau-père de Charles d’Orléans, fils de Louis -, et les « Bourguignons », – derrière Jean sans Peur -. « les deux partis n’hésitent pas pour ce faire à négocier avec l’Angleterre, …qui tentera…de rétablir l’ancien empire des Plantagenet sur le continent »(Pujo).

Les Anglais débarquent à Honfleur, et, remontant vers Calais, battent la cavalerie française à Azincourt en octobre 1415.

En octobre 1417, Vézelay adhère au « Manifeste de Jean sans Peur, Mgr de Bourgogne » ; cette place forte devant servir « d’appui de la ligne avancée des forces anglo-bourguignonnes ».

En 1418, les Armagnacs prennent le château de Voutenay, puis s’installent à Arcy-sur-Cure, Mailly-le-Château et Coulanges, en évitant d’attaquer Vézelay.

En septembre 1419, Jean sans Peur est « occis » sur le pont de Montereau. Son fils Philippe le Bon, poussé par la vengeance, s’allie avec Henri V d’Angleterre contre le roi de France. En 1420 le désastreux traité de Troyes, en mariant Henri V à la fille de Charles VI, déshérite le dauphin Charles et livre la France au roi d’Angleterre. En 1422, Charles VI et Henri V meurent…

Henri VI, – 10 mois – est proclamé roi à Paris et le dauphin, fils de Charles VI, – 19 ans -, réfugié dans le Berry, se proclame Régent ( ses adversaires le diront « roi de Bourges »).

En 1422, le duc de Bourgogne reçoit le Duc de Bedford et ses troupes anglaises, à Vézelay.

Charles VII réussit à réunir une armée qui, venant du Berry, prend Mailly-le-Château et Cravant ; ces places sont reprises par les Bourguignons, commandés par le sire de Chastellux et Guy de Bar. En juillet 1423, l’armée royale, forte de 15000 hommes, dont 3000 écossais, fait le siège de Cravant, mais est finalement battue, subissant de lourdes pertes (6000 hommes ?).

En 1426, les royalistes reprennent Mailly-le Château et Voutenay et s’y maintiennent jusqu’à 1428.

Des bandes d’Armagnacs brûlent Joux-la-Ville, pillent l’église forte de Sermizelles et attaquent Noyers.

« Cependant, les malheurs de la guerre et les excès des Anglais font naître peu à peu la haine de l’envahisseur. Le sentiment national s’affirme » (cf texte et carte ci-jointe du manuel « Histoire Louis Girard »).

C’est justement là qu’arrive Jeanne d’Arc. Avec l’escorte fournie par son commandant local, la « bergère inspirée » , venant de Vaucouleurs, arrive à Auxerre par Chablis, y assiste à la messe du dimanche le 27 février 1429, puis rejoint Chinon par Toucy et Gien. Elle obtient la confiance de Charles VII, qui accepte qu’elle aille encourager les soldats assiégés à Orléans.Défiant les Anglais, elle les force à la retraite, puis les bat à Patay…Profitant de ce « nouvel élan », Charles VII, après son sacre à Reims, reprend petit à petit son domaine royal. 

Dans notre région, il fut d’abord aidé par les bandes du capitaine Jacques d’Espailly, dit « Fort-Epice » qui prit par surprise la ville d’Avallon en 1432, puis Pierre-Perthuis. Mais Philippe le Bon reprit ces places en 1433 et s’installa un mois à Vézelay. Après son départ, les bandes, sillonnant les vallées de l’Yonne et de la Cure, pillent tous les villages.

En novembre 1435, grâce à l’entremise du nouvel abbé de Vézelay, Alexandre, est conclu le traité d’Arras, qui met fin à la guerre civile : le duc de Bourgogne renonce à son alliance avec les Anglais et reconnaît Charles VII comme roi de France ; celui-ci rentre solennellement à Paris en 1436. Le 21 décembre 1435, le connétable Arthur de Richemont était rentré officiellement à Vézelay au nom du roi.

Mais des bandes de mercenaires se retrouvent sans emploi après le traité d’Arras. De 1438 à 1444, les « Ecorcheurs » terrorisent et pillent les petites places fortes des vallées de la Cure et de l’Yonne ils occupent les villages et souvent rançonnent et maltraitent les habitants de Clamecy, Mailly-le-Château, Voutenay, Vault-de-Lugny, Maraut, Pontaubert, Guillon, Epoisses,  Semur…Les seigneurs sont souvent amenés à composer avec eux. De plus, famine et peste ont alors ravagé l’Auxois et l’Avallonnais.

De nombreuses plaintes étant parvenues au roi, des forces royales éliminèrent ces bandes ; certains mercenaires furent incorporés dans l’armée régulière.

Après la fin de la trêve en 1449, Charles VII regagne rapidement le territoire perdu, la Normandie, puis la Guyenne et Bordeaux, par la bataille de Castillon, en 1453, qui marque la fin de la guerre de Cent Ans…

Fin du 15ème siècle

En 1457, la foudre détruit  le clocher de la tour St Michel de Vézelay ; le pape Pie II accorde des indulgences à tous ceux qui contribueront à la restauration de l’église.

En août 1461, Louis XI, fils aîné de Charles VII, est couronné. C’est le début d’une monarchie autoritaire.

Politique intérieure : pour faciliter le calcul des impôts, une ordonnance royale de juillet 1463 prescrit le recensement de tous les biens d’église. C’est le 12 février 1465 que l’abbé Aubert de la Châsse présente au prévôt de Sens, le ..

« Cartulaire des possessions de l’abbaye de Vézelay en 1464 », détaillé en annexe Toutes les paroisses de la « poté » y sont traitées successivement. Le chapitre concernant Monteliot a été transcrit (21 pages), et résumé ci-dessous. C’est le premier document nous permettant de faire connaissance avec nos ancêtres du 15ème siècle. Chaque chef de famille y est cité, ainsi que le montant de l’impôt prélevé par l’abbaye pour chacune de ses propriétés. On note qu’il y avait alors 30 foyers dans le village, ce qui peut correspondre à une population de 100 à 150 personnes.

Politique extérieure : Louis XI est finalement victorieux de Charles le Téméraire, mort au combat près de Nancy en janvier 1477. Il annexe la Bourgogne, l’Artois et la Picardie. « C’est la fin du grand Etat bourguignon », et le début d’une ére de prospérité pour la France. Charles VIII lui succède en 1483. Il meurt accidentellement à 27 ans en 1498, après avoir tenté en vain de conquérir le royaume de Naples ; le « mirage italien » sera poursuivi par ses successeurs…

Un document du 15ème siècle conservé à Montillot jusqu’à nos jours.

Les familles nobles ayant habité Montillot du 17ème au début du 20ème siècle, – depuis les de la Borde jusqu’aux de Lenfernat -, ont conservé leurs « papiers de famille », qui sont donc parvenus jusqu’à nous. Après exploitation pour l’histoire du village, ils ont été déposés en 2006 aux Archives Départementales (« fonds YAHER »- cote 82J ).

Le plus ancien est un acte notarié daté du 7 May 1483.

Il a été établi par Me Jehan MAILLARD, notaire attaché au « Garde des Sceaux » du Comte de Nevers.

Il traite d’une location avec bail (« admodiation »), par Alexandre ESCHARLETE, écuyer, seigneur d’Island et de Fontenilles de la moitié du moulin de Fontenilles (l’autre moitié appartenant au Chapitre des Abbés de Châtel-Censoir), aux dénommés Jehan RESMOND et Thiébaut MASQUIN, pour la somme annuelle de 31 sols tournois à verser chaque jour de Noël. Ils pourront ainsi « en joyr et posséder », et assurer le rôle de meunier pour la communauté voisine, avec « fraiz et esmoluments ». Ils auront l’obligation d’entretenir à  leurs frais le moulin, les meules et les dépendances. Ils devront hausser les rives de 2 pieds…et ne pas laisser baisser l’eau « en manière qui porterait préjudice ou dommage au poisson qui sera dedans »…

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