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un peu d'histoires

Promenade aux alentours de Montillot … de l’An 1 à l’An 1000.

A. Buet, mai 2014

Introduction

Nous avons vu que pour les historiens, la protohistoire  se terminait dans nos régions au début de la Guerre des Gaules, soit environ 50 ans avant J-C. Cela signifie que les populations de notre Europe occidentale furent alors capables de rédiger les documents qui nous permettront de reconstituer leur histoire. Mais sachant que le village de Montillot n’apparaît dans les documents officiels qu’au 12ème siècle, nous devons trouver des traces ou des relations d’évènements plus anciens concernant des localités proches. Nous pourrons alors imaginer ce que pouvait être la vie dans notre coin de Bourgogne au cours du premier millénaire. D’où la méthode que nous proposons : imaginer une promenade, dans le temps et l’espace, autour du futur Montillot….

Dans le temps, le plan est facile à trouver dans les livres d’histoire :

1°) – la période gallo-romaine, couvrant les 4 premiers siècles.

2°) – les royaumes barbares, créés par les peuplades venues d’Asie et d’Europe de l’Est, en insistant sur le royaume de Burgondie, future Bourgogne.

3°) – les rois mérovingiens, descendant des premiers rois Francs, qui prirent le dessus sur leurs rivaux à la fin du 5ème siècle.

4°) – la dynastie carolingienne, créée par de hauts dignitaires qui après avoir vaincu les envahisseurs musulmans au cours du 8ème siècle, se sont emparés du pouvoir royal ; ils devront combattre de nouveaux envahisseurs, les Normands, aux 9ème et 10ème siècles.

Pour chaque période, nous explorerons l’espace environnant, cherchant vestiges, chroniques  et anecdotes associés à chaque lieu.

Epoque Gallo-Romaine (I)

Il est convenu d’appeler « gallo-romaine » la période qui s’est écoulée de la conquête de la Gaule par les Romains, – terminée en 52 avant J.C. – à la fin du 5ème siècle après J.C., marquée par la fin de l’Empire romain d’Occident (en 476) et en France par l’avènement de la dynastie mérovingienne ( Clovis fut « roi des Francs «  de 481 à 511). Sur ces 5 siècles, les 2 premiers se distinguent ; c’est la « pax romana », caractérisant la période pendant laquelle furent étendues à tout l’empire romain, dont notre Gaule, les institutions et les modes de vie de la civilisation gréco-latine. C’est une période de stabilité et de prospérité.

Quelles traces ont laissées ces Gaulois « romanisés » dans notre région ? Depuis le milieu du 19ème siècle, plusieurs archéologues – QUANTIN, BOUCHERON, BAUDOUIN, PARAT, PISSIER, LACROIX, NOUVEL- ont publié les résultats de leurs recherches dans les revues des Sociétés savantes  locales . Les vestiges les plus courants sont les pierres des chemins, des habitations et des monuments, ainsi que des objets de la vie domestique ( outils, pièces de monnaie). De nombreux objets trouvés au cours des fouilles sont exposés dans les musées d’Arcy-sur-Cure, de Saint-Père, de St Jean les Bonshommes, d’Avallon. d’Auxerre et de Châtillon-sur-Seine.

Les voies de communication

César, Auguste, Agrippa

Jules César a signalé la rapidité avec laquelle ses légions ont progressé en Gaule. C’est qu’un réseau routier y existait avant l’arrivée des Romains. Ceux-ci n’ont eu qu’à appliquer leurs propres normes de construction aux routes et chemins en service.

C’est Octave, le futur empereur Auguste, qui, dès avant la mort de Jules César, entreprit ces grands travaux avec l’aide de son conseiller, et futur gendre, Agrippa.

Les grands axes traversant la Gaule étaient terminés avant la fin du 1er siècle avant J.C.. La ville de Lyon (Lugdunum) a été choisie comme origine des « voies romaines », rayonnant en direction de la Méditerranée, des Alpes, de l’Atlantique, de la mer du Nord et des pays de l’Est…Ces voies devaient desservir des cités nouvelles, laissant de côté les « oppida » gaulois inaccessibles : Autun –Augustodunum-, capitale gallo-romaine des Eduens, remplacera Bibracte. Celle qui intéresse notre région a été appelée la « via Agrippa » ; elle devait relier Lyon à Boulogne-sur-Mer ( direction de la « Bretagne » de l’époque ), en passant par les cités qui s’appellent aujourd’hui Autun, Saulieu, Avallon, Auxerre, Troyes, Reims (alors capitale de la « Gaule belge ») et Amiens. Grâce aux recherches de nos archéologues et à leurs publications dans les bulletins de la Société des Etudes d’Avallon (S.E.A.) et de la Société des Sciences de l’Yonne  (S.S.Y.), nous savons depuis longtemps que , dans l’Yonne, la via Agrippa passait à – ou à proximité de…- Magny, Avallon (rue de Lyon ?), Anneot, Voutenay, Saint-Moré, – où elle franchissait la Cure -, Bazarnes, Escolives, Auxerre. Près de Magny, on a trouvé plusieurs portions de voie, dont l’une au lieu-dit « Pas de Saint Germain » . Est ainsi évoqué à cet endroit  le passage d’un personnage éminent, évènement rapporté par un chroniqueur à la fin du 5éme siècle, Constance de Lyon. Germain, né vers 380 dans une riche famille d’Appoigny, fut nommé évêque d’Auxerre en 418. S’étant rendu en Italie à Ravenne, alors capitale impériale de l’Occident, il y meurt le 31 juillet 448. Son corps embaumé est ramené à Auxerre sur un char à bœufs, accompagné, entre autres, de cinq pieuses jeunes filles nommées Pallaye, Procaire, Magnance, Camille et Maxime. Eprouvée par la chaleur de l’été, Magnance meurt et est inhumée au bord de la voie, à l’approche d’Auxerre. Deux siècles plus tard, son squelette fut retrouvé et le village voisin prit le nom de Ste-Magnance. Deux de ses amies, Camille et Pallaye, décédées un peu plus tard dans la même région, ont donné leur nom à deux autres localités, Escolives et Ste-Pallaye.

Le professeur Pierre NOUVEL, de l’Université de Besançon, partant de tous les rapports antérieurs, et les complétant par des reconnaissances aériennes – effectuées avec J.P. DELOR -, a publié dans le bulletin 2007 de la S.E.A., une carte restituant le tracé complet des « voies antiques de l’Avallonnais », carte reproduite ci-après avec son autorisation. Examinons-la:

La via Agrippa, N°1, la voie principale, conçue pour être rapide, traverse la région en diagonale par une suite de segments rectilignes Nous avions déjà remarqué, – noté ici « voie N°9 » – , le chemin qui passe tout près de Montillot, à la Duite, venant directement d’Asquins et rejoignant Brosses, et qui s’appelait sur le cadastre du début du 19ème siècle, le « Grand Chemin de Mailly-la-Ville à Vézelay ».

On voit aussi la « voie N°2 », qui, venant d’Autun par Domecy et Pierre-Perthuis, suit la vallée de la Cure entre Asquins et Sermizelles… ; et une autre qui, de Blannay, monte vers l’Ouest sur le plateau et rejoint Bois d’Arcy et Brosses.

Les voies antiques de l’avallonnais:
Voies N° 1, 1 bis, et 2, et voies N° 5, 6 et 9 desservant notre région.

Une carte très ancienne des voies de communication : la « Table de PEUTINGER ».

On dispose à la Bibliothèque Nationale Autrichienne de Vienne d’une copie faite au 13ème siècle par un moine de Colmar d’une « carte » romaine du 4ème siècle où figurent les routes et les villes principales de l’Empire romain…et même au-delà, vers l’Inde et la Chine. On l’appelle aussi « carte des étapes de Castirius », ou « Table théodosienne », par référence à Théodose, empereur romain du 4ème siècle.

La table complète est composée de 11 parchemins qui, mis bout à bout, forment une bande de près de 7 mètres de long sur 0,34m de large. L’échelle est exprimée, soit en milles romains ( 1478,50m), soit en «  lieues gauloises romanisées » (2222m).

Examinons la portion de « carte » ci-dessus, qui couvre notre région.

Notre « Via Agrippa » apparaît en bas à droite, avec une ville importante (représentée avec 2 tours ; c’est Augustodunum (Autun).

Un peu au dessus sur la droite, on voit Cabillione (Chalon-sur-Saône).

Partant vers la gauche on trouve Sidolocus (Saulieu) à 18 lieues, soit 40 km ; puis Aballo (Avallon), Autessiodurum (Auxerre), Baudritum (Bassou), Agetincum (Sens). Un grand bâtiment thermal est représenté, appelé Aquis Segeste, non identifié. A Auxerre, un embranchement nous emmène sur la droite de la Via Agrippa vers Eburobriga (Avrolles, village proche de St Florentin), puis Augustobona (Troyes) et un carrefour important, Riobe, identifié comme le village de Chateaubleau en Seine-et-Marne. De là, on peut rejoindre, soit Calagum (Chailly-en-Brie), soit Metegio (Melun), puis Luteci (Lutèce) et Brivaisara (Pontoise)… Dans le coin gauche, on trouve Avaricum (Bourges) et Ebimo (Nevers ?).

Les vestiges de constructions  (habitations et aménagements, monuments…)

Les Romains appelaient en latin « villa » un domaine foncier comportant des bâtiments d’exploitation agricole et d’habitation, construits en pierre. Des constructions plus ou moins importantes et luxueuses selon la richesse de leurs propriétaires ont donc progressivement remplacé les huttes en bois des Gaulois. L’abbé PARAT (1843-1931) dit en avoir repéré environ 300 dans l’Avallonnais, dont 40 sur le seul canton de Vézelay. « Il y en avait », écrit-il, « partout où il y a une terre fertile et de l’eau à proximité ». On a donc retrouvé des vestiges dans tous nos villages.

Certaines villas étaient plus luxueuses, telle la villa des Chagniats, à St Germain des Champs, avec 18 chambres, une citerne, des poteries, du marbre, une mosaïque de 9 mètres représentant des animaux et des fleurs (Musée d’Avallon)…

…ou  la villa  du Moulin Colas à Quarré-les-Tombes, avec aussi des mosaïques… ou des tuiles (ci-dessus).

Sur le territoire de la commune de Montillot et à proximité, l’abbé PARAT décrit les traces de plusieurs d’entre elles :

–       La « villa de Linières»  (Crot Toubon, près de la route du Vaudonjon) », reconnue par des  « pierres debout, tuiles ( les « tegulae », tuiles romaines à rebords), poteries diverses »

–       La « villa du Saulce », « chemin du lac Sauvin, climat dit des Tuileaux ou des Pierries, ruisseau, chemin ferré allant à la Fontaine Guinant (tarie), tuiles…» (lieu dit les osiers)

–       La « villa de Tameron », tuiles …

–       La « villa des Hérodats », près de ce hameau, « tuiles, briques, poteries, meule,… »

–       La « villa de Marot », « moulin, tout le long du vallon, nappes de scories, dites ferriers ou mâchefer ».

–       La « villa du Vaux Donjon », « en bas, sur la route, tuiles, poteries, médailles, bas-relief marbre, statuette de pierre homme assis » ( à voir aumusée du prieuré de St Jean les Bonshommes à Sauvigny le Bois).

L’abbé Parat

–       La « villa du champ des églises» tout près du Gué Pavé, côté Sud, sur le territoire d’Asquins, « étendue 5 arpents, nombreux blocs de pierre »…tuiles, poteries, colonne ornée de pampres… ». Ce site a été analysé avec précision au cours d’une Campagne française d’Archéologie aérienne à partir de 1970 (cf thèse de J.P. Delor en 1994).  P. Nouvel nous décrit  des bâtiments rectangulaires de 300 m Est-Ouest et plus de 100 m Nord-Sud, avec des systèmes d’adduction d’eau et un temple central.

Les monuments ou installations proches de la voie Agrippa.

Le temple de Mercure

C’est en 1822 qu’ont été fouillées les ruines d’un temple romain, sur la colline de Montmartre, dominant de 270 mètres  le village de Vault-de-Lugny et le hameau de Vermoiron. Elles ont été décrites en 1905 par M. Ernest PETIT, historien de la Bourgogne.

Il s’agissait d’un temple dédié au dieu Mercure, de forme carrée de 15m de côté environ, où l’on a trouvé des restes de statues en pierre et en marbre (Apollon, Minerve,…) et des pièces de monnaie correspondant aux règnes des empereurs des 3 premiers siècles de notre ère. Ce monument aurait été détruit vers 375, période du « renversement des idoles », sous le règne de Valentinien.

Saint-Moré-Chora et son «camp».

C’est l’historien romain Ammien Marcellin qui, vers 350,  mentionne pour la première fois le nom de Chora; pour désigner  une localité située sur la voie reliant  les 2 cités qui se sont appelées plus tard Autun et Auxerre. On admet aujourd’hui que ce mot, d’origine probable celtique, désignait la rivière appelée plus tard « Cure » et que les Romains ont donné ce même nom à leur place forte voisine.

C’est  au sommet de la colline de Villaucerre , à 110 mètres au-dessus de la vallée de la Cure, que l’on trouve en effet les restes d’une forteresse : muraille de 100 m de long et près de 3 m d’épaisseur avec 7 tours; fossé de 150 m de long et 10 à 15 m de large. Au-dessus, s’étend un plateau escarpé de 25 ha.

Les monnaies trouvées par l’abbé PARAT couvrent la période du 1er au 4ème siècle. Comme il a été ramassé sur le plateau des ossements, des galets, des silex, des poteries des époques de la pierre polie, du bronze et du fer, on a conclu, avec René LOUIS,  qu’il s’agit « d’une enceinte protohistorique restaurée et réoccupée à l’époque gallo-romaine », les légions romaines devant surveiller d’abord la construction de la voie, puis la circulation sur la via Agrippa. La date de la restauration des murailles est mal connue ; J.P. DELOR la situe au 3ème siècle.

Au pied de la colline et au bord de la rivière on a trouvé des vestiges de constructions de la même époque – pierres, poteries, tuiles, médailles…-. L’abbé Parat cite en particulier « la villa Cérès, dans l’enclos du château ; corps principal de 26 m de long, avec 8 salles, des dépendances bordant la Voie avec 7 chambres, une statue de l’Abondance assise (musée d’Avallon)… ». ; dans le cimetière, des tuiles, des sarcophages, une statuette de bronze de Vénus… ; un petit aqueduc, amenant l’eau d’une source de la colline voisine à une villa.

P. Nouvel nous indique que Chora-St Moré était un poste frontière entre 2 des 4 grandes régions administratives crées par Constantin, la Lyonnaise 1ère (autour de Lyon et des vallées de la Saône et de l’Allier, donc couvrant Autun et l’Avallonnais) et la Lyonnaise 4ème (autour de Sens et Orléans). « Les Sarmates, Germains intégrés comme militaires dans l’Empire romain, protégeaient les parcours fortifiés ».On pense que vient de là le nom de Sermizelles, apparu vers l’an 1200.

Le centre sidérurgique des « Ferrières près de Vézelay».

L’abbé LACROIX, qui a organisé à Vézelay en 1968 une exposition sur ce Centre, nous l’explique dans une notice:

Le plateau situé à 4 ou 5 km au Sud-Ouest de Vézelay ( sur la commune de Fontenay-sous Vézelay) est constitué, à sa partie supérieure « de 50 mètres de calcaires marneux et de marnes … le Baljacien Supérieur, dans lesquels s’intercalent de nombreux niveaux d’oolithes ferrugineuses » . L’extraction de ces pierres brunes, plus ou moins grosses, et leur traitement par fusion étaient faciles, et ont dû être effectués depuis fort longtemps. Mais une exploitation rationnelle a été organisée durant tout le 2ème siècle et au début du 3ème . Sur 25 ha, aux lieux-dits « Bois des Ferrières », « Bois du Fourneau », « Bois du Crot au Port », « Bois de la Souche Noire »…on a trouvé de nombreux vestiges de cette exploitation – 2000 ont été relevés aux Ferrières,  400 au Crot au Port…-,entonnoirs d’extraction, puits d’eau et d’argile, fosses de lavage, chemins ferriers…Après lavage, le minerai était concassé, puis mélangé au charbon de bois tiré du bois des forêts voisines, et introduit dans le four, une petite tour d’argile de 1,50 m de diamètre.. On a trouvé aussi les fondations de villas qui pouvaient servir de centre administratif., un sanctuaire au Crot au Port, avec un autel consacré au Dieu Mercure, des céramiques, des anses d’amphores venues du Sud de l’Andalousie…

Une loi romaine, la « Lex metallis dicta » réglait les conditions d’exploitation.

On a évalué à plusieurs milliers l’effectif du  personnel travaillant aux mines sur ce centre -esclaves et  prisonniers –

Notons, – encore plus près de Montillot -, que l’Abbé PARAT a fait en 1906 une conférence intitulée « la métallurgie ancienne dans la vallée de Brosses » : il avait en effet mis en évidence des « ferriers », tas de scories tout à fait semblables à ceux de Vézelay, « tout le long de la vallée, depuis l’étang de Marot jusqu’à Vau-Coupeau ».

Et si, sur Montillot même, on ne trouve pas trace d’une exploitation ancienne, les pierres brunes ramassées dans les champs au cours des siècles sont très visibles au sein des murs de pierres sèches…

Les Fontaines Salées

Nous avons déjà signalé que les premières découvertes de René LOUIS en 1934 sur ce site proche de Saint-Père portaient sur les vestiges d’un établissement thermal gallo-romain. Il a été ensuite démontré que ces sources – chaudes ( environ 15°) et très minéralisées (environ 10g par litre) – avaient été exploitées pour leur sel dès la plus haute antiquité.

René Louis

Dès le 1er siècle après J.C. débuta la construction d’un établissement typiquement romain, qui fut agrandi au 2ème siècle.  La partie Nord était réservée aux hommes et la partie sud aux femmes.

On peut y reconnaître vestiaires, salles de transpiration, bains chauds par aspersion ou immersion, bains tièdes, bains froids, cour entourée de portiques (palestres) destinée aux exercices gymniques …

On pense que les « clients », aussi bien pour les bains que pour le sel,  venaient de la cité voisine , le « vicus Vercellacus » bâtie au pied de la colline du futur Vézelay  ( très probablement à l’emplacement du St Père actuel), mais aussi du centre sidérurgique des Ferrières auquel le reliait une voie directe.

Les fontaines salées

Epoque Gallo-Romaine (II)

Administration

N-B: Dans la suite du texte, nous nous réfèrerons fréquemment à l’ « Histoire de France » pour rappeler les évènements nationaux qui pouvaient avoir une répercussion locale et pour préciser à chaque époque les structures administratives dont dépendaient Montillot et ses environs. Dans le souci de faciliter la compréhension des évènements rapportés, toutes les localités citées le seront sous leur nom actuel.

César, en décrivant la Gaule, partageait ses peuples en Celtes, Aquitains et Belges.

Auguste, a poursuivi sur ce modèle l’organisation en « provinces impériales » commencée avec la Narbonnaise, en y ajoutant les Gaules (Belgique, Aquitaine et Lyonnaise), avec pour capitales respectives, Reims, Saintes et Lyon. Chaque province était en principe autonome et dirigée par un légat et un gouverneur, assistés de notables gaulois.

Vers +300, Dioclétien, puis Constantin,  redivisent ces provinces en 2 à 4 parties. Notre Gaule-Lyonnaise donnera la Lyonnaise 1ère, – autour des vallées de la Saône et de l’Allier, incluant Autun, Avallon, et Auxerre, avec Lyon pour capitale-, la Lyonnaise 2ème, capitale Rouen; la Lyonnaise 3ème , capitale Tours, et la Lyonnaise 4ème, capitale Sens, comprenant Orléans et le Sud de l’Ile-de-France. Nous avons vu que St Moré devait être à la frontière de la 1ère et de la 4ème.

Dioclétien, Constantin

Les Romains encouragent la création de villes (les « urbs » gallo-romaines),  relais du pouvoir. Dès 15 av. JC, Auguste avait créé Autun (Augustodunum) « sœur et émule de Rome », avec une enceinte, des portes monumentales et un théâtre romain. Une école de rhétorique y fut fondée, et, très tôt, y sont venus des étudiants de tout l’Empire.

L’« urbs » assurait le contrôle politique et religieux d’un territoire appelé  « civitas », la cité. La carte des voies romaines  présentée dans le texte ci-dessus, indique les limites approximatives des « cités » d’Auxerre et d’Autun. On voit que dans notre région la « ligne-frontière » moyenne irait de Châtel-Censoir à Joux-la-Ville, en passant par Bois d’Arcy et St Moré.

En fait, la ville proche la plus importante a d’abord été Sens ( un aqueduc y allait chercher l’eau de la ville dans la vallée de la Vanne).

Auxerre, bourgade gauloise sur les bords de l’Yonne ( « Dea Icauna »), a pris de l’importance lorsqu’elle a été traversée par la voie Agrippa, si bien qu’elle fut détachée de la cité de Sens vers l’an 300 par Dioclétien, et érigée en chef-lieu de cité (« Autessiodurum »).

Le « pagus » (devenu plus tard le « pays ») était une circonscription de la « cité »,  proche en surface de notre « canton ». Un exemple :  le « Pagus Avalensis » autour d’Avallon, à l’intérieur de la cité d’Autun. Sur son socle granitique, « Aballo » – nommée ainsi sur une monnaie des Eduens – fut auparavant un « oppidum » ( ou un simple « castrum » ?) gaulois. Au cours de travaux d’adduction d’eau en 1848, on a mis au jour dans les tranchées de la rue qui allait de la Tour d’Horloge à la place du Marché, cinq tombeaux de pierre avec des monnaies du Haut Empire (Auguste et Tibère).

D’après BAUDOUIN, le pagus d’Avallon s’étendait,-  sur la carte actuelle de notre région -, de Noyers à Corbigny et de Rouvray à Châtel-Censoir. Ce dernier village était alors un autre « castrum » de la région.  E.PALLIER nous l’explique : il « est situé sur une espèce de promontoire abrupt, entre 2 vallées profondes, celle de l’Yonne à l’Ouest et celle du ruisseau d’Ausson à l’Est ; ces deux cours d’eau, en se réunissant au pied de la montagne, forment la défense naturelle du fort » …dont il ne reste qu’une grosse tour et des pans de vieilles murailles ». Des monnaies de toutes les époques ont prouvé un séjour prolongé des Romains depuis les premiers empereurs.

A l’intérieur du « pagus », on trouvait de petites agglomérations rurales appelées « vici »  – « vicus » au singulier -,  constituées souvent autour d’une riche villa, dont le nom du propriétaire était joint à celui du « vicus ». Exemples:  le « Vicus-Vercellacus » – futur Saint-Père -, et le « Vicus-Scoliva » – futur Escolives, village déjà cité, situé à 10 km au Sud d’Auxerre, où l’on a découvert à partir de 1955 des vestiges datant du néolithique jusqu’à la période mérovingienne -.Tous les deux avaient leurs thermes…

La Gaule étant intégrée dans l’Empire romain, son sol est devenu propriété du peuple romain (« ager publicus »). Les Gaulois indigènes payent l’impôt ; l’ensemble du territoire a donc été cadastré dès le premier siècle.

Agriculture

Les Romains ont apporté avec eux leur organisation et les traditions issues de plusieurs siècles d’expériences au Moyen Orient  (particulièrement des Egyptiens et des Chaldéens).

Selon l’abbé PARAT d’après PLINE, «  les Gaulois avaient la charrue (« araire ») et connaissaient la chaux en amendements ». Avec les Romains, ils ont ajouté le soc en fer,  utilisé les engrais verts et mis en place la rotation biennale des cultures.

Selon le Romain PALLADIUS dans son traité « opus agriculturae », ils moissonnaient sur les terrains plats du Nord-Est de la Gaule avec des « vallus », chacun de ces véhicules étant poussé par un bœuf et constitué d’un plateau sur roues muni à l’avant de dents à hauteur des épis.

On a recherché les traces les plus anciennes de culture de la vigne dans la future Bourgogne. Les Grecs auraient introduit cette culture en Gaule dès la fondation de Marseille, vers -600 av JC ; culture longtemps limitée à la proximité du littoral. Mais le vin, amené en grande quantité par voie maritime dans toute la Gaule par des marchands venus des cités étrusques, était aussi très apprécié par les riches Gaulois…et payé soit en deniers soit par échange d’esclaves ( une amphore pour un esclave, d’après Diodore de Sicile !). Après la conquête, la production s’accrut, mais concurrençant les vins italiens, elle  fut interdite par l’empereur Probus en  92 ap JC. Il fallut attendre 2 siècles – vers 280 ap JC-, pour que Domitien, devant la menace d’invasions barbares flatte les Gaulois en autorisant à nouveau la plantation de vignes . D’où le développement des vignobles dans le Languedoc, le Bordelais, la vallée du Rhône et jusqu’à la région parisienne. Les Gaulois ont amélioré les techniques de vieillissement, les tonneaux et les cuves en bois de chêne remplaçant peu à peu les amphores.

Une allusion à un vignoble proche de la vallée de la Saône apparaît dans un discours prononcé vers 310 par Eumène, un rhéteur romain : il parle du « Pagus Arebrignus », où des vignes ont été dévastées lors des invasions barbares, vignes qui s’étendaient dans la plaine jusqu’à la Saône. Ce « pagus » a été reconnu comme situé dans la zone actuelle de Nuits et Beaune.

Et au 6ème siècle, Grégoire de Tours, évêque et historien, parlant de Dijon – alors « Divio », métropole des Lingons, écrit : «  du côté de l’Occident sont des montagnes très fertiles, couvertes de vignes ».

A Gevray-Chambertin en 2008, des fouilles ont fait apparaître la trace de 120 ceps, et de nombreux pépins conservés et identifiables.

Plus près de nous, à Escolives, un bloc de pierre couvert de frises représente des vendangeurs ailés, l’un d’eux disposant des grappes dans un panier d’osier. 
On y reconnaîtrait le cépage du « plant de César », qui existe encore aujourd’hui. La région d’Auxerre était donc déjà connue pour ses vins.

Vézelay, en 1689, on aurait trouvé sous l’église St Etienne les vestiges d’un temple dédié à Bacchus, et à  Asquins, un sarcophage décoré de pampres et de grappesAu musée d’Avallon, on peut voir des raisins ornant des monuments funéraires des 1er et 2ème siècles.

Epoque Gallo-Romaine (III): Les débuts du christianisme

Les premiers chrétiens vivaient au 1er siècle en Palestine, province romaine peuplée surtout par des Juifs. A la suite des « Apôtres » propageant la « Bonne nouvelle » écrite vers la fin du 1er siècle dans le « Nouveau Testament », ils se dirigent vers l’Ouest .S’organisant en groupes structurés, ils créent des « églises » locales à Antioche  – dont Pierre aurait été le premier évêque -, Damas, Césarée…puis ils gagnent Rome. Les Romains, jusque là assez tolérants à l’égard des autres religions, s’irritent de voir les Chrétiens refuser de participer au culte impérial. On méprise une religion qui se répand d’abord parmi les pauvres et les esclaves…Tacite, sénateur romain et historien, les accusait de « haine pour le genre humain ». Pourtant, malgré les persécutions, le christianisme continue à se diffuser. Au début de l’occupation , les Gaulois avaient adopté les Dieux romains. Et pourtant, c’est dans les centres de la religion d’Etat que se propage la nouvelle religion : Lyon, Autun, Bordeaux. Une communauté chrétienne aurait existé dès 177 à Autun. La même année, Pothain, plus de 90 ans, venu de Smyrne, premier évêque de Lyon, la jeune esclave Blandine, et leurs compagnons auraient été arrêtés et martyrisés sur l’ordre de Marc-Aurèle. Le prêtre Irénée, lui aussi de langue et de culture grecque, lui a succédé. Théologien, il s’est consacré à la formation de missionnaires pour l’évangélisation de la région, créant en particulier les diocèses de Vienne et Besançon. Lui aussi aurait été martyrisé à Lyon vers 202, victime d’un édit de persécution de Septime Sévère. Des « vagues » de persécutions sont signalées en 257 et 288 sous Valérien, et en 303 sous Dioclétien.

Dans nos régions, on cite  le martyre de Reine, qui faisait paître ses moutons au pied du Mont Auxois, et fut suppliciée par le consul Olibrius en 253 …celui d’Andoche, tué en 177 avec ses compagnons sur la route de Saulieu, et devenu « patron » de cette ville ;…en 274, celui de Colombe, qui avait fui l’Espagne à cause des persécutions et rejoint la communauté chrétienne de Sens  …toujours à Sens, deux évêques successifs venus de Rome, Savinien, décapité à la hache, et Potentien, exécuté en 241. Ce dernier devint « patron » de Châtel-Censoir où il aurait précédemment accompli des miracles..…En 303, Pèlerin, citoyen romain venu évangéliser Auxerre, fut martyrisé à Entrains ; il avait élevé la toute première église de sa ville.

Après Dioclétien, Constantin ne prit le pouvoir qu’après une longue période d’anarchie. Selon la tradition chrétienne, après des songes prémonitoires et des visions, il accorda en 313 par l’Edit de Milan la liberté de culte « aux chrétiens et à tous les autres »… « de telle sorte que ce qu’il peut y avoir de divinité et de pouvoir céleste puisse nous être bienveillant ». Il reçut le baptême sur son lit de mort en 337.  L’un de ses successeurs, Théodose 1er, institua en 380 le christianisme comme seule religion officielle, et interdit les cultes païens. Des évêques s’installent dans chacune des cités de l’Empire et y établissent leur siège. Les conciles de Nicée en 326 et de Chalcédoine en 451 ont recommandé de faire coïncider les limites des diocèses et des circonscriptions civiles.

Théodose 1r

Nota : il est intéressant de constater le respect de ce principe au cours des siècles suivants ;  la frontière approximative des cités eduens d’Auxerre  et Autun présentée plus haut sur la carte des voies romaines, reste sensiblement la même pour les diocèses au 5ème siècle et les comtés du 9ème… Et aujourd’hui, nous constatons que Châtel-Censoir, Brosses, Montillot, Voutenay, Blannay, Sermizelles, font partie de l’arrondissement d’Avallon… tandis que les communes limitrophes vers le Nord, Merry, Mailly-la-Ville, Bois d’Arcy, Arcy … sont dans l’arrondissement d’Auxerre.

Fin de la « paix romaine ». Révoltes et  invasions. Fin de l’Empire romain

A partir du 1er siècle, les cours supérieurs du Rhin et du Danube ont constitué  la frontière entre la Gaule romaine et les peuples germaniques. Ceux-ci, tribus peu évoluées , batailleuses et souvent rivales, se déplaçaient sans cesse  en quête de terres nouvelles.

Dès le 2ème siècle, Marc-Aurèle, empereur de 161 à 180 ( et aussi philosophe stoïcien !), avait dû combattre les Parthes qui avaient envahi les provinces orientales de l’Empire, puis d’autres peuplades qui menaçaient le Nord de l’Italie. Des fortifications ont été construites  aux frontières,- formant le « limes » de Germanie – (qui s’est étendu jusqu’au Nord de l’Angleterre), quelquefois défendu avec l’aide de tribus voisines qui avaient accepté de se « fédérer » avec l’Empire romain.

Au début du 3ème siècle, ce sont les Alamans qui menacent le limes de Germanie à la charnière entre Rhin et Danube. ; ils sont repoussés par Caracalla en 236. En 258  (ou en 276 ?…), ils franchissent à nouveau le limes Rhin-Danube, débouchent par les Vosges, le Jura et les Alpes, et « lancent des raids dévastateurs en Gaule, Espagne et Italie ». C’est à cette époque qu’Auxerre a été incendiée et pillée, et que nos historiens situent la destruction des établissements thermaux des Fontaines Salées. ( Au siècle suivant des paysans « sauniers » exploitent le sel par évaporation et préparent des saumures, mais les thermes ne sont pas remis en service ). Les paysans s’enfuient dans les forêts des alentours. Les plus aisés enfouissent leur petite fortune, qu’ils n’ont jamais pu  récupérer, d’où les « trésors » retrouvés beaucoup plus tard… Dans la même période, Autun subit un siège de 7 mois et fut détruite ; selon les sources, auraient été impliqués, soit Victorinus, un officier romain ayant usurpé le titre d’empereur, soit les Bagaudes, bandes de brigands, de soldats déserteurs et de paysans révoltés contre la pression fiscale… Constantin a fait reconstruire la ville au siècle suivant. Le rhéteur Eumène évoque en 297 dans les campagnes au Nord d’Autun « ruines, terres en friche, vignes abandonnées ».

Les campagnes se sont  succédé aux 3ème et 4ème siècles pour refouler les envahisseurs, mais à la fin du 4ème, « l’Empire va succomber sous un assaut généralisé ». Les Huns, venant d’Asie Centrale, franchissent la Volga vers 374 et refoulent vers l’Ouest les peuples germains, les Wisigoths venant d’Asie Mineure, puis les Francs, les Burgondes, les Vandales, les Alains ; les Suèves qui franchissent le Rhin gelé en décembre 406. En 451 les Romains et les Germains – essentiellement Wisigoths, Burgondes et Francs (conduits, dit-on, par Mérovée)  – unissent leurs forces sous le commandement d’Aetius et repoussent les Huns aux Champs Catalauniques, près de Troyes. Auparavant, Attila avait ravagé tout le Nord de la Gaule, incendié Metz, détruit Reims, saccagé Auxerre, mais abandonné devant Paris et Orléans.

Cependant le pouvoir impérial s’affaiblit ; depuis 395, l’Empire romain était en 2 parties, Orient et Occident. Les Germains se sont intégrés de plus en plus dans les populations. Fournissant des soldats, ils ont obtenu des fonctions importantes dans l’administration et dans l’armée romaines.. Les empereurs commencent par quitter Rome pour Ravenne, et en 476, un chef germain devenu général romain, Odaocre, dépose le dernier empereur Romulus Augustule.

Les Royaumes Barbares

« Sur les ruines de l’Empire romain d’Occident sont apparus des royaumes fondés par les Germains » .(Hist. Girard). Ces peuples, qui avaient leurs propres rois, ont pris de plus en plus d’importance et l’Empire leur a progressivement abandonné les territoires qu’ils occupaient : la Gaule du Nord-Est aux Francs, le sillon Rhodanien, entre la Loire et la Suisse, aux Burgondes, l’Aquitaine et l’Espagne aux Wisigoths, Alsace et Suisse aux Alamans, Italie aux Ostrogoths. Dans le Nord-Ouest de la Gaule, entre Loire et Somme, « régnait » Syagrius , un général romain. Après 476, ces royaumes deviennent autonomes…et donc rivaux.

Après 476, ces royaumes deviennent autonomes…et donc rivaux

En 481Clovis, petit-fils de Mérovée, devient roi des Francs Saliens. N’hésitant pas à éliminer  les obstacles par tous moyens, et disposant de troupes aguerries, il réussit en 30 ans à agrandir considérablement son royaume, annexant après combats le royaume de Syagrius et une partie de celui des Wisigoths ( jusqu’aux Pyrénées), et repoussant Burgondes et Alamans.

Entre 492 et 500, il épouse Clotilde, princesse burgonde chrétienne, et il reçoit lui-même le baptême vers l’an 500. Il aura par la suite le soutien des évêques…Il est mort en novembre 511 à 45 ans.

Au commencement était la Burgondie

Pline l’Ancien localisait le peuple burgonde au 1er siècle près de l’Oder et de la Vistule. C’est un peuple Arien. Attaqués par un peuple voisin vers 250, les Burgondes partent vers l’Ouest. En 270, ils sont sur l’Elbe. Au 4ème siècle, ils séjournent dans la vallée du Main, et s’allient aux Romains contre les Alamans. En 407, ils participent à l’invasion de la Gaule, et aux saccages des villes de Mayence et Worms, mais ils restent ensuite près de la rive gauche du Rhin, de Mayence à Strasbourg. Entretenant des relations étroites avec les Romains et les nobles gaulois locaux, ils auraient reçu en 413 une zone située près du Rhin (par « foedus », traité signé avec Rome). Mais vers 437, leur armée est anéantie, probablement par les Huns ; les survivants sont accueillis près de Genève, et en 443 un territoire plus important situé autour du lac Léman ( la « Sapaudie », « pays des sapins », future Savoie) leur est confié par Aetius, avec le statut de « peuple fédéré » et la mission de défendre la frontière contre les Alamans. Les chefs des Burgondes sont alors deux frères, Gondloc et Chilpéric l’Ancien, rois tous les deux et installés à Genève. En 451, les Burgondes ont participé à la bataille des Champs Catalauniques et à la victoire sur les Huns.

Vers 457, à la suite de négociations avec des sénateurs gaulois qui cherchaient à se soustraire à l’autorité vacillante de l’Empire romain, et après s’être assurés de la non-opposition de Théodoric, roi des Wisigoths,  les deux rois étendent notablement le territoire burgonde, vers le Nord en prenant les cités de Lyon, Chalon, Autun, Besançon, Langres, vers le Sud avec Grenoble, le Valais et la Tarentaise.

Une deuxième « vague », dont les circonstances restent « floues », eut lieu de 469 à 475 et aboutit à l’extension du territoire burgonde vers Valence, Orange, Avignon, Cavaillon, Gap, Embrun, Sisteron…

Vers 470, la royauté burgonde est partagée entre deux frères, Gondebaud, siégeant à Lyon, pour la partie Sud et Gondegisèle, siégeant à Genève, pour la partie Nord.

Vers 500, Godegisèle obtient l’aide de Clovis, roi des Francs pour combattre son frère et s’emparer de son royaume. Une bataille a lieu sous les murs du castrum de Dijon. Gondebaud, d’abord battu, s’enfuit à Avignon, dont Clovis fait le siège; mais s’étant allié entre temps au roi des Wisigoths, il sort finalement vainqueur et tue son frère.

Devenu seul maître de la Burgondie, il se rapproche de Clovis. Là se situe un évènement local, évoqué ci-dessous…

La rencontre entre Gondebaud et Clovis 1er sur la Cure

Cet évènement nous est révélé comme un épisode de la vie de Saint-Eptade (« Vita Eptadi »); Eptade , d’abord fonctionnaire de la ville d’Autun, devint prêtre  et se consacra aux pauvres et aux prisonniers. Sa conduite édifiante avait attiré l’attention de Clovis. D’après la traduction de K ;Escher dans son ouvrage « les Burgondes » , « … A l’époque où sur les bords du fleuve Cure deux rois puissants se réunissent pour faire la paix, ….le très excellent roi des Francs Clovis demanda au roi Gondebaud de lui accorder d’ordonner évêque pour sa cité d’Auxerre ce très saint homme Eptade… »

Gondebaud

Selon la coutume, la rencontre aurait eu lieu «  aux limites respectives de leurs royaumes entre les évêchés d’Auxerre et d’Autun »…et sur une île ( ?) de la Cure , d’après l’ouvrage intitulé « Clovis, l’homme ». de Claude Begat, auteur moderne de « récits historiques ». ,On pourrait donc situer cette rencontre sur notre rivière , quelque part entre Arcy et Voutenay, vers l’an 500…

 Selon certains historiens, la conversation aurait aussi porté sur d’autres sujets plus importants, – conflits frontaliers, projets d’alliances…-. Quant à Eptade, il aurait refusé par modestie la fonction d’évêque, serait parti dans la forêt et aurait créé le monastère de Cervon, près de Corbigny, dans la Nièvre…

Suite et fin de l’histoire de la Bourgondie

Notons que vers 495 ( à quelques années près selon les auteurs…), Clovis avait épousé Clotilde, nièce de Gondebaud. C’est elle qui remplace l’oratoire où Germain avait choisi de reposer à Auxerre en 448 par une abbaye qu’elle lui dédie.

La Reine Clotilde, Jardins du Luxembourg, Paris

En 507, Gondebaud est allié à Clovis  dans sa campagne contre les Wisigoths. Après leur victoire à Vouillé, près de Poitiers, l’immense territoire des Wisigoths tombe aux mains du roi des Francs. Clovis et Gondebaud arrivent à Toulouse au printemps 508. Mais après d’autres combats, la Provence, visée par Gondebaud, reste aux mains de Théodoric, roi des Ostrogoths ( qui occupent alors le Nord de l’Italie).

A l’intérieur de son royaume, Gondebaud a toujours cherché à rapprocher les deux ethnies, burgonde et gallo-romaine. La « loi Gombette » au début des années 500, établit les règles d’ « hospitalité », le mode de répartition des terres et se distingue particulièrement par l’hommage rendu à l’autorité de la mère.

Clodomir, fils de Clovis, sur un fond de querelles familiales et dans un esprit de vengeance suite à des assassinats antérieurs, attaque Sigismond, fils de Gondebaud (mort en 516), mais il est tué dans l’Isère en 524. Ses frères reprennent la guerre et en 534, le royaume des Burgondes s’écroule et est partagé par les Francs entre trois frères, Théodebert, Childebert et Clotaire. La partie au Sud de Grenoble est annexée par les Ostrogoths…

Pour les historiens, la cohésion entre les deux ethnies était devenue telle qu’un «état d’esprit bourguignon» s’était créé.

Le royaume burgonde s’était évanoui, mais la Bourgogne était née.

Les rois Mérovingiens

Suite de l’histoire des Francs  (réf : Coll. Histoire L.Girard)

Après Clovis, les rois francs forment la dynastie des  Mérovingiens, dont les membres se succèdent héréditairement, les fils se partageant les territoires du père. Ils règnent en souverains absolus « La Gaule mérovingienne est un pays barbare, où les bienfaits de la paix romaine sont à peine des souvenirs. Les villes ne sont plus que des bourgades en un temps où le commerce est presque inexistant, où la terre est devenue la seule forme de richesse »… « Les rois vivent dans de frustes palais de bois dont rien ne s’est conservé » . « en fait d’objets d’art, cette époque n’a laissé que de riches bijoux et des armes ciselées  ». La seule œuvre littéraire de cette époque qui nous soit parvenue fut rédigée en latin ancien par l’évêque Grégoire de Tours (539-594) dans un ouvrage intitulé « Dix livres d’histoire » (allant de la Création du Monde à 591…) ou bien « Histoire des Francs ». Certains épisodes furent dans les mémoires de nombreux écoliers : le sacre et le baptême de Clovis, l’anecdote du vase de Soissons, l’histoire de Frédégonde et Brunehaut .

Quelques rappels pour le décor … En 511, à la mort de Clovis, 4 royaumes, de capitales Reims, Soissons, Paris et Orléans, sont attribués selon la coutume franque, à ses 4 fils. En 558, seul Clotaire 1er survit ; il peut donc réunifier le royaume. Mais à sa mort en 561, nouveau partage en 4 parties:

– le « royaume de Paris » (ci-joint  en rose), de la Somme aux Pyrénées, avec le Bassin Parisien, dont Sens plus une partie de la Provence, à Caribert.

– la Neustrie (en jaune), capitale Soissons, avec Arras, Cambrai et Tournai, à Chilpéric.

– l’Austrasie  (en bleu), capitale Reims, en 2 parties : au Sud, l’Auvergne ; au N-E, Metz, Strasbourg, Cologne et au-delà du Rhin jusqu’à la Saxe et la Thuringe…à Sigibert.

– le « royaume d’Orléans » (en vert), ex-Burgondie, comprenant Orléans, Bourges et Troyes, avec la Bourgogne conquise entre temps, dont Auxerre, Nevers, Autun, Besançon, Sion, Genève, Gap…à Gontran.

Sigibert épouse en 566 Brunehaut (env 547-613), née en Andalousie, fille d’un roi wisigoth. Son frère Chilpéric, – vivant avec Frédégonde, une servante qui aspire à devenir reine -, est jaloux de ce mariage princier et épouse la sœur de Brunehaut. Cette nouvelle épouse meurt, étranglée dans son lit et Chilpéric épouse Frédégonde… Brunehaut veut venger sa sœur et de l’affrontement entre les deux reines résulte une guerre entre Neustrie et Austrasie, à laquelle participent les autres royaumes, soit « trente ans de rivalités et de crimes »… Frédégonde morte en 597, c’est Clotaire II, roi de Neustrie, fils de Chilpéric et Frédégonde, qui met fin à ces luttes fratricides en prenant le dessus sur Brunehaut . Rejetée par les nobles d’Austrasie. elle est arrêtée, jugée, suppliciée pendant trois jours et meurt attachée par les cheveux, un bras et une jambe à la queue d’un cheval sauvage … en 613 à Renève (Côte d’Or) à 30 km à l’est de Dijon. Clotaire II, ayant conquis l’Austrasie et la Bourgogne, règne ensuite sur l’ensemble du royaume franc, jusqu’à 629. Son fils Dagobert 1er (env.603 à 639) lui succède et règne de 629 à 639.

Quelques détails sur Brunehaut et notre région

En 589, Brunehaut et l’évêque d’Autun Syagre ont créé, sur les ruines de temples païens, 3 abbayes royales dans les faubourgs d’Autun. L’abbaye St Martin d’Autun devant accueillir 300 moines bénédictains, Brunehaut la dota d’importants domaines, situés en différents endroits, dont Avallon. M ;Max QUANTIN, dans un article paru dans le B.S.S.Y. de 1875, intitulé « Avallon aux 12ème et 13ème siècles », nous signale qu’à cette époque, l’abbaye de St Martin d’Autun était « seigneur du bourg St Martin d’Avallon, d’Annéot, de Girolles et de Tharot ». Aujourd’hui, il ne reste du château de Girolles que l’un des côtés d’une tour carrée, qu’on appelle encore la « Tour Brunehaut ».

Brunehaut

Son buste est présent sur le blason des Chastellux depuis le début du XVe siècle.

La fin des Mérovingiens

Sous les Mérovingiens, le pouvoir royal passe progressivement entre les mains des « maires du Palais ». Initialement intendants des domaines du Roi, ils sont devenus ducs, ministres, puis chefs des armées. ; ils font et défont les rois de la famille mérovingienne à leur guise… Childéric II déjà, était ainsi assisté des « Ducs » de Neustrie, d’Austrasie et de Bourgogne. Dagobert, secondé par d’excellents conseillers, Saint Eloi et Saint Ouen, recouvre un peu de l’autorité royale perdue par son père et réforme l’administration. Vers 628-630, il fait une grande tournée en Bourgogne, – par Langres, Dijon, Chalon, Autun, Auxerre, Sens…-, « en rendant la justice au nom de Dieu à chaque étape » Mais à sa mort, ses enfants ayant 4 et 8 ans, le pouvoir des maires du Palais s’accroît à nouveau ; ils se disputent le pouvoir. Finalement, celui d’Austrasie, Pepin de Herstal, triomphe et gouverne sous 3 rois successifs, jusqu’à sa mort en 714. L’un de ses fils  Charles, appelé plus tard Charles Martel ( env. 690 à 741) lui succède en 717 après une période trouble, et prend  petit à petit le contrôle des 3 royaumes francs, …sous 3 rois successifs. Il étendra aussi le  territoire vers l’Est, conquérant l’Autriche et le Sud de l’Allemagne de 720 à 730 et, de plus, après sa victoire contre les Arabes il apparaîtra comme le « sauveur de la chrétienté ».

Invasion des Musulmans

Mahomet (env. 570 à 632), d’abord berger et caravanier, « révéla » en Arabie une nouvelle religion, l’Islam ( « soumission »…aux volontés de Dieu), avec un « livre saint », le Coran ; et descroyants, les Musulmans. Ses successeurs, ou « Califes » « ont encouragé la diffusion de la foi nouvelle par la Guerre Sainte ». De 632 à 661, les Arabes ont conquis le Proche-Orient, – Syrie, Mésopotamie, Perse, Egypte…-.Puis, vers l’Est , l’inde et le Turkistan, et vers l’Ouest, l’Afrique du Nord, puis l’Espagne en 711, où ils  battent les Wisigoths, en place depuis 3 siècles.

En 720, ils mettent le pied sur la terre franque et prennent Narbonne. En 721, le comte Eudes les bat à Toulouse, mais ils progressent en Aquitaine et se dirigent vers la Loire. De 725 à 731, ils remontent le Rhône et la Saône, atteignant et pillant Mâcon , Chalon, Autun ( en 731 ( ?), les monastères sont saccagés), Dijon, Besançon. Saulieu, Auxerre ( où les monastères construits récemment sont détruits). Repoussés à Sens par l’évêque Ebbon,- originaire de Tonnerre -, ils rebroussent chemin vers la Bourgogne et continuent leurs ravages. Heureusement, le 25 octobre 732, le Maire du Palais Charles  remporte contre eux une victoire décisive  près de Poitiers. Le chef des troupes musulmanes (on disait aussi les ‘Sarrazins ») est mort au cours de ce combat. C’est après cette bataille que Charles aurait été surnommé « Martel » ( le marteau)…

Mais les combats n’étaient pas terminés : les Musulmans prennent Avignon et Arles en 735 et remontent vers la Bourgogne. Charles Martel les refoule vers le sud de la vallée du Rhône en 736. Persuadé que les Grands de Bourgogne n’ont pas opposé une résistance sérieuse aux Sarrasins, Charles annexe l’Auxerrois et s’empare des richesses de l’Eglise (l’évêque d’Auxerre ne récupèrera sa souveraineté sur les établissements religieux qu’au 9ème siècle). « Son frère Childebrand exercera une fonction ducale en Bourgogne et en Provence jusqu’en 739 »…       

Les rois Carolingiens

« A ce sauveur de la chrétienté succède Pépin le Bref – le Petit –» (son fils)…Il dépose Childeric III, le dernier roi mérovingien qu’il avait « installé » en 743, le fait tonsurer et enfermer dans un monastère. Puis, avec l’autorisation du pape Zacharie, il prend « le titre de roi des Francs par la grâce de Dieu » et se fait sacrer une première fois par l’évêque de Mayence, Boniface en 751, et une 2ème fois par le pape Etienne II en 754 à St Denis. C’est la naissance de la dynastie carolingienne. En 771, à Pépin le Bref, époux de « Berthe au grand Pied », succède son fils Charles 1er, dit « le Grand » ou Carolus Magnus, ou Charlemagne (742-814). « vigoureux, énergique, chasseur infatigable, remarquable guerrier, administrateur avisé… »

Après plusieurs campagnes… contre les Lombards en Italie du Nord, à la demande du pape en 774, contre les Saxons au delà du Rhin de 772 à 804, contre les Musulmans d’Espagne en 778 ( cf épisode de Roncevaux, où, d’après Courtépée, furent tués le 15 août, de nombreux Bourguignons, dont Guy de Bourgogne, comte de Langres, Olivier de Vienne et Samson, gouverneur de la 1ère Lyonnaise) et contre les Avars et les Slaves de Bohême…

…les frontières du royaume franc sont repoussées au Nord-Est jusqu’à l’Elbe et au Danube, au Sud-Est jusqu’au-delà de Rome, au Sud-Ouest au-delà des Pyrénées («  Marche d’Espagne »).

Charlemagne et son sceau

Le 25 décembre 800, il est couronné Empereur d’Occident par le pape Léon III.

Le territoire a été partagé en 200 comtés.

Les comtes étaient de hauts fonctionnaires représentant le souverain, publiant ses décisions et levant les impôts. En Bourgogne des comtes ont été nommés à Autun, Avallon, Auxerre, Besançon, Chalon, Mâcon, Nevers… « Comtés et évêchés couvrent en général le même territoire, correspondant aux anciens  pagis gallo-romains ».

A la mort de Charlemagne en 814, son fils Louis le Pieux (778-840) lui succède. Dès 817, il procède a un partage entre ses 3 fils, Lothaire, désigné comme cogérant de l’Empire et futur Empereur, Pépin et Louis qui, avec  l’Aquitaine pour l’un et la Bavière pour l’autre sont d’ores et déjà mécontents…

Devenu veuf, Louis se remarie et a en 823 un garçon, le futur Charles le Chauve (823-877), qu’il introduit dans la succession en 829. Les mécontentements s’accentuent, et après des années de luttes entre les différents clans, sous formes de guerres civiles, d’accords dénoncés, d’enlèvements et et d’assassinats, a lieu le 25 juin 841 à Fontenoy-en-Puisaye (près de St Sauveur dans l’Yonne), une bataille qui oppose Lothaire à Louis  (le ‘Germanique ») et Charles (le Chauve). Les alliances locales sont disparates : les comtes Ermenaud d’Auxerre, Arnoul de Sens, Girard de Paris et l’évêque Audri d’Autun, sont avec Lothaire, et se sont retrouvés à Auxerre avant la bataille ; tandis que Aubert d’Avallon, Guérin de Provence, – comte d’Autun, de Mâcon et d’Auxois -, et l’évêque de Langres sont avec Charles.

Charles et Louis sont victorieux, mais des batailles reprennent près de Strasbourg puis de Coblence… Finalement, un traité de partage de l’Empire est conclu à Verdun en août 843 : la partie Ouest, de Pyrénées à la Belgique ira à Charles, la partie Est, de la Saxe à la Bavière, à Louis, et la partie Centrale, jusqu’à l’Italie du Nord, à Lothaire.

La Bourgogne se trouve partagée en 2 par la Saône,  Bourgogne franque et  Bourgogne germanique, futurs duché et comté de Bourgogne (puis « Franche-Comté »). Les comtés de Chalon, Mâcon, Autun, Nevers, Auxerre, Sens, Tonnerre, Avallon….sont rattachés à Charles le Chauve, dans la « Francie occidentale ».

Charles II le Chauve, petit-fils de Charlemagne, est sacré roi de Francie le 8 juin 848 à Orléans par l’archevêque de Sens …et, après la mort de Lothaire puis de Louis, Empereur d’Occident le 26 décembre 875 à Rome par le pape Jean VIII. Sous son règne, il est confronté à Louis le Germanique, aux révoltes des Bretons et aux incursions des Vikings. Par un « capitulaire » (acte législatif), il institue le « système féodal » : « chaque homme libre reçoit pour seigneur celui qu’il aura lui-même choisi ». Mais les « seigneurs » apparaissant de plus en plus comme seuls protecteurs des populations, ce système aboutit au renforcement des pouvoirs locaux et « les ducs et comtes usurperont progressivement le pouvoir royal ; les derniers carolingiens  seront maîtres d’un territoire de plus en plus restreint ».

Invasion des Normands. Les derniers rois Carolingiens: les seigneurs choisissent leur roi.

généalogie des Carolingiens

Les marins scandinaves et danois commerçaient depuis longtemps en Mer du Nord, Atlantique er Mer Baltique, « vendant poissons salés, fourrures et ambre ». Au 9ème siècle, leur population ayant peut-être augmenté, « ils deviennent pirates et conquérants », allant jusqu’à attaquer Byzance, l’Islande et le Canada… Dès 799, ils ont attaqué l’Empire de Charlemagne à l’île de Noirmoutier. Ensuite, remontant le Rhin, la Seine et la Loire sur leurs légers navires, ils débarquaient et «  pillaient tout ce qui s’offrait à leur convoitise »…en particulier les riches abbayes, telles que Jumièges en 841. En 843, ils pillent Nantes et tuent l’évêque Gohard. De 842 à 856, ils font des incursions jusqu’à Lyon, Toulouse, Bordeaux, Périgueux, Clermont…et deux fois à Paris en 845 et 856.

Charles le Chauve ne trouve pas d’autre solution que de leur donner de grosses sommes pour les arrêter, mais ils s’embarquent et reviennent un peu plus loin… De 867 à 877, ils s’attaquent plutôt à la Grande-Bretagne.

En 877, Charles le Chauve meurt . Lui succèdent, son fils  Louis II le Bègue jusqu’en 879, puis les deux fils de celui-ci, Louis III et Carloman II, qui se partagent le royaume. Mais, âgés de 15 et 13 ans, leur héritage est contesté . Prélats et Grands du royaume de Besançon, Lyon, Grenoble, Aix, Arles…cherchant  « l’homme le plus apte à protéger l’Eglise et le pays » décident en octobre 879 de restaurer le royaume de Burgondie ( du Doubs aux rives de la Méditerranée) et d’en offrir la couronne à Boson de Provence, (env. 844-887), « homme de guerre lotharingien », beau-frère de Charles le Chauve. Les princes carolingiens réagissent par les armes et reprennent Mâcon puis Vienne (en 887, à la mort de Boson, la Burgondie sera à nouveau partagée en 3). Louis III meurt en 882. Carloman doit aussi combattre le roi de Lorraine et les Normands d’Amiens dont il aurait acheté le départ pour « 12000 livres pesant d’argent ». Il meurt en 884 d’une chute de cheval. Le troisième fils, posthume, de Louis II, Charles (« le Simple ») (879-921) n’ayant que 5 ans, les Grands du royaume font appel comme régent à l’Empereur Charles III le Gros, troisième fils de Louis le Germanique, et lui font allégeance en juin 885.

D’octobre 885 à février 886, les Normands envahissent la Neustrie et arrivant – dit-on – avec 700 navires, assiègent Paris pour la 5ème fois. Le comte Eudes et l’évêque Gozlin leur résistent 90 jours. Charles le Gros reste indécis et préfère leur payer une rançon de 700 livres et leur permettre de piller la Bourgogne ! En conséquence, ils remontent la Seine puis l’Yonne, attaquant Melun le 30 novembre 886, mettant le siège devant Sens et dévastant les environs. Ils pillent l’abbaye de St Germain à Auxerre ; puis une flottille remonte la Cure début 887 et détruit le monastère de Vercellacus (futur St Père) créé en 858 par le comte Girart et son épouse Berthe (il sera reconstruit sur la colline proche, qui prendra le nom de Vézelay. (voir « le Testament de Girard de Roussillon »).

Une autre flottille remonte l’Armançon, et continuant vers l’actuelle Côte d’Or, les Normands détruisent en janvier 887 le monastère de Flavigny, près du Mont Auxois, puis, 30 km au N-E de Dijon, celui de Bèze, où ils tuent 6 moines, un prêtre et un enfant et saccagent les récoltes des environs, provoquant une terrible famine. En 888, ils sont aux portes de Dijon, défendue par le comte de Chalon Manassès ; là aussi, la campagne est pillée. La même année, Richard, comte d’Auxerre, avec l’aide de l’évêque Géran , défait les Normands près de Saint-Florentin. Cet acte de faiblesse de Charles le Gros a discrédité la monarchie carolingienne. Sa santé  s’altérant, les seigneurs de Francie occidentale l’abandonnent. Il est déchu de tous ses titres lors d’une Diète tenue près de  Coblence en novembre 887, et, en février 888, ils élisent comme roi le comte Eudes, héros du siège de Paris, et le font sacrer par l’archevêque de Sens.

Les Normands continuent à saccager des villes, Meaux, Troyes, Toul, Evreux, St-Lô, Auxerre –dont les faubourgs sont incendiés en 889 -…Eudes les bat en Argonne en 888 et en Limagne en 892, mais il se contente souvent de « payer tribut ». Il ne contrôle en fait que les régions entre Seine et Loire. Car Charles le Simple a des alliés « légitimistes » chez les seigneurs des régions entre Seine et Meuse et il se fait sacrer à Reims en 893…Si bien que juste avant sa mort en 898, Eudes préfère désigner Charles III le Simple (19 ans) comme successeur.       

En 911, les Normands, conduits par Rollon assiègent Auxerre, mais la ville résiste. Le 20 juillet, les Francs, dirigés par Robert « duc des Francs »,- frère de l’ex-roi Eudes -, Richard et le duc de Poitiers, leur font subir une sévère défaite devant Chartres.  Charles conclut avec Rollon le traité de St Clair sur Epte, dans le Vexin, qui lui accorde un territoire entourant la ville de Rouen, « entre l’Epte et la mer », en échange d’un serment de fidélité au roi de France…ce qui met un terme aux invasions par la Seine. La même année, à la suite d’une révolte des hauts dignitaires du royaume, la Lotharingie se donne à Charles le Simple.

La  légitimité de Richard, dit « le Justicier » est alors acquise sur Auxerre, Sens, Avallon, Troyes, Autun, Beaune, Brienne, Chalon, Dijon, Langres, Nevers. Il prend le titre de duc de Bourgogne en 918. En 922, ce sont les « Grands » de Francie occidentale qui se révoltent, avec, à leur tête Robert, duc des Francs. Le roi Charles se réfugie en Lotharingie. Les insurgés proclament roi Robert 1er (860-923) ; il est sacré à Reims par l’Archevêque de Sens en juin 422. Charles l’attaque à Soissons le 14 juin 923. Robert 1er est tué, mais le vainqueur de la bataille est Raoul (890-936), duc de Bourgogne, fils de Richard le Justicier – comte d’Auxerre, d’Autun et d’Avallon, et frère de Boson de Provence -. Il est proclamé roi. et couronné (Raoul 1er, de la dynastie des Bosonides) en juillet à Soissons par l’Archevêque de Sens… A la fin de l’été 923, Charles tombe dans un guet-apens dressé par Hubert II de Vermandois (région de St Quentin): il restera captif à Péronne jusqu’à sa mort en 929.

A l’automne 924, les Normands de la Loire pénètrent au Nord-Ouest de la Bourgogne et pillent tout sur leur passage. Les comtes de Troyes et de Langres les repoussent. En 925 le roi Raoul 1er réunit une armée et bat les Normands à Eu, mais l’année suivante il est battu près de St Omer. En 930, il doit donner le Cotentin à Guillaume-Longue Epée, fils de Rollon. Vers 931-932, Raoul lutte contre Gilbert de Chalon et Richard de Sens qui sont en révolte, à cause de la confiscation  du Château d’Avallon,- tenu par Gilbert -, par la reine Emma de France, épouse de Raoul et fille de Robert 1er. En 935, il aurait mis en déroute les Hongrois arrivés – par Toul et Chalons -, en Champagne et en Bourgogne.

En janvier 936, il meurt à Auxerre, sans héritier. Il est inhumé dans l’église de Ste Colombe, près de Sens. Son frère Hugues le Noir lui succède comme duc de Bourgogne.

le Royaume des Francs au début du règne de Hugues Capet

Hugues le Grand, – fils de Robert 1er, et beau-frère de Raoul -, comte de Paris, marquis de Neustrie, devient « Duc des Francs ». Il domine de nombreux territoires entre Orléans-Senlis et Auxerre-Sens. Bien que très puissant, il ne revendique pas la couronne et fait appel au jeune fils de Charles le Simple, Louis IV d’Outremer (920-954), qui avait suivi sa mère en exil en Angleterre. En juin 936, le nouveau roi est sacré à Laon par l’archevêque de Reims. Ce sera le dernier des Carolingiens…

En 939 et 945, Louis IV tente vainement de reconquérir la Lotharingie et la Normandie. En fin de règne il a autorité sur le Nord de la Loire. Il meurt accidentellement en 954. Son fils Lothaire II (941-986) lui succède… à 13 ans. Il sera donc sous la tutelle de Hugues le Grand (jusqu’à la mort de celui-ci en 956). Ensuite, il veut asseoir son autorité sur de puissants vassaux, Hugues Capet, fils de Hugues le Grand, Richard, comte de Normandie… En août 978, voulant récupérer la Lorraine, il monte une expédition contre l’Empereur Othon II avec Hugues Capet et prend Aix-la-Chapelle. En représailles, en octobre, Othon II ravage les régions de Reims, Soissons et Laon, et vient assiéger Paris. Face à Hugues Capet et l’armée franque , il renonce et bat en retraite. Mais en mars 986, Louis IV meurt subitement (empoisonné ?).

Son fils Louis V (967-987) règne de mars 986 à mai 987. Il meurt après une chute de cheval en forêt de Senlis, sans héritier. Soutenu par Adalbéron, archevêque de Reims, qui aspire au retour d’un vaste Empire de l’Occident dominé par les Ottoniens, – qu’avait combattus Lothaire -,  Hugues Capet est élu par l’assemblée des Grands (évêques et seigneurs) réunie à Senlis, – évinçant ainsi Charles de Lorraine, frère de Lothaire, donc carolingien -, puis sacré roi en juin ou juillet 987. Prévoyant, il fait sacrer son fils Robert le Pieux (15 ans) dès Noël 987 et l’associe aux affaires du trône. On revenait ainsi à la monarchie héréditaire et la dynastie des Capétiens devait durer jusqu’à 1792…

Le domaine royal se limite aux environs de Paris et Orléans. Le roi a de nombreux conflits avec les grands seigneurs. Il arrive qu’il soit reconnu par eux, mais il n’a pas autorité sur leurs territoires. Malade, il meurt en octobre 996.

Robert le Pieux

Robert II le Pieux (972-1031) , son fils, lui succède. Dès 1003, il cherche à conquérir la Bourgogne, qui aurait dû lui revenir par héritage de son oncle Eudes-Henri ; celui-ci, qui a succédé en 965 à son frère Otton (comme lui, fils de Hugues le Grand) en tant que duc de Bourgogne -, a en effet transmis son titre à un beau-fils nommé Otte-Guillaume, comte de Mâcon et comte de Bourgogne (future Franche-Comté).

Une rivalité pour la possession d’Auxerre entre Hugues de Chalon, évêque d’Auxerre et Landry, comte de Nevers et gendre d’Otte-Guillaume, incite le roi Robert à intervenir. Au printemps 1003, avec Richard III de Normandie, il engage ses troupes en Bourgogne, mais échoue devant Auxerre. En 1005, ils reviennent et prennent Avallon après un siège de 3 mois ; la ville aurait alors été « dévastée et la plupart des habitants massacrés ou exilés » ; il ne serait resté que 300 survivants ;  Auxerre est repris également . Par des accords conclus en 1005-1006 Otte-Guillaume renonce à ses titres et ses possessions reviennent à la couronne.

La « Renaissance carolingienne »

Les historiens voient dans les 8ème et 9ème siècles une période de renouveau de la culture et des écoles en Occident, marquée par la redécouverte de la langue latine et la promotion des arts libéraux (ateliers de copistes).

On connaît le souci de Charlemagne d’ouvrir des écoles et de s’entourer d’érudits.

Auxerre, au 9ème siècle fut le siège d’une « école monastique » autour de l’abbaye St Germain, – école « dont le rayonnement intellectuel touche tout l’Occident chrétien » –, grâce à des érudits comme MurethacHaymonHeiric et Rémi, tous dits « d’Auxerre ». Leurs travaux et leur enseignement portaient sur la théologie, l’exégèse de la Bible et les commentaires d’auteurs classiques.

Mais la masse de la population n’était pas touchée par ce renouveau culturel.

Le peuple « utilisait une langue en pleine évolution, où les formes latines disparaissaient parfois devant des mots germaniques, pour donner naissance à la langue romane, ancêtre du français ».

Attention !  nous avons passé l’an mille !

 Faisons une pause au bord de la cure où des témoignages de ces époques troubles ont été mises à jour. Avant de refermer ces pages du premier millénaire.

Importants vestiges mérovingiens et carolingiens tout près de Montillot

Le Cimetière Barbare de Vaux-Donjon

C’est le titre d’une conférence prononcée en 1909 par l’Abbé PARAT devant la Société des Etudes d’Avallon (S.E.A.). Tout ce qui suit est tiré, pour l’essentiel, du texte de cette conférence.

L’abbé Courtépée (1721-1781), historien de la Bourgogne, rapporte que l’abbé de Vézelay Erard a fait fouiller en 1601 le lieudit « les Eglises » tout près du moulin du Gué-Pavé côté Sud. (Il s’agit du même  « Champ des Eglises », déjà signalé plus haut à propos des villas gallo-romaines). « L’on déterra plusieurs tombeaux en pierre avec des débris de tuile ; il paraît que c’était une léproserie ». Et sur la pente de la colline proche du  côté ouest «  est un terrain appelé les Cercueils, où il y a, à fleur de terre, plusieurs tombeaux ouverts ».

En 1780, d’après l’abbé Martin, dans son « Histoire de l’Abbaye de Vézelay », on a aussi trouvé là des « tombeaux en pierre » …

Mr P.J.A. de LENFERNA, maire de Montillot sous le Second Empire, de 1860 à 1870, « fit faire quelques fouilles et recueillit plusieurs objets en bronze qui auraient été donnés au musée d’Auxerre ».

Au début du 20ème siècle, un cultivateur de Vaudonjon, – hameau de Montillot, à 3 km vers l’Est du village, tout près de la rivière Cure -, Clément LEMOUX, « en arrachant un arbre dans sa vigne des Cercueils, trouva un collier de grosses perles de verroterie et deux vases ».

la « X » indique le lieu-dit « les cercueils »

En décembre 1904, il eut l’occasion de raconter sa trouvaille à un jeune archéologue qui explorait un gisement gallo-romain à Vaudonjon-le-bas. En compagnie de Mr TERRADE, agent-voyer à Vézelay, et de ses ouvriers, ils se sont rendus à l’endroit désigné, ont ouvert une tranchée et trouvé « un vase avec des ossements », puis « des fosses disposées comme celles de nos cimetières ». « Ce premier coup de pioche avait révélé une nécropole barbare ». (N.B. : le mot « barbare » est employé ici dans le sens ancien « d’étranger à la civilisation des Romains »). Les terrains voisins, appartenant alors aux dénommés SAVELLY, PERREAU, GUILLOUX, CARILLON et BIDAUT (aujourd’hui cotées ZK663 à 667 sur le cadastre d’Asquins), ont été loués temporairement pour continuer les fouilles, sur une surface de  112m x 25m soit environ 3 ares (le grand axe parallèle à la vallée …à 30 mètres au-dessus de la petite voie romaine d’Autun à Auxerre ). Deux ouvriers travaillèrent sans relâche jusqu’au 23 mars 1905, ayant visité 323 fosses. «Ils reprirent leurs travaux en novembre jusqu’en mars 1906 et découvrirent 155 sépultures. »

 A partir de janvier 1905, l’abbé Parat assista aux fouilles et prit des notes.

 Les principales caractéristiques relevées, en vrac :

– fosses de longueur max 2m, de profondeur 40cm à 1m,50, plus larges à la tête qu’aux pieds ;parements en plaquettes de calcaire ou « laves » ; quelquefois une lave recouvrait la tête, ou la poitrine, ou les jambes ; les cercueils de pierre étaient l’exception (6 monolithes seulement, dont 3 ont été donnés aux musées d’Avallon, de St Jean des Bonshommes et de Sens).‘ les squelettes étaient très détériorés. « Le visage du mort, gisant ou assis, fait face à l’est ». En décembre 1904, il eut l’occasion de raconter sa trouvaille à un jeune archéologue qui explorait un gisement gallo-romain à Vaudonjon-le-bas. En compagnie de Mr TERRADE, agent-voyer à Vézelay, et de ses ouvriers, ils se sont rendus à l’endroit désigné, ont ouvert une tranchée et trouvé « un vase avec des ossements », puis « des fosses disposées comme celles de nos cimetières ». « Ce premier coup de pioche avait révélé une nécropole barbare ». (N.B. : le mot « barbare » est employé ici dans le sens ancien « d’étranger à la civilisation des Romains »).

Les terrains voisins, appartenant alors aux dénommés SAVELLY, PERREAU, GUILLOUX, CARILLON et BIDAUT (aujourd’hui cotées ZK663 à 667 sur le cadastre d’Asquins), ont été loués temporairement pour continuer les fouilles, sur une surface de  112m x 25m soit environ 3 ares (le grand axe parallèle à la vallée …à 30 mètres au-dessus de la petite voie romaine d’Autun à Auxerre ).

« Deux ouvriers travaillèrent sans relâche jusqu’au 23 mars 1905, ayant visité 323 fosses. Ils reprirent leurs travaux en novembre jusqu’en mars 1906 et découvrirent 155 sépultures. »

 A partir de janvier 1905, l’abbé Parat assista aux fouilles et prit des notes.

 Les principales caractéristiques relevées, en vrac :

– fosses de longueur max 2m, de profondeur 40cm à 1m,50, plus larges à la tête qu’aux pieds ;parements en plaquettes de calcaire ou « laves » ; quelquefois une lave recouvrait la tête, ou la poitrine, ou les jambes ; les cercueils de pierre étaient l’exception (6 monolithes seulement, dont 3 ont été donnés aux musées d’Avallon, de St Jean des Bonshommes et de Sens). Les squelettes étaient très détériorés. « Le visage du mort, gisant ou assis, fait face à l’est ».

Le mobilier funéraire était abondant, concernant :

  • l’armement : épées à 2 tranchants (90 cm), lances dites « framées », haches dites « francisques », sabres dits « scramasaxes », boucliers, couteaux…avec tout l’outillage associé (poinçons, aiguilles, cisailles, clés…)
  • l’équipement : boucles en fer ou en bronze, agrafes ou « fibules », boutons, goupilles…
  • la parure : bracelets, bagues, boucles d’oreille, colliers, médailles…souvent finement ciselés et décorés d’émaux brillants de couleurs vives
  • la céramique : verrerie et poterie (184 vases pour 551 sépultures)
boucle de ceinture
petits bols en céramique (collection particulière)

On distingue deux types de sépultures :

– certaines datent de l’époque franque (5, 6 et partie du 7ème siècle : les guerriers étaient enterrés avec vêtements et armes ( « race guerrière mais éprise d’art »)

– d’autres de l’époque carolingienne (8 et 9ème siècles) : un édit de Charlemagne interdisait tout objet autre qu’un linceul dans les sépultures.

D’où l’hypothèse de déroulement chronologique des évènements locaux émise par l’abbé PARAT :

Vue aérienne, champ des Eglises. Lieu dit les bouillies. 
Photo JP Delor.

– la grande villa gallo-romaine du Champ des églises entre la Cure et la voie romaine, aurait été ruinée par l’invasion des Barbares de 406 à 412.

– vers 450, les Burgondes s’établissent dans la vallée de la Cure

– en 502, leur roi GONDEBAUD rencontre Clovis, établi à Auxerre.

– en 528, les fils de Clovis envahissent la Bourgogne et les Francs se mêlent aux Burgondes à Vaudonjon (construction d’un donjon en bois?) . Situation stable sous les Carolingiens au 8ème siècle

– vers la fin du 9ème siècle, destruction du monastère de St Père par les Normands.

– une nouvelle population vient s’installer dans la villa du Champ des Eglises avec un 2ème cimetière, sans mobilier funéraire, et un village appelé Vergigny apparaît sur les actes de fondation de l’abbaye de Vézelay par Girart et Berthe…«  qui a son église et commande à une vicairie. ». Il disparaîtra des documents vers le 11ème siècle, sans même donner son nom à un « climat».

– sur la rive droite de la Cure, au lieudit « Marnay », des exploitations agricoles n’ont laissé comme traces que les pierres que soulèvent quelquefois les laboureurs…

Que savons nous de la situation de l’Occident autour de l’An 1000 ?

Interrogeons les historiens.

Les grandes invasions sont terminées depuis quelques dizaines d’années seulement…

Les envahisseurs se sont souvent « fixés sur les terres qu’ils avaient pillées, en même temps qu’ils se convertissaient au christianisme » et s’intégraient aux populations.

Le pouvoir carolingien s’est progressivement désagrégé, car la défense du pays a été assurée dans chaque région par les représentants du roi, comtes, abbés et évêques, et ceux-ci, dans leurs « seigneuries », ont usurpé les pouvoirs royaux. Trop souvent par la suite, ils ont entrepris des guerres personnelles contre leurs voisins rivaux. D’où la construction des premiers châteaux privés où les paysans trouvaient refuge.

Paradoxalement, les invasions, qui ont provoqué tant de massacres et de destructions, auraient « favorisé les échanges de savoirs et fait évoluer les niveaux techniques et culturels ».

Ce serait le début d’une révolution économique et sociale qui trouvera son apogée vers les 12ème et 13ème siècles.

 Agriculture 

Les paysans produisent « mieux et plus », cela pour diverses raisons :

–  meilleure connaissance et meilleur traitement du sol.

– introduction de l’assolement triennal, entraînant des défrichements et une augmentation des surfaces cultivées.

– amélioration des attelages ( collier d’épaule, fer à cheval,…)

– drainage et irrigation des sols.

– moulins à eau – pour le grain et l’huile -, remplaçant les meules à bras

Les rendements des cultures augmentent nettement. L’alimentation devient plus variée, mais il y a encore des années de mauvaises récoltes, entraînant des famines, comme en 1005 et 1006

La structure de la société agricole elle-même est modifiée :

– les esclaves – simples « objets » à disposition de leur propriétaire – sont émancipés en serfs personnes liées par contrat pour travailler sur la terre du seigneur qui les protège

– les « hommes libres » qui ont participé aux combats choisissent de quitter les armes pour le travail de la terre et deviennent exploitants pour le compte du seigneur.

Echanges

Les Carolingiens ont introduit le « denier d’argent », plus adapté que la monnaie d’or aux petites transactions. Les seigneurs, les évêques et les abbayes peuvent « frapper monnaie ». Les paysans peuvent produire et vendre leurs surplus, d’où la multiplication des marchés.

Habitat

Un historien avait écrit : « le grand domaine, la villa, reste la base de toute activité économique ».

Mais ce sujet a fait l’objet d’études récentes. Lors d’un colloque de septembre 2006, Mr Paul Van Ossel, du CNRS-Paris I (UMR7041), a publié une étude intitulée « De la « villa » au village : les prémices d’une mutation ». portant sur le remplacement progressif de l’habitat rural dispersé par l’habitat rural groupé, de la fin du 2ème siècle à la fin du 10ème. Une synthèse des observations effectuées au cours de fouilles en Ile-de-France et dans la Somme a été présentée.

Jusqu’au début du 4ème siècle, l’habitat se caractérisait par ;

– des agglomérations peu nombreuses

– une multitude d’exploitations agricoles dispersées dans les campagnes.

A la fin du 4ème siècle sont apparues des habitations de type germanique, de grandes dimensions, avec des greniers sur poteaux ( on retrouve des « fonds de cabanes » où apparaît la trace des poteaux porteurs ), constructions «  regroupant plusieurs unités d’habitation et rassemblant plusieurs familles ».

On constaterait donc des modifications importantes entre le 4ème et le 7ème siècles, liées à ,la diffusion progressive de la culture germanique :

– usage de matériaux légers : terre et bois au lieu de la pierre

– réorganisation des espaces de vie et de travail vers un «  habitat rural groupé » .

Evolution de l’Eglise

La gestion de nombreux monastères laissant à désirer, les moins disciplinés ont été repris par des laïcs.

Mais d’autres, comme celui de Cluny, acquièrent une grande autorité morale et essaiment : en 994, l’Ordre de Cluny compte déjà 34 couvents.

La Grande Peur de l’an Mille – avec le retour du Christ…ou de Satan, et la fin du monde -, ne serait qu’une invention des siècles suivants, un mythe de la Renaissance du 16ème siècle, repris par des écrivains romantiques du 19ème. « En l’an 1000, seule une minorité de clercs avait connaissance et conscience de cette date ». Et faute de connaissance du calendrier, très peu de gens savaient qu’ils changeaient de millénaire…

Chez Abbon de Fleury, le passage au IImillénaire n’est pas passé inaperçu, puisque vers 998 il adresse un plaidoyer à Hugues Capet et son fils Robert. Il accuse ainsi un clerc qui, lorsqu’il était étudiant, revendiquait la fin du monde au tournant de l’an mil. Ainsi, même les grands savants du xe siècle sont anti-millénaristes.

« On m’a appris que dans l’année 994, des prêtres dans Paris annonçaient la fin du monde. Ce sont des fous. Il n’y a qu’à ouvrir le texte sacré, la Bible, pour voir qu’on ne saura ni le jour ni l’heure. »

Abbon de Fleury, Plaidoyer aux rois Hugues et Robert, v. 998.

Catégories
histoire régionale un peu d'histoires

Préhistoire…, protohistoire…, un long préambule.

MONTILLOT avant l’Histoire (suite et fin)

André Buet †, 2013

Nous avons situé le village actuel de Montillot dans son cadre géologique.

Sur un socle rocheux constitué de dépôts marins datant de l’ère secondaire (« jurassique moyen »), on a vu comment se sont constituées, une plaine cultivable (la « Plaine de la Chally » et « la Canne »), ainsi que les collines boisées proches (« Les Perruches » et « Crot Blanc »).

Nous avons rappelé que nos ancêtres « biologiques » vivaient il y a 2 millions d’années, et qu’avaient été trouvées dans la région proche des traces de vie humaine datant de plusieurs dizaines de milliers d’années. Comme le rappelait l’historien Fernand BRAUDEL, « l’Histoire, telle que nous la connaissons, n’est même pas la millième partie de l’évolution humaine considérée dans toute sa durée ».

Même si nous nous limitons aux 3000 dernières années, nous pouvons affirmer que des dizaines de milliers d’individus ont piétiné le territoire de ce qui s’appelle aujourd’hui MONTILLOT.

Ils y ont vécu, c’est-à-dire qu’ils y ont travaillé pour subvenir à leurs besoins vitaux, qu’ils y ont lutté pour défendre leur existence, qu’ils y ont souffert, qu’ils y ont aimé …

Vivant dans des groupes de mieux en mieux organisés, ils en ont élaboré, appliqué ou subi les règles du « vivre-ensemble », d’abord tribales, puis seigneuriales, puis provinciales et ensuite nationales.

Ces règles ont eu des conséquences sur le comportement de chacun, et sont à l’origine d’évènements locaux. Des conflits sont survenus, entre individus, entre tribus, entre châtelains, – chevaliers, barons, comtes ou ducs provinciaux, puis entre états, entraînant des actes de brigandage, des guerres, des invasions, des révolutions…dont le petit peuple de nos villages ne pouvait que souffrir. Des accords et des alliances ont aussi été conclus.

Ces évènements ont été souvent mentionnés dans des écrits, et cela d’une manière de plus en plus précise au cours des deux derniers millénaires.

C’est à partir de ce constat que quelques habitants du village, nullement historiens de formation – et en l’absence de participation notable de Montillot à l’Histoire nationale – ont voulu retrouver ces documents en fouillant dans les dossiers administratifs archivés à tous les niveaux, municipalités, préfectures et Etat. L’objectif était de déceler des évènements locaux – c’est-à-dire qu’ils ont eu lieu dans un rayon maximum de 10 à 20 km – à portée de marche d’une journée – de les décrire et de les rapporter au contexte politique provincial ou national de l’époque

A partir de ces travaux, une vingtaine de documents étaient déjà rédigés en 2012, et ont été publiés sur un site Internet privé créé par l’une de nous.

(D’autres recherches pourront être effectuées, grandement facilitées par la numérisation généralisée des documents édités dans le passé).

…Et – de la même façon que s’exprimait l’abbé PARAT (1) à propos de Bois d’Arcy, et de la notice qu’il avait rédigée – « c’est ainsi que Montillot aura une histoire, si l’on peut donner ce nom à quelques glanures ».

Les premiers hommes

Mais il y a une période initiale où, l’écriture n’existant pas, aucun document ne raconte la vie de nos « Anciens ». Heureusement, ils ont laissé des traces, – cendres de foyers, tas de pierres …- fabriqué des objets, des outils abandonnés sur place ou posés dans leurs tombeaux, peint ou sculpté les murs des cavernes… Seul, l’examen détaillé de ces indices par d’éminents spécialistes a pu nous apprendre comment vivaient ces peuplades. Nous avons donc rapporté leurs conclusions.

1- Les grottes d’Arcy sur Cure

Les vestiges les plus connus dans notre région sont ceux des grottes d’Arcy-sur-Cure, situées à 9 km au Nord-Est de Montillot, dans une boucle de la Cure, creusées dans un massif calcaire, la « barrière corallienne », qui, à cet endroit, borde le Bassin Parisien 

Ces grottes ont servi de refuge aux premiers hommes, – chasseurs-nomades – soit contre le froid en période glaciaire, soit contre les animaux sauvages, depuis au moins 200 000 ans.

Buffon, homme de sciences et de lettres, – l’un de nos « voisins », né à Montbard en 1707- les aurait visitées en 1740, mais c’est l’abbé PARAT (2) (1843-1931), archéologue et historien régional, qui y a entrepris les premières fouilles scientifiques en 1894.

Le préhistorien André LEROI-GOURHAN (1911-1986) – dont le nom a été donné au collège de Vermenton – les a reprises de 1947 à 1963. Il a découvert des gravures sur les murs de la Grotte du Cheval, mis en évidence 11 niveaux d’occupation dans la Grotte du Renne…, tandis que son épouse Arlette, – décédée en 2005 à Vermenton -, a mis au point dans son laboratoire du Musée de l’Homme, des méthodes d’analyse des pollens enfouis (la « polynologie archéologique »).

Les équipes de chercheurs ont observé une progression des techniques de fabrication des outils et des ornements , à partir des Néanderthaliens, présents depuis 250 000 ans, influencés plus tard par les « HOMO SAPIENS » qui, venus d’Afrique de l’Est, ont commencé à coloniser l’Europe de l’Ouest vers « moins 50000.» ( soit 50000 ans avant J-C). On a ainsi pu analyser à Arcy la période de transition correspondante, entre -40000 et -30000, le « Châtelperronien ».

Les recherches ont été poursuivies – et le sont encore aujourd’hui – par des disciples de Leroi-Gourhan, Dominique RAFFIER, Michel GIRARD et leurs équipes, rattachés au CNRS-CEPAM de Valbonne-Sophia-Antipolis.

Après un décapage malencontreux en 1976, des peintures ont été découvertes dans la Grande Grotte en 1990, datant de -27000, et représentant, non seulement des « mains négatives »…
… mais des animaux rencontrés par les chasseurs de l’époque : mammouths, ours, félins, bouquetins chevaux, oiseaux et poissons… A partir de 1997, a été mise au point une méthode  d’abrasion par « fraise diamantaire » de la couche de calcite couvrant les parois et pouvant atteindre 5 mm d’épaisseur. On a ainsi fait apparaître un « mammouth rouge » dans la Salle des Vagues (ci-dessus).

Les « âges » de la Préhistoire

La période couverte par ces recherches dans les grottes d’Arcy est classée par les spécialistes « âge de la pierre taillée », ou « paléolithique », expressions évoquant le type d’outils utilisés par nos ancêtres « chasseurs-nomades ».

Avec ces outils, ils s’aventuraient dans les plaines voisines. L’abbé PARAT, dans son « étude sur le village de Bois d’Arcy », –  dont il fut prêtre de 1895 à 1919 –, signale qu’on  « a récolté un peu partout, quantité d’éclats de silice et de calcaire siliceux, mais surtout au voisinage des fontaines de Tameron ».

On situe entre -10000 et -9000 la période où les hommes sont devenus dans nos régions  « agriculteurs-éleveurs ». C’est le « néolithique » ou « âge de la pierre polie ». Cette évolution serait liée à l’adoucissement du climat dû à la fin d’une période glaciaire, dite de Würm ( -20000 à -10000) . Elle s’était produite plus tôt au Moyen-Orient, dans le « Croissant fertile », un climat tempéré y ayant permis la culture de céréales et la domestication des animaux ( moutons, chèvres…). Cette période semble avoir laissé peu de traces dans nos campagnes.

Elle a été suivie par « l’âge des métaux ».

Il faut savoir qu’on travaillait déjà les métaux en Asie au temps de la pierre polie en Europe occidentale. Le cuivre et le bronze étaient utilisés en Egypte 4500 ans avant J-C. Les échanges commerciaux de proche en proche, les déplacements des peuplades à la recherche de terres fertiles, ont amené ces découvertes dans nos régions…3000 ans plus tard !Les progrès de la métallurgie sont liés à l’usage du feu. Le cuivre fond à 1080 degrés et on peut alors le faire couler dans des moules. En ajoutant de l’étain, on obtient le bronze, qui fond à 900°, est plus dur que le cuivre et permet de  fabriquer des armes. Le fer fond vers 1500°, mais on peut le forger , c’est-à-dire lui donner la forme souhaitée par martelage, entre 600 et 900°. On cite comme exploités à ces époques des gisements de minerai de cuivre en Slovaquie et à Chypre, d’étain en Espagne, Bohême et Pays de Galles, d’or en Transylvanie…

On situe  « chez nous », – et très approximativement -, l’âge du cuivre vers -2500, l’âge du bronze de -1800 à -700 et le début de l’âge du fer vers -1000.

La découverte de « caches de fondeurs de bronze » – à Arcy sur Cure en 1875, à Mailly-le-Château puis à Sermizelles en 1955 -prouve que cette activité était développée dans notre région. D’après un article du « Bulletin de la Société Préhistorique française » (Vol.97- année 2000), les 2 dépôts de Sermizelles ont été découverts en 1955 dans une sablière, sur la rive droite de la Cure, au lieudit « Côteau de la Varenne ». Un inventaire précis a été dressé en 1959 : on a recensé plus de 200 objets, dont 65 haches, 13 pointes de lances, 56 bracelets, 10 déchets de fonderie…Ils ont été déposés au musée d’Avallon. La signification de tels dépôts serait variable, selon qu’il s’agit de dépôts funéraires – donc associés à certains rites -, ou non funéraires – stockages d’invendus à l’abri des pillages -…

On qualifie cette « période des métaux » de « protohistorique », car elle se situe entre « préhistoire » et « histoire », l’ « Histoire » étant caractérisée par l’usage de l’écriture, qui n’apparaît pas simultanément dans toutes les régions.

2- Le site archéologique des Fontaines Salées à Saint-Père

A 9km au S-E de Montillot, 2km après le village de Saint-Père, au pied de la colline de Vézelay,   se trouve un site remarquable, car il présente des traces continues de l’activité humaine sur 4000 ans.

Il paraît évident que les premiers hommes,  dès qu’ils ont piétiné ce terrain sableux proche de la Cure, ont été attirés par l’émergence d’eau tiède, salée et quelquefois bouillonnante, et ont cherché à l’utiliser.Les découvertes se sont succédées sur ce site au milieu du 20ème siècle…

Dans une sablière voisine, on trouvait en avril 1930 une dent de mammouth de 1 m de long.

En 1934, le Professeur René LOUIS (1906-1991), médiéviste né à Auxerre, cherchait au voisinage de la colline de Vézelay le site de la bataille de Vaubeton, où Gérard de Roussillon aurait battu Charles le Chauve d’après une chanson de geste ; il est tombé par hasard sur les vestiges d’un établissement thermal gallo-romain.

En 1937 et 1938, avec le Pr DAUVERGNE, il découvre plusieurs sépultures espacées de 2 m  (voir plus loin  les « champs d’urnes »)… Les fouilles reprennent en 1942, dirigées par l’abbé Bernard LACROIX, curé de Domecy-sur-Cure, formé par l’abbé JOLY, archéologue-préhistorien de la Côte d’Or et  par l’abbé PARAT. Cette campagne de fouilles a duré jusqu’en 1962. Au cours de cette période, on a exhumé dans ce terrain d’environ un hectare :

–       Les restes d’une station préhistorique de l’âge de pierre.

–       Des installations de captage et de cuvelage des sources minérales.

–       Un sanctuaire protohistorique de l’âge du fer.

–       Des thermes gallo-romains.

Captage des sources

Quelques détails s’imposent sur ces puits vieux de plus de 4000 ans.

Ils étaient constitués par des troncs de chêne évidés, de diamètre 80 cm, enfoncés de 1m dans le sable alluvionnaire ; 19 puits ont été identifiés. 

Le bois étant bien conservé on a pu en évaluer l’âge à partir de 2 méthodes (cf V. BERNARD- CNRS–Rennes), le Carbone 14 et la dendrochronologie (étude des cercles qui apparaissent dans la structure du tronc coupé transversalement). ;les résultats concordent  => -2200 à -2300. Ils semblent avoir fonctionné jusqu’à -1400, puis auraient été abandonnés puis repris à l’âge du fer, avec exploitation du sel. Au premier siècle avant notre ère, les captages ont été entourés d’une enceinte circulaire, qui marque le caractère sacré du lieu.

L’arrivée des Celtes

I- Quelles marques ont-ils laissées?

Vers 800 avant J-C, les premiers Celtes venant du Sud de l’Allemagne actuelle (après l’Europe de l’Est), pénètrent dans l’Est de la France. Pour bien marquer l’évolution différente selon les régions, non seulement de la technique, mais aussi de la pensée humaine, notons que vers ce même temps, – moins 800 -, Homère écrivait l’Odyssée, …et que 400 ans plus tard, le philosophe PLATON, étudiant le comportement d’Ulysse, héros de cette grande fresque, tel que décrit au cours de ses 20 ans d’exil, le présente comme le premier « grand sage grec »…(cf « La naissance de la philosophie » par Luc FERRY). Les Celtes, quant à eux, auraient possédé un langage, des lois, des coutumes, une religion…, mais pas l’écriture. Comme les Gaulois de l’époque romaine, ils nous sont donc connus par les auteurs grecs et romains (Hérodote, César…). Croyant à une forme de vie après la mort, ils enterraient leurs guerriers avec leurs armes et des objets en bronze, sous des tas de pierres atteignant parfois plusieurs mètres de diamètre et de hauteur, les « tumuli » ( mot latin du singulier « tumulus » ; en français on écrit souvent « tumulus » au pluriel !).

Dans les zones restées incultes et boisées depuis des siècles, on retrouve aujourd’hui encore les restes de ces amas de pierres, enfouis dans des broussailles, couverts de lierre et de ronces.
(cliché J. Demay, avec son aimable autorisation)

Ailleurs, ils ont été dispersés pour permettre la culture, et les pierres récupérées pour faire des murs, des cabanes , ou mises de côté en simples tas appelés « mergers ». Mais il faut observer aussi que dans de nombreux cas, les « mergers » n’ont jamais servi de tombeaux.

voir aussi « notre petit patrimoine »

II- Les nécropoles celtiques de notre région

a- les tumulus

C’est le Professeur Pierre NOUVEL, de l’Université de Besançon (UMR 6249- Chrono-Environnement, qui a attiré notre attention sur les découvertes de tumulus faites au 19ème siècle autour de Montillot. Il avait publié dans le bulletin 2007 de la Société des Etudes d’Avallon (S.E.A.), un article intitulé « les voies antiques de l’Avallonnais – apport de l’histoire et de l’archéologie ». Il y avait identifié, entre autres, celle qu’il appelle la voie N°9, reliant Vézelay à Mailly-la-Ville ; il écrit à son sujet : « depuis Asquins, le tracé se poursuit vers l’ouest, sous un chemin qui se détache de la RD123 pour gravir la côte de la Perrière, longeant le village de Montillot par le Sud. Le chemin poursuivait sa route par la Collerette (nécropole préhistorique), bas de Dîne-Chien (idem) et Brosses. » Cette voie, dont parle Mr NOUVEL, nous la connaissons bien ; elle a été en service jusqu’au milieu du 19ème siècle. Appelée « Grand chemin d’Auxerre à Vézelay au 15ème siècle, et relevant de la Justice royale, et « Grand Chemin de Mailly-la-Ville à Vézelay » sur le cadastre napoléonien de1819. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un chemin empierré, entretenu dans les seules portions encore utilisées par des riverains, et difficilement praticable par un véhicule dans les autres parties. Il longe le centre équestre de la Croix-des-Bois, puis le Bois du Fège vers la Duite, se confond avec la route de Fontenilles jusqu’au Mont Ciboule, puis avec le chemin rural qui va vers Brosses à travers le bois de la Collerette

Mais où sont donc ces 2 nécropoles que cite Mr NOUVEL ?

Jusqu’à ce jour , nous ne connaissions que les « tumulus de Rochignard », trouvés en 1879 par les cantonniers de Montillot qui cherchaient des pierres, tumulus ensuite fouillés et décrits par Mr F. CUVIER dans le bulletin S.E.A. de 1880. A côté des ossements, on avait trouvé des fibules, des torques et des bracelets de bronze et de fer. Monsieur NOUVEL a bien voulu nous communiquer ses sources : il s’agit d’articles parus dans les bulletins de la Société Académique de l’Aube en 1859 et de la Société des Sciences de l’Yonne (B.S.S.Y.) en 1880 et 1881. L’auteur en fut principalement Mr Emile PALLIER, historien de Châtel-Censoir. Nous ne devons donc plus ignorer que des fouilles ont été effectuées en 1858 et 1866, puis reprises en 1880 dans des monticules de pierres aux lieux-dits « Merger aux Moines » et « la Collerette », à cheval sur les communes de Montillot et Brosses. Plusieurs squelettes humains ont été mis à jour, avec des bracelets et des anneaux de jambes en bronze. Certains tumulus recélaient plusieurs inhumations, séparées par des grandes pierres plates enfoncées debout dans le sol, délimitant des cellules individuelles. Sur Brosses, au lieudit « Dîne-Chien », on avait trouvé 40 tumulus espacés de 30 à 40 mètres ; 50 autres à la « Grande Pièce ». Certains avaient, de toute évidence, déjà été explorés en des temps plus anciens. On en a trouvé aussi dans le « Bois du Tartre » ; le mot « tartre » résulte évidemment de la déformation verbale du mot « tertre », dont la signification funéraire est « éminence de terre recouvrant une sépulture ».

Mr de LENFERNAT, qui fut maire de Montillot de 1860 à 1870, a participé jusqu’en 1880 à ces fouilles avec son gendre Mr de MONTIGNY, et a confié un certain nombre d’objets trouvés au musée d’Auxerre. D’autres ont été remis aux musées d’Avallon et de Troyes. Dans l’inventaire du musée d’Avallon paru dans le bulletin de la S.E.A. de 1879, on note, entre autres, « un anneau trouvé sous un tumulus (de Rochignard) par Mr CARILLON Félix » (Il s’agitde Félix-Célestin (1855-1904) cultivateur et maire-adjoint de Montillot, père d’Auguste-Joachim, tué au front en 1914, et grand-père d’un autre Félix (1910-1951).

Des recherches aussi fructueuses ont été faites à cette époque dans plusieurs villages environnants: L’abbé PARAT cite le chiffre de « 178 tumulus de petite et moyenne dimension sur Bois d’Arcy », et d’autres dans les bois d’Avigny et de Lac-Sauvin. Les revues scientifiques B.S.S.Y. et B.S.E.A. relatent les fouilles des Rouesses près de Châtel-Censoir et de Montoison, près d’Annay-la-Côte (1880). Des découvertes semblables ont été faites dans le Morvan ; les spécialistes du Musée de St Germain en Laye, consultés à l’époque, ont attribué  les objets trouvés, partie au 1er âge du fer (civilisation de Hallstadt – -1200 à -500), partie au 2ème âge du fer (période de la Tène, ou « époque gauloise »).

NOTA : ce sujet a été récemment traité en détail par MM Pierre NOUVEL et Bernard POITOUT dans un article du BSEA (152émé année- 2010) paru courant 2012) intitulé « Les nécropoles préhistoriques de l’Avallonnais. Apport des découvertes anciennes et récentes ». A partir des découvertes des 19ème et 20ème siècles, plus de 170 nécropoles y sont repérées (cf pages 15 à 49 et abondante bibliographie).

quelques localisations de tumulus aux alentours de Montillot.

voir aussi « notre petit patrimoine »

b- Autre coutume funéraire, le « Champ d’urnes »

Nous avons vu plus haut que, près de St Père-sous-Vézelay, René LOUIS  a mis au jour entre 1937 et 1939 des sépultures, constituées en fait d’urnes contenant des ossements humains, des bracelets de bronze et des flèches néolithiques. Il les a identifiées comme datant de la période entre âge du bronze et âge du fer. Un peuple probablement originaire de Hongrie aurait remplacé les tumulus par les urnes vers -1200 à -1000 et serait venu ensuite en Allemagne du Sud puis, par la trouée de Belfort, vers la Nièvre, les Cévennes et le Tarn , où l’on trouve d’autres champs d’urnes.

III: L’habitat des Celtes

Du nombre de tumulus retrouvés dans notre région, on peut déduire qu’y vivait  une population relativement dense. Dans quelles conditions ? Nous savons peu de choses sur l’habitat des Celtes dans les campagnes, qui a laissé peu de traces. On cite des   fouilles -près de Villeneuve d’Ascq, de Chamalières et de Compiègne…-,qui ont fait apparaître sous des constructions ultérieures – gallo-romaines le plus souvent – des restes de structures en bois, paille et torchis . Leur fragilité explique leur disparition à la surface du sol.

Les gaulois

On ne connaît pas l’origine exacte du mot « Gaulois ». C’est le militaire romain, politicien et écrivain Caton l’Ancien, qui vers -168 aurait appelé « Gaulois » les tribus celtes qui avaient alors envahi la plaine du Pô. Les historiens, pour les derniers siècles précédant notre ère, considérant que les envahisseurs celtes se sont peu à peu « amalgamés » avec les autochtones, parlent de « Gaule celtique »… Ils la décrivent comme un « pays d’alternances de forêts, de plaines cultivées, de bocages, et de quelques cités fortifiées – les « oppida », le tout sillonné de routes, pour certaines empierrées ». L’oppidum de Bibracte, situé au Mont Beuvrey, à la limite de la Nièvre et de la Saône-et-Loire actuelles, – à 70 km environ au SSE de Montillot -, était la capitale du peuple Gaulois des Eduens. Les fouilles de cette cité ont mis en évidence une structure urbaine élaborée, avec des quartiers et de riches demeures.

Dans les campagnes, l’archéologie aérienne aurait mis en évidence de nombreuses petites fermes.

Il y avait en Gaule un artisanat de luxe, produisant des objets en bronze, des armes en fer, des bijoux en or ; et aussi un artisanat commun, avec des potiers et des forgerons locaux. Leurs techniques s’inspiraient souvent de celles de la Grèce et de l’Italie. L’archéologue-écrivain avallonnais Claude ROLLEY (1933-2007), professeur à l’Université de Bourgogne, a analysé le commerce du temps des Gaules ( du 7ème au 5ème siècle avant J-C), et en particulier les voies importantes et les « portes » d’entrée d’objets artistiques venant des pays méditerranéens, à savoir Marseille et les cols des Alpes.

Un exemple remarquable d’importation artistique dans notre région est le « Vase de Vix ».

Il a été trouvé en 1953 – à 74 km au N-E de Montillot -, près de Châtillon sur Seine , sous un tumulus arasé, dans la tombe d’une princesse gauloise, étendue sur un char d’apparat et ornée de tous  ses bijoux. A côté de bassins de bronze d’origine étrusque, d’un torque en or de 480 g, il y avait ce grand vase de bronze de 1100 litres, du type « cratère à anses et  volutes », décoré de frises. Il a été attribué à des bronziers grecs du 6ème siècle avant J-C. On peut le voir au Musée de Châtillon.

La fin de la « protohistoire »

Les historiens ont convenu de fixer la fin de la période de la Tène au début de la « Guerre des Gaules » (-58). On sait que cette conquête se termina en 52 avant J-C par la victoire de Jules César sur Vercingétorix à Alesia, dans l’actuelle Alise Sainte-Reine, côte d’Or, à moins de 60 Km à l’est de Montillot.

Comment se sont donc détériorés les rapports des Celtes et des Romains ? Il faut savoir qu’au 4ème siècle avant J-C, les Celtes occupaient l’Italie du Nord (« la Gaule cisalpine »). En -390, après avoir assiégé une ville de Toscane, ils sont allés piller Rome… Au Sud de la France actuelle, alors occupée par les Celtes, il y avait un port, appelé Massilia (future Marseille), créé en -600 par des colons grecs venus de Phocée en Asie-Mineure. Ce port était devenu un important carrefour commercial entre les pays du sud – Grèce, Asie mineure et Egypte – (par la mer), et ceux du Nord, par le Rhône et la Saône. Les tribus celtes voisines, – les Celto-Ligures en Provence –, enviaient ces richesses et attaquaient Massilia par mer et par terre. A partir de -180, Massilia appelle les armées romaines  à l’aide. Celles-ci en profitent pour créer en -121 la première province romaine hors d’Italie, la Narbonnaise. Sous ce même prétexte d’assistance, Jules César entreprend ensuite, à partir de -58, de soumettre la Gaule septentrionale.. C’est César lui-même qui a raconté cette conquête dans les « Commentaires sur la Guerre des Gaules » (« Commentarii de bello gallico »). Il y présente cette invasion comme un acte de défense préventive ; ce faisant, n’en  cache-t-il pas quelque peu le côté impérialiste ?

Le point positif, pour nous, aujourd’hui, c’est que nous avons là, la première description écrite de la Gaule et de ses habitants.

Merci, César !

Voir l’article « ALESIA »

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Les lieux-dits

Gilbert DUCROS † 2002

Régine MORIZOT-KOUTLIDIS

« Les noms font rêver. Tous les noms : les noms dits communs et les noms dits propres, les noms de choses et les noms de personnes comme les noms de lieux. D’où vient ce nom ? D’où viennent le nom que je porte, et celui du village qui m’accueille, de ce lieu-dit où je passe ? Pourquoi a-t-on nommé ainsi cet objet, ce sentiment, ce lieu ? D’épais traités, ou des livres plus légers, sont consacrés à l’étymologie, science des sens, des origines, des racines. L’étymon est un mot d’origine grecque qui a pour sens : ce qui est, et sous-entend : ce qui est vrai parce qu’il est. On dit aussi : authentique, grec autos (soi-même) et hentes, étant, ce qui est par lui-même.

Les noms de lieux sont comme des projections des sociétés humaines. Celles-ci ont nommé les lieux selon leurs besoins, leurs représentations et leurs croyances, leur culture et leur mode de vie.

La tentation est d’inventer des interprétations, d’imaginer des légendes, qui ensuite se colportent en s’enjolivant. Ces étymologies populaires existent depuis très longtemps. Des scribes médiévaux y ont participé en réinterprétant des noms dont ils ne comprenaient pas le sens, mais auxquels ils voulaient un sens. De nos jours, tout un chacun peut écrire à son gré et le diffuser sur « la toile », jusqu’à la débauche. Ce qui, bien entendu, n’a rien à voir avec le sens originel d’étymologie : ce n’est plus l’être – vrai, c’est l’être imaginé, la fantaisie de chacun, voire le fantasme. »  [1]

Si les études du bâti et du patrimoine naturel, faune et flore, relèvent de sciences exactes, il n’en est pas de même pour la toponymie ; science faite d’hypothèses plus que de certitudes, de reconstitutions souvent hasardeuses, cherchant des appuis non en elle-même (l’évolution linguistique est trop soumise à la phonétique de patois qui font varier les prononciations d’un même terme d’un village à l’autre), mais dans l’histoire, la géographie, la géologie. Un toponyme révèle un paysage disparu, parfois sans rapport avec les cultures actuelles, qui peut avoir connu en dix siècles trois ou quatre états du paysage agricole au gré des cultures dominantes.

Ajoutons que les arpenteurs et géomètres, scientifiques férus de géométrie plus qu’historiens ou linguistes, en dépit de leur dévouement à aller nicher des bornes dans les climats les plus reculés, ont largement contribué à déformer et rendre méconnaissable bien des toponymes parmi ceux qu’ils n’ont pas délibérément rayé des cartes. Prenons pour exemple la croix de Montjoie[2], en limite de Tharoiseau et de Saint-Père, que les arpenteurs de la fin du XVIIIe siècle s’obstinent à dénommer Croix Mangeoire, en parfaite méconnaissance de son origine, de l’esprit du pèlerinage compostellan et magdalénien, et cherchant sans doute à rapporter une information orale mal saisie à un terme rural.

Pour clore cette introduction, écoutons ce qu’en dit le Professeur Gérard TAVERDET[3], de l’université de Dijon : « Il faut admettre dès le départ qu’une telle étude a des limites : les noms de lieux ne forment pas un système cohérent dont les parties évidentes pourraient éclairer les parties obscures… Parfois on est réduit à de simples hypothèses qui sont loin de faire l’unanimité des spécialistes. On est tributaire de formes anciennes qui, parfois, sont bien connues, qui, le plus souvent, sont absentes, mal connues ou même contradictoires ».

Voyons, à Montillot, comment les recherches de Gilbert DUCROS † contribuent à enrichir ces bases de données toponymiques[4]. Les verbes souvent employés au conditionnel, rappellent l’incertitude des hypothèses avancées.

Les origines toponymiques de Montillot et de ses hameaux

MONTILLOT : 

Une bulle du Pape Alexandre III datée de 1169, sous le règne du roi de France Louis VII le Jeune, fait mention du plus ancien nom connu de Montillot ; il s’agit de « Montirucht ». En vieux français, le rucht est une carrière de pierres. Rucheter ou Rocheter, c’est extraire de la pierre. A cette époque où l’on reconstruit le monastère de Vézelay et le chœur de la Basilique, il fallait trouver de la bonne pierre et le site carrier de Montillot était propice à cette extraction. C’est par la suite qu’apparaîtra le nom de « Montillot » qui fait plus précisément allusion à la nature géologique de la roche extraite.

Les actes notariés des siècles passés écrivent « Montéliot », toponyme dont nous avons deux exemples dans le département de la Côte-d’Or : Montliot près de Chatillon-sur-seine, et Montoillot non loin de Sombernon.

« Montillot » est formé de deux éléments : « Mont » : colline, hauteur ; et « liot » : ce mot d’origine gauloise désigne une pierre blanche de construction, de nature calcaire et marbrière, d’époque secondaire (130 millions d’années), à laquelle les carriers anglais, à la fin du XVIIIe siècle, ont donné le nom de Lias (« layer »). La carte géologique nous montre qu’il existe en effet à Montillot un affleurement de ces calcaires, contrairement à la région environnante. C’est ainsi que des carrières furent ouvertes dès le moyen-âge autour de Montillot.

LE VAUDONJON : 

L’orthographe « Vaux-Donjon » ou « Vau-Donjon » est apparue dans les actes notariés depuis plus d’un siècle, et figure aussi dans la carte de Cassini, un peu plus ancienne. Il n’y a pourtant jamais eu de Donjon connu à proximité ! Il se peut que se soit une déformation de l’écriture ancienne. Ce nom proviendrait du Germanique « Waidanjan », infinitif substantivé signifiant « exploitation de prairies » (allemand weide, le pâturage). 

Le hameau a été fondé lors des grandes invasions germaniques du Ve siècle et le cimetière voisin, au lieu-dit « les cercueils », fouillé au début du XXe siècle par l’abbé Parat, a livré des centaines de sarcophages mérovingiens.


Le Vaudonjon souffrit beaucoup de la guerre de Cent ans. On rapporte que presque toute la population fût massacrée et que, pour repeupler le village, les moines de Vézelay firent venir des paysans du Val d’Aillant, près d’Auxerre.

Le hameau dépendit jusqu’à la révolution de la paroisse d’Asquins et de la justice de Montillot. En Juin 1792, par pétition, il fût rattaché à la toute nouvelle commune de Montillot. Ce rattachement ne fût pas du goût de tous les Vaudojonnais dont beaucoup se sentaient socialement plus proches des vignerons d’Asquins que des cultivateurs des terres argileuses de Montillot. Asquins se vengea de cette défection en refusant le 5 Mars 1910 la pétition des habitants tendant à faire entretenir le chemin. Rares furent pendant longtemps les mariages entre garçons et filles du bourg et de son hameau

LES HERODATS : 

Le nom de ce hameau provient de l’évolution de « hébergeages », généralement employé au pluriel. L’évolution philologique du mot conduisit aux formes « hébeurgeats » puis « héreugeats », du germanique « hari » (armée) et bergeon (protéger). Ce mot a désigné initialement un campement militaire. Sa racine est la même que le verbe « héberger » et que le nom « auberge ». Puis il a désigné un ensemble de bâtiments agricoles. La valeur sémantique du terme a échappé aux copistes modernes qui ont cru bon de l’assimiler à « hérodats » nom ancien des hirondelles.

LA BERTELLERIE : 

Ce hameau voisin des bois de la madeleine porte le patronyme de Claude Bertholet, né en 1748 en Savoie, alors province du royaume de Piémont-Sardaigne. Médecin, il se réfugie en France où il demande sa naturalisation. Il s’intéresse aussi à la chimie, est élu à l’Académie des sciences, et devient collaborateur de Lavoisier.  En 1784 il est nommé directeur des teintures de la manufacture des tapisseries des Gobelins à Paris. Il participe à l’invention de l’eau de Javel, qui connut tout de suite un grand succès.

Les Bertholleries, apparues un peu partout en France à la fin du Premier Empire, blanchissaient les toiles écrues produites par les ateliers villageois. C’est le souvenir d’une blanchisserie fondée en ce lieu que commémorerait le nom du hameau

TAMERON :

Du latin « taxonaria » le « gîte du blaireau » qui a donné le nom tanière en français. La terminaison « ron » induit une valeur péjorative avec le sens de pauvres maisons en un lieu isolé.

BAUDELAINE :

Ce nom gracieux est la corruption du patois poyaudin « baudetaine » qui désigne une masure.

Mais le sens n’en est pas toujours péjoratif car dans la région de Tannerre-en-Puisaye une simple maisonnette est appelée bobitaine. L’origine de ce mot est inconnue.

MAROT :

Ce nom de lieu est assez fréquent en Bourgogne… mais avec des orthographes différentes.

Citons l’exemple du hameau de Marault, près d’Avallon. Son origine serait francique : « marisk » devenu « maraticum » en latin ecclésiastique, et « marais » en français moderne.

Le nom du hameau est donc associé à la présence du petit étang alimenté par un ruisseau.

LE GUE PAVE : 

C’est l’extrême limite de la commune, son seul accès à la Cure. Les hommes ont toujours éprouvé des difficultés pour traverser les cours d’eau. Comme la construction des ponts est onéreuse, on lui préféra longtemps le passage à gué. A un endroit où la rivière est large et peu profonde, on établissait dans son lit un dallage, un « pavé », qu’utilisait le voyageur, le cavalier, l’attelage. C’est ainsi qu’on a aménagé au gué pavé un passage qui permettait d’aller presque en ligne droite de Montillot à Avallon en passant par Domecy-sur-le-Vault. A noter que le pont de Blannay n’a été réalisé que sous le second empire, et qu’auparavant on guéait au confluent de la Cure et du Cousin. Pour la petite histoire, rappelons que la diligence qui reliait la gare de Sermizelles à Vézelay a été en service jusqu’au lendemain de la première guerre mondiale, et que la dernière diligence a sombré dans la Cure, corps et biens, au tournant de la Vernée, un jour d’hiver où le postillon n’avait plus la maîtrise de son équipage.

MALFONTAINE : 

Hameau aujourd’hui disparu, entre Fontenille et Bouteau, son nom indique une source. La source de Malfontaine se trouve aujourd’hui au croisement de trois routes, l’une allant vers l’ancien moulin de Marot et vers le village d’Asnières, les deux autres vers Brosse et Montillot. Personne n’habite plus à proximité depuis au moins un siècle, et on a peine à croire qu’il y eut là une agglomération, dont il est question dans des actes notariés datant de 1650. Il ne subsiste, dans le triangle de la jonction des trois routes, qu’un édicule marquant la captation de cette source, qui alimentait en partie la commune de Montillot depuis 1950. Et pourtant les actes notariés et les registres paroissiaux confirment que ce coin était habité sous Louis XIV, et qu’il y avait aussi quelques maisons un peu plus loin, de l’autre côté du « ru de Brosses », après un petit pont, au lieu-dit le gué de Combre.

Etude des Lieux-dits parcellaires de la commune

Certaines appellations, à connotation géographique, font florès dans la région. Il s’agit d’ « oronymes », noms attribués à des accidents de relief.

LA COME : Tenue par Lusigny (1964) comme issue de combe, le mot affecte les orthographes come, comme, caume, et localement coume, prononciation qui rejoint curieusement celle du Lot, mais aussi le mosellan coume que Vial (1983) veut faire dériver de l’allemand « kumme », écuelle, donc creux, donc vallée. Mais c’est un probable latin « cumba » (Campagnac, 1991) qui en serait plutôt à l’origine ; le proche Morvan a ses « commes ». Toutefois le mot se distingue chez nous de « combe » en ce qu’il s’est spécialisé pour désigner le versant ensoleillé d’un vallon, une pente assez rapide, une côtière en somme plus qu’un creux, dévolu souvent aux friches. 

Montillot a ainsi ses Come chemeneu, Come au roi, Come botillon

Nos comes sont finalement des variantes de » « CÔTATS » ou « COUTATS »  (JOSSIER 1882) dont nous gardons le coutat de Blannay, le cotat borne

La toponymie des bosses renvoie à celle des creux. 

Localement, il s’agit de CROTS, terme généralisé à toute la région Bourgogne, mais avec des variantes : mare en Puisaye (ROUSSET 1977), abreuvoir en basse Bourgogne (JOSSIER 1882), le crot se fait chez nous simple creux (BOUJAT 1980). 

Le CROT BLANC, au nord de Montillot, sur la colline de 292m d’altitude surplombant le village, désigne toujours une ancienne carrière de calcaire à ciel ouvert dont furent extraites des pierres ayant servi à la construction de la basilique de Vézelay.

Reste l’homonymie avec les CROS, ou pommiers sauvages, terme auquel se rattache probablement le lieu-dit de même nom, à proximité du château, en Toucheboeuf.

Il y a aussi la famille des VAUX. Le terme désigne explicitement de petites vallées ; la vocalisation semble désigner des toponymes anciens, fixés dès le XIIe siècle. Si l’origine de Vaux-Donjon (Vaudonjon) est controversée, les BOIS DE VAUX LANNES, sur Asquins, ne sont pas mieux définis. Les mentions anciennes portent VAULX L’ASNE ou VAULANES. Ce plateau boisé appartenait au chapître de Vézelay. Le 26 Mars 1575, les abbés avaient donné à ASQUINS 400 arpens sur Vaulanes et les Fontellets, que le chapître contesta, exigeant le 16 Septembre 1586 un bornage. François de Rochefort confirma ces accords en 1635. Plus qu’à l’utilisation d’ânes dans cette vallée, on pourrait penser à une dépression de terrain, du latin « vallanus » ; mais le plateau est ici régulier. Paradoxe de ces vaux en situation dominante ! VAUX CAILLE, lui, correspond bien à une vallée.

De nombreuses références au sol, aux accidents du terrain et aux cours d’eau sont ancrées dans les toponymes.

TOUNE-CUL, ou tourne-cul : pourquoi ne pas rechercher une origine celtique à ce vocable, dans sa version de « Tor quillau » ! « Tor » signifie forte déclivité et « quillau » glissant. On dit aussi que lorsque l’on travaillait aux vignes qui s’étendaient sur les deux pentes du vallon, on se tournait le… « dos ».

LA CÔTE CAFARD : le vieil adjectif « cafard » a le sens de pénible, dangereux. Effectivement, cette côte est pentue et les chariots pouvaient se renverser.

LES BOIS DE L’AIGREMONT : de « aigre », pentu, difficile à gravir. C’est en effet une colline qui domine fortement la vallée de la Cure.

LE MONT CIBOULE : c’est une hauteur en forme de massue, ou d’oignon (du latin « caepulla »)

LA COTE DE LA CLEF : « Clef » est la corruption de « quillée », la glissade en vieux français. En hiver, les enfants du Vaudonjon utilisaient des traineaux pour dévaler cette pente très accusée.

LES CHAMPS GROLON : issu du vieux français « gueurrion », il s’agit de terrains dont certaines pierres semblent avoir été grillées.

VAUX CAILLE : du vieux français « caille » le caillou. (Il en est resté les mots caillasser, caillasse). C’est une vallée caillouteuse, sans grande fertilité.

LES BOIS DES PERRUCHES (prononcer « pruches ») : il s’agit non d’oiseaux mais de terrains très pierreux

LES MEURGERS : les meurgets sont d’énormes amoncellements de pierres. Ils ont deux origines. Il s’agit parfois de sépultures gauloises pourvues d’objets familiers : armes ou pièces d’or ou d’argent (MEURGET D’ARGENT) ; ou alors ce sont d’énormes pierres plus ou moins taillées (MEURGET DE POROT).  Les meurgets cependant proviennent le plus souvent de l’épierrement des terrains de culture (vignes) ou de l’extraction des déblais des caves.

LE PRE GOULOISON : du vieux français « goulaison » la source (verbe couler). Une source y apparaît périodiquement.

LA COME AU ROI : il s’agit de la vallée au « rouel », c’est à dire au ruisseau. Effectivement un ruisselet suit une rigole après les grandes pluies.

LES LONGUES RAIES, entre Corbier et Toune-Cul, sont encore les ruels évoqués ci-dessus. Ces terrains longs et pentus sont striés de longues rigoles.

LE PRE DE LA DAME : corruption de « la doualle » qui autrefois signifiait un fossé plein d’eau qui se vide difficilement par manque de pente (latin « doga », le fossé d’écoulement).

LE BOIS DES SOILLOTTES : ce sont de vilaines mares évoquant les gîtes fangeux des sangliers (latin « sus », le porc).

FORET DE CONFLANS : ce terme désignait autrefois le confluent de deux cours d’eau. Deux ruisseaux se rejoignaient dans cette forêt.

LES PRES DE LA MORTE : en patois une morte est une pièce d’eau stagnante qui paraît morte. En fait ce mot est la corruption du vieux français « more », la tourbière.

CHAMP DU PORON : C’est un acte du 14 Août 1732 – trouvé dans la liasse ADY / G2547 : « Cure de Monteliot », acte rédigé par le curé de l’époque Jean-Baptiste FAULQUIER, qui nous donne l’origine du toponyme « le Poron » : 

Arpenteur juré de la maîtrise d’Auxerre le 14 février 1732…  Ci-après un extrait de cet acte : «     …et l’autre borne plantée à l’extrémité de la pièce de terre à moi curé apartenante, vis à vis et a deux pieds et demy au-dessus d’une grosse borne ronde et rouge, appelée porrond, faisant séparation de long entre moy curé et la veuve Gabriel Pourcheron, laquelle grosse borne ronde a été plantée entre moy curé et la dite veuve P.  par le Sieur Delapierre » ,

En annexe à ces toponymes à vocation géologique et géographique, on trouve une série de toponymes inspirés (sans doute récemment) de la faune et de la flore.

Montillot a un « CHAMP AU LIEVRE », bien connu des chasseurs. Et si LA GARENNE nomme une vaste zone sur Asquins, à l’ouest des Champs Gringaux, il en existe une aussi près de Tameron. Le terme désignait sous l’ancien régime des réserves (tout comme varenne).

Le terme est banal et antique à la fois, sans doute issu du germanique « warren », lieu clos, si ce n’est du bas-latin « warenna » lui-même mêlé de gaulois varenna.

LA COME CHEMENEU, LA COME GENET ont la même origine : le terme vient du vieux français « chenève, chenove » : le chanvre. Ce sont des vallées où poussait le chanvre. La culture du chanvre était très répandue au XVIIIe siècle et cette culture a laissé de nombreux toponymes. Le chanvre servait à la fabrication des liens, des cordages, des sacs. Son élaboration nécessitait un grand savoir-faire. Il a été supplanté au XIXe siècle par d’autres textiles d’origine tropicale, moins chers, comme le raphia. De même, une chènevière est une plantation de chanvre. LA CHENEVIERE A ROUGEOT : désignait une plantation de chanvre située dans une terre rouge, de nature argileuse (le rougeot). On peut aussi émettre l’hypothèse d’un nom, ou d’un surnom (« Rougeot »), la formulation « à » signifiant l’appartenance dans le parler morvandiau (au lieu du « de » conventionnel).

BEAUCHARME (sur Asquins) et LA PIECE DU CHARME (sur Brosses) pourraient faire penser, comme le suggère P. HAASE, qu’il s’agit d’une référence à un arbre remarquable ? Il semble plutôt que ces termes fassent référence au « charme » qui pourrait être la corruption du vieux mot « channe », autre nom du chanvre. Que dire alors de LA CANNE, vers Tameron ? Plus qu’une déformation de « channe », il s’agirait là de la « cagne » qui en vieux français désigne une maison misérable tout juste bonne pour un chien (« canis » : le chien).

Et la DAME JOINTE ? Si « Dame » est un adjectif signifiant mauvais, damné, « Jointe » est la corruption de « Chinte », encore un autre nom du chanvre. C’est un endroit où le chanvre était de mauvaise qualité.

LES POMMERATS, du vieux français « pommerets », lieu planté de pommiers. Le nom de la ville d’Avallon (du gaulois « aballo » ) induit le même sens.

LE BOIS DES PETITS FOUTEAUX : c’est le diminutif de « fou », l’ancien nom du hêtre (du latin « fagus »). 

LE GROS FOU, et LE BOIS DU FAYS ont la même origine.  On en rapprochera le « Faou », de Bretagne.

LES SAUCES : du vieux français « saulces », les osiers (du latin « salix », le saule).

LA COME BOTILLON : corruption de « boquillon », le petit bois.

LE BOIS DU FEUILLARD : les feuillards sont des branches garnies de feuilles sèches qui, les mauvaises années, permettaient d’alimenter les bestiaux pendant l’hiver.

LES CHAMPS GRINGAUT (proches de Vaudonjon mais dépendant d’Asquins) : corruption de « grainiots », adjectif médiéval qualifiant de bonnes récoltes de grains. Ces terrains, aujourd’hui boisés, difficiles à labourer, étaient autrefois fertiles.

LES ROMPIS : ce terme désigne un ensemble d’arbres cassés (du latin rumpare).

Au-delà du fond de Porot, près des Hérodats, le flanc de la colline pourrait avoir été détruit par des intempéries ? Ce terme désigne aussi des cassures de terrains produisant des ruptures de pentes.

LA VALLEE BOULANGER : « Boulanger » est la corruption du patois « poumachée », nom local de la mâche sauvage, la « poumâche ».

LA COMME BOMBARDE (sur Asquins) : la bombarde est une fleur plus connue sous le nom de Julienne.

LES VAUX DE L’ABREUVOIR (sur Asquins) : Corruption de « beurjouée », nom patois de la bruyère.

LE BOIS DE L’OPPIN : c’est le nom local de l’aubépine.

LE BOIS DES BOULATS : pour « poulas » nom local des coquelicots.

LA VALLEE JEAN DEFERT : amusante transformation de « genêtière » (lieu planté de genêts) qu’au hasard d’une réfection cadastrale un habitant du pays a transformé en son nom et prénom ; il était probablement propriétaire de ces terrains.

L’histoire a aussi marqué de son sceau le parcellaire.

 La présence possible de remparts, qui expliqueraient le chemin de « ronde » qui circonscrit le village, pourrait expliquer LA PORTE (DE LA CHALLY).

Mais une autre origine à ce toponyme est défendue par G. Ducros : il s’agirait plutôt de l’Apport de la Challie : Au moyen-âge, l’apport est l’actuel champ de foire où exposent maquignons et commerçants. La challie est le fossé d’écoulement des eaux.

LE CHAMP DES EGLISES en amont du gué pavé se trouve sur le site du village disparu de Vergigny (sans doute rayé de la carte au XIIIe siècle). Les églises d’Asquins et de Blannay, ainsi qu’une église St Amâtre dont on peut penser que c’est celle d’Auxerre, y possédaient des terres. Les chemins antiques et médiévaux traversaient ce site.

De l’autre côté de la route actuelle longeant la Cure, des vignes disparues vers 1900 occupaient un revers dit « CHAMP DES CERCUEILS ». Cette appellation date sans doute du XVIe siècle ; les cercueils en question étaient en réalité des « sarqueux » ou sarcophages, fouillés dès 1610 par Erard de Rochefort qui crût y découvrir une ancienne léproserie. Martin reprit les fouilles en 1780 (récupérant au passage des monnaies du temps de Henri IV, sans doute perdues par les fouilleurs de 1610). 

Il fallut attendre les trouvailles de Mr de L’ENFERNA, maire de Montillot en 1850, puis les fouilles systématiques de l’Abbé Parat en 1905 pour identifier un cimetière de basse antiquité et des temps mérovingiens, avec plusieurs centaines de fosses.

LE CHAMP DE LA FOURCHE : la fourche était autrefois le nom de la potence où l’on pendait les condamnés. On lui donnait aussi le nom d‘ « arbre sec ».

LE POIRIER DE LA JUSTICE : il évoque la rigueur des juges et les pendaisons.

Evocation des constructions  

LA CALABERGE : corruption de la « cagne aux bergeats ». Les bergeats sont les troupeaux de moutons. La calaberge est donc une vieille bergerie, perdue entre Bouteau et les champs Gringaux.

LE BOIS DE MAL APRIS : désigne c’est une maison forestière en mauvais état (pour « abri »).

Les MAGNES sont un terme très utilisé dans la région et représentent des maisons ruinées (du bas latin « mahennari », abattre, mutiler.) BOIS DES MAGNES ; MAGNES VAUTHAIRES

L’adjectif « vathaires » correspond au vieux verbe « vaster », c’est-à-dire dévaster, ruiner.  Il est fait allusion ici à des maisons endommagées par des guerres ou des catastrophes naturelles.

De même, la MELOTTE est une déformation de magnottes : les petites ruines.

FARGES (hameau de Brosses) et LA FARGEOTTE sont deux noms provenant du latin « fabrica » : la forge. De nombreuses fonderies existèrent sur le plateau dès l’époque gallo-romaine, utilisant le minerai de fer sous-jacent.

BOUTEAU (hameau de Brosses également) se rapproche de Buteau/Butot…, nom également patronymique, et aurait une origine scandinave (Xe siècle) (de Buo, terrain, et Topt, baraque) : il désignerait un terrain sur lequel une baraque a été ou doit être construite (comme Butot en Caux). Mais si en Normandie on comprend bien l’origine scandinave du nom, en Bourgogne elle est déjà plus hasardeuse. Faut-il alors s’attarder à la racine « Butor », amertume, tristesse ?

LA CROIX DE LA SAINT-JEAN : ce serait la corruption de l’ « assoigement », vieux français désignant la consolation ! Cette croix serait celle de la consolation, le lieu où l’on recherche la douceur du recueillement.

Les activités agricoles

LE BOIS DE L’ESSERTIE : L’essertié est un terrain défriché et mis en culture (latin « exarta »). Le village d’Essert, près de Vermenton, a la même origine.

LES ESSENCES : corruption du vieux mot « aisances » qui étaient des terrains paroissiaux laissés à la disposition des paysans pauvres.

LES PRES MONSIEUR : il s’agirait là du vieil adjectif « meseleu » , du latin «   misellum » : misérable. C’étaient des prés fangeux et de mauvaise qualité. Depuis cette époque, le drainage puis le chaulage ont amélioré la qualité de certains terrains.

PLAN DE FOLLE : proviendrait du vieux français « la plante foïée ». Au moyen-âge, une plante est une plantation de jeunes vignes, et parfois une pépinière de pieds de vigne. Au Vaudonjon, on a ainsi deux lieux dits : « la Plante » et « les Plants ». L’adjectif « Foïée » vient du latin populaire « fullare », maltraiter, abandonner, fouler. Il s’agirait donc d’un clos de vigne mal entretenu, et qui donne de mauvais produits.

Et la COTE TOURNELLE ? Comme La Tournelle d’Asquins, ce nom mystérieux pourrait avoir son origine dans la racine « tor /tur/turra », pré-latin : il en existe plusieurs dans la région (Theuriat, Thereau, Thurot) qui toutes sont des éminences, des sommets arrondis ; sur ses pentes, c’est un vignoble de qualité, et le patois garde l’adjectif « étournellé » pour signifier pris de boisson (Meunier, 1977).

Et bien d’autres encore : le Bois Taché, Les Criaux, Letrier, Les Entes, Les Gouleteries, et Rochignard, Corbier… qui sont là pour témoigner qu’un tel exposé est toujours partiel. La recherche toponymique est une aventure toujours en évolution et faite de bonnes fortunes : instinct, graphies décodées à la lumière des patois, traditions orales, rapprochements fructueux. Ce sont souvent des conjectures qui sont fournies, plus que des certitudes. Peu de ces étymologies sont définitives, et tout apport pour les affiner, les confirmer ou les remettre en question sont les bienvenues.

BIBLIOGRAPHIE

  • Roger BRUNET, 2016 : « Trésor du terroir : les noms de lieux de la France », CNRS EDITIONS, Paris, 616pp.
  • Pierre HAASE, 2001 : « Sur les Chemins du terroir ; noms de lieux à Asquins ; Esquisse d’une recherche de microtoponymie », monographie.
  • Gérard TAVERDET : 1975-1984 : Atlas linguistique et ethnographique de Bourgogne, Ed CNRS, CRDP Dijon, 4 volumes. 
  • Gérard TAVERDET : 1996 : Les Noms de Lieux de l’Yonne, Dijon, CRDP 1983 ; nouvelle édition revue, Dijon, ABDO.



[1] Roger BRUNET, 2016

[2] Pierre HAASE 2001

[3] Gérard TAVERDET, 1983 : Atlas linguistique de Bourgogne, Ed CNRS, CRDP Dijon.

[4] Ce document, daté du 26-03-2002 a été reproduit précédemment dans le site internet de Montillot créé en 2000 (montillot89)