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FORTIFICATIONS DE MONTELUOT

Le document d’Archive:

Lettre patente de François 1er – Octobre 1527

Juin 1527   –  Les habitants de Monteluot demandent au roi de France la permission de fortifier leur village.

Octobre 1527: François Premier est d’accord…

François à tous presens et advenir Salut. Comme dès le quinzième jour de juing dernier passé, les manans et habitans [1] du lieu et villaige…

…de Monteluot deppendant de l’abbaye de la Magdelaine de Veszelay Nous eussent présenté requête tenent (?) afin d’avoir permission de fere cloure [2] et …

… fermer le dit lieu et villaige de Monteluot, qui est assis en notre bailliage d’Auxerre, en bon et fort pais [3] et de vinoble [4] , près de notre Duché de…

… Bourgongne d’une lieue envyron [5] . Et pour la décoration [6]   et augmentation d’icelluy seureté et garde du pais [7] , prouffict et utillité de nous et de la chose publique…

… d’environ [8] le fortiffier de murs, tours, foussez [9] et autres choses neccessaires à fortiffication. Sur laquelle requête eussions ordonné estre informé par le Bailly d’Auxerre…

… ou son lieutenant, de la commodité ou incommodité de nous et de la chose publique, appellez [10] les gens nobles du pais et autres qui feroient  à appeler [11]  . Et icelle information …

… ensemble l’advis de luy et de nos procureurs et officiers renvoyez par devers nous pour y pourveoir [12]   comme de raison faire que auroit esté fait. Et le tout  par nous…

… renvoyez par devers noz amez et feaulx [13] conseillers les gens de notre Grant Conseil, lesquelz ont semblablement donné leur advis. Savoir faisons par nous…

… desirant subvenir à noz subgectz et chose publique de notre Royaume, selon l’exigence  des cas, inclinans à la supplication et requête des dits suppliants, et en en suyvant…

… l’advis des gens de notre dit Grant Conseil, A Iceulx manans et habitans supplians ……..et autres ………….avons donné et octroyé, donnons et octroyons de …

… grace especiale par ces dites présentes congé, licence et permission de clourer [14] et faire clourer et fortiffier ce dit lieu et villaige de Monteluot, de murailles, tours, foussez, …

… canonnières, ponts leviz, barbacanes et autres choses requises et necessaires à fortiffication. Si donnons en mandement par ces dites présentes au dit Bailly d’Auxerre ou …

…  son lieutenant et à tous noz autres justiciers et officiers ou à leurs intimations [15] présentes et advenir et à chacun d’eulx ….à luy appartenant que de nos presens grace, …

…  congé et permission  ilz  facent, souffrent et laissent les dits manans et habitans supplians joyr et user plainement et paisiblement sans leur…

…  faire mectre ou donner, ne souffrir estre fait, mis ou donné auccun trouble, destourbier [16] ne [17] empeschement aux dites présentes, Lequel si fait, mis ou donné, leur avoit…

…  esté ou estoit, le leur mectent ou facent mectre incontinent et sans delay a plaine delivrance [18] . Car ainsi nous plaist-il estre fait nonobstant …

…  quelzconques ordonnances, mandemens, restraicts [19] ou deffences à ce ……….et affin que ce soit chose ferme et establi a tous………nous avons…

…  fait mectre notre seel [20] à ces dites présentes. Sauf en autres choses notre droict et l’autry en toutes (?). Donné à Chantilly au moys de octobre …

… l’an de grace mil cinq cent  vingt-sept, et de notre règne le 13ème. Signé par le Roy : Gedoy ; Visa contentor : Coufier.

réf: archives nationales Paris. Cote JJ243- folio 388

[1] – manans et habitans : d’après Froissart , le « manant »  serait « celui qui habite dans une ville, qu’il soit bourgeois ou artisan » ; l’habitant étant l’homme du pays, à demeure fixe, le paysan  ( ?…).

[2] – fere cloure : faire clore

[3] –  fort pais = pays (région) rude, difficile

[4] – vinoble = vignoble.

[5] – près de notre Duché de Bourgongne d’une lieue envyron : la rive droite de la Cure, au niveau du Gué-Pavé, était en Bourgogne ; la rive gauche faisant partie de la « poté » de Vézelay. ( => voir « Commentaires » ci-après).

[6] –  décoration : se disait des ornements d’architecture.

[7] –  seureté et garde du pais : il s’agit d’accroître la sécurité du village, mais les raisons de ce besoin, certainement exprimées dans la demande des habitants, ne sont pas rappelées ici ( => voir « Commentaires «  ci-après ).

[8] –  d’environ : autour de, tout autour.                                                                                                                          

[9] –  foussez  = fossés.

[10] –  appelez : appelés, consultés pour avis.                                                                     

[11] – feraient a appeler = pourraient être consultés.

[12] – pourveoir : examiner, réfléchir, aviser.

[13] – amez et feaulx : amis et fidèles.

[14] – clourer = clôturer .

[15] – intimation : acte de procédure tel que signification par magistrat ou appel en justice.

[16] – destourbier : trouble, empêchement, ennui, tourment …

[17] – ne  = ni

[18] – a plaine delivrance = affranchi de toute difficulté.

[19] –  restraicts = restriction, contrainte.

[20] –  seel = sceau.

Commentaires

– Le contexte documentaire

Trois documents, – dont deux déjà anciens -, d’histoire locale, citent des lettres de François 1er autorisant des villages de la région à construire des murailles de protection .

a)-  Recherches sur l’Histoire de THAROISEAU, par l’Abbé A.PISSIER, curé de Saint-Père   (Bulletin de la Société d’Etudes d’Avallon – 1910).

En septembre 1537, le roi François 1er  autorise les habitants à «  clore et fermer de murailles, tours, portaulx et fossez, ponts levys et autres choses requises à forteresse le dict bourg de Tharosault ».  Il avait en effet reçu dans ce sens « lumble supplication des manans et habitans », souhaitant « obvier aux insidiacions des larrons, pillards et insidiateurs… », « …par lesquels ilz ont esté violantement, et leurs femmes et enfans et mesnaige, souventes foys envahiz, forcez, oultraigez, pillez et robez… »

L’abbé Pissier ajoute : « Asquins, Montillot, Menades furent fortifiés vers la même époque … »

(D’après le doc. coté JJ 254- folio 42 aux Archives Nationales.)

b)-  Recherches historiques sur ASQUINS avant 1789  , par l’Abbé PISSIER  (1909) , complété en 1998 par Pierre HAASÉ.

En juillet 1539, François 1er  répond aussi favorablement à la prière des habitants qui, se disant « eux et leurs femmes, enfans et mesnaige souventes fois envahiz, forcez, oultraigez ; pillez et robez… » et  « …feroient voluntiers à leurs despens clorre et fermer de murailles …le dist lieu, bourg et villaige d’Asquien ».

(D’après le doc. coté JJ 254- folio58 aux Archives Nationales.)

c)- « Fortifications de villages en pays de Vézelay » , remarquable étude du professeur Pierre Haasé présentée en 1998.

II –  Recherches de documents anciens concernant Montillot

Le Centre Historique des Archives Nationales (C.H.A.N.), Hôtel de Soubise, présente, parfaitement classés dans son « Trésor des Chartes », les milliers de textes de signature royale du 13ème siècle à la Révolution.

Des registres manuscrits présentent en latin, pour chaque cote, le sujet traité par le texte royal.

On trouve, par exemple :

–          les privilèges des chirurgiens, barbiers, arquebusiers, charpentiers, tailleurs de pierre, serruriers et cloutiers …

–          les autorisations de création de marchés hebdomadaires

–          les autorisations de construction de colombiers et clapiers

–          les naturalisations

–          les « rémissions » – très nombreuses au 16ème siècle – qui étaient des annulations de peine pour des forfaits commis …

Et on arrive en JJ 243 – folio 388 à « Licentia data habitantibus loci de Monteluot claudendi dictum burgum » ( permission donnée aux habitants du lieu de Monteluot de clore le dit bourg). Au passage, on note des lettres patentes analogues concernant Voutenay, Précy-le-Seq, Annay-la-Côte, Pontaubert …

III –  Le contexte historique

 Quelle est l’origine de ce besoin pressant de protection exprimé à cette époque par les villages de l’Avallonnais ? Il nous faut remonter assez loin en arrière dans l’Histoire pour décrire les conflits entre les puissances de l’époque et leurs répercussions sur nos campagnes de l’Avallonnais et du Vézelien…

a)- Les limites territoriales à la fin du Moyen Age

La première carte ci-dessous – dressée vers 1600 par des cartographes d’Amsterdam, Guillaume et Jean BLAEUW -, est limitée aux environs proches de Vézelay . Les  « frontières » approximatives de la « poté » sont indiquées. On voit à quel point celle-ci est « coincée » entre les comtés d’Auxerre et de Nevers et le Duché de Bourgogne. On voit aussi que la rive droite de la Cure, au niveau du Gué-Pavé, – donc à 4 km de Monteluot -, fait partie du Duché de Bourgogne.

On comprend qu’aux 12ème et 13 e siècles, les comtes de Nevers aient cherché par tous les moyens à s’emparer de Vézelay, qui, sous l’autorité de l’Abbé de la Madeleine, dépendait directement du pape.

La « Poté » de Vézelay

C’est en 1280 que Vézelay est devenu une « terre du royaume », le roi de France Philippe le Hardi déclarant par ordonnance qu’il assume la garde et le contrôle de l’abbaye et du fief de Vézelay ; cette décision a été confirmée en 1377 par Charles V ;

La carte ci-contre, montrant les territoires de Bourgogne au 14éme siècle est l’une des rares où apparaît la « poté »., enclave minuscule entre ses grands voisins.

On voit le Duché de Bourgogne, et de l’autre côté de la Saône, le Comté de Bourgogne, devenu ensuite la Franche-Comté.

b)-  L’histoire de l’Avallonnais  du 14ème  au 16ème siècle.

fortifications d’avallon

Notre région a souffert de la Guerre de Cent Ans ( environ 1350 à 1450) pour plusieurs raisons

– dans la première phase des hostilités entre la France et l’Angleterre, les combats avaient lieu dans l’Ouest, mais les impôts ont augmenté dans tout le royaume.

– puis après la bataille de Poitiers en 1356 où le roi Jean le bon fut fait prisonnier, non seulement une forte rançon doit être réunie (4 millions d’écus pour le royaume dont 400 « moutons d’or », – soit 500 livres Tournois -, pour la poté), mais les troupes libérées par la trêve conclue avec l’Angleterre pillent, rançonnent et font régner l’insécurité entre Seine et Loire ; « par quoi nul n’osait aller  entre Paris et Montargis » écrit Froissart, chroniqueur du 14 e siècle….

– il faut savoir que la guerre est intermittente ; négociations et trêves suspendent les combats, souvent sur plusieurs années ou dizaines d’années ;  les armées, des deux côtés, sont composées pour une large part de mercenaires, dont la guerre est le métier, et que la paix prive de gagne-pain. Ils opèrent alors pour leur compte, volent, pillent, rançonnent villages, villes, châteaux, abbayes…

– même l’intendance des armées régulières est basée sur le pillage ; pour les armées françaises, c’est la « prise », réquisition mal payée ; quant à l’armée anglaise, loin de ses bases, elle vit sur le pays …

– de plus, famines et épidémies (peste, dysenterie,…) sévissent périodiquement (en 1348, Givry aurait perdu 650 habitants sur 1300 !).

Plusieurs historiens locaux ( cités en fin de texte) ont tiré patiemment des archives des villes le récit des évènements de cette époque. Nous nous sommes permis de « picorer » dans leurs ouvrages. Bien que Montillot ne soit pas  mentionné avant la fin du 16ème siècle, on peut être certain que les graves difficultés  rencontrées par les villages  du Duché de Bourgogne tout proche, n’ont pas épargné ses habitants…L’énumération qui suit est assez longue, mais elle est nécessaire pour bien comprendre dans quel état d’esprit nos ancêtres de l’Avallonnais et du Vézélien ont abordé le 16ème siècle.

1- En 1359, les Anglais et les Navarrais prennent Auxerre, rançonnent les habitants puis pillent et incendient les villages voisins. Les portes de Vermenton sont forcées et l’église pillée. Avallon est épargnée, du seul fait que la peste y décime la population ; les alentours sont pillés et beaucoup de terres resteront incultes plusieurs années.

En janvier 1360, le roi d’Angleterre Edouard III lui-même, à la tête de son armée, arrive par Tonnerre et Noyers et attaque les forces du duc de Bourgogne massées à Montréal. Les combats sont sanglants. Edouard III s’installe dans le château de Guillon, et lance des incursions alentour. Le 10 mars, le traité de Guillon est signé, par lequel, contre une somme de 200.000 « deniers d’or au mouton », les Anglais s’engagent à quitter le pays.

Edouard III se dirige vers Paris, en passant par Vézelay, « destroussant partout où il allait »…

Ses chefs de guerre donnent congé à leurs gens, qui vivent de brigandage dans la campagne.

En mai 1360, le traité de Brétigny cède au roi d’Angleterre tout le Sud-Ouest de la France.

Une troupe de bandits anglais s’installe au château de Pierre-Perthuis ; le jeune duc de Bourgogne Philippe de Rouvre, vient lui-même aider les habitants de Vézelay à les chasser. Mais ils reviennent ; les combattants bourguignons et vézeliens, aidés de mercenaires allemands, reprennent la place forte.

En 1361, on voit de plus en plus les brigands regroupés en « Grandes Compagnies » : « Bretons » et « Gascons » sévissent en Auxois , Lorrains et Allemands en Champagne…Les « Bretons » établissent leur quartier-général à Arcy-sur-Cure, d’où ils rançonnent la contrée.

7000 « routiers » envahissent la région, occupent PrécyFoissyPierre-Perthuis, et attaquent Vézelay qui, fortifié par ses habitants en 1356, leur résiste.

En 1368, les habitants de Vermenton obtiennent, par lettre royale de Charles V, l’autorisation d’entourer la ville de murailles ( entre autres raisons « les bons vins qui servent à la provision de Paris et d’autre slieux »…).

Les Anglais reviennent en 1372 et prennent Vaux (Vault-de-Lugny) et Pontaubert.

La peste sévit dans l’Avallonnais de 1380 à 1382, puis en 1392 ; la mortalité est telle qu’il reste moins de 100 « feux » ( foyers) à Avallon…

A partir de 1407, la guerre civile s’ajoute à la guerre étrangère. Pour raisons de succession au trône (le roi et le duc de Bourgogne sont cousins-germains…), la Cour se partage en 2 factions, les « Armagnacs » et les « Bourguignons », qui cherchent à maîtriser Paris et neutraliser le roi, devenu fou en 1392.

Après  avoir battu l’armée  de Charles VI à Azincourt (Pas-de-Calais) en octobre 1415, le roi d’Angleterre Henri V entreprend l’occupation méthodique du territoire français qu’il considère comme son royaume : la Normandie d’abord, puis l’Ile de France en partie.

En 1417,  Vézelay se met du côté du duc de Bourgogne Jean sans Peur, et, après l’assassinat de celui-ci à Montereau en 1419 par le clan « armagnac » entourant le Dauphin, suit son fils Philippe le Bon dans son alliance vengeresse avec les Anglais.

La défense de la frontière Ouest de la Bourgogne s’organise à partir des « villes forteresses » Avallon, Montréal, Châtel-Gérard, Noyers …et des « forteresses secondaires » Voutenay, Arcy, Pierre-Perthuis, Vault-de-Lugny, Chastellux, Maraut, Villarnoux, Epoisses…

En 1418 (ou 1419 ?), Voutenay est pris par les Armagnacs ; en 1421 , Mailly-le-ChâteauArcy et Coulanges.

En 1420, Philippe le Bon signe avec Henri V le traité de Troyes, qui livre la France aux Anglais ; Henri V épousant Catherine de France, fille de Charles VI, devient l’héritier de celui-ci.  .

Charles VI et Henri V meurent tous les deux en 1422.

En août 1422, les deux alliés, le duc de Bedford, régent d’Angleterre, et le duc de Bourgogne regroupent leurs troupes à Vézelay.

En février 1423, Cravant est occupé par les  troupes royales, puis repris par les Bourguignons quelques jours après. En juillet, les Armagnacs mettent le siège devant Cravant, mais sont repoussés. De même Montréal est pris et repris.

En septembre 1424, Philippe le Bon décide de rompre avec l’Angleterre et de s’allier avec le roi de France ; il y gagnera plus tard les comtés d’Auxerre et de Mâcon. Mais le faible Charles VII reste dominé par son entourage, et les hostilités continuent entre Armagnacs et Bourguignons.

En 1426 Mailly-le-Château est pris par les Armagnacs, Joux-la-Ville est ravagé par le feu, la réserve de grain de l’église de Sermizelles est pillée. Le château de Voutenay est pris puis racheté pour 800 écus d’or imposés aux habitants de l’Avallonnais.

En 1427, Châtel-Censoir est « prise, saccagée et brûlée avec son château-fort », sa « population presque entière a péri », et « il n’est resté ni garnison, ni habitants, ni chanoines ». Sur 122 chefs de famille précédemment imposables et habitant la ville, il n’en restait plus un seul »…

2- C’est en 1429 qu’apparaît Jeanne d’Arc ; la petite paysanne-chef de guerre ramène la confiance dans le camp du « Roi de Bourges ». Le 17 juillet Charles VII est enfin sacré à Reims. Livrée aux Anglais par les Bourguignons, Jeanne est brûlée comme sorcière à Rouen le 30 mai 1431. En décembre, Henri VI d’Angleterre se fait couronner roi de France à la cathédrale de Paris. La situation reste confuse …

Fin 1432, Jacques d’Espailly, ex-capitaine des armées du Roi devenu le chef de bande Fortépice, prendAvallon par surprise, puis MarautVieux-ChâteauMagnyClamecyChâtel-Gérard…Plusieurs villages des bords de l’Armançon sont brûlés.

Philippe le Bon

Le duc  Philippe le Bon, qui séjournait  dans ses terres de Flandre, revient, regroupe des troupes et après de durs combats reprend Avallon en octobre 1433, puis le Château de Pierre-Perthuis. Fortépice abandonneCoulanges moyennant 5000 écus…

En 1435, au Congrès d’Arras, Philippe le Bon fait définitivement la paix avec le roi Charles VII ; en récompense, il  n’en sera plus le vassal sa vie durant . Il se fait alors appeler « Grand Duc d’Occident »…

Mais une fois encore, les troupes ainsi libérées continuent la guerre pour leur compte . Des bandes se constituent, qu’on baptise les « Ecorcheurs » ; et alors que la Normandie et l’Ile de France se libèrent des Anglais, la Basse-Bourgogne est à nouveau ravagée …

Un ex-capitaine de Charles VII, Robert Floquet, bailly d’Evreux, vient en juin 1438 occuper l’Avallonnais avec 1000 chevaux , s’installe à Pontaubert et au Vaux, et commence à couper les blés pas mûrs pour soumettre Avallon et les villages voisins  à rançon …L’Auxois est aussi envahi ; partout on pille, massacre et viole; de nombreux documents l’attestent.

A la fin de l’année, famine et peste s’ajoutent aux malheurs de l’Avallonnais ; des cadavres jonchent les rues, « les loups, habitués à se nourrir de la viande des morts, entraient dans la ville et dévoraient même les vivants », lit-on dans les annales des Carmes de Semur.

Prudents, les pillards se retirent dans le Charolais, mais reviennent et prennent Guillon et Montréal en février 1440. En 1441, ils logent leurs chevaux dans la Madeleine de Vézelay ; en novembre, le Maréchal de Bourgogne les chasse. Ils occupent le château de Pierre-Perthuis de 1440 à 1443.

Vers 1444, les chanoines et quelques habitants reviennent à Châtel-Censoir

Une trêve est signée à Tours en mai 1444 entre Français et Anglais : elle dure jusqu’en 1449 . Charles VII en profite pour réorganiser les affaires du royaume, en particulier sa défense. A partir des milices féodales indisciplinées il crée les « compagnies d’ordonnance », première « armée permanente » d’Europe, qu’il peut entretenir en levant chaque année un impôt appelé « taille » ; de plus il met en place une puissante artillerie ( la cavalerie ne sera plus la « reine des batailles »). Il punit sévèrement quelques criminels « Escorcheurs », il en entraîne une partie dans des combats meurtriers en Suisse et en Alsace, et amnistie  ceux qui restent  pour mieux se les attacher…

Il peut alors entreprendre une guerre de reconquête contre les Anglais. En 1437,  il était rentré à Paris ;  en 1449 il reprend Rouen, en 1451, Bordeaux et Bayonne. En juillet 1453, la bataille de Castillon ( sur les bords de la Dordogne) se solde pr 9000 morts mais marque la fin de la guerre de Cent ans. Les Anglais sont chassés de tout le continent à l’exception de Calais.

En 1461, Louis XI devient roi de France et en 1467 Charles le Téméraire  duc de Bourgogne .

Une ère de paix – relative …- commence ; les campagnes devraient pouvoir se relever lentement des désastres de la guerre. 

Mais Louis et Charles sont tous deux autoritaires, durs et ambitieux, n’ayant qu’un seul but: agrandir son propre royaume.

Charles a hérité de son père Philippe le Bon un grand Etat, formé de deux groupes de territoires, séparés par la Lorraine indépendante : les Pays-Bas ( de la mer du Nord au Luxembourg) et la Bourgogne (avec ses annexes Charolais, Auxerrois et Mâconnais) , avec un Chancelier, un Parlement et des Etats-Généraux. Il voudrait conquérir la Lorraine et les villes d’Alsace, constituer une coalition contre Louis XI et obtenir ensuite une couronne royale !

Tous les prétextes de discorde leurs seront bons…

 En 1465,  Charles s’était déjà associé à une ligue de princes français en révolte contre Louis XI (Guerre du « Bien public »). En 1468, il épouse la sœur du roi d’Angleterre Edouard IV, lequel vient d’annoncer son intention de passer la Manche et de revendiquer la couronne de France. 

En octobre, il retient prisonnier par surprise à Péronne le roi de France qui avait fomenté une révolte des Liégeois contre lui, et lui arrache des promesses qui ne seront pas tenues.  

En 1467, les troupes du roi font des incursions à l’ouest du Duché, menaçant TonnerreChablisSt Florentin…, vendangent quelques vignes et taxent les populations

Avallon et Noyers renforcent leurs défenses.

En 1470 et 1471, Louis XI lance des attaques en Picardie et en Chalonnais …Trêve en 1471 et 1472…mais les escarmouches ne cessent pas. Les gens d’Avallon sont inquiets car Tonnerre est occupé par les « ennemis Français » en novembre. En 1473, « l’Auxois, l’Avallonnais et l’Auxerrois sont attaqués sur tous les points à la fois » ; Girolles et Voutenay sont pris. En janvier 1475, quatre cents hommes de guerre s’emparent de Vézelay. Une garnison française campe à Pierre-Perthuis.

Charles le Téméraire  attaque la Lorraine puis l’annexe fin 1475; mais il est battu par les Suisses en 1476 et par le duc René de Lorraine devant Nancy le 5 janvier 1477 ; son cadavre à demi dévoré par les loups est retrouvé deux jours après. Louis XI met la main sur la Bourgogne, l’Artois et la Picardie ; il y installe de nouveaux gouverneurs et capitaines et mate brutalement les récalcitrants.

Mais la Bourgogne est en piteux état, « commerce anéanti, pillage des campagnes, partout des ruines et la désolation ». On n’est en sûreté nulle part. A l’entrée des places fortifiées, on fait le guet pour arrêter les mendiants organisés en grandes bandes. Les villes et les bourgs sont obligés d’héberger les troupes qui passent chaque jour, Français, Ecossais, Allemands …Famine et peste s’ajoutent à ces malheurs.

Louis XI meurt en 1483 ; son fils Charles VIII n’a que 13 ans et sa sœur aînée Anne de Beaujeu assure la régence, avec sagesse et fermeté. La France commence à se rétablir et sa population augmente…Mais quand le jeune roi prend le pouvoir, il est attiré par l’Italie et ses richesses ; il fait valoir ses droits de succession sur le royaume de Naples et commence les « guerres d’Italie » qui , poursuivies par ses successeurs Louis XII et François 1er  , dureront 24 ans…,  .

La peste sévit encore à Avallon en 1517, puis en 1523, – où l’on paye les malades pour les faire sortir de la ville -, et en 1526, où les habitants de Vézelay « vinrent prossessionnellement à Avallon implorer la fin de ces malheurs » (extrait des comptes de la châtellenie d’Avallon).

Des bandes d’aventuriers et de brigands courent encore les campagnes  périodiquement…

Pourtant, dans l’ensemble, la fin du 15ème et le début du 16ème siècles permettent à la France un retour à la prospérité, d’autant plus que les ardeurs guerrières des jeunes nobles sont canalisées vers des territoires étrangers !  

c)- Le règne de François 1er avant 1527.

Né à Cognac  en septembre 1494, de Louise de Savoie et de Charles d’Angoulême. Le roi Louis XII mourant le 1er janvier 1515, François d’Angoulême devient le roi François 1er, sacré à Reims le 25 janvier . Continuant le rêve de ses prédécesseurs, il veut conquérir de nouveaux territoires en Italie ; dès août 1515 (il a à peine 21 ans !), il traverse les Alpes au col de l’Argentière.  Attaqué par les Suisses, alliés des Milanais, en septembre, il les bat à Marignan, près de Milan, avec l’aide des Vénitiens . La paix conclue en 1516 rend à la France le Milanais, perdu par Louis XII.

Mais cette paix, dite « perpétuelle », ne dure que 5 ans. L’empereur germanique Maximilien meurt et Charles d’Espagne – préféré à François Ier, autre candidat – , est élu à sa succession sous le nom de Charles Quint. Celui-ci se trouve à la tête d’un territoire immense, résultant de plusieurs héritages : Alsace, Autriche, Pays-Bas, Franche-Comté, Sicile, Naples, Aragon, Castille et les possessions espagnoles d’Amérique du Sud, …Il veut reconquérir la Bourgogne qu’avait possédée son ancêtre Charles le Téméraire.

Les hostilités reprennent en 1521, les Français sont chassés du Milanais, et François Ier est fait prisonnier devant Pavie en 1525. Il est libéré par le traité de Madrid, en janvier 1526, par lequel il renonce au Milanais , à la Flandre et à l’Artois, et s’engage même à céder la Bourgogne. Mais il oublie vite ses promesses et la lutte contre Charles-Quint se poursuivra jusqu’à  la fin de son règne et  continuera avec son fils Henri II ….

d)- Après 1527 …en bref…

 Le mouvement de la Réforme apparaît en 1520 en Allemagne et s’étend progressivement en France et en Angleterre.

Le protestantisme s’est implanté très tôt dans les vallées de l’Yonne et de la Cure . En 1555, une église réformée s’ouvre à Vézelay…Un abbé de Vézelay devenu huguenot est excommunié en 1563…

Tout le reste du 16ème  siècle est marqué par des guerres de religion, qui renouvellent les  affres de la guerre de Cent Ans,  ravages, massacres, fausses trêves, pestes, famines…Les protestants se font aider de troupes suisses et allemandes.

A partir de 1576 apparaît un 3ème parti, celui des « catholiques-ultras », la Sainte-Ligue, dirigée par le duc de Guise, qui s’allie avec le roi d’Espagne, lève des troupes et s’arme.

C’est dans ce cadre qu’un engagement meurtrier a lieu en juillet 1589 près de Montillot, les troupes de la Ligue, qui tenaient Avallon et Vézelay, voulant reprendre Mailly-la-Ville tenu par les royalistes …

IV – Les motivations de l’ « enclosure »

Elles ressortent  avec évidence du récit ci-dessus et Mr P. Haasé les a parfaitement décrites dans son étude de 1998 :

–          les méfaits continuels des « gens de guerre » vivant sur le pays, qu’ils soient amis ou ennemis

–          le passage de mendiants et autres populations nomades, soupçonnés de vols et de diffusion de maladies ; ces errances étant dues à la précarité et la malnutrition provoquées par les mauvaises récoltes. Il est arrivé que des  famines jettent sur les routes des milliers d’indigents.

–          le passage de loups et de chiens errants souvent enragés..

–          les épidémies périodiques et en particulier la peste, ont fait des milliers de victimes. Or à cette époque, la lutte contre la maladie consistait surtout à éviter la contagion, en exilant les malades à l’extérieur du bourg, et en interdisant l’entrée à des voyageurs étrangers.

V – Le cas de Montillot

Monteluot  est situé sur un plateau entre la Cure et l’Yonne. On pourrait penser qu’il a été épargné par les guerres, du fait que les troupes qui rejoignent des zones de combats suivent de préférence les vallées.

On trouve  en effet très tôt des places fortifiées le long de ces vallées : Vézelay – avantagé par sa position dominante -, Pierre-Perthuis,  Saint Moré, Châtel-Censoir …

Mais il se trouve que

–          d’une part, les guerres entre le roi de France et le duc de Bourgogne ont fait de l’Avallonnais, aire frontalière, une zone de combats.

–          d’autre part, les multiples trêves « libéraient » des combattants qui, désoeuvrés et sans ressources,  se répandaient dans les campagnes environnantes.

–          on peut ajouter pour Montillot un fait  essentiel : une voie de communication importante y passe : le « Grand Chemin » d’Auxerre à Vézelay, passant par Mailly-la-Ville et Brosses, longe le bois du Fège, à l’ouest du village. Cette voie est citée dans le Cartulaire de Vézelay qui fait en 1464 l’inventaire des propriétés de l’Abbaye .

On peut donc affirmer qu’aucun village n’a pu échapper à ces errances …

La première solution a consisté à réserver aux habitants un espace réduit où ils pouvaient se réfugier en cas de menace, ou au moins y garer leurs biens les plus précieux, ne serait-ce que la récolte de grains. Une église ou une tour a souvent joué ce rôle.

A Montillot, d’après P.Haasé, la partie inférieure du « clocher fortifié  roman, aux longues archères ( ouvertures verticales étroites permettant de tirer à l’arc),  dominant l’ancien prieuré, est manifestement l’œuvre du 13ème siècle finissant ». Elle a pu servir de réserve …

En cas de grave danger, on pouvait aller se réfugier dans les forêts proches.

Au début du  16ème siècle, la paix revenue, le souvenir des horreurs des guerres était encore cuisant, et l’exigence de « seureté et garde du pais » primordiale. Depuis Louis XI, toute construction non autorisée devait être rasée et  toute demande devait être suivie d’une enquête faite par le bailli.

En 1501 et 1513, Louis XII était passé à Avallon ; en 1521 ce fut François 1er , montrant ainsi qu’ils s’intéressaient aux territoires bourguignons réunis à la Couronne par Louis XI.

En juin 1527, les « habitans et manans » de Monteluot adressent leur supplique au Roi ; celui-ci demande une enquête au Bailli d’Auxerre ; le résultat est soumis pour avis à son « Grand Conseil » et l’accord final est donné en octobre…

L’autorisation est donnée de construire toutes clôtures et fortifications nécessaires, et sont cités : murailles, tours, fossés, canonnières, pont-levis, barbacanes …Mais ces constructions devaient être faites sans subventions, aux frais des villageois. On ne peut donc s’étonner de la simplicité de la solution retenue : un simple mur avec des portes permettant le contrôle des entrées et sorties …
Il reste très peu de vestiges, sinon le tracé qui, depuis cette époque a imposé le dessin du village. Sur le plan ci-joint, tiré du « cadastre Napoléon » on constate que vers 1810, il y avait encore très peu de maisons en dehors de cette enceinte.

Les pierres de construction de ce mur ont dû être utilisées petit à petit pour la construction des maisons, surtout au début du 19ème siècle.

La longueur totale est de l’ordre de 1000 mètres.  Pour  d’autres villages,  on parle de largeur de 1 m au moins et d’une hauteur de 5 à 7 m. Ici rien ne permet d’estimer ces dimensions…

On peut supposer qu’il y avait 4 portes, aux endroits où les voies principales débouchent sur l’enceinte ; on trouve des noms dans des actes anciens : la Porte de la Chally à l’est, la Porte d’Emont et la Porte du Cloux au Sud,…

Il est certain que la protection était limitée à des vagabonds peu armés ; les portes étaient certainement fermées de nuit, une fois les récoltes et le bétail rentrés après l’Angélus du soir.  

BIBLIOGRAPHIE

–          Ernest PETIT  – « Avallon et l’Avallonnais. Etude historique » – GALLOT – Auxerre – 1867.

–          Georges DUBY – « Histoire de la France de 1348 à 1852 » – LARPOUSSE – 1991.

–          Louis GIRARD – «  Du Moyen Age aux temps modernes »  – BORDAS 1968.

–          Regionis – « Bourgogne » – MSM – 2002.

–          Bertrand SCHNERB – « L’Etat bourguignon 1363-1477» – PERRIN – 1999.

–          Alfred TURGOT – „ Histoire de la Ville et Abbaye de Vézelay“- Pas de l’Ane – 1997.

–          Max QUANTIN – « Histoire et institutions de la ville de Vermenton » – Res Universis – 1993.

–          E. PALLIER – « Recherches sur l’histoire de Châtel-Censoir » – LAFFITTE – Marseille – 1981.

–          CRDP Dijon – «  L’Yonne un département » – 1984.

–          Cadastre Napoléon. Archives Départementales de l’Yonne.

–          Site « Portail Bourgogne et Franche-Comté »:  http://gilles.maillet.free.fr/

–          Site http://www.herodote.net/histoire11020.htm

2 réponses sur « FORTIFICATIONS DE MONTELUOT »

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