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Les lieux-dits

Gilbert DUCROS † 2002

Régine MORIZOT-KOUTLIDIS

« Les noms font rêver. Tous les noms : les noms dits communs et les noms dits propres, les noms de choses et les noms de personnes comme les noms de lieux. D’où vient ce nom ? D’où viennent le nom que je porte, et celui du village qui m’accueille, de ce lieu-dit où je passe ? Pourquoi a-t-on nommé ainsi cet objet, ce sentiment, ce lieu ? D’épais traités, ou des livres plus légers, sont consacrés à l’étymologie, science des sens, des origines, des racines. L’étymon est un mot d’origine grecque qui a pour sens : ce qui est, et sous-entend : ce qui est vrai parce qu’il est. On dit aussi : authentique, grec autos (soi-même) et hentes, étant, ce qui est par lui-même.

Les noms de lieux sont comme des projections des sociétés humaines. Celles-ci ont nommé les lieux selon leurs besoins, leurs représentations et leurs croyances, leur culture et leur mode de vie.

La tentation est d’inventer des interprétations, d’imaginer des légendes, qui ensuite se colportent en s’enjolivant. Ces étymologies populaires existent depuis très longtemps. Des scribes médiévaux y ont participé en réinterprétant des noms dont ils ne comprenaient pas le sens, mais auxquels ils voulaient un sens. De nos jours, tout un chacun peut écrire à son gré et le diffuser sur « la toile », jusqu’à la débauche. Ce qui, bien entendu, n’a rien à voir avec le sens originel d’étymologie : ce n’est plus l’être – vrai, c’est l’être imaginé, la fantaisie de chacun, voire le fantasme. »  [1]

Si les études du bâti et du patrimoine naturel, faune et flore, relèvent de sciences exactes, il n’en est pas de même pour la toponymie ; science faite d’hypothèses plus que de certitudes, de reconstitutions souvent hasardeuses, cherchant des appuis non en elle-même (l’évolution linguistique est trop soumise à la phonétique de patois qui font varier les prononciations d’un même terme d’un village à l’autre), mais dans l’histoire, la géographie, la géologie. Un toponyme révèle un paysage disparu, parfois sans rapport avec les cultures actuelles, qui peut avoir connu en dix siècles trois ou quatre états du paysage agricole au gré des cultures dominantes.

Ajoutons que les arpenteurs et géomètres, scientifiques férus de géométrie plus qu’historiens ou linguistes, en dépit de leur dévouement à aller nicher des bornes dans les climats les plus reculés, ont largement contribué à déformer et rendre méconnaissable bien des toponymes parmi ceux qu’ils n’ont pas délibérément rayé des cartes. Prenons pour exemple la croix de Montjoie[2], en limite de Tharoiseau et de Saint-Père, que les arpenteurs de la fin du XVIIIe siècle s’obstinent à dénommer Croix Mangeoire, en parfaite méconnaissance de son origine, de l’esprit du pèlerinage compostellan et magdalénien, et cherchant sans doute à rapporter une information orale mal saisie à un terme rural.

Pour clore cette introduction, écoutons ce qu’en dit le Professeur Gérard TAVERDET[3], de l’université de Dijon : « Il faut admettre dès le départ qu’une telle étude a des limites : les noms de lieux ne forment pas un système cohérent dont les parties évidentes pourraient éclairer les parties obscures… Parfois on est réduit à de simples hypothèses qui sont loin de faire l’unanimité des spécialistes. On est tributaire de formes anciennes qui, parfois, sont bien connues, qui, le plus souvent, sont absentes, mal connues ou même contradictoires ».

Voyons, à Montillot, comment les recherches de Gilbert DUCROS † contribuent à enrichir ces bases de données toponymiques[4]. Les verbes souvent employés au conditionnel, rappellent l’incertitude des hypothèses avancées.

Les origines toponymiques de Montillot et de ses hameaux

MONTILLOT : 

Une bulle du Pape Alexandre III datée de 1169, sous le règne du roi de France Louis VII le Jeune, fait mention du plus ancien nom connu de Montillot ; il s’agit de « Montirucht ». En vieux français, le rucht est une carrière de pierres. Rucheter ou Rocheter, c’est extraire de la pierre. A cette époque où l’on reconstruit le monastère de Vézelay et le chœur de la Basilique, il fallait trouver de la bonne pierre et le site carrier de Montillot était propice à cette extraction. C’est par la suite qu’apparaîtra le nom de « Montillot » qui fait plus précisément allusion à la nature géologique de la roche extraite.

Les actes notariés des siècles passés écrivent « Montéliot », toponyme dont nous avons deux exemples dans le département de la Côte-d’Or : Montliot près de Chatillon-sur-seine, et Montoillot non loin de Sombernon.

« Montillot » est formé de deux éléments : « Mont » : colline, hauteur ; et « liot » : ce mot d’origine gauloise désigne une pierre blanche de construction, de nature calcaire et marbrière, d’époque secondaire (130 millions d’années), à laquelle les carriers anglais, à la fin du XVIIIe siècle, ont donné le nom de Lias (« layer »). La carte géologique nous montre qu’il existe en effet à Montillot un affleurement de ces calcaires, contrairement à la région environnante. C’est ainsi que des carrières furent ouvertes dès le moyen-âge autour de Montillot.

LE VAUDONJON : 

L’orthographe « Vaux-Donjon » ou « Vau-Donjon » est apparue dans les actes notariés depuis plus d’un siècle, et figure aussi dans la carte de Cassini, un peu plus ancienne. Il n’y a pourtant jamais eu de Donjon connu à proximité ! Il se peut que se soit une déformation de l’écriture ancienne. Ce nom proviendrait du Germanique « Waidanjan », infinitif substantivé signifiant « exploitation de prairies » (allemand weide, le pâturage). 

Le hameau a été fondé lors des grandes invasions germaniques du Ve siècle et le cimetière voisin, au lieu-dit « les cercueils », fouillé au début du XXe siècle par l’abbé Parat, a livré des centaines de sarcophages mérovingiens.


Le Vaudonjon souffrit beaucoup de la guerre de Cent ans. On rapporte que presque toute la population fût massacrée et que, pour repeupler le village, les moines de Vézelay firent venir des paysans du Val d’Aillant, près d’Auxerre.

Le hameau dépendit jusqu’à la révolution de la paroisse d’Asquins et de la justice de Montillot. En Juin 1792, par pétition, il fût rattaché à la toute nouvelle commune de Montillot. Ce rattachement ne fût pas du goût de tous les Vaudojonnais dont beaucoup se sentaient socialement plus proches des vignerons d’Asquins que des cultivateurs des terres argileuses de Montillot. Asquins se vengea de cette défection en refusant le 5 Mars 1910 la pétition des habitants tendant à faire entretenir le chemin. Rares furent pendant longtemps les mariages entre garçons et filles du bourg et de son hameau

LES HERODATS : 

Le nom de ce hameau provient de l’évolution de « hébergeages », généralement employé au pluriel. L’évolution philologique du mot conduisit aux formes « hébeurgeats » puis « héreugeats », du germanique « hari » (armée) et bergeon (protéger). Ce mot a désigné initialement un campement militaire. Sa racine est la même que le verbe « héberger » et que le nom « auberge ». Puis il a désigné un ensemble de bâtiments agricoles. La valeur sémantique du terme a échappé aux copistes modernes qui ont cru bon de l’assimiler à « hérodats » nom ancien des hirondelles.

LA BERTELLERIE : 

Ce hameau voisin des bois de la madeleine porte le patronyme de Claude Bertholet, né en 1748 en Savoie, alors province du royaume de Piémont-Sardaigne. Médecin, il se réfugie en France où il demande sa naturalisation. Il s’intéresse aussi à la chimie, est élu à l’Académie des sciences, et devient collaborateur de Lavoisier.  En 1784 il est nommé directeur des teintures de la manufacture des tapisseries des Gobelins à Paris. Il participe à l’invention de l’eau de Javel, qui connut tout de suite un grand succès.

Les Bertholleries, apparues un peu partout en France à la fin du Premier Empire, blanchissaient les toiles écrues produites par les ateliers villageois. C’est le souvenir d’une blanchisserie fondée en ce lieu que commémorerait le nom du hameau

TAMERON :

Du latin « taxonaria » le « gîte du blaireau » qui a donné le nom tanière en français. La terminaison « ron » induit une valeur péjorative avec le sens de pauvres maisons en un lieu isolé.

BAUDELAINE :

Ce nom gracieux est la corruption du patois poyaudin « baudetaine » qui désigne une masure.

Mais le sens n’en est pas toujours péjoratif car dans la région de Tannerre-en-Puisaye une simple maisonnette est appelée bobitaine. L’origine de ce mot est inconnue.

MAROT :

Ce nom de lieu est assez fréquent en Bourgogne… mais avec des orthographes différentes.

Citons l’exemple du hameau de Marault, près d’Avallon. Son origine serait francique : « marisk » devenu « maraticum » en latin ecclésiastique, et « marais » en français moderne.

Le nom du hameau est donc associé à la présence du petit étang alimenté par un ruisseau.

LE GUE PAVE : 

C’est l’extrême limite de la commune, son seul accès à la Cure. Les hommes ont toujours éprouvé des difficultés pour traverser les cours d’eau. Comme la construction des ponts est onéreuse, on lui préféra longtemps le passage à gué. A un endroit où la rivière est large et peu profonde, on établissait dans son lit un dallage, un « pavé », qu’utilisait le voyageur, le cavalier, l’attelage. C’est ainsi qu’on a aménagé au gué pavé un passage qui permettait d’aller presque en ligne droite de Montillot à Avallon en passant par Domecy-sur-le-Vault. A noter que le pont de Blannay n’a été réalisé que sous le second empire, et qu’auparavant on guéait au confluent de la Cure et du Cousin. Pour la petite histoire, rappelons que la diligence qui reliait la gare de Sermizelles à Vézelay a été en service jusqu’au lendemain de la première guerre mondiale, et que la dernière diligence a sombré dans la Cure, corps et biens, au tournant de la Vernée, un jour d’hiver où le postillon n’avait plus la maîtrise de son équipage.

MALFONTAINE : 

Hameau aujourd’hui disparu, entre Fontenille et Bouteau, son nom indique une source. La source de Malfontaine se trouve aujourd’hui au croisement de trois routes, l’une allant vers l’ancien moulin de Marot et vers le village d’Asnières, les deux autres vers Brosse et Montillot. Personne n’habite plus à proximité depuis au moins un siècle, et on a peine à croire qu’il y eut là une agglomération, dont il est question dans des actes notariés datant de 1650. Il ne subsiste, dans le triangle de la jonction des trois routes, qu’un édicule marquant la captation de cette source, qui alimentait en partie la commune de Montillot depuis 1950. Et pourtant les actes notariés et les registres paroissiaux confirment que ce coin était habité sous Louis XIV, et qu’il y avait aussi quelques maisons un peu plus loin, de l’autre côté du « ru de Brosses », après un petit pont, au lieu-dit le gué de Combre.

Etude des Lieux-dits parcellaires de la commune

Certaines appellations, à connotation géographique, font florès dans la région. Il s’agit d’ « oronymes », noms attribués à des accidents de relief.

LA COME : Tenue par Lusigny (1964) comme issue de combe, le mot affecte les orthographes come, comme, caume, et localement coume, prononciation qui rejoint curieusement celle du Lot, mais aussi le mosellan coume que Vial (1983) veut faire dériver de l’allemand « kumme », écuelle, donc creux, donc vallée. Mais c’est un probable latin « cumba » (Campagnac, 1991) qui en serait plutôt à l’origine ; le proche Morvan a ses « commes ». Toutefois le mot se distingue chez nous de « combe » en ce qu’il s’est spécialisé pour désigner le versant ensoleillé d’un vallon, une pente assez rapide, une côtière en somme plus qu’un creux, dévolu souvent aux friches. 

Montillot a ainsi ses Come chemeneu, Come au roi, Come botillon

Nos comes sont finalement des variantes de » « CÔTATS » ou « COUTATS »  (JOSSIER 1882) dont nous gardons le coutat de Blannay, le cotat borne

La toponymie des bosses renvoie à celle des creux. 

Localement, il s’agit de CROTS, terme généralisé à toute la région Bourgogne, mais avec des variantes : mare en Puisaye (ROUSSET 1977), abreuvoir en basse Bourgogne (JOSSIER 1882), le crot se fait chez nous simple creux (BOUJAT 1980). 

Le CROT BLANC, au nord de Montillot, sur la colline de 292m d’altitude surplombant le village, désigne toujours une ancienne carrière de calcaire à ciel ouvert dont furent extraites des pierres ayant servi à la construction de la basilique de Vézelay.

Reste l’homonymie avec les CROS, ou pommiers sauvages, terme auquel se rattache probablement le lieu-dit de même nom, à proximité du château, en Toucheboeuf.

Il y a aussi la famille des VAUX. Le terme désigne explicitement de petites vallées ; la vocalisation semble désigner des toponymes anciens, fixés dès le XIIe siècle. Si l’origine de Vaux-Donjon (Vaudonjon) est controversée, les BOIS DE VAUX LANNES, sur Asquins, ne sont pas mieux définis. Les mentions anciennes portent VAULX L’ASNE ou VAULANES. Ce plateau boisé appartenait au chapître de Vézelay. Le 26 Mars 1575, les abbés avaient donné à ASQUINS 400 arpens sur Vaulanes et les Fontellets, que le chapître contesta, exigeant le 16 Septembre 1586 un bornage. François de Rochefort confirma ces accords en 1635. Plus qu’à l’utilisation d’ânes dans cette vallée, on pourrait penser à une dépression de terrain, du latin « vallanus » ; mais le plateau est ici régulier. Paradoxe de ces vaux en situation dominante ! VAUX CAILLE, lui, correspond bien à une vallée.

De nombreuses références au sol, aux accidents du terrain et aux cours d’eau sont ancrées dans les toponymes.

TOUNE-CUL, ou tourne-cul : pourquoi ne pas rechercher une origine celtique à ce vocable, dans sa version de « Tor quillau » ! « Tor » signifie forte déclivité et « quillau » glissant. On dit aussi que lorsque l’on travaillait aux vignes qui s’étendaient sur les deux pentes du vallon, on se tournait le… « dos ».

LA CÔTE CAFARD : le vieil adjectif « cafard » a le sens de pénible, dangereux. Effectivement, cette côte est pentue et les chariots pouvaient se renverser.

LES BOIS DE L’AIGREMONT : de « aigre », pentu, difficile à gravir. C’est en effet une colline qui domine fortement la vallée de la Cure.

LE MONT CIBOULE : c’est une hauteur en forme de massue, ou d’oignon (du latin « caepulla »)

LA COTE DE LA CLEF : « Clef » est la corruption de « quillée », la glissade en vieux français. En hiver, les enfants du Vaudonjon utilisaient des traineaux pour dévaler cette pente très accusée.

LES CHAMPS GROLON : issu du vieux français « gueurrion », il s’agit de terrains dont certaines pierres semblent avoir été grillées.

VAUX CAILLE : du vieux français « caille » le caillou. (Il en est resté les mots caillasser, caillasse). C’est une vallée caillouteuse, sans grande fertilité.

LES BOIS DES PERRUCHES (prononcer « pruches ») : il s’agit non d’oiseaux mais de terrains très pierreux

LES MEURGERS : les meurgets sont d’énormes amoncellements de pierres. Ils ont deux origines. Il s’agit parfois de sépultures gauloises pourvues d’objets familiers : armes ou pièces d’or ou d’argent (MEURGET D’ARGENT) ; ou alors ce sont d’énormes pierres plus ou moins taillées (MEURGET DE POROT).  Les meurgets cependant proviennent le plus souvent de l’épierrement des terrains de culture (vignes) ou de l’extraction des déblais des caves.

LE PRE GOULOISON : du vieux français « goulaison » la source (verbe couler). Une source y apparaît périodiquement.

LA COME AU ROI : il s’agit de la vallée au « rouel », c’est à dire au ruisseau. Effectivement un ruisselet suit une rigole après les grandes pluies.

LES LONGUES RAIES, entre Corbier et Toune-Cul, sont encore les ruels évoqués ci-dessus. Ces terrains longs et pentus sont striés de longues rigoles.

LE PRE DE LA DAME : corruption de « la doualle » qui autrefois signifiait un fossé plein d’eau qui se vide difficilement par manque de pente (latin « doga », le fossé d’écoulement).

LE BOIS DES SOILLOTTES : ce sont de vilaines mares évoquant les gîtes fangeux des sangliers (latin « sus », le porc).

FORET DE CONFLANS : ce terme désignait autrefois le confluent de deux cours d’eau. Deux ruisseaux se rejoignaient dans cette forêt.

LES PRES DE LA MORTE : en patois une morte est une pièce d’eau stagnante qui paraît morte. En fait ce mot est la corruption du vieux français « more », la tourbière.

CHAMP DU PORON : C’est un acte du 14 Août 1732 – trouvé dans la liasse ADY / G2547 : « Cure de Monteliot », acte rédigé par le curé de l’époque Jean-Baptiste FAULQUIER, qui nous donne l’origine du toponyme « le Poron » : 

Arpenteur juré de la maîtrise d’Auxerre le 14 février 1732…  Ci-après un extrait de cet acte : «     …et l’autre borne plantée à l’extrémité de la pièce de terre à moi curé apartenante, vis à vis et a deux pieds et demy au-dessus d’une grosse borne ronde et rouge, appelée porrond, faisant séparation de long entre moy curé et la veuve Gabriel Pourcheron, laquelle grosse borne ronde a été plantée entre moy curé et la dite veuve P.  par le Sieur Delapierre » ,

En annexe à ces toponymes à vocation géologique et géographique, on trouve une série de toponymes inspirés (sans doute récemment) de la faune et de la flore.

Montillot a un « CHAMP AU LIEVRE », bien connu des chasseurs. Et si LA GARENNE nomme une vaste zone sur Asquins, à l’ouest des Champs Gringaux, il en existe une aussi près de Tameron. Le terme désignait sous l’ancien régime des réserves (tout comme varenne).

Le terme est banal et antique à la fois, sans doute issu du germanique « warren », lieu clos, si ce n’est du bas-latin « warenna » lui-même mêlé de gaulois varenna.

LA COME CHEMENEU, LA COME GENET ont la même origine : le terme vient du vieux français « chenève, chenove » : le chanvre. Ce sont des vallées où poussait le chanvre. La culture du chanvre était très répandue au XVIIIe siècle et cette culture a laissé de nombreux toponymes. Le chanvre servait à la fabrication des liens, des cordages, des sacs. Son élaboration nécessitait un grand savoir-faire. Il a été supplanté au XIXe siècle par d’autres textiles d’origine tropicale, moins chers, comme le raphia. De même, une chènevière est une plantation de chanvre. LA CHENEVIERE A ROUGEOT : désignait une plantation de chanvre située dans une terre rouge, de nature argileuse (le rougeot). On peut aussi émettre l’hypothèse d’un nom, ou d’un surnom (« Rougeot »), la formulation « à » signifiant l’appartenance dans le parler morvandiau (au lieu du « de » conventionnel).

BEAUCHARME (sur Asquins) et LA PIECE DU CHARME (sur Brosses) pourraient faire penser, comme le suggère P. HAASE, qu’il s’agit d’une référence à un arbre remarquable ? Il semble plutôt que ces termes fassent référence au « charme » qui pourrait être la corruption du vieux mot « channe », autre nom du chanvre. Que dire alors de LA CANNE, vers Tameron ? Plus qu’une déformation de « channe », il s’agirait là de la « cagne » qui en vieux français désigne une maison misérable tout juste bonne pour un chien (« canis » : le chien).

Et la DAME JOINTE ? Si « Dame » est un adjectif signifiant mauvais, damné, « Jointe » est la corruption de « Chinte », encore un autre nom du chanvre. C’est un endroit où le chanvre était de mauvaise qualité.

LES POMMERATS, du vieux français « pommerets », lieu planté de pommiers. Le nom de la ville d’Avallon (du gaulois « aballo » ) induit le même sens.

LE BOIS DES PETITS FOUTEAUX : c’est le diminutif de « fou », l’ancien nom du hêtre (du latin « fagus »). 

LE GROS FOU, et LE BOIS DU FAYS ont la même origine.  On en rapprochera le « Faou », de Bretagne.

LES SAUCES : du vieux français « saulces », les osiers (du latin « salix », le saule).

LA COME BOTILLON : corruption de « boquillon », le petit bois.

LE BOIS DU FEUILLARD : les feuillards sont des branches garnies de feuilles sèches qui, les mauvaises années, permettaient d’alimenter les bestiaux pendant l’hiver.

LES CHAMPS GRINGAUT (proches de Vaudonjon mais dépendant d’Asquins) : corruption de « grainiots », adjectif médiéval qualifiant de bonnes récoltes de grains. Ces terrains, aujourd’hui boisés, difficiles à labourer, étaient autrefois fertiles.

LES ROMPIS : ce terme désigne un ensemble d’arbres cassés (du latin rumpare).

Au-delà du fond de Porot, près des Hérodats, le flanc de la colline pourrait avoir été détruit par des intempéries ? Ce terme désigne aussi des cassures de terrains produisant des ruptures de pentes.

LA VALLEE BOULANGER : « Boulanger » est la corruption du patois « poumachée », nom local de la mâche sauvage, la « poumâche ».

LA COMME BOMBARDE (sur Asquins) : la bombarde est une fleur plus connue sous le nom de Julienne.

LES VAUX DE L’ABREUVOIR (sur Asquins) : Corruption de « beurjouée », nom patois de la bruyère.

LE BOIS DE L’OPPIN : c’est le nom local de l’aubépine.

LE BOIS DES BOULATS : pour « poulas » nom local des coquelicots.

LA VALLEE JEAN DEFERT : amusante transformation de « genêtière » (lieu planté de genêts) qu’au hasard d’une réfection cadastrale un habitant du pays a transformé en son nom et prénom ; il était probablement propriétaire de ces terrains.

L’histoire a aussi marqué de son sceau le parcellaire.

 La présence possible de remparts, qui expliqueraient le chemin de « ronde » qui circonscrit le village, pourrait expliquer LA PORTE (DE LA CHALLY).

Mais une autre origine à ce toponyme est défendue par G. Ducros : il s’agirait plutôt de l’Apport de la Challie : Au moyen-âge, l’apport est l’actuel champ de foire où exposent maquignons et commerçants. La challie est le fossé d’écoulement des eaux.

LE CHAMP DES EGLISES en amont du gué pavé se trouve sur le site du village disparu de Vergigny (sans doute rayé de la carte au XIIIe siècle). Les églises d’Asquins et de Blannay, ainsi qu’une église St Amâtre dont on peut penser que c’est celle d’Auxerre, y possédaient des terres. Les chemins antiques et médiévaux traversaient ce site.

De l’autre côté de la route actuelle longeant la Cure, des vignes disparues vers 1900 occupaient un revers dit « CHAMP DES CERCUEILS ». Cette appellation date sans doute du XVIe siècle ; les cercueils en question étaient en réalité des « sarqueux » ou sarcophages, fouillés dès 1610 par Erard de Rochefort qui crût y découvrir une ancienne léproserie. Martin reprit les fouilles en 1780 (récupérant au passage des monnaies du temps de Henri IV, sans doute perdues par les fouilleurs de 1610). 

Il fallut attendre les trouvailles de Mr de L’ENFERNA, maire de Montillot en 1850, puis les fouilles systématiques de l’Abbé Parat en 1905 pour identifier un cimetière de basse antiquité et des temps mérovingiens, avec plusieurs centaines de fosses.

LE CHAMP DE LA FOURCHE : la fourche était autrefois le nom de la potence où l’on pendait les condamnés. On lui donnait aussi le nom d‘ « arbre sec ».

LE POIRIER DE LA JUSTICE : il évoque la rigueur des juges et les pendaisons.

Evocation des constructions  

LA CALABERGE : corruption de la « cagne aux bergeats ». Les bergeats sont les troupeaux de moutons. La calaberge est donc une vieille bergerie, perdue entre Bouteau et les champs Gringaux.

LE BOIS DE MAL APRIS : désigne c’est une maison forestière en mauvais état (pour « abri »).

Les MAGNES sont un terme très utilisé dans la région et représentent des maisons ruinées (du bas latin « mahennari », abattre, mutiler.) BOIS DES MAGNES ; MAGNES VAUTHAIRES

L’adjectif « vathaires » correspond au vieux verbe « vaster », c’est-à-dire dévaster, ruiner.  Il est fait allusion ici à des maisons endommagées par des guerres ou des catastrophes naturelles.

De même, la MELOTTE est une déformation de magnottes : les petites ruines.

FARGES (hameau de Brosses) et LA FARGEOTTE sont deux noms provenant du latin « fabrica » : la forge. De nombreuses fonderies existèrent sur le plateau dès l’époque gallo-romaine, utilisant le minerai de fer sous-jacent.

BOUTEAU (hameau de Brosses également) se rapproche de Buteau/Butot…, nom également patronymique, et aurait une origine scandinave (Xe siècle) (de Buo, terrain, et Topt, baraque) : il désignerait un terrain sur lequel une baraque a été ou doit être construite (comme Butot en Caux). Mais si en Normandie on comprend bien l’origine scandinave du nom, en Bourgogne elle est déjà plus hasardeuse. Faut-il alors s’attarder à la racine « Butor », amertume, tristesse ?

LA CROIX DE LA SAINT-JEAN : ce serait la corruption de l’ « assoigement », vieux français désignant la consolation ! Cette croix serait celle de la consolation, le lieu où l’on recherche la douceur du recueillement.

Les activités agricoles

LE BOIS DE L’ESSERTIE : L’essertié est un terrain défriché et mis en culture (latin « exarta »). Le village d’Essert, près de Vermenton, a la même origine.

LES ESSENCES : corruption du vieux mot « aisances » qui étaient des terrains paroissiaux laissés à la disposition des paysans pauvres.

LES PRES MONSIEUR : il s’agirait là du vieil adjectif « meseleu » , du latin «   misellum » : misérable. C’étaient des prés fangeux et de mauvaise qualité. Depuis cette époque, le drainage puis le chaulage ont amélioré la qualité de certains terrains.

PLAN DE FOLLE : proviendrait du vieux français « la plante foïée ». Au moyen-âge, une plante est une plantation de jeunes vignes, et parfois une pépinière de pieds de vigne. Au Vaudonjon, on a ainsi deux lieux dits : « la Plante » et « les Plants ». L’adjectif « Foïée » vient du latin populaire « fullare », maltraiter, abandonner, fouler. Il s’agirait donc d’un clos de vigne mal entretenu, et qui donne de mauvais produits.

Et la COTE TOURNELLE ? Comme La Tournelle d’Asquins, ce nom mystérieux pourrait avoir son origine dans la racine « tor /tur/turra », pré-latin : il en existe plusieurs dans la région (Theuriat, Thereau, Thurot) qui toutes sont des éminences, des sommets arrondis ; sur ses pentes, c’est un vignoble de qualité, et le patois garde l’adjectif « étournellé » pour signifier pris de boisson (Meunier, 1977).

Et bien d’autres encore : le Bois Taché, Les Criaux, Letrier, Les Entes, Les Gouleteries, et Rochignard, Corbier… qui sont là pour témoigner qu’un tel exposé est toujours partiel. La recherche toponymique est une aventure toujours en évolution et faite de bonnes fortunes : instinct, graphies décodées à la lumière des patois, traditions orales, rapprochements fructueux. Ce sont souvent des conjectures qui sont fournies, plus que des certitudes. Peu de ces étymologies sont définitives, et tout apport pour les affiner, les confirmer ou les remettre en question sont les bienvenues.

BIBLIOGRAPHIE

  • Roger BRUNET, 2016 : « Trésor du terroir : les noms de lieux de la France », CNRS EDITIONS, Paris, 616pp.
  • Pierre HAASE, 2001 : « Sur les Chemins du terroir ; noms de lieux à Asquins ; Esquisse d’une recherche de microtoponymie », monographie.
  • Gérard TAVERDET : 1975-1984 : Atlas linguistique et ethnographique de Bourgogne, Ed CNRS, CRDP Dijon, 4 volumes. 
  • Gérard TAVERDET : 1996 : Les Noms de Lieux de l’Yonne, Dijon, CRDP 1983 ; nouvelle édition revue, Dijon, ABDO.



[1] Roger BRUNET, 2016

[2] Pierre HAASE 2001

[3] Gérard TAVERDET, 1983 : Atlas linguistique de Bourgogne, Ed CNRS, CRDP Dijon.

[4] Ce document, daté du 26-03-2002 a été reproduit précédemment dans le site internet de Montillot créé en 2000 (montillot89)

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