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Edmé BROTHEY, curé de Monteluot en 1600 et rebouteux renommé

A. Buet, 2002

Bulletin généalogique de l’Yonne, N°96, p.86

Au cours de la séance de la Société des Sciences de l’Yonne du 4 Mars 1951, Monsieur Henri FORESTIER, alors Directeur des Archives départementales, a fait un exposé intitulé « un guérisseur à Montillot au 17ème siècle » …dont le texte n’a pas été reproduit dans le bulletin de la S.S.Y.

On doit donc se reporter au document original, classé « 3E7-21 pièce 1 » du « Fonds GUIMARD » des Archives départementales de l’Yonne, pour en savoir plus.

Ce dossier est répertorié ainsi : « Années 1602-1603 . Procès-verbal des témoignages rendus en faveur d’Edme BROTHEY, curé de Monteluot, poursuivi à la requête des chirurgiens et barbiers d’Auxerre, pour raison des cures qu’il a faites ».

Et en effectuant patiemment la transcription des 37 pages de ce manuscrit, on peut reconstituer un épisode de la vie de ce curé, qui a précédé d’un siècle le curé COLLAS, autre personnalité marquante de notre village…Du même coup, nous ferons connaissance avec la langue française de l’époque (écriture et vocabulaire).

Les démêlés qui opposent médecins et guérisseurs ne sont pas nouveaux !

Mais , pour bien situer notre curé, il faut savoir qui étaient ces « chirurgiens et barbiers »…

Au Moyen-Age, le « corps médical » comprenait deux catégories de personnes : les médecins et les chirurgiens-barbiers.

La médecine a commencé à être enseignée en 1220 à Montpellier, en 1229 à Toulouse et en 1274 à Paris. Après 5 ou 6 ans d’études de philosophie et de sciences, vers 21 ans, on devenait « maître ès arts » et on avait accès à une faculté supérieure (droit, théologie, médecine…) . L’enseignement se faisait en latin et il fallait 10 à 20 ans pour obtenir un doctorat. Les médecins étaient considérés comme des intellectuels, des savants qui, puisant leur science dans les livres, ne pouvaient avoir une activité manuelle !…

Les barbiers ont joué un rôle important dès l’Antiquité ; ils sont représentés sur les papyrus égyptiens ; à Athènes les hommes rivalisent par la beauté de leur barbe…Dans le premier millénaire, seuls les moines et les prêtres savaient lire et écrire ; considérés comme des érudits, ils étaient appelés à soigner les malades. Or à cette époque, la majorité des maladies étaient fatales, aucune thérapeutique sérieuse n’existant. On ne savait qu’inciser les abcès et faire des saignées…Le clergé faisait donc appel aux barbiers, qui disposaient des outils nécessaires !

Au 12ème siècle, un concile interdit au clergé de retirer du sang humain : les barbiers prennent leur indépendance dans les activités de « chirurgie »…La profession de chirurgien-barbier apparaît ; elle n’est alors pas contestée par les médecins, qui font à leur tour appel à eux, car saigner un malade, comme tout autre geste manuel, eût constitué un acte déshonorant !

Leur champ d’activité s’élargit progressivement, bien au-delà de la coupe de cheveux, du rasage, des saignées et du perçage des abcès : blessures superficielles, luxations, fractures, hernies , traitement des dents, cautérisations, obstétrique …

Au milieu du 13ème siècle, Ils se constituent en corporation (guilde) pour accroître leur prestige et se dissocier des charlatans . Leur formation est assurée par plusieurs années d’apprentissage, et pour la chirurgie, au sein de collèges indépendants des facultés de médecine.

Et les barbiers qui opèrent à la Cour deviennent des personnages importants ; préposés en quelque sorte à la toilette du Roi, ils sont leurs confidents. Le bon roi saint Louis avait « son » barbier ; Olivier le Daim fut un vrai « compère » pour Louis XI ; un autre devint ministre du roi de Suède !

Au 16ème siècle, Ambroise Paré commença par couper les barbes, puis, engagé dans l’armée du maréchal de Rohan, il y effectua comme ses confrères des interventions chirurgicales . Très doué, il acquit une habileté extraordinaire et des connaisances très étendues en anatomie ; en 1545, il publia le premier traité de médecine, – sur « les plaies faites par les arquebuses »  -, …en français, car il n’avait pas appris le latin. Mais la Faculté continua à mépriser le travail manuel des chirurgiens –barbiers.

Il fallut attendre 1723 pour qu’une « Déclaration royale » consacre la séparation des 2 métiers de barbier et de chirurgien, exige de tous les « maîtres-chirurgiens » le grade de maître-ès-arts obtenu en Université, et interdise aux barbiers d’exercer la chirurgie ! Et en 1803 seulement, le chirurgien devient « docteur en médecine spécialisé en chirurgie »…

Notre curé de Monteluot , en 1600, n’appartenait à aucun échelon du corps médical de l’époque : ni barbier, ni chirurgien, ni médecin !

Soignant malgré tout de nombreux malades avec un certain succès, il est attaqué pour « exercice illégal » par la corporation des maîtres-chirurgiens d’Auxerre.

Il se rend donc chez un notaire d’Auxerre, lui raconte son histoire, et lui demande de recueillir et d’authentifier une quinzaine de témoignages de patients satisfaits de ses soins.

C’est le texte du notaire que nous avons sous les yeux…Nous sommes dans l’étude notariale  ; le curé BROTHé fait part de son problème .

Un peu plus loin, (page » notion de paléographie ») nous reproduisons les 15 premières lignes du manuscrit original (chaque page contient de 25 à 30 lignes), en les faisant suivre de la transcription ci-dessous reproduite respectant syntaxe et orthographe mais utilisant les signes littéraux actuels.

« Le vendredy troisiesme jour du moys de Janvier mil six cens troys avant midy devant nous … Daulmoy et Loup Horry notaires tabellions royaulx gardenottes hereditaires au bailliage Siège présidial et prevosté d’Aucerre soulzsignez s’est adressé vénérable et discrette personne messire Edme Brothé prestre curé de Monteluot, lequel nous a dict qu’il est travaillé et poursuivi à la requeste des lieutenant et maistres chirurgiens et barbiers de ceste ville d’Aucerre pour raison de quelques cures qu’il a faictes tant en ceste ville que autres lieux, de plusieurs dislocations, fractures dos et menbres, jalissements ( ?) de nerfs et autres infirmitez dont plusieurs personnes estoient atteinctes et détenuz malades, et parce que ce qu’il en a faict a esté à grandes instances, prières et suplications sans aucun lucre ny proffit, mais par charité et amour crestienne envers les pauvres malades… »

Après l’introduction reproduite ci-dessus, le curé ajoute qu’il s’est souvent déplacé pour se rendre chez les malades « ès lieux où il estoit mandé », « ne voulant déceler ny cacher la science de laquelle il a pleu à Dieu le dhoner », et travaillait jour et nuit sans demander aucun salaire.

En général, les patients avaient déjà consulté, sans résultat, les « chirurgiens » d’Auxerre ; ceux-ci les ont « veux, visitez et medicamentez » , (« veuz » pour « vus » ; « visitez » pour « examinés »…) puis les ont « quictez ny pouvans apporter guarison »…

Pour conforter sa défense, Brothey demande au notaire d’entendre sous serment (« oyer ») et d’interroger des malades qu’il a soignés.

La transcription des 37 pages effectuée, nous ne retiendrons ici qu’un résumé des témoignages successifs, en ne laissant pas échapper la saveur des mots et des expressions caractéristiques de l’époque…

Le premier cité, « en la maison du prieuré de St Eusèbe », s’appelle Simon REGNAULT ; il est « drappier drappant demeurant à Aucerre », « agé de xl ans ou environ ». ( « xl  » signifie 40comme les chiffres romains en majuscules « XL »). Trois ou quatre ans avant, « pour la veille du dimanche gras, il se rompit le bras senestre ensemble l’os mauplat de l’espaulle et la nuque en tombant sur la glace aux faulx bourgs St Gervais ». Il fait appel à un Maître chirurgien d’Auxerre, RAGON le Jeune, qui, – écrit le notaire au conditionnel, car il s’agit d’un récit, et non d’un fait constaté par lui-même -, « l’auroyt pensé (= pansé) et médicamenté des dictes fractures et blessures environ quinze jours » . Mais, constatant « qu’il ne se guarissoit et estoyt toujours detenu gisant sur le lict sans pouvoir s’ayder », il dit au chirurgien « qu’il ne pruit plus la peyne de le penser et médicamenter »…Et ce n’est que le « mercredy d’après la feste dePenthecoste qu’il auroyt entendu que le dict Brothé demeurant à Monteluot, distant de ceste ville d’Aucerre de huict lieues, estoyt fort expert pour la guarison de telles fractures ». Le même jour , il se fait transporter chez le curé Brothé ; celui-ci « auroit faict tel soin et cure que dans quinze jours après , le dit déclarant auroyt esté guary des dictes fractures et auroyt commancé à travailler »…Pendant son séjour il a vu plusieurs « pauvres malades et impotentz » que Brothé « nourissoyt et médicamentoyt », « pour l’honneur de Dieu » , c’est-à-dire sans les faire payer !

Il ne demanda rien non plus au drapier , et celui-ci ne lui donna rien d’autre que deux « escus qu’il bailla volontairement »

Pour conclure, le dit REGNAULT déclare qu’il se porte bien depuis ce temps-là…

ð A propos de la famille RAGON : dans les registres paroissiaux d’un autre village du Vézelien, Brosses, on trouve le 8 octobre 1678, l’acte de sépulture de Mr Pierre RAGON, 70 ans, lieutenant des chirurgiens du bailliage d’Auxerre,

en présence du curé de Brosses, fils du défunt, et de Me Guillaume COLLAS, curé de Montillot.

Ensuite vint Claudine REGNAULT, âgée de 54 ans, servante au prieuré de St Eusèbe .

« Au moys d’octobre de l’an passé, allant porter la paste (= pâte) au four, elle tomba du hault en bas de la vis (=escalier à vis) de la ditte maison , de laquelle cheutte (=chute) elle se seroyt gravement blessée, desmis ung des os de l’espine du dos et deux costes (=côtes) » .Ayant appris que le dit Brothé était justement à Auxerre, traitant la femme du « grenetier » Gaspard LEPRINCE, «  elle l’auroyt mandé et requis de la soulager », ce qu’il a fait ; « lesquels os remis en leur place », et partie sans rien payer, elle se porta bien par la suite…

Nous avons ensuite le témoignage de Dame Anne LECLERC, « femme de honete homme Messire Gaspard Leprince, grenetier pour le Roy,…et Maistre particulier sur le faict des eaues et forestz du Conté et Bailliage d’Aucerre » . Agée de 25 ou 26 ans, elle déclare que le samedi 7 septembre précédent ( 1602 ), « estant aux champs dans une cherrette venant d’un lieu à elle appartenant, proche de ceste ville d’Aucerre, le cheval qui estoyt en lymons …se seroyt mis à ruer fort rudement, desquelles ruades elle auroyt esté attaincte et offencée, en telle sorte que l’os pubis et l’os appelé l’oisquion auroyent esté rompus ». Elle précise que ce sont les chirurgiens qui lui ont appris ensuite le nom de ces os…Mais ce n’est pas tout : elle a voulu se sauver en sautant de la charrette, et celle-ci, traînée par le cheval furieux, lui est passée sur le corps, « et luy auroyt brisé l’os sacron et desmis les deux anches ( = hanches) » .

Revenue dans sa maison, elle fait venir deux chirurghiens d’Auxerre, « Me Jehan RAGON l’esné et Me Jehan RAGON le Jeune » ; ils ordonnent « une medecyne,…deux suppositoires, …des clistaires », sans le moindre effet : « tout ce qu’elle mangeoit resortoyt de son corps ». Les chirurgiens disaient qu’elle n’avait plus qu’un jour à vivre ; son mari étant absent, ce sont ses parents qui décident de faire appel à Brothé. En la voyant celui-ci se rend compte du danger, mais notre brave curé de Monteluot fut très gêné et « feit grande difficulté de mestre à elle la main » …dans la région pubienne ! Supplié par tous les proches, il se décide enfin, et «  trouve qu’elle auroyt le dict os sacron brisé et enfoncé, lequel os bouchoit le conduit en nature »; il lui fallut plusieurs séances pour tout remettre en place, mais la patiente se sentit bien remise, et elle « croy sertainement que sans l’ayde de Dieu et du dit Brothé », elle n’en serait pas là !

Le curé ne lui a demandé aucun « saillaire » ,… « et se seroyt contanté de ce qu’elle luy auroyt volu donner »… « et plus n’a dict »… « et a signé » …

Suit un témoignage reçu en la maison de Messire Simon Brouard: «  honeste homme Pierre Nigot, marchant demeurant à Aucerre aagé de soixante-quatre ans, après serment par luy faict et enquis comme les dits cy-dessus declarans », « a dict que trois ans y a ou envyron », sa fille Edmée NIGOT, âgée de 14 ans, « estant en sa maison, seroyt tombée de dessus une eschelle, de laquelle cheutte elle se desmit la joincture du coulde du bras droict ». Les deux chirurgiens RAGON ont été appelés, «  la veirent et la visitèrent ». Après avoir été « pensée (= pansée) et médicamentée » par eux « par l’espace de troys moys et demy sans partir du lict » , on se rend compte «  qu’elle ne venoyt à guarison » …Les chirurgiens renoncent et disent à « l’ayeulle de la dicte fille »… « qu’elle ne pouroit à l’advenir s’ayder (= se servir) de son bras ny le porter plus hault que la ceinture »… C’est le Sieur de Moly, qui conseille à l’aîeule d’aller à Monteluot : le curé Brothé a remis en place la jointure du coude, après quoi la jeune Edmée pouvait «  s’ayder de son bras, le mettant librement sur sa tête » . Le père a seulement payé la nourriture de sa fille, et le curé n’a rien demandé d’autre…

Edme BROCQUET, maître taillandier à Auxerre, âgé de 49 ( xlix ) ans, aux vendanges dernières, « a porté sur ses espaulles une tyne ( = un baquet ) plaine de vin, en se baissant pour la vuyder, se seroyt desmis l’espaulle ». Il a souffert pendant 15 jours et a appris que le curé de Monteluot était en ville, et qu’il « estoyt fort expérimenté en tels accidents ». Celui-ci constate que « c’estoyt le palleron de l’espaulle qui s’estoit disjoinct dans le bras », et lui remet « les dits os desmis en leur lieu ». Le patient déclare que « depuis n’en a senty douleur », et qu’à son bienfaiteur il fit « present d’une petite serpette » … « et plus n’a dict et a signé »…

Pierre LESAGE, « couroyeur demeurant à Aucerre, aagé de 53 ans », … « deux ans y a, seroyt tombé en la cave de sa maison delaquelle cheutte il se seroyt froissé le corps ». Il a consulté Edme Laurent , lieutenant des maîtres chirurgiens , « qui l’auroyt visité, pensé et médicamenté par l’espace de deux moys », et sur son avis, il en appelle à Me Nicolas Bazière, docteur en « medecyne demeurant en ceste ville ». les praticiens le déclarent «  guary des dictes fractures », et pourtant «  il ne pouvoit respirer ny travailler comme il faisoyt auparavant ». Deux mois plus tard, toujours «  gisant malade » , il a la visite du Sieur de Moly, qui lui conseille de se « transporter par devers le curé de Monteluot ». Celui-ci «  trouva que le dict déclarant avoyt deux costes disjoinctes et rompues , lesquelles il remeit en leur lieu sans aucune incision »… En remerciement , le patient « luy auroyt baillé ung escu combien qu’il en méritast six fois autant »…

Nicolas SELLYER est maître charpentier à Auxerre, âgé de 63 ans environ ; il y a 12 ans, « eslevant une gallerie de son estat de charpentier ès la maison de Me Guillaume Dupuys, chanoyne demeurant à Aucerre, seroyt rompu ung aiz ( =ais : planche de bois) soulz ses piedz » … « il seroyt cheut et tombé sur ung duallage de cave de holteur de quinze pieds » et « se rompit la joincture de la main gauche ». Le chirurgien Ragon lui met un cataplasme sur la main. Mais « voyant le dict déclarant qu’il ne s’advéroit pas guari et qu’il en enduroit beaucoup de douleurs », il suivit le conseil de Me Edme Bargède, conseiller du Roy au Bailliage , qui «  luy bailla advis de s’adresser au dict curé de Monteluot ». Celui-ci « l’ayant veu et visité luy auroyt remis la dicte joincture desmise ». « et ne luy bailla le dict déclarant aucune chose » bien que le curé l’ait reçu, soigné, couché une nuit «  et luy feit bonne chère »…

Michel COTTEREAU, 35 ans, marchand à Auxerre, raconte qu’à l’époque des dernières vendanges , «  il appareut qu’une sienne petite fille aagée de deux ans, estoyt offencée au corps aiant une grosse bosse sur le col qui luy faisoyt baisser la teste ». Ayant appris la présence d’Edme Brothé chez Me Gaspard Leprince, le déclarant le prie de venir voir sa fille : notre curé « auroyt tellement travaillé de ses mains qu’il auroyt remis la dicte espaulle disjoinctée en son lieu sans aucune fracture ny incision », et il ne voulut accepter que15 sols !

« Vénérable et discrette personne Messire Estienne MARTIN prestre curé de Goix les St Bris prez Aucerre » , âgé de 42 ans, raconte que 3 ans auparavant, en mars, « luy estant à genoux en l’église de St Bris, se relevant et aiant le pied endormy, seroyt tombé sur le pavé de la dicte église et se seroyt rompu les deux soucilles ( ?) de la jambe senestre et les os esclattez, tellement que sa jambe estoyt en grande difformité et seroyt evanouy ès la place ». Jehan Gouverneur, le chirurgien de St Bris lui met un « premier appareil », et fait appel à Jehan Ragon le Jeune. Tous deux lui ordonnent de garder le lit six semaines «  sans se lever ny manier sa jambe ». Ce délai expiré, l’appareil est enlevé ; la jambe est déclarée guérie, mais il faut patienter encore 3 semaines. Ragon revient alors et constate qu’il n’y a pas d’amélioration, dit qu’il ne peut rien faire de plus et ne reviendra pas ! Le chirurgien de St Bris continue ses médicaments, mais sans plus d’effet ; le pauvre curé ne se soutient qu’avec deux « potances » . Il exige un examen complémentaire de Ragon l’aîné et de Me Nicolas Bazière, docteur en médecine. Ils sont tous d’accord pour affirmer « qu’avec le temps il se porteroyt bien » . Au bout de 3 semaines encore, « congnoissant qu’il ne se portoit mieux qu’auparavant » , et ayant entendu parler du curé de Monteluot, il le fait prier « de le venir veoir ».Brothé le fait « transporter ès sa maison de Monteluot », et «  par son soin, cure et diligence, l’auroit tellement traicté et pensé par l’espace d’ung moys, qu’il l’auroyt rendu guary, marchant seulement avec un petit baston ». Lasuite du témoignage est édifiante : « durant lequel moys qu’il fut èz la maison du dict Brothé, il y a veu environ soixante ou quatrevingtz pauvres gens malades et impotens, les ungs des bras, les aultres des jambes ou du corps » et Brothé « nourissoyt et iraictoyt la pluspart pour l’honneur de Dieu »…

Denis de DROUARD, écuyer, seigneur de Curly, âgé de 50 ans, raconte que, trois ans auparavant, faisant abattre un vieux bâtiment à Bleigny, «  fortuitement le dict bastiment seroyt tombé et tué le charpentier qui l’abbatoyt et le dict déclarant accablé soulz plusieurs pièces de boys, qui luy auraient rompu le corps et le bras ». Les chirurgiens d’Auxerre le soignent quinze jours ; les plaies guérissent, mais le bras, l’épaule et les côtes ne sont pas réparés. Il se fait donc conduire « ès lieux de St Mars et Vauchassy proche Troyes » auprès de personnes censées capables de le guérir. Mais aucune amélioration n’étant obtenue, il « se seroyt retirez ez sa maison attendant plustost la mort que la vye ». Allant à Auxerre pour faire son testament, il entend parler du curé Brothé…Il se fait transporter à Monteluot, où il est soigné pendant un mois. Lui aussi a constaté la présence d’autres personnes impotentes : « il auroyt veu que le dict Brothé auroyt pensé treize personnes de plusieurs dislocations et fractures d’os, sans qu’il ayt veu demander aucun sallaire, et croyt qu’il en pensoit beaucoup pour l’honneur de Dieu ». Pour son propre cas, « le dict Brothé ne luy a demandé aucune chose, aussy ne luy a il rien donné » !« Honeste homme et sage » 

Me Estienne SOTHYNEAU, raconte que , 7 ans auparavant, sa petite fille de 4 ans , à la suite d’une chute, avait une hanche « mesmise », de sorte qu’elle « clochoit et marchoit avec grande difficulté » . Ayant eu connaissance des capacités de Brothé, il l’a envoyée à Monteluot « neuf sepmaines enthières avec une sienne nourice » . A son retour, « elle avoit le mouvement de ladicte hanche beaucoup plus libre qu’auparavant et sans aucune douleur sy bien qu’elle marchait aisément et sans clodication ». Bien qu’il ne fut pas présent, il pense que c’est la conséquence du traitement de Brothé. Il signale que celui-ci ne lui a demandé aucune rétribution, aussi bien pour la cure que pour la nourriture de la fillette et de sa nourrice…

Jehan LAURENT l’aîné, marchand âgé de 68 ans «  a dict que 14 ans y a ou envyron, s’en allant le soir à la garde, seroyt fortuitement tombé par terre, duquel accident il se desmit l’os de l’espaulle droicte ». Il fait venir chez lui une femme que l’on appelait « la Fauvelette » ; comme elle n’a pas réussi à le soulager, il appelle Me Ragon, lequel le soigne quinze jours, sans qu’il puisse se servir de son bras. Sur avis du conseiller Bargède, il fait venir Brothé, qui lui dit que « le dict os estoyt hors de sa boiste », et ne veut travailler qu’en présence du Lieutenant des maîtres chirurgiens de la ville, Me Edme Laurent. Il installe une échelle dans la maison, place le bras blessé sur un bâton avec des serviettes, une « escabelle » sous les pieds, retirée ensuite, pour que le patient reste suspendu « par dessoulz les bras » ; Brothé tire alors sur le bras offencé pour luy remettre en son lieu le dict os ». Et le déclarant « se seroyt toujourz bien porté de depuis ». Aucun prix ne lui fut demandé ; il aurait donné «  ce que bon lui auroyt semblé »…

Jehan LEFEBVRE, laboureur à St Georges, âgé de 53 ans, à la St Jacques en juillet précédent «seroyt tombé de dessus ung prunyer à cause de laquelle cheutte il se mesmit la noix d’une hanche et offencea fort en telle sorte qu’il ne pouvoit marcher qu’avec potences ». Il a consulté successivement deux guérisseurs qu’on lui a recommandés , mais sans résultat. Ayant ensuite appris que le curé de Monteluot était de passage à Auxerre chez le grainetier Leprince, il « se feit conduire en une cherrette en ceste dicte ville ». Brothé «  l’aiant visité trouva laditte noix de la hanche gauche desmise de sa place »,… « luy remit en son lieu », et « le conforta y mettent la main avec cataplasmes sans incision ny fracture, en telle sorte qu’il en est bien guary, et ne luy donna aucune chose parce qu’il ne luy demanda rien » !  Il lui a néanmoins fait entendrequ’il était pauvre et chargé d’enfants…

Nicolas MONOT est un vigneron demeurant à Nangy-sous-bois, 50 ans ; « luy et sa femme estans a travailler aux vignes pour des habitans de ceste ville d’Aucerre », leur fils de 13-14 ans et leur fille de 4 ans attendaient sur le pont de l’Yonne . « Fortuitement, seroyt tombé sur son dict fils ung quartier de pierre des courtines et gardefoux du dict pont, duquel coup il auroyt eu la main droicte rompue et brisée ». C’est l’hôtesse de « l’Escu de France », pour qui le déclarant travaillait habituellement, qui a emmené l’enfant chez le chirurgien Edme Laurent ; celui-ci étant absent, c’est son serviteur qui «  auroyt couzu deux ou troys poincts sur la dicte main et pensé et médicamenté icelle ». Le lendemain Nicolas retourne avec son fils chez le chirurgien ; il ne trouve que sa femme et son serviteur à qui il demande les soins nécessaires.. La femme « luy auroyt faict response que ledict déclarant estoyt pauvre, le congnoissoyt bien, et n’avoit moien de faire guérir son enfant, et qu’il eust à le mener à l’hospital de la Magdelaine, où on le traicteroyt pour l’honneur de Dieu, cause qu’il se retira plorant avec son dit fils ». C’est en revenant à sa maison qu’il rencontra Edme Brocquet, taillandier, qui lui conseilla d’ « aller vers le prestre de Monteluot soulz Vézelay » , ce qu’il fit . Le curé lui dit que son enfant «  avoyt la main cassée et brisée et qu’il auroyt besoin d’y remédier promptement, ce qu’il auroyt faict et vacqué à penser et médicamenterson dict fils par l’espace de dix-sept jours durant lesquels son dict fils auroyt esté ez la maison du dict curé ». Quand il revient le chercher , il constate que l’enfant se sert bien de sa main ; le curé lui « baille une emplastre pour mettre dessus » et ne demande rien à son père pour paiement des soins et de la pension des 17 jours ! Celui-ci lui remet seulement un « goujat » ( une gouge ?) « que luy auroyt baillé le taillandier »…

Blaise FOURRELET, 55 ans est vigneron à Quesne ; il témoigne devant les notaires le mardi 18 février 1603 : le 3 janvier précédent, jour de la St Sébastien, il est tombé sur la glace, et s’est « desmis la joincture du bras gauche »…et «  en enduroit de grandes douleurs ». Pendant 15 jours Messire Edme Laurent le soigne,…sans résultat. Il est allé consulter le curé Brothé, qui « l’auroyt veu et visité et remis les os du dict bras en leur lieu, et depuis s’est bien porté »…

Que dire de ces 15 témoignages ?

D’abord que notre curé possédait un savoir-faire indéniable . Acquis comment ?

Probablement comme les autres rebouteux de nos campagnes : par tradition familiale, transmise depuis la « nuit des temps » !

Nous n’avons pas là des procès-verbaux marqués de rigueur scientifique ; mais tous ces témoins ne croient pas au miracle ; seuls l’habileté et l’instinct conduisaient les gestes qui les remettaient sur pied …et « les os en leur lieu » !

Bien sûr, les praticiens « officiels », – chirurgiens et médecins -, sont ridiculisés . Mais Molière nous confirmera cette situation quelques dizaines d’années plus tard, en raillant ces Diafoirus dont la suffisance n’avait d’égale que l’ignorance , et en faisant énoncer au bachelier – candidat – médecin, dans un latin « macaronique » , la recette de base pour les soins : « clysterium donare, postea seignare, ensuitta purgare » !

Plusieurs questions se posent :

– de quelles ressources disposait le curé, lui permettant d’héberger certains patients plusieurs semaines ?

– où habitait-il dans le village ?

– quelle fut la décision des juges ?

Pas de réponse aujourd’hui : nous fouillerons encore les archives…

Mais de ces récits si simples, si éloignés de tout souci littéraire, il nous reste une série d’images, saisissantes de réalisme, de la vie quotidienne dans notre région, …il y a 400 ans !  Nous imaginons facilement :

…le drapier qui, « la veille du dimanche gras », tombé sur la glace dans le quartier St Gervais, doit rester plusieurs semaines « gisant sur son lit ».

…la servante du prieuré de St Eusèbe, qui tombe de l’escalier à vis en allant « porter la paste au four ».

…la jeune femme du grainetier, dont le cheval s’emballe , la charrette lui passant sur le corps et lui écrasant le bas-ventre, son retour à Auxerre, – probablement dans la même charrette -, et l’embarras du brave curé devant la blessure !.

…la petite Edmée, tombée d’une échelle et le coude démis, obligée de rester 3 mois au lit .

…le taillandier-vendangeur qui, portant sur le dos une « tine » pleine de vin, se penche pour la verser et se déboîte l’épaule ; comme paiement, il donne au curé une serpette de vendange.

…le charpentier qui, dans la maison du chanoine, tombe d’un échafaudage.

…le curé de St Bris, qui a prié si longtemps à genoux qu’il est ankylosé et que ses jambes cèdent quand il veut se relever.

…le Sire de Curly, hobereau avare, qui, soigné et hébergé pendant un mois, ne donne rien au curé, sous prétexte qu’il ne lui a rien demandé !

…le laboureur de St Georges, qui tombe d’un prunier et se déboîte la hanche.

…le vigneron de Nangy, chassé par la femme du chirurgien parce qu’il est trop pauvre, et qui s’en va en pleurant, tenant son fils par la main…

Et surtout cet extraordinaire défilé – plusieurs dizaines pouvaient être présents simultanément d’après un témoin -, de tous ces éclopés ( comment ne pas évoquer, comme H.Forestier, la série des « gueux » de Jacques CALLOT, graveur et peintre de cette même époque ?), qui, les uns en charrette, les autres sur leurs béquilles, se dirigeaient vers ce village des confins du Morvan, Monteluot sous Vézelay, pour consulter ce brave curé, dont nous imaginons la robuste silhouette et l’attitude débonnaire…

Si par hasard, dans un « terrier » (cadastre de l’époque), nous retrouvions la trace de sa maison, ne serait-il pas juste qu’au coin de sa rue, une plaque du 21ème siècle rappelle aux passants «  Edme BROTHEY, curé de MONTELUOT (15..-16..), rebouteux renommé et homme de bien » ?…

Bibliographie

– Archives départementales de l’Yonne (A.D.Y.) : 3 E 7 – 21.

– «  Lire le français d’hier. Manuel de paléographie moderne (15ème au 18ème siècle) » de Gabriel Audisio et Isabelle Bonnot-Rambaud – Armand Colin – 1994.

– «  Pour lire l’ancien français », de Claude Thomasset et Karin Ueltschi – Nathan Université – 1994

– « Mémento de Paléographie généalogique » de Pierre-Valéry Archassal ; chez Brocéliande, 7bis rue César Franck, 75015 Paris.

– « Dictionnaire des vieux métiers » de Paul Reymond, chez Brocéliande.

– Revue « La France pittoresque » – Rubrique « métiers d’hier et d’aujourd’hui ».

– « La littérature médicale française hier et aujourd’hui », par le Professeur Yves Bouvrain – « L’espace culturel » / Bibliothèque du ministère des Affaires étrangères.

ANNEXES

L’article ci-dessus a été récemment publié dans le bulletin généalogique de l’Yonne, en fin 2002, avec ce complément, établi par Robert Timon, authentifiant les évènements relatés. 

Catégories
histoire régionale petit patrimoine

FORTIFICATIONS DE MONTELUOT

Le document d’Archive:

Lettre patente de François 1er – Octobre 1527

Juin 1527   –  Les habitants de Monteluot demandent au roi de France la permission de fortifier leur village.

Octobre 1527: François Premier est d’accord…

François à tous presens et advenir Salut. Comme dès le quinzième jour de juing dernier passé, les manans et habitans [1] du lieu et villaige…

…de Monteluot deppendant de l’abbaye de la Magdelaine de Veszelay Nous eussent présenté requête tenent (?) afin d’avoir permission de fere cloure [2] et …

… fermer le dit lieu et villaige de Monteluot, qui est assis en notre bailliage d’Auxerre, en bon et fort pais [3] et de vinoble [4] , près de notre Duché de…

… Bourgongne d’une lieue envyron [5] . Et pour la décoration [6]   et augmentation d’icelluy seureté et garde du pais [7] , prouffict et utillité de nous et de la chose publique…

… d’environ [8] le fortiffier de murs, tours, foussez [9] et autres choses neccessaires à fortiffication. Sur laquelle requête eussions ordonné estre informé par le Bailly d’Auxerre…

… ou son lieutenant, de la commodité ou incommodité de nous et de la chose publique, appellez [10] les gens nobles du pais et autres qui feroient  à appeler [11]  . Et icelle information …

… ensemble l’advis de luy et de nos procureurs et officiers renvoyez par devers nous pour y pourveoir [12]   comme de raison faire que auroit esté fait. Et le tout  par nous…

… renvoyez par devers noz amez et feaulx [13] conseillers les gens de notre Grant Conseil, lesquelz ont semblablement donné leur advis. Savoir faisons par nous…

… desirant subvenir à noz subgectz et chose publique de notre Royaume, selon l’exigence  des cas, inclinans à la supplication et requête des dits suppliants, et en en suyvant…

… l’advis des gens de notre dit Grant Conseil, A Iceulx manans et habitans supplians ……..et autres ………….avons donné et octroyé, donnons et octroyons de …

… grace especiale par ces dites présentes congé, licence et permission de clourer [14] et faire clourer et fortiffier ce dit lieu et villaige de Monteluot, de murailles, tours, foussez, …

… canonnières, ponts leviz, barbacanes et autres choses requises et necessaires à fortiffication. Si donnons en mandement par ces dites présentes au dit Bailly d’Auxerre ou …

…  son lieutenant et à tous noz autres justiciers et officiers ou à leurs intimations [15] présentes et advenir et à chacun d’eulx ….à luy appartenant que de nos presens grace, …

…  congé et permission  ilz  facent, souffrent et laissent les dits manans et habitans supplians joyr et user plainement et paisiblement sans leur…

…  faire mectre ou donner, ne souffrir estre fait, mis ou donné auccun trouble, destourbier [16] ne [17] empeschement aux dites présentes, Lequel si fait, mis ou donné, leur avoit…

…  esté ou estoit, le leur mectent ou facent mectre incontinent et sans delay a plaine delivrance [18] . Car ainsi nous plaist-il estre fait nonobstant …

…  quelzconques ordonnances, mandemens, restraicts [19] ou deffences à ce ……….et affin que ce soit chose ferme et establi a tous………nous avons…

…  fait mectre notre seel [20] à ces dites présentes. Sauf en autres choses notre droict et l’autry en toutes (?). Donné à Chantilly au moys de octobre …

… l’an de grace mil cinq cent  vingt-sept, et de notre règne le 13ème. Signé par le Roy : Gedoy ; Visa contentor : Coufier.

réf: archives nationales Paris. Cote JJ243- folio 388

[1] – manans et habitans : d’après Froissart , le « manant »  serait « celui qui habite dans une ville, qu’il soit bourgeois ou artisan » ; l’habitant étant l’homme du pays, à demeure fixe, le paysan  ( ?…).

[2] – fere cloure : faire clore

[3] –  fort pais = pays (région) rude, difficile

[4] – vinoble = vignoble.

[5] – près de notre Duché de Bourgongne d’une lieue envyron : la rive droite de la Cure, au niveau du Gué-Pavé, était en Bourgogne ; la rive gauche faisant partie de la « poté » de Vézelay. ( => voir « Commentaires » ci-après).

[6] –  décoration : se disait des ornements d’architecture.

[7] –  seureté et garde du pais : il s’agit d’accroître la sécurité du village, mais les raisons de ce besoin, certainement exprimées dans la demande des habitants, ne sont pas rappelées ici ( => voir « Commentaires «  ci-après ).

[8] –  d’environ : autour de, tout autour.                                                                                                                          

[9] –  foussez  = fossés.

[10] –  appelez : appelés, consultés pour avis.                                                                     

[11] – feraient a appeler = pourraient être consultés.

[12] – pourveoir : examiner, réfléchir, aviser.

[13] – amez et feaulx : amis et fidèles.

[14] – clourer = clôturer .

[15] – intimation : acte de procédure tel que signification par magistrat ou appel en justice.

[16] – destourbier : trouble, empêchement, ennui, tourment …

[17] – ne  = ni

[18] – a plaine delivrance = affranchi de toute difficulté.

[19] –  restraicts = restriction, contrainte.

[20] –  seel = sceau.

Commentaires

– Le contexte documentaire

Trois documents, – dont deux déjà anciens -, d’histoire locale, citent des lettres de François 1er autorisant des villages de la région à construire des murailles de protection .

a)-  Recherches sur l’Histoire de THAROISEAU, par l’Abbé A.PISSIER, curé de Saint-Père   (Bulletin de la Société d’Etudes d’Avallon – 1910).

En septembre 1537, le roi François 1er  autorise les habitants à «  clore et fermer de murailles, tours, portaulx et fossez, ponts levys et autres choses requises à forteresse le dict bourg de Tharosault ».  Il avait en effet reçu dans ce sens « lumble supplication des manans et habitans », souhaitant « obvier aux insidiacions des larrons, pillards et insidiateurs… », « …par lesquels ilz ont esté violantement, et leurs femmes et enfans et mesnaige, souventes foys envahiz, forcez, oultraigez, pillez et robez… »

L’abbé Pissier ajoute : « Asquins, Montillot, Menades furent fortifiés vers la même époque … »

(D’après le doc. coté JJ 254- folio 42 aux Archives Nationales.)

b)-  Recherches historiques sur ASQUINS avant 1789  , par l’Abbé PISSIER  (1909) , complété en 1998 par Pierre HAASÉ.

En juillet 1539, François 1er  répond aussi favorablement à la prière des habitants qui, se disant « eux et leurs femmes, enfans et mesnaige souventes fois envahiz, forcez, oultraigez ; pillez et robez… » et  « …feroient voluntiers à leurs despens clorre et fermer de murailles …le dist lieu, bourg et villaige d’Asquien ».

(D’après le doc. coté JJ 254- folio58 aux Archives Nationales.)

c)- « Fortifications de villages en pays de Vézelay » , remarquable étude du professeur Pierre Haasé présentée en 1998.

II –  Recherches de documents anciens concernant Montillot

Le Centre Historique des Archives Nationales (C.H.A.N.), Hôtel de Soubise, présente, parfaitement classés dans son « Trésor des Chartes », les milliers de textes de signature royale du 13ème siècle à la Révolution.

Des registres manuscrits présentent en latin, pour chaque cote, le sujet traité par le texte royal.

On trouve, par exemple :

–          les privilèges des chirurgiens, barbiers, arquebusiers, charpentiers, tailleurs de pierre, serruriers et cloutiers …

–          les autorisations de création de marchés hebdomadaires

–          les autorisations de construction de colombiers et clapiers

–          les naturalisations

–          les « rémissions » – très nombreuses au 16ème siècle – qui étaient des annulations de peine pour des forfaits commis …

Et on arrive en JJ 243 – folio 388 à « Licentia data habitantibus loci de Monteluot claudendi dictum burgum » ( permission donnée aux habitants du lieu de Monteluot de clore le dit bourg). Au passage, on note des lettres patentes analogues concernant Voutenay, Précy-le-Seq, Annay-la-Côte, Pontaubert …

III –  Le contexte historique

 Quelle est l’origine de ce besoin pressant de protection exprimé à cette époque par les villages de l’Avallonnais ? Il nous faut remonter assez loin en arrière dans l’Histoire pour décrire les conflits entre les puissances de l’époque et leurs répercussions sur nos campagnes de l’Avallonnais et du Vézelien…

a)- Les limites territoriales à la fin du Moyen Age

La première carte ci-dessous – dressée vers 1600 par des cartographes d’Amsterdam, Guillaume et Jean BLAEUW -, est limitée aux environs proches de Vézelay . Les  « frontières » approximatives de la « poté » sont indiquées. On voit à quel point celle-ci est « coincée » entre les comtés d’Auxerre et de Nevers et le Duché de Bourgogne. On voit aussi que la rive droite de la Cure, au niveau du Gué-Pavé, – donc à 4 km de Monteluot -, fait partie du Duché de Bourgogne.

On comprend qu’aux 12ème et 13 e siècles, les comtes de Nevers aient cherché par tous les moyens à s’emparer de Vézelay, qui, sous l’autorité de l’Abbé de la Madeleine, dépendait directement du pape.

La « Poté » de Vézelay

C’est en 1280 que Vézelay est devenu une « terre du royaume », le roi de France Philippe le Hardi déclarant par ordonnance qu’il assume la garde et le contrôle de l’abbaye et du fief de Vézelay ; cette décision a été confirmée en 1377 par Charles V ;

La carte ci-contre, montrant les territoires de Bourgogne au 14éme siècle est l’une des rares où apparaît la « poté »., enclave minuscule entre ses grands voisins.

On voit le Duché de Bourgogne, et de l’autre côté de la Saône, le Comté de Bourgogne, devenu ensuite la Franche-Comté.

b)-  L’histoire de l’Avallonnais  du 14ème  au 16ème siècle.

fortifications d’avallon

Notre région a souffert de la Guerre de Cent Ans ( environ 1350 à 1450) pour plusieurs raisons

– dans la première phase des hostilités entre la France et l’Angleterre, les combats avaient lieu dans l’Ouest, mais les impôts ont augmenté dans tout le royaume.

– puis après la bataille de Poitiers en 1356 où le roi Jean le bon fut fait prisonnier, non seulement une forte rançon doit être réunie (4 millions d’écus pour le royaume dont 400 « moutons d’or », – soit 500 livres Tournois -, pour la poté), mais les troupes libérées par la trêve conclue avec l’Angleterre pillent, rançonnent et font régner l’insécurité entre Seine et Loire ; « par quoi nul n’osait aller  entre Paris et Montargis » écrit Froissart, chroniqueur du 14 e siècle….

– il faut savoir que la guerre est intermittente ; négociations et trêves suspendent les combats, souvent sur plusieurs années ou dizaines d’années ;  les armées, des deux côtés, sont composées pour une large part de mercenaires, dont la guerre est le métier, et que la paix prive de gagne-pain. Ils opèrent alors pour leur compte, volent, pillent, rançonnent villages, villes, châteaux, abbayes…

– même l’intendance des armées régulières est basée sur le pillage ; pour les armées françaises, c’est la « prise », réquisition mal payée ; quant à l’armée anglaise, loin de ses bases, elle vit sur le pays …

– de plus, famines et épidémies (peste, dysenterie,…) sévissent périodiquement (en 1348, Givry aurait perdu 650 habitants sur 1300 !).

Plusieurs historiens locaux ( cités en fin de texte) ont tiré patiemment des archives des villes le récit des évènements de cette époque. Nous nous sommes permis de « picorer » dans leurs ouvrages. Bien que Montillot ne soit pas  mentionné avant la fin du 16ème siècle, on peut être certain que les graves difficultés  rencontrées par les villages  du Duché de Bourgogne tout proche, n’ont pas épargné ses habitants…L’énumération qui suit est assez longue, mais elle est nécessaire pour bien comprendre dans quel état d’esprit nos ancêtres de l’Avallonnais et du Vézélien ont abordé le 16ème siècle.

1- En 1359, les Anglais et les Navarrais prennent Auxerre, rançonnent les habitants puis pillent et incendient les villages voisins. Les portes de Vermenton sont forcées et l’église pillée. Avallon est épargnée, du seul fait que la peste y décime la population ; les alentours sont pillés et beaucoup de terres resteront incultes plusieurs années.

En janvier 1360, le roi d’Angleterre Edouard III lui-même, à la tête de son armée, arrive par Tonnerre et Noyers et attaque les forces du duc de Bourgogne massées à Montréal. Les combats sont sanglants. Edouard III s’installe dans le château de Guillon, et lance des incursions alentour. Le 10 mars, le traité de Guillon est signé, par lequel, contre une somme de 200.000 « deniers d’or au mouton », les Anglais s’engagent à quitter le pays.

Edouard III se dirige vers Paris, en passant par Vézelay, « destroussant partout où il allait »…

Ses chefs de guerre donnent congé à leurs gens, qui vivent de brigandage dans la campagne.

En mai 1360, le traité de Brétigny cède au roi d’Angleterre tout le Sud-Ouest de la France.

Une troupe de bandits anglais s’installe au château de Pierre-Perthuis ; le jeune duc de Bourgogne Philippe de Rouvre, vient lui-même aider les habitants de Vézelay à les chasser. Mais ils reviennent ; les combattants bourguignons et vézeliens, aidés de mercenaires allemands, reprennent la place forte.

En 1361, on voit de plus en plus les brigands regroupés en « Grandes Compagnies » : « Bretons » et « Gascons » sévissent en Auxois , Lorrains et Allemands en Champagne…Les « Bretons » établissent leur quartier-général à Arcy-sur-Cure, d’où ils rançonnent la contrée.

7000 « routiers » envahissent la région, occupent PrécyFoissyPierre-Perthuis, et attaquent Vézelay qui, fortifié par ses habitants en 1356, leur résiste.

En 1368, les habitants de Vermenton obtiennent, par lettre royale de Charles V, l’autorisation d’entourer la ville de murailles ( entre autres raisons « les bons vins qui servent à la provision de Paris et d’autre slieux »…).

Les Anglais reviennent en 1372 et prennent Vaux (Vault-de-Lugny) et Pontaubert.

La peste sévit dans l’Avallonnais de 1380 à 1382, puis en 1392 ; la mortalité est telle qu’il reste moins de 100 « feux » ( foyers) à Avallon…

A partir de 1407, la guerre civile s’ajoute à la guerre étrangère. Pour raisons de succession au trône (le roi et le duc de Bourgogne sont cousins-germains…), la Cour se partage en 2 factions, les « Armagnacs » et les « Bourguignons », qui cherchent à maîtriser Paris et neutraliser le roi, devenu fou en 1392.

Après  avoir battu l’armée  de Charles VI à Azincourt (Pas-de-Calais) en octobre 1415, le roi d’Angleterre Henri V entreprend l’occupation méthodique du territoire français qu’il considère comme son royaume : la Normandie d’abord, puis l’Ile de France en partie.

En 1417,  Vézelay se met du côté du duc de Bourgogne Jean sans Peur, et, après l’assassinat de celui-ci à Montereau en 1419 par le clan « armagnac » entourant le Dauphin, suit son fils Philippe le Bon dans son alliance vengeresse avec les Anglais.

La défense de la frontière Ouest de la Bourgogne s’organise à partir des « villes forteresses » Avallon, Montréal, Châtel-Gérard, Noyers …et des « forteresses secondaires » Voutenay, Arcy, Pierre-Perthuis, Vault-de-Lugny, Chastellux, Maraut, Villarnoux, Epoisses…

En 1418 (ou 1419 ?), Voutenay est pris par les Armagnacs ; en 1421 , Mailly-le-ChâteauArcy et Coulanges.

En 1420, Philippe le Bon signe avec Henri V le traité de Troyes, qui livre la France aux Anglais ; Henri V épousant Catherine de France, fille de Charles VI, devient l’héritier de celui-ci.  .

Charles VI et Henri V meurent tous les deux en 1422.

En août 1422, les deux alliés, le duc de Bedford, régent d’Angleterre, et le duc de Bourgogne regroupent leurs troupes à Vézelay.

En février 1423, Cravant est occupé par les  troupes royales, puis repris par les Bourguignons quelques jours après. En juillet, les Armagnacs mettent le siège devant Cravant, mais sont repoussés. De même Montréal est pris et repris.

En septembre 1424, Philippe le Bon décide de rompre avec l’Angleterre et de s’allier avec le roi de France ; il y gagnera plus tard les comtés d’Auxerre et de Mâcon. Mais le faible Charles VII reste dominé par son entourage, et les hostilités continuent entre Armagnacs et Bourguignons.

En 1426 Mailly-le-Château est pris par les Armagnacs, Joux-la-Ville est ravagé par le feu, la réserve de grain de l’église de Sermizelles est pillée. Le château de Voutenay est pris puis racheté pour 800 écus d’or imposés aux habitants de l’Avallonnais.

En 1427, Châtel-Censoir est « prise, saccagée et brûlée avec son château-fort », sa « population presque entière a péri », et « il n’est resté ni garnison, ni habitants, ni chanoines ». Sur 122 chefs de famille précédemment imposables et habitant la ville, il n’en restait plus un seul »…

2- C’est en 1429 qu’apparaît Jeanne d’Arc ; la petite paysanne-chef de guerre ramène la confiance dans le camp du « Roi de Bourges ». Le 17 juillet Charles VII est enfin sacré à Reims. Livrée aux Anglais par les Bourguignons, Jeanne est brûlée comme sorcière à Rouen le 30 mai 1431. En décembre, Henri VI d’Angleterre se fait couronner roi de France à la cathédrale de Paris. La situation reste confuse …

Fin 1432, Jacques d’Espailly, ex-capitaine des armées du Roi devenu le chef de bande Fortépice, prendAvallon par surprise, puis MarautVieux-ChâteauMagnyClamecyChâtel-Gérard…Plusieurs villages des bords de l’Armançon sont brûlés.

Philippe le Bon

Le duc  Philippe le Bon, qui séjournait  dans ses terres de Flandre, revient, regroupe des troupes et après de durs combats reprend Avallon en octobre 1433, puis le Château de Pierre-Perthuis. Fortépice abandonneCoulanges moyennant 5000 écus…

En 1435, au Congrès d’Arras, Philippe le Bon fait définitivement la paix avec le roi Charles VII ; en récompense, il  n’en sera plus le vassal sa vie durant . Il se fait alors appeler « Grand Duc d’Occident »…

Mais une fois encore, les troupes ainsi libérées continuent la guerre pour leur compte . Des bandes se constituent, qu’on baptise les « Ecorcheurs » ; et alors que la Normandie et l’Ile de France se libèrent des Anglais, la Basse-Bourgogne est à nouveau ravagée …

Un ex-capitaine de Charles VII, Robert Floquet, bailly d’Evreux, vient en juin 1438 occuper l’Avallonnais avec 1000 chevaux , s’installe à Pontaubert et au Vaux, et commence à couper les blés pas mûrs pour soumettre Avallon et les villages voisins  à rançon …L’Auxois est aussi envahi ; partout on pille, massacre et viole; de nombreux documents l’attestent.

A la fin de l’année, famine et peste s’ajoutent aux malheurs de l’Avallonnais ; des cadavres jonchent les rues, « les loups, habitués à se nourrir de la viande des morts, entraient dans la ville et dévoraient même les vivants », lit-on dans les annales des Carmes de Semur.

Prudents, les pillards se retirent dans le Charolais, mais reviennent et prennent Guillon et Montréal en février 1440. En 1441, ils logent leurs chevaux dans la Madeleine de Vézelay ; en novembre, le Maréchal de Bourgogne les chasse. Ils occupent le château de Pierre-Perthuis de 1440 à 1443.

Vers 1444, les chanoines et quelques habitants reviennent à Châtel-Censoir

Une trêve est signée à Tours en mai 1444 entre Français et Anglais : elle dure jusqu’en 1449 . Charles VII en profite pour réorganiser les affaires du royaume, en particulier sa défense. A partir des milices féodales indisciplinées il crée les « compagnies d’ordonnance », première « armée permanente » d’Europe, qu’il peut entretenir en levant chaque année un impôt appelé « taille » ; de plus il met en place une puissante artillerie ( la cavalerie ne sera plus la « reine des batailles »). Il punit sévèrement quelques criminels « Escorcheurs », il en entraîne une partie dans des combats meurtriers en Suisse et en Alsace, et amnistie  ceux qui restent  pour mieux se les attacher…

Il peut alors entreprendre une guerre de reconquête contre les Anglais. En 1437,  il était rentré à Paris ;  en 1449 il reprend Rouen, en 1451, Bordeaux et Bayonne. En juillet 1453, la bataille de Castillon ( sur les bords de la Dordogne) se solde pr 9000 morts mais marque la fin de la guerre de Cent ans. Les Anglais sont chassés de tout le continent à l’exception de Calais.

En 1461, Louis XI devient roi de France et en 1467 Charles le Téméraire  duc de Bourgogne .

Une ère de paix – relative …- commence ; les campagnes devraient pouvoir se relever lentement des désastres de la guerre. 

Mais Louis et Charles sont tous deux autoritaires, durs et ambitieux, n’ayant qu’un seul but: agrandir son propre royaume.

Charles a hérité de son père Philippe le Bon un grand Etat, formé de deux groupes de territoires, séparés par la Lorraine indépendante : les Pays-Bas ( de la mer du Nord au Luxembourg) et la Bourgogne (avec ses annexes Charolais, Auxerrois et Mâconnais) , avec un Chancelier, un Parlement et des Etats-Généraux. Il voudrait conquérir la Lorraine et les villes d’Alsace, constituer une coalition contre Louis XI et obtenir ensuite une couronne royale !

Tous les prétextes de discorde leurs seront bons…

 En 1465,  Charles s’était déjà associé à une ligue de princes français en révolte contre Louis XI (Guerre du « Bien public »). En 1468, il épouse la sœur du roi d’Angleterre Edouard IV, lequel vient d’annoncer son intention de passer la Manche et de revendiquer la couronne de France. 

En octobre, il retient prisonnier par surprise à Péronne le roi de France qui avait fomenté une révolte des Liégeois contre lui, et lui arrache des promesses qui ne seront pas tenues.  

En 1467, les troupes du roi font des incursions à l’ouest du Duché, menaçant TonnerreChablisSt Florentin…, vendangent quelques vignes et taxent les populations

Avallon et Noyers renforcent leurs défenses.

En 1470 et 1471, Louis XI lance des attaques en Picardie et en Chalonnais …Trêve en 1471 et 1472…mais les escarmouches ne cessent pas. Les gens d’Avallon sont inquiets car Tonnerre est occupé par les « ennemis Français » en novembre. En 1473, « l’Auxois, l’Avallonnais et l’Auxerrois sont attaqués sur tous les points à la fois » ; Girolles et Voutenay sont pris. En janvier 1475, quatre cents hommes de guerre s’emparent de Vézelay. Une garnison française campe à Pierre-Perthuis.

Charles le Téméraire  attaque la Lorraine puis l’annexe fin 1475; mais il est battu par les Suisses en 1476 et par le duc René de Lorraine devant Nancy le 5 janvier 1477 ; son cadavre à demi dévoré par les loups est retrouvé deux jours après. Louis XI met la main sur la Bourgogne, l’Artois et la Picardie ; il y installe de nouveaux gouverneurs et capitaines et mate brutalement les récalcitrants.

Mais la Bourgogne est en piteux état, « commerce anéanti, pillage des campagnes, partout des ruines et la désolation ». On n’est en sûreté nulle part. A l’entrée des places fortifiées, on fait le guet pour arrêter les mendiants organisés en grandes bandes. Les villes et les bourgs sont obligés d’héberger les troupes qui passent chaque jour, Français, Ecossais, Allemands …Famine et peste s’ajoutent à ces malheurs.

Louis XI meurt en 1483 ; son fils Charles VIII n’a que 13 ans et sa sœur aînée Anne de Beaujeu assure la régence, avec sagesse et fermeté. La France commence à se rétablir et sa population augmente…Mais quand le jeune roi prend le pouvoir, il est attiré par l’Italie et ses richesses ; il fait valoir ses droits de succession sur le royaume de Naples et commence les « guerres d’Italie » qui , poursuivies par ses successeurs Louis XII et François 1er  , dureront 24 ans…,  .

La peste sévit encore à Avallon en 1517, puis en 1523, – où l’on paye les malades pour les faire sortir de la ville -, et en 1526, où les habitants de Vézelay « vinrent prossessionnellement à Avallon implorer la fin de ces malheurs » (extrait des comptes de la châtellenie d’Avallon).

Des bandes d’aventuriers et de brigands courent encore les campagnes  périodiquement…

Pourtant, dans l’ensemble, la fin du 15ème et le début du 16ème siècles permettent à la France un retour à la prospérité, d’autant plus que les ardeurs guerrières des jeunes nobles sont canalisées vers des territoires étrangers !  

c)- Le règne de François 1er avant 1527.

Né à Cognac  en septembre 1494, de Louise de Savoie et de Charles d’Angoulême. Le roi Louis XII mourant le 1er janvier 1515, François d’Angoulême devient le roi François 1er, sacré à Reims le 25 janvier . Continuant le rêve de ses prédécesseurs, il veut conquérir de nouveaux territoires en Italie ; dès août 1515 (il a à peine 21 ans !), il traverse les Alpes au col de l’Argentière.  Attaqué par les Suisses, alliés des Milanais, en septembre, il les bat à Marignan, près de Milan, avec l’aide des Vénitiens . La paix conclue en 1516 rend à la France le Milanais, perdu par Louis XII.

Mais cette paix, dite « perpétuelle », ne dure que 5 ans. L’empereur germanique Maximilien meurt et Charles d’Espagne – préféré à François Ier, autre candidat – , est élu à sa succession sous le nom de Charles Quint. Celui-ci se trouve à la tête d’un territoire immense, résultant de plusieurs héritages : Alsace, Autriche, Pays-Bas, Franche-Comté, Sicile, Naples, Aragon, Castille et les possessions espagnoles d’Amérique du Sud, …Il veut reconquérir la Bourgogne qu’avait possédée son ancêtre Charles le Téméraire.

Les hostilités reprennent en 1521, les Français sont chassés du Milanais, et François Ier est fait prisonnier devant Pavie en 1525. Il est libéré par le traité de Madrid, en janvier 1526, par lequel il renonce au Milanais , à la Flandre et à l’Artois, et s’engage même à céder la Bourgogne. Mais il oublie vite ses promesses et la lutte contre Charles-Quint se poursuivra jusqu’à  la fin de son règne et  continuera avec son fils Henri II ….

d)- Après 1527 …en bref…

 Le mouvement de la Réforme apparaît en 1520 en Allemagne et s’étend progressivement en France et en Angleterre.

Le protestantisme s’est implanté très tôt dans les vallées de l’Yonne et de la Cure . En 1555, une église réformée s’ouvre à Vézelay…Un abbé de Vézelay devenu huguenot est excommunié en 1563…

Tout le reste du 16ème  siècle est marqué par des guerres de religion, qui renouvellent les  affres de la guerre de Cent Ans,  ravages, massacres, fausses trêves, pestes, famines…Les protestants se font aider de troupes suisses et allemandes.

A partir de 1576 apparaît un 3ème parti, celui des « catholiques-ultras », la Sainte-Ligue, dirigée par le duc de Guise, qui s’allie avec le roi d’Espagne, lève des troupes et s’arme.

C’est dans ce cadre qu’un engagement meurtrier a lieu en juillet 1589 près de Montillot, les troupes de la Ligue, qui tenaient Avallon et Vézelay, voulant reprendre Mailly-la-Ville tenu par les royalistes …

IV – Les motivations de l’ « enclosure »

Elles ressortent  avec évidence du récit ci-dessus et Mr P. Haasé les a parfaitement décrites dans son étude de 1998 :

–          les méfaits continuels des « gens de guerre » vivant sur le pays, qu’ils soient amis ou ennemis

–          le passage de mendiants et autres populations nomades, soupçonnés de vols et de diffusion de maladies ; ces errances étant dues à la précarité et la malnutrition provoquées par les mauvaises récoltes. Il est arrivé que des  famines jettent sur les routes des milliers d’indigents.

–          le passage de loups et de chiens errants souvent enragés..

–          les épidémies périodiques et en particulier la peste, ont fait des milliers de victimes. Or à cette époque, la lutte contre la maladie consistait surtout à éviter la contagion, en exilant les malades à l’extérieur du bourg, et en interdisant l’entrée à des voyageurs étrangers.

V – Le cas de Montillot

Monteluot  est situé sur un plateau entre la Cure et l’Yonne. On pourrait penser qu’il a été épargné par les guerres, du fait que les troupes qui rejoignent des zones de combats suivent de préférence les vallées.

On trouve  en effet très tôt des places fortifiées le long de ces vallées : Vézelay – avantagé par sa position dominante -, Pierre-Perthuis,  Saint Moré, Châtel-Censoir …

Mais il se trouve que

–          d’une part, les guerres entre le roi de France et le duc de Bourgogne ont fait de l’Avallonnais, aire frontalière, une zone de combats.

–          d’autre part, les multiples trêves « libéraient » des combattants qui, désoeuvrés et sans ressources,  se répandaient dans les campagnes environnantes.

–          on peut ajouter pour Montillot un fait  essentiel : une voie de communication importante y passe : le « Grand Chemin » d’Auxerre à Vézelay, passant par Mailly-la-Ville et Brosses, longe le bois du Fège, à l’ouest du village. Cette voie est citée dans le Cartulaire de Vézelay qui fait en 1464 l’inventaire des propriétés de l’Abbaye .

On peut donc affirmer qu’aucun village n’a pu échapper à ces errances …

La première solution a consisté à réserver aux habitants un espace réduit où ils pouvaient se réfugier en cas de menace, ou au moins y garer leurs biens les plus précieux, ne serait-ce que la récolte de grains. Une église ou une tour a souvent joué ce rôle.

A Montillot, d’après P.Haasé, la partie inférieure du « clocher fortifié  roman, aux longues archères ( ouvertures verticales étroites permettant de tirer à l’arc),  dominant l’ancien prieuré, est manifestement l’œuvre du 13ème siècle finissant ». Elle a pu servir de réserve …

En cas de grave danger, on pouvait aller se réfugier dans les forêts proches.

Au début du  16ème siècle, la paix revenue, le souvenir des horreurs des guerres était encore cuisant, et l’exigence de « seureté et garde du pais » primordiale. Depuis Louis XI, toute construction non autorisée devait être rasée et  toute demande devait être suivie d’une enquête faite par le bailli.

En 1501 et 1513, Louis XII était passé à Avallon ; en 1521 ce fut François 1er , montrant ainsi qu’ils s’intéressaient aux territoires bourguignons réunis à la Couronne par Louis XI.

En juin 1527, les « habitans et manans » de Monteluot adressent leur supplique au Roi ; celui-ci demande une enquête au Bailli d’Auxerre ; le résultat est soumis pour avis à son « Grand Conseil » et l’accord final est donné en octobre…

L’autorisation est donnée de construire toutes clôtures et fortifications nécessaires, et sont cités : murailles, tours, fossés, canonnières, pont-levis, barbacanes …Mais ces constructions devaient être faites sans subventions, aux frais des villageois. On ne peut donc s’étonner de la simplicité de la solution retenue : un simple mur avec des portes permettant le contrôle des entrées et sorties …
Il reste très peu de vestiges, sinon le tracé qui, depuis cette époque a imposé le dessin du village. Sur le plan ci-joint, tiré du « cadastre Napoléon » on constate que vers 1810, il y avait encore très peu de maisons en dehors de cette enceinte.

Les pierres de construction de ce mur ont dû être utilisées petit à petit pour la construction des maisons, surtout au début du 19ème siècle.

La longueur totale est de l’ordre de 1000 mètres.  Pour  d’autres villages,  on parle de largeur de 1 m au moins et d’une hauteur de 5 à 7 m. Ici rien ne permet d’estimer ces dimensions…

On peut supposer qu’il y avait 4 portes, aux endroits où les voies principales débouchent sur l’enceinte ; on trouve des noms dans des actes anciens : la Porte de la Chally à l’est, la Porte d’Emont et la Porte du Cloux au Sud,…

Il est certain que la protection était limitée à des vagabonds peu armés ; les portes étaient certainement fermées de nuit, une fois les récoltes et le bétail rentrés après l’Angélus du soir.  

BIBLIOGRAPHIE

–          Ernest PETIT  – « Avallon et l’Avallonnais. Etude historique » – GALLOT – Auxerre – 1867.

–          Georges DUBY – « Histoire de la France de 1348 à 1852 » – LARPOUSSE – 1991.

–          Louis GIRARD – «  Du Moyen Age aux temps modernes »  – BORDAS 1968.

–          Regionis – « Bourgogne » – MSM – 2002.

–          Bertrand SCHNERB – « L’Etat bourguignon 1363-1477» – PERRIN – 1999.

–          Alfred TURGOT – „ Histoire de la Ville et Abbaye de Vézelay“- Pas de l’Ane – 1997.

–          Max QUANTIN – « Histoire et institutions de la ville de Vermenton » – Res Universis – 1993.

–          E. PALLIER – « Recherches sur l’histoire de Châtel-Censoir » – LAFFITTE – Marseille – 1981.

–          CRDP Dijon – «  L’Yonne un département » – 1984.

–          Cadastre Napoléon. Archives Départementales de l’Yonne.

–          Site « Portail Bourgogne et Franche-Comté »:  http://gilles.maillet.free.fr/

–          Site http://www.herodote.net/histoire11020.htm

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L’épopée de la création des écoles publiques à Montillot

R. M. Koutlidis, 2016

Rappel Historique

Si la révolution a en théorie instauré la création de l’école publique et gratuite, puis la création du corps des enseignants du primaire, c’est la loi de Guizot du 18.6.1833, sous la monarchie de Juillet, qui impose à toute commune de plus de 500 habitants de financer la création d’une école de garçons.

C’était  l’époque où la population à Montillot était au plus haut depuis le début des recensements, avec  911 habitants dont 73 enfants.

Il fallut attendre le 23.07.1836 pour que l’école publique soit étendue aux filles, sans obligations, et la loi Victor Duruy du 10.07.1867 pour que ces écoles de filles soit une obligation pour les communes de plus de 500 habitants.

Bien sûr, auparavant, il existait déjà une école ainsi qu’en témoigne cette note prise par A .BUET :

C’est un rapport d’inspection de l’Archiprêtre de Vézelay, conservé aux Archives de l’Evêché d’Autun, qui l’annonce :

« Montillot – 1700 – 240 habitants – …Les habitants ont nommé pour marguillier, chantre et maistre d’école dans la paroisse le sieur Guillaume DEFER, qui a promis de faire lesdites fonctions avec l’exactitude requise, moyennant quoi les paroissiens se sont obligés de lui donner et faire donner, par chaque année, 3 sols par chaque manouvrier, et une quarte de bled par chaque laboureur, et demye quarte par demye charrue, et en outre ce que ceux qui envoyront leurs enfants à l’école payeront les mois, qui seront pour chaque enfant de 3 sols pour ceux qui apprendront à lire et à écrire, comme encore au cas où le Roy attribue quelques droits au maistre d’escole des paroisses qu’il percevra lesdits droits dans cette paroisse sans diminution de ceux cy-dessus ». …

 Nous connaissons Guillaume DEFERT, grâce aux Registres paroissiaux conservés aux Archives de l’Yonne (A.D.Y.).

Il est né à Montillot le 15 Juillet 1672 ; c’est l’année la plus ancienne des registres conservés. Ils sont tenus par Guillaume COLLAS, 28 ans, curé depuis le mois de janvier précédent.

Guillaume DEFERT est le fils de Jehan, – « lieutenant du bailliage », représentant officiel de l’Administration -, et de Claudine REGNAULT.

Il s’est marié le 6 février 1696 avec Elisabeth FERRAND, 21 ans, fille de Toussaint FERRAND, « huissier royal » (on disait aussi « sergent royal »), et de Marie de TROTAS.

Son cousin-germain Guillaume DEFERT (1675-1704), est « procureur d’office de Messieurs du Chappistre de Vézelay ».

Il fait donc partie des notables du village, et il n’a certainement pas eu de difficulté pour se faire agréer par la hiérarchie ecclésiatique.

Il est mort à 30 ans, le 23 Mars 1703 ; nous ne connaissons pas la cause de ce décès précoce ; le curé COLLAS est peu loquace ! Mais nous connaissons sa profession  : dans un acte du 14 Mars 1705, fondant 2 messes basses annuelles en échange d’un journal de terre donné à la « Cure de Monteliot », selon la volonté des défunts FERRAND et DE TROTAS, on lit parmi les héritiers « exécutants » : «  Elisabeth Ferrand, vefve de défunt Guillaume Defert, vivant voiturier par eaux » (on dirait maintenant  transporteur fluvial). »

L’école des garçons

Les archives municipales (maintenent conservées aux archives départementales de l’Yonne [ADY], série O [2O2463 et 2O2464]) ont permis de retrouver le fil qui a conduit à la création de l’école publique à Montillot.

Dès 1833, une école de garçon était installée dans une partie des bâtiments nouvellement acquis par la commune des époux Rabier/Grossot de Vercy, en 1820.

On a trouvé dans le dossier de la commune, en date du 13 octobre 1819 une ordonnance signée Louis, le roi, au château des tuileries, autorisant le maire de la commune à acquérir au nom de cette commune du sieur Rabier cette maison pour servir de presbytère, de maison commune et d’école. La commune avait engagé des négociations âpres pour initialement louer, puis acquérir un lieu dans ce but.

Le premier Novembre 1817 est « amodié » (= loué) à MM les membres du conseil municipal la maison RABIER  moyennant la somme de 96F par an, « à commencer au 15 de ce mois et ce pour trois années consécutives ».  Le 5 novembre est transcrit dans le registre le texte du bail de location de la maison Rabier. Il s’agit de : « Une maison située à Montillot, consistant en chambre, cuisine, cabinets, office, grenier, cave, jardin et vergers entourés de murs, derrière ladite maison lieux d’aisance, puits commun avec le fermier ; le colombier, à la charge de nourrir les pigeons pendant l’hiver et d’en laisser en quantité  suffisante à l’expiration des trois années ; l’écurie et vinnée du bâtiment neuf ; la grange dite du lieu ; le poulailler et le toit à porcs, qui sont situés sous le colombier… sans néanmoins que moi  DELENFERNAT puisse rien prétendre sur la partie habitée par le fermier de M RABIER et sans pouvoir nuire aux biens qui font partie de son bail ». Monsieur Joseph Anne Georges de LENFERNAT était alors maire de la commune.

« Une promesse de vente ayant été faite à la commune, le bail sera nul et non avenu dans le cas où l’autorisation d’achat aurait été obtenue avant le 25 Mars prochain. »

Dans une lettre datée du 22 janvier 1819, adressée au sous-préfet, au moment des négociations pour la vente du bien, le sieur Rabier précise « la partie habitée de cette maison aurait couté à bâtier plus de 30000F et le bâtiment qui peut faire maison d’école, bâti il y a 6 ou 7 ans, a couté dans les 4000F » : un bâtiment « neuf » est accolé aux granges.

L’acte de vente est établi par maître Hugues MONSAINGEON de Vézelay, (reproduit ci-dessous), en date du 23 février 1820. Sa lecture en est assez difficile ; il ne précise pas l’origine antérieure de la propriété, mais donne une description assez précise des lieux : «  une maison de maître à laquelle est attachée la chambre habitée par le métayer. Cette maison est composée de plusieurs chambres, cuisine, cabinet, colombier, cave, granges, écurie, vinnée, cour verger et jardin, entourée de murs, aisance dépendante de ladite maison, qui est située au bas de ladite commune de Montillot, tenant du long à la rue et au chemin qui conduit dudit Montillot à Brosses, d’autre part aux terres labourables dites celles du champ jolly et aux chennevières aux vendeurs dont fait partie un petit canton ci-après désigné, d’un bout par Defert encore à une autre partie de terre dite celle de la plante tenant aux vendeurs, et d’autre bout du bois tenant à la rue qui conduit au petit puits de jean Berson (?)

(…) trois mètre et un tiers (ou dix pieds) de largeur dans toute la longueur de la pièce, à prendre dans une étendue de plus grande contenance de terre à faire ( ?) chennevière, sortant derrière lesdittes granges et écurie tenant d’une part à celle de Jacques Jojot, d’autre au surplus de la pièce d’embout aux susdittes granges et écurie, d’autre le long du chemin de la carrière ». Plus loin on précise « et comme dans  la partie du mur qui tient à la terre dite du champ Jolly et chemin (…) il y a deux ouvertures en portes, alors les dits vendeurs s’obligent à les faire maçonner, à couvrir la partie du maçonnage (…) comme (…) à leurs frais (…) (…) de la part de la commune envers eux, et les ventaux des dites portes leur appartiendront ». Cette vente, avec d’autres immeubles, a été faite moyennant le prix principal de sept mille quatre cent francs payable sur le produit de la vente du quart des réserves de bois de la commune. C’est le nouveau maire Moré DEFERT, remplaçant le maire démissionnaire Joseph Anne Georges de LENFERNAT, qui finalise cette transaction.

Cette acquisition a permis de pérenniser  l’école des garçons dans le bâtiment de granges, le presbytère dans la maison principale, et d’installer le logement de l’instituteur dans le logis précédemment réservé au fermier du sieur Rabier.

De premières réparations sont faites en 1837 dans la maison d’école. (C’est à cette date qu’a été creusé le puits communal, près de la maison d’école, en raison de sa situation en bas du village, de l’humidité des lieux, ce qui faisait espérer le succès de l’opération. Ce puits existe toujours.)

Depuis cette date, la maison d’habitation a été dénommée « le presbytère », fonction qu’elle n’avait pas auparavant puisque le desservant n’habitait plus la commune depuis la révolution, et que le curé Desautel, en fonction à la révolution, logeait dans la maison adjacente à l’église, qui avait été réquisitionnée comme bien national, puis vendue.

L’école des filles.

Quelques années plus tard se pose le problème de la création de l’école des filles.

sur ce plan figurent en haut l’emplacement de l’école des garçons-presbytère, à gauche en bas la première école des filles, en bas à droite l’emplacement proposé pour la nouvelle école et la mairie, à l’entrée du village.

En 1868 une maison appartenant à Mr Pierre Joseph de LENFERNAT (maire de 1852 à 1853 puis de 1860 à 1870) est louée à la commune pour 3, 6, ou 9 années consécutives pour y installer l’école des filles. Elle est située au lieu-dit le crot major, nom aujourd’hui disparu, mais un plan (voir ci-dessous) nous permet de situer les lieux non loin du puits Martin. Cette maison se compose d’une salle de classe, chambre à coucher, cuisine, grenier sur le tout, jardin d’environ quatre ares attenant au bâtiment, pour un prix annuel de 100 francs. Ce qui fut fait, et secondairement approuvé par l’inspecteur d’académie, pour une période de 3 années consécutives en attendant de trouver un autre local. Monsieur P.J. de LENFERNAT, alors maire du village, avait acquis cette maison en 1861, des héritiers JOJOT, puis l’avait restaurée avant de la louer.

En 1873 et 1874 la commune projette l’acquisition à Mr GUTTIN d’un terrain situé à l’entrée du village (voir plan),  pour la somme de 2000 francs, afin d’y construire le bâtiment qui abritera la mairie et l’école des filles, en raison de la dégradation importante notée dans le bâtiment qu’elles occupaient : un témoin de l’époque, représentant l’inspecteur d’académie notait: « trop exigu, la toiture menace ruine, les deux pièces qui servent de logement à l’institutrice sont trop petites, à peine éclairées, et si ce n’est leur exquise propreté elles ressembleraient plutôt à des étables qu’à des chambres à coucher » .

Un grand courrier du Préfet (ci-joint) daté de 1874 argumente les différents points posant problèmes à la commune: l’état misérable du logement occupé par la maitresse, la nécessité de la loger ailleurs, le vif conseil de ne plus « prendre loyer  » pour l’école des filles, et, puisque la commune ne peut pas se plonger à nouveau dans de grandes dépenses pour construire un bâtiment neuf, le conseil est donné de proposer l’acteuelle école des garçons aux filles et de donner le bâtiment neuf aux garçons.

Y sont adjoint de nombreux courriers croisés entre le sous-préfet, le préfet, l’inspection d’académie, et Mr P.J. de LENFERNAT (ancien maire démissionnaire) qui conteste ce choix, et la mairie représentée par son nouveau maire Claude GUILLOUX qui suspecte le dernier de n’obéir qu’à ses intérêts…

S’en suit finalement une mise en demeure du sous-préfet  :

  • de ne pas acheter le local précédemment loué à Mr P.J. de LENFERNAT, à l’expiration du bail de 3 ans en décembre 1875,
  • de ne pas acheter un quelconque local dans le village, (3)
  • mais de donner aux filles l’école des garçons et de faire construire à l’emplacement du terrain acquis de Mr GUTTIN une nouvelle école qui sera donc non pas pour les filles ainsi qu’abondamment documenté dans les nombreuses demandes de financements divers, mais pour les garçons.

En attendant la construction, l’école des filles reste en l’état et la maîtresse est relogée ailleurs, du côté du chemin du lac, local dont le loyer est initialement mis au nom de cette maîtresse qui s’en insurge auprès du rectorat, et l’anomalie est rapidement réglée.

En 1880 la nouvelle école est terminée.

En 1881, le conseil municipal demande très officiellement d’attribuer cette nouvelle école aux garçons, ces derniers délaissant l’école rue du petit puits aux filles. L’inspecteur d’académie appuie la demande du conseil municipal en stipulant que « la nouvelle école et son logement pour l’instituteur sont excentré par rapport au bourg, ce qui pourrait poser problème à une institutrice habitant seule , ce qui n’est pas le cas pour l’instituteur et sa famille. »

L’école des Filles, épilogue

En 1880, les garçons occupaient toujours le « nouveau » bâtiment de granges, et la petite partie au nord, y compris à l’étage, avait été transformée en Mairie. L’instituteur logeait dans l’ancien bâtiment du fermier, sur rue.

En 1877, la maison de l’institutrice étant devenue trop insalubre, il lui fut trouvé une autre maison dans le village (non localisée), constituée d’une petite pièce, pour un loyer de 45 francs mensuels que la commune a cru bon de mettre à la charge de l’institutrice : d’où contestation, à juste titre, auprès de l’académie et rétablissement de la charge à la commune. Elle jouissait aussi d’un jardin situé au début de la rue du lac.

En 1879, la maison d’école « des filles » et mairie est en construction. Il est alors projeté de compléter l’édifice de part et d’autre par deux annexes de 6m de long sur 4.5m de large, pour en faire (1) à l’est le bâtiment de mairie, et (2) à l’ouest le préau.

En 1880 le bâtiment est construit et la nouvelle école transformée en école de garçons. Un argument de poids est avancé par l’inspection d’académie avalisant ce choix : « le logement du nouveau bâtiment est spacieux, et un peu isolé, ce qui convient bien à la famille de l’instituteur, tandis que l’institutrice pourrait avoir quelques craintes à y demeurer seule, et qu’elle sera mieux dans l’autre maison située à l’intérieur du village. »

1882-1905 : C’est au tour de l’école des filles d’intégrer le bâtiment de l’ancienne école des garçons. Quelques modifications y sont apportées.

école des garçons, qui devient école des filles en 1880.

Le 14 Mai 1882, la décision N° 28 du conseil municipal considère que la cour du presbytère est très vaste, la cour de l’école des filles trop étroite: il était impossible d’y entrer avec une voiture. En outre un recoin moins accessible échappait à la surveillance de la maîtresse.

Pour remédier à cela il est envisagé le déplacement parallèle du mur et du portail du presbytère de 8 m environ en dedans, sur la cour trop vaste, pour agrandir la porte de l’école.

On note que l’angle de la maison sur rue a été « raboté » afin de permettre aux véhicules d’entrer dans la cour. Un mur en pierre sèche sépare la cour et le bâtiment des granges en deux parties, à partir du local d’aisance qui y était accolé, jusqu’au nouveau portail avec pierres chasse-roues ; un second portail y est accolé, pour accéder à la partie communale.

Plan d’alignement datant de 1863,et tracé en rouge des modifications apportées au portail en 1882

On note que l’angle de la maison sur rue a été « raboté » afin de permettre aux véhicules d’entrer dans la cour. Un mur en pierre sèche sépare la cour et le bâtiment des granges en deux parties, à partir du local d’aisance qui y était accolé, jusqu’au nouveau portail avec pierres chasse-roues ; un second portail y est accolé, pour accéder à la partie communale.

En 1882, de nouvelles réparations dans l’école des filles sont préconisées (pour 100F) (et vote de crédits pour un nouveau cimetière pour 4000F). Le 2 mars 1894 sont effectuées des réparations sur les fenêtres de l’école des filles.

En février 1905 une nouvelle campagne de réparation de l’école des filles est discutée.

Mais « considérant les réparations nécessaires, le terrain bas et humide, la distance de 500m à parcourir à pied par les petites filles, la surveillance impossible à midi, l’institutrice résidant alors à l’école des garçons, la commune demande l’aide de l’état pour construire et installer une école de filles aux lieu et place de la mairie attenant à l’école actuelle des garçons.

C’est la date de 1898 qui figure sur l’actuel bâtiment de mairie.

Un grand merci à André Buet pour sa relecture, et ses travaux préalables abondamment utilisés.

Voir aussi:

Les maîtres d’école de 1700 à nos jours

Quelques photos de classe

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« La framboise : quel délice ! »

R. M. Koutlidis 2020

Sous ce titre était publié un article de l’Yonne républicaine dans les années 1960. Mais on a beau chercher aujourd’hui, bien malin celui qui trouvera encore des champs de framboisiers dans nos plaines…

Pourtant Montillot s’est doté depuis une vingtaine d’années d’un emblème associant framboises, cerises et cassis qui figure sur le site internet de la mairie, les correspondances, les enveloppes personnalisées du village.

Mais d’où vient l’attachement à ces cultures que l’on cherche en vain alentours?

La culture des petits fruits et en particulier des framboises a eu à Montillot sa période de gloire, au point qu’on peut affirmer qu’elle fait partie de notre patrimoine. C’était à Montillot une institution qui a perduré du XIXe siècle jusqu’au développement de la mécanisation des terres cultivées, qui a conduit, remembrements aidant, à la suppression progressive des haies, des arbres, des vergers et champs de framboisiers disséminés alentours.

Que de mois d’Aout passés à cueillir, ensemble, tous les deux jours, des kilos et des kilos de framboises, réparties précautionneusement en barquettes autrefois de bois, puis de carton, puis de plastique, parfois décorées d’une feuille, pesées, comptées, évaluées, pour être transportées sur les marchés, ramassées par des transporteurs, déposées chez de gros « clients » …

La framboise… Une vieille légende raconte que Zeus, enfant, fit retentir les échos de la montagne de cris furieux à rendre sourds les génies démoniaques eux-mêmes, et Ida, la fille du roi de Crête, pour le calmer, lui cueillit une framboise ; jadis, toutes les framboises étaient blanches. La nymphe, s’égratignant le sein, teignit à jamais les fruits d’un rouge éclatant, dont Zeus dès lors se régala, les grapillant à la volée en gambadant sur les pentes du mont qui porte le nom de la nymphe. Le botaniste Carl Von Linné accrédita cette histoire en baptisant au XVIIIe siècle cette exquise baie du nom de Rubus Idaeus en souvenir de Pline l’Ancien (1r siècle ap JC) qui dans son « Histoire Naturelle » la mentionne comme très abondante sur le mont Ida en Grèce.

La ronce [1] elle-même semble provenir d’Asie, plus précisément du Caucase, d’où seraient parties ses différentes ramifications. Le genre Rubus s’est établi sur tous les continents (sauf l’antarctique), sous toutes les latitudes, depuis le cercle arctique jusqu’aux tropiques, et, se dispersant, s’est diversifié (couleurs, saveur) ; il existe environ 200 espèces de framboisiers et plus d’une centaine de ronces, sans compter les nombreuses variétés créées et sélectionnées par l’homme. Ces baies ont été les premiers aliments de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, bien avant les graines et les herbes. On a retrouvé des restes de mûres dans les plus anciennes habitations humaines d’Europe. C’est une plante sauvage que les tribus du mésolithique ont su apprivoiser et cultiver.

Les framboises sont donc probablement issues des zones montagneuses d’Europe puis initialement cultivées au mont Ida en Turquie et produites dès la renaissance dans les jardins familiaux. Les amérindiens fabriquaient une pâte consistant en framboises écrasées dans du miel qui, séchée, se dégustait pendant l’hiver. La même recette, quasiment, était utilisée au moyen-âge et à la renaissance, période pendant laquelle on raffolait de confitures et pâtes de fruits.

Et c’est au Moyen-âge qu’on la baptisa Brambusia.

En tant que plante cultivée, le framboisier est cité pour la première fois par l’herboriste anglais Turner en 1548. Olivier de Serres (1539-1612), illustre agronome, conseillait la pâte de framboise, « recherchée pour son odeur agréable ». Les lettres de noblesse du framboisier ne sont vraiment acquises qu’en 1629 lorsque Parkinson dans son ouvrage « Paradisi in Sole Paradisus Terristris » consacre un chapitre entier à « The Rapis Berrie » dont il décrit deux types, rouge ou blanc. En France, La Nouvelle Maison Rustique dans son édition de 1732 décrit déjà toutes les grandes lignes d’une culture qui a relativement peu évolué depuis. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la framboise est plutôt destinée à la fabrication de boissons ou de parfums.

La culture de la framboise ne se développa en Europe et en Amérique du nord qu’au XIXe siècle. Dès lors, elle fut considérée comme un fruit de table et consommée en grande quantité. La culture de la framboise reste cantonnée dans les pays du nord de l’Europe (Russie, Angleterre, Hollande), et en France on la cultive surtout en Alsace et en Lorraine, en Bourgogne, célèbre pour ses fruits rouges (et dans la région parisienne).

A Montillot la culture de la framboise se développe en effet depuis la fin du XIXe siècle. On a vu précédemment avec Pierre GUTTIN qu’un certain nombre de jeunes en âge de travailler avaient suivi l’exemple de leurs aînés et migré dans la région parisienne pour des travaux agricoles saisonniers. Ces « migrants » avaient alors appris de nouvelles façons de travailler, notamment sur les fruits, et les méthodes de vente. Ils ont ainsi commencé à greffer les arbres fruitiers (Félix Savelli (1872-1947) était selon Jean Demay passé maître dans cet art qu’il aimait partager) et à planter framboisiers, fraisiers, cassissiers et groseillers, qui se sont comportés à merveille dans la plaine de Montillot.

La plaine (lieux-dits La Plaine de la Chally, La Canne, Les Sablons) est la zone cultivée la plus proche du village, la plus plate ; datant géologiquement de la fin de l’ère tertiaire, elle résulte de l’accumulation d’alluvions argileuses et siliceuses très anciennes mélangées à des détritus rocheux. Elle s’est avérée propre à la polyculture pratiquée jusqu’au remembrement de 1967 : blé, orge, betterave, fourrages, fruitiers de toutes sortes. [2]

Le terroir a donné à nos framboises leur parfum recherché.

Après – guerre la vie rurale reprend pied lentement. Certains sont revenus « au pays » après la perte de leurs commerces, de leurs biens, ou pour accompagner des parents vieillissants. D’autres reprennent possession d’exploitations maraîchères exploitées par les femmes pendant les années de guerre.

Et non, contrairement aux souvenirs de Pierre GUTTIN[3], l’histoire ne s’est pas arrêtée là. La vie au village se réorganise et l’habitude est prise (re-prise) de vendre en commun au nom d’un syndicat qui écoulait au meilleur prix les produits vers des entreprises de transformation en gros. Quelques documents comptables qui ont échappé au naufrage des décès, successions et ventes nous sont parvenus. Les deux plus anciens datent de 1955.

Le premier est adressé au « syndicat des fruits de Montillot » le 20 juin 1955.

Il s’agit d’un contact avec la maison L’héritier-Guyot afin d’établir une collaboration pour la fourniture de cassis et éventuellement de framboises.

Cette maison fondée en 1845 est renommée pour sa liqueur de cassis et existe toujours.

Aucun document ne permet de documenter cette collaboration. On note cependant que la culture du cassis s’est ensuite intensifiée.

Le second document est daté du 7 juillet émanant du mandataire « DE LESTABLE », aux Halles centrales de Paris.

Il avait accompagné un bordereau de vente d’un premier envoi. Sans doute de bigarreaux ou de framboises puisqu’il est question au verso d’un deuxième envoi très attendu de cassis, en grandes quantité.

S’il existait déjà avant-guerre, ce syndicat des fruits était donc toujours très actif 30 ans plus tard.

Qui étaient les membres de ce syndicat et comment fonctionnait-il ?

Quelques notes éparses, hâtivement relevées sur un gros bloc de correspondance, certaines paraphées par l’entreprise DELFINO (fruits et primeurs, 23 rue du Docteur- Haulin 75017 Paris 17e) se succèdent tous les deux ou trois jours en juillet 1956 ; l’année suivante, 11 livraisons entre le 30 juin et le 28 aout.

Il s’agit de framboises.

Elles étaient comptabilisées en « billots » et bien que ce terme ne soit plus vraiment utilisé comme unité de volume, il est très probable qu’il s’agissait de « cageots », si l’on en croit le dictionnaire en ligne « savoir.fr. », (car la définition n’est pas simple à retrouver !!) Les vendeurs ne sont notés que par leur initiale.

Cette fois, l’entreprise Delphino est domiciliée 94 rue St Honoré à Paris 1r.

Entre temps divers courriers nous apprennent que Mr Delfino père est décédé, et que son fils a repris l’entreprise. Il n’y a plus de « billots », ni de « cageots », mais des « baquets » pour le « vrac » et des « cartons ».

Sur ce dernier document sont répertoriés des maraîchers qui, membres du syndicat, exploitaient et vendaient ensemble une grande partie de leur production. On y retrouve, ce 9 juillet-là, Pierre Guttin, Roger Mathé, Pierre Danguy, Georges Laurin, Marcelin Sautereau, Marcelin Mailleau, Gabriel Savelly, Roger Millereau, Rémi Trier, Roger Trier et Charles Savelly.

La plus grosse quantité de framboises est produite par Charles Savelly.

Ils étaient parfois plus nombreux, comme en témoigne cette livraison datée de 1960 :

On y trouve G. Morizot, G. Seurre, P. Ventenay, H. Mouchoux, Petit, G. Laurin, M. Laurin, et M. Laurin, Leplat, Beauchot, Daiguemorte, Eter, Guilloux, Champy, Defert, soit plus de 20 maraîchers, du village ou ses hameaux, s’associant selon leurs cueillettes, avec 10 à 20 récoltants par jour.

Des documents plus récents, datés de l’été 1962 répertorie les ventes en fonction de la production et des producteurs.

On apprend ainsi que tous n’avaient pas les mêmes cultures.

Seul Gabriel Savelly œuvrait sur les trois fronts. Parmi eux, deux vendaient framboises et cassis ; trois framboises et bigarreaux ; quatre bigarreaux et cassis ; treize seulement du cassis, un seulement des framboises et un seulement des bigarreaux. La production de framboises à cette date avait été assurée par Maillaux, Guttin, Seurre, Savelly G., Morizot, et Trier R. Ces trois derniers assuraient aussi la production de cassis, avec Danguy, Ventenay, Mouchoux, Moreau, Laurin Georges, Laurin Mary et Laurin Marcel, Leplat, Beauchet, Sautereau, Daiguemorte, Savelly G., Landa, Trier R., Eter, Guilloux, Champy. Enfin, la production de bigarreaux était assurée par Maillaux, Guttin, Savelly G., Danguy, Ventenay, Mouchoux et Petit.

Cette exploitation en commun permettant la vente en gros, a perduré jusqu’au milieu des années 60, environ, et n’a sans doute pas résisté longtemps au premier remembrement (1967).

L’âge avançant, l’exploitation qui n’était pas reprise par de plus jeunes et la mécanisation des cultures ont sonné le glas de ce travail en commun. Bien sûr certains ont continué, bon an mal an, avec la vente sur les marchés d’Avallon et Auxerre ou même à quelques clients privilégiés. Un article de l’Yonne républicaine, datant du début des années 70 rappelle l’attachement du village à cette culture.

L’exode rural, vers des villes plus aptes à proposer des emplois à des jeunes fuyant un mode de vie qu’ils ne recherchaient pas, à des diplômés ne trouvant pas leur place loin des villes, l’industrialisation des campagnes, les remembrements successifs (en 1967, en 2002) sont venus à bout de ces parcelles de cultures maraîchères et fruitières morcelant nos plaines et qui ne sont plus que des souvenirs.

Alors… peut-être préfère-t-on avoir le souvenir de …cela:

plutôt que d’avoir vu apparaître et se multiplier … cela:

« récolteuse de framboise »

« Nos » framboises, cultivées en plein champ, en terre légère et fraiche, furent produites en quantité suffisante pour être non seulement vendues au détail sur tous les marchés environnants, mais aussi collectées et livrées en commun par un syndicat créé dans les années 20 à des entreprises de transformation en gros. Les distillateurs de Dijon la recherchaient, un restaurant gastronomique proche proposait une « feuillantine aux framboises de Montillot » …

Le souvenir que l’on en garde est assez précieux pour en avoir fait le symbole du village, et pour que le désir de reprendre cette culture soit exprimée, envisagée même, si l’on en croit le rapport de la CCAVM datant de mars 2020, où figure dans les projets la « remise en place de la culture des petits fruits rouges ».

 Quoi qu’il en soit, souhaitons que les rêves d’un renouveau de ces cultures puissent voir le jour. Si tant est que cette culture méticuleuse séduise encore quelques adeptes.

Perspectives!!

rapport de la CCAM, 2020

[1] Le framboisier appartient à la famille des ronces (rubus). Le terme « Ronce » vient du latin classique « Rumex » qui signifie « Dard ». Selon les botanistes, le terme désigne soit l’ensemble des Rubus, soit uniquement ceux dont les fruits tombent avec leur réceptacle. C’est d’ailleurs là l’une des principales différences entre la framboise et la ronce, la première seule perdant son réceptacle à la cueillette.

[2] Elle contraste avec la pente qui s’amorce sur le flanc des collines menant vers Rochignard et Les Hérodats, composé de calcaires et de marnes, exposés au Sud-Est, et propice à la culture de la vigne.  De nombreuses parcelles de quelques ares chacune, couvraient la pente jusqu’à la lisière des forêts, entre la vallée boulanger et la route des Hérodats, puis, par Les Osiers, les terres à vignes rejoignaient Vaudonjon et ses côtats (Montillot comptait 60Ha de vignes à la fin du 19e siècle, et les vignerons de profession étaient concentrés au Vaudonjon).

[3] « les ventes ont cessé faute de main d’œuvre pour la cueillette après la guerre de 39-45. » 

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César LAVIROTTE à Montillot

Commentaires divers (A. Buet †).

Le propriétaire actuel du manoir qui fut le « Château de Montillot » a bien voulu nous apporter, d’une part un commentaire, d’autre part une réponse à la question d’une internaute.  

1)- le commentaire : notre correspondant a été frappé de la ressemblance entre les aventures de jeunesse de LAVIROTTE et celles de son contemporain Henri BEYLE (1783-1842), devenu plus tard écrivain célèbre sous le nom de STENDHAL

… «    Même rôle dans la cavalerie à la suite d’un général protecteur, emploi similaire dans l’intendance, convalescences « au pays », vie mondaine en pays occupés – Italie, Saxe, Autriche…- « il ne manque que l’ennemi », écrit-il à sa sœur ! -. Et pour finir tous deux hauts fonctionnaires, l’un à l’Inspection des Finances et l’autre dans les Chancelleries, après être passé par le Conseil d’Etat du petit Corse… Et les exils à Autun et Civita-Vecchia ont bien des points communs ».

Notons qu’après de nombreux spécialistes «    beylistes »    et autres auteurs connus, – tels que Prosper MERIMEE (son ami…), André François-Poncet, Léon BLUM, Claude MAURIAC…- Jean LACOUTURE a publié en 2004 une nouvelle biographie, « Stendhal, le bonheur vagabond » (Seuil).

Et notons aussi, que si LAVIROTTE n’a laissé que quelques pages de mémoires, STENDHAL a beaucoup écrit : une abondante correspondance, des récits de voyage, des romans …Mais son œuvre littéraire ne fut reconnue que 50 ans après sa mort.

Avec LAVIROTTE, il avait aussi en commun l’amour des femmes – en particulier des Italiennes – ce qui lui valut, très jeune, une M.S.T. de l’époque qui abrégea sa vie , et une expérience approfondie des passions, qui lui permit une analyse fine de l’éclosion « de l’Amour » , baptisée par lui « cristallisation » ( par analogie aux cristaux brillants qui apparaissent petit à petit sur une branche jetée dans une mine de sel du Salzburg), et que l’on trouve encore dans les ouvrages de psychologie …

2)- la réponse à la question posée par une internaute icaunaise qui connaît Montillot – peut-on retrouver le « long bâtiment presque neuf » de 1793 – cité par César L. – dans les constructions d’aujourd’hui ? – est fournie par la photo actuelle du manoir et de ses dépendances, annotée et corrigée par le propriétaire selon les indications d’actes notariés anciens et les observations effectuées sur la structure des murs et des fondations.

L’histoire d’une maison.

le château, actuellement
les bâtiments anciens dits du gardien, actuellement

13 juin 1639 :

Devant Me Dieudonné GRINEAU, notaire à Vézelay, Jacques JOYAULT, laboureur à Malfontaine (/Brosses) et sa sœur Anne, épouse DEBUSSET, vendent à Jacques de LONGUEVILLE, «    escuyer Sieur de Sarrigny »  et à sa femme «    Damoiselle Barbe de LA BORDE », 

« ung bastiment assiz aux faubourgs de Monteluot appelé Toucheboeuf, consistant en trois chambres, grenier dessus avec le verger y attenant, et cour devant du gros du dict logis, aysances et apartenances… »    Plus «    ung verger assiz au dict lieu …tenant d’un long au grand chemin qui va de Monteluot au Faye, d’autre au chemin allant au puitz de Toucheboeuf » …plus quelques autres terres et vignes. Le paiement étant effectué avec une somme héritée d’une aïeule de Barbe de LA BORDE, la propriété « demeure propre à la dicte de LA BORDE ». Ce bâtiment, – le plus ancien – appareillé à la terre d’arène, existe toujours. Jusqu’en 1980, il comprenait trois chambres, – cuisine comprise – grenier et cave. Il était – toiture mise à part – pratiquement dans le même état qu’au 17ème siècle.

30 mars 1648

Devant Me Edme Massé, notaire à Blannay, Jacques de LONGUEVILLE vend pour 1000 livres tournois à son beau-frère Bon de LA BORDE l’ensemble des propriétés qu’il a acquises à Monteluot depuis 1639, dont la maison de Toucheboeuf. Le dit « Sieur de LA BORDE » habite Monteluot à partir de 1649, jusqu’à sa mort, vers 1662. La propriété de Toucheboeuf revient à son fils Dieudonné, né en 1647 à la Borde, dans la paroisse d’Asquins. Lui-même, marié en 1674 avec Elizabeth de BURDELOT, de Brosses, eut 9 enfants, dont 3 survivaient à son décès en 1724.

18 février 1724

Devant les notaires DEFERT et GROSSOT est effectué le partage des biens de Dieudonné entre Magdelenne, Simon et Bon de LA BORDE.

C’est à ce dernier que revient la maison où est décédé son père, « consistante en chambres basses… grenier dessus, cave, granges, étables, batiment de pressoir…colombier, …le tout enfermé dans une cour …vergers, terres labourables, prés, vignes … ». Peut-être y-a-t ’il déjà une prolongation vers l’ouest, amorce du grand bâtiment d’un niveau ? Tout cet ensemble, peu remanié, existe encore, sauf les nouvelles chambres de l’ouest qui seront démolies au 19ème siècle.

Vers 1750

Le bâtiment est prolongé de 30 m vers l’ouest, toujours sur un seul niveau, couvert d’un grenier et de galetas.

La cuisine est reportée à l’extrémité Ouest, jouxtant la salle de séjour.

5 avril 1793

C’est ce «  long bâtiment presque neuf au milieu d’une touffe d’arbres »    que découvre LAVIROTTE en arrivant à Toucheboeuf. En fait, seule l’aile Ouest est récente.

1810-1820

On dispose – grâce à Napoléon ! – du premier cadastre et de la première information graphique sur le domaine de Toucheboeuf.

Ce plan omet les annexes, tel le colombier, qui existent déjà depuis près d’un siècle, mais figure, isolé sur le côté ouest de la cour, un long bâtiment qui pourrait être « écurie-grange-étable ». Il disparaîtra au 19ème siècle lors de la création du jardin devant la maison principale à la place de la « cour agricole ». L’épaisseur des murs de cette aile (80 à 100 cm) atteste d’une construction du 18ème siècle appareillée à la terre d’arène.

 La suite ?

Vers 1850 : 

Transformation radicale : la partie Est de la nouvelle aile est démolie pour séparer les vieux bâtiments à destination agricole du corps de logis Ouest destiné à une occupation bourgeoise. Un étage est construit sur la partie restante de la nouvelle aile, comprenant quatre chambres desservies au Nord par un couloir. La toiture est à 4 pans, réutilisant la poutraison ; des mansardes sont ouvertes dans le comble.

Cette maison prend l’allure d’une classique demeure bourguignonne du 19ème siècle. Les anciens bâtiments du 17ème, cernés par une cour privative, gardent leur vocation agricole jusqu’au début du 20ème siècle, lorsqu’ils sont affectés au gardien-jardinier, les domestiques étant logés dans les mansardes de la maison principale. Elles ont remplacé le galetas qu’a connu LAVIROTTE à l’étage inférieur.

En 1923 

Construction sur le pignon Ouest de la maison principale d’une tour carrée d’un étage sur cave et citerne, et d’une tourelle semi-circulaire sur la façade Nord, donnant accès à la fois à la cave et à la chambre du 1er étage de la tour.

Fin 20ème siècle : adjonction de 2 pièces en rez-de-chaussée sur la façade Nord, nouveaux hangar et garage et enfin modernisation de l’ensemble Est, devenu le pavillon de la gardienne du domaine.

De l’ensemble des bâtiments qu’a connus LAVIROTTE, subsistent avec des remaniements modérés concernant l’aspect extérieur :

  • Le groupe du 17ème siècle dans son intégralité (le « pavillon »).
  • Le rez-de-chaussée de la maison principale, à l’Est de la Tour carrée et de la Tourelle.
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Le 5 avril 1793, César LAVIROTTE arrive à pied à Montillot…

A. Buet †, Notes de lecture… « Mémoires d’un Inspecteur des Finances, César Lavirotte (1773-1859) » –

Ed. La Vouivre – 11 rue St Martin – 75004-Paris – 2003.

… « Enfin après trois heures de marche dans ces pays inconnus pour moi, j’atteignis le village de Montillot situé au milieu d’une plaine fertile et adossé à l’Est à de vastes forêts. Je me persuadais que M. de Villenaut devait habiter un château, au moins une gentilhommerie, mais je ne vis rien qui m’offrît cette apparence. Je me décidai donc à demander où était sa demeure. On me dit : «    C’est tout là-bas, en Toucheboeuf, un peu plus loin », en me montrant un long bâtiment presque neuf au milieu d’une touffe d’arbres… J’entrai dans une grande cour… puis dans la cuisine, où il trouva quatre dames «    vêtues avec une simplicité presque rustique. L’une, d’un âge très avancé, assise dans un grand fauteuil, était la mère de M. de Villenaut, née de Savelly. Je sus que la seconde, fort chargée d’embonpoint était la maîtresse de maison ; à côté d’elle, sa sœur, déjà vieille et d’une maigreur angulaire, qu’on nommait mademoiselle Laborde de Boistaché, filait sa quenouille ; enfin venait une jeune personne, grande, brune, aux traits agréables, bien faite et d’une forte complexion, mademoiselle de Villenaut, qu’en famille on appelait tout bonnement La Villenaute … »   

Le maître de maison arriva plus tard : «    M. de Villenaut me fit l’accueil le plus cordial, parut fort touché de mon malheur et m’assura que je serais en sûreté chez lui en faisant connaître dans le village que j’étais le fils d’un de ses parents de Bourgogne…… »   

Ce jeune homme qui arrive inopinément au «    château » de Montillot, pour demander l’hospitalité à un ancien compagnon d’armes de son père, s’appelle César LAVIROTTE. Né à Arnay-le-Duc, en Côte d’Or en 1773, d’une famille de petite noblesse provinciale, il est admis à 18 ans, sur recommandation de son père, capitaine et chevalier de Saint-Louis, à l’école d’artillerie d’Auxonne, avec le grade de sous-lieutenant. Là il côtoie un lieutenant nommé Bonaparte qui lui donne un jour une leçon de maths ; il le trouve «    peu élégant de tenue et de manières », et s’éloigne de lui et de sa réputation de «    révolutionnaire » ! En septembre 1791, après seulement 6 mois d’école, il manifeste en public ses opinions royalistes, et échappe de justesse à une foule criant « A bas l’aristocrate ! ». Il doit rentrer dans sa famille, à Champignolles, entre Arnay-le-Duc et Beaune. Là il retrouve des amis qui se préparent à émigrer au-delà du Rhin, pour « servir la cause du Roi, auprès des Princes ses frères à l’étranger »   . Une pleurésie l’immobilise six mois et l’empêche de les suivre. Nous sommes fin 1792, la Patrie est déclarée en danger, et la Convention appelle 300.000 hommes sous les armes.

Après une manifestation de rue à Arnay-le-Duc, il échappe aux gendarmes en évitant les grandes routes, et se faisant héberger par des familles amies à Châlon puis Lyon. Finalement il rejoint Paris, où il pense se cacher plus facilement. Mais il se fait arrêter dans un attroupement et, aussitôt libéré, décide de rejoindre sa Bourgogne. Il prend donc à Villeneuve-St Georges le coche d’eau pour Auxerre, et là une «    patache » l’amène à Vermenton en compagnie d’un ami de rencontre, qui va à Vézelay et lui indique les chemins de traverse pour Montillot. C’est là que nous le retrouvons…

Pendant un mois et demi, le temps s’écoule paisiblement ; il aide ses hôtes aux champs, les accompagne à la chasse – avec chiens ou furet – et aux foires voisines, comme il l’avait fait avec son père. Mais notre César, ayant échappé aux poursuites, est maintenant inscrit sur la liste des émigrés. Une indiscrétion va tout gâcher !

Le 24 mai 1793, au cours du dîner, « une foule en armes, conduite par un chef flotteur de bois, nommé Rousseau, connu et redouté pour son jacobinisme, forçait la porte de la cour »    …

César prend ses papiers et s’échappe dans les prés vers les bois voisins ; « je me risquai à la course la plus rapide possible stimulée par la décharge de quelques mauvais mousquets qui ne m’atteignirent pas » …

A pied il contourne Vézelay, puis Avallon, et passe la nuit dans une auberge près de Lucy-le-Bois. Le lendemain par Vermenton et St Bris il rejoint Auxerre et rend visite à un fils de VILLENAUT à l’Ecole Militaire, tenue par les Bénédictins. Sur les conseils du père supérieur, il prend la sage décision de s’engager dans les armées de la République, et rejoint le 6ème Régiment de hussards à Sedan, 320 km à pied, par Troyes, Reims et Charleville.

Mais il n’est que simple soldat, et dégoûté par le nettoyage des latrines, il réussit à obtenir un emploi de secrétaire. Il attrape la gale d’un camarade de lit, et un «    billet d’hôpital »    lui permet de se faire soigner où il veut. Il revient donc à Montillot, où ses amis le font soigner par le Dr ROUCHE, de Vézelay. Il a appris entre temps que son père, sa mère et sa sœur étaient emprisonnés à Dijon.

Guéri, il rejoint sa garnison au début du printemps 1794. Il participe à la campagne de Hollande pendant l’hiver 94-95, mais son emploi de secrétaire le protège des batailles. En janvier, la Hollande était conquise, et les Français accueillis comme des libérateurs.

Sa position de secrétaire, sa distinction, ses talents de musicien et de chanteur lui permettent d’approcher les officiers et de se faire admettre dans leur société. Et que la vie est donc joyeuse en Hollande occupée !

Une permission lui donne l’occasion de voir ses parents qui viennent d’être libérés. Il s’arrête à Montillot, pour saluer ses amis, et en particulier la « bonne demoiselle de VILLENAUT », pour laquelle il dit éprouver une « tendre affection », qu’il pense partagée … (Quelques années plus tard, ayant appris la mort récente de Mr de VILLENAUT, et très ému en approchant de Montillot, son premier devoir fut de se rendre « sur la place fraîchement remuée sous laquelle reposait cet excellent homme »).

Devenu secrétaire d ‘état-major, puis aide de camp d’un chef d’état-major général, il reçoit de plus en plus de missions de confiance : rédaction des rapports d’opérations militaires …et aussi accompagnement de femmes – légitimes ou non – d’officiers supérieurs…

Les hasards des campagnes l’amènent en Bretagne (lutte contre les Chouans), en Italie (commandement militaire des départements annexés au-delà des Alpes), en Suisse (guerre civile), à Boulogne (préparation de l’invasion de l’Angleterre), côtes de la Baltique (hostilités contre le roi de Suède, derrière le maréchal Brune) …

Il se marie en 1804 à Coni avec la fille d’un administrateur civil français.

Après la campagne de Suède, mal conduite aux yeux de l’Empereur, le Maréchal Brune est frappé de disgrâce et LAVIROTTE, soucieux de s’occuper davantage de son foyer familial, démissionne de l’armée en 1808.

Quelque temps après, il obtient difficilement un emploi subalterne dans les bureaux des finances du Piémont, puis profite de la création en 1811 d’un corps d’inspecteurs du Trésor pour y être progressivement incorporé. Sa situation d’ancien militaire lui permet d’accomplir des missions importantes, telles que le convoyage de caisses de monnaies d’une valeur de 2 millions-or de Turin à Varsovie pour les besoins de la Grande Armée. Il revient en octobre 1812 par Vienne, où il rencontre Metternich au cours d’une réception à l’Ambassade de France.

Les nouvelles de la Campagne de Russie sont mauvaises. Prudent, LAVIROTTE obtient sa mutation en France, et vient habiter Châlons. Il conserve son poste après la fin de l’Empire. Dans son récit, il fait à peine allusion aux évènements de 1814 et 1815. Il évoque seulement les ennuis dus aux invasions des troupes étrangères, alors qu’il était devenu maire de Champignolles après la mort de son père…

En 1830, se rendant compte que par suite de restrictions budgétaires, il ne passera pas Inspecteur Général, il prend sa retraite et s’installe à Autun, avec un petit emploi subalterne. Voulant aider un ami, il fait des placements malheureux, et évite la ruine de justesse.

Il occupe ses loisirs à l’archéologie (site de Bibracte) et à l’histoire locale : il trouve dans les annales d’Arnay-le-Duc de quoi, écrit-il, « élever un petit monument historique au lieu qui me vit naître », et la publication de ses travaux est accueillie avec ferveur par les érudits bourguignons.

En 1846, il prend sa retraite complète, après 46 ans au service de l’Etat.

Pendant l’hiver de 1854, il entreprend la rédaction de ses mémoires qu’il intitule « notes intimes et commémoratives de mon pèlerinage à travers les sentiers raboteux que j’ai suivis pendant ma longue et obscure vie ».

Ces pages ne sont sorties d’un placard poussiéreux qu’il y a peu d’années. Elles ont intéressé l’Inspection générale des finances, dont les documents les plus anciens ont disparu dans l’incendie des Tuileries en 1871. Après une « mise en forme », elles ont été éditées en 2003.

Elles se lisent comme un roman, retraçant la vie d’un homme, fidèle serviteur de l’Etat, comme militaire puis fonctionnaire civil, dans une époque particulièrement troublée, allant de la fin du règne de Louis XV à la moitié de celui de Napoléon III.

Le langage est « choisi » et fort agréable, le style des lettrés de cette époque. Il nous présente une suite d’anecdotes de vie quotidienne, relatives à des faits qui l’ont touché personnellement, évitant les considérations de stratégie ou de politique générale.

Ce n’est pas un héros qui parle ; il n’a pas agi sur les évènements – entre lesquels il s’est plutôt « faufilé » ! – et a parfaitement conscience de ses limites ; il n’est d’ailleurs pas plus indulgent pour les autres, et ses portraits sont souvent très caustiques !

C’est un être qui veut d’abord profiter de la vie, quelles que soient les circonstances. Il aime aller au théâtre et à l’opéra, s’amuser avec des amis, danser, chanter, … et apprécie les femmes. Plus de 50 ans après, il se souvient, pour chaque lieu de séjour, de celle qui a attiré son regard. Ses voisines qu’il préférait à 15 ans aux séances de catéchisme, la petite chanteuse de 17 ans qu’il a suivie quelques jours dans sa tournée alors qu’il était à l’école militaire, une inconnue rencontrée dans la diligence de Bruxelles…, toutes charmantes compagnes qu’il a successivement oubliées, …oublis dont il exprime gentiment le regret, avec quelquefois un léger dépit – « elle se laissa marier à une espèce de sot ! »   – .

Il faut excepter le cas de celle qui devint son épouse, rencontrée à Coni « remarquable par sa riche et belle taille, son beau teint, son charmant sourire, son embonpoint attrayant, ses yeux si doux, et par infiniment de grâces naturelles répandues sur toute sa personne… »   

Notre attention a bien sûr été d’abord attirée par le récit de ses passages par notre village, nous présentant des « instantanés » très vivants de l’intérieur d’une maison de Montillot il y a plus de 200 ans. Les personnages nous sont tous connus :

– le maître de maison Louis Nicolas Marie de VILLENAUT (1733-1805), originaire du domaine du Colombier à Etais-la-Sauvin (domaine resté propriété de cette famille), ancien Capitaine des Grenadiers du Roi, venu épouser Edmée Elizabeth de LA BORDE (1738-1805) en 1771 ; maire de Montillot en 1789 et 1790.

– sa mère Marie-Jeanne SAVELLI (1707-1793), fille de François  SAVELLI (1670-1761), seigneur de Maupertuis, époux d’Elizabeth de BURDELOT, de Brosses.

– sa belle-sœur Françoise de LA BORDE DE BOISTACHE (1742-1826), restée célibataire.

– Sa fille Françoise MULLOT DE VILLENAUT (1771-1858), qui capta un moment le cœur de notre César et s’est mariée en 1805 avec Joseph Anne Georges de LENFERNA, venant de Gurgy, près d’Auxerre.

Ce dernier est notre « J.A.G.L. », qui a géré les propriétés de Montillot à la suite de son beau-père, et fut maire sous la Restauration, de 1816 à 1819. Ses livres de comptes, parfaitement tenus, nous ont permis de reconstituer une partie de la vie du village au début du 19ème siècle.

Mais ces mémoires de César LAVIROTTE nous apportent davantage : une vue originale sur l’arrière – plan des évènements historiques de la Révolution et de l’Empire : les rivalités, les intrigues, les passe-droits …Et aussi un éclairage surprenant de la vie mondaine des états-majors entre des batailles souvent sanglantes : les officiers faisant venir leurs femmes et menant joyeuse vie avec réceptions, spectacles et fêtes diverses. Mode de vie qui n’était pas propre à l’armée française : on ne peut oublier cette « mission spéciale » confiée à César en septembre 1799 : « ramasser », soigner et rapatrier 200 femmes anglaises, abandonnées dans la boue de chemins défoncés, par les troupes anglo-russes commandées par le duc d’York en personne, le général Brune ayant repoussé leur incursion en territoire hollandais …

Certains paragraphes de ces mémoires pourraient compléter agréablement les colonnes en petits caractères de nos livres d’histoire !

Merci à César LAVIROTTE pour ce travail qu’il jugeait trop modestement « incohérent et sans utilité », et destiné seulement à « intéresser ses enfants à sa mémoire ». Et merci à ceux qui, en l’éditant, lui ont rendu un hommage bien mérité…

suite… commentaires et histoire d’une maison

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histoire régionale

Les Grossot et Grossot de Vercy … de Montillot à Vézelay (1620-1820)

Régine Morizot-Koutlidis, 2017

C’est en voulant retracer l’histoire d’une maison, à Montillot, parfois décrite abusivement comme une « maison-forte » dans des dépliants locaux, que sont apparus les noms de GROSSOT et GROSSOT DE VERCY.  

Singulière au village par son pigeonnier carré et ses hauts murs de pierre entourant la cour et le verger, hors-les-murs représentés par l’ancien chemin de ronde du village dont il ne reste que le tracé, à proximité d’une ancienne carrière de calcaire, en bas du village et près d’un puits, elle méritait que l’on s’y attarde un peu plus qu’en passant par le chemin balisé par la FFRP qui la longe (« la boucle de Malfontaine »).

Connue localement comme l’ancien presbytère, mais éloignée de l’église, elle fut vendue à la commune en 1820 (pour remédier à l’absence de presbytère au village depuis la révolution, et la réquisition puis la vente des biens du clergé dont faisait partie la maison accolée à l’église). Les derniers actes notariés mentionnaient que les vendeurs étaient les époux RABIER et GROSSOT DE VEREY.

Le patronyme « GROSSOT » revient régulièrement dans les registres paroissiaux du village, aux XVIIe et XVIIIe siècles et  dans les archives privées de la famille de LENFERNAT largement exploitées par André BUET. Mais ce nom n’existe plus à Montillot ni à Vézelay depuis plusieurs générations, et aucun fil d’Ariane ne permet de le retrouver… de mémoire d’homme.

Qu’est-ce qui a conduit à leur départ ? Pourquoi et pendant combien de temps leur nom a-t-il été lié à la vie de la région ?

Trois documents découverts aux archives départementales de l’Yonne (ADY) ont permis de comprendre un peu mieux cette histoire: l’acte authentique de vente à la mairie de Montillot, datant de 1820, un dossier notarié et hypothécaire datant de 1811 et  l’inventaire après décès d’un ancêtre (1755), à Vézelay.

Remontons le temps…

Le 23 septembre 1986, les héritiers de Mle M. D. vendaient un bien à Montillot connu sous le nom d’ancien presbytère.  Ce bien était «une maison d’habitation construite à flancs de coteaux, comportant un rez-de-chaussée composé d’une cave voutée, un vestibule pour accéder au premier étage, d’une chambre de débarras. Un premier étage qui ne se trouve élevé du côté nord que de 1m, 1m50 du sol, et composé d’une cuisine, une desserte, trois chambres, une salle à manger, deux penderies, et un vestibule. Un grenier carrelé au-dessus. Un jardin de 30 ares environ entouré de murs. Devant l’immeuble une cour, le tout entouré de murs avec une porte cochère. Communs : une grange, une remise, une ancienne écurie ». Me M. D.  l’avait acquise de sa mère, le 27 avril 1976, qui elle-même  avait acheté la maison le 21 mars 1953 à la commune de Montillot, représentée par son maire Mary LAURIN.

La décision de mettre en vente le presbytère était prise dès le 9 juillet 1946, sous le mandat du maire Alfred DEFERT.  En avril 1948 deux lots sont créés et l’administration des domaines fixe la mise à prix à 280000 et 200000F. En l’absence d’offre d’achat, le conseil municipal demande l’autorisation de vente à l’amiable. Pour cela, la municipalité choisit de céder le bâtiment d’habitation, ancien presbytère, et de conserver l’autre partie de granges et ferme. Peu après, en mars 1950, il est créé dans ce dernier local la salle des fêtes et un foyer rural. Le bien dont il est question était en effet déjà composé depuis longtemps de deux parties distinctes, dont jouissait d’une part le curé du village dans le bâtiment principal, autrement dit « le presbytère », et la seconde partie dévolue à différentes fonctions: elle a en particulier abrité l’école des garçons et la mairie, avant la construction d’un nouveau bâtiment neuf à l’entrée du village puis l’école des filles avant son transfert dans d’autres lieux.

Le bien avait été acquis par la commune en 1820, du sieur Germain RABIER notaire Royal demeurant à Corbigny, et son épouse Eugénie GROSSOT DE  « VEREY » demeurant avec lui, selon un acte de vente  établi par maître MONTSAINGEON notaire à Vézelay, ainsi qu’il est noté dans la rubrique « origine antérieure » du dernier acte de vente; une ordonnance signée Louis, le roi, au château des tuileries, en date du 13 octobre 1819 autorise le maire de la commune à acquérir cette maison au nom de cette commune pour servir de presbytère, de maison commune et d’école (ADY, série O).

Dans cet acte de vente une clause stipule « … la promesse de garantie d’aucun trouble quelconque sous les pièces de droit au surplus franc d’aucune hypothèque sauf de celle légale prise en faveur du mineur de defunt sieur Adrien ? ou Edme ? GROSSOT au bureau des hypothèques d’Avallon sur les objets qui forment la présente vente (…) ». C’est dire qu’il s’agissait d’un bien commun, familial.

Le nom de GROSSOT ne figure pas, à Montillot, ni aujourd’hui, ni dans les listes du premier recensement datant de 1836. Le cartulaire de Vézelay  de 1464, probablement le premier recueil assez complet énumérant les familles de Montillot assujetties au chapitre de Vézelay, ne mentionne pas non plus ce patronyme.

Mais 200 ans plus tard, de 1659 à 1680 sont passés  devant « Estienne GROSSOT, notaire à Monteliot»,  de nombreux actes de vente de diverses parcelles (A. BUET, archives Bon de la BORDE, versées aux ADY). Le nom d’Estienne GROSSOT, « praticien et notaire royal », ou « notaire royal demeurant à Montillot» figure aussi au titre de témoin ou parrain dans les registres paroissiaux, dès 1672 (date des premiers relevés conservés à Montillot), et jusqu’en octobre 1690, date à laquelle il décède au village. 

Les sites de généalogie ont permis de dérouler l’arbre généalogique descendant d’Estienne GROSSOT (1626-1690) jusqu’à Edme Claude Jacques GROSSOT DE VERCY (1757- 1825).  Les registres paroissiaux de Montillot, Vézelay, et divers villages de l’Yonne et de la Nièvre, ont confirmé et complété ces données.

En 1690, donc, les archives de l’état civil  (BMS) de Montillot recèlent  l’acte de décès de «maître Estienne GROSSOT notaire Royal, à l’âge de 64 ans» , …

… et les arabesques de sa signature sur les registres paroissiaux…

qui n’avaient rien à envier à celles de l’abbé COLLAS curé alors en exercice,  sont ensuite remplacées par celles de son fils Claude GROSSOT (1671-1724).

Catherine GROSSOT la sœur ainée de Claude demeure à Montillot ; elle se marie en 1685 avec Denis SEGUIN dont elle n’aura pas de descendance ; elle signe de très nombreux actes au titre de marraine cela dès 1676. Son petit frère Guillaume, bachelier en théologie en 1728, sera curé de Lucy. Françoise, une autre sœur née en 1671 se marie à Bazoches avec Charles Boussière. Claudine Grossot, quant à elle, née en 1672, épouse en 1705 Etienne Moreau (Moireau?), docteur en médecine à Clamecy ; leur fils Etienne, chirurgien, résidera à Montillot. 

Dans le terrier de Bois d’Arcy, en 1692, on cite Barbe GOURLET, propriétaire, veuve Estienne GROSSOT notaire à Montillot.

Barbe est elle-même décédée à Montillot en 1702,  et ses enfants Guillaume et Claude, son gendre Charles BOUSSIERE, son frère Jacques GOURLET « procureur du roy au grenier à sel », et son neveu Claude GOURLET notaire à Vézelay assistent à ses funérailles.

Barbe et Estienne représentent le premier maillon identifié dont sont issus les membres de cette famille dans le Vézelien.

Le 22 novembre 1701 se marient à Voutenay maitre Claude GROSSOT notaire et lieutenant de « montliau », marguillier et syndic perpétuel de la paroisse de Monteliot, assisté de Barbe GOURLET sa mère, veuve de maitre Estienne GROSSOT son père, Claudine GROSSOT sa sœur et quelques autres, et Marie LEBLANC. (ADY, BMS, Voutenay).

On retrouve à Montillot l’acte de naissance de Claude GROSSOT leur fils (nous diront Claude II), le 15 septembre 1703, ayant pour marraine « honneste fille Claudine GROSSOT », toujours célibataire, et pour parrain noble Claude GOURLET, sieur de la Gravière, « (?) souhaitant rester pour le voyage en l’élection de Vézelay » : il s’agit du neveu de Barbe, notaire et conseiller du roy eslu en l’élection de Vézelay. Guillaume (II) (dit « le jeune »), frère de Claude II, est né en 1707 ; il portera plus tard le nom de Guillaume GROSSOT DES PERRUCHES. Au décès du père les garçons sont émancipés, et l’oncle Guillaume (I), théologien, est leur curateur en 1728.

Claude GROSSOT (I), lieutenant au bailliage de Montillot, se remarie à Avallon le 6 avril 1712, un an après le décès de sa première épouse, avec Marie-Anne MINARD, fille d’Etienne, avocat, et d’Anne AMANJARD » (cité par le  Bulletin de la Société d’études d’Avallon,Edité en 1906) ; ils n’auront pas d’enfants.

Claude GROSSOT (II) épouse Germaine GRILLOT et s’installe à Vézelay ; il était avocat au parlement et conseiller du roi eslu en l’élection de Vézelay ; il porte alors le nom de GROSSOT DE VERCY.  De ses trois fils, Claude Jacques, l’aîné, né en 1730, est bourgeois à Vézelay; Guillaume (III), né en 1736, héritier de Guillaume GROSSOT DES PERRUCHES, décède prématurément en 1755 peu avant son père; Achille est curé à Chablis en 1746.

Claude Jacques se marie avec Germaine Bernier, à Clamecy  en 1756, un an après le décès de son père . Parmi les proches du marié on note Etienne Guillaume MOREAU, docteur en médecine, probable petit-fils d’Etienne MOREAU et Claudine GROSSOT, et Marguerite DEVERCY sa mère. Il était homme de loi, et banquier en 1769, date de la naissance de son plus jeune fils Edme Claude.

Edme Claude Jacques GROSSOT DE VERCY est son fils ainé; né en 1757, il est baptisé dans la paroisse Saint-Pierre de Vézelay. Il se marie en 1783 avec Marie-Reine RAGON à Corbigny, et sera président du grenier à sel de Vézelay. Marguerite Eugénie GROSSOT DE VERCY est sa fille : ce sont les registres paroissiaux de Vézelay qui recèlent l’acte filiatif de mariage, en l’église Saint-Pierre de Vézelay, le 28 avril 1813, de Louis Germain RABIER, fils de Germain RABIER notaire impérial à Corbigny et dame Louise Françoise GUENOT, avec Marguerite GROSSOT DEVERCY, (et non DE VEREY ainsi que transcrit à tort), fille de Edme Claude Jacques GROSSOT DEVERCY, propriétaire, demeurant à Vézelay  et dame Marie-Reine RAGON.

Jacques, dit « Vatha » (ou « Voltaire », selon les transcriptions), né à Vézelay en 1764, vivra à Paris où il décèdera ; il est grand-père de Camille, sculpteur.

Edme Claude, « dit Plessis », né en 1769 à Vézelay, colonel, marié à Marie-Louise Bergh, est à l’origine d’une branche en Belgique ; tué à la bataille d’Eckmul, il est le père de Casimir, lieutenant-colonel d’infanterie, décoré de l’ordre de Léopold.

Marguerite, née en 1756, épouse d’Adrien PENNIER, notaire à Vézelay, veuve assez tôt, décède en 1810 dans la demeure de ses sœur et beau-frère à Saint-Pierre le Moustier (58). Cette dernière, Madeleine, née en 1766, épouse Louis François MASLIN maire de Saint Parize le Chastel en 1797. 

L’arbre ascendant d’Estienne GROSSOT et Barbe  GOURLET (GOURLAY) n’a pas (encore) été reconstitué.

Jacques GOURLET, procureur du Roy en 1663 à Vézelay, est avec certitude le frère de Barbe GOURLET. On retrouve plusieurs actes notariés le mentionnant à Montillot : achat passé en 1662 devant Me DAUDIER de Brosses siégeant à Monteluot d’une maison en Toucheboeuf (voisin cité : DE LA BORDE) pour le compte de Jacques GOURLET ; Acte daté du 4 mai 1663 établi par Me Estienne GROSSOT notaire, pour le compte de la famille DE LA BORDE avec pour témoin  Me Jacques GOURLET procureur du roi au grenier à sel de Vézelay, demeurant à Monteluot. D’autres GOURLET demeurent à Monteluot à cette époque : Le 19 avril 1667, sur un acte notarié établi à Monteluot par Estienne GROSSOT est cité le voisin « Veuve Claude GOURLET », et Lazare GOURLET prêtre et curé de Montillot, est témoin le 15 juin 1663 sur un acte de vente établi par Estienne GROSSOT.

Si les GOURLET sont une famille anciennement connue à Monteluot, comme elle le fut et l’est encore dans le Vézelien, le côté GROSSOT reste le côté obscur.

Un dénommé Jacques GROSSOT était  cependant curé de Vézelay en 1631 ainsi qu’en témoigne un acte d’achat qu’il effectue alors…

On retient que les descendants de la famille GROSSOT étaient en 1820 vendeurs de ce domaine, mais que de nombreux membres de cette famille demeuraient à Montillot depuis la fin du XVIIe siècle.  Hommes de loy ou notaires, ils ont contracté mariage dans des familles apparentées, dans les générations successives.

Pour décrypter le lien existant entre la famille GROSSOT et ce qu’ils ont eux-mêmes dénommé « le domaine de Montillot », il fallut d’abord se pencher sur un acte de donation établi le 16 aout 1814, en faveur des époux Rabier.

Jacques GROSSOT DE VERCY, propriétaire, et Marie- Reine RAGON son épouse, demeurent à Montillot ; l’objet de la donation est à Montillot une maison ainsi décrite : «maison de maître et de métayer, grange, écurie, jardin, verger et petit morceau de terre à chennevière», ces biens ayant été acquis au terme d’une vente par licitation permettant le règlement d’une succession. Que sait-on de plus sur l’acquisition faite par  « jugement d’adjudication rendu au tribunal civil d’Avallon le 24.10.1811 » ainsi que stipulé dans la donation ?

L’histoire est un peu compliquée.

Le 28.4.1811 s’ouvrait la succession de leur mère Germaine BERNIER (veuve du défunt Claude Jacques GROSSOT DE VERCY)  et de leur sœur Marguerite, veuve du sieur Adrien Jean  PEIGNIER, ces derniers semblant être décédés sans enfants.

Leur mère est décédée le 20 avril 1810 à l’âge de 82 ans ; elle demeurait (et est décédée) à Monteliot.

Leur sœur est, elle, décédée le 17 avril 1810 à l’âge de 52 ans (archives départementales de la Nièvre AD58), soit 3 jours avant sa mère, dans la maison du sieur MASLIN son beau-frère,  à Saint-Pierre le Moustier (58) ; son époux Adrien PENNIER était noté de son « vivant notaire de la commune de Vézelay », mais son nom ne figure pas dans les registres des ADY. Si leur acte de mariage est à ce jour introuvable (à Montillot, à Vézelay), on sait que Marguerite GROSSOT DEVERCY était déjà mariée en 1780,  (sa signature (DEVERCY PEINNIER) en tant que témoin est retrouvée sur un acte de mariage à Vézelay  à cette date), et « veuve PEIGNIER » en 1807, date à laquelle elle établit une hypothèque conventionnelle sur une terre à Monteliot.

La succession se fera par la vente des biens sur licitation le 24.10.1811 au profit de Claude Jacques GROSSOT DE VERCY demeurant à Vézelay, payé sur les deniers provenant de la vente qu’il a faite conjointement avec dame Marie Reine RAGON son épouse d’un domaine situé à Saizy (58), ainsi que d’autres propriétés, lesquels biens étaient propres à son épouse.

On sait que Edme Claude Jacques GROSSOT DE VERCY et Marie-Reine RAGON, alors mineure, s’étaient mariés le 22 décembre 1783 dans la Nièvre, dans la commune de Magny ; le père de la mariée, Simon François RAGON, bourgeois, était bailli de cette paroisse. On comprend que Marie-Reine RAGON possédait 25 ans plus tard des biens dans cette région, par dot ou par héritage. Elle a cédé tout ou partie de ces biens pour permettre l’acquisition de ceux situés à Montillot. Attachement familial ? Rentabilité ?

Dans les archives  hypothécaires et notariales, aux ADY, divers documents attestent de cette vente (4Q2/6, 4Q2/18). S’en suit l’acte de donation proprement dit qui est enregistré  aux hypothèques d’Avallon  (ADY 4Q2/Vol 18, N° 22) le 3.9.1814. Ces biens, leur appartenant, comportaient (1) ce « domaine » (et c’est là que ces biens sont définis de la sorte) situé à Montillot et que le dit sieur déclare appartenir à son épouse …: maison d’habitation bâtiment d’exploitation, cour, aisance, jardin, pré, terre et bestiaux garnissant le dit bien, harnais de labour et tout ce qui en dépens sans réserves ; (2) « une maison située à Vézelay, rue saint-Pierre, tenant du midi aux bâtiments de Me veuve BERT, au septentrion à la maison de Mr BOROT, et d’autre part « au grande rue» de Vézelay, sans réserve, cette maison appartenant à monsieur DE VERCY comme héritier de son père et de sa mère » ; (3) une vigne à Vézelay, en vertu de l’acquisition qu’ils en ont faite le 28 décembre 1809 de Me veuve MARTIN, finage de Vézelay, acte reçu par maitre GUENOT notaire à Saizy… (4) procédure judiciaire en cours à Clamecy dans la Nièvre ; (5) ce qui peut leur revenir de la succession de feu Mademoiselle RAGON tante de la dite dame DE VERCY son héritière… » Il est précisé que c’est la nue-propriété du domaine de Montillot qui est donnée, se confondant à l’usufruit au décès de l’un des deux donateurs, le devenir du conjoint survivant en ce domaine est précisément détaillé. En outre il existe des dettes hypothécaires sur ce domaine (et lui seul) au profit d’un enfant mineur, le fils de Edme Claude GROSSOT DE VERCY dont Edme Claude Jacques est le tuteur. Le sieur et dame RABIER paieront les intérêts annuels jusqu’à la majorité de l’enfant, et le principal pourra être réglé par la vente de ce domaine auquel il leur est demandé de joindre la vigne et l’enclos donnés en dot à la dite dame RABIER, éventuellement la coupe d’un petit bois du domaine, réservé à cet effet, dans le cas d’un excédent de créance.

Ces différents actes étaient prémonitoires : Marie-Reine RAGON est décédée à Montillot peu de temps après, en 1816. Son époux Edme Claude Jacques GROSSOT DEVERCY lui survit jusqu’en 1825, et décède lui aussi à Montillot. Il avait alors 68 ans. A cette date le domaine était déjà vendu à la commune, et un nouveau curé avait été nommé (Père François Joseph GIRARD): on peut penser que le presbytère remplissait alors ses fonctions. Selon les clauses du contrat de la donation, Claude Jacques GROSSOT DE VERCY avait une autre résidence, et recevait annuellement de sa fille et son époux 300 francs, correspondant à la moitié du rendement annuel du domaine. A comparer par exemple au revenu annuel d’un instituteur de l’époque, de 300 à 500 franc, dont le salaire était réputé assez bas.

Si cette démarche de donation/ partage entre vifs était courante, on peut penser qu’elle fut pratiquée aussi par les parents de Edme Claude Jacques GROSSOT de VERCY, les époux GROSSOT DE VERCY/BERNIER : alors ce couple peut avoir laissé la demeure de Vézelay au fils ainé Edme Claude Jacques, se réservant la jouissance de la maison de Montillot. Les décès quasi-simultanés de Germaine BERNIER, et de sa fille Marguerite GROSSOT de VERCY  libèrent le domaine sur lequel ont des prétentions les frère et sœur Edme Claude Jacques, l’ainé, Magdeleine, et un enfant mineur orphelin en 1810, fils de Edme Claude GROSSOT DE VERCY (donc probablement Casimir ? dont le père colonel « dit Plessis »  est décédé en 1809 à la bataille d’Eckhmul en Bavière). On note que Claude Jacques « dit Vatha » (1764-1836) ne participe pas à ce partage.

Le domaine de Montillot était un bien familial. Le règlement de la succession a conduit à sa vente sur licitation, puis à son rachat par Edme Claude Jacques GROSSOT DE VERCY sur les deniers de son épouse. Ce qui permet au bien de rester dans la famille, jusqu’en 1820, date à laquelle les donataires se résolvent à le vendre, et s’acquittent de l’hypothèque qui le grevait.

Entre 1755 et la vente à la commune, le domaine était exploité par des fermiers ; le dernier en date est signalé dans l’acte d’amodiation, qui a précédé la vente : il fallait « laisser au fermier l’accès au puits, ne pas empiéter sur les biens dont il était locataire ». Le bâtiment principal était réservé à l’usage des propriétaires. Cet usage devait être occasionnel puisqu’ils résidaient à Vézelay.

Au moment de la révolution peu d’informations ont filtré. La famille GROSSOT DE VERCY a gardé la jouissance du domaine. A ce moment le sieur Claude Jacques GROSSOT DEVERCY a fait soumission pour acquérir plusieurs parcelles  tenant d’un bout à d’autres lui appartenant ; un demi- arpent de vigne en « Vaubière » ; «  132 perches de terre au lieudit champ du lac et les 33 perches au champ Gauthier, estimées respectivement à 160 et à 30 livres, allouées au sieur GROSSOT DE VERCY pour 630 et 175 livres ». C’est dire que ces parcelles étaient convoitées.

Claude GROSSOT DE VERCY son père, conseiller élu en l’élection de Vézelay décède en février 1755 à l’âge de 52 ans; il a été inhumé « le même jour » en la chapelle de la Sainte Vierge de l’église Saint-Pierre, sa paroisse.

De cette église bâtie en 1152 et détruite en 1804 ne subsiste que la tour de l’horloge (restauré en 1841) ; elle s’étendait au niveau de l’actuelle place Borot.

La lecture de l’inventaire après décès (ADY, 3E 54 252, 20.02.1755) nous apporte de précieuses indications.

A Vézelay, il résidait rue St Pierre ; il laisse des enfants mineurs (au moins Guillaume III et Claude Jacques) et sa veuve Germaine GRILLOT. On y trouve en particulier des titres et contrats appartenant à la succession de feu le sieur Guillaume (II) GROSSOT DES PERRUCHES son frère, décédé lui aussi en 1755,  à 53 ans, avec  un état et mémoire des biens, meubles et immeubles signé par lui datant du 30.03.1744; d’anciennes minutes de feu Claude GROSSOT son père et  l’inventaire après décès des meubles, effets, titres, papiers et enseignements délaissés par maître Claude GROSSOT passé devant maître Baudot notaire royal à Vézelay le 17.11.1724; les provisions et prise de possession d’un canonicat de la collégiale de Chably, le 7.3.1746 contrôlé à Chably le même jour, par le sieur Jacques Achille GROSSOT fils du dit défunt ; six pièces formant dossier de procédure à la requête du sieur Guillaume (III) GROSSOT DE VERCY héritier de Guillaume (II) GROSSOT DES PERRUCHES ; des livres de droit, de matière criminelle, de coutumes, de mathématique, dictionnaire, et l’esprit des lois ; le mémoire alphabétique des tailles, la coutume du nivernais en parchemin, l’ordonnance de gabelle, le droit canon, des livres en latin…

A Montillot, c’est Guillaume qui comparait pour sa mère. La maison décrite comprend une grande chambre (avec un vieux châlit cassé), un vestibule avec un moyeu de bois, bêche, râteau, rôtissoire et arrosoir, une chambre qui a la vue sur la grande cour, avec une cheminée, table, pliant, chaise, châlit, puis grenier au-dessus de la chambre. Cette description correspond à l’habitation du métayer, mais pas à celle de la maison principale. Cette dernière pouvait avoir fait l’objet  d’une donation ou d’un héritage préalable, à Guillaume (II) GROSSOT DES PERRUCHES, transmise à son décès à son neveu Guillaume (III), ce qui expliquerait son absence à l’inventaire.

A ce moment le domaine avait été morcelé, une part allant probablement à Guillaume (II) GROSSOT DES PERRUCHES, une part restant à Claude GROSSOT DE VERCY. Mais le hasard des décès prématurés fait que le domaine se retrouve sur les épaules de Claude Jacques en 1755.

Entre 1720 et 1754, des actes de notaires successifs nous apprennent que le domaine de Montillot est loué (amodié) à des métayers, avec plus ou moins de bonheur, tandis que la maison principale est réservée à l’usage du propriétaire.

Le 25 juin 1720, un acte d’amodiation est établi pour 9 années consécutives de maître Claude GROSSOT (qui demeure à Monteliot), à Edme B. et François J. tous deux laboureurs demeurant à Bouteau paroisse de Brosses. Le bien est ainsi décrit : « un domaine et métairie au dit GROSSOT appartenant tant comme héritier de cet – qu’à cause des biens dont il s’est emparé procédant de defunt Claude J. (…) consistant en un bâtiment de granges et une étable, une maison y attenant en maigne jardin, verger, chennevière, terre labourable et chaume tant au dit lieu de Boutaut, que finage de Monteliot et Malfontaine ».  Il est précisé que « la moitié des récoltes de fruits appartiendront  au bailleur, cueillis ou abattus par le preneur, la moitié des récoltes en grain, et des rentes iront au seigneur. A la charge du bailleur les réparations de couverture et menues réparations. Les preneurs ne pourront tenir de chetel autre bestiaux que ceux  fournis par le bailleur : avec 400 livres les preneurs ont déclaré avoir acquis 8 bœufs de trait à poil rouge et bouchart de cage de 4, 5, 6, 7, 8 et 9 ans »… Le 26.7.1724, un acte de vente est établi par maitre DEFERT pour l’achat par Claude GROSSOT pour son métayer J. d’un cheptel composé d’une vache de 5 ans environ, un porc, 5 brebis, 3 agneaux.

Claude GROSSOT  décède peu après, en 1724. Sa seconde épouse Marie-Anne MINARD renonce à la communauté de son défunt époux au profit des enfants (Claude et Guillaume II) et parallèlement sont publiés les « actes d’émancipation » de ces derniers.  C’est finalement le fils aîné Claude GROSSOT DE VERCY qui hérite du domaine de Montillot. Prenant donc seul en main sa gestion (il demeurait à Vézelay), il établit plusieurs ventes et achats de divers biens situés au lieu-dit la coignotte: Le 25.09.1729 il fait l’acquisition (de DEFERT) d’une petite hâte à chènevière au lieu-dit le petit puits,  le 26 un canton de verger à la coignotte (ou champ du lac) et hâte de terre à chènevière en Berguereau (à proximité), de MELOT et Marie DEFERT.  Le 31 8 1730 il acquiert un morceau de terre à chènevière au petit puits de Claude DUFOUR et sa femme, passé devant maître BAUDOT, notaire et contrôlé le même jour. Tous ces lieux-dits (le petit puits, berguereau, la coignotte, le champ du lac, les Costes) renvoient au même endroit, ils sont encore en usage aujourd’hui.

En septembre 1754, un épais dossier dans les actes du notaire RENE à Vézelay (ADY, 3 E 16 385) nous donne quelques précisons sur les différents biens du domaine. Il contient la plainte de  Claude GROSSOT de VERCY contre son métayer qui l’exploitait depuis 1747. Il se trouve que ce dernier faisait paître ses bestiaux dans un terrain de 3 ou 4 arpents au lieu-dit Les Costes, appartenant au sieur GROSSOT DE VERCY et ne faisant pas partie du bail. De même il occupait la plus grande partie des locaux que le propriétaire se réservait. En ce qui concerne les récoltes, alors qu’il devait une « tierce » au propriétaire, tous les ans, il avait pris l’habitude d’en cacher une partie, ce qui diminuait d’autant la tierce due. En revanche, il avait agrandi ses pâtures de différentes façons, aux dépens du propriétaire et aux dépens du seigneur du lieu, le Chapitre de Vézelay, son voisin. Elément intéressant, il y a eu vol de bois de charpentes, planches et outils de maçon, parce que le sieur GROSSOT DE VERCY « faisait bâtir »  dans son domaine.

La recherche de l’inventaire après le décès de Claude GROSSOT rédigé le 30 novembre 1724 par le notaire BAUDOT, à Vézelay, probablement Philippe BAUDOT, s’est avérée infructueuse : ses archives n’ont pas été versées aux ADY. Cet inventaire avait été fait à la réquisition de Marie-Anne MINARD sa seconde épouse, au profit des enfants, pour une somme de 16 060 livres et 17 sols.

Et avant 1720 ?

On sait qu’Estienne GROSSOT est décédé à Montillot…

Mais comment est-il arrivé à Montillot, et où a eu lieu son mariage avec Barbe GOURLET ? On n’en trouve trace ni à Montillot, ni à Vézelay, pas même dans les villages environnant (Voutenay, St Moré, Arcy s/cure, Brosses, Chatel Censoir, Mailly la ville) autour de 1670,  année de naissance des premiers enfants. Son épouse Barbe était sœur de Jacques GOURLET, sieur de la Gravière, procureur du roy au grenier à sel de Vézelay en 1663 et demeurant à Montillot ; il est pourtant probable que ce mariage ait eu lieu dans la région. Il n’est pas exclu que le couple ait fait l’acquisition du domaine à ce moment et peut-être en dot. La famille de Barbe GOURLET appartenait à cette noblesse de robe, si puissante à l’époque, avec les pouvoirs liés à la fonction.

Comment aller plus loin ?

Dans les années qui ont précédé, à partir de 1563 et jusqu’en 1625, une vaste campagne avait été lancé sur les biens ecclésiastiques pour renflouer le trésor royal appauvri par des années de guerre : impôt de « sacrifice », a-t-on dit ; c’est le «projet d‘aliénation des biens de l’église», sous Charles IX et Henri III. Mettre aux enchères des fiefs, choisis par l’église, c’était permettre à l’échéance de trois générations l’anoblissement au plus offrant et dernier enchérisseur roturier. En 1579 (ordonnance de Blois) la désignation des propriétés était laissée au choix des particuliers qui s’en portaient acquéreurs ; les plus nombreux des adjudicateurs appartenant à la noblesse de robe. (Victor Carrère, les épreuves de l’église de France au XVIe siècle, dans « revue de l’histoire de l’église de France », 1925, Vol 11, N°52, 332-362.) La collusion était possible entre l’acquéreur et l’adjudicateur, aux dépens de l’église. C’est d’ailleurs à cette époque qu’une nouvelle classe sociale, bourgeoise, s’est développée.

Depuis la création du monastère, Montillot faisait partie de la « poté » de Vézelay ; l’abbé de Vézelay et le chapître étaient seigneurs de Montillot. Dans les archives de Vézelay figure l’inventaire des titres et papiers (ADY, H1941-2) de l’abbaye, du moins ceux qui n’ont pas été perdus. On y trouve quelques ventes de biens de l’église, et par exemple: en 1540, d’une maison à Vézelay près de la porte neuve ; en 1609, d’une métairie « de Versaulce », et la maison ; la même année, 434 arpents de bois abandonnés aux habitants de Monteliot, moyennant une redevance de 5 sous tournois par an. Rappelons que l’entretien même des bâtiments de l’abbaye devenait problématique et qu’il fallait aussi trouver l’argent nécessaire pour sauver ce qui pouvait l’être.

En 1543 on y trouve un dossier intéressant, requête du cardinal de Meudon Antoine SANGUIN, abbé de Vézelay, à Léonard LERANDAT, abbé, Jean LERANDAT et Agnès veuve Jean LERANDAT, leur mère, de Monteliot, détenteurs de la métairie du puits de Versy (ou Bersy) contenant environ 10 arpents, finage de Monteliot, justice de Morey, pour s’en désister. Faut-il y voir l’origine du nom de VERCY, à Montillot ?

A ce stade voici ce que nous pouvons dire.

Les GROSSOT sont apparus à Montillot en fin du XVIIe siècle, avec Estienne GROSSOT, notaire royal,  mais ce patronyme n’était pas présent sur les documents antérieurs du village ; son épouse Barbe GOURLET appartenait à une famille de notaire et procureur du roy, à Vézelay. Estienne, puis Claude GROSSOT occupent les charges de notaire royal, tabellion, marguillier, greffier royal, puis syndic perpétuel de la commune de Montillot. Claude II, le fils de Claude I, acquiert le patronyme GROSSOT DE VERCY, et est conseiller du roi élu en l’élection de Vézelay, où il réside et décède; il est inhumé dans l’église Saint-Pierre. Claude Jacques, son fils aîné, est dit homme de Loy et réside à Montillot. Edme Claude Jacques de la génération suivante est président du grenier à sel à Vézelay en 1789, mais décède, ainsi que sa femme, à Montillot : il est le père de Marguerite Eugénie qui vendra à la commune de Montillot la maison du domaine pour en faire le presbytère, une école et une maison communale ; elle a pour conjoint Louis Germain RABIER , originaire de Saizy dans la Nièvre : région limitrophe d’où viennent et où repartent ces familles (Claude Jacques GROSSOT DE VERCY et Germaine BERNIER se sont mariés à Clamecy en 1756 ; Marie-Reine RAGON s’est mariée à Magny en 1783 et a vendu un domaine lui appartenant à Saizy (58) pour racheter le domaine de Montillot en 1810 ; Marguerite GROSSOT DE VERCY, fille de Claude Jacques est décédée chez son beau- frère MASLIN à Saint- Pierre le Moustiers (58) en 1810 ; Eugénie est repartie avec son époux Louis Germain RABIER à Corbigny (58) en 1813.)

Depuis le départ des époux RABIER en 1820, rien ne reste de cette famille à Vézelay ni à Montillot.

Si ce n’est le souvenir d’une maison, en héritage.

Montillot : Monteliot,   Monteluot, Montirueth dans les terminologies anciennes

ADY : archives départementales de l’Yonne

AD58 : archives départementales de la Nièvre.

Arbre généalogique des Grossot/Grossot de Vercy de Montillot et de Vézelay

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La généalogie de la famille Lenfernat

Cahiers généalogiques de l’Yonne – Tome XIII

(Société Généalogique de l’Yonne – 27/4 Place COROT à AUXERRE – 03 86 46 90 60)

Cette étude très détaillée (40 pages A4), a été réalisée par le ChanoineJacques LEVISTE, conservateur du Trésor de la Cathédrale de SENS, chevalier des Arts et des Lettres, assisté de Frédéric de Berthier deGrandry (d’une famille originaire de Châtel-Censoir), historien .

Les premières traces de cette famille se trouvent au 12ème siècle à la limite de la Puisaye et du Gâtinais ; on voit encore se dresser à St Maurice sur Aveyron, dans le Loiret, près de la limite du département de l’Yonne, les restes du donjon médiéval dit « de l’INFERNAT ».

De nos jours, la plus grande partie de la famille se développe à l’Ile Maurice, dans l’Océan Indien, à l’est de Madagascar .

Au fil des temps, cette famille a possédé divers petits « fiefs », principalement dans la région Auxerre-Joigny-Sens : Villevallier, Villiers-sur-Tholon, Gurgy, La Motte-Gurgy, Vieuchamps (Charbuy), Courtenay, Guerchy, Montigny-la-Resle,…..D’où les branches de l’arbre généalogique , Lenferna de la Resle, Lenferna de la Motte, Lenfernat d’Avrolles, …et même Lenferna de Montillot !

C’est Jean-Anne-Georges de Lenferna de la Resle (1771-1831) qui ayant épousé Françoise Mulot de Villenaut à Montillot en 1805, a ensuite géré ses propriétés et a été maire de Montillot de 1816 à 1819 ( nous connaissons le « Journal de J.A.G.L.» écrit à cette époque…). Son fils Pierre-JosephAlexandre (1806-1897) fut lui aussi maire de Montillot en 1852 et de 1860 à 1870 (et nous a laissé aussi un « journal »).

C’est le frère de J.A.G.L., Joseph Guillaume Prosper de Lenferna de la Mothe, qui partit comme officier à l’Ile Maurice et s’y établit.

La fille de Pierre Joseph Alexandre, Marthe Alexandrine Françoise Henriette de Lenferna de Montillot (1842-1930) épousa Charles Heulard de Montigny ; elle habita puis vendit le « château » de Montillot. Décédée à Auxerre, elle fut inhumée avec son mari au cimetière de Montillot.

Comme toutes les familles nobles, les Lenferna eurent parmi eux des militaires, des ecclésiastiques, des religieuses…L’une de ces dernières fut célèbre : c’est Françoise Marie Caroline Lenferna de la Resle (1824-1900). Née à l’Ile Maurice ; elle devint « Mère Marie-Augustine  ». Surnommée « La Petite Sœur de l’Océan Indien », elle se consacra aux œuvres de charité en Afrique, Europe et Amérique du Sud, et fonda la Congrégation des Sœurs de Notre Dame du Bon et Perpétuel Secours . Une procédure de béatification est en cours depuis 1928. Nos deux auteurs ont assisté aux cérémonies du centenaire de sa mort le 29 Janvier 2000, à Rome, où elle est inhumée.

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Que sont les « registres paroissiaux »?

A. BUET †, Mai 2001

Genéalogie. Registres paroissiaux. Registres d’Etat civil

Le goût de la généalogie s’est progressivement développé en France depuis 50 ans. Dans beaucoup de familles, un « passionné » consacre une partie de ses loisirs à la recherche des ancêtres. On peut se demander pourquoi!

Pendant des siècles, cette préoccupation fut réservée aux familles nobles : sous l’Ancien régime, elles devaient périodiquement établir les preuves de leur filiation, en fournissant les actes de baptêmes , mariages, décès et partages de biens, à l’Administration Royale : leurs devoirs et surtout leurs droits (les « privilèges ») en dépendaient. On trouve dans les archives des familles nobles, des « extraits » des titres, tels que des contrats de mariages,- très lisibles car souvent recopiés au 17ème à partir d’originaux du 14ème –, des actes de « foÿ et homages » de vassal à suzerain, des « aveux et dénombrements » qui sont des inventaires de propriétés à des moments donnés…

De plus la Noblesse fournissant les cadres des Armées participait directement à l’Histoire de France, celle décrite dans les livres, autour des noms des « grandes familles »…

Pendant longtemps, on ne vit donc aucun intérêt à rechercher l’origine des familles villageoises. Celles-ci restaient d’ailleurs fixées dans un rayon de quelques kilomètres, et on savait retrouver sans difficulté à Montillot le cousin ou l’oncle qui s’étaient mariés à Brosses, Asquins ou Arcy et y avaient fait souche !

Premier changement important du mode de vie à la fin du 19ème siècle : la « Révolution industrielle » a entraîné l’éclatement des familles. Pour échapper à une pauvreté sans espoir, on « tente sa chance » , on quitte le village pour aller travailler à des centaines de kilomètres, dans les banlieues des grandes villes.

Les liens familiaux se relâchent, on se perd de vue.

Ensuite, la première moitié du 20ème siècle est marquée par deux guerres mondiales et leurs cortèges d’atrocités : le « présent » s’imposant malheureusement, toute réflexion sur le passé devait attendre !

Ce n’est donc qu’après 1950 que certains descendants des « transplantés » éprouvent le besoin de retrouver leurs racines naturelles, insatisfaits de leurs rattachements à des groupes sociaux liés au travail ou aux loisirs, groupes souvent bouleversés et qui leurs paraissent plus artificiels.

Et une « mode » s’est créée, puis étendue.

De plus, en sortant de la simple reconstitution des filiations, on s’est rendu compte, en lisant les actes de naissances, mariages, décès, achats et ventes de biens… , que le « Peuple » avait aussi écrit l’Histoire : chaque famille a vécu, souffert dans sa chair ou simplement ressenti des évènements nationaux.

Comment s’y prend-on pour «  faire de la Généalogie » ?

Il faut de la patience, du bon sens et une méthode…

On commence par les ancêtres proches ( en se limitant à 2 ou 3 générations au début), dont on collecte tous les actes d’état-civil, du côté paternel et du côté maternel. Pour cela, on fouille d’abord tiroirs et dossiers de la maison, on interroge les plus anciens, on écrit dans les mairies éloignées, qui détiennent les actes des 100 dernières années et qui peuvent en fournir des copies aux descendants directs…Et l’on est rapidement amené à se déplacer : les chefs-lieux de département détiennent dans un bâtiment appelé « Archives départementales » les registres qui contiennent les actes couvrant plusieurs siècles. On distingue 2 types de registres : jusqu’en 1792, les « registres paroissiaux » rédigés par les curés des paroisses ; ensuite, les « registres d’Etat-Civil », tenus par les secrétaires des mairies.

Pour Montillot, ces actes ont été transcrits à partir de microfilms, sous forme de cahiers, afin de faciliter les recherches en limitant les déplacements

Les documents de référence restent les registres originaux, déposés aux Archives départementales de l’Yonne, 37 Rue Saint-Germain à AUXERRE. Ils ont été microfilmés pour protéger leur conservation et peuvent être consultés en salle de lecture. Les originaux ne peuvent être examinés que sur autorisation spéciale.

9 cahiers, dont 7 sont manuscrits, ont été établis en 2 exemplaires, couvrant les périodes suivantes:

N°1 : – baptêmes (B), sépultures (S) et mariages (M) de 1672 à 1699

N°2 : –         »                     »                         »            de 1700 à 1709

N°3 : –         »                     »                         »            de 1731 à 1759

N°4 : –         »                     »                         »            de 1760 à 1784

N°5 : –         »                     »                         »            de 1785 à 1792

          –  naissances (N), décès (D) et mariages (M)     de 1792 à 1799 (Etat- Civil)

N°6 : –          »                     »                   »                 de 1800 à 1809

N°7 : –          »                     »                   »                 de 1810 à 1818

N°8 : –          »                     »                    »                de 1819 à 1823 .

N°9: – voir plus loin

Pour les recherches généalogiques familiales sur Montillot, il faut savoir que les registres paroissiaux de 1710 à 1730 n’existent plus , et que les registres d’état- civil de 1823 à nos jours sont disponibles en mairie .

Pour la période de 1710 à 1730, un certain nombre d’informations sont pourtant disponibles :

1)- Une liste simplifiée des Naissances et décès :   un secrétaire de la mairie, – ou un autre habitant du village, a eu l’heureuse idée, vers 1828, alors que tous les registres existaient encore, de relever toutes les naissances et tous les décès de 1700 à 1827, de les classer par ordre alphabétique, puis chronologique, et d’en constituer un registre séparé, maintenant déposé aussi aux Archives Départementales  et exploitable sur microfilm.

Notre cahier N°9, intitulé  » Période 1700 à 1735 » en présente une transcription qui permet un recoupement avec les cahiers N° 2 et 3 couvrant les périodes voisines.

2)- Une information sur quelques mariages de cette période : la seule source disponible est constituée par les contrats de mariages passés devant notaires. On les trouve aussi aux Archives départementales  – Registre 3E/54 -, pour les actes établis par le notaire Edme DEFERT, de 1721 à 1743 . Cette recherche a été effectuée en 1993 par Mme BOURDILLAT, à la demande de la Société Généalogique de l’Yonne; les résultats apparaissent à la fin de la brochure intitulée « Table alphabétique des mariages de la paroisse de Montillot » (1672 à 1792), dont un exemplaire est déposé à la mairie. Ils concernent 47 mariages de 1722 à 1730.

II- Constitution des cahiers : la plupart de ces cahiers sont manuscrits;  les premiers relevés couvrant une période partant de 1731 ont été effectués pour un usage personnel et sont écrits en caractères très petits et peut-être difficilement lisibles; ensuite un effort de clarté a été apporté à la présentation, et , pour terminer, les cahiers n° 1,2 et 9 ont été établis en « traitement de texte ».

Le principe général retenu pour ces relevés est le suivant :

– Seuls les renseignements indispensables pour reconstituer les filiations ont été notés : noms, prénoms, professions, liens familiaux, lieux d’origine ou de domicile. Pour ces derniers, seuls les noms des autres communes, et ceux des hameaux de Montillot sont mentionnés; lorsqu’il s’agit du bourg de Montillot, il n’y a en général pas d’indication,… ou au maximum, « demeurant à Mtlot », ou « demt à M », ou « de M. »…

– Toutes les formules rituelles, se répétant d’acte en acte, ont été écartées : Par exemple, pour les mariages, les formules telles que : « …après les publications faites trois dimanches consécutifs et au prône de la paroisse… », « …nul empêchement n’ayant été constaté… », « …selon les rites de l’Eglise apostolique et romaine… ». Pour les décès, « …après avoir reçu les sacrements de pénitence et d’extrême onction… ». Pour les témoins, « …se sont présentés devant moi, assistés de … »; « …ont déclaré ne savoir signer, de ce enquis par moy… »

Dans quelques cas seulement , les textes complets ont été reproduits, afin de donner une idée du style d’écriture de l’époque.

– L’orthographe des noms de familles et des lieux (patronymes et toponymes), est strictement respectée. Si bien qu’on trouvera le même nom écrit de plusieurs façons différentes, selon l’époque et surtout selon le témoin cité et le rédacteur de l’acte. Il faut être  conscient qu’au 17ème et au 18ème siècles,   la majorité des habitants étaient illettrés. Lorsqu’ils venaient déclarer une naissance ou un décès, ils ne pouvaient donc pas épeler leur nom, ni celui de leur hameau.

Seuls les notables, -bourgeois, nobles, certains artisans et commerçants – …- étaient capables de signer ( plus quelques femmes dans les familles nobles). Dans certains cahiers, la mention « (+sgn) » a été ajoutée à la suite du nom du témoin signataire, et un certain nombre d’échantillons de signatures sont reproduits en fin de document.

– Pour les mariages et les décès, les âges indiqués sont souvent approximatifs, les raisons en étant les mêmes que pour l’orthographe. Dans certains cas, j’ai rappelé les dates de naissance, après les avoir retrouvées dans des actes plus anciens ( ce travail de recherche, facilité par le faible volume des cahiers, pourra être fait par les lecteurs intéressés). De même, pour un certain nombre d’enfants morts jeunes, j’ai indiqué la date de décès à côté de la date de naissance .

– Dans les cahiers  en traitement de texte, les notes en italique et entre parenthèses fournissent des informations qui ne figurent pas dans l’acte lui-même, mais résultent d’autres actes, plus ou moins éloignés dans le temps.  

– Selon les cahiers, le nom du curé est indiqué en début d’année ou en début de page; seuls les changements sont signalés ensuite – remplacements occasionnels, décès, ou départ de la cure .

Pour l’histoire de Montillot, sachons que « Sa Vénérable Personne Messire le curé Denis DELAPLACE a son nom gravé sur la cloche baptisée en 1648 et que, d’après un acte notarié de l’époque, Edme DELAPLACE était curé en 1653. Ici, en 1672, au début des registres paroissiaux conservés jusqu’à nos jours, nous trouvons la signature …

– du « prestre-curé » Guillaume COLLAS desservant notre paroisse; il y est mort le 7 Novembre 1715.

– ensuite, le curé  Jean Baptiste FAULQUIER lui a succédé; il est mort le 28 Novembre 1750

– puis le curé Pierre GOUREAU , décédé le 20 Décembre 1763, âgé de 55 ans environ

– le curé Jacques Anne DESAUTELS, arrivé en janvier 1764, devra affronter les difficultés liées à la fin de « l’Ancien Régime » et à l’avènement de la République; il rédigera et signera les actes jusqu’en octobre 1792; ensuite le nouvel « état civil » relèvera de l’Administration municipale élue; mais il est resté « habilité » à la rédaction des actes, en tant que « secrétaire-greffier ». Il est décédé le 18 Août 1796 à 72 ans.

Certains cahiers présentent dans leur préambule, un rappel de la situation politique de la France à l’époque correspondante.

– Corrections : malgré plusieurs « relectures », il est certain qu’un certain nombre d’erreurs subsistent, dues d’abord aux difficultés de déchiffrement de certains passages (écriture ancienne, détérioration de certaines pages des documents microfilmés, mauvaise qualité du papier d’origine traversé par l’encre si bien que recto et verso se superposent …), mais aussi à de banales fautes de transcription.

En cas de litige, il sera nécessaire de consulter les registres originaux aux Archives départementales ( le lecteur qui aura fait une telle recherche est prié de laisser sur place une note indiquant la correction à apporter). 

Cas des hameaux de Montillot : les chercheurs doivent savoir que Vaudonjon et les Hérodats ont fait partie jusqu’à 1790 de la paroisse d’Asquins, que Marot (ou Marault) et son étang étaient de la paroisse de Monteliot; que Malfontaine dépendait de Brosses, alors que le Gué de Combre, de l’autre côté du ru de Brosses, était rattaché à Monteliot. Il y avait d’autres petits hameaux, réduits souvent à une métairie, dont on trouve encore trace par quelques ruines, repérées sur la carte I.G.N. au 1/25000 : la Bertellerie, Baudelaine, Champ-Cornille, Conflans, la Calaberge, la Gache, l’Ermitage …

Mais en hiver les chemins étant mal commodes, il arrivait qu’on porte les nouveaux-nés à l’église la plus facilement accessible : Montillot pour Boutaut ou Marot, Brosses pour le Gué de Combre, Montillot pour Bois d’Arcy (qui relevait alors d’Arcy sur Cure) ou Vaudonjon…

(Voir les cartes en fin de ce cahier N°1)

III. Histoire brève de l’état civil (d’après « la généalogie; histoire et pratique » – Références LAROUSSE » et « La généalogie » « Que sais-je N°917 » P.U.F.)

 » A la fin des grandes invasions, l’Eglise prend en charge la tenue de registres, pour des motifs essentiellement religieux. Soucieuse du salut des âmes, elle commande d’abord l’enregistrement des baptêmes. Puis la multiplication des unions illégitimes la conduisit à ordonner celui des mariages, rendu également nécessaire par l’obligation d’observer les prescriptions canoniques relatives aux unions entre parents : la prohibition est ramenée, en 1215, du septième au 4ème degré, ce qui interdit encore les alliances entre petits-enfants de cousins-germains. de même, le fait de tenir un enfant sur les fonts baptismaux crée entre parrains et marraines une parenté spirituelle, l' »affinité », qui interdit leur union : les évêques ordonnent donc de noter dans les registres les noms des parrains et marraines. »

Il reste peu de traces  de ces registres anciens, les curés ne voyant pas la nécessité de les conserver, à une époque où une grande partie de la population était illettrée et où « une déclaration sous serment valait bien un texte ».

Ce n’est qu’au cours du 16ème siècle que des ordonnances royales commencent à codifier l’état civil, dans le cadre de l’organisation de la Justice.

Sous François Ier, l’Ordonnance de Villers- Cotterets du 15 Août 1539 – dite « la Guillelmine », du nom du Chancelier Guillaume POYET -, prévoit:

– la tenue de registres de baptêmes « qui contiendront le temps et l’heure de la nativité », les nouveaux-nés étant déclarés sous le nom de leur père

– que « les curés seront tenus de mettre les dicts registres par chacun en devers le greffe ».

Le Concile de Trente (1545-1563) fait obligation de mentionner les noms des parrains et marraines.

Sous Henri III, l’Ordonnance de Blois, en mai 1579, exige en plus la tenue de registres de sépultures et de registres de mariages.

Mais les curés étant trop souvent négligents, c’est sous Louis XIV que l’Ordonnance de Saint Germain d’avril 1667, – appelée « Code Louis » – :

– prescrit la tenue des registres en double exemplaire et le dépôt du second au greffe du bailliage de la sénéchaussée (institution civile)

– cherche à uniformiser la rédaction :

– pour les baptêmes : jour de la naissance, prénom de l’enfant, noms des parents et des parrain et marraine

– pour les mariages : noms, prénoms, professions et domiciles des époux, noms des parents, des 4 témoins et leur degré de parenté

– pour les sépultures, le jour du décès et les noms de deux témoins ou amis.

Des formulaires sont remis au prêtre dans ce souci d’uniformité.

 Ce règlement fut mieux respecté, ce qui nous permet de disposer dans la plupart de nos villages , d’archives remontant au moins aux années 1670 à 1675; 1672 pour Montillot, 1682 pour Givry, 1641 pour Brosses, 1634 pour Arcy,  1614 pour Vermenton, 1609 pour Asquins, 1650 pour Saint- Père, 1592 pour Vézelay et 1594 pour Chatel-Censoir ( ces deux cités avaient une abbaye, donc un Chapitre de chanoines pour les administrer …)

Sous Louis XV, la déclaration royale du 9 Avril 1736 reprend et précise tous les textes antérieurs: les registres seront tenus en deux « minutes » signées chacune par les parties …tous les actes seront inscrits à la suite, sans « blanc » …

Dans toute cette période, l’état civil est donc lié à l’administration des sacrements de la religion catholique : les minorités religieuses en sont exclues ( surtout après la révocation de l’Edit de Nantes…)

La Révolution, par le décret de l’Assemblée législative du 20 Septembre 1792, enlève aux prêtres la tenue des registres et la confie à des « officiers » (c’est-à-dire des fonctionnaires) de l’Etat, mais n’introduit pas de modifications importantes dans leur contenu.

Un exemplaire reste à la Mairie, l’autre est déposé au Greffe du Tribunal; on ajoute un relevé alphabétique annuel ainsi qu’une table décennale sur un registre séparé.

Il faut noter une modification temporaire importante, celle du calendrier.

La Convention a adopté le 4 frimaire An II (24-11-1793) le calendrier républicain, une « ère nouvelle » ayant commencé à la proclamation de la République le 22 Septembre 1792.

Mais dès le 1er janvier 1806, Napoléon remet en vigueur le calendrier grégorien.

A noter aussi que la loi du 13 fructidor An VI (30 Août 1798), impose la célébration des mariages au chef-lieu de canton, et seulement les « décadis ».

Un arrêté du 7 thermidor An VIII (26 Juillet 1800) rétablit la célébration des mariages dans les communes. Pour Montillot, nous devons donc rechercher à Chatel-Censoir, chef-lieu de canton de l’époque, les actes de mariages de la période mi-1798 à mi-1800.

Au 19ème et au 20ème siècle, seules des améliorations de détail ont été apportées (mentions marginales …).

Reproduction des documents d’archives

Les généalogistes amateurs sont de plus en plus nombreux; les documents anciens sont trop fragiles et ne peuvent subir de fréquentes manipulations; d’où l’intérêt évident de leur microfilmage.

Cette opération, trop coûteuse pour les maigres budgets de notre Administration des Archives, a heureusement été lancée vers 1950 grâce à l’intervention d’un groupement religieux international, appelé couramment « les Mormons ».

 C’est  « l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours« , créée vers 1830 près de New-York par Joseph SMITH. Sa valeur fondamentale est la « famille éternelle ». Il s’agit de développer et de resserrer les liens entre parents et enfants, qui se retrouveront ensemble dans une vie éternelle. Cela est étendu à toutes les générations passées qui seront ainsi reliées, tels les maillons d’une longue chaîne; une chaîne d’ancêtres que chaque membre devra identifier, afin de les baptiser rétrospectivement et d’assurer leur salut…Dès 1890, une bibliothèque généalogique d’intérêt mondial a donc été créée.

Après la 2ème guerre mondiale, ayant dressé le bilan des dépôts d’archives détruits, les Mormons entreprirent dans le monde entier une vaste opération de « sauvetage », par microfilmage. L’Eglise de Jésus-Christ S.D.J. a alors conclu avec nos Archives Nationales un accord pour reproduire, dans chaque dépôt départemental, l’état-civil depuis plus de cent ans et les cahiers paroissiaux. En échange des facilités accordées, chaque dépôt reçoit une copie gratuite.

Une énorme collection est ainsi constituée (200 millions d’actes en 1997 …); un vaste entrepôt, constitué de 6 tunnels, a donc été construit dans les montagnes granitiques de Salt Lake City (Etat de l’UTAH -U.S.A.) pour assurer à cette « mémoire de l’humanité » des conditions optimales de conservation. Les chercheurs du monde entier sont accueillis sur place ( le Groupement généalogique d’AIR-FRANCE organise des séjours chaque année). Des copies des microfilms peuvent être commandées par les Associations.

L’arbre généalogique des anciennes familles de Montillot depuis le 17e siècle sont disponibles sur le site: « geneanet » à l’adresse:

http://gw.geneanet.org/oustaou1

Mardi 3 décembre 2019

On apprend avec une infinie tristesse le décès de André Buet, notre généalogiste et historien de Montillot.
Sa curiosité, son attachement au village et sa région, son travail méticuleux et productif a permis à nombre d’entre nous de retrouver des cousinages perdus, des maisons oubliées. Il avait recueilli avec beaucoup de délicatesse les témoignages des plus anciens, qu’il rejoint aujourd’hui.
Il nous laisse de nombreux articles sur l’histoire du village, qui tous sont déposés à la mairie (certains d’entre eux ont été publiés dans la revue de la société d’études d’Avallon).

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Le testament de Girart de Roussillon

Les archives des châtelains de Montillot sont constituées principalement d’actes notariés – achats, ventes et échanges de propriété immobilières -. Ces documents se terminent souvent par quelques lignes d’une écriture différente de celle du notaire : « je soubsigné, confesse avoir repceu les droicts de lots et ventes du contract cy dessus » ; signé « le recepveur de Messieurs les Vénérables du Chapitre de Vézelay ».

Qui étaient ces moines qui prélevaient des impôts sur nos ancêtres ?

Et pourquoi de Vézelay ?

Nous avons consulté les travaux de plusieurs historiens de la région…

« Au nom de la Sainte et indivisible Trinité, Père, Fils et Saint- Esprit. Commencement de la charte ou testament du comte Girart, fondateur des monastères de Pothières et Vézelay, en vertu des privilèges de l’autorité apostolique désignés ci-dessous, lesquels valident et corroborent à perpétuité ce même testament… » 

C’est la première phrase de la traduction d’un texte latin, dont une copie effectuée en 1170 sur parchemin avec enluminure, d’après l’original rédigé vers 858, est déposée à la Bibliothèque municipale d’Auxerre. (un fragment de photographie de la 1ère page est reproduit ci-contre).

C’est donc Girart de Roussillon qui aurait fondé le monastère de Vézelay, par ce testament.

Rappel Historique

Où  situer ce Girart dans notre Histoire de France ? Feuilletons rapidement nos livres d’école, en cherchant les grands repères de cette époque…  

En 771, Charlemagne avait succédé à Pépin le Bref. Combattant les envahisseurs  Avars, Slaves, Saxons et Bretons, il devint le maître d’un territoire immense rappelant l’ Empire romain d’ Occident, disparu 3 siècles auparavant.

Roi chrétien, il imposa sa religion aux peuples Germains et assura la protection des possessions du pape Léon III, qui le couronna Empereur à Rome en l’ An 800.

Mort en 814, son fils Louis le Pieux (appelé aussi « le Débonnaire ») lui succède, et pour conserver l’unité du territoire, ce dernier élève son fils aîné Lothaire à la dignité d’ Empereur, ce qui mécontente gravement les 2 autres fils qu’il eut de sa première femme Ermengarde. Et sa seconde femme Judith de Bavière lui donne en 823 un autre fils Charles (le futur Charles le Chauve), à qui elle veut naturellement faire attribuer une part de la succession impériale !

Des clans se créent entre les prétendants et les nobles qui les soutiennent. L’insurrection éclate dans le pays et le règne de Louis le Pieux se termine dans la confusion. La guerre se poursuit entre les frères, aboutissant à la défaite de Lothaire en juin 841 à Fontenoy- en- Puisaye  (à 25 km d’ Auxerre ; un obélisque nous rappelle cette bataille). En 843, le traité de Verdun partage l’ Empire de Charlemagne en 3 parties :

  • à Charles II le Chauve la Francie occidentale
  • à Louis II le Germanique la Francie orientale ou Germanie
  • à Lothaire 1er un territoire intercalé entre ses 2 frères, la Lotharingie (la future Lorraine, sujet de dispute entre France et Allemagne…). 

Les invasions normandes ajoutent à la confusion : en 843, une flotte remonte la Loire ; les Vikings s’emparent de Nantes et massacrent l’Évêque. D’autres flottes atteignent Toulouse la même année …et Paris le dimanche de Pâques 845…Chartres est prise en 858…Le Midi de la France n’est pas épargné.

858: C’est justement l’année du testament de Girart et de sa femme Berthe.

Son nom s’écrivait Gher- hard et signifiait « tout- à- fait brave ».  Il devint célèbre dans les romans de chevalerie ; un  poète anonyme 12 siècle,  s’inspirant de la tradition orale, a traduit sa vie et ses exploits dans  «  la Geste de Girart de Roussillon » en langue d’oc et d’oïl.

Il a donc fallu trier la part de la légende et celle de l’ Histoire …

Girart faisait partie de la haute noblesse de l’époque, descendant de ces « Maires du Palais » , ces chefs de la Maison Royale qui, – tels Pépin de Herstal, puis son bâtard Charles Martel -,  ont profité de la décadence des Mérovingiens pour prendre petit à petit le pouvoir dans la 1ère partie du 8ème siècle et créer la dynastie des Carolingiens.

Il avait hérité d’un titre familial : « Comte de Paris et de Soissons ».

Avant 818, il avait épousé Berthe, fille du Comte Hugo de Tours et sœur de l’épouse Ermengarde de Lothaire  1er, qui avait alors le titre d’ « Empereur d’ Occident ».

Son beau-père le charge de l’administration de l’ Avallonnais et du Lassois ; il en profite pour y  acquérir plusieurs domaines.

En particulier,  entre 820 et 840, par faveur spéciale de Louis le Pieux, sur recommandation de son épouse Judith, – dont il était proche parent par Berthe -, il obtient le domaine royal « Villam Vezeliacum ». On a retrouvé dans des documents anciens la trace de ce domaine à l’époque gallo-romaine (« Vercellacus »), puis de son affectation à l’ Abbaye St Germain d’ Auxerre (cartulaire daté de 572), sous le nom de « Videliacus ».

Il faut bien voir qu’il ne s’agit pas de notre colline de Vézelay, mais d’un territoire compris entre l’actuel village de St Père et le site dit « des Fontaines Salées », qui fut utilisé par l’homme depuis bien longtemps : on y a retrouvé les vestiges d’un lieu de culte celte, de puits en troncs de chênes pour la collecte de l’eau salée, de thermes romains, de villa gallo-romaine et d’un chemin rejoignant le centre sidérurgique proche… Ce fut d’abord «  Vézelay sur Chors » (pour « Cure ») puis St Pierre le Bas avant d’arriver à St Pierre, devenu St Père…

Ces propriétés avallonnaises sont menacées dans la période de querelles d’héritages qui suit la mort de Louis le Pieux. Girart  prend parti pour son beau-frère Lothaire 1er , qui lui confie l’administration des comtés de Lyon et de Vienne, puis la gérance du royaume de Provence. Il a fort à faire là-bas pour se défendre des prétentions de Charles le Chauve, rival victorieux de Lothaire, et pour repousser les Normands, parvenus en 860 jusqu’à Valence !

Il réussit  dans le même temps à conserver et à accroître ses acquisitions dans le Comté d’Avallon.

Mais un problème de succession se pose : le fils unique de Girart et Berthe était mort très jeune et leur fille se destine à l’ Eglise.

Et il faut empêcher Charles le Chauve d’annexer ces domaines, qui se trouvent dans son royaume… !

Girart et son épouse trouvent la solution : animés de sentiments très religieux, ils fondent 2 monastères dans leurs propriétés, l’un à Pothières, en « Pays Lassois » ( proche de Châtillon-sur-Seine), l’autre à Vézelay, au bord de la Cure ; soumis à la règle de Saint Benoît, le premier accueillera des hommes et le second des femmes. A ces 2 monastères ils firent don de leurs autres biens de l’ Avallonnais, du Tonnerrois et du Sénonais (« …avec cette réserve que nous en gardons l’usufruit tant que durera notre vie dans la chair… »)

 On trouve au folio 23 du manuscrit :

« Ensuite nous avons donné le domaine de Dornecy, celui de Cisternas, de Fontenay (près Vézelay), et de Molnitum, et tout ce que nous avons acquis dans le pagus d’ Avallon déjà nommé, ou celui de Tonnerre, avec toutes les dépendances … »

Certains historiens de la région ont traduit « Molnitus » par Montillot… ; ce n’est pas évident …D’ailleurs Ernest PETIT, dans son « Etude historique » de l’ Avallonnais, nous fournit (page 129), d’après un document du 8ème siècle, une liste des noms latins des villages du « pagus » d’ Avallon : Molnitum y désigne Montlay (en Auxois), dans le canton de Saulieu…Notre village sera cité plus clairement dans des textes ultérieurs.

Le Testament

Puis ils eurent l’idée de mettre ces fondations sous la protection directe du pape, les rendant ainsi inviolables. Folio 24 :

«…nous avons soumis ce monastère et l’autre susdit, avec tous leurs biens, aux très saints apôtres réunis à Rome et par acte de testamentaire confirmé pour toujours, nous les avons confiés aux saints évêques de la Ville qui occuperont ce siège année après année, afin qu’ils les administrent (sans qu’ils soient pour autant autorisés à les donner en bénéfice ou les échanger avec qui que ce soit), qu’ils en disposent à perpétuité et que, par leur zèle appliqué ainsi que par leur gestion vigilante, selon notre dévotion, une religion de piété et de vertu s’y développe toujours, pour la gloire de Dieu… »

De plus, tous les biens de ces monastères demeureront  « par la garantie de ce même testament perpétuel, sans aucune charge extérieure ni taxe d’assujettissement… », « …à ceci près que chaque année, comme présent au très  vénérable siège des bienheureux apôtres auxquels nous avons soumis ces sanctuaires , ils verseront deux livres d’argent au bienheureux évêque de la Ville de Rome… » (folio 23).

Enfin, autre disposition importante : « nous insistons fermement … », écrit Girart, «   pour que, lorsque l’abbé ou l’abbesse …aura quitté la lumière de ce monde, …ces communautés…aient ce pouvoir…de procéder…à l’élection d’un autre abbé ou d’une autre abbesse de bonne vie et de bon témoignage, d’un commun accord…et avec, sur ce sujet, l’approbation ultérieure de l’évêque qui, à ce moment-là, aura mérité le siège apostolique… » .

Encore fallait-il faire accepter cette Charte-testament par les autorités intéressées …

Girart dû faire preuve de diplomatie, puisque d’une part, le pape Nicolas 1er accepte la donation et confirme par une bulle, en mai 863, que les monastères jouiront de la protection du Saint- Siège, et d’autre part,  – ce qui est plus surprenant – , Charles le Chauve, par un diplôme royal , confirme ces fondations en 868 et s’engage, pour lui et ses successeurs, à défendre les « immunités » de ces monastères…

Conservant l’usufruit sa vie durant, Girart devait assurer la protection de ses récentes fondations ; mais sa charge le retenait entre Lyon et la Provence …Les moniales de Vézelay , en butte à l’hostilité ambiante et aux attaques de bandes, se replient vers d’autres maisons de leur ordre au bout d’une quinzaine d’années. Girart les remplace par des Bénédictins venant d’Autun, sous la direction de l’abbé Eudes

Les invasions des Normands continuent…En 885, ils assiègent Paris ; mais le roi Charles le Gros pour éviter le combat, autorise le chef des Vikings à aller ravager la Bourgogne ! Une flottille arrive donc dans la vallée de la Cure au début de 887, détruit le monastère de Vézelay (sur Cure) et poursuit vers le Morvan.

Mais avant l’arrivée des Normands, les moines et les habitants de la vallée de la Cure sont montés se réfugier sur la colline proche. Girart étant mort en 877, c’est l’abbé Eudes qui prend la décision d’y implanter définitivement  le monastère.

Qu’est devenu le monastère après la mort de Girard de Roussillon?

Le monastère s’implante définitivement sur la colline. On ne sait s’il y avait là, déjà, des constructions à ce moment ; on suppose qu’il existait une sorte d’enceinte de murailles pouvant servir de refuge.

Tite-Live aurait fait allusion à cet endroit dans son « Histoire de Rome », en l’appelant « mons scorpionis », ou mont du Scorpion ; on voit là une allusion à la forme particulière de la colline, plus évidente en vue aérienne, qu’en la gravissant à pied !

Ce qui semble sûr, c’est que le Vézelay actuel est vraiment rentré dans l’ Histoire en cette année 887 …

Une partie des habitants de la vallée est montée sur la colline avec les moines ; un sanctuaire est rapidement édifié et dès 888, Eudes  obtient du roi le transfert des privilèges accordés à l’ancien monastère. Le pape Etienne VI renouvelle lui aussi le privilège pontifical en 897 et précise que le « castellum » doit servir de refuge aux moines, à leur serviteurs et à la population avoisinante…

Un bourg se crée et se développe autour de l’abbaye. Il prend le nom de Vézelay, le village resté au bord de la Cure devenant le « Vieux- Vézelay ».Le temps passe, marqué par des gestions plus ou moins rigoureuses selon les abbés ; mais dès leur élection ceux-ci prenaient bien soin de faire confirmer par le Saint- Siège les privilèges accordés à leur abbaye…

Divers événements se répercutent sur la vie du bourg : l’angoisse due à l’approche de l’ An 1000, l’affaiblissement de la dynastie carolingienne suivi de l’élection du premier des Capétiens en 987, la guerre du roi de France Robert II le Pieux pour « récupérer » le Duché de Bourgogne, avec siège d’ Auxerre en 1003, puis d’ Avallon, et massacre d’une partie des  habitants de cette ville, en 1005 …

Autun; Le paradis terrestre

D’autres touchent très directement Vézelay : destruction du monastère par un incendie (entre 910 et 940), prise de pouvoir temporaire par un groupe de moines de l’abbaye de Cluny en 1027 profitant d’une période de désordre … On voyait déjà s’amorcer les luttes d’influence qui ont secoué cette abbaye pendant plusieurs siècles : le comte de Nevers considérait que son autorité seigneuriale devait s’appliquer à cette parcelle de son comté, et l’évêque d’Autun, bien que sachant parfaitement que Vézelay relevait directement du Saint- Siège, admettait difficilement de ne pas participer à la gestion d’une   Abbaye située dans les limites de son diocèse…  

C’est que ce monastère faisait des envieux : riche au départ grâce aux dons de Girart, elle continuait à recevoir de pieuses donations…  

Et vint un abbé qui eut une heureuse  inspiration …C’est  Geoffroy, élu en 1037. Depuis plusieurs années, attirés par des rumeurs de « prodiges », des pèlerins accouraient de plus en plus à Vézelay.  Entre 1020 et 1040, pour lutter contre les multiples guerres locales, l’ Eglise de France proclame une « Trêve de Dieu ». C’est alors que profitant de ce mouvement vers une « paix chrétienne », Geoffroy promeut le culte de Sainte Marie-Madeleine, la pécheresse amie de Jésus. Des foules venant de l’ Europe entière accourent, demandant l’aide de la sainte à toutes les victimes des guerres et des injustices…La présence de reliques fait l’objet de contestations et de plusieurs explications différentes …mais cela  ne décourage pas les pèlerins.  

un pèlerin

Les marchands affluent à Vézelay ; les ressources de l’ Abbaye s’accroissent, ainsi que son patrimoine immobilier. Pour accueillir les foules, l’église abbatiale ne suffit plus ; l’abbé Artaud, élu en 1096, lance la construction de la grande basilique romane, construction qui, rencontrant de nombreuses difficultés, s’est étalée sur un siècle et demi. ( Il faut noter que les pierres blanches utilisées dans cette construction auraient été tirées de la carrière de Montillot, tandis que les pierres brunes – calcaire mélangé d’oxyde de fer -,  viendraient de Tharoiseau).

Le patrimoine de l’Abbaye

Le patrimoine de l’abbaye ?

Le testament de Girart citait quelques villages des environs : Dornecy, Fontenay, Montlay, Vézelay (le Bas…)…

Des copies des bulles papales du 12ème siècles qui confirmaient les privilèges de l’ Abbaye sont déposées aux Archives d’ Auxerre ; certaines ont été transcrites dans le bulletin de la Société des Sciences de l’ Yonne de l’année 1868 ; elles sont rédigées dans un latin médiéval ecclésiastique qui pose des problèmes aux traducteurs…Ces textes présentent l’inventaire des possessions du moment :  on y voit donc , non seulement l’étonnante expansion de ces biens au fil des années, mais aussi l’ordre dans lequel les villages proches – dont le nôtre – sont venus se ranger sous la juridiction directe de Vézelay.

Les bulles de 1102, 1169, 1182 et 1245.

1)- Bulle du pape Pascal II   (21 Novembre 1102)

On trouve dans l’inventaire des églises, donc des paroisses, du diocèse d’Autun : St Père, Vergigny, St Pierre et St Symphorien de Dornecy, St Sulpice d’Asnières, St Germain de Fontenay-sous-Vézelay, St Pierre de Blanay, St Georges de l’Isle- sous- Serain, St Syagrius de Flay, St Léger de Fourcheret (futur St Léger- Vauban) et St Andeux en Morvan.  

2)- Bulle d’Alexandre III  (16 Février 1169)

Diocèse d’Autun : 8 acquisitions nouvelles  => Précy ; Givry ; Voutenay ; Montillot (« Montirueth ») ; Brecy( ?) avec son domaine, ses  granges et ses revenus ; Chamoux.

Diocèse d’Auxerre : Trucy, avec son église et tous ses biens ; Sacy ; Mailly- la- Ville et Mailly- le– Château ; Arcy, Bessy avec son église et tous ses biens.

Il faut ajouter à cela : 9 églises dans le diocèse de Nevers, une sur Mâcon ; 6 sur Clermont ; 4 sur Bourges ; 4 sur Poitiers ; 2 sur le Mans ; 2 sur Saintes ; 19 sur Sens ; une trentaine sur Beauvais ; 7 sur Noyon ; 3 sur Parme et 2 sur Imola (Italie)… 

3)- Bulle de Lucius III  (19 Décembre 1182)

Ce texte ne reprend pas l’inventaire ; il précise certains points des statuts :   « l’évêque diocésain ne pourra ni faire des processions, ni dire publiquement la messe, ni faire acte de juridiction, ni prononcer l’interdit sans l’agrément de l’abbé ou de ses moines, dans le monastère, dans la ville, dans les églises d’Asquins et de Saint Père qui (… sunt in radice montus ipsius villae sitae …) sont au pied même de la  montagne… »

4)- Bulle d’Innocent IV  (janvier 1245)

Même remarque sur l’inventaire ; mais sur l’interdiction d’officier adressée à l’évêque d’Autun, sont citées en plus de St Père et Asquins les églises de Châtel-Censoir, l ’Isle (sur Serein) et Montillot (…in ecclesiis Castri, Insulae et  Monterione… ). Pour justifier l’orthographe, on peut imaginer simplement que le copiste soit d’origine italienne !

La « poté »

Ainsi  un groupe de  paroisses entourant Vézelay s’est trouvé soumis à l’autorité civile, administrative et judiciaire des abbés. On appelait « poté », – du latin  « potestas » = « pouvoir » – , le territoire ainsi contrôlé par un pouvoir seigneurial. Des bornes de pierre en marquaient en principe les limites.

Mr B. PUJO, en annexe de son ouvrage « Histoire de Vézelay » cite des « textes officiels » définissant la « poté » de Vézelay :

– dans le cartulaire présenté le 12 février 1463 au prévôt de Sens, qui dénombre les biens de l’abbaye, on lit que:

  • se trouvent dans la « poté » les villages de Vézelay, Saint-Père, Nanchèvres, Fontette et Morond, Tharot (Tharoiseau), Asnières, Montillot, Asquins.
  • sont situés hors de la « poté », les villages de Brosses et Fontenille, Chamoux et Cray, Fontenay …

– dans une lettre du  1er décembre 1531 de François 1er, demandant la sécularisation de l’abbaye , il est précisé que celle-ci dispose « d’un territoire de trois lieues ou environ de longueur et de largeur, non sujet immédiatement à autre qu’au dit Saint- Siège ».

Quelques pas dans la suite de l’histoire

La deuxième partie du 12ème siècle et le début du 13ème marquent l’apogée de Vézelay: non seulement des foules de pèlerins y accourent , mais des événements importants y ont lieu , avec la venue de hauts personnages…

Bernard de Clairvaux

Le jour de Pâques 1146, Bernard de Clairvaux, du haut de la colline, face à Asquins, appelle le peuple chrétien à la défense des lieux saints (2ère croisade).

A la Pentecôte 1166, l’Archevêque de Cantorbéry Thomas Becket célèbre une messe solennelle à la Madeleine.

En 1190, Philippe- Auguste et Richard Cœur de Lion se donnent rendez-vous à Vézelay pour un départ vers Jérusalem (3ème croisade).

Entre 1244 et 1270, le roi Louis IX (Saint-Louis) vient à 4 reprises…

Pourtant, à la même époque, la vie du monastère est agitée…

Les différends avec le Comte de Nevers sont incessants ; en 1152 , les habitants de Vézelay, mécontents de leur Abbé, appellent le Comte à leur aide et constituent une « commune » libre ! Le roi Louis VII résout le conflit en donnant raison à l’ Abbé…Les rois de France interviennent de plus en plus souvent : en 1280, Philippe III le Hardi place l’abbaye sous sa garde, sans que le Saint- Siège conteste cette décision. En 1312, l’indépendance judiciaire et administrative est perdue : Vézelay et sa « poté » sont rattachées au bailliage de Sens. L’enclave autonome devient une « possession de la couronne ».

L’abbé conserve la « justice haute, moyenne et basse » mais doit l’exercer dans le cadre des ordonnances royales. Il peut continuer à lever des impôts : cens, champart, droit de banalité (usage des pressoirs et des moulins), taille (qui s’ajoute à la taille royale), dîmes, droit de pêche…

Il est probable que Montillot ait été moins perturbé que les villages de la vallée par les évènements qui ont secoué Vézelay. Nos ancêtres ont certainement bien accueilli, comme les habitants des autres villages, les concessions accordées en 1136 par l’abbé Albéric par un texte qui fut une charte   d’affranchissement : la principale mesure, marquant la fin du régime de « servage » portait sur l’abolition de la « main-morte ». Les biens des hommes mourant sans héritiers directs ne reviendront plus au seigneur, mais pourront être légués aux plus proches parents légitimes ; en compensation, cette charte rappelait les divers impôts dus à l’ Abbaye…

La suite ?…

Aux Archives départementales de l’ Yonne, on peut consulter un dossier intitulé « Chapitre de Vezelai – Seigneurie de Monteliot (réf : H1997) et on y trouve les documents les plus divers.

Datant du 12 Février 1464 (recopié en 1753, donc lisible sans difficulté…) : le Chapitre 29 du Cartulaire de l’ Église de Vézelay, intitulé « Monteilliot », fixant « pour taille » à chaque famille un maximum de 15 sols…

Un document de 1575 compte 82 ménages « non compris ceux de Marault… »

Un acte de vente, daté du 29 Août 1660, d’une terre de François TRIJOU, vigneron, à Edme DETHIRE, boulanger, établi par le notaire GROSSOT, en présence de Me Jacques GOURLET, procureur au bailliage.

Du 5 Avril 1686, une sommation au Chapitre de Vézelay, de la part de « vénérable et discrète personne Me Guillaume COLLAS, prestre- curé de Monteluot (c.f . l’histoire du banc de l’église…), …demandant le paiement de 300 livres pour  « portion congrue »…

De 1749 à 1762 , le dossier du procès entre le Chapitre et les habitants de Montillot au sujet des « bourgeoisies » (l’une des impositions…)

…De multiples petites histoires qui font la vie d’un village au cours des siècles…

Bibliographie

  • Alfred TURGOT : « Histoire de la Ville et abbaye de Vézelay » – 1826
  • Ernest PETIT : « Avallon et l’Avallonnais, étude historique » – Auxerre 1867.
  • Bulletin de la Société des Sciences de l’Yonne – 1868.
  • M. SOMMET : « Ville de Vézelay , topographie, statistique, histoire » – Auxerre 1879.
  • Abbé A. PISSIER :  « Recherches historiques sur Asquins » – Bulletin de la Société d’Études d’Avallon – 1908.
  • Collection « Le patrimoine mondial » : « Le patrimoine de la Basilique de Vézelay » – Flohic Éditions 1999.
  • La chanson de geste de Girart de Roussillon
  • Bernard PUJO : « Histoire de Vézelay » – Perrin – 2000.

 

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Montillot en 1464, d’après Le cartulaire de Vézelay

A. Buet †, mai 2014

Le « Cartulaire de Vézelay » est un procès-verbal établi par les Commissaires royaux en 1463 et 1464, à la demande du roi Louis XI. Il dresse la liste des biens de l’Abbaye de Vézelay et des impôts levés sur chaque terre ou maison.

Ce texte a été transcrit en 1772 par les soins de l’abbé CUREAU. (cote ADY : H 1941-1).

Il est suivi de commentaires, permettant de mieux comprendre le village et ses habitants.

Folio 20 (recto)

….Item  la ditte Eglise[1] a un autre Etang nommé l’Etang de Marrault, lequel peut contenir environ six arpents au dessous de la chaussée duquel y a une forge à faire fer qui peut valloir par communes années quinze livres tournois.

MONTELIOT

Item la ditte Eglise a un village en la ditte poté [2] nommé Monteliot auquel village y a une maison, une grange avec tout le pourpris[3], auquel pourpris y a un jardin, qui peut contenir environ un arpent [4] de terre, auquel y a plusieurs arbres…

Folio 20  (verso)

…et de plusieurs manières et en espaliers, y a aussi abondance de serises, en laquelle maison , pourpris et village les dits religieux y ont toutes justices, haute, moyenne et basse, laquelle se gouverne par un prévôt duquel les appellations viennent devant le bailli de Vezelai et ses assise au dit lieu de Vézelai, et peuvent valloir les exploits de justice par communes années, compris la Sergenterie environ cinquante sols tournois [5].

Item au dit  village y a un four bannal [6] lequel  ….  par communes années cent sols.

Item un chacun chef d’hotel [7] demeurant au dit village pour leurs tailles[8] ont les peut imposer jusqu’à la somme de quinze sols et au dessous, et y peut avoir environ trente ménages, mais pour la pauvreté d’eux, et aussi pour les grandes charges qu ils ont des Tailles du roi, les dittes tailles ne peuvent monter par an que environ la somme de dix livres au plus.

Item derrière la ditte maison y a un Cloux[9] de vigne contenant environ trois arpents, lequel par communes années ne paie pas ses façons[10] pour lequel est en grand danger de gelée, et en cette présente année n y a eu que environ deux muids[11] de vin duquel on ne sauroit avoir   soixante sols du muid.

Item hors du dit village en tirant en Vaudonjon, et contre la rivière de Queure[12], y a une autre vigne appelée la Vigne blanche, autrement la plante Colas, et  contenant environ…

Folio 21 (recto)

… un arpent, et ne croît que vin blanc, espère donner rapport pour ce qu’elle est un lieu qui gèle volontiers, et cette présente année 64 n y a pas eu le 6ème d’un muid de vin.

Item hors du dit Village en tirant à Mailli la Ville, y a deux petits prez[13] qui sont pour l’aisance[14] de la ditte maison et aucune fois se vendent et au plus trente sols tournois.

Item alentour de la ditte maison y a plusieurs terres labourables qui se baillent a moisson de bled[15], et avec les prez dessus dits qui se baillent aux laboureurs, peuvent valoir par communes années six septiers[16] de bled par moitié froment et avoine au plus.

Item y a encore un autre pré a environ deux arpents appartenant a la ditte maison séant au bout des Courvées[17] d’Asquiens en tirant a Blannai, et sont assez près la rivière de Cure, lesquelles terres et prez sont à deux diés ( ?) quatre francs deux septiers et demi de bled a la mesure de Paris par moitié froment et avoine.

Item a cause de la ditte maison alentour du dit village y avoit plusieurs terres, vigne et jardins que de présent sont en bois et buissons sur lesquelles terres les dits religieux y avoient menues censives[18] en argent qui pouvoient bien monter par an à soixante sols tournois.

Et aussi y avait coutume[19] d’avoine qui pouvoient bien monter jusqu’à la quantité d’environ dix septiers d’avoine a la ditte mesure de Paris, et depuis pour les causes dessus dittes …. Néant.

Item au dit Monteliot y a de menues…

ls

Folio 21  (verso)

… censives d’argent ou d’avoine sur maisons qui ont été refaites, sur  jardins, et sur terres qu’on a esbuissonnées, lesquels censives en argent peuvent bien monter environ neuf sols six deniers et en avoine environ quatre septiers a la ditte mesure de Paris.

Sensuit la Déclaration des dites menues censives séantes au finage et territoire du dit Monteliot .

                                       Premièrement

Guillaume Hugotte pour demi arpent tenant a la chaume derrière la Croisette, et d’autre part à Regnault Girardot ……1 d.(denier)  parisis….

Regnault Girardot pour un autre arpent  de plante, tenant à Jean Robin d’un costé et d’autre costé au dit Guillemin Hugotte …. 2 d. p.

Jean Robin, pour un autre arpent de plante séant dessus la plante du prioré du dit  lieu, tenant à Regnault Girardot, d’une part, et à Jean Ogier d’autre part ….1 d. p.

Jean Ogier pour demi arpent séant au dit lieu tenant à Jean Robin d’une part et à Guillemin Thomas d’autre part …1 d. p.

Guillemin Thomas pour un autre demi arpent séant au dit lieu tenant à Jean Ogier d’une part et d’autre part à Mathier Labour  …ci…1 d. p.

Mathier Labour pour un demi-arpent tenant d’une part à Guillemin Thomas et d’autre part à Guillemin Porcheron l’ancien …2 d. p.

Folio 22 (recto)

Guillemin Porcheron l’ancien pour un arpent et demi de plante tenant à Mathier Labour d’une part, et à Regnaut Picard d’autre part ….3 d. p.

Regnaut Picard pour trois quartiers de chaume[20] tenant au dit Guillemin Porcheron et à Jean Jonart d’autre part …2 d. Tournois[21].

Jean Jonart pour trois quartiers[22] tenant au dit Regnaut Picard, et à Simon Malinet d’autre part ….2 d. T.

Simon Molinet pour demy arpent tenant à Jean Jonart d’une part et à Simon de Busset d’autre part ….1 d. p.

Simon Busset pour un arpent de plante tenant d’une part à Simon Molinet et à Guillemin Porcheron le Jeune …2 d. p.

Guillemin Porcheron le Jeune pour demi arpent tenant à Simon Busset d’une part et à Jean Busset d’autre …1 d. p.

Jean Busset pour un demi arpent tenant d’une part à Guillemin Porcheron le Jeune et à Guillemin Hugotte…..1 d. p.

Guillemin Huguotte pour demi arpent tenant d’une part à Jean Busset et à Thévenin Hugotte d’autre part …1 d. p

Thévenin Huguote pour un autre demi arpent tenant d’une part au dit Guillemin Hugotte, et à Pernot Ogier d’autre part ….1 d. p.

Pernot Ogier pour un demi arpent tenant…

Folio 22 (verso)

… à Thévenin Hugotte et à Regnault Dethire  d’autre …1 d. p.

Regnaut de Thire pour un arpent tenant à Pernot Ogier d’une part et à Philippe Jonat d’autre part …1 d. p.

Philippe Jonat  pour trois quartiers tenant à Regnaut de Thire d’une part et à Jean Pasquot d’autre part   … 2 d.

Jean Pasquot pour demi arpent tenant à Philippe Jonat d’une part et à Jean Thibe d’autre part …1 d. p.

Jean Thibe pour demi arpent tenant d’une part à Jean Pasquot et à Girard Thomas d’autre part …1 d. p.

Girard Thomas pour trois quartiers de plante, tenant à Jean Thibe d’une part et à Jean Thomas d’autre part …2 d. T.

Jean Thomas, pour un demi arpent tenant de Girard Thomas d’une part et à Jeannot Preau d’autre part …1 d. p.

Jeannot Perreau, pour demi arpent tenant à Jean Thomas d’une part, et à Jean Soulard d’autre part …1 d. p.

Jean Soulard pour un autre demi arpent ,  tenant à Jeannot Préau d’autre part ……..1 d. p.

Jean Goireau pour un autre demi arpent de plante tenant à Jean Soulard d’une part et à Pernot de Thire d’autre part …1 d. p.

Pernot de Thire pour trois quartiers tenant à Jean Goireau d’une part et à la Chaume…

Folio23 (recto)

… d’autre part ….2 d. T.

Jean Pacquot doit un denier pour son verger, tenant à Monsieur[23]  des deux parts ;

Item pour sa part du champ des Lebois tenant au grand chemin de Mailli le Château[24].

Item trois quartes avoine pour sa part du champ des Assens, tenant à Pernot Seguin, et aux hoirs[25] Bernard Le Denorat d’autre part.

Item doit le dit Jean pour sa part de la maison et du Tenement[26] tenant à la femme Guérin Robin, et au dit Jean d’autre part …18 d. , 4 maitons[27] avoine et trois quarts de géline[28].

Item une pagine[29]  pour sa maison où il demeure, tenant à Regnaut Picard et à la femme Jacquot Breuillard, d’autre part et à Regnaut Picard.

Item la moitié de trois pagines pour sa part du verger derrière l’huis[30] Perrin Robin tenans à la femme Guillemin Thire et à la femme feu Thomas Thomas.

Item ob. pour son verger ès Maréchaux.

Item deux deniers pour sa part du champ de la brosse de Farge.

Item trois quartes avoine pour sa part du pré Dubin tenant à Mon dit Sieur l’abbé et à Pernot Seguin d’autre part.

Item pour sa part de la maison qui fut à la chaume, tenant à Guillaume Charbonnier et à Jean Goin (?) d’autre part.

Item un boisseau avoine et les deux parts d’une quarte.

Item doit à cause de Mariote sa femme sur la grange devant le moitier[31] (?) tenant à Pernot Seguin et les hoirs Bernard le Denorat d’autre part …16 d. T .

Item une quarte Rée[32] avoine et un quart de géline pour son verger tenant de Guillaume…

Folio 23 (verso)

… Le Gauquelat et à la femme  Jean Chappelin d’autre part.

Regnault Picard doit pour sa part du champ de la Côte, tenant au grand chemin d’Auxerre ……ci…………une quarte d’avoine.

Item pour sa part du champ des Obouats (?) prets( ?) arnal ( ?) et du champ de la Lebois  ob…

Item le tiers d’un boisseau avoine pour sa part du champ des Absents , tenants ès hoirs Bernard Le Denorat.

 Item neuf deniers et deux boisseaux d’avoine et un quart de géline pour sa part du tenement tenant à Jean Picard et à la femme Perrin Robin d’autre part.

 Item trois Pogines (?) pour la maison où il demeure, tenant à Jean Picard.

 Item pour sa part du verger derrière l’huis Perrin Robin, la moitié de pogy[33] ( ?) et demi.

Item pour sa part du tenement qui fut à la chaume  une quarte et le tiers d’une quarte.

Item pour sa part du champ de la Côte de Farge ….un denier.

Item pour sa part du verger ès Maréchaux, pagy ( ?).

Le Curé de Monteliot doit demie géline de l’ouche[34] du Lac[35], tenant du long à l’ouche Perrin Robin, et d’autre part au dit Lac .

Item cinq quartes rées pour le champ et pré qui furent à la femme Jean Adat, tenant au champ Girard Le Rogerat et d’autre part au pré Jeannot Chapotot.

Item trois deniers de la vigne du Cloux, tenant au Cloux de Monsieur, et au champ Gillaume Dangeau.

Item une quarte rée avoine du pré du Lac, tenant au pré ès Hoirs Huguenot Garrault, et d’autre part au dit Curé.

Item demi bichet d’avoine de l oche qui fut Clemant des Côtes tenant au grand Chemin et d’autre part au pré Bernard Le Denorat.

Item ob. du  verger derrière l’huis à la Pétaude  tenant au verger du dit Curé, et d’autre part à Jean Thomas.

Folio 24 (recto)

Item   six deniers pour la vigne qui fut Guéraut tenant d’une part et d’autre au dit Curé.

Item ob. de la vigne du Cloux qui fut Girard de Vézelai, tenant de toutes parts au dit Curé.

Item deux deniers pour une hâte[36] de pré tenant à Girard Jouin, et ès enfants Thévenin Le Comte.

Item une quarte Rez avoine du pré du Lac tenant au pré Simon Chapotot et au pré à la femme Robert Pillin.

Item demie quarte avoine de l’ouche derrière l’huis à la dite Colas Robin, tenant à Simon Jouin et à Girard Perreau.

Item un denier du pré derrière la maison de Tuchebeuf, tenant au pré Jannot Joucaut et au patis[37] de Tuchebeuf.

Item une quarte rez avoine du pré du Puits Martin, tenant au champ Jeannot Joucaut, et au pré Pernot Guiotte.

Item un quartier de géline sur la maison de Tuchebeuf tenant au verger Jean Porcheron et au mesnage[38]  Guillaume Bolache.

Item  une quarte rez avoine du Champ du lac, tenant au champ ès enfans Simon Chorle, et d’autre part au champ Girard Perreau.

Item deux deniers pagez[39]  pour la part de la maison devant le pressoir tenant au cimetière.

Item un denier pour sa part du champ de la porte du Cloux, tenant au grand chemin de Vezelai.

Item pour sa part du pré tenant au champ Guillaume Balache, deux quartes avoine et les deux parts d’une quarte avoine.

Jean Jardin doit pour la moitié d’une maison de Tuchebeuf tenant à Guillemin Chapotot et au grand chemin d’autre part, demie quarte comble avoine, un quartyier de géline.

Item un miton rez avoine du pré de Bourguereau, tenant à Bernard Le Denorant et à Guillaume Charbonnier.

Folio 24 (verso)

Mathier doit un denier de la maison dite « le four » tenant au dit four ;… ci ….1 d. T.

Le tiers d’une quarte rez avoine pour sa part du Champ de la Côte tenant à Jean Roblin et au champ du pré d’autre part.

Item le tiers de deux boisseaux avoine et le tiers du tiers d’une géline de l’Ouche Blanchon , tenant à la femme Chapelain et à Jean Moireau d’autre part.

Renault de Thire doit du champ et verger de Bourguereau, demi quart de géline, tenant à Jean Jalli.

Item pour sa maison et verger tenant à la femme Simon Ogier et à Guillaume Charbonnier d’autre part … demie quarte  rez  avoine et demi quart de géline.

Item sur les dessus dits de Touchebeuf tenant à Billon d’une part et à Simon Thomas d’autre part ….demi quart comble avoine, trois pagez..

Item un miton rez avoine du Champ tenant à Jean Colier  et à la Mailacte ( ?) d’autre part.

Item demi bichet avoine du champ Bourguereau tenant à Jeannot Perreau et à Girard Bertin d’autre part.

Item un bichet et demi et une géline du champ et verger de Bourguereau, tenant à Jeannot Perreau et à Jeannot Colier  d’autre part et cinq pagez .

Item trois obolles de sa grange où il demeure tenant à Jean Gally et à Perrin Labournot d’autre part.

Item trois obolles et demi bichet[40] d’avoine du verger tenant à la ditte Simonne et à Perrin Labourneau d’autre part.

Pernot et Jean Ogier doivent deux deniers du champ de la Croix tenant à Thévenin …………………………………………………….. ?

Folio 25 (recto)

Item deux deniers du Verger des Maréchaux tenant à Porcheron et à Pernot Jeannot d’autre part

Item demi quarte comble et un quartier de géline pour la moitié de la maison de Tuchebeuf, tenant à Guillemain Chapotot et au grand Chemin d’autre part.

Item trois pagez du pré Avault  tenant à Monsieur  et aux hoirs Rogalier d’autre part.

Item deux mitons rez avoine et une quarte comble du pré et champ de Tuchebeuf tenant à Jean Thibe et à André Le Bernard d’autre part.

Item demie quarte rez avoine du champ derière le prioré[41] tenant à la Terre de Monsieur et à Guillaume Le Gagnelat d’autre part.

Item doit pour la moitié du Tenement de Tuchebeuf, c’est à scavoir maison, grange, pré, verger, tenant ès hoirs Chapelot et par dessus ès hoirs Millot Rainbault d’autre part.  11 d. pagez et demie, trois moitons avoine, trois quartes et la moitié de demi quart de géline.

Item une quarte avoine et demie pour sa part du verger tenant ès hoirs Thévenin Le Comte et à Jean Jali  d’autre part.

Beri doit une quarte avoine à cause du Champ de la Côte, tenant au grand Chemin de Vezelai et au champ de Monsieur.

Item un denier demie pagez de la maison tenant au chemin d’Auxerre et à Guillaume Charbonnier et à la femme Guillemain de Thire d’autre part.

Item demie quarte avoine du champ de la Coste, tenant à la femme Beri, et à lui d’autre part .

Item un bichet avoine pour la moitié du pré Jubin, tenant au pré de Monsieur et au grand chemin d’autre part.

Folio 25 (verso)

Jean Le Plot doit quatre deniers de la vigne des Brières tenant à Guillaume Charbonnier, et à Jeannot Perreau d’autre part.

Item  pagez  du Verger Roubeau tenant à Jean Jali, et à Ragotin d’autre part.

Item un miton rez avoine et le sixième d’une géline pour l ouche Blanchon tenant à SimonThomas , et à la petite Marion d’autre part.

Item  page du verger de Thuchebeuf tenant à Guillaume Charbonnier, et ès hoirs Baleuche d’autre part.

Item une quarte rez du pré du Lac tenant au Curé de Monteliot et ès hoirs Guillaume Julien d’autre part.

Item de la maison  tenant ès hoirs André Du Four  et à Jean Picard d’autre part …ob pagez(?)… 2 d  et les deux quarts d’un quartier de géline.

Item pour le verger de Tuchebeuf tenant au Verger Bolaiche… pagez .

Girardot  doit une quarte rez d’avoine, du verger devant le grand puits tenant à Jean Jalli et au grand chemin.

Item un bichet avoine du champ et verger de Bourguereau tenant à la femme Girard Bachet (?) et ès hoirs André Bernard.

Item pour sa maison devant le pressoir tenant au grand chemin, et à Jean Thibe…deux deniers T.

Simon Collier doit un bichet d’avoine …

Folio 26 (recto)

…et demie géline de Bourguereau tenant à Billon et à Simon Thomas d’autre part.

Item pagez du Courtis[42] de Thuchebeuf tenant à Guillaume Le Goguelat et au grand chemein d’autre part.

Item une pagez et demie du verger tenant à Guillaume Charbonnier et à Guillemin Chapotot d’autre part.

Item un boisseau avoine trois obolles de la grange tenant à Jeannot Perreau et à la femme Droin Chappelin d’autre part.

Jean Guinault  alias Caneau doit trois oboles et pagez de la maison tenant à Guillemain Chapotot et à Girard Perreau d’autre part.

Item pagez de la maison tenant à Jeannot Perreau et au dit Guinault d’autre part.

Simon Collier pour tous ses prés des Bruères, tenant d’une part à la femme Droin Chappelain et au chemin és pors d’autre part, … 10 deniers ob.

Item demi bichet avoine de l’ouche de Bourguereau, tenant d’une part à Guillaume Boleuche, et à Perrin Bonnot d’autre.

Item deux deniers de l’ouche du Lac, tenant d’une part à Thévenin Thibe.

Item trois deniers pour sa vigne de la Route des Noyers, tenant d’une part à Pierre Guiotte et au grand Chemin par lequel on va à Blannai d’autre part.

Item deux deniers, un miton avoine du Verger devant sa maison où il demeure tenant au grand chemin d’Auxerre d’une part et à Pernot Seguin d’autre part.

Item pour son pré des prez Jubin tenant au pré…

Folio 26   (verso)

… de Monsieur et à Guillaume Juin un demi bichet avoine.

Item de son toit, tenant d’une part au curé de Monteliot et au dit Guillaume d’autre part…pagez.

Item obole, de la maison où il demeure, tenant d’une part ès hoirs Bernard Le Dénorat et à Thomas Denizo Hugue d’autre part.

Item trois deniers du champ des Sauléies tenant d’une part à Thibault Bourgoing, et à Perrin Lebornat d’autre part.

Item ob. du verger derrière l’huis Thomas Denizo Hugues, tenant à Biétrix femme Girard Bretin et à Chappotot d’autre part.

Item, demi quart de géline pour sa part du verger tenant au grand chemin d’Auxerre et à Jeanne, femme Guillaume Grélon.

Item une quarte avoine de l’ouche du Lac, tenant au Curé de Monteliot, et au Lac d’autre part.

 Item une quarte comble avoine, du verger tenant à la femme Simon Ogier et à la grande Jeanne.

Guillaume Porcheron dit Grélon à cause de sa femme, cinq mitons avoine, c’est à scavoir du champ derrière l’huis Pernot Guiotte tenant à la femme Guillemin De Thire.

Item deux deniers obole, du verger , et menage séante au verger, et ménage Jean Thiby, et à la Rüe[43]

Folio 27 (recto)

…de Bourguereau.

Item trois deniers obole, de la ménage qui fut au Bernard, tenant à Jean Guiotte, et à la femme Jacob  Quillard.

Item demi quartier de géline et demi parisis, de l’oche de Tuchebeuf, tenant à Jean Jouot et à Jean Joucout ( ?).

Item ob. du champ du Pois Martin, tenant à Jeannot Roblin et à Jean Joucaut.

Item ob. pour sa part de La Grange devant l’huis Thévenin Le Comte, tenant à Girard Perreau et André Bernard.

Item un denier pour sa part de la maison tenant à la maison Guillemette femme Hugue Collier, et à la Cour Simon Thomas.

Pernot Seguin ob.pagez et une géline pour sa maison tenant au cimetière et à Guillaume Charbonnier.

Item trois deniers, un miton avoine pour la maison de la Grand Rüe tenant à Jeannot Perreau, et à la femme Simon Ogier d’autre part.

Item deux deniers du Champ du Poirier, tenant à Jeanne Perreau et au chemin du four, d’autre part.

Item deux mitons rez avoine du champ derrière le grand Chemin d’Auxerre, tenant à André Bernard et à la femme Gauthier d’autre part.

Item trois quartes rez avoine de l’ouche tenant au pré Jubin, et à André Bernard  d’autre part.

Item neuf deniers de la maison neuve tenant à Guillemin De Thire d’une part.

Item deux deniers pour la maison et verger tenant à la femme Philippe Moireau et aux hoirs Bernard Le Dénorat.

Item  …

Folio 27 (verso)

… deux deniers obole du Verger Semillot, tenant à Jean Jalli et ès hoirs Bernard Le Dénorat d’autre part.

Item pour sa vigne des Costes qui fut Girard Saubin tenant ès hoirs Perrin Higotte et à la femme Thomas Thomas… deux deniers pagez.

Item un miton avoine du champ de la Cour, tenant à Perrin Collier d’une part , ès hoirs Bernard Le Dénorat.

Item un miton avoine du champ des Absents ; tenant à Jean Picard et à Jean Jardin d’autre part.

Item demi bichet avoine du pré et champ devant la Ville, tenant à Perrin Collier et ès hoirs Bernard le Dénorat d’autre part.

Sensuit la déclaration des terres labourables appartenants à la ditte Maison de Monteliot.

Premt huit journeaux[44] de terre tenant au dit finage au lieu dit ès Vielles Courvées, tenant d’un côté au pré Jean Thomas et d’autre côté au chemin qui va à l’Etang.

Item en ce même lieu, de l’autre côté du chemin, treize journeaux.

Item au lieu dit à la Route des Noyers, six journeaux tenant au chemin de Blannai et d’autre part ès hoirs Jossier (?).

Folio 28 (recto)

Item cinq journeaux séant en la Côme du Vaudonjon, tenant au chemin d arci au long, et d’autre côté devant Aigremont.

Item trois journeaux séant en la Coste tenant à Simon Collier d’un costé et à Simon Seguin d’autre costé.

Item trois autres journeaux séant derrière la porte du prioré du dit Lieu.

Item trente six journeaux de terre séant en la Courvée du chemin d’Auxerre, tenant à la terre de Monsieur le Comte de Vivre[45].

 …………………………………………………………………………………………………………………………..

 Folio 171 (recto)

Guillaume Porcheron sur Regnault, fils de Mathieu Laveugle sur sa vigne de Vaubion appelée Beaunoir, contenant l’ouvre[46] de cinq hommes , tenant à Girard Thomas d’une part et d’autre part à la chaume Huguenin Colin……quatre deniers………..4d. 

Lui sur Jeanne femme Jeannot Compin pour sa vigne séant en Vaubion qui fut Guillemain Jonin…

Folio 171 (verso)

…tenant à Guillaume Robilin Le jeune d’une part et d’autre part à Guillaume Charbonnier….un denier………………………………………………………………1 d.

Lui pour son champ séant en Chambray, contenant environ deux journaux, tenant au champ du linaire[47] de l’église d’une part et hoirs de Philippe Roigera d’autre part  …3 d.

Lui pour un désert séant au dit Vaulbion qui fut Jeannot Compin, contenant l’ouvre de quatre hommes tenant d’une part à Guillaume Roblin, et au dit Guillaume d’autre part…1 d.

Lui pour un autre désert[48] de vigne séant au dit lieu appelé la Côte Caffard contenant six ouvrées tenant d’une part ès hoirs Perrenot Seguin, et d’autre part à la vigne Notre Dame, et à Jean Joneau et fut Jeanne, femme feu Jeannot Compin, et soulait devoir sept deniers trois pog. baillée pour deux deniers, cy …………………………………………………………2 d.

Le dit Guillaume sur Perrenot Guivele pour le quart du champ du Perrier qui fut André Thomas, contenant en tout quatre journaux tenant et partant à Jaquot de La Grange à cause de sa femme et à Guillaume Picart et Benoiste sa sœur, et doit quatre deniers pour ce, pour sa part, un denier……………………………………………………………………………….1 d.

Lui sur Simon Thomas pour la moitié de la vigne de Vaubion appelé la Côte Armolin, contenant trois ouvrées qui doivent trois deniers pog, tenant et partant à Girard Thomas et au dit Guillaume d’autre part, trois ob. deniers pog……………………………….3 ob.d.pog.

Lui pour un journal de terre ou environ, séant au finage du Crot de la Tempeste, tenant d’un côté ès hoirs Perrin Tribolot, et d’autre côté à Huguenin le Mormat………..2 d.

Folio 172 (recto)

Le dit sur Jean Hugotte pour sa part du Champ des vielles Courvées contenant trois journaux, tenant d’une part à Guillaume Thomas et d’autre part au champ à la Maison Dieu…un denier parisis ……………………………………………………………..1 d. par.

Jean Thibe pour la moitié de la vigne de la côte Arnolain, séant en Vaulbion sur Jeannot Thomas contenant deux ouvrées et demie, tenant et partant à Guillaume Royer et à Girard Thomas d’autre part …………………………………………………………1 ob. d. pog.

Lui pour son champ du Crot à la Tempeste, qui fut Jeanne, femme Jeannot Compin, contenant deux journaux, tenant à Regnot Picart d’un côté et à Guillemette, femme Jeannin le Naistre…deux deniers…………………………………………………………………2 d.

Lui sur Girard Tibe pour son champ appelé grand champ au bas de la Baillye, contenant trois journaux, tenant et partant à Jean Bernot d’une part, et à Philippe Moireau a cause de sa femme  d’autre part………………………………………………………..3 ob.

Lui pour son champ du Perier qui fut à Girard Tibe, contenant trois journaux tenant à Simone, fille Hugues Colier d’une part, et à Hugues et Guillemain Goreault et Guillaume Royer ….deux deniers ………………………………………………………………..2 d.

Lui sur Pernotte,, femme feu Jacquot Broullard pour le tiers du champ de champaigne appelé les Bruaires et contient trois journaux qui doivent trois deniers dont le dit Tibe doit un denier, Guillaume Royer l’autre et Jeannot Thomas l’autre denier, tenant à Hugues Lemormat d’un côté, et d’autre part à la chaume qui fut Milot Rimbeau, …pour sa part …un denier …………………………………………………………………………………. 1 d.

Lui sur Perrenot Le Bornot pour son champ des Corberats contenant deux journaux et doit deux deniers pog. Tenant et partant à Jean Bornot et tenant d’autre part à Perrenot Chapotot….un denier demi Pog.

Le dit Tibe pour le tiers de la vigne de Vaulcaille, contenant toutte la pièce quatre ouvrées tenant d’une…..

Folio 172 (verso)

…part à Isabeau , femme feu Jean Hugotte, et d’autre part à la vigne qui fut Guillaume Ramer….un denier pog………………………………………………………1 d.pog.

Jean Robin sur Guillaume Robin pour le champ séant au Vauldonjon, contenant deux journaux, tenant et partant à Jeannot Perreau pardessus et d’autre part au chemin qui va au Gué Pavé ….deux deniers…………………………………………………………………2 d.

Lui sur Jeannot Jouneau pour son champ de Tournemotte, contenant un journal, tenant par dessous à la Courvée de Monsieur, et d’autre part à …  …………………….3 ob. d.

Lui sur Perrin Robin pour le champ de Lobepin qui fut Juillien Ragotin, contenant trois journaux tenant la courvée de Monsieur d’une part, et à Jean Hugotte d’autre part………quatre deniers…………………………………………………………………..4 d.

Lui pour son tiers du champ qui fut Juillien Ragotin, séant au Crot de la Comme, contenant un journal tenant au champ au Curé de Monteluot d’une part ……………….1 d.

Lui pour les deux parts de la vigne et chaume de la route des noyers, tenant par dessus au chemin qui va à Blannay et d’autre côté au curé de Monteliot, et ès filles Jean Villiers d’autre part, et fut l’une des parties à Perrin Robin, et l’autre à Jean Ragotin un denier ob. pog…………………………………………………………………………………….1 d.ob.pog.

Lui pour demi arpent de chaume séant en Vaulcail, tenant à Guillaume Robelin Lejeune d’un côté, et d’autre côté à Regneau Picard…deux deniers ob…………….2 d. ob.

Guillaume Robin pour une ouvrée de vigne séant en Vaulcaille, qui fut Huguenin le Mormat, tenant au dit Huguenin d’une part et par dessus à Jaquot Sareau…………….ob.

Collas Sareau à cause de Hugotte sa femme, fille de la fille Philippes Le Roigerat pour la comme appelée champ séant en Lignere, contenant un journal ou environ tenant …3 ob.

Folio 173 (recto)

Lui pour trois ouvrées de vignes qui est de présent en chaume, séant en Vaulbion, tenant à Guillaume Thomas Le Jeune par dessus et d’un côté au long de l’héritage[49] de l’Eglise de Montiluot ……………………………………………………………………demi parisis.

Lui pour une autre chaume séant en Vaulbion, contenant une ouvrée, tenant à la vigne dessus ditte d’une part et ès chaumes de Monsieur……………………………pog.

Lui  pour le champ de la plante Colas contenant environ un journal, tenant à la femme feu Aubert Porcheron al.  Besy d’une part, et d’autre part à la femme Jacquot Delagrange …deux deniers……………………………………………………………………….2 d.

Lui sur Thévenin Lecomte pour le champ de Linière contenant un journal, tenant ès hoirs de Jean Picard et Jossier, et d’autre part au bois….deux deniers……………2 d.    

Lui pour sa vigne des champs appelés Coutance contenant un arpent tenant à Jean Tibe d’une part, et d’autre part au chemin qui va au Vaucaille…trois ob…………3 ob.

Lui pour un champ séant en Perrier-Durant contenant deux journaux, tenant à la rüe qui va en Combray d’une part, et d’autre part à la masse Carde (?)….un denier….1 d.

Lui pour son champ des Crots séant ès champ du Perrier, contenant deux journaux ou environ, tenant à Philbert Perreau d’une part, et à Pernot Chapotot d’autre part…3 d.

Regnault Picard sur Perrenot Guiotte pour son champ du Perrier contenant deux journaux, tenant à Colas Sareau à cause de sa femme d’une part, et à Jean Tibe d’autre part, et à Perrenot Chapotot …..quatre deniers ……………………………………………4 d.

Lui pour le champ de la Baillye contenant environ trois journaux tenant à Pernel femme de Pernot Detibes et d’autre part au comte de la Brosse[50]…quatre deniers……4 d.

Lui pour le quart du champ du Crot de la Reine et de la vigne contenant tout trois journaux tenant et partant à Philippes Picard et ès hoirs Jean Jossié d’autre…

Folio 173 (verso)

…pour sa part …trois pog………………………………………………………..3 pog.

Lui pour un quart de vigne séant au Carroge[51] des champs, contenant environ ouvre de trois hommes tenant au chemin des Champs d’une part, et par dessus à Perrenot Chapottot …un parisis………………………………………………………………………………1 par.

Lui pour un désert de vigne séant en Vaucaille, qui fut Jean, Philippes et Regnault  Picard, contenant en tout l’ouvre de quatre hommes, tenant à Guiot Gaucher d’une part et par dessous à Girard Bretin ….trois ob………………………………………………………3 ob.

Lui pour deux ouvrées de vignes séant entre la Croix de Monteliot et les champs tenant à la petite rüe qui vient de Cugeboeuf au grand chemin de Monteliot…trois ob……….3 ob.

Lui pour deux arpents de chaume séant en Vocaille, tenant à Guillaume Roblin le jeune d’un côté par devers le bois, et d’autre côté à Guillaume Jossier…dix deniers…………10 d.

Lui pour un quartier de chaume séant au dit Vocaille tenant d’une part à Guillaume Roblin, d’autre côté ès chaumes …un denier…………………………………………….1 d.

Les hoirs feu Jean Picard et Jossier pour le quart du champ de la Comme contenant le dit champ trois journaux ; pour leur part, environ demi journal tenant et partant à Regnault Picard ….. trois pog ……………………………………………………….     3 pog.

Eux sur Philippes Picard pour le quart du champ dessus dit, tenant à Philippes Moireau d’un côté, et d’autre part à eux-mêmes …trois pog…………………………….3 pog.

Eux pour la moitié du champ du Perrier qui fut  Adam Lepiquard et depuis Perrenot Lecomte contenant six journaux tenant et partant à Guillaume Royer d’une part et à Monsieur d’autre part….trois deniers……cy…………………………………………..3 d.

Folio174 (recto)

Eux sur Pernot Comte pour le quart du champ et de la vigne du Crot de la Renne contenant trois journaux tenant et partant à Jean Picard et à Philippes Picard ……….3 pog.

Eux sur Pernot Guiotte, à cause de Bonotte, sa femme, pour le champ du Perrier contenant six journaux qui doivent quatre deniers tenant et partant par moitié à Guillaume Porcheron et à la femme Jaquot Delagrange, et tenant d’autre part à la courvée de Monsieur, et n’en tiennent que la moitié, pour ce, …deux deniers ……………………………..2 d.

Lui pour un arpent de chaume séant en Vocaille tenant par dessous au petit Guillaume, et par dessus au chemin …qui va à Blannay….cinq deniers mutets (?)……………..5 d.

Les hoirs de feu Jean Villiers et Agnès sa femme, fille de feu Guillaume Juillien, c’est à scavoir Jeanne et Colecte leurs filles, sur Perrenot Guiotte et sur Guillaume Juillien pour le champ du Perrier tor (?) qui fut Guiot Jouneau et pour un autre champ entre tenant, qui fut Juillien Ragotain contenant deux journaux tenant à …..trois ob. pog……………..3 ob .pog.

Eux pour un champ qui fut vigne, appelé la Comme, qui fut Pierre Ragot et depuis à Guillaume Ragotin contenant trois journaux ou environ tenant par dessous au chemin qui va à Arcy….trois deniers……………………………………………………………….3 d.

Jean Jolly  pour le champ des Arables dont la moitié fut à Guillaume Boleche et l’autre à Perrenot Chapotot, contenant en tout trois journaux, tenant à Regnault Dethire et à Colas Sareau d’autre part, et au chemin de Longue Roye d’autre part……………2 d.

Folio 174 (verso)

Lui pour son champ séant en Linière, contenant six journaux ou environ, tenant à Perrenot Chapotot d’une part, et d’autre part à Colas Sareau, à cause de sa femme ..3 d.

Lui sur Huguin Juing pour trois arpents et demi de désert séant au lieu de l’Echange, tenant au grand chemin d’Asquins à Chamoux, et d’autre part ès chaumes, et soulait devoir quatre sols six deniers baillés de nouvel pour dix deniers ……………………………10 d.

Guillaume Thomas Chaumel sur Droin Chapollin, pour les deux parts du champ du Crot de la Renne, contenant trois journaux tenant et partant à Jean Leplot, et tenant à la plante Colas et à Pernot Detire, pour sa part  ….deux deniers …………………………2 d.

Lui pour les deux parts d’un quartier de vigne séant en Vaulbion, et pour le tiers de la vigne qui fut Jean Darcy, contenant six ouvrées, touttes les dittes pièces entre tenant, tenant et partant à la R… fille de Mathieu Lalouat, femme de Guillemain Detire, et tenant d’autre part à Etienne Bellin ; pour les dittes deux parts….deux deniers ob.pog………………2 d/ob/pog.

Lui pour les deux parts du champ des Vielles Courvées, contenant environ deux journaux tenant et partant à Jean Leplot, et tenant d’autre part à Marion Sede, et doit trois pog. Pour sa part pog………………………………………………………………….pog.

Lui pour les deux parts du champ des Rouées tenant et partant à Jean Leplot, et tenant à la courvée de Monsieur, et à Girard Bertans  …………………………….ob.pog.et demie.

Item pour une vigne séant en Vaucaille, tenant d’une part au dit Guillaume, et d’autre part à Regnault de Thire…..trois deniers …………………………………………….3 d.

Jean Leplot sur Jean Chapelin pour le tiers du champ du Crot de la Raine contenant toutte la pièce, trois journaux tenant et partant à Guillaume Thomas, et doit trois deniers, pour son tiers…un denier ……………………………………………………………..1 d.

Lui pour le tiers du champ des Vielles Courvées, contenant en tout deux journaux tenant et partant au dit Guillaume Thomas et tenant à Marion Sede …

Folio 175 (recto)

…et doit trois pog. pour son tiers……………………………………………………pog.

Lui pour le tiers du champ des Rouées tenant et partant au dit Guillaume, tenant à la Courvée de Monsieur, et doit un parisis pour son tiers………………………..pog. et demie.

Regnault de Tirre  sur Guillemain de Thire son père, pour son champ du Crot de la Reine contenant quatre journaux tenant à Perrenot De Thire par dessus et par dessous au Comte de la Brosse, et au chemin qui va ès vignes d’autre part……………………3 d.

Lui pour sa vigne de la Comme de Vauldebion, contenant quatre ouvrées tenant à Guillaume Jonin d’une part, et d’autre part à Perrenot De Thire, et par dessus à Guillaume Thomas….quatre deniers…………………………………………………………….4 d.

Lui pour la moitié de son champ séant au long du chemin de Longue Roye, contenant deux journaux, tenant par dessous au dit chemin, et d’autre part à Jean Jolly…….ob.

Lui pour son champ de la Côte, contenant quatre journaux tenant au Sentier de Linière par dessus, et d’autre part à Girard Thomas …un denier……………………………1 d.

Lui pour un arpent  de chaume séant dessus Vaucaille, tenant à la rüe des Meulots d’une part, et par dessus à Jaquot Sareau, et par dessous à Simon Seguin….un denier…..1 d.

Item pour la tierce partie d’une vigne séant en Vaulebion, tenant et partant à Guillaume Thomas L’…(?)  et d’autre part tient à Etienne Belin, de Chamou……..3 ob.

Le dit sur Guillaume Thomas pour son tiers du champ de Champeigne, contenant un journal tenant à Girard Jomin d’une part, et d’autre part à Jean Colin……………..1 d.

Jean Forgot pour le quartier de Vaucail qui fut Girard Tibe, contenant six ouvrées tenant à Simon…

Folio 175 (verso)

…Seguin d’une part, et d’autre part à Guillaume Thomas l’ainé…trois deniers..3 d.

Girard Thomas al. Bretin à cause de Bietrix sa femme, fille de feu André Dufour, pour la Vigne Blanche contenant l’ouvre de quatre hommes tenant à Guillaume Thomas par dessus, et d’autre part à Guillaume Thomas le Jeune…six deniers………………..6 d.

Lui pour le champ de Chambray tenant ès Chaumes d’une part et à Guillaume Josnin …..1 d.

Lui pour le tiers de la Vigne Blanche qui fut Simon Thomas tenant et partant à Jean Goireau, et tenant par dessus à Jeanne, femme de feu Besy ; et doit onze deniers ; ainsy trois deniers ob. et tiers de ob………………..…………………………………………3 d.ob.1/3ob.

Lui pour la moitié de la vigne du Crot des Champs, contenant tout six ouvrées, tenant et partant à Jean Goireau, et tenant par dessus à la plante Colas, et doit trois ob. :…sa part 3 pog.

Lui pour la moitié de la vigne de Vaulbion, appelée la Côte Arnolain, contenant trois ouvrées, tenant et partant à Guillaume Porcheron l’ainé et à Jean Tibe et au chemin de Vaulbion, et doit trois deniers pog. ;  pour sa part…………………… trois ob. deniers pog.

Lui pour sa vigne séant en Digne Chien, contenant toutte la pièce, une ouvrée et demie, et doit pour un sol parisis tenant à Guillaume Thevenon de Givri, et d’autre part à Jean Thomas, et se part en cinq parties, dont il en tient la cinquième…pour ce………………pog.

Lui pour six journaux de terre, séant en Plante Foulé, tenant au chemin des prenots (?) et de touttes autres parts à Monsieur…..trois deniers………………………………………..3 d.

Lui pour deux arpents de terre à faire du pré, séant en la Valée des Assungs, tenant d’une part à la fille Hugues Colin, et d’autre part au grand Chemin…

Folio 176 (recto)

…par où l’on va à Mailly par le bou dessous tenant aux fossés des prés d’Avaux …10 d.

Lui pour un désert séant en Vignechien contenant l’ouvre de deux hommes tenant à Pernot Dethire, et d’autre part à Jean Leplat…un denier…………………………….1 d.

Lui pour deux arpents de terres séant contre la valée d’Amon, tenant à ………3 d.

Philippes Goneau sur Pernot Le Bornot pour la moitié de la vigne de Veaulbion contenant en tout six ouvrées, tenant et partant à Jean Joneau, et tenant à Jean Forgeot et à Jean Viliers, et doit trois deniers, ainsy à sa part …trois ob. …………………………..3 ob.

Item pour la moitié du champ de la Comme de Prildeloue, contenant deux journaux et doit trois ob., tenant et partant à Guiot Gauthier à cause de sa mère, et d’autre part ès chaumes …ob.pog. …………………………………………………………………………………..ob pog.

Lui pour le champ du bas de la Baillye, appelé Grand Champ, contenant un journal et demy, tenant à Jean Tibe d’une part, et à Pernot Dethire d’autre part………………….3 pog.

Lui pour deux arpents de terre séant en la valée d’Ameron, tenant à Girard Thomas et ès chaumes de Monsieur…un denier………………………………………………………1 d.

Lui pour un arpent de terre séant en Vaulbion, tenant au chemin de Blannay……1 d.

Lui pour un autre arpent de terre séant au dit lieu, tenant audit pardessous………2 d.

Lui pour un arpent de terre séant en……

Perrenot Ogier pour le champ de Liniaire qui fut Jean Jolly et Simon Ogier, contenant deux journaux tenant et partant ès enfants de feu Jean Ogier son frère, et doit tout trois deniers ; pour sa part …trois ob. ……………………………………………………….3 ob.

Folio 176 (verso)

Lui sur Guillaume Bolaiche pour le champ du Crot de la Raine, contenant un journal, tenant au curé de Monteluot d’une part, et a …trois ob. ………………………………3 ob.

Lui pour son champ séant en la Côte, contenant quatre journaux, tenant et partant ès dits enfants d’une part, et à Simon Seguin par dessus, et doit cinq deniers ; pour sa moitié…deux deniers ob. …………………………………………………………………2 d.ob.

Lui sur Jean Jolly et Simon Ogier pour la moitié de trois champs, séants à Dignechien, contenant six journaux, tout tenant et partant à l’autre moitié des dits enfants, et au chemin qui va au Vaudonjon et doit sept deniers ;  pour sa part…trois deniers ob……………. 3 d.ob.

Lui pour le champ du Perrier, qui fut en dessus dit, contenant trois journaux et doit trois deniers, tenant et partant ès dits enfants et à Jean Berry d’autre part…………….3 ob.

Les enfants feu Jean Ogier pour le champ de Lignières, qui fut Jean Jolly et Simon Ogier, contenant deux journaux, tenant et partant à Pernot Ogier d’une part, et doit trois deniers ; pour leur part…trois oboles…………………………………………………….3 ob.

Eux pour la moitié du champ séant en la Côte, contenant quatre journaux, tenant et partant au dit Perrenot, leur oncle, et doit cinq deniers : pour leur part…………………2 d. ob.

Eux sur Jean Jolly et Simon Ogier pour la moitié de trois champs, séant en Dignechien, contenant toutte la pièce, six journaux, tenant et partant au dit Perrenot, et doivent sept deniers ; pour leur part…trois deniers ob. ………………………………………………..3 d. ob.

Eux pour deux champs du Perrier, qui fut …de susdit, contenant tout trois journaux, et doit trois deniers, tenant et partant au dit Perrenot Ogier ; pour la moitié…trois ob…….3 ob.

Folio 177 (recto)

Regnault Berthelon , à cause de Jeanne, sa femme, fille de feu Jeannot Robin, pour le champ séant au chemin du Vauldonjon au Perrier Durent contenant deux journaux, tenant d’une part au champ Jeannot Perre            au, et d’autre part au chemin de Longue Roye …..un denier ob………………………………………………………………………….1 d.ob.

Lui pour la vigne de Dignechien, contenant quatre ouvrées tenant au chemin de Digne Chien, et d’autre part …un denier ………………….1 d.

Jean Jardrin dit le Sonoye à cause de Jeanne sa femme , sur Jean Jolly pour le champ du Perrier Durant tenant au chemin du Vaudonjon d’une part, et à Thévenin Hugotte, et contient environ trois journaux…un denier ……………………………………………1 d.

Lui sur Jean Robin pour le champ de Linière contenant deux journaux tenant à Perrenot Chapotot al. Dethires d’une part, et d’autre part à Jean Jolly…………  ….1 d. 3 pog.  

Lui pour le champ du Perrier Durant, qui fut Jean Robin, contenant deux journaux, tenant au chemin du Vaudonjon d’une part, et par dessous à Thévenin Hugotte……..2 d.

Lui à cause de Jeanne sa femme, pour une pièce de désert qui fut vigne, séant en Vaubon et fut à Joffron Lecomte, et depuis à Perrenot Gauthier, tenant à Jean Forgeot d’une part, et à Thévenin Lecomte et au chemin de Vassy (ou Vany?)…………………………..ob. 

Lui pour un quartier de vigne séant en la route des Noyers contenant environ sept ouvrées, tenant au chemin de Blannay d’une part, et par dessus à Hugues Colier ………1 d. 

Lui pour un quartier de désert de vigne, séant en Vocaille qui fut Gilot Dangeant, tenant au désert Jaquot Sareau et pardessus tient au bois, et par dessous à Guillaume…

Folio 177 (verso)

…Robelin à cause de sa fille, et contient l’ouvre de deux hommes…………………. 1 d.

Simon Seguin à cause de sa mère la Seguine pour les deux parts de la moitié de la vigne de Monvron, dit Maupertuit, qui fut Guiot Guichard, tenant et partant à Marie de la Vachère, et tenant par dessous à Etienne Talvard, et doit toutte la pièce dix deniers ob. ; pour ses deux parts…deux deniers ob., les deux parts de ob. et les deux parts de pog.

Lui sur Perrenot Seguin son père, pour la cinquième partie d’une vigne séant en Vaulbeon, contenant une ouvrée tenant aux hoirs feu Girard Jouin d’une part, et à Guillaume Porcheron L’annuelle (?) d’autre part …un parisis……………………………………..1 par.

Lui pour les deux parts d’une vigne appelée la Côte Dame Agnès, séant en Vaucaille, contenant demi arpent tenant à Guiot Gauché d’une part, et d’autre part à Jean Hugotte ……..deux deniers trois pog.  ………………………………………………………..2 d. 3 pog.

Lui pour l’autre partie de la dite vigne, appelée la Côte, contenant six ouvrées, tenant à Colas Sareau, à cause de la femme Jean Sareau, et d’autre part à l’héritage qui fut Thomas Noblot ………….trois deniers……………………………………………………………..3 d.

Lui pour son champ du Crot de la Renne, contenant demi journal, tenant à … ;..pog.

Lui pour son champ séant en la Côte de la Croix, contenant deux journaux, tenant à Simon Colier d’une part, et à Perrenot Ogier et  à Monsieur  d’autre part…………2 d. 3 pog.

Le dit Simon pour sa vigne séant ès champs…

Folio 178 (recto)

…qui est un chaume tenant à Guillaume Royer d’une part, et à Jean Thomas d’autre part …un denier……………………………………………………………………………1 d.

Lui pour un quart de vigne séant en Vaulbion tenant à la vigne Guillaume Thomas  le jeune par dessus et par dessous à Philippes Jouraux …ob………………………………..ob.

Lui sur Jean Sireault pour deux quartiers de vigne séant en Vocaille ; appelée la Côte Dame Agnès et sont en chaume , l’un tenant à Guiot Gauthier d’une part, et Arnault Picard d’autre ;, et l’autre quartier tenant au dit Gauthier, et d’autre part au dit Simon …….4 d. pog.

Lui pour le champ de Vielle Courvée, contenant un journau et demi, tenant à Guillaume Royer d’une part et d’autre part … ; un denier ………………………….1 d.

Jean Goireau sur Simon Thomas, pour la terre de la Vigne Blanche contenant toutte douze ouvrées qui doivent onze deniers, tenant et partant à Girard Thomas et au chemin du bas du Vaudonjon pour son tiers….trois deniers ob. tiers de ob.    ……………..3 d.ob. 1/3 ob.

Lui pour les trois parts de la Vigne Blanche contenant toutte la pièce, trois ouvrées, et doit quatre deniers ob., tenant et partant à Guillien Gouchard à cause de sa femme d’une part, et à Perrin Robin d’autre part ; pour son tiers …trois deniers pog.denier ………3 d. pog.   

Lui pour la moitié de la vigne du Crot des Champs, contenant toutte six ouvrées qui doivent trois ob. , tenant et partant à Girard Thomas, et tenant à la plante Colas ; pour sa part …trois pog. ………………………………………………………………………….3 pog.

Lui pour les trois parts de la route de la vigne des noyers, contenant toutte quatre ouvrées  qui doivent trois deniers tenant et partant à Guillien Goussard, à cause de sa femme, et tenant au Curé de Monteluot d’autre part ; pour sa part …deux deniers pog. …2 d. pog.

Lui pour demi arpent de chaume à faire vigne …

Folio 178 (verso)

…séant en Vocaille, tenant à Guillaume Perreau d’un côté et d’autre côté ès chaumes de Monsieur …deux deniers ob. ………………………………………………………..2 d. ob.

Simon Lemormat al. Colier sur Guillaume Thomas pour la vigne de VaulBeon contenant environ demi arpent tenant d’une part à Regnault Dethire, et d’autre part à Guillaume Thomas le jeune … trois deniers ………………………………………..3 d.

Lui pour le champ du Crot de la Renne, contenant quatre journaux, dont il tient les trois parts tenant à Guillaume Thomas le Jeune d’un côté, et d’autre part à Philippes Josneau et à Regnault Dethire, et doit toutte la pièce quatre deniers ; pour son tiers ……….3 d.

Lui pour sa vigne de la routte des Noyers, contenant environ quatre ouvrées tenant à Jean Goireau d’un côté, et au chemin de Vaulbeon d’autre côté ……………………3 ob.

Item Pernet pour un arpent de chaume séant en Vaucaille, tenant par dessous au chemin qui va à Blannay, et d’autre côté à Regnault Dethire ……………………….5 d.

Guillaume Join al. Royer, pour la moitié de la vigne séant en Vaulbeon, appelé le Crot Chastelus, contenant huit ouvrées, tenant d’une part à Prenot Ogier, et d’autre part à Regnault Dethire ……trois deniers ob. ………………………………………………..3 d. ob.

Lui pour le champ appelé le Crot des Vielles Courvées, contenant environ trois journaux, tenant d’une part à Perrier Bornot, et d’autre part à Jean Goireau ………2 d.

Lui pour le champ du Perrier qui fut au Champenois, contenant quatre journaux, tenant d’une part à Simonne, fille Huguenin Collier …

Folio 179 (recto)

…et d’autre part à Bonnotte, fille Jean Picard …cinq deniers ………………….5 d.

Lui sur Jeannot Thomas pour sa part de la vigne de Vaulbion, appelée la Côte Arnolin, contenant toutte deux ouvrées et demies, qui doivent deux deniers pog. ; dont Jean Tibe tient la moitié et Guiotte Sayerolge un quart ; pour sa part demie ouvrée et le huitième, qui doivent  ob. quart de pog. ……………………………………………………………..ob. ¼ pog.

Guillaume Dethire  pour demi arpent de chaume pour mettre à vigne, séant en Vocaille, tenant d’une part à Regnault Dethire, et d’autre part ès chaumes, et par dessous à Jaquot Savreau … deux deniers …………………………………………………………2 d.

Regnault Girardot sur Guillaume Legoguelat, pour un champ séant au Crot de la Renne contenant un journal, tenant d’une part à Jean Tibe, et d’autre part , par le bout, à Prenot Chapotot … trois ob. …………………………………………………………..3 ob.

Lui sur Girard Perreau, pour une vigne séant en Dignechient, contenant l’ouvre de deux hommes ou environ, qui furent Guillaume Legoguelat, tenant les deux parties en une pièce, tenant d’une part à Pernot, et de touttes parts aux bois …deux deniers ………2 d.

Lui pour la moitié du champ du Perrier qui fut Jean Lemorinat, contenant tout 4 journaux qui doivent deux deniers tenant et partant au Curé de Monteliot, et d’autre part à Simonne, fille Hugues Colier … un denier ……………………………………………1 d.

Lui pour le quart d’un champ séant au Perrier, que Huguenin Lemormat lui a vendu, contenant trois journaux, tenant d’une part au dit Girardot, et d’autre part au dit Hugues Lemormat, et le dit Hugues tient les trois autres parts, et doit le dit champ quatre deniers ob. ; pour son quart … un denier et quartier de pog. ………………………………….1 d. et ¼ pog.

Lui pour un champ séant en Lignère, contenant …

Folio 179 (verso)

…environ deux journaux tenant à Pernot Ogier, et aux héritiers de Jean Ogier, et d’autre part à Guillaume Thomas le Jeune … deux deniers ………………………….2 d.

Lui pour un champ séant en Lignère, contenant environ deux journaux ,  tenant au bois de la Renne de la Croix, et d’autre côté à lui-même

Thévenin Hugotte pour le champ du Perrier, contenant environ trois journaux, tenant d’une part et par dessous à la Courvée de Monsieur, et d’autre part au Grand Chemin qui va de Monteliot à Voutenay … deux deniers ……………………………………….2 d.

Lui sur Simon Hugotte pour sa vigne et chaume, séant au Clou de Chatelu, contenant cinq ouvrées, tenant d’une part à Regnault Dethire et d’autre part à Huguenin Lemormat ……deux deniers …………………………………………………………………………2 d.

Lui pour sa vigne de Pissevin, contenant un quartier, qui doit trois deniers, tenant et partant à Guiot Sede à cause de sa femme, et tenant d’autre part au désert …………..2 d. pog.

Huguenin Le Mormat  pour son champ des Vielles Courvées contenant un journal, tenant d’une part à Ysabeau, femme Philippes Moireau, et d’autre part à … ; ………..2 d.

Lui pour sa vigne de Vaubion, contenant l’ouvre de six hommes, tenant au chemin de Vocaille, et d’autre part aux bois ………………………………………………………….3 ob.

Lui pour la moitié de sa vigne de Vocaille, contenant trois ouvrées tenant d’une part à Girard Perreau, et d’autre part et par dessus à Jaquot Sareau ………………………….3 ob.

Lui pour son champ des Vielles Courvées contenant trois journaux, tenant d’une part au dit Huguenin et d’autre part ès filles Adam Lebornot … deux deniers ….………….2 d.

Lui pour sa vigne de la route des Noyers, contenant …

Folio 180 (recto)

…six ouvrées tenant à Guillaume Porcheron l’ainé et d’autrev part à Perrin Robin, et par dessous à Jean Goreau, et furent au dit Mormat, et à Jean Odot, et devoit chacun partie …trois ob., pour ce … trois deniers ……………………………………………………….3 d.

Item pour sa chaume séant à la Grand Brosse, qui fut à la femme Jean Odot, tenant au chemin de Vocaille, et d’autre part à Girard Thomas … deux deniers ob. ……………2 d. ob.

Lui pour son champ des Bruaires contenant deux journaux tenant à Jean Gorot d’une part, et d’autre part au Chemin qui va à Voutenay… quatre deniers …………………….4 d.

Lui pour sa vigne du Cloux Junequin tenant Simon Seguin à cause de Guiot Guichard, d’une part, et d’autre part tient ès enfants Gourbin par dessus et contient un arpent …..1 d.

Lui pour sa vigne des Champs qui fut Guillaume Josnin, séant en Digne Chien, contenant une ouvrée, tenant à Jean Leplot d’un côté, et d’autre côté à Perrenot Chapotot ….un denier …………………………………………………………………………………1 d.

Simon Dubuinoy à cause de Simone sa femme, fille Huguenin Lemormat pour la vigne de Vaubion appellé la Coste Gassot, et fut Jeanne, femme Jeannot Compin, contenant six ouvrées tenant d’une part à Simon Seguin, et d’autre part à la vigne Notre Dame … sept deniers trois pog . ……………………………………………………………………7 d. 3 pog.

Item pour son champ séant en Dignechien, contenant environ deux journaux et demi, tenant au chemin de Longue Roye d’un côté, et d’autre part à Jean Foijot ………………2 d.

Item pour un champ séant ès champs du Perrier, contenant trois journaux, tenant d’une part au champ Regnault Girardot, et d’autre part à guillaume Jomin…………4 d. ob.

Item pour un journal de terre séant au Perrier Durand, tenant à Thévenin Hugotte d’une part, à Jean Forgeot par l’un des bouts … trois ob. ………………………………3 ob.

Folio 180 (verso)

Item le dit pour deux ouvrées de vigne, séant en Dignechien, tenant d’une part à Guiot Ogier, d’autre part aux enfants Jean Ogier … un denier ob. ………………………….1 d. ob.

Guillemain Gonet et Millot Robergat pour la quatrième partie de la Vigne Blanche, contenant toutte trois ouvrées qui doivent quatre deniers ob., tenant et partant à Jean Goreau, et tenant d’autre part à Simon Colier et au chemin de Vocaille par dessus ; pour sa part … un denier et demie pog. ……………………………………………………1 d. et  ½ pog.

Eux pour la quatrième partie de la route des Noyers, contenant toutte quatre ouvrées qui doivent trois deniers, tenant et partant au dit Jean Goreau, tenant d’autre part au chemin de Veauldonjon pour leur part … ob. pog. …………………………………………….ob. pog.

Jeannot Perreau pour un journau de terre séant au Perrier Durant, tenant au Grand Chemin du Veaudonjon d’une part, et d’autre part au désert de la Côte Jean Mathier …un denier parisis …………………………………………………………………………….1 d. par.

Item pour une pièce de vigne séant en la côte des Noyers, tenant au chemin qui va à Blannay d’une part, et d’autre part à Guillaume Porcheron le Jeune, et par dessous à la Courvée de Monsieur …. Trois ob. ………………………………………………………..3 ob.

Guiot Gauthier pour son champ des Commes de Linière, derrière bobuy(?) contenant trois journaux tenant au chemin de Vaudonjon d’ue part, et d’autre part aux déserts du Crot Bidier … quatre deniers  …………………………………………………………………..4 d.

Item deux quartiers de vigne appellée la Côte Dame Ogier, séant en Vocaille, contenant cinq ouvrées, les deux quartiers, l’un tenant à Simon …

Folio 181 (recto)

Seguin d’une part et l’autre tenant à Thévenin Freault d’une part ……….5 d. 3 pog.

Thibault Chaumin d’Anière pour la moitié du Champ au Perrier Durant, contenant un journal qui fut à Margueritte , femme Odot Chapotot, tenant à … ; ………………..3 pog.

Item sur Guillaume Chaumin pour son champ du Vaultdonjon contenant un journal tenant à … ; deux deniers …………………………………………………………………2 d.

Guillaume Porcheron Le Jeune pour un arpent de terre séant en la Valée des Prés Ancault (?) , tenant par dessous à la Fontaine saint Jean, et par dessus ès hoirs de Girard Lepycardot (?) d’une part tient au champ Dame Jeanne que tenait Ragotain, et d’autre part au champ de Monsieur … dix deniers  ………………………………………………..10 d.

Le dit pour un champ séant au Champ du Gros Boison appellé le champ de la Baillye, tenant à Regnault Dethire d’un côté, et d’autre côté à Pernot Dethire , et contient un demi journal de terre ou environ …deux deniers ……………………………………… …2 d.

Jean Thomas sur Thomas Thomas son père, pour la cinquième partie de la Vigne Blanche séant en Vaulbéon qui fut Jaquote Boucharde, contenant environ quinze ouvrées, tenant à Simon Thomas, et d’autre côté à Guillaume Thomas …un parisis ………..1 par.

Lui pour une pièce de vigne séant ès Champs, contenant environ cinq ouvrées, tenant au chemin de Dignechien, et ès hoirs Girard Leroigerat …deux deniers ……………2 d.

Lui pour le champ des Corberat, qui fut à Aubert Guille, contenant une ouvrée, tenant à Girard Perreau …

Folio 181 (verso)

…d’une part …un denier …………………………………………………………1 d.

Lui pour la moitié de la vigne qui fut Dame Jaques contenant quatre ouvrées tenant à la femme Guillemain Milon  et d’autre part à Simon Seguin…deux deniers ………….2 d.

Lui pour la vigne de Vocaille, qui fut Colas Larchier, contenant six ouvrées, tenant à Simon Seguin … un denier ………………………………………………………………1 d.

Guillemain Dethire pour demi arpent de chaume séant en Vocaille, tenant à Jean Selastre d’un côté, et d’autre côté à Guillaume Perreau pour …………………………2 d. ob.

Guillaume Perreau pour demi arpent de chaume à faire vigne, séant en Vocaille, tenant à Guillemain Dethire d’un côté, et par dessus au chemin ès Mulles ……………2 d. ob.

Thévenin Jouneau pour une chaume à faire vigne séant en Vocaille, contenant demi arpent tenant à Jean Jouneau d’une part, et ès Chaumes d’autre part, et le prix le sixième jour d’octobre (mil) quatre cent soixante quatre …deux deniers ob. ………………………..2 d. ob.

Jean Jouneau dit Moireau, pour trois quartiers de Chaume séant en Vocaille tenant à Thévenin Jouneau d’une part, et à Regnault Berthelon d’autre part, et la prise le jour et l’an que susdit …trois deniers ob. pog. …………………………………………………3 d. ob. pog.  

Guillaume Hugotte pour un désert séant en Vaulbion, contenant environ trois ouvrées tenant à Regnault Laveugle d’un côté, et d’autre côté à Simon Lemornat …….3 d.

Folio 182 (recto)

Touttes lesquelles censives derban (?) de la ditte Ville de Vézelay et de tous les villages dessus dits devant les guerres soulaient bien valoir de quatre vingt à cent livres tournois, mais de présent pour ce que la plupart des héritages qui devoient censives, sont en bois et buissons, et du présent n y a que les héritages dessus déclarés ne peuvent valoir compris les dits villages de Foisy et Mouron, qui sont au bailliage de Saint Pierre le Moutier, que vingt deux livres ou environ, et appartiennent à la Salle de l’abbé. 

NOTA : les explications présentées sur les mots anciens sont pour la plupart tirées du « Dictionnaire  du monde rural ; les mots du passé » – Marcel LACHIVER –  Ed. Fayard


[1] – Eglise = l’Abbaye de Vézelay, « seigneur du lieu »

[2] – Poté = le territoire sur lequel s’exerçait le pouvoir (lat. « potentia ») de l’Abbaye.

[3] – Pourpris = enclos, terrain, verger, dépendant immédiatement de l’habitation.

[4] – Arpent = unité de surface des terres valant 100 perches carrées de 18 à 22 pieds de côté selon les régions ; on peut l’estimer voisine de 50 ares ( valeur encore retenue à Montillot au début du 20ème siècle).

[5] – Sols Tournois = il y avait la monnaie de Tours – d’où le mot « tournois » -, et la monnaie de Paris, d’où « parisis » ; la livre valait 20 sols, le sol 12 deniers, le denier 2 oboles.

[6] – Four bannal = ce qui était « banal » était soumis à la juridiction du suzerain ; il s’agit ici de ce qui est mis par le seigneur à la disposition des habitants du village, moyennant rétribution. Il était alors interdit d’installer un four chez soi.

[7] – Chef d’Hotel = on appelait « hostel » la demeure, la maison, le chez-soi ; le « chef d’hotel » était donc le chef de famille, personne morale imposable.

[8]  – Tailles : la « taille royale » est un impôt établi en 1439 pour les besoins de l’armée ; elle est répartie entre généralités, puis élections , puis paroisses puis entre les habitants. Mais il   y a aussi  une « taille seigneuriale ».

[9]  – Cloux  = enclos

[10] – Façons  = travaux effectués pour cultiver la vigne.

[11] – Muid = unité de volume de liquide ; en 1478, le muid de Paris valait 36 sétiers, soit environ 292 litres.

[12] – la Queure  = la Cure

[13] – prez  = prés.

[14] – aisance = dépendances.

[15] – bailler a moisson de bled = louer pour la récolte de céréales ; le mot « bled » couvre l’ensemble des grains ; notre « blé » était alors le « froment ».

[16] – Septier = unité de volume, qui, pour les grains, valait à Paris 2 « mines » ou 4 « minots », ou 12 « boisseaux » de 13 livres, soit environ 156 litres.

[17] – Courvée  = peut venir de « corvée » ou de « courbe » ; il y a encore entre Asquins et Gué-Pavé un lieu dit « les Corvées », proche de méandres de la Cure ( ?).

[18] – Censive = redevance en argent ou en der=nrées due au seigneur ; le même mot désigne quelquefois la terre soumise au cens.

[19] – Coutume = règle de droit coutumier.

[20] – Chaume  = portion de la tige des céréales qui reste en terre  après récolte ; par extension, la terre elle-même après récolte

[21] – Deniers  = il était admis que 4 deniers parisis valaient 5 deniers tournois, ceci résultant du taux de métal précieux  (argent) dans ces pièces.

[22] – Quartier = le quart de l’arpent.

[23] – Monsieur = il s’agit de Monsieur l’Abbé de Vézelay.

[24] – Grand Chemin de Maiily-le Château = il s’agit du chemin ( « grand » parce que sous juridiction royale) qui joignait Vézelay à Brosses et Mailly-la-Ville, puis Auxerre, en passant à l’ouest de Montillot, le long du bois du Fège .

[25] – Hoirs = héritiers.

[26] – Tenement  = ensemble de terres qui se tiennent.

[27] – Maiton ou miton = unité de volume de grain : valeur ?

[28] – Géline = poule pondeuse ; dans les décomptes des impositions, on la partageait en quartiers !

[29] – Pagine = ou « pogine » ou « poge » ou « pougeoise » ! il s’agit de monnaie de faible valeur ; l’ « obole » valait un demi denier et  la pagine  une demi-obole.

[30] – Huis =  en principe, c’était la porte de la maison, par opposition à la porte de la grange ou à la porte cochère. En Morvan, c’est un petit hameau de 3 ou 4 maisons. Ici on peut prendre « huis Perrin Robin » au sens de « maison à Perrin Robin ».

[31] – Moitier = si ce mot est mis pour « moutier », il signifie « monastère » ( celui dit « de la St Jean ?) ; mais il peut aussi désigner une église …

[32] – Quarte rée ou rez = quarte « rase » ; les mesures de grain pouvaient être « rases » ou « combles » ; dans ce dernier cas ; la mesure contenait tout le grain qu’elle pouvait porter sans qu’il s’en répandït par terre .

[33] – Pogy ou pagy  = pour « pogine » ou « pagine ».

[34] – ouche = on lit aussi « oche » ou « osche » ou « hoche » = terrain clos proche de la maison, différent du jardin, avec arbres fruitiers, plantes textiles (chanvre). Bien fumée, cette parcelle était toujours très soignée.

[35] – le Lac  = c’était déjà notre « Lac » !

[36] – Hâte  = petite parcelle étroite qui correspond à une allée et venue de semeur.

[37] – Pâtis  = terre en friche où l’on faisait paître les bestiaux, en particulier dans les périodes où l’accès des prairies fauchables est interdit.

[38] – Mesnage ou « menaige » ou « manège », ou « manaige » = mot normalement utilisé pour désigner toutes les personnes dont une famille est composée ; ici il s’agit probablement de la transcription approximative du mot « manage » désignant dans le centre de la France une habitation familiale.

[39] – denier pagez = denier pagine = pagine = ½ obole.

[40] – Bichet  = valait 2 boisseaux à Clamecy, soit 26 litres ; selon les régions, de 20 à 40 litres.

[41] – Prioré  = « prieuré ». Le « prieur » régit des religieux en communauté. On appelait « prieuré-cure » une cure desservie par un religieux dépendant d’un monastère. Il semble qu’il s’agisse ici de l’habitation du curé, le presbytère.

[42] – Courtis  = ou « courtil » , petit jardin entouré de murs ou de haies attenant à une maison de paysan.

[43] – Rüe  = il s’agit d’un chemin de culture, d’un passge, d’une cour, d’une issue…utilisée pour l’exploitation.

[44] – Journal  = unité de surface des terres égale à 67,5 perches carrées, soit de 30 à 35 ares, aire qu’on était sensé pouvoir « travailler » dans une journée. Au début du 20 ème siècle, on utilisait encore le mot « journal » pour désigner 33 ares.

[45] – Comte de Vivre  = compte tenu du niveau de noblesse, il ne s’agit certainement pas du seigneur du lieu. Depuis cette époque, il semble que l’on ne trouve pas ce patronyme dans l’Yonne. Recherches en cours…

[46] – Ouvre ou ouvrée = le verbe « ouvrer » signifie « besogner », travailler ;  le mot « ouvrée » désigne la surface de vigne qui peut être « façonnée » par un homme => valeur à préciser….

[47] – Linaire  =  désignerait le « lin sauvage » qui ressemble au lin…Ici il s’agit peut-être d’un jardin planté de lin, par analogie avec la chénevière, plantée de chanvre ? (cf « Linière » et « Lignère »)

[48] – Désert  = terre abandonnée depuis longtemps.

[49] – Héritage =  ce qui est venu par hérédité ou succession (ou, pour l’Eglise, par donation ?).

[50] –  Comte de la Brosse = même remarque que pour le Comte de Vivre => recherche à faire.

[51] –  Carroge  = peut-être à rapprocher de « carruge » qui désignait en Bourgogne une place communale à l’intérieur d’un village ; par extension => croisement, carrefour ?

Commentaires

Le « Cartulaire de Vézelay » est un relevé, – établi par les Commissaires royaux en 1463 et 1464 à la demande du roi Louis XI – des biens de l’Abbaye de Vézelay et des impôts levés sur chaque terre ou maison. Ce texte a été transcrit en 1772 par les soins de l’abbé CUREAU et conservé aux Archives de l’Yonne sous la cote H 1941-1.

Chaque paroisse de la « poté » y est traitée en détail.

La partie consacrée à Monteliot comporte après transcription actuelle, une vingtaine de pages. Elle a le grand intérêt de présenter une première description du village. Pour chaque propriétaire, on lit la désignation de son bien, avec une indication de sa situation géographique, soit par le nom du lieu-dit, soit par celui de ses proches voisins.

Pour exemple, voici le début de l’énumération :

« Sensuit la Déclaration des dites menues censives séantes au finage et territoire du dit Monteliot.

Premièrement

Guillaume Hugotte pour demi arpent tenant au chaume derrière la Croisette, et d’autre part à Regnault Girardot …1 denier parisis …                               1 d. p.

Regnault Girardot pour un autre arpent de plante, tenant à Jean Robin d’un costé, et d’autre costé au dit Guillaume Hugotte…                                       2 d. p.

Jean Robin, pour un autre arpent de plante séant dessus la plante du prioré du dit lieu, tenant à Regnault Girardot d’une part, et Jean Ogier d’autre part     1 d. p.  … »

Quelques mots de français de l’époque dont le sens doit être précisé :

– la censive est la redevance en argent ou en denrée (blé, avoine, volaille…) due au seigneur.

– l’arpent valait 50 ares

– la chaume désigne la terre après récolte de céréales.

– la plante est une vigne nouvellement plantée

– le prioré doit désigner le prieuré, ou l’habitation du curé ou presbytère, en général près de l’église ; on peut se demander si la « plante du prioré » est à côté de celui-ci …

– denier parisis : il y avait la monnaie de Tours (dans certains textes on utilise la « livre tournois ») et la monnaie de Paris, d’où le mot « parisis ». Le taux de métal précieux était différent dans les 2 monnaies. La livre valait 20 sols, le sol 12 deniers, le denier 2 oboles et l’obole 2 pagines…

– la Croisette est une petite croix, dont l’emplacement n’est pas connu…

L’Abbaye de Vézelay, seigneur du lieu, impose donc les habitants de Monteliot par la « taille seigneuriale ». Mais ceux-ci sont aussi pressurés par le Roi : la « taille royale » est un impôt établi en 1439 pour les besoins de l’armée ; elle est répartie entre les « généralités », puis les « élections », puis les paroisses, puis les habitants. Une phrase du cartulaire montre que les abbés tiennent compte de cette double charge :

… « un chacun chef d’hotel demeurant au dit village pour leurs tailles ont les peut imposer jusqu’à la somme de quinze sols et au-dessous, et y peut avoir environ trente ménages, mais pour la pauvreté d’eux, et aussi pour les grandes charges qu ils ont des Tailles du roi, les dittes tailles ne peuvent monter par an qu’environ la somme de dix livres au plus. »

On appelait « hostel » la demeure, la maison, le chez-soi…Le « chef d’hostel » était donc le chef de famille, personne morale imposable. On note :

– qu’il y avait alors 30 foyers dans le village, ce qui peut correspondre à une population de 100 à 150 personnes.

– l’impôt seigneurial, qui aurait pu dépasser 20 livres, a été limité à 10 livres.

Propriétés de l’abbaye de Vézelay 

Celle-ci est probablement le principal propriétaire du village ; ses biens sont énumérés pour l’imposition royale :

– une maison, avec un enclos proche, un jardin d’un arpent, avec des arbres fruitiers – …y a aussi abondance de cerises…-

– un « clos » de 3 arpents de vigne derrière la maison.

– une vigne de raisin blanc, la « Vigne blanche », au bord de la Cure, en « un lieu qui gèle volontiers »

–  2 petits prés, loués à des laboureurs, « qui sont pour l’aisance de la ditte maison, hors du dit village, en tirant à Mailly-la-Ville ».

– plusieurs terres labourables « alentour de la ditte maison », louées d’après la récolte de blé.

– 74 « journeaux » de terres labourables, – soit environ 25 ha !  En divers endroits de la paroisse

– un « four bannal », mis par le seigneur, moyennant paiement, à la disposition des habitants pour cuire leur pain, et rapportant en moyenne 100 sols par an. Il y avait aussi deux pressoirs, – « banals » eux aussi – l’un près du cimetière, donc de l’église, l’autre en Toucheboeuf, « tenant au Grand Chemin ».

– plusieurs terres, vignes et jardins, « …alentour du dit village ».

– un étang « nommé l’Etang de Marrault », avec 6 arpents de terre et « une forge à faire fer » …

Cette maison devait héberger le personnel chargé de la gestion de toutes ces propriétés. Le texte du cartulaire ne précise ni son importance ni sa situation. Pour cette dernière, on a quelques indices…

Deux prés assurent l’« aisance de la ditte maison ». En vieux français, le mot « aisance » supposait une possibilité d’accès, et désignait donc les dépendances de la maison.

Dans cette hypothèse de proximité, cette «  maison »  se trouverait donc, comme ces deux prés, au Nord-Ouest du village actuel – sur le flanc de la colline du Crot-Blanc et du Mont Ciboule – en allant depuis le Champ du Lac vers le «  Grand Chemin »  qui joignait alors Vézelay à Mailly-la-Ville  , «  chemin »  qui emprunte le tracé d’une voie romaine, qui est cité dans de nombreux actes notariés du 18ème siècle et qui figure dans le premier cadastre officiel, le «  napoléonien » , comme relevant de la juridiction royale.

Les lieux-dits actuels, « Champs de la St Jean », « Croix Bouchet », « Meurger aux Moines » …sont assez évocateurs…et remettent en mémoire des témoignages anciens de laboureurs, qui auraient mis à jour des vestiges de fondations dans cette zone…

Propriétés du curé

Le curé est imposé pour les biens dont il assure la gestion pendant son mandat, comme les paysans du village :

– 2 « ouches », très petites parcelles closes, avec arbres fruitiers ou chanvre, l’une près du « Lac », l’autre près du « Grand Chemin ».

– une terre au « Pré du Lac ».

– une vigne au « Cloux », – le « Clos » actuel – à la sortie Sud du village, entre les chemins de la Croix des Bois et du Font du Charme.

– une maison en Toucheboeuf, « tenant au verger Jean Porcheron » et un pré derrière…

– une part de « la maison devant le pressoir tenant au cimetière »

Cette dernière se trouve donc près de l’église. Question : était-elle distincte du « prioré »  -presbytère ?…

Les familles du village

Au long de l’énumération des propriétés imposables, on peut relever les noms d’environ 200 individus différents, – dont 30 à 40 décédés, cités comme anciens propriétaires – avec environ 110 patronymes différents. Un seul patronyme de cette époque, – Porcheron – est encore représenté à Montillot, une filiation directe pouvant être vérifiée depuis le 17ème siècle. Un autre, – Forgeot – l’était encore au siècle dernier. D’autres ont figuré dans les registres paroissiaux du village ou des villages voisins dans la même période : Busset, Bretin, Chapotot, Colin, Dethire, Dufour, Gauthier, Girardot, Hugotte, Lemorinat, Ogier, Picard, Perreau, Robin, Seguin, Thomas, …

Nature des propriétés :

A côté de près de 300 parcelles de terres, vergers et vignes, on relève seulement une quinzaine de maisons et 6 « parts » de maisons dans la première moitié du document, alors que dans la deuxième partie, plus de 20 propriétaires n’auraient que des terres, ce qui laisse supposer que le document parvenu jusqu’à nous depuis le 15ème siècle est incomplet… Un certain nombre de maisons sont signalées en Toucheboeuf, à proximité du « Grand Chemin ».  Toutes ont jardin et verger à proximité…

On ne relève pas moins de 70 parcelles de vigne, essentiellement dans la plaine, route des Noyers, et près de Vaudonjon, en Vaubion et Vaucaille, mais aussi en Toucheboeuf.

Les lieux-dits

On peut comparer leurs noms de l’époque avec ceux du cadastre actuel mais aussi avec ceux du cadastre napoléonien, daté de 1819 pour Montillot et accessible par Internet sur le site des Archives départementales de l’Yonne (A.D.Y.).

On trouve déjà le Champ et le Pré du Lac, la Brosse de Farge, le Puits Martin, Toucheboeuf (et son puits), Beurguereau, les Côtes, le Cloux (pour le Clos), la Grand Rue, le Champ de la Côte, la Côme de Vaudonjon, Longue Roye (pour Longue Raie), Aigremont, Vaubion, Vaucaille, Pissevin (en allant sur Asquins) …

Les « Saulées » sont proches des « Saules », « linière » de « Lignère », le « Champ des Assens » des « Essences », la « route des Noyers » rappelle un ancien lieudit de la plaine de la Chally …

D’autres restent à situer : le Champ du Poirier, le pré Jubin, le Champ des Obouats, les Brières, les Maréchaux, les Vieilles Courvées, la Courvée du Chemin d’Auxerre…

Les noms des chemins permettent de les situer : en plus du « Grand Chemin » souvent cité, on trouve le Chemin qui va à l’Etang (de Marot), la route des Noyers, le chemin de Blannay, le Chemin d’Arci, le Chemin de « Longue Roye » , la Rüe de Beurguereau, la « petite rüe de Toucheboeuf au Grand Chemin » , le sentier de Linière, la route de la vigne des noyers, le chemin qui va en Vaucaille…

Un point attire l’attention : le dénommé Regnault Picard possède « deux ouvrées de vignes séant entre la Croix de Monteliot et les champs tenant à la petite rüe qui vient de Cugeboeuf au grand Chemin… ». Il

Le « Cartulaire de Vézelay » est un relevé, – établi par les Commissaires royaux en 1463 et 1464 à la demande du roi Louis XI – des biens de l’Abbaye de Vézelay et des impôts levés sur chaque terre ou maison. Ce texte a été transcrit en 1772 par les soins de l’abbé CUREAU et conservé aux Archives de l’Yonne sous la cote H 1941-1.

Chaque paroisse de la « poté » y est traitée en détail.

La partie consacrée à Monteliot comporte après transcription actuelle, une vingtaine de pages. Elle a le grand intérêt de présenter une première description du village. Pour chaque propriétaire, on lit la désignation de son bien, avec une indication de sa situation géographique, soit par le nom du lieu-dit, soit par celui de ses proches voisins.

Pour exemple, voici le début de l’énumération :

« Sensuit la Déclaration des dites menues censives séantes au finage et territoire du dit Monteliot.

Premièrement

Guillaume Hugotte pour demi arpent tenant au chaume derrière la Croisette, et d’autre part à Regnault Girardot …1 denier parisis …                               1 d. p.

Regnault Girardot pour un autre arpent de plante, tenant à Jean Robin d’un costé, et d’autre costé au dit Guillaume Hugotte…                                       2 d. p.

Jean Robin, pour un autre arpent de plante séant dessus la plante du prioré du dit lieu, tenant à Regnault Girardot d’une part, et Jean Ogier d’autre part     1 d. p.  … »

Quelques mots de français de l’époque dont le sens doit être précisé :

– la censive est la redevance en argent ou en denrée (blé, avoine, volaille…) due au seigneur.

– l’arpent valait 50 ares

– la chaume désigne la terre après récolte de céréales.

– la plante est une vigne nouvellement plantée

– le prioré doit désigner le prieuré, ou l’habitation du curé ou presbytère, en général près de l’église ; on peut se demander si la « plante du prioré » est à côté de celui-ci …

– denier parisis : il y avait la monnaie de Tours (dans certains textes on utilise la « livre tournois ») et la monnaie de Paris, d’où le mot « parisis ». Le taux de métal précieux était différent dans les 2 monnaies. La livre valait 20 sols, le sol 12 deniers, le denier 2 oboles et l’obole 2 pagines…

– la Croisette est une petite croix, dont l’emplacement n’est pas connu…

L’Abbaye de Vézelay, seigneur du lieu, impose donc les habitants de Monteliot par la « taille seigneuriale ». Mais ceux-ci sont aussi pressurés par le Roi : la « taille royale » est un impôt établi en 1439 pour les besoins de l’armée ; elle est répartie entre les « généralités », puis les « élections », puis les paroisses, puis les habitants. Une phrase du cartulaire montre que les abbés tiennent compte de cette double charge :

… « un chacun chef d’hotel demeurant au dit village pour leurs tailles ont les peut imposer jusqu’à la somme de quinze sols et au-dessous, et y peut avoir environ trente ménages, mais pour la pauvreté d’eux, et aussi pour les grandes charges qu ils ont des Tailles du roi, les dittes tailles ne peuvent monter par an qu’environ la somme de dix livres au plus. »

On appelait « hostel » la demeure, la maison, le chez-soi…Le « chef d’hostel » était donc le chef de famille, personne morale imposable. On note :

– qu’il y avait alors 30 foyers dans le village, ce qui peut correspondre à une population de 100 à 150 personnes.

– l’impôt seigneurial, qui aurait pu dépasser 20 livres, a été limité à 10 livres.

Propriétés de l’abbaye de Vézelay 

Celle-ci est probablement le principal propriétaire du village ; ses biens sont énumérés pour l’imposition royale :

– une maison, avec un enclos proche, un jardin d’un arpent, avec des arbres fruitiers – …y a aussi abondance de cerises…-

– un « clos » de 3 arpents de vigne derrière la maison.

– une vigne de raisin blanc, la « Vigne blanche », au bord de la Cure, en « un lieu qui gèle volontiers »

–  2 petits prés, loués à des laboureurs, « qui sont pour l’aisance de la ditte maison, hors du dit village, en tirant à Mailly-la-Ville ».

– plusieurs terres labourables « alentour de la ditte maison », louées d’après la récolte de blé.

– 74 « journeaux » de terres labourables, – soit environ 25 ha !  En divers endroits de la paroisse

– un « four bannal », mis par le seigneur, moyennant paiement, à la disposition des habitants pour cuire leur pain, et rapportant en moyenne 100 sols par an. Il y avait aussi deux pressoirs, – « banals » eux aussi – l’un près du cimetière, donc de l’église, l’autre en Toucheboeuf, « tenant au Grand Chemin ».

– plusieurs terres, vignes et jardins, « …alentour du dit village ».

– un étang « nommé l’Etang de Marrault », avec 6 arpents de terre et « une forge à faire fer » …

Cette maison devait héberger le personnel chargé de la gestion de toutes ces propriétés. Le texte du cartulaire ne précise ni son importance ni sa situation. Pour cette dernière, on a quelques indices…

Deux prés assurent l’« aisance de la ditte maison ». En vieux français, le mot « aisance » supposait une possibilité d’accès, et désignait donc les dépendances de la maison.

Dans cette hypothèse de proximité, cette «  maison »  se trouverait donc, comme ces deux prés, au Nord-Ouest du village actuel – sur le flanc de la colline du Crot-Blanc et du Mont Ciboule – en allant depuis le Champ du Lac vers le «  Grand Chemin »  qui joignait alors Vézelay à Mailly-la-Ville  , «  chemin »  qui emprunte le tracé d’une voie romaine, qui est cité dans de nombreux actes notariés du 18ème siècle et qui figure dans le premier cadastre officiel, le «  napoléonien » , comme relevant de la juridiction royale.

Les lieux-dits actuels, « Champs de la St Jean », « Croix Bouchet », « Meurger aux Moines » …sont assez évocateurs…et remettent en mémoire des témoignages anciens de laboureurs, qui auraient mis à jour des vestiges de fondations dans cette zone…

Propriétés du curé

Le curé est imposé pour les biens dont il assure la gestion pendant son mandat, comme les paysans du village :

– 2 « ouches », très petites parcelles closes, avec arbres fruitiers ou chanvre, l’une près du « Lac », l’autre près du « Grand Chemin ».

– une terre au « Pré du Lac ».

– une vigne au « Cloux », – le « Clos » actuel – à la sortie Sud du village, entre les chemins de la Croix des Bois et du Font du Charme.

– une maison en Toucheboeuf, « tenant au verger Jean Porcheron » et un pré derrière…

– une part de « la maison devant le pressoir tenant au cimetière »

Cette dernière se trouve donc près de l’église. Question: était-elle distincte du « prioré »  -presbytère?.

Les familles du village

Au long de l’énumération des propriétés imposables, on peut relever les noms d’environ 200 individus différents, – dont 30 à 40 décédés, cités comme anciens propriétaires – avec environ 110 patronymes différents. Un seul patronyme de cette époque, – Porcheron – est encore représenté à Montillot, une filiation directe pouvant être vérifiée depuis le 17ème siècle. Un autre, – Forgeot – l’était encore au siècle dernier. D’autres ont figuré dans les registres paroissiaux du village ou des villages voisins dans la même période : Busset, Bretin, Chapotot, Colin, Dethire, Dufour, Gauthier, Girardot, Hugotte, Lemorinat, Ogier, Picard, Perreau, Robin, Seguin, Thomas, …

Nature des propriétés :

A côté de près de 300 parcelles de terres, vergers et vignes, on relève seulement une quinzaine de maisons et 6 « parts » de maisons dans la première moitié du document, alors que dans la deuxième partie, plus de 20 propriétaires n’auraient que des terres, ce qui laisse supposer que le document parvenu jusqu’à nous depuis le 15ème siècle est incomplet… Un certain nombre de maisons sont signalées en Toucheboeuf, à proximité du « Grand Chemin ».  Toutes ont jardin et verger à proximité…

On ne relève pas moins de 70 parcelles de vigne, essentiellement dans la plaine, route des Noyers, et près de Vaudonjon, en Vaubion et Vaucaille, mais aussi en Toucheboeuf.

Les lieux-dits

On peut comparer leurs noms de l’époque avec ceux du cadastre actuel mais aussi avec ceux du cadastre napoléonien, daté de 1819 pour Montillot et accessible par Internet sur le site des Archives départementales de l’Yonne (A.D.Y.).

On trouve déjà le Champ et le Pré du Lac, la Brosse de Farge, le Puits Martin, Toucheboeuf (et son puits), Beurguereau, les Côtes, le Cloux (pour le Clos), la Grand Rue, le Champ de la Côte, la Côme de Vaudonjon, Longue Roye (pour Longue Raie), Aigremont, Vaubion, Vaucaille, Pissevin (en allant sur Asquins) …

Les « Saulées » sont proches des « Saules », « linière » de « Lignère », le « Champ des Assens » des « Essences », la « route des Noyers » rappelle un ancien lieudit de la plaine de la Chally …

D’autres restent à situer : le Champ du Poirier, le pré Jubin, le Champ des Obouats, les Brières, les Maréchaux, les Vieilles Courvées, la Courvée du Chemin d’Auxerre…

Les noms des chemins permettent de les situer : en plus du « Grand Chemin » souvent cité, on trouve le Chemin qui va à l’Etang (de Marot), la route des Noyers, le chemin de Blannay, le Chemin d’Arci, le Chemin de « Longue Roye » , la Rüe de Beurguereau, la « petite rüe de Toucheboeuf au Grand Chemin » , le sentier de Linière, la route de la vigne des noyers, le chemin qui va en Vaucaille…

Un point attire l’attention : le dénommé Regnault Picard possède « deux ouvrées de vignes séant entre la Croix de Monteliot et les champs tenant à la petite rüe qui vient de Cugeboeuf au grand Chemin… ».

Il existe bien encore une croix au coin du Chemin du Font du Charme, mais on n’a pas souvenir d’une croix située plus près du « Grand Chemin » …sauf si on examine le cadastre Napoléonien, où figure très nettement une croix au carrefour de la Duite !

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Les Savelli / Savelly de Rome et de Puisaye

R. M. Koutlidis, Septembre 2001

En 1993 s’éteignait Charles Savelly, dernier porteur du nom à Montillot et dans la région. Ceci avait bien intrigué le Chanoine de Sens Jacques Léviste, auteur d’un article dans les cahiers généalogiques de l’Yonne en 1993 (tome IX): « Des palais romains aux manoirs de Puisaye, l’étrange destinée des Princes Savelli », qui avait fait une importante étude généalogique de cette illustre famille italienne dont l’un des membres émigra en France, mais qui arrêtait sa généalogie à la descendance connue, exclusivement féminine, de François Savelli (1670-1761), dont une fille était domiciliée à Montillot. 

Reprenons et résumons ce travail du Chanoine Léviste.

Qui étaient ces Savelli romains ?

Sanzovino dans son ouvrage « de l’origine et des fastes des illustres familles d’Italie », imprimé à Venise en 1609, faisait remonter au temps du déluge l’origine de la famille Savelli. Hors ces origines imaginaires, on sait que cette famille possédait sur l’Aventin un domaine fortifié au XIe siècle. Au IXe siècle déjà les Savelli tenaient à Rome une place remarquée et un certain Guido Savelli, trop turbulent aux yeux du pape, fut envoyé en Corse pour y travailler à la pacification de l’île : ses descendants y sont demeurés jusqu’à ce jour, constituant désormais la seule branche subsistante de la famille.

A compter du XIe siècle, les Savelli devaient donner deux grands papes à l’Eglise : Honorius III (1216-1227) et Honorius IV (1285-1287), et une suite importante de cardinaux. Les Savelli furent mêlés aux grands évènements de l’histoire de la papauté et du monde latin, tour à tour ambassadeurs, chefs militaires, sénateurs ou médiateurs. Une visite aux monuments civils et aux innombrables églises de Rome peut suffire à donner une idée de la place importante de cette famille dans l’histoire de la ville : leur blason figure partout.

Il s’agit d’un « écu coupé, le chef d’argent à deux lions affrontés de gueules, tenant entre leurs pattes une rose de même, surmontée d’un oiseau aussi de gueules ; et la pointe bandée d’argent et de gueules de 6 pièces, et une face d’or brochant sur le tout, chargée d’une anguille d’azur ». La dernière demeure des Savelli se trouve tout près du palais, dans l’église de l’Ara Coeli, à l’emplacement du temple de Junon. Un sarcophage antique occupe le centre du monument.

La généalogie de cette famille Romaine, de 1150 à 1712, est détaillée par le Chanoine Léviste dans son article. Le dernier du nom, Jules Savelli, prince d’Albano, duc de Venafro et de Marsi, grand d’Espagne, Chevalier de la Toison d’Or, Maréchal de la sainte Eglise, est mort sans postérité à 87 ans le 5 mars 1712. Plusieurs copies de lettres du XVIIIe siècle, conservées dans des archives familiales du Colombier à Etais-la -Sauvin , font allusion à la correspondance échangée entre les Savelli de Puisaye et le Prince Jules Savelli (et son frère le Cardinal Paolo Savelli), dont ils sollicitaient les faveurs.

Peu après la mort du prince Jules Savelli, se présenta à sa veuve un gentilhomme Français se faisant fort de prouver qu’il était le seul héritier du nom, des armes, des titres et des biens des Savelli, celui qui désormais allait signer ses lettres du nom de « Prince Dominique Philippe Savelli ». Il est en cette année 1715 âgé de 62 ans ( ?) . Un modeste document de la bibliothèque nationale brièvement rédigé par d’Hozier signale cet épisode. Malgré une recherche et un échange  de correspondance important, conservé à la Bibliothèque Nationale au dossier Savelli, il fût impossible au prince Dominique Savelli d’établir avec certitude sa filiation avec les Savelli romains, et sa téméraire tentative échoua.

Au vu de ce que nous connaissons aujourd’hui de cette généalogie, il semble qu’il eut été pour lui plus juste, et plus sage,  de se rattacher  par son bisaïeul Horace Savelli, premier du nom en France, non pas à Giovanni Savelli, maréchal du Conclave, époux de Livie Orsini en 1601, et grand oncle du dernier prince défunt, mais à Giovanni Savelli de la génération précédente, soldat de Cosino Premier, et dont on ne connaît que les activités durant la guerre de Sienne au XVIe siècle. Mais bien sûr les prétentions alors devenaient moindres. Quoi qu’il en soit, le Prince Dominique Savelli ne revint pas en Puisaye: les registres paroissiaux ne gardent aucun souvenir de lui. Dans les archives du Colombier, à Etais- la- Sauvin, une note manuscrite informe, de la fin du XVIIIe siècle, signale qu’il serait resté discrètement à Rome et y serait mort en 1741. Cependant, un troublant document laisse supposer que malgré cet échec les parents français ne furent pas oubliés dans le partage des biens du prince Jules Savelli. Il s’agit d’une donation entre vifs faite le 26 avril 1716 par demoiselle Elisabeth de Richouffz, … « cédant ses droits mobiliaires et immobiliaires qui lui étaient échus par le décès de Très Haut et Très Excellent seigneur le prince Jules de Savelly…sur toutes les principautés, duchés, comtés, terres et seigneuries…qui étaient tous situés hors de France dans les Etats de l’église, de sa majesté Impériale… »

C’est en 1562 que la présence de Savelli est notée à Toucy, en Auxerrois. Horace est présent au baptême de sa fille Edmée le 9 mars 1562, née d’une première alliance dont on ne connaît rien de plus. Pourquoi ce Savelli « natif de Rome et retiré en cestuy nostre royaulme pour y finir ses jours » aux dires des lettres de naturalité accordées en mars 1593 par Henri IV est-il venu s’installer à Toucy? La réponse a été apportée par une lettre adressée au cardinal Jules Savelli en 1641 par la mère Anne de Richouffz de St-Michel, du couvent de Chaillot, petite fille de « Messire Horace de Savelli ». Elle nous apprend qu’à la mort de Horace, son oncle était très jeune ; c’est de la bouche de son ami intime Mr de Richouffz, oncle de la mère Anne de Richouffz, qu’il apprit que Horace s’était battu en duel avec un grand seigneur d’Italie, et qu’il l’aurait tué sur place, l’obligeant à se réfugier en France où il vint avec un seigneur d’Italie nommé Gonzagues de Médicis. Quelques temps après, le Comte de Chaume, ayant été ambassadeur à Rome, connaissant son extraction, le pris avec lui et le maria en 1590 avec mademoiselle Charlotte de Montbeton, fille de Guy de Montbeton écuyer, seigneur de Celles en Champagne, et de Champeaux, fief situé sur la commune de Toucy. Ce mariage l’obligea à faire un séjour en France ; le Roi Henri IV lui donna ses lettres de naturalité, en le reconnaissant issu de l’illustre race des Savelli. La mère Anne de Richouffz note par ailleurs la similarité des armes utilisées par son grand-père (cachet de lettres) et des armes des Savelli Romains.

La généalogie des Savelli Auxerrois a été établie d’après les registres paroissiaux de Toucy, Thury, Lainsecq et Etais- La- Sauvin.

Horace Savelli eut une fille d’un premier mariage, et six enfants du second, dont Charlotte Savelli, mère d’Anne de Richouffz, Charles Savelli né en 1595 et François Savelli.

Charles Savelli est écuyer, capitaine des gardes du maréchal de Chatillon, et parrain à Toucy en 1647. Il aura quatre enfants dont Philippe Alexandre, parrain à Toucy en 1646 et décédé en 1698. Ce dernier est écuyer, seigneur de Champeaux et de son mariage avec Elisabeth de Biencourt est issue la branche « de Savelle » qui s’éteint à Toucy en 1745.

François Savelli est né en 1601. Il eu 6 enfants de son épouse Françoise de Soyer, dont Dominique Savelli, et Charlotte et Anne Savelli, toutes deux citées dans la généalogie de d’Hozier.

Dominique Savelli,  fils du précédent, est écuyer, seigneur de Champeaux en partie et de la Grangette. Il est déjà mort en 1712. Il épousa à Thury le 25 février 1667 Jeanne de Drouard, dame du Verger, fille d’Edme de Drouard seigneur de Curly, dont il aura quatre enfants, dont François Savelli, Dominique Philippe Savelli dit « le Prince », parti pour Rome pour briguer la succession des Savelli Romains, où il mourut, et Laurent Dominique Savelli, capitaine au régiment Royal Rousillon , Cavalerie en 1740, chevalier de Saint-Louis, qui épousa en 1749 Jeanne Françoise de Richouffz et mourut le 27 novembre 1765.

François Savelli, petit-fils du premier, est seigneur de Maupertuis en 1709-1726, et de la Guirtelle (Lainsecq). Il fût baptisé à Thury le 20 novembre 1670, et mourût chez sa fille dans le domaine du Colombier à Etais-la -Sauvin à un âge très avancé pour l’époque, en 1761.

domaine du Colombier à Etais-la -Sauvin

Il épouse le 31 Août 1706 à Brosses Elisabeth de Burdelot, fille de François de Burdelot écuyer seigneur de Fontenille, et de Marie de la Bussière. Veuf neuf ans après son mariage, il aura 4 enfants légitimes dont seules deux filles auront descendance : Marie Elisabeth, baptisée à Thury le 20 novembre1706, qui épouse à Lainsecq le 17 février 1722 Bon de la Borde, écuyer, seigneur du Faye et de Montillot ; Marie-Jeanne, baptisée à Thury le 19 novembre 1707, décédée au Colombier à Etais-la -Sauvin , domaine de son époux, pendant la révolution ; elle avait épousé le 7 janvier 1727, à Lalande, Nicolas François de Mullot de Villenaut, et son fils Louis Nicolas Mullot de Villenaut, marié à Elisabeth de la Borde, est l’ancêtre des Mullot de Villenaut  d’aujourd’hui.

le château de Montillot

Mais l’étude des registres de Montillot nous apprend que le 10 février 1749, lors de la publication des bancs de son mariage avec Claudine Guttin, un dénommé Morice Guiard né le 22 septembre 1721 de Marguerite Guiard demeurant à Etais-la -Sauvin, servante chez madame de Villenaut, et de père inconnu, ainsi qu’il apparaît sur son acte de baptême à Lain, près de Lainsecq, ce dit Morice Guiard est reconnu par son père François Savelli, écuyer à Etais-la -Sauvin, qui lui donne son nom. Sa femme ne survivra pas à sa seconde grossesse, ni ses enfants. Il épouse en seconde noces Jeanne Guilloux, en 1805, dont sont issus les derniers Savelly de Puisaye, orthographié en « Y », domiciliés à Montillot, et dont l’arbre généalogique avait été dressé d’après les registres conservés en mairie jusqu’à une date récente.

Pour la petite histoire, on note que c’est le 24 Juillet 1750, soient 17 mois après la reconnaissance de Morice Guiard-Savelli, qu’est dressé un acte de succession-partage entre vifs de François Savelli en faveur de ses deux filles, veuves, Jeanne de Savelli et Marie-Louise de Savelli « …ses deux filles et ses seuls enfants et héritiers …», conservé dans les archives du château à Montillot. Moyennant quoi les relations entre les deux branches légitime et illégitime de Montillot ont été normalisées, puisque l’on retrouve des parrains et marraines de la première pour la seconde, dans les générations suivantes…

Acte de Succession-Partage

des biens de François Savelli entre ses deux filles Marie-Louise et Jeanne

Monteliot 24 Juillet 1750

(traduction)

L’an mil sept cent cinquante le vingt quatre / Juillet a Monteliot après midy, en la maison de dame Marie Louise / de Savelly, veuve de Messire Bon de la Borde, et pardevant moy Vincent / Baudot, nottaire royal résidant et etably a Vézelay soussigné expres mandé / avec mes témoins cy bas nommés, est comparu en personne Messire / François de Savelly ecuyer Seigneur de Mauperthuy demeurant a present / a Monteliot chez laditte dame de la Borde, sa fille, lequel se voyant avancé / en age, et désirant laisser la paix dans sa famille, et craignant / la division entre les deux dames ses filles cy après nommées au sujet / du partage de ses Biens, il a résolu de son vivant de faire le partage / des Biens dont il jouy actuellement, Entredames Marie Louise / de Savelly, veuve du Sieur Bon de la Borde, et Jeanne de Savelly, / veuve de Nicolas Mulot ecuyer Seigneur de Villenault, Capitaine de Cavallerie / au Régiment Daumon, ses deux filles et ses seuls enfans et héritières / Pour a quoy parvenir, il a ordonné aux dittes dames ses deux filles / de faire entre elles l’estimation de ses biens dont elles ont connoissances / plus particulières que luy même. A quoyayans obeÿ, elles en ont / fait deux lots qui ont été tirés au sort par un enfant passant. /

Le premier desquels est écheu a la ditte dame Marie Louise de Savelly et sera / composé des biens cy après

Scavoir de la Terre et  Seigneurie de Mauperthuy, en quoy qu elle consiste / sans aucune reserve, seituées en la parroisse de Druye Election de Clamecy, / Monnante de Monsieur le Duc de Nevers, consistante en un domaine sans / bastiments, en un Terrier, Terrages, Bois, Buissons, chaumes et / Terres vaines et vagues.

Plusen un contract sur le Trésor royal suivant la quittance de finance / du quatre mars mil sept cent un, créé par Edit du mois de décembre mil sept / cent, produisant actuellement suivant la déduction par arrest du conseil du / onze octobre mil sept cent vingt trois, quatre vingt quinze livres cinq sols , lequel / contract quittance de finance, et arrest de reduction, le dit Sieur de Savelly a déclaré …///

///…estre actuellement entre les mains de Monsieur le Marquis Danlezy qui en / couche les arrérages depuis quelques années pour ledit Sieur de Savelly qui / a déclaré que le dit contract sur le Trésor Royal est, autant qu’il peut se le / rappeller, de la somme de deux mil cinq cent livres en principal.

Plus un contract de constitution de rente de vingt cinq livres par an au / vingt trois janvier, au principal de cinq cent livres créé au proffit du dit Sieur / de Savelly par contract reçu Joynon et Collin, nottaires, le vingt trois / janvier mil sept cent trente, controllé à Thury  le trente un du dit mois / par le Sieur Jacques De la Coudre, ecuyer, capitaine au régiment de Lachenelays, demeurant a Grangette, parroisse de Thury.

Plusd’une autre rente de cinq cent livres de principal aux arrérages / de vingt livres par an et deux poulets, payable au jour de Saint André / de chacque année, reconnue au proffit du dit Sieur de Savelly par contract / receu Bertrand, nottaire au duché de Nivernois, résidant a Tingy le / onze Septembre mil sept cent vingt six, controllé a Druye le vingt un / du dit mois par Trémeau, par Jean Goubinat, laboureur demeurant a la / Fontenelle, parroisse de Tingy; et en trois cent livres de soulte qui seront / payées par le lot cy après, ainsy et comme il sera dit.

Le Second Lot  est echeu a la dite dame Jeanne de Savelly, veuve Mulot / de Villenaut, et sera composé du bien de la Guiretelle, parroisse de Linsecq, / consistant en bastiments, prez, terres et vignes sans en rien excepter n’y / reserver, tel et tout ainsy qu’en a jouit le dit Sieur de Savelly, et qu’en / jouy actuellement ou doit jouir Edme Petit, fermier actuel, lequel lot rendra / et resoultera pour plus value au premier lot la somme de trois cent livres qui / seront payés au premier lot arrivé a la ditte dame veuve de la Borde après / le déceds du dit Sieur de Savelly; et faute de payer et rembourser les dits trois cent / livres trois mois après le dit déceds les interests au taux de l’ordonnance en seront // payés a compter depuis le déceds .

Les dettes que peut devoir le dit Sieur de Savelly sont a la charge des dittes deux / dames ses filles par moitié, et seront par elles payées après son déceds .

Se réserve positivement le dit Sieur de Savelly la jouissance sa vie durant / de tous les biens qui font la matière du present partage.

Ce fait, le Sieur de Savelly a fait venir les dittes deux dames ses filles ausquelles / de son ordre j’ay fait lecture en presence de mes témoins cy bas nommez …///

///… du partage cy dessus, et après avoir ouy la lecture, elles ont humblement / remercié le dit Sieur de Savelly leur père, loué, approuvé et ratiffiés le dit / partage et consenty chacune vis a vis d’elle qu il  ayson execution, sauf l’usufruit / des dits biens au dit Sieur de Savelly sa vie durant, se demettant dès a present / en faveur de ses dittes filles de la propriété des dits biens partagés, se reservant,/ de jouir et disposer des revenuës d iceux pendant sa vie ainsy qu’il  … , / ce qui a été unanimement consenty, convenu et accepté, entre toutes les partyes / qui ont déclarés que les biens présentement partagés sont de valeur y / compris les rentes, de neuf mil livres. Les lots seront garantis les uns / envers les autres de la garantie ordinaire. Car ainsyet ce promettant, et ce obligeant et ce renonçant, fait, lû et passé audit Monteliot en la maison / de la ditte dame Veuve de la Borde en présence de Me Claude Grossot de Vercy / conseiller du roy, Elu en l’Election de Vézelay, demeurant audit Vézelay, et de / Claude Porcheron, taillandier, demeurant en ce lieu de Monteliot, témoins / a ce requis et appellés qui ont signés avec les dittes parties et moy nottaire / susdit et soussigné. Ainsy signés a la minutte des présentes F.Savelly, / Savelly de la borde, Savelly de Villenaut, Grossot de Vercy, C.Pourcheron, / et Baudot, nottaire susdit et soussigné. A la marge est écrit « Controllé / a Vézelay le vingt huit Juillet mil sept cent cinquante, receu cinquante / quatre livres douze sols, sauf le suplément de drois de controlle a percevoir / sur l’excédent qui se trouvera de dix neuf cent cinq livres, principal de la rente / de quatre vingts quinze livres cinq sols, qui est surement d’un plus hault / principal, par la quittance de finance du quatre mars mil sept cent un, / énoncée audit partage , qui sera représentée en ce bureau a cet effet le plus / promptement que faire se poura par la dame de Savelly veuve du Sieur de la Borde .

Ainsy signé Duverger avec paraphe

                                                                                                  BAUDOT

…je reconoist avoire resue de madame de Vilenot ma tante ma portion des troix sans livere portée aus presand partage dou je la tiens quite

aux Coulonbier ce senque novambre mile sept cent souesante e un

                                                                                                   Boulé  

…nous sousigné Elizabete et Françoise de la Borde reconnaissons avoir reçu de madame de Villenaut notre tante la somme de deux cent livres portés au presant partage Sous quitance a Monteliot ce onze septembre mil sept cent soixante dix

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Montillot…et ses environs, de l’an 1500 à l’an 1800

André Buet †, mars 2017

« Après une longue période de guerres, de luttes intestines, de peste et de famine, la fin du 15ème siècle et le début du 16ème se présentent pour le royaume de France comme un retour à une ère de prospérité »(cf B.PUJO)

La riche Italie attire les convoitises ; sous le prétexte de reconquérir d’anciennes possessions, nos rois successifs Charles VIII, Louis XII et François 1er, franchissent les Alpes avec leurs chevaliers, atteignant Florence, Rome et Naples. Mais leurs victoires sont sans lendemain, en face de la puissance grandissante de Charles Quint et de son « Saint Empire Romain Germanique ». François 1er est fait prisonnier à Pavie en 1525 ; il est libéré par le traité De Madrid en janvier 1526.

En 1521, allant de Sancerre à Avallon, François 1er avait fait étape à Vézelay. L’abbé Dieudonné de Beduer sollicita auprès de lui la sécularisation de l’abbaye, l’affluence des fidèles étant de plus en plus incompatible avec la solitude permettant le respect des règles monastiques. Ce n’est qu’en 1537 que le pape Paul III accéda à cette demande présentée par le roi de France. La Madeleine devint une collégiale avec 12 chanoines et un abbé séculier.

Monteluot et ses fortifications (cf «Les fortifications de Montillot accordées par François 1er »).

Des places fortifiées existent depuis longtemps dans les vallées : autour de Vézelay et de sa position dominante, Pierre-Perthuis, Saint-Moré, Chatel-Censoir…

Mais même les villages « de l’intérieur » étaient perturbés :

–       Les guerres entre le roi de France et le duc de Bourgogne ont fait de l’Avallonnais, aire frontalière, une zone de combats.

–       Les multiples trêves libéraient des combattants qui, désoeuvrés et sans ressources, se répandaient dans les campagnes.

–       Des famines dues aux mauvaises récoltes jetaient sur les routes des milliers d’indigents, volant ou diffusant des maladies.

–       Pour éviter la contagion dans les périodes d’épidémie – surtout de la peste …- on exilait les malades à l’extérieur des bourgs…

La plupart des villages de la région ont donc obtenu du roi, entre 1520 et 1550, des « lettres patentes » les autorisant à se protéger par de hauts murs et des portes fortifiées : Tharoiseau, Asquins, Voutenay, Précy-le-Sec, Pontaubert…

Montillot, cadastre Napoléon

C’est en juin 1527 que les « habitans et manans » de Monteluot adressent leur supplique au roi François 1er. Celui-ci demande une enquête au bailli d’Auxerre et l’accord final est donné en octobre…Murailles, tours, fossés, canonnières, ponts-levis, barbacanes…sont autorisés.

Mais ces constructions devaient être faites sans subventions, au frais des villageois. En examinant les vestiges actuels, on ne peut donc s’étonner de la modestie de la solution retenue : un simple mur, – dont le tracé a imposé le dessin du village jusqu’au 19ème siècle -,avec des portes, aujourd’hui disparues, permettant le contrôle des entrées et sorties…

Les guerres de religion dans l’Avallonnais.

Au cours de la 2ème moitié du 16ème siècle, Vézelay « redevint une place forte, un lieu de violence et de haine ».

Le moine Luther, initiateur d’une « religion épurée », avait été excommunié en 1520. Ses idées avaient été reprises et développées par Calvin, qui s’était installé à Genève comme « pasteur de l’Eglise protestante ». En 1536. Il y fut rejoint par des disciples, dont Théodore de Bèze, originaire de Vézelay.

« Le protestantisme s’est implanté très tôt dans les vallées de l’Yonne et de la Cure, dans l’Auxerrois et le Morvan »(B.PUJO)…et les persécutions commencèrent (cf E.PETIT) :

En 1538, un médecin et sa femme « accusés d’hérésie et de secte luthérienne », sont brûlés à Auxerre, place de le Fénerie.

En 1542, un gibet est dressé à demeure à Vermenton.

Quelques années plus tard, le château de Girolles fut pris par une troupe d’environ  300 protestants qui rançonnèrent les habitants de la région.

Des églises réformées s’installent, en 1547 à Corbigny, en 1555 à Vézelay.

En 1560, la collégiale de Vézelay échoit à Odet de Coligny, cardinal de Châtillon ; en 1561, après avoir assisté au colloque de Poissy, – où Catherine de Médicis réunit en vain des responsables catholiques et protestants -, il se convertit à la religion protestante, est excommunié en 1563 et rallie l’armée huguenotte.

En mars 1569, une troupe de 12000 protestants s’emparent de Vézelay, puis, pillant et rançonnant les environs, prennent « Mailly-le-Château, Mailly-la-Ville et quelques forteresses de la Puisaye mais échouent devant Joux-la-Ville ».

A Asquins, ils massacrent le curé, ainsi que « des religieux franciscains et des catholiques réfugiés dans l’église ».

Après la paix de St Germain (8/8/1570), la garnison protestante de Vézelay rejoint La Charité, place forte accordée aux protestants par Charles IX.

Le 24 août 1572, St Barthélemy, à Paris, massacre de chefs protestants et de leurs partisans, plus de 3000 victimes.

La France se divise, entre des « ultra-catholiques » qui créent la « Sainte-Ligue » autour du Duc Henri de Guise, et le parti protestant, dirigé par Henri de Bourbon, roi de Navarre, – futur Henri IV .

Vézelay, avec comme abbé Louis de Guise, et en 1585 Joachim de Rochefort comme gouverneur, devient un bastion de la Ligue.

« En 1587, des Suisses et des Allemands, alliés des Protestants, traversent la Bourgogne et rançonnent Tonnerre, Mailly-la-Ville et Vermenton » (cf PUJO).

Le duc de Guise est assassiné en décembre 1588.

Une bataille près de Montillot  (cf PETIT et BAUDOUIN) : Au printemps 1589, un officier ligueur, François de Beaujeu, sieur de Jaulges, part d’Auxerre avec des troupes – infanterie, cuirassiers à cheval, arquebusiers et 2 pièces de canon -, et pour mission de conquérir les petites places de l’Auxerrois et de l’Avallonnais. Visant d’abord Mailly-la-Ville, il pille Migé et Chastenay. François de Rivière, seigneur de Champlemy, lieutenant général pour le roi en Nivernais, avait mis une cinquantaine de soldats pour défendre Mailly-la-Ville.

Joachim de Rochefort, gouverneur ligueur de  Vézelay, venu par le Sud vers Mailly, fut rejoint par les ligueurs d’Avallon, et « un engagement meurtrier eut lieu près de Montillot contre les troupes royalistes de Champlemy » (16 juillet 1589). La petite garnison de Mailly-la-Ville se rendit sans combat. Ensuite les Ligueurs incendièrent le village d’Annay-la-Côte et massacrèrent les habitants. L’approche de troupes royalistes les obligea à renoncer à attaquer Girolles et à se replier sur Auxerre.

 Le 1er août 1589 Henri III est assassiné par le moine Jacques Clément. Le 11 août, le duc de Nevers attaque le bourg fortifié d’Asquins, qui fut « livré au pillage et la garnison passée au fil de l’épée » (cf CHALLE). L’attaque de Vézelay est suspendue.

En 1590, Edme de Rochefort succède à son père et reste attaché à la Ligue jusqu’en 1593 et la conversion d’Henri IV ; les garnisons de Vézelay et Mailly-le Château se soumettent. Les habitants d’Avallon s’entêtèrent plus longtemps et ne cédèrent que le 31 mai 1594, par l’entremise d’Edme de Rochefort qui, après avoir franchi la Porte Auxerroise, fut « reçu par Sébastien FILZJEAN, le plus ancien avocat de la ville » (cf E.PETIT).

Mais le pays reste peu sûr ; plusieurs « capitaines » travaillent pour leur compte, pillant les villages…

Finalement, les royalistes reprennent en 1595 Epoisses, Montréal, Thizy, Girolles, Noyers, Arcy, Tharoiseau, Mailly-la-Ville, Châtel-Censoir…

Les guerres de la Ligue se terminent…mais en 1596 «  la peste sévissait avec une grande recrudescence à Avallon »… « les habitants se retirèrent dans les pays voisins » (cf E.PETIT), comme en 1588. ( d’autres épidémies ont été signalées en 1577, 1583 et 1586).

Après l’Edit de Nantes (13/4/1598), « la paix revient dans les campagnes » (cf PUJO) , et ensuite « les importants évènements qui se sont déroulés dans le royaume au cours du premier tiers du 17ème siècle n’ont guère eu d’écho sur la colline de Vézelay : l’assassinat d’Henri IV (1610),la régence de Marie de Médicis, la prise de pouvoir du jeune Louis XIII »…(cf B.PUJO). 

Les documents administratifs

Le 16ème siècle est marqué par le perfectionnement des organes de gouvernement, qui « donnent aux rois les moyens d’exercer leur autorité absolue » (cf Hist. Louis Girard).

Des lois organisent l’armée, les finances, la justice.

En 1539, par l’Ordonnance de Villers-Cotterets, François 1er prend 2 mesures importantes : il crée un « état-civil » en prescrivant aux curés d’enregistrer les baptêmes et les enterrements. Et il favorise l’unité linguistique du royaume en ordonnant l’emploi du français à la place du latin dans les actes judiciaires.

Tout cela s’ajoutant à l’expansion de l’imprimerie depuis le siècle précédent, bouleverse les conditions de transmission du savoir et élargit les publics.

Les actes administratifs  en particulier  se traduisent par des documents écrits, paraphés par des responsables, et archivés.

Plusieurs siècles plus tard, il nous est donc possible de  retrouver dans les rayons de nos « Archives départementales » – et, plus récemment, sur Internet – des actes de naissances, de mariages et d’inhumation, des contrats d’achat et de vente de propriétés….qui permettent de reconstituer la vie des familles de nos villages.

Enfin des nouvelles de Montilliot…ou Monteluot

En examinant systématiquement les Archives de l’Yonne, on a pu trouver et déchiffrer des documents de cette époque, relatant des évènements concernant des habitants de notre village.

L’impôt dû au curé par les paroissiens

On a – sous la cote ADY G2547 – une copie faite en 1722 d’un rapport de l’huissier de Vézelay Gabriel MILIER, « sergent royal à cheval », venu le 22 décembre 1571 faire connaître à chacun des chefs de famille de Montilliot la sentence du 7 août précédent prononcée par la Cour du Parlement de Paris, leur ordonnant de payer à la « vénérable et discrète personne Me Philipe Broté prêtre Bachelier en droit curé de l’Eglise paroissiale de la Ville et fauxbourg de Montilliot », « pour 3 années d’arrérages échues » :

  • Pour ceux d’entre eux « laboureurs et menans charrues », au nombre de 31 nommés: «  par chacun an au jour et fête de Saint-Rémi », « une quarte de blé seigle » et «  5 deniers tournois ».
  • Pour ceux « non labourans n’y menans charrues », au nombre de 54 nommés, « une quarte d’avoine » et 5 deniers. 

Incident aux Magnes-Vattaire

En 1595, le jour de la Pentecôte, Gilles Gay, Edme Laboureau et Gabriel de Lannes, armés de pied en cap, creusent des fossés pour détourner l’eau de la mare située aux Magnes-Vattaire,- propriété des chanoines de Vézelay -, et pour en détourner les poissons. Ils sont poursuivis par le bailli de Monteliot, puis par celui d’Auxerre…

17ème siècle  

Familles nobles du Vézélien.

Les Longueville et les La Borde

De nombreux documents conservés dans les archives privées du « château » de Montillot (maintenant déposés à Auxerre – fonds YAHER) ont pu être exploités, nous permettant de mieux connaître les familles nobles de notre région et leurs propriétés.

Par exemple, par un acte de 1614, le notaire T. PERNOT, de « Montelluot », établit un contrat d’amodiation (location avec bail), du moulin de Fontenille par son propriétaire Philippe de BURDELOT, « escuyer, seigneur de Fontenilles-les Forests (aujourd’hui le domaine de la COUR), paroisse de Brosses », au meunier Nicolas JOSMIER.

A partir de 1639, on trouve, rédigés et signés de Jean PERNOT, puis de Estienne GROSSOT, la plupart des documents de constitution du patrimoine terrien de cette petite noblesse locale.

On commence par Jacques de LONGUEVILLE, seigneur de Sarrigny (près de Poilly sur Tholon) qui, en 1639, habitait « en partie » à Montelluot

Il avait épousé Barbe de LA BORDE.  La Borde est aujourd’hui encore une grande bâtisse isolée, dans une petite plaine de cultures, au milieu des bois, à 2,5 km à l’ouest d’Asquins et à 4 km au sud de Montillot. Les LA BORDE ont pris le titre de « seigneurs de Montelluot » (sans qu’il s’agisse d’un « fief », les abbés de Vézelay restant les vrais « seigneurs »).

Un partage fait par Me Léger PINARD, notaire à « Asquien », le 29 Mars 1640, a attribué à Barbe de LABORDE un huitième des propriétés dites alors de « La Borde Roncin » ou « la Vieille Borde », comprenant bâtiments, vergers, jardins, colombier, terres, prés, bois, buissons et bestiaux, ceux-ci tenus par le métayer Estienne FORESTIER.

En juin 1639, Jacques de LONGUEVILLE avait acheté quelques terres, puis un ensemble plus important de propriétés, bâtiments et terres attenantes au lieudit « Toucheboeuf », – qui porte encore ce nom aujourd’hui – et qui était alors considéré comme un faubourg de « Montelluot », puisque situé au-delà du « Chemin de Ronde ». Il s’agit de l’emplacement du manoir actuel, manoir encore appelé « château » par les gens du village.

A l’époque, il y avait là un « bastiment… consistant en trois chambres, grenier dessus, un verger attenant, une cour, aysances et appartenances ». Prix d’achat : 155 Livres Tournois, payées comptant à Jacques JOYAULT, laboureur à Malfontaine, Anne JOYAULT et leurs époux, les précédents propriétaires.

En 1648 : Bon de LA BORDE, frère de Barbe de LA BORDE, habitant jusque-là à La Vieille Borde, achète les terres et bâtiments acquis par de LONGUEVILLE à Montillot de 1639 à 1641, pour 1000 livres Tournois. Il prend aussi le titre de « Sieur du Fez » (ou Fey, ou Faÿ) qui figure dans les actes à partir de mai 1648 (Le bois du Fey – dit aujourd’hui le Fège – est limitrophe des terres de Toucheboeuf).

Le dit « Sieur de LABORDE » habite Montelluot à partir de 1649 et ce jusqu’à sa mort, fin 1661 ou début 1662 ; il achète un certain nombre d’autres terres, la plupart dans le même secteur de Toucheboeuf, tandis que Jacques de LONGUEVILLE demeure à La Brosse Conche (aujourd’hui « la Brosse Conge »), près de Sermizelles.

Le 24 Juin 1659, un contrat d’achat d’une terre de Toucheboeuf à la veuve BERTOU est signé du notaire Jean PERNOT. A partir du 16 Novembre 1659, les actes sont signés « Estienne GROSSOT, nottaire tabellion Royal gardenottes contrôleur Héréditaire » à Montluot. Bon de LA BORDE continuera d’acheter des terres dans la plaine de Monteliot.

Les Savelli

Le 9 mars 1562, a été baptisée à Toucy, Edmée, fille d’Horace SAVELLI.

Celui-ci venait d’Italie, dont il s’était échappé après un duel, laissant pour mort son adversaire; il s’est remarié en 1590 avec Charlotte de Montbeton, de Champeaux, près de Toucy. Il a fait l’objet d’une « lettre de naturalité » du roi Henri IV en 1593. Horace était issu d’une très ancienne famille d’Italie qui, au 11ème siècle, avait donné à l‘Eglise les papes HONORIUS III et IV. Les registres paroissiaux de Toucy, Thury, Lainsecq et Etais-la Sauvin permettent de reconstituer la généalogie des Savelli de Puisaye jusqu’à nos jours. On y trouve plusieurs « seigneurs de Champeaux, Grangette, Maupertuis, la Guirtelle… ».

Certains d’entre eux se sont alliés avec des familles nobles de l’Avallonnais, tels que les BURDELOT, « seigneurs de Fontenille » et les LA BORDE, « seigneurs de Montillot et du Faye ». (NB: c’est le chanoine LEVISTE, de Sens, qui a publié en 1993 dans les Cahiers généalogiques de l’Yonne, un premier article intitulé « Des palais romains aux manoirs de Puisaye ; l’étrange destinée des Princes Savelli » .

Les autres notables

Edme BROTHEY, le curé guérisseur

C’est aux Archives Départementales d’Auxerre que l’on trouve un document manuscrit de 37 pages intitulé « Années 1602-1603. Procès-verbal des témoignages rendus en faveur d’Edme BROTHEY, curé de Monteluot, poursuivi à la requête des chirurgiens et barbiers d’Auxerre, pour raison des cures qu’il a faites ».

Il s’agit du deuxième curé identifié dans notre paroisse à la fin du 16ème siècle.

En plus de son ministère, il utilise largement ses dons de « rebouteux » au profit de très nombreux patients : il les guérit au moyen de manipulations et d’onguents ; il se déplace quand on l’appelle à l’aide ; mais il accueille aussi les malades en son presbytère, les nourrit et les soigne sans rien exiger des plus pauvres…

Dans ce procès-verbal, 15 témoignages sont transcrits par 2 notaires d’Auxerre pour assurer sa défense ; on trouve ainsi un drapier et un vigneron qui ont glissé sur la glace et se sont fracturés l’épaule, une servante tombée dans un escalier, une femme revenant des champs tombant de sa charrette dont le cheval s’est emballé, un charpentier tombé d’un échafaudage…

L’authenticité des personnages cités a été confirmée par l’exploitation des fiches de la Société Généalogique de l’Yonne (« Genea89 N°96).

Le curé COLLAS

Après les curés BROTHEY (ou Broté… ?), il y eut Jean POURCIER, inhumé dans l’église en 1634 ; Denis DELAPLACE, qui a participé en 1648 au baptême d’une cloche ; Edme ( ?) DELAPLACE, cité dans un acte notarié en 1653 ; X…PIOT, cité vers 1654 comme « curé de Montillot, recteur du Collège de Vézelay ; Lazare GOURLET, décédé fin 1671 et inhumé dans l’église ; et, de janvier 1672 à sa mort en novembre 1715, Guillaume COLLAS.

Nous disposons de quelques détails sur le ministère COLLAS aux Archives de l’Yonne, dans le dossier « Abbaie de Vezelai-Cure de Monteliot »(cote H1976) ; les textes originaux en latin , traduits au 20ème siècle, ont été transcrits en 2003 (doc ARCH0314 sous le titre « histoire de l’abbé Collas).

On sait ainsi que sa nomination a été proposée en janvier 1672 à l’abbé de Vézelay par les membres du chapitre de « l’insigne église de la bienheureuse Marie Magdeleine de Vézelay ».

On peut lire aux Archives de Saône-et-Loire un rapport rédigé par le curé Collas vers 1680 à la demande de l’évêque d’Autun sur « l’Estat de la parroisse de l’Eglise de Monteliot » ; « Saint Laurend martir » y est fêté le 6 mai… ; il y a 3 autels, « le grand autel, l’autel de la Ste Vierge et l’autre de Ste Brigide »…Tous les accessoires liturgiques y sont énumérés et décrits : ciboires, calices, chandeliers, chasubles, croix, lampes, images, nappes… « Le chœur de l’église est voûté. La neffe ne l’est pas. Il y a deux cloches…Le cimetière est attenant à l’église, fermé et une croix de bois au milieu »… « Il y a deux cent quarante cinq communians »…

Un autre rapport, daté d’août 1692, précise les ressources du curé desservant : « le revenu est de la portion congrue par composition faicte a l’aimable avec Messieurs du Chapitre de Vezelay qui possèdent les dixmes de bled et revenus de la dite paroisse d’où ils tirent près de six cent livres ». Une précision : « il y a une chapelle ruinée que l’on appelle vulgairement le prioré et qui a onze bichets et demy de bled, moityé froment et avoine, de rente…possédée par Messieurs du Chapitre de Vézelay ».

A citer aussi , deux rapports d’inspection de 1689 et 1692, rédigés par le curé de Saisy, archiprêtre de Vézelay, en présence d’habitants du village, dont « messire Dieudonné de Laborde, escuyer fabricien » ; constat : les instruments liturgiques sont bien entretenus …

Le curé COLLAS et la noblesse locale: l’affaire des bancs de l’église (à partir de 1698).

Chaque dimanche, Dieudonné de la Borde et sa famille – dont son épouse Elizabeth de Burdelot et leurs 4 enfants, avec sa sœur célibataire Germaine de la Borde -, assistent à la messe dans l’église St Laurent.

Depuis plusieurs dizaines d’années, une habitude est prise : en tant que seule famille noble du village, et bien qu’ils ne soient pas les vrais « seigneurs » de ce lieu, ils disposent d’un banc dans le chœur même de l’église. Mais la famille de la Borde, avec ses 4 enfants, devient « encombrante » et le curé COLLAS leur « remontre  que le chœur de son église était fort petit » et leur demande de reculer leur banc hors du chœur. Attachés à leurs privilèges, les de la Borde refusent et les incidents commencent : après des avertisssements en chaire, le curé, aidé par des paroissiens, retire le banc du chœur…Le curé se plaint par écrit à l’évêque d’Autun et de la Borde au Chapitre de Vézelay.

Les moines du Chapitre donnent raison aux de la Borde, tandis que l’évêché paraît sensible à la proximité de « personnes du sexe » vis-à-vis du pupitre du prêtre, parle « d’incommodité et de notable indécence », et propose un partage en deux groupes…

L’application de cette mesure fut très discutée, et on ne sait pas ce qu’il en advint avant le décès du curé COLLAS en 1715…

Pour plus de détails, voir sur le site l’article intitulé « L’affaire des bancs de Monteliot » rédigé en 1996 à partir de documents archivés au « Château ».

Le curé COLLAS rédacteur des registres paroissiaux

En 1539, François 1er avait ordonné l’enregistrement des baptêmes ; en 1579, Henri III exigea la tenue de registres de sépultures et de mariages. En 1667, Louis XIV définit plus précisément la rédaction des registres et prévoit la remise d’un double à l’administration civile ( le baillage). Ce dernier règlement fut mieux respecté, ce qui nous permet aujourd’hui de consulter dans tous nos villages des listes de baptêmes, mariages et décès datant de cette époque…Pour commencer,  le curé COLLAS nous rapporte le 9 avril 1672,  le baptême de 2 jumeaux, Edme et Jacques COUTURIER d’une famille de Tameron.Dans la période qui suit, – 1672 à 1699 soit 28 ans -, il a rédigé pour la paroisse de Montillot 948 actes, dont 467 baptêmes, 100 mariages et 381 sépultures.N.B. : Ces actes, comme ceux des périodes suivantes – jusqu’en 1823 – ont été transcrits dans des cahiers – 8 au total -, dont un exemplaire est déposé à la mairie de Montillot.

Le curé COLLAS et les chanoines de Vézelay

Le roi Louis XIV avait décidé en 1685 que les gros « décimateurs » – ceux qui prélevaient la dîme – devaient donner aux curés des paroisses de leur ressort une somme suffisante pour les faire vivre ; c’est ce qu’on appela la « portion congrue », qui était de 300 livres. Aussitôt que fut publié cet édit royal, le curé de Monteliot fit, par ministère d’huissier, sommer les chanoines de Vézelay de lui payer la portion congrue, s’offrant à abandonner en échange les biens qui dépendaient de sa cure. Le 6 juin 1686, les chanoines déclarent laisser au dit curé les revenus de sa cure et lui abandonnent en outre 30 bichets de grain pour parfaire le total de sa portion congrue.

Les notaires 

Toussaint FERRAND (1633-1704), époux de Marie DE TROTAS, après avoir été huissier royal.

Jean PERNOT a succédé à son père Jean PERNOT en 1634

Estienne GROSSOT : Sur de nombreux actes d’état civil co-existent les signatures du curé Collas de Maître Grossot, notaire et homme de loi, résident à Monteliot, parfois noté marguillier.

18ème siècle

Début de siècle à Vézelay

Dans cette période  « la colline de Vézelay vit entièrement à l’écart de l’histoire du royaume » (B.Pujo). L’abbaye a été attribuée en 1702, sur recommandation de Vauban à l’abbé de Tencin ( ensuite archevêque, puis cardinal, décédé en 1758) . En 1740, après la guerre de succession d’Autriche, arrivèrent à Vézelay et St Père des prisonniers hollandais. Durant l’été 1718, ne disposant pas assez d’eau à Vézelay pour éteindre un incendie, on a dû « défoncer des barriques de vin pour maîtriser le sinistre » ; la municipalité décida ensuite de construire 4 citernes pour recevoir les eaux pluviales…

1700: un nouveau maître est nommé à Monteliot (240 habitants).

…ce sont les archives de l’évêché d’Autun qui nous l’apprennent :  … « Les habitants ont nommé pour marguillier, chantre et maistre d’école dans la paroisse le sieur Guillaume DEFER » ; il sera rémunéré chaque mois par les familles en fonction de leur situation. Il n’est pas précisé si filles et garçons étaient ou non dans les mêmes classes ; l’Eglise ne le permettait pas à l’époque.

Voir détails dans l’article l’école publique à Montillot au 19ème siècle.

Le grand Hiver de 1709

Les historiens ont évalué l’effet des famines autour de 1,3 million de décès pour 1693-1694, et 600000 pour celle de 1709, soit 3% de la population de la France de l’époque. Nous n’avons pas de relation de l’hiver de 1709 à Montillot ; à la différence de certains autres curés, l’abbé COLLAS ne commentant pas l’actualité dans ses registres paroissiaux…

A proximité, nous disposons des « recherches historiques sur Asquins », de l’abbé PISSIER, curé de St Père de 1894 à 1934. Il  rappelle la lourde charge pesant sur le peuple à la fin du règne de Louis XIV et ajoute « le terrible hiver de 1709 mit le comble aux souffrances de tous ».

A partir d’octobre 1708, vent violent, puis pluies continues, alternant avec neige et gelées. « Le 6  janvier 1709, le froid redouble »… « blés et vignes sont gelés »… « pendant 35 jours, le froid est des plus intenses »…. « après ce terrible hiver la famine fut extrême »… « les pauvres ne vivaient que d’herbages et de racines…aussi vit-on partout une grande mortalité »….le 18 avril «  les paroisses de Vézelay, Asquins, St Père, Fontenay et Chamoux s’assemblèrent et allèrent en procession à St Lazare d’Avallon ».

Même constat dans la plupart des villages…Ainsi à Migennes, près d’Auxerre, un chercheur a relevé 11 décès en 1707, 27 en 1708 et 45 en 1709, dont 23 enfants au-dessous de 15 ans.

Plus impressionnants les chiffres fournis par l’historien Max QUANTIN pour Vermenton : « il mourut en cette année 1709, du 1er janvier au 31 décembre, 319 personnes »

A Montillot, il y avait eu une pointe importante en 1704 : 43 décès dont 22 enfants, la cause en est inconnue… seulement 17 en 1708 et 1709, dont 11 enfants (9 de moins de 2 ans…).

état civil de Montillot, 1700-1709

1752- Contestations des habitants de Montillot

Lorsque les habitants du village, à la suite de la sécularisation de l’abbaye de Vézelay en 1537, furent devenus les vassaux des chanoines, ils se crurent affranchis de certains impôts, – droit de bourgeoisie, droits de corvée, taille…-, et refusèrent de les payer à leurs nouveaux maîtres. D’où des contestations périodiques, sanctionnées par des condamnations,  jusqu’à la Révolution.

L’une des dernières, en 1752, concernait le paiement de la taille : le 30 mars, à la requête du Doyen du Chapitre, Jacques DAILLY, premier huissier audiencier à l’Election de Vézelay, apporte à chacun des 55 chefs de famille de Montelliot, l’assignation à payer ce qu’il doit…Le document présentant la liste des destinataires nous permet de connaître les métiers de chacun d’eux (ils sont reportés dans le doc ARCH0303 intitulé  « Noms de familles relevés à Montillot aux 16ème, 17ème et 18ème siècles ») ; on remarque qu’on trouve au bourg surtout des manœuvres, des laboureurs et des blatiers – ou blatayers, des marchands de grains -…et au « Vaudongeon », – alors dans la paroisse d’Asquins -, surtout des vignerons… ; on imagine les « côtats » plantés de vignes à cette époque…

1767- Incident dans les bois de Brosses

Le 18 juin, le troupeau des frères BERTHOUX, laboureurs demeurant à Bouteau, a été surpris par des gardes, en train de paître des jeunes pousses de chêne.

La propriétaire Edmée Françoise de la Borde, domiciliée au « château » de Montillot, fait convoquer les contrevenants devant la « Justice et seigneurie de Malfontaine, Fontenille les Forests, Bouteau et dépendants ». A l’époque de Louis XIV, il y avait en effet à Malfontaine, ainsi qu’au Gué de Combre voisin, de l’autre côté du ru de Brosses, plusieurs maisons, et même un notaire…

Les pièces de ce dossier ont été conservées dans les archives du « château ».

Les BERTHOUX expliquent d’abord qu’ils étaient seulement de passage, évitant un chemin impraticable ; mais au cours d’une visite commune des lieux, ils sont confondus par les gardes. Le 28 août , en audience à Malfontaine, ils sont condamnés à une amende de 15 livres. Ils refusent de payer et font appel auprès du baillage d’Auxerre. Cet appel est jugé non valable à Auxerre et reporté vers le Procureur général du Roy aux Eaux et Forests de France à Paris …Nous ne connaissons pas la suite…( voir plus de détails sur l’article intitulé : « huit bœufs et une vache dans un bois taillis »). Aux Archives de l’Yonne, on trouve le texte d’une sentence délivrée en 1648 par ce même organisme royal pour un délit aussi insignifiant commis dans les bois de Vaulanne….

1768- Anecdote : les habitants du Vaudongeon veulent une chapelle .

L’église d’Asquins, leur paroisse, se trouvant à plus de 3 km, les représentants des 42 ménages du Vaudongeon, avec l’accord de leur curé B.GROGNOT, adressent à l’Evêque d’Autun une « supplique » exposant les difficultés  qu’ils rencontrent, surtout en hiver, pour se rendre à la prière, et demandant la construction d’une chapelle toute proche. En juillet 1768, l’archiprêtre de Vézelay est allé sur place et a reconnu le bien fondé de cette demande.

La chapelle a donc été construite vers 1770.

En fait, cette chapelle, si ardemment souhaitée par les habitants de ce hameau, n’aura été un lieu de culte qu’une vingtaine d’années. Car la Révolution est arrivée, les biens ecclésistiques ont été nationalisés ; l’adjudication définitive de ce bâtiment à Denis COLAS, cultivateur, a eu lieu en 1799.

Le document ARCH0313 présente les détails de cette affaire sous ce même titre, ainsi que la liste des propriétaires successifs jusqu’à nos jours.

1789 – Début de la Révolution. Le cahier de doléances de Montillot.

Les cahiers de doléances ont été écrits, à la suite de l’ordonnance royale du 24 janvier 1789, par la Noblesse, le Clergé et le Tiers-État, pour servir à l’assemblée des États généraux convoqués par Louis XVI, le 1er mai 1789.

Les « habitants de la paroisse et communauté de Montillot » ont donc rédigé un « cahier des plaintes et doléances » pour « proposer tout ce qu’ils croient utile pour le bien général du royaume ».

Le texte intégral en a été reproduit dans le « Bulletin de la Sosiété des Sciences historiques et naturelles de l’Yonne » de 1885.

Retenons-en les points principaux…

  • Il faut supprimer les trop nombreux intermédiaires chargés de la collecte des impôts.
  • Il faut supprimer certains impôts : les « aides » qui gênent le commerce et les « gabelles »qui font le sel « trop cher pour les gens de la campagne ».
  • …Créer un impôt territorial fonction du seul revenu des propriétés.
  • …Simplifier et unifier les procédures de justice, dont la durée «  ruine quelquefois les parties ».
  •  …Que l’impôt appelé « droit de corvée » récemment créé, soit utilisé pour l’entretien des chemins publics.

Le 15 mars 1789, ont signé 17 habitants : P., L. et Charles Carillon ; E. Pernot ; Jean Brisdoux ; C. Guilliou ; Marcelot ; M. Porcheron ; D. et P. Guilloux ;  Pernot ; G. Luly ; A. Mercier ; P. Degoix ; Defert ; Defert (ancien praticien).

1789-1790 – La Révolution à Montillot : nationalisation des biens ecclésiastiques.

Il s’agit d’une décision prise par l’Assemblée Constituante le 2 novembre 1789 dans le but de renflouer les caisses de l’Etat : « Tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la Nation »… Ils prennent le nom de « biens nationaux ». Il en résulte des opérations étalées sur une dizaine d’années au moins : inventaires, estimations et adjudications, avec une comptabilité rigoureuse…

Les biens « nationalisés » appartenaient sous l’Ancien Régime, soit au Chapitre de Vézelay, soit à la cure de Montillot, soit à la fabrique, – organisme de gestion (entretien de la nef et autres biens rattachés à l’église) composé d’un groupe d’habitants élus-.

Les acheteurs sont, soit des bourgeois de la région, soit, souvent regroupés, les paysans et laboureurs du village, nos ancêtres…

Les dossiers de ces opérations sont classés aux ADY-série Q.

On en relève ici les points caractéristiques :

  • Le 1er septembre 1790 : inventaire des biens de la cure et de la fabrique, dont l’église du village et la chapelle du Vaudongeon.
  • En juin 1791, estimation des biens de la cure de Montillot.
  • En décembre 1791, adjudication définitive des biens de la cure de Montillot, partagés entre des notaires de la région et des habitants du village.
  • En juin 1791, adjudication définitive des biens du Chapitre.
  • En janvier 1794, inventaire du mobilier de l’église par un délégué du district d’Avallon.
  • En janvier 1795, adjudication définitive des biens de la Fabrique à des habitants du village.
  • En juillet 1796, adjudication définitive du presbytère (proche de l’église) au citoyen François MAUPIN.
  • En juin 1799, estimation de la chapelle de Vaudonjon.
  • En juillet 1799, adjudication définitive de la « chapelle du Vaudongeon » à Denis COLAS et 3 autres cultivateurs.

1789-1790 : Réorganisation de l’Administration civile.

En novembre et décembre 1789, l’Assemblée Constituante a supprimé les provinces et créé 83 départements divisés en districts et eux-mêmes en cantons.

Le 14 décembre 1789, sont créées les communes.

Vézelay devient chef-lieu de canton, avec les communes de Asquins, Givry, Blannay, Foissy, Pierre-Perthuis, Fontenay, Domecy-sur Cure, Tharoiseau.

Montillot, agrandi du Vaudonjon et des Hérodats, est rattaché au canton de Châtel-Censoir – devenu « Sensoir sur Yonne », qui sera supprimé sous l’Empire (1801).

Le premier maire élu pour 2 ans en janvier ou février 1790, selon la procédure  définie par l’Assemblée Constituante – élection par les citoyens « actifs » imposés au dessus du seuil de 10 journées -, fut Louis Nicolas Marie MULLOT de VILLENAUT, propriétaire du « château » depuis son mariage en 1771 avec Elizabeth de la BORDE, fille de Bon de la BORDE et de Marie Louise SAVELLI .

 Pierre CARILLON lui succède début 1792, et le maire précédent est désigné comme « officier public » chargé de dresser les actes d’état-civil. Ensuite, selon leur disponibilité, on trouve d’autres rédacteurs des actes : Jean PORCHERON, Antoine Jacques DEFERT, Jean BRISDOUX …

1790 : nouvelle organisation du Clergé.

L’Assemblée Constituante, emportée par son élan réformiste a voulu calquer l’organisation de l’Eglise de France sur celle du royaume ; de plus, elle a voulu « libérer » le Clergé de l’autorité du pape, considéré comme « puissance étrangère ».

Le 13 février 1790, les Constituants s’attaquent au clergé régulier : la loi ne reconnaît plus les vœux monastiques perpétuels et supprime les congrégations où les vœux solennels étaient prononcés. Les moines sont incités à démissionner.

Le 12 juillet 1790, une loi définit la « Constitution civile du Clergé » et réorganise le clergé séculier.

Il est créé 10 « arrondissements métropolitains » avec des « évêques métropolitains » et 83 évêques (un par département). A tous les niveaux, les titulaires deviennent des fonctionnaires de l’Etat, élus comme les députés,  et doivent prêter serment « à la nation, à la loi et au roi », sous peine de poursuites. Ces mesures entraînent des troubles importants dans certaines régions. Mais dans le district d’Avallon, 7 prêtres seulement sur 70 refusent de prêter serment…

L’abbaye de Vézelay est particulièrement pénalisée par les lois révolutionnaires .

Le Chapitre, organe de gestion des villages de la « poté », – dont Montillot -, est dissous. Ses propriétés deviennent « biens nationaux » ; l’inventaire en est fait en mars 1790. Les chanoines ne prêtent pas serment, mais ils ne sont arrêtés qu’en 1793 . Dix chanoines sont condamnés à la déportation. Les 2 paroisses de Vézelay, St Pierre et St Etienne, sont dissoutes et leurs églises fermées.

A Montillot, le curé de la paroisse Jacques Anne DESAUTELS, avait succédé à l’Abbé GOUREAU en janvier 1764 . Les actes de baptême, mariage et sépulture sont écrits par lui sur les registres paroissiaux jusqu’en octobre 1792 , l’Assemblée Législative ayant confié aux Municipalités le 20 septembre 1792 la tenue de « registres d’état-civil ». Comme la majorité des prêtres de l’Avallonnais, il a prêté serment à la Constitution.

En juillet 1795, on retrouve l’écriture du curé DESAUTELS, se présentant comme « secrétairegreffier, au deffaut de membre du Conseil Général qui sache écrire ». Il meurt le 18 Août 1796 à Montillot à 78 ans.

Les comptes de gestion de la commune de Montillot en 1789 et 1790.

Ce document a été rédigé puis archivé par son auteur sous le titre « Compte que rend aux citoyens formant le Conseil général de la Commune de Montillot le Citoyen Nicolas Villenaut, maire de la dite commune pendant les années 1789 et 1790 ».

L’exploitation détaillée de ce texte a été effectuée dans le document ARCH9828., sous le titre « comptes de gestion de la commune de Montillot en 1789 et 1790 ».

Il s’agit d’une comptabilité sérieuse des recettes et dépenses :

–       Les recettes proviennent de la vente de coupes de bois communaux.

–       Les dépenses sont liées aux besoins courants de la communauté : entretien des chemins, transport de matériaux, achat de mobilier, paiement des gages des employés, règlement des impôts dus par la commune…

Une autre partie de ces archives réunit les lettres adressées au maire par les autorités de tutelle : il s’agit à cette époque des Services administratifs de la Généralité de Paris, représentés par « le Sieur MACART d’ARC, Sous-Chef du Bureau des Domaines du Roi ».  Les premières lettres de cet organisme sont adressées au ‘Sindic de la Communauté de Montillot et Vaudonjon », et, à partir de 1790, au « Maire de Montillot».

Ce fonctionnaire contrôle dans les moindres détails les comptes de la commune.


Anecdote : 5 avril 1793 – César Lavirotte, futur inspecteur des finances, arrive à pied à Montillot.  

Un historien amateur de Côte d’Or, M. Bernard LEBLANC, – qui s’est intéressé aux personnalités originaires du canton d’Arnay-le Duc -, a attiré en  2003 l’attention de la mairie de Montillot sur la publication récente par les éditions « la Vouivre » d’un ouvrage où notre village était cité.Il s’agit d’un manuscrit ancien rédigé par un dénommé César LAVIROTTE ( 1773-1859), né à Arnay-le-Duc dans une famille de la petite noblesse provinciale, qui, après une formation en école d’artillerie, passa d’abord 17 ans aux Armées, sous le Directoire, le Consulat et l’Empire. Recruté ensuite vers 1810 dans le corps des Inspecteurs du Trésor, il prendra sa retraite d’Inspecteur des Finances 1ére Classe en 1830, puis sa retraite définitive en 1846. Il est élu maire de Champignolles en 1852.Ce sont 2 inspecteurs des Finances qui ont retrouvé son manuscrit à la fin du 20ème siècle.Etant royaliste, il eut quelques problèmes pendant la Révolution, et dut échapper plusieurs fois à des poursuites…C’est ainsi qu’en 1793, il chercha refuge auprès d’un ami de son père, Mr de Villenaut, à Montillot. Il raconte dans ses Mémoires : « Enfin, après trois heures de marche dans ces pays inconnus de moi, j’atteignis le village de Montillot situé au milieu d’une plaine fertile… ».Son récit nous présente des « instantanés » très vivants de l’intérieur d’une maison de Montillot il y a plus de 2 siècles ; les personnages nous sont connus : à côté du maître de maison, son épouse Edmée de la Borde, sa mère Marie Jeanne de Savelly, sa fille Françoise Mullot de Villenaut… L’article du site Internet retrace l’évolution des bâtiments du « Château depuis le 17ème siècle).En octobre 2009, a été commémoré à Champignolles le 150ème anniversaire de la mort de César Lavirotte.

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histoire régionale un peu d'histoires

Montillot et ses environs de l’an 1000 à l’an 1500

A. Buet, mai 2016

1169 : Entrée de Montillot dans l’Histoire

An 1000…Où en sommes-nous dans notre « Vézélien » ?

On a vu que, au tout début du 11ème siècle, une guerre se déroulait dans notre région : le  roi de France Robert II cherchait en novembre 1003 à reprendre le Duché de Bourgogne, dont l’héritage lui avait échappé au profit d’Otte-Guillaume. Avec son allié Richard de Normandie, ils échouent devant Auxerre ; pour se venger, ils ravagent la Bourgogne jusqu’à la Saône, détruisant au passage la place forte d’Avallon et massacrant ses habitants. Finalement, Otte-Guillaume se soumet, et renonce au Duché, qui revient à la France en 1004.

On ne sait si Vézelay et les villages voisins, situés en bordure du Comté d’Avallon, ont été directement affectés par ces batailles… C’est très probable : l’historien Alfred TURGOT écrit au sujet du « Siège d’Avallon » :… « Richard de Normandie occupait la campagne aux environs. Ses soldats, – ou plutôt ses bandes -, mettaient tout au pillage. » Rappelons aussi que le monastère de Vézelay, – fondé initialement au bord de la Cure par donation-testament rédigée en 858 par Girart de Roussillon et son épouse Berthe -, avait été mis sous la protection directe du Saint-Siège, acceptée par une bulle du pape Nicolas Ier de mai 863. Suite à sa destruction par les Normands en 887, l’Abbé Eudes a réimplanté le monastère en haut de la colline proche… Mais le statut privilégié de ce monastère – riche au départ des donations de Girart, et par la suite de celles de riches fidèles -, était mal supporté par les puissances temporelles et spirituelles voisines, le comte de Nevers et l’évêque d’Autun , dont les luttes d’influence ont secoué cette abbaye pendant plusieurs siècles. Ainsi, l’abbé Aimon, élu en 1011, a été chassé en 1027 par le comte de Nevers, remplacé par un moine de l’abbaye de Cluny, puis rétabli suite à l’intervention de l’évêque d’Autun.

Cette richesse très jalousée ne cesse de s’accroître : l’abbé Geoffroy, élu en 1037, a – cf B. Pujo – « l’heureuse inspiration de promouvoir à Vézelay, – en plus de celui de la Vierge Marie -, le culte de Ste Marie-Madeleine, la pécheresse amie de Jésus », avec l’accord du pape Léon X par une bulle du 27 avril 1050. Une autre bulle, d’Etienne X, en mars 1058, attestera même que le corps de Marie-Madeleine était bien dans l’église abbatiale de Vézelay…

Le but poursuivi fut atteint : les pèlerins affluent de toute l’Europe. Des marchands s’installent – cabaretiers, merciers, changeurs…-. Certains, venant de Pologne, Hongrie ou Allemagne se rassemblent à Vézelay pour prendre le chemin de St Jacques de Compostelle. L’église abbatiale ne suffit plus pour accueillir tout ce monde…

L’abbé Arthaud, élu en 1096, lance la construction d’une grande basilique romane ; les travaux ont duré plus d’un siècle, sous les gouvernements des huit abbés suivants, lesquels ont dans le même temps, dû affronter de grandes difficultés de gestion. Toutes les archives relatives à cette construction ayant été détruites, seule la tradition orale nous renseigne sur l’origine des pierres utilisées pour cette construction. B. PUJO nous la rapporte : « la pierre blanche était un calcaire extrait sans doute à Montillot, tandis que la pierre brune, un autre calcaire coloré de l’oxyde de fer, était trouvé à Tharoiseau »….et le matériau destiné aux sculptures venait de Coutarnoux. Un chercheur du Centre d’Etudes Médiévales d’Auxerre, ayant visité il y a quelques années les vestiges de la carrière de notre Crot-Blanc, a confirmé qu’on y trouvait une pierre tout à fait comparable à celle utilisée pour les sculptures du portail de la nef.

Une première partie de la nouvelle église, – chœur et transept -, fut consacrée en 1104 .

narthex et nef de la basilique de Vézelay.

Mais en 1106, les habitants de Vézelay, surchargés d’impôts, se révoltent, et l’abbé Arthaud est tué dans une échauffourée. C’est Albéric, moine clunisien, abbé de Vézelay de 1131 à 1138, qui fit terminer la nef romane.

Son successeur de 1138 à 1161, Ponce de Montboissier, fit réaliser de 1140 à 1150, une avant-nef, ou narthex, très vaste, en fait « une véritable église où les pèlerins pouvaient se reposer ».

Plus tard, c’est Girard d’Arcy, abbé de 1171 à 1198, qui aurait décidé de remplacer le chœur roman par un chœur et un transept de style gothique, technique nouvelle où « l’ogive remplace le plein cintre roman » (l’arc brisé au lieu du demi-cercle).Chœur et transept gothiques ne seront terminés qu’en 1215…

Extension du patrimoine de l’abbaye

Des bulles papales, confirmant les privilèges de l’abbaye accordés en 863, recensent périodiquement son patrimoine. Un groupe de paroisses entourant Vézelay, s’est trouvé petit à petit soumis de fait à l’autorité civile, administrative et judiciaire des abbés.                                                                   

On appelait « poté », – du latin « potestas » = « pouvoir », le territoire ainsi contrôlé par ce pouvoir seigneurial. Des bornes de pierre en marquaient en principe les limites.

1-     Bulle du pape Pascal II, le 21 novembre 1102

Dans le diocèse d’Autun, ce texte énumère, comme possessions du monastère de Vézelay : les paroisses de Saint-Père, de Vergigny ( village maintenant disparu, situé au lieu-dit actuel « Champ des Eglises », près du Gué-Pavé, sur la rive gauche de la Cure), de Saint-Pierre et Saint Symphorien de Dornecy, de St Sulpice d’Asnières, de St Germain de Fontenay sous Vézelay, de St Pierre de Blannay, de St Georges de l’Isle sur Serein, de St Léger de Fourcheret (futur St Léger- Vauban),…

2-     Bulle du pape Alexandre III, le 16 février 1169

Ce document fait état de très nombreuses acquisitions nouvelles de l’Abbaye, situées dans les diocèses d’Autun, Auxerre, Nevers, Langres, Mâcon,  Clermont, Saintes, et même en Italie (Parme et Imola…).

A proximité de Vézelay, – diocèse d’Autun -, sont cités à la suite : le domaine de Précy-le-Sec (« Pressiacus »), avec église et biens, l’église de Givry (« Gribiacus »), le domaine de Voutenay (« Vulturnacus ») et la moitié de ses biens, celui de Blannay (« Blanniacus ») avec église et biens, l’église de Bessy (« Brescia ») avec domaines, granges et revenus, l’église d’Asnières (« Asinarüs ») avec la moitié du domaine…

C’est dans cette liste que l’on trouve pour la première fois « …ecclesiam de Montirueth », que, vu la proximité des autres villages, l’on croit désigner notre actuel « Montillot ».

Le texte de cette bulle ayant été restitué vers 1863 pour le bulletin de la Société des Sciences de l’Yonne (B.S.S.Y.) par Aimé CHEREST, avocat auxerrois, d’après des transcriptions partielles du 15ème siècle, des erreurs de copistes ont pu intervenir…Notre compatriote G. Ducros lirait plutôt « Montirucht » et rattacherait ainsi  ce nom au vieux français « rucht », qui désignait une carrière de pierre…

On a tracé ci-dessous sur une carte ancienne, les contours  approximatifs de la « poté », à cheval sur les comtés de Nevers et d’Auxerre, et limitrophe du duché de Bourgogne.

3- Autres bulles papales

Les bulles de Lucius III du 19 décembre 1182 et de Innocent IV de janvier 1245 confirment les privilèges de l’Abbaye de Vézelay. Elles ne reprennent pas l’inventaire des paroisses, mais insistent sur le principe selon lequel l’abbaye était « exempte de toute juridiction épiscopale », ce qui entraînait l’interdiction  pour l’évêque d’Autun d’officier personnellement dans les églises de la poté, Lucius III en cite explicitement deux, celles de nos villages actuels d’Asquins et Saint-Père, et Innocent IV en cite cinq, celles de Asquins, Saint-Père, Châtel-Censoir, l’Isle-sur-Serein et Montillot… « in ecclesiis Asconii et St Petri,….et in ecclesiis Casti, Insulae et Monterione… », ce dernier nom supposé « romanisé » par un copiste d’origine italienne ( ?) (cf G.Ducros).

Concession de franchises aux habitants de Vézelay. « Charte » de 1137

 L’affluence des étrangers, ainsi que les foires, donnaient, nous dit l’historien Augustin Thierry, «  à un bourg de quelques milliers d’âmes, une importance presqu’égale à celle des grandes villes du temps »…

Mais quelle était la situation sociale des paysans et ouvriers de l’époque ?

 L’abbé Pissier, dans ses « Recherches historiques sur Asquins », – publiées par la S.E.A en 1908 – nous rappelle que « les conquérants romains avaient totalement supprimé les petits propriétaires fonciers de la Gaule, et à tous les vaincus ils avaient imposé des conditions absolues ». Même situation après l’invasion des Burgondes et des Francs : «  le peuple, au milieu de ces bouleversements, était resté esclave, c’est-à-dire n’ayant ni famille, ni maison, ni terre, ni patrie »…Avec l’avènement du christianisme, «  l’Eglise prit à cœur la défense des opprimés », et petit à petit « à l’esclavage succéda le servage ».

Ce qui représentait un grand progrès, car les serfs avaient alors « une famille dont les membres étaient unis par des liens sacrés, une maison plus ou moins commode, des terres à cultiver pour le compte du seigneur, mais sur lesquelles ils vivaient, et qui étaient leur petite patrie : il ne leur manquait que la liberté de disposer de cette terre et de cette maison ».

 Donc en ce début du 12ème siècle, la situation des habitants des principales localités de la « poté » fut ainsi décrite par David Boudin, dans ses « Pages d’histoire du Moyen Age » : « Quoique serfs de l’abbaye de Sainte-Madeleine, les habitants de Vézelay et de Dornecy, à mesure qu’ils s’enrichirent par l’industrie et le commerce, avaient vu s’améliorer graduellement leur condition civile ; ils étaient devenus, à la fin, propriétaires d’immeubles qu’ils pouvaient vendre, donner ou léguer, il est vrai sous diverses conditions, et pour eux le servage  se trouvait réduit à des redevances plus ou moins arbitraires, à des taxes gênantes pour l’industrie, et à l’obligation de porter leur pain, leur blé et leur vendange, aux fours, moulins et pressoirs publics, tous tenus ou affermés par l’abbaye à laquelle ils appartenaient »… 

Il n’est donc pas surprenant que les révoltes des « bourgeois de Vézelay » furent de plus en plus fréquentes. C’est dans le but d’apaiser les relations entre l’abbaye et les habitants, que l’abbé Alberic – déjà cité -, organisa en 1137 une rencontre où les « bourgeois » purent exposer leurs griefs, en présence d’arbitres, tels que l’évêque d’Auxerre et les abbés de Pontigny, Rigny, Tréfontaine et Clairvaux. En conclusion de leurs échanges, Alberic a rédigé une charte, résumant leurs points d’accord . Cette énumération évoque avec réalisme la nature et le style des relations quotidiennes entre l’abbé et les habitants de la poté:

  • droit de gîte : les bourgeois devront loger tous les hôtes de l’abbé les jours de fêtes, une année sur 2…et non pas un année sur 4 comme ils le souhaitaient et comme leur aurait concédé un précédent abbé.
  • cens des vignes, ou « herbage » : il sera payé en vin de bonne qualité, ou en argent au cours le plus élevé, pour la St Martin d’hiver, alors que les bourgeois cherchaient à se dérober à cette obligation.
  • il ne sera permis à personne, ni au doyen, ni à personne autre, de cueillir les raisins des bourgeois sans leur consentement… alors que le doyen envoyait ses serviteurs dans les vignes à leur insu .
  • le « maréchal de l’abbé » ( chargé du soin de ses chevaux) recevra, de chaque habitant de la poté de Vézelay, propriétaire d’un pré, une « trousse d’herbe » ( …une « botte »…), – mais pas de foin -, pour la nourriture des bêtes…alors que les bourgeois contestaient à l’abbé le « droit personnel » de prélever de l’herbe – fauchée ou non – surtout quand il n’était pas à Vézelay.
  • il ne sera levé aucune taxe sur les jeunes filles qui se marieront, à condition que l’abbé ou ses officiers (doyen ou prévôt) soient informés du mariage, afin d’éviter « qu’elles ne vinssent par fraude à tomber en puissance de mari appartenant à une autre poté ou seigneurie, …cause assez fréquente de scandale » …alors que, précédemment, «  les filles en se mariant étaient obligées de payer une taxe au Doyen et au Prévôt ».
  • «  à l’égard de la pêche dans les eaux de la rivière (la Cure), il fut dit qu’à l’exception des gourdsles Bourgeois et les Villains  (les paysans) pourraient y pêcher, avec toutes sortes d’engins, les filets exceptés ;  que s’ils prenaient un saumon, ils le porteraient aux officiers de l’abbé,  et quant aux autres poissons, qu’ils seraient tenus de les présenter d’abord au Celerier (responsable du cellier, donc de l’approvisionnement de l’abbaye) et de les lui vendre au prix qu’ils auraient offert de les vendre à d’autres… », alors que le droit de pêcher librement leur avait été contesté par l’Abbé.
  • Sur le paiement des dîmes sur le vin, le blé, les brebis, agneaux, veaux et porcs, il a été convenu qu’on s’en tiendrait à « la pratique universelle de l’église et des paroisses des environs »,alors que l’abbé se plaignait que les bourgeois refusaient souvent de payer, et que ceux-ci reprochaient à l’abbé de vouloir prélever « un agneau sur quatre »…

Les discussions se sont poursuivies un autre jour, en présence de quelques nouveaux arbitres : le Comte de Nevers, les vicomtes de Clamecy et de Pierre-Perthuis, Guillaume de Chastellux, Robert de Chamoux, Gaufroy d’Asnières…

  • Point important : la « main-morte », c’est-à-dire l’incapacité dont étaient frappés les serfs au Moyen âge de transmettre librement leurs biens à leur décès. Il a été décidé que les hommes libres qui mourraient sans enfant légitime, pourraient disposer de leurs biens « en faveur de leurs plus proches parents légitimes et de condition libre, pourvu que ceux-ci se fixent à Vézelay et qu’ils adoptent la coutume de la ville », alors qu’auparavant, il leur était interdit de «  tester en faveur de leurs frères ou sœurs, ou de tels autres de leurs parents », et en conséquence, leurs biens revenaient à l’Eglise.
  • Il a été aussi décidé que la sépulture religieuse serait donnée aux morts sans aucune rétribution…contrairement aux habitudes des précédents abbés…
  • Enfin, il fut confirmé que l’abbé pourrait continuer à faire lever la taille  (impôt dépendant des revenus de chaque contribuable) sur les bourgeois et les paysans par ses officiers, sans prendre l’avis des bourgeois, …alors que ceux-ci demandaient que le Doyen et le Prévôt s’adjoignent quatre bourgeois élus afin d’apporter plus de justice dans l’évaluation des impositions.

Toutes ces dispositions devaient être appliquées, «  non seulement à Vézelay, mais dans toutes les paroisses soumises à la domination de l’abbaye, comme à Dornecy, Saint-Père, Asquins et autres »… dont Montillot. De plus, elles eurent suffisamment de retentissement pour servir un peu plus tard de  modèle à des seigneuries voisines. Ainsi, le duc de Bourgogne Eudes III établit en 1200, au profit des serfs d’Avallon, une charte d’affranchissement, « telle que celle des habitants de Vézelay ». De même en 1222 à Mont-Saint-Jean et à Montréal…

Alors, ces heureuses décisions furent-elles suivies d’effet dans la poté ? Hélas non, si l’on en croit les « Pages d’histoire du Moyen Age » :

«Les évènements qui suivirent prouvent qu’il n’en fut pas ainsi.  Les démêlés entre l’abbé de Vézelay et les bourgeois renaissent toujours. L’acte appelé Transaction ne fut pas respecté ; on le considéra, peu de temps après sa rédaction, comme entaché de nullité et non avenu ».

Il arrivait aussi que les différends des abbés avec le comte de Nevers encouragent les bourgeois dans leurs revendications. Par exemple, lorsque le Comte refusait que ses vassaux payent une redevance à l’abbaye lorsqu’ils exposaient leurs marchandises pour les vendre dans les rues de Vézelay. Et lorsque l’abbé Ponce de Montboissier,- qui avait succédé à Alberic en 1138 -, s’opposa à l’exigence supplémentaire du comte Guillaume III d’intervenir dans les affaires judiciaires de la poté, le conflit s’envenima et le comte fit bloquer  les routes d’accès à Vézelay (cf B.PUJO) . L’abbé fit une fois de plus appel à la protection du pape, et Eugène III organisa à Bessy-sur-Cure la réunion d’un tribunal d’arbitrage présidé par l’abbé de Clairvaux. Un accord temporaire fut conclu quelques jours avant Pâques 1146…

Quant à la levée de la main-morte, il suffit de signaler qu’il fallut attendre 300 ans, pour qu’en 1442 l’abbé Aubert établisse un nouvel acte dans ce sens en faveur des « manants de Cray et de Chamoux » .

De l’Apogée au Déclin

L’apogée de Vézelay.

Le succès des pèlerinages n’est pas perturbé par ces difficultés de « gestion interne » de la poté… Non seulement des foules gravissent la colline, mais des évènements importants y ont lieu, et on a pu dire que Vézelay entra vraiment dans l’Histoire de France le jour de Pâques 1146.

Ce jour là, l’abbé Bernard de Clairvaux, du haut de la colline, face à Asquins, prêche la 2ème Croisade, appelant le peuple chrétien à la défense des lieux saints ; et, à côté de lui, partant pour la même aventure, le Roi de France Louis VII et la reine Aliénor d’Aquitaine.

A la Pentecôte 1166, l’Archevêque de Cantorbery Thomas Becket, au titre de légat du pape,célèbre une messe solennelle à la Madeleine. En 1190, le roi Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion (pour mémoire…fils de Henri II d’Angleterre et d’Aliénor) se donnent rendez-vous à Vézelay pour un départ vers Jérusalem (3ème Croisade).

Nous n’avons pas d’éléments d’information nous permettant de connaître les répercussions de cet afflux de pélerins sur la vie des villages moins proches de Vézelay que Saint-Père ou Asquins. Mais il est très probable que des files de piétons se sont croisées sur les chemins de la région convergeant vers la basilique, telles que celui venant de Mailly-la-Ville qui, se dirigeant vers Asquins, longeait Montillot près du bois du Fège. Un certain nombre de paysans venaient certainement, – comme ceux qui ont été cités venant de Dornecy -, vendre les produits de leurs terres, jardins, clapiers et poulaillers, dans les rues de Vézelay…

Dans la suite  du récit, nous relèverons systématiquement tous les problèmes rencontrés dans des villages proches de Montillot, qu’ils appartiennent ou non à la poté. 

13ème siècle. Déclin de l’abbaye.

Après l’abbé Ponce, et ses successeurs Guillaume de Mello puis Girart d’Arcy, les moines élirent en 1198 à l’unanimité un dénommé Hugues, qu’ils connaissaient bien puisqu’il avait été élevé à l’abbaye depuis l’âge de 8 ans…Mais, nous dit B.Pujo, « il dévoila sa vraie personnalité…en moins de dix ans, Hugues réussit à dilapider en partie le trésor de l’abbaye ». De plus, il vendait des charges écclésiatiques et avait une vie dissolue. Si bien que le pape Innocent III, alerté, le destitua en 1207…

Son successeur Gauthier dut gérer de nouvelles agressions du comte de Nevers, – blocus des routes, saisie de bestiaux, empêchement de l’accès à la Cure et des vendanges… -, et eut recours  à l’arbitrage d’Innocent III en 1213.

La situation de l’abbaye continuait à se dégrader ; une lettre du pape Clément IV à son légat en France , y dénonça endettement et corruption. Les raisons ?… En plus des problèmes de gestion interne, il y avait un fait plus grave : l’abandon progressif de Vézelay comme lieu de pèlerinage. En effet, depuis la fin du 12ème siècle, une rumeur se répandait selon laquelle les véritables reliques de Marie-Madeleine étaient en Provence, dans une grotte près de Saint-Maximin. Même le roi Louis IX (St Louis) se rendit à la Ste Baume en 1254… C’est l’abbé Jean d’Auxerre, élu en 1252, qui réagit le plus efficacement :  en octobre 1265 , il fit sortir de la crypte par des terrassiers, les ossements et un parchemin, en présence de deux légats du pape – dont l’évêque d’Auxerre – qui les examinèrent. Une seconde cérémonie, le 24 avril 1267, présidée par le roi Louis IX lui-même eut pour objet la translation solennelle des reliques. Mais les moines de St Maximin ont organisé en 1279 des manifestations tout à fait semblables à celles de Vézelay. Ils eurent plus de chance, puisqu’en 1295, le pape Boniface VIII confirma l’exclusivité des reliques provençales !

Parmi les pélerins, on ne trouvera plus que quelques anciens fidèles à la Colline et ceux qui passeront en allant en Compostelle…Néanmoins « le monastère était toujours propriétaire d’un important domaine foncier et de nombreuses églises ou prieurés sur lesquels il percevait des dîmes écclésiastiques » (cf B.Pujo). 

Fin du 13ème siècle. Changement de statut de l’abbaye.

En 1280, Philippe III le Hardi, fils de St Louis, estimant que Vézelay peut être une position défensive importante aux limites du domaine royal, prend par ordonnance le contrôle de l’abbaye et de son fief, sans que le pape Martin IV ne s’y oppose. En 1312, Vézelay est rattaché au bailliage de Sens. L’abbé conserve l’exercice de la justice sur toute la poté, mais dans le cadre des ordonnances royales.

La poté est devenue une possession de la couronne.

L’abbatiat d’Hugues d’Auxois, de 1290 à 1316 marqua une époque tranquille pour Vézelay, laquelle se prolongea pendant la première moitié du 14ème siècle.

14ème siècle. La guerre de Cent ans (1337-1453).

C’est une querelle dynastique qui fut à l’origine de la guerre dite « de Cent Ans » : après le décès du dernier fils de Philippe le Bel, la couronne revint à son neveu Philippe VI de Valois ; mais le roi d’Angleterre  Edouard III, petit-fils du même Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France, s’estimait plus proche du trône de France…S’y ajoute un conflit permanent sur la Guyenne, devenue – depuis le remariage d’Aliénor – propriété du roi d’Angleterre, qui est donc vassal du roi de France pour ce Duché.

Après avoir débarqué dans le Cotentin, les Anglais dévastent les environs de Caen, puis écrasent les troupes françaises à Crécy ( dans la Somme actuelle) en août 1346 et établissent une base à Calais.
Des trêves sont alors signées, car les deux royaumes sont ravagés par la peste noire ; ce fléau aurait tué un habitant sur 3 en Europe en 3 ou 4 ans. B.Pujo nous rapporte que Givry aurait perdu la moitié de ses habitants en 1348, et E.Petit, historien de l’Avallonnais, cite un dicton de l’époque : « an l’an mil trois cent quarante neuf – de cent ne demeurait que neuf »

En novembre 1356, à Poitiers, les archers Anglais, venus par la Guyenne, battent à nouveau la cavalerie française; le roi de France Jean II le Bon, fils de Philippe VI, est fait prisonnier, ainsi que les nobles bourguignons qui l’entouraient, dont Jean de Noyers et l’abbé de Vézelay Hugues de Maison-Comte. Le seigneur de Pierre-Perthuis, Geoffroy de Charny, est tué aux côtés du roi.

Les « gens du peuple » – bien que leurs noms ne soient pas cités -, prenaient leur part dans ces combats : c’est  Pierre de Bierry, l’écuyer du sire de Noyers, qui, en 1355, avait été «  chargé par lui de réunir les gens d’armes du Tonnerrois et d’une partie de l’Avallonnais (cf E.Petit).

Ils participeront aussi au règlement de l’énorme rançon du roi : 5 millions d’écus d’or …dont 400 deniers d’or pour la poté…( c’était une clause du  traité de Brétigny qui cèda en 1360 tout le Sud-Ouest du royaume au roi d’Angleterre).

La trêve de 2 ans signée en 1357, libère des bandes de mercenaires, aventuriers recrutés par les rois en temps de guerre. Avec des bandes anglaises, ces brigands constituent les « Grandes Compagnies » et se répandent d’abord dans les pays situés entre Seine et Loire, pillant villes et campagnes.

De 1358 à 1360, ils dévastent la Bourgogne, en particulier  l’Auxerrois et le Nivernais. Après la trêve, c’est une armée anglaise, commandée par Edouard III, qui, venue par Calais, prend Tonnerre, épargne Noyers et ravage Montréal, prend Flavigny et pille l’Avallonnais. « Les terres restèrent plusieurs années incultes » et « bon nombre d’habitants émigrèrent ». En « mars 1359, la ville d’Auxerre fut attaquée, prise et pillée », ses remparts détruits. Les habitants de Vermenton furent rançonnés plusieurs fois. Le château de Voutenay faillit être livré par son capitaine moyennant finance, mais il en fut empêché par des gens d’armes du Duc de Bourgogne (cf E.Petit). La place de Pierre-Perthuis est prise par les Anglais puis délivrée par le Duc de Bourgogne avec l’aide des habitants de Vézelay.

En février 1360, après de durs combats près de Montréal contre les seigneurs bourguignons, Edouard III s’installe à Guillon, et pille Avallon et tous les villages voisins. La ville d’Avallon fut abandonnée par ses habitants pendant plusieurs années. En mars 1360, fut signé le traité de Guillon entre Edouard III et Philippe de Rouvre, duc de Bourgogne ; les Bourguignons obtinrent une trêve de 3 ans, contre 200 000 écus d’or. Edouard III repartit vers Paris par Vézelay… C’est en mai 1360 que fut signé le traité de Brétigny, entre Edouard III et Charles V, fils de Jean le Bon. Moyennant d’importantes concessions, Edouard III renonce au trône de France.

Mais les mercenaires démobilisés continuent leurs forfaits…Une bande « s’empare du château d’Arcy-sur-Cure, puis de celui de Vésigneux ainsi que de la place de Montréal » (B.Pujo). Vézelay, grâce à ses murailles, n’est pas menacé.           

En 1364 Charles V charge Du Guesclin de délivrer le royaume des groupes de mercenaires en les faisant participer à une guerre civile en Castille. Mais dès leur retour en 1365, ils reprennent Vermenton et Cravant. L’une des bandes, les « Bretons », établit son quartier-général à Arcy-sur-Cure, d’où ils ont rançonné la contrée et  ravagé Châtel-Gérard, Lucy-le Bois, Marmeaux…Montréal et Guillon furent pris et libérés par les seigneurs Bourguignons…La peste sévit à nouveau dans l’Avallonnais. Le calme revint entre 1367 et 1371.

Quelques années plus tard, en 1373, les Anglais, commandés par le duc de Lancaster, ravagent les environs de Vézelay, s’emparant en particulier de Pontaubert et Vault-de-Lugny.

« Puis la guerre s’éloigna de cette région, qui put revivre en paix jusqu’au départ des Anglais du sol de France en 1380. »

Mais on ne peut ignorer les ravages terribles dus à des épidémies de peste, sans interruption de 1380 à 1382, puis dix ans plus tard dans l’Auxerrois, l’Avallonnais et l’Autunois… Les  relevés de comptes ont permis de mesurer la diminution du nombre de foyers : plus que 94 à Avallon, 7 aux Cousins, 164 à Autun.

Administration locale

Dans cette période troublée, il se trouve que l’abbé de Vézelay Hugues de Maison-Comte fut un conseiller des rois Jean le Bon et Charles V. Dans le cadre de la protection royale confirmée, il a obtenu que, comme les villes épiscopales, Vézelay devienne le siège d’une élection , c’est-à-dire d’une circonscription pour la levée des impôts ; et aussi du « grenier à sel » pour l’impôt de la gabelle sur le sel. A cette occasion, « les Fontaines Salées…furent complètement comblées pour supprimer la contrebande locale du sel »(B.Pujo).

Première partie du 15ème siècle et fin de la guerre de 100 ans.

Charles VI succède à son père en 1380 ; il n’a que 12 ans ; après une régence  assurée par ses oncles, il prend le pouvoir en 1388. Malheureusement, il sombre dans la folie en 1392, après un accident en forêt du Mans. Il confie la Régence à son frère Louis d’Orléans, qu’une violente rivalité oppose aussitôt à son cousin Jean sans Peur, duc de Bourgogne.

En 1407, Jean sans Peur fait assassiner Louis d’Orléans…ce qui a pour conséquence une guerre civile entre les « Armagnacs », – derrière Bernard, comte d’Armagnac, beau-père de Charles d’Orléans, fils de Louis -, et les « Bourguignons », – derrière Jean sans Peur -. « les deux partis n’hésitent pas pour ce faire à négocier avec l’Angleterre, …qui tentera…de rétablir l’ancien empire des Plantagenet sur le continent »(Pujo).

Les Anglais débarquent à Honfleur, et, remontant vers Calais, battent la cavalerie française à Azincourt en octobre 1415.

En octobre 1417, Vézelay adhère au « Manifeste de Jean sans Peur, Mgr de Bourgogne » ; cette place forte devant servir « d’appui de la ligne avancée des forces anglo-bourguignonnes ».

En 1418, les Armagnacs prennent le château de Voutenay, puis s’installent à Arcy-sur-Cure, Mailly-le-Château et Coulanges, en évitant d’attaquer Vézelay.

En septembre 1419, Jean sans Peur est « occis » sur le pont de Montereau. Son fils Philippe le Bon, poussé par la vengeance, s’allie avec Henri V d’Angleterre contre le roi de France. En 1420 le désastreux traité de Troyes, en mariant Henri V à la fille de Charles VI, déshérite le dauphin Charles et livre la France au roi d’Angleterre. En 1422, Charles VI et Henri V meurent…

Henri VI, – 10 mois – est proclamé roi à Paris et le dauphin, fils de Charles VI, – 19 ans -, réfugié dans le Berry, se proclame Régent ( ses adversaires le diront « roi de Bourges »).

En 1422, le duc de Bourgogne reçoit le Duc de Bedford et ses troupes anglaises, à Vézelay.

Charles VII réussit à réunir une armée qui, venant du Berry, prend Mailly-le-Château et Cravant ; ces places sont reprises par les Bourguignons, commandés par le sire de Chastellux et Guy de Bar. En juillet 1423, l’armée royale, forte de 15000 hommes, dont 3000 écossais, fait le siège de Cravant, mais est finalement battue, subissant de lourdes pertes (6000 hommes ?).

En 1426, les royalistes reprennent Mailly-le Château et Voutenay et s’y maintiennent jusqu’à 1428.

Des bandes d’Armagnacs brûlent Joux-la-Ville, pillent l’église forte de Sermizelles et attaquent Noyers.

« Cependant, les malheurs de la guerre et les excès des Anglais font naître peu à peu la haine de l’envahisseur. Le sentiment national s’affirme » (cf texte et carte ci-jointe du manuel « Histoire Louis Girard »).

C’est justement là qu’arrive Jeanne d’Arc. Avec l’escorte fournie par son commandant local, la « bergère inspirée » , venant de Vaucouleurs, arrive à Auxerre par Chablis, y assiste à la messe du dimanche le 27 février 1429, puis rejoint Chinon par Toucy et Gien. Elle obtient la confiance de Charles VII, qui accepte qu’elle aille encourager les soldats assiégés à Orléans.Défiant les Anglais, elle les force à la retraite, puis les bat à Patay…Profitant de ce « nouvel élan », Charles VII, après son sacre à Reims, reprend petit à petit son domaine royal. 

Dans notre région, il fut d’abord aidé par les bandes du capitaine Jacques d’Espailly, dit « Fort-Epice » qui prit par surprise la ville d’Avallon en 1432, puis Pierre-Perthuis. Mais Philippe le Bon reprit ces places en 1433 et s’installa un mois à Vézelay. Après son départ, les bandes, sillonnant les vallées de l’Yonne et de la Cure, pillent tous les villages.

En novembre 1435, grâce à l’entremise du nouvel abbé de Vézelay, Alexandre, est conclu le traité d’Arras, qui met fin à la guerre civile : le duc de Bourgogne renonce à son alliance avec les Anglais et reconnaît Charles VII comme roi de France ; celui-ci rentre solennellement à Paris en 1436. Le 21 décembre 1435, le connétable Arthur de Richemont était rentré officiellement à Vézelay au nom du roi.

Mais des bandes de mercenaires se retrouvent sans emploi après le traité d’Arras. De 1438 à 1444, les « Ecorcheurs » terrorisent et pillent les petites places fortes des vallées de la Cure et de l’Yonne ils occupent les villages et souvent rançonnent et maltraitent les habitants de Clamecy, Mailly-le-Château, Voutenay, Vault-de-Lugny, Maraut, Pontaubert, Guillon, Epoisses,  Semur…Les seigneurs sont souvent amenés à composer avec eux. De plus, famine et peste ont alors ravagé l’Auxois et l’Avallonnais.

De nombreuses plaintes étant parvenues au roi, des forces royales éliminèrent ces bandes ; certains mercenaires furent incorporés dans l’armée régulière.

Après la fin de la trêve en 1449, Charles VII regagne rapidement le territoire perdu, la Normandie, puis la Guyenne et Bordeaux, par la bataille de Castillon, en 1453, qui marque la fin de la guerre de Cent Ans…

Fin du 15ème siècle

En 1457, la foudre détruit  le clocher de la tour St Michel de Vézelay ; le pape Pie II accorde des indulgences à tous ceux qui contribueront à la restauration de l’église.

En août 1461, Louis XI, fils aîné de Charles VII, est couronné. C’est le début d’une monarchie autoritaire.

Politique intérieure : pour faciliter le calcul des impôts, une ordonnance royale de juillet 1463 prescrit le recensement de tous les biens d’église. C’est le 12 février 1465 que l’abbé Aubert de la Châsse présente au prévôt de Sens, le ..

« Cartulaire des possessions de l’abbaye de Vézelay en 1464 », détaillé en annexe Toutes les paroisses de la « poté » y sont traitées successivement. Le chapitre concernant Monteliot a été transcrit (21 pages), et résumé ci-dessous. C’est le premier document nous permettant de faire connaissance avec nos ancêtres du 15ème siècle. Chaque chef de famille y est cité, ainsi que le montant de l’impôt prélevé par l’abbaye pour chacune de ses propriétés. On note qu’il y avait alors 30 foyers dans le village, ce qui peut correspondre à une population de 100 à 150 personnes.

Politique extérieure : Louis XI est finalement victorieux de Charles le Téméraire, mort au combat près de Nancy en janvier 1477. Il annexe la Bourgogne, l’Artois et la Picardie. « C’est la fin du grand Etat bourguignon », et le début d’une ére de prospérité pour la France. Charles VIII lui succède en 1483. Il meurt accidentellement à 27 ans en 1498, après avoir tenté en vain de conquérir le royaume de Naples ; le « mirage italien » sera poursuivi par ses successeurs…

Un document du 15ème siècle conservé à Montillot jusqu’à nos jours.

Les familles nobles ayant habité Montillot du 17ème au début du 20ème siècle, – depuis les de la Borde jusqu’aux de Lenfernat -, ont conservé leurs « papiers de famille », qui sont donc parvenus jusqu’à nous. Après exploitation pour l’histoire du village, ils ont été déposés en 2006 aux Archives Départementales (« fonds YAHER »- cote 82J ).

Le plus ancien est un acte notarié daté du 7 May 1483.

Il a été établi par Me Jehan MAILLARD, notaire attaché au « Garde des Sceaux » du Comte de Nevers.

Il traite d’une location avec bail (« admodiation »), par Alexandre ESCHARLETE, écuyer, seigneur d’Island et de Fontenilles de la moitié du moulin de Fontenilles (l’autre moitié appartenant au Chapitre des Abbés de Châtel-Censoir), aux dénommés Jehan RESMOND et Thiébaut MASQUIN, pour la somme annuelle de 31 sols tournois à verser chaque jour de Noël. Ils pourront ainsi « en joyr et posséder », et assurer le rôle de meunier pour la communauté voisine, avec « fraiz et esmoluments ». Ils auront l’obligation d’entretenir à  leurs frais le moulin, les meules et les dépendances. Ils devront hausser les rives de 2 pieds…et ne pas laisser baisser l’eau « en manière qui porterait préjudice ou dommage au poisson qui sera dedans »…

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histoire régionale

Alésia: un site qui n’est plus contesté

d’après Pierre Nouvel, Maître de conférences, archéologie de la Gaule romaine, Université de Franche-Comté, université ouverte, Montbéliard, 4 avril 2013

Alésia et Alise Sainte-Reine: un site qui conserve une tradition historique importante le liant à la bataille entre César et les gaulois

I- les lieux

Alise Sainte-Reine, que les inscriptions et les textes médiévaux appellent Aliisia ou Alesia, est une agglomération antique typique du nord-est de la Gaule. Cette ville a fait l’objet, au même titre qu’une dizaine d’autres de la région (Mâlain, Mandeure, Besançon, Vertault, Autun, Bibracte etc.) d’études archéologiques intenses qui permettent :

  • De préciser son parcours depuis sa création (vers 110 / 100 avant notre ère[av n-e]) jusqu’au haut Moyen-âge
  • De comprendre son organisation interne et la localisation des principaux monuments qui la composent. Il s’agit bien, comme la plupart des villes antiques de cette région, d’une agglomération d’origine gauloise, en l’occurrence une ville fortifiée sur une hauteur (un « oppidum »). Cette agglomération révèle une évolution progressive des modes construction qui indique une romanisation assez rapide à partir de l’époque augustéenne, aboutie à la fin du Ier siècle av n-è. C’est donc une ville… comme les autres.
Lejeune M. 1979 : « La dédicace de Martialis à Alise », REA, 81, p. 251-260. Lejeune M. 1985 : Recueil des inscriptions gauloises -I- Textes gallo-grecs, Paris, éd. du CNRS (coll. Suppl. à Gallia, XLV), 459 p

Inscription (C.I.L. XIII, 2880) trouvée en 1760 à Alise Sainte-Reine, (100 ans avant la polémique, inscription en gaulois que l’on ne pouvait alors comprendre…): Martialis, fils de Dannotalis a donné cette crypte (?) pour Ucuetis, avec (et/ou pour ) les forgerons qui façonnent [la statue d’] Ucuetis à Alisiia

Pline l’Ancien (23-79)

Histoire naturelle : « Selon une invention gauloise, le plomb blanc est appliqué à chaud sur des objets en bronze, de telle sorte qu’on peut difficilement distinguer cela de l’argent (…) ; dans l’oppidum d’Alésia, on s’est mis plus tard à appliquer également de l’argent à chaud par un procédé analogue, surtout pour les harnais des chevaux, des bêtes de somme et des attelages. »

Le Gall J. (dir.) 1989 : Fouilles d’Alise-Sainte-Reine, 1861- 1865, Paris, Institut de France (coll. Mémoires de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, nouvelle série, 9), 322 p

Des sources historiques signale qu’Alise-sainte-Reine est l’oppidum où a eu lieu la bataille (oppidum qui dicitur ALESIA : mentions durant tout le Moyen Age…).

II- La localisation du site de la bataille d’Alésia

Jusqu’au milieu du XIXème siècle, la localisation de ce site ne pose aucun problème aux érudits. Mais Napoléon III, empereur des français entre 1852 et 1871 est féru d’histoire. Il veut écrire un grand ouvrage sur Jules César, son idole « Histoire de Jules César, 1865-1866 « . Pour cela, il va mettre en action les services de l’état pour repérer et fouiller les sites de la Guerre des Gaules.

C’est tout naturellement, suivant la tradition populaire, qu’il intervient à Alise sainte-Reine.

Mais il fait une grave erreur : l’exploitation politique de l’épisode d’Alésia par le second Empire.

L’intérêt du site archéologique d’Alise-sainte-Reine a conduit, en 1990, plusieurs universités (françaises et allemandes) à développer un nouveau programme commun d’étude:

  1. Reprise de l’étude du mobilier trouvé lors des fouilles anciennes.
  2. Etudes des données nouvelles offertes par la prospection.
  3. Mise en œuvre de fouilles de vérification à grande échelle.
  4. Publication.

Ce programme, mené à bien par Michel Reddé et Siegmar Von Schnurbein, s’est étendu sur les années 1991 à 1997.

Orientations bibliographiques :

  • Reddé, Michel, dir. ; von Schnurbein, Siegmar, dir. – Alésia : fouilles et recherches franco-allemandes sur les travaux militaires romains autour du Mont-Auxois (1991-1997). Paris : Diffusion de Boccard, 2001. (Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres ; 22).
  • Reddé (Michel) – Alésia, l’archéologie face à l’imaginaire, hauts-lieux de l’histoire, Errance, Paris, 2003, 209 pages.
  • Reddé (Michel) Von Shnurbein (Siegmar) – Alésia et la bataille du Teutoburg, un parallèle critique des sources, Thorbecke, 2008, Institut historique allemand, Paris (Beihefte der Francia, band 66), 345 pages.
  • Goudineau (Christian) – Par Toutatis ! Que reste-t-il de la Gaule ? Paris, Le Seuil, 2002.
  • Goudineau (Christian) – L’année terrible, L’archéologue, hors série n°1, 1998.
  • Goudineau (Christian) – Le dossier Vercingétorix, Paris, Actes Sud/Errance, 2001.
Quelques exemples d’objets de mobilier retrouvées à Alésia/Alise Ste Reine: Armes romaines et gauloises

Les témoins de la présence des auxiliaires germaniques mentionnés par César , mais aussi les témoins de la présence de légionnaires italiques, et quelques arguments épigraphiques qui indiquent que cette bataille fut menée par des troupes de l’armée césarienne …

Ce qui a conduit l’ensemble des archéologues français et étrangers à considérer que tout concoure pour voir dans ces vestiges de bataille, datés du milieu du Ier siècle avant notre ère, autour d’une ville gauloise qui s’appelle Alesia, ceux décrits par César dans la guerre des Gaules.

III- Ce consensus est cependant l’objet d’une polémique passionnée dans le grand public

Les origines de la polémique :

  • Différent politique à la suite de l’effondrement de la France lors de la guerre franco-allemande de 1870-1871.
  • Développement des recherches locales et des sociétés savantes : elles veulent valoriser leur patrimoine local.
  • Développement des micronationalismes (folklore et régionalisme).
  • Vieille opposition culturelle entre Bourgogne et Franche-Comté.

De multiples sites concurrents sont inventés en Franche-Comté et ailleurs, en s’appuyant sur deux arguments :

  • La toponymie (Alaise dans le Jura, Alès dans le Gard, …)
  • Sur les descriptions géographiques imprécises de César, en particulier sur une discussion du texte mentionnant le passage des troupes « in finibus lingonensis » (aux confins ou à travers le territoire des Lingons en direction des ou chez les Séquanes). = polémique sur les textes car les données archéologiques ne sont pas maîtrisées par les antagonistes
  • De même, pour les descriptions topographiques de César sensées ne pas correspondre aux environs d’Alise-Sainte-Reine.

Pline… IIème siècle de n-e … Constance de Lyon …Vème siècle… Héric d’Auxerre… IXème siècle… Les érudits de la Renaissance… XVIème siècle… Des travaux archéologiques napoléoniens de premier ordre livrant le plan de fortifications d’époque césarienne…

Ces découvertes auraient dû pourtant confirmer la localisation traditionnelle

Le résultat fut totalement inverse. La plus grave erreur fut l’exploitation politique de l’épisode d’Alésia par le second Empire.

Depuis les années 1860, une polémique s’est développée, remettant en cause la localisation traditionnelle et jusque là consensuelle de la bataille d’Alésia. Se fondant sur des arguments tour à tour historique, géographiques, philologiques et irrationnels, toponymiques ou politiques, plus d’une vingtaine de sites concurrents ont été proposés…Une multitude de concurrents apparaissent, soutenus par des érudits locaux ou par des collectivités locales… Elles disparaissent ou apparaissent au gré des personnalités qui les défendent.

IV- Que César ait le dernier mot!

De Bello Gallico Ouvrage paru à Rome dès 50 av. n.-è. a 7 chapitres. Ce livre a été écrit au Mont Beuvray, durant l’hiver 52-51 av. n.-è. par César lui-même (sauf le dernier chapitre écrit en 52 par son second Hirtius) Son auteur a plusieurs buts :

  • Magnifier l’action du général auprès de ses concitoyens.
  • Faire entériner l’importance des moyens confiés à César : « l’ennemi était vraiment dangereux… »
  • Valider la longueur de la conquête et des pertes subies : « le pays est riche et peuplé d’amis de Rome seulement si César s’en occupe »
  • Répondre aux attendus des romains : valoriser leur civilisation et leur armée face aux « barbares » gaulois. Par conséquent :
  • Les descriptions sont souvent déficientes car elles s’adressent à des lecteurs qui ignorent la topographie, les mœurs et la géopolitique locale.
  • Les positionnement topographiques sont souvent vagues car César ne fait pas œuvre de géographe mais de reporter et de propagandiste.
les grandes lignes de la bataille:

Juin -52 : bataille de Gergovie. Défaite de César qui fuit en direction du nord

Il cherche à rallier les légions de Labienus qui remontent la Seine et l’Yonne, en reprenant au passage les bagages laissées à Sens (Agedincum) A cette date, César à perdu la partie. Il cherche à sauver ses armées et ses bagages en retraitant en direction de la province par la vallée de la Saône, à travers le territoire des Lingons, un des seuls peuples à lui être resté fidèle Vercingetorix tente de lui couper la retraite pour remporter une victoire complète… et rentable.

Vercingétorix, sûr de la faiblesse de César, cherche à détruire ses armées avant qu’il n’atteigne la Provincia. Il lance toute sa cavalerie alors que César remonte la vallée de l’Armançon (sud-ouest du territoire lingon) Il est défait et doit se réfugier non loin de là, dans un oppidum mineur : ALESIA Nous sommes dans les premiers jours d’août 52 av. JC

Dès les premiers jours, César impressionne ses ennemis en dévoilant ses capacités poliorcétiques… Mais en septembre, une armée levée dans les Gaules vient au secours de Vercingétorix. César est pris en tenaille.

Mise en place du dispositif tactique (d’après la description de César) :

  • Installation des camps (CASTRA) + CASTELLA
  • Lignes provisoires protection, puis :
  • Construction de la ligne d’investissement = CONTREVALLATION
  • Construction de la ligne arrière (/ armée de secours) = CIRCONVALLATION

Et des descriptions topographiques qui sont destinées à un public romain :

Une colline avec une ville…

Deux rivières et une plaine…

Des collines autour…

Vers le nord, une colline…

….mais cette configuration correspond à bien des lieux dans le centre est de la Gaule!

C’est de la conjonction de ces écrits, et des découvertes faites localement, que naissent les preuves, et l’on peut penser que la conviction des chercheurs archéologues, bâties sur des recherches multidisciplinaires et multinationales est au delà de tout débat politique, partisan, folklorique régionaliste … ou financier.

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un peu d'histoires

Promenade aux alentours de Montillot … de l’An 1 à l’An 1000.

A. Buet, mai 2014

Introduction

Nous avons vu que pour les historiens, la protohistoire  se terminait dans nos régions au début de la Guerre des Gaules, soit environ 50 ans avant J-C. Cela signifie que les populations de notre Europe occidentale furent alors capables de rédiger les documents qui nous permettront de reconstituer leur histoire. Mais sachant que le village de Montillot n’apparaît dans les documents officiels qu’au 12ème siècle, nous devons trouver des traces ou des relations d’évènements plus anciens concernant des localités proches. Nous pourrons alors imaginer ce que pouvait être la vie dans notre coin de Bourgogne au cours du premier millénaire. D’où la méthode que nous proposons : imaginer une promenade, dans le temps et l’espace, autour du futur Montillot….

Dans le temps, le plan est facile à trouver dans les livres d’histoire :

1°) – la période gallo-romaine, couvrant les 4 premiers siècles.

2°) – les royaumes barbares, créés par les peuplades venues d’Asie et d’Europe de l’Est, en insistant sur le royaume de Burgondie, future Bourgogne.

3°) – les rois mérovingiens, descendant des premiers rois Francs, qui prirent le dessus sur leurs rivaux à la fin du 5ème siècle.

4°) – la dynastie carolingienne, créée par de hauts dignitaires qui après avoir vaincu les envahisseurs musulmans au cours du 8ème siècle, se sont emparés du pouvoir royal ; ils devront combattre de nouveaux envahisseurs, les Normands, aux 9ème et 10ème siècles.

Pour chaque période, nous explorerons l’espace environnant, cherchant vestiges, chroniques  et anecdotes associés à chaque lieu.

Epoque Gallo-Romaine (I)

Il est convenu d’appeler « gallo-romaine » la période qui s’est écoulée de la conquête de la Gaule par les Romains, – terminée en 52 avant J.C. – à la fin du 5ème siècle après J.C., marquée par la fin de l’Empire romain d’Occident (en 476) et en France par l’avènement de la dynastie mérovingienne ( Clovis fut « roi des Francs «  de 481 à 511). Sur ces 5 siècles, les 2 premiers se distinguent ; c’est la « pax romana », caractérisant la période pendant laquelle furent étendues à tout l’empire romain, dont notre Gaule, les institutions et les modes de vie de la civilisation gréco-latine. C’est une période de stabilité et de prospérité.

Quelles traces ont laissées ces Gaulois « romanisés » dans notre région ? Depuis le milieu du 19ème siècle, plusieurs archéologues – QUANTIN, BOUCHERON, BAUDOUIN, PARAT, PISSIER, LACROIX, NOUVEL- ont publié les résultats de leurs recherches dans les revues des Sociétés savantes  locales . Les vestiges les plus courants sont les pierres des chemins, des habitations et des monuments, ainsi que des objets de la vie domestique ( outils, pièces de monnaie). De nombreux objets trouvés au cours des fouilles sont exposés dans les musées d’Arcy-sur-Cure, de Saint-Père, de St Jean les Bonshommes, d’Avallon. d’Auxerre et de Châtillon-sur-Seine.

Les voies de communication

César, Auguste, Agrippa

Jules César a signalé la rapidité avec laquelle ses légions ont progressé en Gaule. C’est qu’un réseau routier y existait avant l’arrivée des Romains. Ceux-ci n’ont eu qu’à appliquer leurs propres normes de construction aux routes et chemins en service.

C’est Octave, le futur empereur Auguste, qui, dès avant la mort de Jules César, entreprit ces grands travaux avec l’aide de son conseiller, et futur gendre, Agrippa.

Les grands axes traversant la Gaule étaient terminés avant la fin du 1er siècle avant J.C.. La ville de Lyon (Lugdunum) a été choisie comme origine des « voies romaines », rayonnant en direction de la Méditerranée, des Alpes, de l’Atlantique, de la mer du Nord et des pays de l’Est…Ces voies devaient desservir des cités nouvelles, laissant de côté les « oppida » gaulois inaccessibles : Autun –Augustodunum-, capitale gallo-romaine des Eduens, remplacera Bibracte. Celle qui intéresse notre région a été appelée la « via Agrippa » ; elle devait relier Lyon à Boulogne-sur-Mer ( direction de la « Bretagne » de l’époque ), en passant par les cités qui s’appellent aujourd’hui Autun, Saulieu, Avallon, Auxerre, Troyes, Reims (alors capitale de la « Gaule belge ») et Amiens. Grâce aux recherches de nos archéologues et à leurs publications dans les bulletins de la Société des Etudes d’Avallon (S.E.A.) et de la Société des Sciences de l’Yonne  (S.S.Y.), nous savons depuis longtemps que , dans l’Yonne, la via Agrippa passait à – ou à proximité de…- Magny, Avallon (rue de Lyon ?), Anneot, Voutenay, Saint-Moré, – où elle franchissait la Cure -, Bazarnes, Escolives, Auxerre. Près de Magny, on a trouvé plusieurs portions de voie, dont l’une au lieu-dit « Pas de Saint Germain » . Est ainsi évoqué à cet endroit  le passage d’un personnage éminent, évènement rapporté par un chroniqueur à la fin du 5éme siècle, Constance de Lyon. Germain, né vers 380 dans une riche famille d’Appoigny, fut nommé évêque d’Auxerre en 418. S’étant rendu en Italie à Ravenne, alors capitale impériale de l’Occident, il y meurt le 31 juillet 448. Son corps embaumé est ramené à Auxerre sur un char à bœufs, accompagné, entre autres, de cinq pieuses jeunes filles nommées Pallaye, Procaire, Magnance, Camille et Maxime. Eprouvée par la chaleur de l’été, Magnance meurt et est inhumée au bord de la voie, à l’approche d’Auxerre. Deux siècles plus tard, son squelette fut retrouvé et le village voisin prit le nom de Ste-Magnance. Deux de ses amies, Camille et Pallaye, décédées un peu plus tard dans la même région, ont donné leur nom à deux autres localités, Escolives et Ste-Pallaye.

Le professeur Pierre NOUVEL, de l’Université de Besançon, partant de tous les rapports antérieurs, et les complétant par des reconnaissances aériennes – effectuées avec J.P. DELOR -, a publié dans le bulletin 2007 de la S.E.A., une carte restituant le tracé complet des « voies antiques de l’Avallonnais », carte reproduite ci-après avec son autorisation. Examinons-la:

La via Agrippa, N°1, la voie principale, conçue pour être rapide, traverse la région en diagonale par une suite de segments rectilignes Nous avions déjà remarqué, – noté ici « voie N°9 » – , le chemin qui passe tout près de Montillot, à la Duite, venant directement d’Asquins et rejoignant Brosses, et qui s’appelait sur le cadastre du début du 19ème siècle, le « Grand Chemin de Mailly-la-Ville à Vézelay ».

On voit aussi la « voie N°2 », qui, venant d’Autun par Domecy et Pierre-Perthuis, suit la vallée de la Cure entre Asquins et Sermizelles… ; et une autre qui, de Blannay, monte vers l’Ouest sur le plateau et rejoint Bois d’Arcy et Brosses.

Les voies antiques de l’avallonnais:
Voies N° 1, 1 bis, et 2, et voies N° 5, 6 et 9 desservant notre région.

Une carte très ancienne des voies de communication : la « Table de PEUTINGER ».

On dispose à la Bibliothèque Nationale Autrichienne de Vienne d’une copie faite au 13ème siècle par un moine de Colmar d’une « carte » romaine du 4ème siècle où figurent les routes et les villes principales de l’Empire romain…et même au-delà, vers l’Inde et la Chine. On l’appelle aussi « carte des étapes de Castirius », ou « Table théodosienne », par référence à Théodose, empereur romain du 4ème siècle.

La table complète est composée de 11 parchemins qui, mis bout à bout, forment une bande de près de 7 mètres de long sur 0,34m de large. L’échelle est exprimée, soit en milles romains ( 1478,50m), soit en «  lieues gauloises romanisées » (2222m).

Examinons la portion de « carte » ci-dessus, qui couvre notre région.

Notre « Via Agrippa » apparaît en bas à droite, avec une ville importante (représentée avec 2 tours ; c’est Augustodunum (Autun).

Un peu au dessus sur la droite, on voit Cabillione (Chalon-sur-Saône).

Partant vers la gauche on trouve Sidolocus (Saulieu) à 18 lieues, soit 40 km ; puis Aballo (Avallon), Autessiodurum (Auxerre), Baudritum (Bassou), Agetincum (Sens). Un grand bâtiment thermal est représenté, appelé Aquis Segeste, non identifié. A Auxerre, un embranchement nous emmène sur la droite de la Via Agrippa vers Eburobriga (Avrolles, village proche de St Florentin), puis Augustobona (Troyes) et un carrefour important, Riobe, identifié comme le village de Chateaubleau en Seine-et-Marne. De là, on peut rejoindre, soit Calagum (Chailly-en-Brie), soit Metegio (Melun), puis Luteci (Lutèce) et Brivaisara (Pontoise)… Dans le coin gauche, on trouve Avaricum (Bourges) et Ebimo (Nevers ?).

Les vestiges de constructions  (habitations et aménagements, monuments…)

Les Romains appelaient en latin « villa » un domaine foncier comportant des bâtiments d’exploitation agricole et d’habitation, construits en pierre. Des constructions plus ou moins importantes et luxueuses selon la richesse de leurs propriétaires ont donc progressivement remplacé les huttes en bois des Gaulois. L’abbé PARAT (1843-1931) dit en avoir repéré environ 300 dans l’Avallonnais, dont 40 sur le seul canton de Vézelay. « Il y en avait », écrit-il, « partout où il y a une terre fertile et de l’eau à proximité ». On a donc retrouvé des vestiges dans tous nos villages.

Certaines villas étaient plus luxueuses, telle la villa des Chagniats, à St Germain des Champs, avec 18 chambres, une citerne, des poteries, du marbre, une mosaïque de 9 mètres représentant des animaux et des fleurs (Musée d’Avallon)…

…ou  la villa  du Moulin Colas à Quarré-les-Tombes, avec aussi des mosaïques… ou des tuiles (ci-dessus).

Sur le territoire de la commune de Montillot et à proximité, l’abbé PARAT décrit les traces de plusieurs d’entre elles :

–       La « villa de Linières»  (Crot Toubon, près de la route du Vaudonjon) », reconnue par des  « pierres debout, tuiles ( les « tegulae », tuiles romaines à rebords), poteries diverses »

–       La « villa du Saulce », « chemin du lac Sauvin, climat dit des Tuileaux ou des Pierries, ruisseau, chemin ferré allant à la Fontaine Guinant (tarie), tuiles…» (lieu dit les osiers)

–       La « villa de Tameron », tuiles …

–       La « villa des Hérodats », près de ce hameau, « tuiles, briques, poteries, meule,… »

–       La « villa de Marot », « moulin, tout le long du vallon, nappes de scories, dites ferriers ou mâchefer ».

–       La « villa du Vaux Donjon », « en bas, sur la route, tuiles, poteries, médailles, bas-relief marbre, statuette de pierre homme assis » ( à voir aumusée du prieuré de St Jean les Bonshommes à Sauvigny le Bois).

L’abbé Parat

–       La « villa du champ des églises» tout près du Gué Pavé, côté Sud, sur le territoire d’Asquins, « étendue 5 arpents, nombreux blocs de pierre »…tuiles, poteries, colonne ornée de pampres… ». Ce site a été analysé avec précision au cours d’une Campagne française d’Archéologie aérienne à partir de 1970 (cf thèse de J.P. Delor en 1994).  P. Nouvel nous décrit  des bâtiments rectangulaires de 300 m Est-Ouest et plus de 100 m Nord-Sud, avec des systèmes d’adduction d’eau et un temple central.

Les monuments ou installations proches de la voie Agrippa.

Le temple de Mercure

C’est en 1822 qu’ont été fouillées les ruines d’un temple romain, sur la colline de Montmartre, dominant de 270 mètres  le village de Vault-de-Lugny et le hameau de Vermoiron. Elles ont été décrites en 1905 par M. Ernest PETIT, historien de la Bourgogne.

Il s’agissait d’un temple dédié au dieu Mercure, de forme carrée de 15m de côté environ, où l’on a trouvé des restes de statues en pierre et en marbre (Apollon, Minerve,…) et des pièces de monnaie correspondant aux règnes des empereurs des 3 premiers siècles de notre ère. Ce monument aurait été détruit vers 375, période du « renversement des idoles », sous le règne de Valentinien.

Saint-Moré-Chora et son «camp».

C’est l’historien romain Ammien Marcellin qui, vers 350,  mentionne pour la première fois le nom de Chora; pour désigner  une localité située sur la voie reliant  les 2 cités qui se sont appelées plus tard Autun et Auxerre. On admet aujourd’hui que ce mot, d’origine probable celtique, désignait la rivière appelée plus tard « Cure » et que les Romains ont donné ce même nom à leur place forte voisine.

C’est  au sommet de la colline de Villaucerre , à 110 mètres au-dessus de la vallée de la Cure, que l’on trouve en effet les restes d’une forteresse : muraille de 100 m de long et près de 3 m d’épaisseur avec 7 tours; fossé de 150 m de long et 10 à 15 m de large. Au-dessus, s’étend un plateau escarpé de 25 ha.

Les monnaies trouvées par l’abbé PARAT couvrent la période du 1er au 4ème siècle. Comme il a été ramassé sur le plateau des ossements, des galets, des silex, des poteries des époques de la pierre polie, du bronze et du fer, on a conclu, avec René LOUIS,  qu’il s’agit « d’une enceinte protohistorique restaurée et réoccupée à l’époque gallo-romaine », les légions romaines devant surveiller d’abord la construction de la voie, puis la circulation sur la via Agrippa. La date de la restauration des murailles est mal connue ; J.P. DELOR la situe au 3ème siècle.

Au pied de la colline et au bord de la rivière on a trouvé des vestiges de constructions de la même époque – pierres, poteries, tuiles, médailles…-. L’abbé Parat cite en particulier « la villa Cérès, dans l’enclos du château ; corps principal de 26 m de long, avec 8 salles, des dépendances bordant la Voie avec 7 chambres, une statue de l’Abondance assise (musée d’Avallon)… ». ; dans le cimetière, des tuiles, des sarcophages, une statuette de bronze de Vénus… ; un petit aqueduc, amenant l’eau d’une source de la colline voisine à une villa.

P. Nouvel nous indique que Chora-St Moré était un poste frontière entre 2 des 4 grandes régions administratives crées par Constantin, la Lyonnaise 1ère (autour de Lyon et des vallées de la Saône et de l’Allier, donc couvrant Autun et l’Avallonnais) et la Lyonnaise 4ème (autour de Sens et Orléans). « Les Sarmates, Germains intégrés comme militaires dans l’Empire romain, protégeaient les parcours fortifiés ».On pense que vient de là le nom de Sermizelles, apparu vers l’an 1200.

Le centre sidérurgique des « Ferrières près de Vézelay».

L’abbé LACROIX, qui a organisé à Vézelay en 1968 une exposition sur ce Centre, nous l’explique dans une notice:

Le plateau situé à 4 ou 5 km au Sud-Ouest de Vézelay ( sur la commune de Fontenay-sous Vézelay) est constitué, à sa partie supérieure « de 50 mètres de calcaires marneux et de marnes … le Baljacien Supérieur, dans lesquels s’intercalent de nombreux niveaux d’oolithes ferrugineuses » . L’extraction de ces pierres brunes, plus ou moins grosses, et leur traitement par fusion étaient faciles, et ont dû être effectués depuis fort longtemps. Mais une exploitation rationnelle a été organisée durant tout le 2ème siècle et au début du 3ème . Sur 25 ha, aux lieux-dits « Bois des Ferrières », « Bois du Fourneau », « Bois du Crot au Port », « Bois de la Souche Noire »…on a trouvé de nombreux vestiges de cette exploitation – 2000 ont été relevés aux Ferrières,  400 au Crot au Port…-,entonnoirs d’extraction, puits d’eau et d’argile, fosses de lavage, chemins ferriers…Après lavage, le minerai était concassé, puis mélangé au charbon de bois tiré du bois des forêts voisines, et introduit dans le four, une petite tour d’argile de 1,50 m de diamètre.. On a trouvé aussi les fondations de villas qui pouvaient servir de centre administratif., un sanctuaire au Crot au Port, avec un autel consacré au Dieu Mercure, des céramiques, des anses d’amphores venues du Sud de l’Andalousie…

Une loi romaine, la « Lex metallis dicta » réglait les conditions d’exploitation.

On a évalué à plusieurs milliers l’effectif du  personnel travaillant aux mines sur ce centre -esclaves et  prisonniers –

Notons, – encore plus près de Montillot -, que l’Abbé PARAT a fait en 1906 une conférence intitulée « la métallurgie ancienne dans la vallée de Brosses » : il avait en effet mis en évidence des « ferriers », tas de scories tout à fait semblables à ceux de Vézelay, « tout le long de la vallée, depuis l’étang de Marot jusqu’à Vau-Coupeau ».

Et si, sur Montillot même, on ne trouve pas trace d’une exploitation ancienne, les pierres brunes ramassées dans les champs au cours des siècles sont très visibles au sein des murs de pierres sèches…

Les Fontaines Salées

Nous avons déjà signalé que les premières découvertes de René LOUIS en 1934 sur ce site proche de Saint-Père portaient sur les vestiges d’un établissement thermal gallo-romain. Il a été ensuite démontré que ces sources – chaudes ( environ 15°) et très minéralisées (environ 10g par litre) – avaient été exploitées pour leur sel dès la plus haute antiquité.

René Louis

Dès le 1er siècle après J.C. débuta la construction d’un établissement typiquement romain, qui fut agrandi au 2ème siècle.  La partie Nord était réservée aux hommes et la partie sud aux femmes.

On peut y reconnaître vestiaires, salles de transpiration, bains chauds par aspersion ou immersion, bains tièdes, bains froids, cour entourée de portiques (palestres) destinée aux exercices gymniques …

On pense que les « clients », aussi bien pour les bains que pour le sel,  venaient de la cité voisine , le « vicus Vercellacus » bâtie au pied de la colline du futur Vézelay  ( très probablement à l’emplacement du St Père actuel), mais aussi du centre sidérurgique des Ferrières auquel le reliait une voie directe.

Les fontaines salées

Epoque Gallo-Romaine (II)

Administration

N-B: Dans la suite du texte, nous nous réfèrerons fréquemment à l’ « Histoire de France » pour rappeler les évènements nationaux qui pouvaient avoir une répercussion locale et pour préciser à chaque époque les structures administratives dont dépendaient Montillot et ses environs. Dans le souci de faciliter la compréhension des évènements rapportés, toutes les localités citées le seront sous leur nom actuel.

César, en décrivant la Gaule, partageait ses peuples en Celtes, Aquitains et Belges.

Auguste, a poursuivi sur ce modèle l’organisation en « provinces impériales » commencée avec la Narbonnaise, en y ajoutant les Gaules (Belgique, Aquitaine et Lyonnaise), avec pour capitales respectives, Reims, Saintes et Lyon. Chaque province était en principe autonome et dirigée par un légat et un gouverneur, assistés de notables gaulois.

Vers +300, Dioclétien, puis Constantin,  redivisent ces provinces en 2 à 4 parties. Notre Gaule-Lyonnaise donnera la Lyonnaise 1ère, – autour des vallées de la Saône et de l’Allier, incluant Autun, Avallon, et Auxerre, avec Lyon pour capitale-, la Lyonnaise 2ème, capitale Rouen; la Lyonnaise 3ème , capitale Tours, et la Lyonnaise 4ème, capitale Sens, comprenant Orléans et le Sud de l’Ile-de-France. Nous avons vu que St Moré devait être à la frontière de la 1ère et de la 4ème.

Dioclétien, Constantin

Les Romains encouragent la création de villes (les « urbs » gallo-romaines),  relais du pouvoir. Dès 15 av. JC, Auguste avait créé Autun (Augustodunum) « sœur et émule de Rome », avec une enceinte, des portes monumentales et un théâtre romain. Une école de rhétorique y fut fondée, et, très tôt, y sont venus des étudiants de tout l’Empire.

L’« urbs » assurait le contrôle politique et religieux d’un territoire appelé  « civitas », la cité. La carte des voies romaines  présentée dans le texte ci-dessus, indique les limites approximatives des « cités » d’Auxerre et d’Autun. On voit que dans notre région la « ligne-frontière » moyenne irait de Châtel-Censoir à Joux-la-Ville, en passant par Bois d’Arcy et St Moré.

En fait, la ville proche la plus importante a d’abord été Sens ( un aqueduc y allait chercher l’eau de la ville dans la vallée de la Vanne).

Auxerre, bourgade gauloise sur les bords de l’Yonne ( « Dea Icauna »), a pris de l’importance lorsqu’elle a été traversée par la voie Agrippa, si bien qu’elle fut détachée de la cité de Sens vers l’an 300 par Dioclétien, et érigée en chef-lieu de cité (« Autessiodurum »).

Le « pagus » (devenu plus tard le « pays ») était une circonscription de la « cité »,  proche en surface de notre « canton ». Un exemple :  le « Pagus Avalensis » autour d’Avallon, à l’intérieur de la cité d’Autun. Sur son socle granitique, « Aballo » – nommée ainsi sur une monnaie des Eduens – fut auparavant un « oppidum » ( ou un simple « castrum » ?) gaulois. Au cours de travaux d’adduction d’eau en 1848, on a mis au jour dans les tranchées de la rue qui allait de la Tour d’Horloge à la place du Marché, cinq tombeaux de pierre avec des monnaies du Haut Empire (Auguste et Tibère).

D’après BAUDOUIN, le pagus d’Avallon s’étendait,-  sur la carte actuelle de notre région -, de Noyers à Corbigny et de Rouvray à Châtel-Censoir. Ce dernier village était alors un autre « castrum » de la région.  E.PALLIER nous l’explique : il « est situé sur une espèce de promontoire abrupt, entre 2 vallées profondes, celle de l’Yonne à l’Ouest et celle du ruisseau d’Ausson à l’Est ; ces deux cours d’eau, en se réunissant au pied de la montagne, forment la défense naturelle du fort » …dont il ne reste qu’une grosse tour et des pans de vieilles murailles ». Des monnaies de toutes les époques ont prouvé un séjour prolongé des Romains depuis les premiers empereurs.

A l’intérieur du « pagus », on trouvait de petites agglomérations rurales appelées « vici »  – « vicus » au singulier -,  constituées souvent autour d’une riche villa, dont le nom du propriétaire était joint à celui du « vicus ». Exemples:  le « Vicus-Vercellacus » – futur Saint-Père -, et le « Vicus-Scoliva » – futur Escolives, village déjà cité, situé à 10 km au Sud d’Auxerre, où l’on a découvert à partir de 1955 des vestiges datant du néolithique jusqu’à la période mérovingienne -.Tous les deux avaient leurs thermes…

La Gaule étant intégrée dans l’Empire romain, son sol est devenu propriété du peuple romain (« ager publicus »). Les Gaulois indigènes payent l’impôt ; l’ensemble du territoire a donc été cadastré dès le premier siècle.

Agriculture

Les Romains ont apporté avec eux leur organisation et les traditions issues de plusieurs siècles d’expériences au Moyen Orient  (particulièrement des Egyptiens et des Chaldéens).

Selon l’abbé PARAT d’après PLINE, «  les Gaulois avaient la charrue (« araire ») et connaissaient la chaux en amendements ». Avec les Romains, ils ont ajouté le soc en fer,  utilisé les engrais verts et mis en place la rotation biennale des cultures.

Selon le Romain PALLADIUS dans son traité « opus agriculturae », ils moissonnaient sur les terrains plats du Nord-Est de la Gaule avec des « vallus », chacun de ces véhicules étant poussé par un bœuf et constitué d’un plateau sur roues muni à l’avant de dents à hauteur des épis.

On a recherché les traces les plus anciennes de culture de la vigne dans la future Bourgogne. Les Grecs auraient introduit cette culture en Gaule dès la fondation de Marseille, vers -600 av JC ; culture longtemps limitée à la proximité du littoral. Mais le vin, amené en grande quantité par voie maritime dans toute la Gaule par des marchands venus des cités étrusques, était aussi très apprécié par les riches Gaulois…et payé soit en deniers soit par échange d’esclaves ( une amphore pour un esclave, d’après Diodore de Sicile !). Après la conquête, la production s’accrut, mais concurrençant les vins italiens, elle  fut interdite par l’empereur Probus en  92 ap JC. Il fallut attendre 2 siècles – vers 280 ap JC-, pour que Domitien, devant la menace d’invasions barbares flatte les Gaulois en autorisant à nouveau la plantation de vignes . D’où le développement des vignobles dans le Languedoc, le Bordelais, la vallée du Rhône et jusqu’à la région parisienne. Les Gaulois ont amélioré les techniques de vieillissement, les tonneaux et les cuves en bois de chêne remplaçant peu à peu les amphores.

Une allusion à un vignoble proche de la vallée de la Saône apparaît dans un discours prononcé vers 310 par Eumène, un rhéteur romain : il parle du « Pagus Arebrignus », où des vignes ont été dévastées lors des invasions barbares, vignes qui s’étendaient dans la plaine jusqu’à la Saône. Ce « pagus » a été reconnu comme situé dans la zone actuelle de Nuits et Beaune.

Et au 6ème siècle, Grégoire de Tours, évêque et historien, parlant de Dijon – alors « Divio », métropole des Lingons, écrit : «  du côté de l’Occident sont des montagnes très fertiles, couvertes de vignes ».

A Gevray-Chambertin en 2008, des fouilles ont fait apparaître la trace de 120 ceps, et de nombreux pépins conservés et identifiables.

Plus près de nous, à Escolives, un bloc de pierre couvert de frises représente des vendangeurs ailés, l’un d’eux disposant des grappes dans un panier d’osier. 
On y reconnaîtrait le cépage du « plant de César », qui existe encore aujourd’hui. La région d’Auxerre était donc déjà connue pour ses vins.

Vézelay, en 1689, on aurait trouvé sous l’église St Etienne les vestiges d’un temple dédié à Bacchus, et à  Asquins, un sarcophage décoré de pampres et de grappesAu musée d’Avallon, on peut voir des raisins ornant des monuments funéraires des 1er et 2ème siècles.

Epoque Gallo-Romaine (III): Les débuts du christianisme

Les premiers chrétiens vivaient au 1er siècle en Palestine, province romaine peuplée surtout par des Juifs. A la suite des « Apôtres » propageant la « Bonne nouvelle » écrite vers la fin du 1er siècle dans le « Nouveau Testament », ils se dirigent vers l’Ouest .S’organisant en groupes structurés, ils créent des « églises » locales à Antioche  – dont Pierre aurait été le premier évêque -, Damas, Césarée…puis ils gagnent Rome. Les Romains, jusque là assez tolérants à l’égard des autres religions, s’irritent de voir les Chrétiens refuser de participer au culte impérial. On méprise une religion qui se répand d’abord parmi les pauvres et les esclaves…Tacite, sénateur romain et historien, les accusait de « haine pour le genre humain ». Pourtant, malgré les persécutions, le christianisme continue à se diffuser. Au début de l’occupation , les Gaulois avaient adopté les Dieux romains. Et pourtant, c’est dans les centres de la religion d’Etat que se propage la nouvelle religion : Lyon, Autun, Bordeaux. Une communauté chrétienne aurait existé dès 177 à Autun. La même année, Pothain, plus de 90 ans, venu de Smyrne, premier évêque de Lyon, la jeune esclave Blandine, et leurs compagnons auraient été arrêtés et martyrisés sur l’ordre de Marc-Aurèle. Le prêtre Irénée, lui aussi de langue et de culture grecque, lui a succédé. Théologien, il s’est consacré à la formation de missionnaires pour l’évangélisation de la région, créant en particulier les diocèses de Vienne et Besançon. Lui aussi aurait été martyrisé à Lyon vers 202, victime d’un édit de persécution de Septime Sévère. Des « vagues » de persécutions sont signalées en 257 et 288 sous Valérien, et en 303 sous Dioclétien.

Dans nos régions, on cite  le martyre de Reine, qui faisait paître ses moutons au pied du Mont Auxois, et fut suppliciée par le consul Olibrius en 253 …celui d’Andoche, tué en 177 avec ses compagnons sur la route de Saulieu, et devenu « patron » de cette ville ;…en 274, celui de Colombe, qui avait fui l’Espagne à cause des persécutions et rejoint la communauté chrétienne de Sens  …toujours à Sens, deux évêques successifs venus de Rome, Savinien, décapité à la hache, et Potentien, exécuté en 241. Ce dernier devint « patron » de Châtel-Censoir où il aurait précédemment accompli des miracles..…En 303, Pèlerin, citoyen romain venu évangéliser Auxerre, fut martyrisé à Entrains ; il avait élevé la toute première église de sa ville.

Après Dioclétien, Constantin ne prit le pouvoir qu’après une longue période d’anarchie. Selon la tradition chrétienne, après des songes prémonitoires et des visions, il accorda en 313 par l’Edit de Milan la liberté de culte « aux chrétiens et à tous les autres »… « de telle sorte que ce qu’il peut y avoir de divinité et de pouvoir céleste puisse nous être bienveillant ». Il reçut le baptême sur son lit de mort en 337.  L’un de ses successeurs, Théodose 1er, institua en 380 le christianisme comme seule religion officielle, et interdit les cultes païens. Des évêques s’installent dans chacune des cités de l’Empire et y établissent leur siège. Les conciles de Nicée en 326 et de Chalcédoine en 451 ont recommandé de faire coïncider les limites des diocèses et des circonscriptions civiles.

Théodose 1r

Nota : il est intéressant de constater le respect de ce principe au cours des siècles suivants ;  la frontière approximative des cités eduens d’Auxerre  et Autun présentée plus haut sur la carte des voies romaines, reste sensiblement la même pour les diocèses au 5ème siècle et les comtés du 9ème… Et aujourd’hui, nous constatons que Châtel-Censoir, Brosses, Montillot, Voutenay, Blannay, Sermizelles, font partie de l’arrondissement d’Avallon… tandis que les communes limitrophes vers le Nord, Merry, Mailly-la-Ville, Bois d’Arcy, Arcy … sont dans l’arrondissement d’Auxerre.

Fin de la « paix romaine ». Révoltes et  invasions. Fin de l’Empire romain

A partir du 1er siècle, les cours supérieurs du Rhin et du Danube ont constitué  la frontière entre la Gaule romaine et les peuples germaniques. Ceux-ci, tribus peu évoluées , batailleuses et souvent rivales, se déplaçaient sans cesse  en quête de terres nouvelles.

Dès le 2ème siècle, Marc-Aurèle, empereur de 161 à 180 ( et aussi philosophe stoïcien !), avait dû combattre les Parthes qui avaient envahi les provinces orientales de l’Empire, puis d’autres peuplades qui menaçaient le Nord de l’Italie. Des fortifications ont été construites  aux frontières,- formant le « limes » de Germanie – (qui s’est étendu jusqu’au Nord de l’Angleterre), quelquefois défendu avec l’aide de tribus voisines qui avaient accepté de se « fédérer » avec l’Empire romain.

Au début du 3ème siècle, ce sont les Alamans qui menacent le limes de Germanie à la charnière entre Rhin et Danube. ; ils sont repoussés par Caracalla en 236. En 258  (ou en 276 ?…), ils franchissent à nouveau le limes Rhin-Danube, débouchent par les Vosges, le Jura et les Alpes, et « lancent des raids dévastateurs en Gaule, Espagne et Italie ». C’est à cette époque qu’Auxerre a été incendiée et pillée, et que nos historiens situent la destruction des établissements thermaux des Fontaines Salées. ( Au siècle suivant des paysans « sauniers » exploitent le sel par évaporation et préparent des saumures, mais les thermes ne sont pas remis en service ). Les paysans s’enfuient dans les forêts des alentours. Les plus aisés enfouissent leur petite fortune, qu’ils n’ont jamais pu  récupérer, d’où les « trésors » retrouvés beaucoup plus tard… Dans la même période, Autun subit un siège de 7 mois et fut détruite ; selon les sources, auraient été impliqués, soit Victorinus, un officier romain ayant usurpé le titre d’empereur, soit les Bagaudes, bandes de brigands, de soldats déserteurs et de paysans révoltés contre la pression fiscale… Constantin a fait reconstruire la ville au siècle suivant. Le rhéteur Eumène évoque en 297 dans les campagnes au Nord d’Autun « ruines, terres en friche, vignes abandonnées ».

Les campagnes se sont  succédé aux 3ème et 4ème siècles pour refouler les envahisseurs, mais à la fin du 4ème, « l’Empire va succomber sous un assaut généralisé ». Les Huns, venant d’Asie Centrale, franchissent la Volga vers 374 et refoulent vers l’Ouest les peuples germains, les Wisigoths venant d’Asie Mineure, puis les Francs, les Burgondes, les Vandales, les Alains ; les Suèves qui franchissent le Rhin gelé en décembre 406. En 451 les Romains et les Germains – essentiellement Wisigoths, Burgondes et Francs (conduits, dit-on, par Mérovée)  – unissent leurs forces sous le commandement d’Aetius et repoussent les Huns aux Champs Catalauniques, près de Troyes. Auparavant, Attila avait ravagé tout le Nord de la Gaule, incendié Metz, détruit Reims, saccagé Auxerre, mais abandonné devant Paris et Orléans.

Cependant le pouvoir impérial s’affaiblit ; depuis 395, l’Empire romain était en 2 parties, Orient et Occident. Les Germains se sont intégrés de plus en plus dans les populations. Fournissant des soldats, ils ont obtenu des fonctions importantes dans l’administration et dans l’armée romaines.. Les empereurs commencent par quitter Rome pour Ravenne, et en 476, un chef germain devenu général romain, Odaocre, dépose le dernier empereur Romulus Augustule.

Les Royaumes Barbares

« Sur les ruines de l’Empire romain d’Occident sont apparus des royaumes fondés par les Germains » .(Hist. Girard). Ces peuples, qui avaient leurs propres rois, ont pris de plus en plus d’importance et l’Empire leur a progressivement abandonné les territoires qu’ils occupaient : la Gaule du Nord-Est aux Francs, le sillon Rhodanien, entre la Loire et la Suisse, aux Burgondes, l’Aquitaine et l’Espagne aux Wisigoths, Alsace et Suisse aux Alamans, Italie aux Ostrogoths. Dans le Nord-Ouest de la Gaule, entre Loire et Somme, « régnait » Syagrius , un général romain. Après 476, ces royaumes deviennent autonomes…et donc rivaux.

Après 476, ces royaumes deviennent autonomes…et donc rivaux

En 481Clovis, petit-fils de Mérovée, devient roi des Francs Saliens. N’hésitant pas à éliminer  les obstacles par tous moyens, et disposant de troupes aguerries, il réussit en 30 ans à agrandir considérablement son royaume, annexant après combats le royaume de Syagrius et une partie de celui des Wisigoths ( jusqu’aux Pyrénées), et repoussant Burgondes et Alamans.

Entre 492 et 500, il épouse Clotilde, princesse burgonde chrétienne, et il reçoit lui-même le baptême vers l’an 500. Il aura par la suite le soutien des évêques…Il est mort en novembre 511 à 45 ans.

Au commencement était la Burgondie

Pline l’Ancien localisait le peuple burgonde au 1er siècle près de l’Oder et de la Vistule. C’est un peuple Arien. Attaqués par un peuple voisin vers 250, les Burgondes partent vers l’Ouest. En 270, ils sont sur l’Elbe. Au 4ème siècle, ils séjournent dans la vallée du Main, et s’allient aux Romains contre les Alamans. En 407, ils participent à l’invasion de la Gaule, et aux saccages des villes de Mayence et Worms, mais ils restent ensuite près de la rive gauche du Rhin, de Mayence à Strasbourg. Entretenant des relations étroites avec les Romains et les nobles gaulois locaux, ils auraient reçu en 413 une zone située près du Rhin (par « foedus », traité signé avec Rome). Mais vers 437, leur armée est anéantie, probablement par les Huns ; les survivants sont accueillis près de Genève, et en 443 un territoire plus important situé autour du lac Léman ( la « Sapaudie », « pays des sapins », future Savoie) leur est confié par Aetius, avec le statut de « peuple fédéré » et la mission de défendre la frontière contre les Alamans. Les chefs des Burgondes sont alors deux frères, Gondloc et Chilpéric l’Ancien, rois tous les deux et installés à Genève. En 451, les Burgondes ont participé à la bataille des Champs Catalauniques et à la victoire sur les Huns.

Vers 457, à la suite de négociations avec des sénateurs gaulois qui cherchaient à se soustraire à l’autorité vacillante de l’Empire romain, et après s’être assurés de la non-opposition de Théodoric, roi des Wisigoths,  les deux rois étendent notablement le territoire burgonde, vers le Nord en prenant les cités de Lyon, Chalon, Autun, Besançon, Langres, vers le Sud avec Grenoble, le Valais et la Tarentaise.

Une deuxième « vague », dont les circonstances restent « floues », eut lieu de 469 à 475 et aboutit à l’extension du territoire burgonde vers Valence, Orange, Avignon, Cavaillon, Gap, Embrun, Sisteron…

Vers 470, la royauté burgonde est partagée entre deux frères, Gondebaud, siégeant à Lyon, pour la partie Sud et Gondegisèle, siégeant à Genève, pour la partie Nord.

Vers 500, Godegisèle obtient l’aide de Clovis, roi des Francs pour combattre son frère et s’emparer de son royaume. Une bataille a lieu sous les murs du castrum de Dijon. Gondebaud, d’abord battu, s’enfuit à Avignon, dont Clovis fait le siège; mais s’étant allié entre temps au roi des Wisigoths, il sort finalement vainqueur et tue son frère.

Devenu seul maître de la Burgondie, il se rapproche de Clovis. Là se situe un évènement local, évoqué ci-dessous…

La rencontre entre Gondebaud et Clovis 1er sur la Cure

Cet évènement nous est révélé comme un épisode de la vie de Saint-Eptade (« Vita Eptadi »); Eptade , d’abord fonctionnaire de la ville d’Autun, devint prêtre  et se consacra aux pauvres et aux prisonniers. Sa conduite édifiante avait attiré l’attention de Clovis. D’après la traduction de K ;Escher dans son ouvrage « les Burgondes » , « … A l’époque où sur les bords du fleuve Cure deux rois puissants se réunissent pour faire la paix, ….le très excellent roi des Francs Clovis demanda au roi Gondebaud de lui accorder d’ordonner évêque pour sa cité d’Auxerre ce très saint homme Eptade… »

Gondebaud

Selon la coutume, la rencontre aurait eu lieu «  aux limites respectives de leurs royaumes entre les évêchés d’Auxerre et d’Autun »…et sur une île ( ?) de la Cure , d’après l’ouvrage intitulé « Clovis, l’homme ». de Claude Begat, auteur moderne de « récits historiques ». ,On pourrait donc situer cette rencontre sur notre rivière , quelque part entre Arcy et Voutenay, vers l’an 500…

 Selon certains historiens, la conversation aurait aussi porté sur d’autres sujets plus importants, – conflits frontaliers, projets d’alliances…-. Quant à Eptade, il aurait refusé par modestie la fonction d’évêque, serait parti dans la forêt et aurait créé le monastère de Cervon, près de Corbigny, dans la Nièvre…

Suite et fin de l’histoire de la Bourgondie

Notons que vers 495 ( à quelques années près selon les auteurs…), Clovis avait épousé Clotilde, nièce de Gondebaud. C’est elle qui remplace l’oratoire où Germain avait choisi de reposer à Auxerre en 448 par une abbaye qu’elle lui dédie.

La Reine Clotilde, Jardins du Luxembourg, Paris

En 507, Gondebaud est allié à Clovis  dans sa campagne contre les Wisigoths. Après leur victoire à Vouillé, près de Poitiers, l’immense territoire des Wisigoths tombe aux mains du roi des Francs. Clovis et Gondebaud arrivent à Toulouse au printemps 508. Mais après d’autres combats, la Provence, visée par Gondebaud, reste aux mains de Théodoric, roi des Ostrogoths ( qui occupent alors le Nord de l’Italie).

A l’intérieur de son royaume, Gondebaud a toujours cherché à rapprocher les deux ethnies, burgonde et gallo-romaine. La « loi Gombette » au début des années 500, établit les règles d’ « hospitalité », le mode de répartition des terres et se distingue particulièrement par l’hommage rendu à l’autorité de la mère.

Clodomir, fils de Clovis, sur un fond de querelles familiales et dans un esprit de vengeance suite à des assassinats antérieurs, attaque Sigismond, fils de Gondebaud (mort en 516), mais il est tué dans l’Isère en 524. Ses frères reprennent la guerre et en 534, le royaume des Burgondes s’écroule et est partagé par les Francs entre trois frères, Théodebert, Childebert et Clotaire. La partie au Sud de Grenoble est annexée par les Ostrogoths…

Pour les historiens, la cohésion entre les deux ethnies était devenue telle qu’un «état d’esprit bourguignon» s’était créé.

Le royaume burgonde s’était évanoui, mais la Bourgogne était née.

Les rois Mérovingiens

Suite de l’histoire des Francs  (réf : Coll. Histoire L.Girard)

Après Clovis, les rois francs forment la dynastie des  Mérovingiens, dont les membres se succèdent héréditairement, les fils se partageant les territoires du père. Ils règnent en souverains absolus « La Gaule mérovingienne est un pays barbare, où les bienfaits de la paix romaine sont à peine des souvenirs. Les villes ne sont plus que des bourgades en un temps où le commerce est presque inexistant, où la terre est devenue la seule forme de richesse »… « Les rois vivent dans de frustes palais de bois dont rien ne s’est conservé » . « en fait d’objets d’art, cette époque n’a laissé que de riches bijoux et des armes ciselées  ». La seule œuvre littéraire de cette époque qui nous soit parvenue fut rédigée en latin ancien par l’évêque Grégoire de Tours (539-594) dans un ouvrage intitulé « Dix livres d’histoire » (allant de la Création du Monde à 591…) ou bien « Histoire des Francs ». Certains épisodes furent dans les mémoires de nombreux écoliers : le sacre et le baptême de Clovis, l’anecdote du vase de Soissons, l’histoire de Frédégonde et Brunehaut .

Quelques rappels pour le décor … En 511, à la mort de Clovis, 4 royaumes, de capitales Reims, Soissons, Paris et Orléans, sont attribués selon la coutume franque, à ses 4 fils. En 558, seul Clotaire 1er survit ; il peut donc réunifier le royaume. Mais à sa mort en 561, nouveau partage en 4 parties:

– le « royaume de Paris » (ci-joint  en rose), de la Somme aux Pyrénées, avec le Bassin Parisien, dont Sens plus une partie de la Provence, à Caribert.

– la Neustrie (en jaune), capitale Soissons, avec Arras, Cambrai et Tournai, à Chilpéric.

– l’Austrasie  (en bleu), capitale Reims, en 2 parties : au Sud, l’Auvergne ; au N-E, Metz, Strasbourg, Cologne et au-delà du Rhin jusqu’à la Saxe et la Thuringe…à Sigibert.

– le « royaume d’Orléans » (en vert), ex-Burgondie, comprenant Orléans, Bourges et Troyes, avec la Bourgogne conquise entre temps, dont Auxerre, Nevers, Autun, Besançon, Sion, Genève, Gap…à Gontran.

Sigibert épouse en 566 Brunehaut (env 547-613), née en Andalousie, fille d’un roi wisigoth. Son frère Chilpéric, – vivant avec Frédégonde, une servante qui aspire à devenir reine -, est jaloux de ce mariage princier et épouse la sœur de Brunehaut. Cette nouvelle épouse meurt, étranglée dans son lit et Chilpéric épouse Frédégonde… Brunehaut veut venger sa sœur et de l’affrontement entre les deux reines résulte une guerre entre Neustrie et Austrasie, à laquelle participent les autres royaumes, soit « trente ans de rivalités et de crimes »… Frédégonde morte en 597, c’est Clotaire II, roi de Neustrie, fils de Chilpéric et Frédégonde, qui met fin à ces luttes fratricides en prenant le dessus sur Brunehaut . Rejetée par les nobles d’Austrasie. elle est arrêtée, jugée, suppliciée pendant trois jours et meurt attachée par les cheveux, un bras et une jambe à la queue d’un cheval sauvage … en 613 à Renève (Côte d’Or) à 30 km à l’est de Dijon. Clotaire II, ayant conquis l’Austrasie et la Bourgogne, règne ensuite sur l’ensemble du royaume franc, jusqu’à 629. Son fils Dagobert 1er (env.603 à 639) lui succède et règne de 629 à 639.

Quelques détails sur Brunehaut et notre région

En 589, Brunehaut et l’évêque d’Autun Syagre ont créé, sur les ruines de temples païens, 3 abbayes royales dans les faubourgs d’Autun. L’abbaye St Martin d’Autun devant accueillir 300 moines bénédictains, Brunehaut la dota d’importants domaines, situés en différents endroits, dont Avallon. M ;Max QUANTIN, dans un article paru dans le B.S.S.Y. de 1875, intitulé « Avallon aux 12ème et 13ème siècles », nous signale qu’à cette époque, l’abbaye de St Martin d’Autun était « seigneur du bourg St Martin d’Avallon, d’Annéot, de Girolles et de Tharot ». Aujourd’hui, il ne reste du château de Girolles que l’un des côtés d’une tour carrée, qu’on appelle encore la « Tour Brunehaut ».

Brunehaut

Son buste est présent sur le blason des Chastellux depuis le début du XVe siècle.

La fin des Mérovingiens

Sous les Mérovingiens, le pouvoir royal passe progressivement entre les mains des « maires du Palais ». Initialement intendants des domaines du Roi, ils sont devenus ducs, ministres, puis chefs des armées. ; ils font et défont les rois de la famille mérovingienne à leur guise… Childéric II déjà, était ainsi assisté des « Ducs » de Neustrie, d’Austrasie et de Bourgogne. Dagobert, secondé par d’excellents conseillers, Saint Eloi et Saint Ouen, recouvre un peu de l’autorité royale perdue par son père et réforme l’administration. Vers 628-630, il fait une grande tournée en Bourgogne, – par Langres, Dijon, Chalon, Autun, Auxerre, Sens…-, « en rendant la justice au nom de Dieu à chaque étape » Mais à sa mort, ses enfants ayant 4 et 8 ans, le pouvoir des maires du Palais s’accroît à nouveau ; ils se disputent le pouvoir. Finalement, celui d’Austrasie, Pepin de Herstal, triomphe et gouverne sous 3 rois successifs, jusqu’à sa mort en 714. L’un de ses fils  Charles, appelé plus tard Charles Martel ( env. 690 à 741) lui succède en 717 après une période trouble, et prend  petit à petit le contrôle des 3 royaumes francs, …sous 3 rois successifs. Il étendra aussi le  territoire vers l’Est, conquérant l’Autriche et le Sud de l’Allemagne de 720 à 730 et, de plus, après sa victoire contre les Arabes il apparaîtra comme le « sauveur de la chrétienté ».

Invasion des Musulmans

Mahomet (env. 570 à 632), d’abord berger et caravanier, « révéla » en Arabie une nouvelle religion, l’Islam ( « soumission »…aux volontés de Dieu), avec un « livre saint », le Coran ; et descroyants, les Musulmans. Ses successeurs, ou « Califes » « ont encouragé la diffusion de la foi nouvelle par la Guerre Sainte ». De 632 à 661, les Arabes ont conquis le Proche-Orient, – Syrie, Mésopotamie, Perse, Egypte…-.Puis, vers l’Est , l’inde et le Turkistan, et vers l’Ouest, l’Afrique du Nord, puis l’Espagne en 711, où ils  battent les Wisigoths, en place depuis 3 siècles.

En 720, ils mettent le pied sur la terre franque et prennent Narbonne. En 721, le comte Eudes les bat à Toulouse, mais ils progressent en Aquitaine et se dirigent vers la Loire. De 725 à 731, ils remontent le Rhône et la Saône, atteignant et pillant Mâcon , Chalon, Autun ( en 731 ( ?), les monastères sont saccagés), Dijon, Besançon. Saulieu, Auxerre ( où les monastères construits récemment sont détruits). Repoussés à Sens par l’évêque Ebbon,- originaire de Tonnerre -, ils rebroussent chemin vers la Bourgogne et continuent leurs ravages. Heureusement, le 25 octobre 732, le Maire du Palais Charles  remporte contre eux une victoire décisive  près de Poitiers. Le chef des troupes musulmanes (on disait aussi les ‘Sarrazins ») est mort au cours de ce combat. C’est après cette bataille que Charles aurait été surnommé « Martel » ( le marteau)…

Mais les combats n’étaient pas terminés : les Musulmans prennent Avignon et Arles en 735 et remontent vers la Bourgogne. Charles Martel les refoule vers le sud de la vallée du Rhône en 736. Persuadé que les Grands de Bourgogne n’ont pas opposé une résistance sérieuse aux Sarrasins, Charles annexe l’Auxerrois et s’empare des richesses de l’Eglise (l’évêque d’Auxerre ne récupèrera sa souveraineté sur les établissements religieux qu’au 9ème siècle). « Son frère Childebrand exercera une fonction ducale en Bourgogne et en Provence jusqu’en 739 »…       

Les rois Carolingiens

« A ce sauveur de la chrétienté succède Pépin le Bref – le Petit –» (son fils)…Il dépose Childeric III, le dernier roi mérovingien qu’il avait « installé » en 743, le fait tonsurer et enfermer dans un monastère. Puis, avec l’autorisation du pape Zacharie, il prend « le titre de roi des Francs par la grâce de Dieu » et se fait sacrer une première fois par l’évêque de Mayence, Boniface en 751, et une 2ème fois par le pape Etienne II en 754 à St Denis. C’est la naissance de la dynastie carolingienne. En 771, à Pépin le Bref, époux de « Berthe au grand Pied », succède son fils Charles 1er, dit « le Grand » ou Carolus Magnus, ou Charlemagne (742-814). « vigoureux, énergique, chasseur infatigable, remarquable guerrier, administrateur avisé… »

Après plusieurs campagnes… contre les Lombards en Italie du Nord, à la demande du pape en 774, contre les Saxons au delà du Rhin de 772 à 804, contre les Musulmans d’Espagne en 778 ( cf épisode de Roncevaux, où, d’après Courtépée, furent tués le 15 août, de nombreux Bourguignons, dont Guy de Bourgogne, comte de Langres, Olivier de Vienne et Samson, gouverneur de la 1ère Lyonnaise) et contre les Avars et les Slaves de Bohême…

…les frontières du royaume franc sont repoussées au Nord-Est jusqu’à l’Elbe et au Danube, au Sud-Est jusqu’au-delà de Rome, au Sud-Ouest au-delà des Pyrénées («  Marche d’Espagne »).

Charlemagne et son sceau

Le 25 décembre 800, il est couronné Empereur d’Occident par le pape Léon III.

Le territoire a été partagé en 200 comtés.

Les comtes étaient de hauts fonctionnaires représentant le souverain, publiant ses décisions et levant les impôts. En Bourgogne des comtes ont été nommés à Autun, Avallon, Auxerre, Besançon, Chalon, Mâcon, Nevers… « Comtés et évêchés couvrent en général le même territoire, correspondant aux anciens  pagis gallo-romains ».

A la mort de Charlemagne en 814, son fils Louis le Pieux (778-840) lui succède. Dès 817, il procède a un partage entre ses 3 fils, Lothaire, désigné comme cogérant de l’Empire et futur Empereur, Pépin et Louis qui, avec  l’Aquitaine pour l’un et la Bavière pour l’autre sont d’ores et déjà mécontents…

Devenu veuf, Louis se remarie et a en 823 un garçon, le futur Charles le Chauve (823-877), qu’il introduit dans la succession en 829. Les mécontentements s’accentuent, et après des années de luttes entre les différents clans, sous formes de guerres civiles, d’accords dénoncés, d’enlèvements et et d’assassinats, a lieu le 25 juin 841 à Fontenoy-en-Puisaye (près de St Sauveur dans l’Yonne), une bataille qui oppose Lothaire à Louis  (le ‘Germanique ») et Charles (le Chauve). Les alliances locales sont disparates : les comtes Ermenaud d’Auxerre, Arnoul de Sens, Girard de Paris et l’évêque Audri d’Autun, sont avec Lothaire, et se sont retrouvés à Auxerre avant la bataille ; tandis que Aubert d’Avallon, Guérin de Provence, – comte d’Autun, de Mâcon et d’Auxois -, et l’évêque de Langres sont avec Charles.

Charles et Louis sont victorieux, mais des batailles reprennent près de Strasbourg puis de Coblence… Finalement, un traité de partage de l’Empire est conclu à Verdun en août 843 : la partie Ouest, de Pyrénées à la Belgique ira à Charles, la partie Est, de la Saxe à la Bavière, à Louis, et la partie Centrale, jusqu’à l’Italie du Nord, à Lothaire.

La Bourgogne se trouve partagée en 2 par la Saône,  Bourgogne franque et  Bourgogne germanique, futurs duché et comté de Bourgogne (puis « Franche-Comté »). Les comtés de Chalon, Mâcon, Autun, Nevers, Auxerre, Sens, Tonnerre, Avallon….sont rattachés à Charles le Chauve, dans la « Francie occidentale ».

Charles II le Chauve, petit-fils de Charlemagne, est sacré roi de Francie le 8 juin 848 à Orléans par l’archevêque de Sens …et, après la mort de Lothaire puis de Louis, Empereur d’Occident le 26 décembre 875 à Rome par le pape Jean VIII. Sous son règne, il est confronté à Louis le Germanique, aux révoltes des Bretons et aux incursions des Vikings. Par un « capitulaire » (acte législatif), il institue le « système féodal » : « chaque homme libre reçoit pour seigneur celui qu’il aura lui-même choisi ». Mais les « seigneurs » apparaissant de plus en plus comme seuls protecteurs des populations, ce système aboutit au renforcement des pouvoirs locaux et « les ducs et comtes usurperont progressivement le pouvoir royal ; les derniers carolingiens  seront maîtres d’un territoire de plus en plus restreint ».

Invasion des Normands. Les derniers rois Carolingiens: les seigneurs choisissent leur roi.

généalogie des Carolingiens

Les marins scandinaves et danois commerçaient depuis longtemps en Mer du Nord, Atlantique er Mer Baltique, « vendant poissons salés, fourrures et ambre ». Au 9ème siècle, leur population ayant peut-être augmenté, « ils deviennent pirates et conquérants », allant jusqu’à attaquer Byzance, l’Islande et le Canada… Dès 799, ils ont attaqué l’Empire de Charlemagne à l’île de Noirmoutier. Ensuite, remontant le Rhin, la Seine et la Loire sur leurs légers navires, ils débarquaient et «  pillaient tout ce qui s’offrait à leur convoitise »…en particulier les riches abbayes, telles que Jumièges en 841. En 843, ils pillent Nantes et tuent l’évêque Gohard. De 842 à 856, ils font des incursions jusqu’à Lyon, Toulouse, Bordeaux, Périgueux, Clermont…et deux fois à Paris en 845 et 856.

Charles le Chauve ne trouve pas d’autre solution que de leur donner de grosses sommes pour les arrêter, mais ils s’embarquent et reviennent un peu plus loin… De 867 à 877, ils s’attaquent plutôt à la Grande-Bretagne.

En 877, Charles le Chauve meurt . Lui succèdent, son fils  Louis II le Bègue jusqu’en 879, puis les deux fils de celui-ci, Louis III et Carloman II, qui se partagent le royaume. Mais, âgés de 15 et 13 ans, leur héritage est contesté . Prélats et Grands du royaume de Besançon, Lyon, Grenoble, Aix, Arles…cherchant  « l’homme le plus apte à protéger l’Eglise et le pays » décident en octobre 879 de restaurer le royaume de Burgondie ( du Doubs aux rives de la Méditerranée) et d’en offrir la couronne à Boson de Provence, (env. 844-887), « homme de guerre lotharingien », beau-frère de Charles le Chauve. Les princes carolingiens réagissent par les armes et reprennent Mâcon puis Vienne (en 887, à la mort de Boson, la Burgondie sera à nouveau partagée en 3). Louis III meurt en 882. Carloman doit aussi combattre le roi de Lorraine et les Normands d’Amiens dont il aurait acheté le départ pour « 12000 livres pesant d’argent ». Il meurt en 884 d’une chute de cheval. Le troisième fils, posthume, de Louis II, Charles (« le Simple ») (879-921) n’ayant que 5 ans, les Grands du royaume font appel comme régent à l’Empereur Charles III le Gros, troisième fils de Louis le Germanique, et lui font allégeance en juin 885.

D’octobre 885 à février 886, les Normands envahissent la Neustrie et arrivant – dit-on – avec 700 navires, assiègent Paris pour la 5ème fois. Le comte Eudes et l’évêque Gozlin leur résistent 90 jours. Charles le Gros reste indécis et préfère leur payer une rançon de 700 livres et leur permettre de piller la Bourgogne ! En conséquence, ils remontent la Seine puis l’Yonne, attaquant Melun le 30 novembre 886, mettant le siège devant Sens et dévastant les environs. Ils pillent l’abbaye de St Germain à Auxerre ; puis une flottille remonte la Cure début 887 et détruit le monastère de Vercellacus (futur St Père) créé en 858 par le comte Girart et son épouse Berthe (il sera reconstruit sur la colline proche, qui prendra le nom de Vézelay. (voir « le Testament de Girard de Roussillon »).

Une autre flottille remonte l’Armançon, et continuant vers l’actuelle Côte d’Or, les Normands détruisent en janvier 887 le monastère de Flavigny, près du Mont Auxois, puis, 30 km au N-E de Dijon, celui de Bèze, où ils tuent 6 moines, un prêtre et un enfant et saccagent les récoltes des environs, provoquant une terrible famine. En 888, ils sont aux portes de Dijon, défendue par le comte de Chalon Manassès ; là aussi, la campagne est pillée. La même année, Richard, comte d’Auxerre, avec l’aide de l’évêque Géran , défait les Normands près de Saint-Florentin. Cet acte de faiblesse de Charles le Gros a discrédité la monarchie carolingienne. Sa santé  s’altérant, les seigneurs de Francie occidentale l’abandonnent. Il est déchu de tous ses titres lors d’une Diète tenue près de  Coblence en novembre 887, et, en février 888, ils élisent comme roi le comte Eudes, héros du siège de Paris, et le font sacrer par l’archevêque de Sens.

Les Normands continuent à saccager des villes, Meaux, Troyes, Toul, Evreux, St-Lô, Auxerre –dont les faubourgs sont incendiés en 889 -…Eudes les bat en Argonne en 888 et en Limagne en 892, mais il se contente souvent de « payer tribut ». Il ne contrôle en fait que les régions entre Seine et Loire. Car Charles le Simple a des alliés « légitimistes » chez les seigneurs des régions entre Seine et Meuse et il se fait sacrer à Reims en 893…Si bien que juste avant sa mort en 898, Eudes préfère désigner Charles III le Simple (19 ans) comme successeur.       

En 911, les Normands, conduits par Rollon assiègent Auxerre, mais la ville résiste. Le 20 juillet, les Francs, dirigés par Robert « duc des Francs »,- frère de l’ex-roi Eudes -, Richard et le duc de Poitiers, leur font subir une sévère défaite devant Chartres.  Charles conclut avec Rollon le traité de St Clair sur Epte, dans le Vexin, qui lui accorde un territoire entourant la ville de Rouen, « entre l’Epte et la mer », en échange d’un serment de fidélité au roi de France…ce qui met un terme aux invasions par la Seine. La même année, à la suite d’une révolte des hauts dignitaires du royaume, la Lotharingie se donne à Charles le Simple.

La  légitimité de Richard, dit « le Justicier » est alors acquise sur Auxerre, Sens, Avallon, Troyes, Autun, Beaune, Brienne, Chalon, Dijon, Langres, Nevers. Il prend le titre de duc de Bourgogne en 918. En 922, ce sont les « Grands » de Francie occidentale qui se révoltent, avec, à leur tête Robert, duc des Francs. Le roi Charles se réfugie en Lotharingie. Les insurgés proclament roi Robert 1er (860-923) ; il est sacré à Reims par l’Archevêque de Sens en juin 422. Charles l’attaque à Soissons le 14 juin 923. Robert 1er est tué, mais le vainqueur de la bataille est Raoul (890-936), duc de Bourgogne, fils de Richard le Justicier – comte d’Auxerre, d’Autun et d’Avallon, et frère de Boson de Provence -. Il est proclamé roi. et couronné (Raoul 1er, de la dynastie des Bosonides) en juillet à Soissons par l’Archevêque de Sens… A la fin de l’été 923, Charles tombe dans un guet-apens dressé par Hubert II de Vermandois (région de St Quentin): il restera captif à Péronne jusqu’à sa mort en 929.

A l’automne 924, les Normands de la Loire pénètrent au Nord-Ouest de la Bourgogne et pillent tout sur leur passage. Les comtes de Troyes et de Langres les repoussent. En 925 le roi Raoul 1er réunit une armée et bat les Normands à Eu, mais l’année suivante il est battu près de St Omer. En 930, il doit donner le Cotentin à Guillaume-Longue Epée, fils de Rollon. Vers 931-932, Raoul lutte contre Gilbert de Chalon et Richard de Sens qui sont en révolte, à cause de la confiscation  du Château d’Avallon,- tenu par Gilbert -, par la reine Emma de France, épouse de Raoul et fille de Robert 1er. En 935, il aurait mis en déroute les Hongrois arrivés – par Toul et Chalons -, en Champagne et en Bourgogne.

En janvier 936, il meurt à Auxerre, sans héritier. Il est inhumé dans l’église de Ste Colombe, près de Sens. Son frère Hugues le Noir lui succède comme duc de Bourgogne.

le Royaume des Francs au début du règne de Hugues Capet

Hugues le Grand, – fils de Robert 1er, et beau-frère de Raoul -, comte de Paris, marquis de Neustrie, devient « Duc des Francs ». Il domine de nombreux territoires entre Orléans-Senlis et Auxerre-Sens. Bien que très puissant, il ne revendique pas la couronne et fait appel au jeune fils de Charles le Simple, Louis IV d’Outremer (920-954), qui avait suivi sa mère en exil en Angleterre. En juin 936, le nouveau roi est sacré à Laon par l’archevêque de Reims. Ce sera le dernier des Carolingiens…

En 939 et 945, Louis IV tente vainement de reconquérir la Lotharingie et la Normandie. En fin de règne il a autorité sur le Nord de la Loire. Il meurt accidentellement en 954. Son fils Lothaire II (941-986) lui succède… à 13 ans. Il sera donc sous la tutelle de Hugues le Grand (jusqu’à la mort de celui-ci en 956). Ensuite, il veut asseoir son autorité sur de puissants vassaux, Hugues Capet, fils de Hugues le Grand, Richard, comte de Normandie… En août 978, voulant récupérer la Lorraine, il monte une expédition contre l’Empereur Othon II avec Hugues Capet et prend Aix-la-Chapelle. En représailles, en octobre, Othon II ravage les régions de Reims, Soissons et Laon, et vient assiéger Paris. Face à Hugues Capet et l’armée franque , il renonce et bat en retraite. Mais en mars 986, Louis IV meurt subitement (empoisonné ?).

Son fils Louis V (967-987) règne de mars 986 à mai 987. Il meurt après une chute de cheval en forêt de Senlis, sans héritier. Soutenu par Adalbéron, archevêque de Reims, qui aspire au retour d’un vaste Empire de l’Occident dominé par les Ottoniens, – qu’avait combattus Lothaire -,  Hugues Capet est élu par l’assemblée des Grands (évêques et seigneurs) réunie à Senlis, – évinçant ainsi Charles de Lorraine, frère de Lothaire, donc carolingien -, puis sacré roi en juin ou juillet 987. Prévoyant, il fait sacrer son fils Robert le Pieux (15 ans) dès Noël 987 et l’associe aux affaires du trône. On revenait ainsi à la monarchie héréditaire et la dynastie des Capétiens devait durer jusqu’à 1792…

Le domaine royal se limite aux environs de Paris et Orléans. Le roi a de nombreux conflits avec les grands seigneurs. Il arrive qu’il soit reconnu par eux, mais il n’a pas autorité sur leurs territoires. Malade, il meurt en octobre 996.

Robert le Pieux

Robert II le Pieux (972-1031) , son fils, lui succède. Dès 1003, il cherche à conquérir la Bourgogne, qui aurait dû lui revenir par héritage de son oncle Eudes-Henri ; celui-ci, qui a succédé en 965 à son frère Otton (comme lui, fils de Hugues le Grand) en tant que duc de Bourgogne -, a en effet transmis son titre à un beau-fils nommé Otte-Guillaume, comte de Mâcon et comte de Bourgogne (future Franche-Comté).

Une rivalité pour la possession d’Auxerre entre Hugues de Chalon, évêque d’Auxerre et Landry, comte de Nevers et gendre d’Otte-Guillaume, incite le roi Robert à intervenir. Au printemps 1003, avec Richard III de Normandie, il engage ses troupes en Bourgogne, mais échoue devant Auxerre. En 1005, ils reviennent et prennent Avallon après un siège de 3 mois ; la ville aurait alors été « dévastée et la plupart des habitants massacrés ou exilés » ; il ne serait resté que 300 survivants ;  Auxerre est repris également . Par des accords conclus en 1005-1006 Otte-Guillaume renonce à ses titres et ses possessions reviennent à la couronne.

La « Renaissance carolingienne »

Les historiens voient dans les 8ème et 9ème siècles une période de renouveau de la culture et des écoles en Occident, marquée par la redécouverte de la langue latine et la promotion des arts libéraux (ateliers de copistes).

On connaît le souci de Charlemagne d’ouvrir des écoles et de s’entourer d’érudits.

Auxerre, au 9ème siècle fut le siège d’une « école monastique » autour de l’abbaye St Germain, – école « dont le rayonnement intellectuel touche tout l’Occident chrétien » –, grâce à des érudits comme MurethacHaymonHeiric et Rémi, tous dits « d’Auxerre ». Leurs travaux et leur enseignement portaient sur la théologie, l’exégèse de la Bible et les commentaires d’auteurs classiques.

Mais la masse de la population n’était pas touchée par ce renouveau culturel.

Le peuple « utilisait une langue en pleine évolution, où les formes latines disparaissaient parfois devant des mots germaniques, pour donner naissance à la langue romane, ancêtre du français ».

Attention !  nous avons passé l’an mille !

 Faisons une pause au bord de la cure où des témoignages de ces époques troubles ont été mises à jour. Avant de refermer ces pages du premier millénaire.

Importants vestiges mérovingiens et carolingiens tout près de Montillot

Le Cimetière Barbare de Vaux-Donjon

C’est le titre d’une conférence prononcée en 1909 par l’Abbé PARAT devant la Société des Etudes d’Avallon (S.E.A.). Tout ce qui suit est tiré, pour l’essentiel, du texte de cette conférence.

L’abbé Courtépée (1721-1781), historien de la Bourgogne, rapporte que l’abbé de Vézelay Erard a fait fouiller en 1601 le lieudit « les Eglises » tout près du moulin du Gué-Pavé côté Sud. (Il s’agit du même  « Champ des Eglises », déjà signalé plus haut à propos des villas gallo-romaines). « L’on déterra plusieurs tombeaux en pierre avec des débris de tuile ; il paraît que c’était une léproserie ». Et sur la pente de la colline proche du  côté ouest «  est un terrain appelé les Cercueils, où il y a, à fleur de terre, plusieurs tombeaux ouverts ».

En 1780, d’après l’abbé Martin, dans son « Histoire de l’Abbaye de Vézelay », on a aussi trouvé là des « tombeaux en pierre » …

Mr P.J.A. de LENFERNA, maire de Montillot sous le Second Empire, de 1860 à 1870, « fit faire quelques fouilles et recueillit plusieurs objets en bronze qui auraient été donnés au musée d’Auxerre ».

Au début du 20ème siècle, un cultivateur de Vaudonjon, – hameau de Montillot, à 3 km vers l’Est du village, tout près de la rivière Cure -, Clément LEMOUX, « en arrachant un arbre dans sa vigne des Cercueils, trouva un collier de grosses perles de verroterie et deux vases ».

la « X » indique le lieu-dit « les cercueils »

En décembre 1904, il eut l’occasion de raconter sa trouvaille à un jeune archéologue qui explorait un gisement gallo-romain à Vaudonjon-le-bas. En compagnie de Mr TERRADE, agent-voyer à Vézelay, et de ses ouvriers, ils se sont rendus à l’endroit désigné, ont ouvert une tranchée et trouvé « un vase avec des ossements », puis « des fosses disposées comme celles de nos cimetières ». « Ce premier coup de pioche avait révélé une nécropole barbare ». (N.B. : le mot « barbare » est employé ici dans le sens ancien « d’étranger à la civilisation des Romains »). Les terrains voisins, appartenant alors aux dénommés SAVELLY, PERREAU, GUILLOUX, CARILLON et BIDAUT (aujourd’hui cotées ZK663 à 667 sur le cadastre d’Asquins), ont été loués temporairement pour continuer les fouilles, sur une surface de  112m x 25m soit environ 3 ares (le grand axe parallèle à la vallée …à 30 mètres au-dessus de la petite voie romaine d’Autun à Auxerre ). Deux ouvriers travaillèrent sans relâche jusqu’au 23 mars 1905, ayant visité 323 fosses. «Ils reprirent leurs travaux en novembre jusqu’en mars 1906 et découvrirent 155 sépultures. »

 A partir de janvier 1905, l’abbé Parat assista aux fouilles et prit des notes.

 Les principales caractéristiques relevées, en vrac :

– fosses de longueur max 2m, de profondeur 40cm à 1m,50, plus larges à la tête qu’aux pieds ;parements en plaquettes de calcaire ou « laves » ; quelquefois une lave recouvrait la tête, ou la poitrine, ou les jambes ; les cercueils de pierre étaient l’exception (6 monolithes seulement, dont 3 ont été donnés aux musées d’Avallon, de St Jean des Bonshommes et de Sens).‘ les squelettes étaient très détériorés. « Le visage du mort, gisant ou assis, fait face à l’est ». En décembre 1904, il eut l’occasion de raconter sa trouvaille à un jeune archéologue qui explorait un gisement gallo-romain à Vaudonjon-le-bas. En compagnie de Mr TERRADE, agent-voyer à Vézelay, et de ses ouvriers, ils se sont rendus à l’endroit désigné, ont ouvert une tranchée et trouvé « un vase avec des ossements », puis « des fosses disposées comme celles de nos cimetières ». « Ce premier coup de pioche avait révélé une nécropole barbare ». (N.B. : le mot « barbare » est employé ici dans le sens ancien « d’étranger à la civilisation des Romains »).

Les terrains voisins, appartenant alors aux dénommés SAVELLY, PERREAU, GUILLOUX, CARILLON et BIDAUT (aujourd’hui cotées ZK663 à 667 sur le cadastre d’Asquins), ont été loués temporairement pour continuer les fouilles, sur une surface de  112m x 25m soit environ 3 ares (le grand axe parallèle à la vallée …à 30 mètres au-dessus de la petite voie romaine d’Autun à Auxerre ).

« Deux ouvriers travaillèrent sans relâche jusqu’au 23 mars 1905, ayant visité 323 fosses. Ils reprirent leurs travaux en novembre jusqu’en mars 1906 et découvrirent 155 sépultures. »

 A partir de janvier 1905, l’abbé Parat assista aux fouilles et prit des notes.

 Les principales caractéristiques relevées, en vrac :

– fosses de longueur max 2m, de profondeur 40cm à 1m,50, plus larges à la tête qu’aux pieds ;parements en plaquettes de calcaire ou « laves » ; quelquefois une lave recouvrait la tête, ou la poitrine, ou les jambes ; les cercueils de pierre étaient l’exception (6 monolithes seulement, dont 3 ont été donnés aux musées d’Avallon, de St Jean des Bonshommes et de Sens). Les squelettes étaient très détériorés. « Le visage du mort, gisant ou assis, fait face à l’est ».

Le mobilier funéraire était abondant, concernant :

  • l’armement : épées à 2 tranchants (90 cm), lances dites « framées », haches dites « francisques », sabres dits « scramasaxes », boucliers, couteaux…avec tout l’outillage associé (poinçons, aiguilles, cisailles, clés…)
  • l’équipement : boucles en fer ou en bronze, agrafes ou « fibules », boutons, goupilles…
  • la parure : bracelets, bagues, boucles d’oreille, colliers, médailles…souvent finement ciselés et décorés d’émaux brillants de couleurs vives
  • la céramique : verrerie et poterie (184 vases pour 551 sépultures)
boucle de ceinture
petits bols en céramique (collection particulière)

On distingue deux types de sépultures :

– certaines datent de l’époque franque (5, 6 et partie du 7ème siècle : les guerriers étaient enterrés avec vêtements et armes ( « race guerrière mais éprise d’art »)

– d’autres de l’époque carolingienne (8 et 9ème siècles) : un édit de Charlemagne interdisait tout objet autre qu’un linceul dans les sépultures.

D’où l’hypothèse de déroulement chronologique des évènements locaux émise par l’abbé PARAT :

Vue aérienne, champ des Eglises. Lieu dit les bouillies. 
Photo JP Delor.

– la grande villa gallo-romaine du Champ des églises entre la Cure et la voie romaine, aurait été ruinée par l’invasion des Barbares de 406 à 412.

– vers 450, les Burgondes s’établissent dans la vallée de la Cure

– en 502, leur roi GONDEBAUD rencontre Clovis, établi à Auxerre.

– en 528, les fils de Clovis envahissent la Bourgogne et les Francs se mêlent aux Burgondes à Vaudonjon (construction d’un donjon en bois?) . Situation stable sous les Carolingiens au 8ème siècle

– vers la fin du 9ème siècle, destruction du monastère de St Père par les Normands.

– une nouvelle population vient s’installer dans la villa du Champ des Eglises avec un 2ème cimetière, sans mobilier funéraire, et un village appelé Vergigny apparaît sur les actes de fondation de l’abbaye de Vézelay par Girart et Berthe…«  qui a son église et commande à une vicairie. ». Il disparaîtra des documents vers le 11ème siècle, sans même donner son nom à un « climat».

– sur la rive droite de la Cure, au lieudit « Marnay », des exploitations agricoles n’ont laissé comme traces que les pierres que soulèvent quelquefois les laboureurs…

Que savons nous de la situation de l’Occident autour de l’An 1000 ?

Interrogeons les historiens.

Les grandes invasions sont terminées depuis quelques dizaines d’années seulement…

Les envahisseurs se sont souvent « fixés sur les terres qu’ils avaient pillées, en même temps qu’ils se convertissaient au christianisme » et s’intégraient aux populations.

Le pouvoir carolingien s’est progressivement désagrégé, car la défense du pays a été assurée dans chaque région par les représentants du roi, comtes, abbés et évêques, et ceux-ci, dans leurs « seigneuries », ont usurpé les pouvoirs royaux. Trop souvent par la suite, ils ont entrepris des guerres personnelles contre leurs voisins rivaux. D’où la construction des premiers châteaux privés où les paysans trouvaient refuge.

Paradoxalement, les invasions, qui ont provoqué tant de massacres et de destructions, auraient « favorisé les échanges de savoirs et fait évoluer les niveaux techniques et culturels ».

Ce serait le début d’une révolution économique et sociale qui trouvera son apogée vers les 12ème et 13ème siècles.

 Agriculture 

Les paysans produisent « mieux et plus », cela pour diverses raisons :

–  meilleure connaissance et meilleur traitement du sol.

– introduction de l’assolement triennal, entraînant des défrichements et une augmentation des surfaces cultivées.

– amélioration des attelages ( collier d’épaule, fer à cheval,…)

– drainage et irrigation des sols.

– moulins à eau – pour le grain et l’huile -, remplaçant les meules à bras

Les rendements des cultures augmentent nettement. L’alimentation devient plus variée, mais il y a encore des années de mauvaises récoltes, entraînant des famines, comme en 1005 et 1006

La structure de la société agricole elle-même est modifiée :

– les esclaves – simples « objets » à disposition de leur propriétaire – sont émancipés en serfs personnes liées par contrat pour travailler sur la terre du seigneur qui les protège

– les « hommes libres » qui ont participé aux combats choisissent de quitter les armes pour le travail de la terre et deviennent exploitants pour le compte du seigneur.

Echanges

Les Carolingiens ont introduit le « denier d’argent », plus adapté que la monnaie d’or aux petites transactions. Les seigneurs, les évêques et les abbayes peuvent « frapper monnaie ». Les paysans peuvent produire et vendre leurs surplus, d’où la multiplication des marchés.

Habitat

Un historien avait écrit : « le grand domaine, la villa, reste la base de toute activité économique ».

Mais ce sujet a fait l’objet d’études récentes. Lors d’un colloque de septembre 2006, Mr Paul Van Ossel, du CNRS-Paris I (UMR7041), a publié une étude intitulée « De la « villa » au village : les prémices d’une mutation ». portant sur le remplacement progressif de l’habitat rural dispersé par l’habitat rural groupé, de la fin du 2ème siècle à la fin du 10ème. Une synthèse des observations effectuées au cours de fouilles en Ile-de-France et dans la Somme a été présentée.

Jusqu’au début du 4ème siècle, l’habitat se caractérisait par ;

– des agglomérations peu nombreuses

– une multitude d’exploitations agricoles dispersées dans les campagnes.

A la fin du 4ème siècle sont apparues des habitations de type germanique, de grandes dimensions, avec des greniers sur poteaux ( on retrouve des « fonds de cabanes » où apparaît la trace des poteaux porteurs ), constructions «  regroupant plusieurs unités d’habitation et rassemblant plusieurs familles ».

On constaterait donc des modifications importantes entre le 4ème et le 7ème siècles, liées à ,la diffusion progressive de la culture germanique :

– usage de matériaux légers : terre et bois au lieu de la pierre

– réorganisation des espaces de vie et de travail vers un «  habitat rural groupé » .

Evolution de l’Eglise

La gestion de nombreux monastères laissant à désirer, les moins disciplinés ont été repris par des laïcs.

Mais d’autres, comme celui de Cluny, acquièrent une grande autorité morale et essaiment : en 994, l’Ordre de Cluny compte déjà 34 couvents.

La Grande Peur de l’an Mille – avec le retour du Christ…ou de Satan, et la fin du monde -, ne serait qu’une invention des siècles suivants, un mythe de la Renaissance du 16ème siècle, repris par des écrivains romantiques du 19ème. « En l’an 1000, seule une minorité de clercs avait connaissance et conscience de cette date ». Et faute de connaissance du calendrier, très peu de gens savaient qu’ils changeaient de millénaire…

Chez Abbon de Fleury, le passage au IImillénaire n’est pas passé inaperçu, puisque vers 998 il adresse un plaidoyer à Hugues Capet et son fils Robert. Il accuse ainsi un clerc qui, lorsqu’il était étudiant, revendiquait la fin du monde au tournant de l’an mil. Ainsi, même les grands savants du xe siècle sont anti-millénaristes.

« On m’a appris que dans l’année 994, des prêtres dans Paris annonçaient la fin du monde. Ce sont des fous. Il n’y a qu’à ouvrir le texte sacré, la Bible, pour voir qu’on ne saura ni le jour ni l’heure. »

Abbon de Fleury, Plaidoyer aux rois Hugues et Robert, v. 998.

Catégories
histoire régionale un peu d'histoires

Préhistoire…, protohistoire…, un long préambule.

MONTILLOT avant l’Histoire (suite et fin)

André Buet †, 2013

Nous avons situé le village actuel de Montillot dans son cadre géologique.

Sur un socle rocheux constitué de dépôts marins datant de l’ère secondaire (« jurassique moyen »), on a vu comment se sont constituées, une plaine cultivable (la « Plaine de la Chally » et « la Canne »), ainsi que les collines boisées proches (« Les Perruches » et « Crot Blanc »).

Nous avons rappelé que nos ancêtres « biologiques » vivaient il y a 2 millions d’années, et qu’avaient été trouvées dans la région proche des traces de vie humaine datant de plusieurs dizaines de milliers d’années. Comme le rappelait l’historien Fernand BRAUDEL, « l’Histoire, telle que nous la connaissons, n’est même pas la millième partie de l’évolution humaine considérée dans toute sa durée ».

Même si nous nous limitons aux 3000 dernières années, nous pouvons affirmer que des dizaines de milliers d’individus ont piétiné le territoire de ce qui s’appelle aujourd’hui MONTILLOT.

Ils y ont vécu, c’est-à-dire qu’ils y ont travaillé pour subvenir à leurs besoins vitaux, qu’ils y ont lutté pour défendre leur existence, qu’ils y ont souffert, qu’ils y ont aimé …

Vivant dans des groupes de mieux en mieux organisés, ils en ont élaboré, appliqué ou subi les règles du « vivre-ensemble », d’abord tribales, puis seigneuriales, puis provinciales et ensuite nationales.

Ces règles ont eu des conséquences sur le comportement de chacun, et sont à l’origine d’évènements locaux. Des conflits sont survenus, entre individus, entre tribus, entre châtelains, – chevaliers, barons, comtes ou ducs provinciaux, puis entre états, entraînant des actes de brigandage, des guerres, des invasions, des révolutions…dont le petit peuple de nos villages ne pouvait que souffrir. Des accords et des alliances ont aussi été conclus.

Ces évènements ont été souvent mentionnés dans des écrits, et cela d’une manière de plus en plus précise au cours des deux derniers millénaires.

C’est à partir de ce constat que quelques habitants du village, nullement historiens de formation – et en l’absence de participation notable de Montillot à l’Histoire nationale – ont voulu retrouver ces documents en fouillant dans les dossiers administratifs archivés à tous les niveaux, municipalités, préfectures et Etat. L’objectif était de déceler des évènements locaux – c’est-à-dire qu’ils ont eu lieu dans un rayon maximum de 10 à 20 km – à portée de marche d’une journée – de les décrire et de les rapporter au contexte politique provincial ou national de l’époque

A partir de ces travaux, une vingtaine de documents étaient déjà rédigés en 2012, et ont été publiés sur un site Internet privé créé par l’une de nous.

(D’autres recherches pourront être effectuées, grandement facilitées par la numérisation généralisée des documents édités dans le passé).

…Et – de la même façon que s’exprimait l’abbé PARAT (1) à propos de Bois d’Arcy, et de la notice qu’il avait rédigée – « c’est ainsi que Montillot aura une histoire, si l’on peut donner ce nom à quelques glanures ».

Les premiers hommes

Mais il y a une période initiale où, l’écriture n’existant pas, aucun document ne raconte la vie de nos « Anciens ». Heureusement, ils ont laissé des traces, – cendres de foyers, tas de pierres …- fabriqué des objets, des outils abandonnés sur place ou posés dans leurs tombeaux, peint ou sculpté les murs des cavernes… Seul, l’examen détaillé de ces indices par d’éminents spécialistes a pu nous apprendre comment vivaient ces peuplades. Nous avons donc rapporté leurs conclusions.

1- Les grottes d’Arcy sur Cure

Les vestiges les plus connus dans notre région sont ceux des grottes d’Arcy-sur-Cure, situées à 9 km au Nord-Est de Montillot, dans une boucle de la Cure, creusées dans un massif calcaire, la « barrière corallienne », qui, à cet endroit, borde le Bassin Parisien 

Ces grottes ont servi de refuge aux premiers hommes, – chasseurs-nomades – soit contre le froid en période glaciaire, soit contre les animaux sauvages, depuis au moins 200 000 ans.

Buffon, homme de sciences et de lettres, – l’un de nos « voisins », né à Montbard en 1707- les aurait visitées en 1740, mais c’est l’abbé PARAT (2) (1843-1931), archéologue et historien régional, qui y a entrepris les premières fouilles scientifiques en 1894.

Le préhistorien André LEROI-GOURHAN (1911-1986) – dont le nom a été donné au collège de Vermenton – les a reprises de 1947 à 1963. Il a découvert des gravures sur les murs de la Grotte du Cheval, mis en évidence 11 niveaux d’occupation dans la Grotte du Renne…, tandis que son épouse Arlette, – décédée en 2005 à Vermenton -, a mis au point dans son laboratoire du Musée de l’Homme, des méthodes d’analyse des pollens enfouis (la « polynologie archéologique »).

Les équipes de chercheurs ont observé une progression des techniques de fabrication des outils et des ornements , à partir des Néanderthaliens, présents depuis 250 000 ans, influencés plus tard par les « HOMO SAPIENS » qui, venus d’Afrique de l’Est, ont commencé à coloniser l’Europe de l’Ouest vers « moins 50000.» ( soit 50000 ans avant J-C). On a ainsi pu analyser à Arcy la période de transition correspondante, entre -40000 et -30000, le « Châtelperronien ».

Les recherches ont été poursuivies – et le sont encore aujourd’hui – par des disciples de Leroi-Gourhan, Dominique RAFFIER, Michel GIRARD et leurs équipes, rattachés au CNRS-CEPAM de Valbonne-Sophia-Antipolis.

Après un décapage malencontreux en 1976, des peintures ont été découvertes dans la Grande Grotte en 1990, datant de -27000, et représentant, non seulement des « mains négatives »…
… mais des animaux rencontrés par les chasseurs de l’époque : mammouths, ours, félins, bouquetins chevaux, oiseaux et poissons… A partir de 1997, a été mise au point une méthode  d’abrasion par « fraise diamantaire » de la couche de calcite couvrant les parois et pouvant atteindre 5 mm d’épaisseur. On a ainsi fait apparaître un « mammouth rouge » dans la Salle des Vagues (ci-dessus).

Les « âges » de la Préhistoire

La période couverte par ces recherches dans les grottes d’Arcy est classée par les spécialistes « âge de la pierre taillée », ou « paléolithique », expressions évoquant le type d’outils utilisés par nos ancêtres « chasseurs-nomades ».

Avec ces outils, ils s’aventuraient dans les plaines voisines. L’abbé PARAT, dans son « étude sur le village de Bois d’Arcy », –  dont il fut prêtre de 1895 à 1919 –, signale qu’on  « a récolté un peu partout, quantité d’éclats de silice et de calcaire siliceux, mais surtout au voisinage des fontaines de Tameron ».

On situe entre -10000 et -9000 la période où les hommes sont devenus dans nos régions  « agriculteurs-éleveurs ». C’est le « néolithique » ou « âge de la pierre polie ». Cette évolution serait liée à l’adoucissement du climat dû à la fin d’une période glaciaire, dite de Würm ( -20000 à -10000) . Elle s’était produite plus tôt au Moyen-Orient, dans le « Croissant fertile », un climat tempéré y ayant permis la culture de céréales et la domestication des animaux ( moutons, chèvres…). Cette période semble avoir laissé peu de traces dans nos campagnes.

Elle a été suivie par « l’âge des métaux ».

Il faut savoir qu’on travaillait déjà les métaux en Asie au temps de la pierre polie en Europe occidentale. Le cuivre et le bronze étaient utilisés en Egypte 4500 ans avant J-C. Les échanges commerciaux de proche en proche, les déplacements des peuplades à la recherche de terres fertiles, ont amené ces découvertes dans nos régions…3000 ans plus tard !Les progrès de la métallurgie sont liés à l’usage du feu. Le cuivre fond à 1080 degrés et on peut alors le faire couler dans des moules. En ajoutant de l’étain, on obtient le bronze, qui fond à 900°, est plus dur que le cuivre et permet de  fabriquer des armes. Le fer fond vers 1500°, mais on peut le forger , c’est-à-dire lui donner la forme souhaitée par martelage, entre 600 et 900°. On cite comme exploités à ces époques des gisements de minerai de cuivre en Slovaquie et à Chypre, d’étain en Espagne, Bohême et Pays de Galles, d’or en Transylvanie…

On situe  « chez nous », – et très approximativement -, l’âge du cuivre vers -2500, l’âge du bronze de -1800 à -700 et le début de l’âge du fer vers -1000.

La découverte de « caches de fondeurs de bronze » – à Arcy sur Cure en 1875, à Mailly-le-Château puis à Sermizelles en 1955 -prouve que cette activité était développée dans notre région. D’après un article du « Bulletin de la Société Préhistorique française » (Vol.97- année 2000), les 2 dépôts de Sermizelles ont été découverts en 1955 dans une sablière, sur la rive droite de la Cure, au lieudit « Côteau de la Varenne ». Un inventaire précis a été dressé en 1959 : on a recensé plus de 200 objets, dont 65 haches, 13 pointes de lances, 56 bracelets, 10 déchets de fonderie…Ils ont été déposés au musée d’Avallon. La signification de tels dépôts serait variable, selon qu’il s’agit de dépôts funéraires – donc associés à certains rites -, ou non funéraires – stockages d’invendus à l’abri des pillages -…

On qualifie cette « période des métaux » de « protohistorique », car elle se situe entre « préhistoire » et « histoire », l’ « Histoire » étant caractérisée par l’usage de l’écriture, qui n’apparaît pas simultanément dans toutes les régions.

2- Le site archéologique des Fontaines Salées à Saint-Père

A 9km au S-E de Montillot, 2km après le village de Saint-Père, au pied de la colline de Vézelay,   se trouve un site remarquable, car il présente des traces continues de l’activité humaine sur 4000 ans.

Il paraît évident que les premiers hommes,  dès qu’ils ont piétiné ce terrain sableux proche de la Cure, ont été attirés par l’émergence d’eau tiède, salée et quelquefois bouillonnante, et ont cherché à l’utiliser.Les découvertes se sont succédées sur ce site au milieu du 20ème siècle…

Dans une sablière voisine, on trouvait en avril 1930 une dent de mammouth de 1 m de long.

En 1934, le Professeur René LOUIS (1906-1991), médiéviste né à Auxerre, cherchait au voisinage de la colline de Vézelay le site de la bataille de Vaubeton, où Gérard de Roussillon aurait battu Charles le Chauve d’après une chanson de geste ; il est tombé par hasard sur les vestiges d’un établissement thermal gallo-romain.

En 1937 et 1938, avec le Pr DAUVERGNE, il découvre plusieurs sépultures espacées de 2 m  (voir plus loin  les « champs d’urnes »)… Les fouilles reprennent en 1942, dirigées par l’abbé Bernard LACROIX, curé de Domecy-sur-Cure, formé par l’abbé JOLY, archéologue-préhistorien de la Côte d’Or et  par l’abbé PARAT. Cette campagne de fouilles a duré jusqu’en 1962. Au cours de cette période, on a exhumé dans ce terrain d’environ un hectare :

–       Les restes d’une station préhistorique de l’âge de pierre.

–       Des installations de captage et de cuvelage des sources minérales.

–       Un sanctuaire protohistorique de l’âge du fer.

–       Des thermes gallo-romains.

Captage des sources

Quelques détails s’imposent sur ces puits vieux de plus de 4000 ans.

Ils étaient constitués par des troncs de chêne évidés, de diamètre 80 cm, enfoncés de 1m dans le sable alluvionnaire ; 19 puits ont été identifiés. 

Le bois étant bien conservé on a pu en évaluer l’âge à partir de 2 méthodes (cf V. BERNARD- CNRS–Rennes), le Carbone 14 et la dendrochronologie (étude des cercles qui apparaissent dans la structure du tronc coupé transversalement). ;les résultats concordent  => -2200 à -2300. Ils semblent avoir fonctionné jusqu’à -1400, puis auraient été abandonnés puis repris à l’âge du fer, avec exploitation du sel. Au premier siècle avant notre ère, les captages ont été entourés d’une enceinte circulaire, qui marque le caractère sacré du lieu.

L’arrivée des Celtes

I- Quelles marques ont-ils laissées?

Vers 800 avant J-C, les premiers Celtes venant du Sud de l’Allemagne actuelle (après l’Europe de l’Est), pénètrent dans l’Est de la France. Pour bien marquer l’évolution différente selon les régions, non seulement de la technique, mais aussi de la pensée humaine, notons que vers ce même temps, – moins 800 -, Homère écrivait l’Odyssée, …et que 400 ans plus tard, le philosophe PLATON, étudiant le comportement d’Ulysse, héros de cette grande fresque, tel que décrit au cours de ses 20 ans d’exil, le présente comme le premier « grand sage grec »…(cf « La naissance de la philosophie » par Luc FERRY). Les Celtes, quant à eux, auraient possédé un langage, des lois, des coutumes, une religion…, mais pas l’écriture. Comme les Gaulois de l’époque romaine, ils nous sont donc connus par les auteurs grecs et romains (Hérodote, César…). Croyant à une forme de vie après la mort, ils enterraient leurs guerriers avec leurs armes et des objets en bronze, sous des tas de pierres atteignant parfois plusieurs mètres de diamètre et de hauteur, les « tumuli » ( mot latin du singulier « tumulus » ; en français on écrit souvent « tumulus » au pluriel !).

Dans les zones restées incultes et boisées depuis des siècles, on retrouve aujourd’hui encore les restes de ces amas de pierres, enfouis dans des broussailles, couverts de lierre et de ronces.
(cliché J. Demay, avec son aimable autorisation)

Ailleurs, ils ont été dispersés pour permettre la culture, et les pierres récupérées pour faire des murs, des cabanes , ou mises de côté en simples tas appelés « mergers ». Mais il faut observer aussi que dans de nombreux cas, les « mergers » n’ont jamais servi de tombeaux.

voir aussi « notre petit patrimoine »

II- Les nécropoles celtiques de notre région

a- les tumulus

C’est le Professeur Pierre NOUVEL, de l’Université de Besançon (UMR 6249- Chrono-Environnement, qui a attiré notre attention sur les découvertes de tumulus faites au 19ème siècle autour de Montillot. Il avait publié dans le bulletin 2007 de la Société des Etudes d’Avallon (S.E.A.), un article intitulé « les voies antiques de l’Avallonnais – apport de l’histoire et de l’archéologie ». Il y avait identifié, entre autres, celle qu’il appelle la voie N°9, reliant Vézelay à Mailly-la-Ville ; il écrit à son sujet : « depuis Asquins, le tracé se poursuit vers l’ouest, sous un chemin qui se détache de la RD123 pour gravir la côte de la Perrière, longeant le village de Montillot par le Sud. Le chemin poursuivait sa route par la Collerette (nécropole préhistorique), bas de Dîne-Chien (idem) et Brosses. » Cette voie, dont parle Mr NOUVEL, nous la connaissons bien ; elle a été en service jusqu’au milieu du 19ème siècle. Appelée « Grand chemin d’Auxerre à Vézelay au 15ème siècle, et relevant de la Justice royale, et « Grand Chemin de Mailly-la-Ville à Vézelay » sur le cadastre napoléonien de1819. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un chemin empierré, entretenu dans les seules portions encore utilisées par des riverains, et difficilement praticable par un véhicule dans les autres parties. Il longe le centre équestre de la Croix-des-Bois, puis le Bois du Fège vers la Duite, se confond avec la route de Fontenilles jusqu’au Mont Ciboule, puis avec le chemin rural qui va vers Brosses à travers le bois de la Collerette

Mais où sont donc ces 2 nécropoles que cite Mr NOUVEL ?

Jusqu’à ce jour , nous ne connaissions que les « tumulus de Rochignard », trouvés en 1879 par les cantonniers de Montillot qui cherchaient des pierres, tumulus ensuite fouillés et décrits par Mr F. CUVIER dans le bulletin S.E.A. de 1880. A côté des ossements, on avait trouvé des fibules, des torques et des bracelets de bronze et de fer. Monsieur NOUVEL a bien voulu nous communiquer ses sources : il s’agit d’articles parus dans les bulletins de la Société Académique de l’Aube en 1859 et de la Société des Sciences de l’Yonne (B.S.S.Y.) en 1880 et 1881. L’auteur en fut principalement Mr Emile PALLIER, historien de Châtel-Censoir. Nous ne devons donc plus ignorer que des fouilles ont été effectuées en 1858 et 1866, puis reprises en 1880 dans des monticules de pierres aux lieux-dits « Merger aux Moines » et « la Collerette », à cheval sur les communes de Montillot et Brosses. Plusieurs squelettes humains ont été mis à jour, avec des bracelets et des anneaux de jambes en bronze. Certains tumulus recélaient plusieurs inhumations, séparées par des grandes pierres plates enfoncées debout dans le sol, délimitant des cellules individuelles. Sur Brosses, au lieudit « Dîne-Chien », on avait trouvé 40 tumulus espacés de 30 à 40 mètres ; 50 autres à la « Grande Pièce ». Certains avaient, de toute évidence, déjà été explorés en des temps plus anciens. On en a trouvé aussi dans le « Bois du Tartre » ; le mot « tartre » résulte évidemment de la déformation verbale du mot « tertre », dont la signification funéraire est « éminence de terre recouvrant une sépulture ».

Mr de LENFERNAT, qui fut maire de Montillot de 1860 à 1870, a participé jusqu’en 1880 à ces fouilles avec son gendre Mr de MONTIGNY, et a confié un certain nombre d’objets trouvés au musée d’Auxerre. D’autres ont été remis aux musées d’Avallon et de Troyes. Dans l’inventaire du musée d’Avallon paru dans le bulletin de la S.E.A. de 1879, on note, entre autres, « un anneau trouvé sous un tumulus (de Rochignard) par Mr CARILLON Félix » (Il s’agitde Félix-Célestin (1855-1904) cultivateur et maire-adjoint de Montillot, père d’Auguste-Joachim, tué au front en 1914, et grand-père d’un autre Félix (1910-1951).

Des recherches aussi fructueuses ont été faites à cette époque dans plusieurs villages environnants: L’abbé PARAT cite le chiffre de « 178 tumulus de petite et moyenne dimension sur Bois d’Arcy », et d’autres dans les bois d’Avigny et de Lac-Sauvin. Les revues scientifiques B.S.S.Y. et B.S.E.A. relatent les fouilles des Rouesses près de Châtel-Censoir et de Montoison, près d’Annay-la-Côte (1880). Des découvertes semblables ont été faites dans le Morvan ; les spécialistes du Musée de St Germain en Laye, consultés à l’époque, ont attribué  les objets trouvés, partie au 1er âge du fer (civilisation de Hallstadt – -1200 à -500), partie au 2ème âge du fer (période de la Tène, ou « époque gauloise »).

NOTA : ce sujet a été récemment traité en détail par MM Pierre NOUVEL et Bernard POITOUT dans un article du BSEA (152émé année- 2010) paru courant 2012) intitulé « Les nécropoles préhistoriques de l’Avallonnais. Apport des découvertes anciennes et récentes ». A partir des découvertes des 19ème et 20ème siècles, plus de 170 nécropoles y sont repérées (cf pages 15 à 49 et abondante bibliographie).

quelques localisations de tumulus aux alentours de Montillot.

voir aussi « notre petit patrimoine »

b- Autre coutume funéraire, le « Champ d’urnes »

Nous avons vu plus haut que, près de St Père-sous-Vézelay, René LOUIS  a mis au jour entre 1937 et 1939 des sépultures, constituées en fait d’urnes contenant des ossements humains, des bracelets de bronze et des flèches néolithiques. Il les a identifiées comme datant de la période entre âge du bronze et âge du fer. Un peuple probablement originaire de Hongrie aurait remplacé les tumulus par les urnes vers -1200 à -1000 et serait venu ensuite en Allemagne du Sud puis, par la trouée de Belfort, vers la Nièvre, les Cévennes et le Tarn , où l’on trouve d’autres champs d’urnes.

III: L’habitat des Celtes

Du nombre de tumulus retrouvés dans notre région, on peut déduire qu’y vivait  une population relativement dense. Dans quelles conditions ? Nous savons peu de choses sur l’habitat des Celtes dans les campagnes, qui a laissé peu de traces. On cite des   fouilles -près de Villeneuve d’Ascq, de Chamalières et de Compiègne…-,qui ont fait apparaître sous des constructions ultérieures – gallo-romaines le plus souvent – des restes de structures en bois, paille et torchis . Leur fragilité explique leur disparition à la surface du sol.

Les gaulois

On ne connaît pas l’origine exacte du mot « Gaulois ». C’est le militaire romain, politicien et écrivain Caton l’Ancien, qui vers -168 aurait appelé « Gaulois » les tribus celtes qui avaient alors envahi la plaine du Pô. Les historiens, pour les derniers siècles précédant notre ère, considérant que les envahisseurs celtes se sont peu à peu « amalgamés » avec les autochtones, parlent de « Gaule celtique »… Ils la décrivent comme un « pays d’alternances de forêts, de plaines cultivées, de bocages, et de quelques cités fortifiées – les « oppida », le tout sillonné de routes, pour certaines empierrées ». L’oppidum de Bibracte, situé au Mont Beuvrey, à la limite de la Nièvre et de la Saône-et-Loire actuelles, – à 70 km environ au SSE de Montillot -, était la capitale du peuple Gaulois des Eduens. Les fouilles de cette cité ont mis en évidence une structure urbaine élaborée, avec des quartiers et de riches demeures.

Dans les campagnes, l’archéologie aérienne aurait mis en évidence de nombreuses petites fermes.

Il y avait en Gaule un artisanat de luxe, produisant des objets en bronze, des armes en fer, des bijoux en or ; et aussi un artisanat commun, avec des potiers et des forgerons locaux. Leurs techniques s’inspiraient souvent de celles de la Grèce et de l’Italie. L’archéologue-écrivain avallonnais Claude ROLLEY (1933-2007), professeur à l’Université de Bourgogne, a analysé le commerce du temps des Gaules ( du 7ème au 5ème siècle avant J-C), et en particulier les voies importantes et les « portes » d’entrée d’objets artistiques venant des pays méditerranéens, à savoir Marseille et les cols des Alpes.

Un exemple remarquable d’importation artistique dans notre région est le « Vase de Vix ».

Il a été trouvé en 1953 – à 74 km au N-E de Montillot -, près de Châtillon sur Seine , sous un tumulus arasé, dans la tombe d’une princesse gauloise, étendue sur un char d’apparat et ornée de tous  ses bijoux. A côté de bassins de bronze d’origine étrusque, d’un torque en or de 480 g, il y avait ce grand vase de bronze de 1100 litres, du type « cratère à anses et  volutes », décoré de frises. Il a été attribué à des bronziers grecs du 6ème siècle avant J-C. On peut le voir au Musée de Châtillon.

La fin de la « protohistoire »

Les historiens ont convenu de fixer la fin de la période de la Tène au début de la « Guerre des Gaules » (-58). On sait que cette conquête se termina en 52 avant J-C par la victoire de Jules César sur Vercingétorix à Alesia, dans l’actuelle Alise Sainte-Reine, côte d’Or, à moins de 60 Km à l’est de Montillot.

Comment se sont donc détériorés les rapports des Celtes et des Romains ? Il faut savoir qu’au 4ème siècle avant J-C, les Celtes occupaient l’Italie du Nord (« la Gaule cisalpine »). En -390, après avoir assiégé une ville de Toscane, ils sont allés piller Rome… Au Sud de la France actuelle, alors occupée par les Celtes, il y avait un port, appelé Massilia (future Marseille), créé en -600 par des colons grecs venus de Phocée en Asie-Mineure. Ce port était devenu un important carrefour commercial entre les pays du sud – Grèce, Asie mineure et Egypte – (par la mer), et ceux du Nord, par le Rhône et la Saône. Les tribus celtes voisines, – les Celto-Ligures en Provence –, enviaient ces richesses et attaquaient Massilia par mer et par terre. A partir de -180, Massilia appelle les armées romaines  à l’aide. Celles-ci en profitent pour créer en -121 la première province romaine hors d’Italie, la Narbonnaise. Sous ce même prétexte d’assistance, Jules César entreprend ensuite, à partir de -58, de soumettre la Gaule septentrionale.. C’est César lui-même qui a raconté cette conquête dans les « Commentaires sur la Guerre des Gaules » (« Commentarii de bello gallico »). Il y présente cette invasion comme un acte de défense préventive ; ce faisant, n’en  cache-t-il pas quelque peu le côté impérialiste ?

Le point positif, pour nous, aujourd’hui, c’est que nous avons là, la première description écrite de la Gaule et de ses habitants.

Merci, César !

Voir l’article « ALESIA »

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Quelques champignons de la région de Montillot

Pascal Collin, Maison Régionale de l’Environnement de Franche-Comté, Espace Naturel Comtois, 15 rue de l’Industrie 25000 Besançon

couriel :  cren-fc@wanadoo.fr

Les champignons sont des organismes curieux, qui ont des éléments communs à la fois avec le règne végétal et le règne animal. Si bien qu’ils constituent un, voire plusieurs règnes, à part entière. On compte aujourd’hui plus de 120000 espèces dans le monde sans compter les lichens qui constituent un exemple parfait de symbiose (environ 25 000 espèces). Parmi tous ces champignons, seule une infime partie peut être facilement observée grâce aux carpophores qu’ils produisent. C’est cette partie, habituellement constituée d’un pied et d’un chapeau, que nous ramassons pour le plaisir de nos papilles gustatives. Cet organe permet la propagation et la survie de l’espèce. Les spores qui sont produits par la partie fertile du carpophore, qui revêt diverses formes (lamelles, plis, pores, etc.), vont germer pour donner naissance à des filaments qui vivent dans le sol ou le bois. Ces filaments constituent le mycelium. Sous l’action de certains facteurs, en particulier climatiques, ces filaments vont entrer en phase de reproduction. Après fusion des cellules constitutives de deux filaments (notés « plus » et « moins » par les scientifiques, et non pas mâles et femelles !) un nouveau mycelium verra le jour et c’est lui qui produit les carpophores que nous ramassons. Celui-ci a une durée de vie bien supérieure au précédent et la présence de certains ronds de sorcières est attestée depuis plus d’un siècle (Marasme des Oréades, Tricholome de la Saint-Georges).

Rond de sorcière, voila une expression bien mystique qui atteste de l’incompréhension et de l’émerveillement de l’homme face au « mystère » de la poussée fongique ! Les croyances les plus folles courraient sur leur origine ; on pensait par exemple que les crapauds et les grenouilles pouvaient engendrer des champignons. D’ailleurs, les Anglo-saxons qui sont presque mycophobes appellent les champignons toad-stool, c’est à dire « tabouret de crapaud ou chaise de la mort ». Et puis, champignon c’est un mot rigolo qui agrémente de nombreuses comptines pour enfants, « mironton, champignon, tabatière ». Bref, les champignons ont tout pour plaire, intérêt scientifique, culturel, économique (pas de vin, pas de pain, pas de fromage, pas d’antibiotique sans champignon) et culinaire évidement. C’est ce qui nous amène à nous lever parfois très tôt pour satisfaire notre gourmandise. Pourtant, sur les quatre mille espèces françaises, à peine une centaine est mangeable et environ vingt sont dignes d’être mangées. La plupart des ramasseurs du dimanche collectent moins d’une dizaine d’espèces (rosé des prés, girolle, trompette des morts …); il est donc facile, pour celui qui n’est pas matinal, moyennant quelques efforts intellectuels, de ramasser des espèces souvent délicieuses que le « commun des mortels  » ignore.

Mais prudence, un certain nombre d’espèces sont toxiques, voire mortelles. Le respect de quelques règles simples évitera qu’une balade dominicale ne se transforme en une soirée aux urgences :

Ne jamais manger un champignon au prétexte qu’il ressemble drôlement à la photo du dictionnaire (qui mesure moins de 1 cm).Ne pas croire un certain nombre de sornettes courant sur les champignons ( la couleur plus ou moins sympathique n’est pas un critère de comestibilité, c’est pas parce que une limace ou un écureuil mange un champignon qu’il est bon, etc.) ;L’odeur n’est pas non plus un critère fiable, certaines espèces très toxiques (Tricholome tigré) ont une odeur très appétissante.Ne pas faire de récolte sur des sites pollués car les carpophores peuvent accumuler certains polluants de façon importante. Il faudra éviter par exemple les talus routiers (présence de métaux lourds).Ne pas utiliser de sacs en plastique qui favorisent les fermentations, on leur préférera un panier en osier.Ne récolter que des exemplaires sains ; il faut éviter par exemple les individus trop vieux et gorgés d’eau, même si on n’a rien ramassé !Ne récolter que des champignons entiers, certains éléments important pour la détermination peuvent être localisés dans la terre (par exemple la volve des amanites).Eviter une consommation trop importante et répétée, même avec des espèces réputées très bons comestibles (l’accumulation de particules radioactives lors de l’accident de Tchernobyl est de ce point de vue un réel problème, voir à ce sujet le document réalisé par la CRII-RAD, 471 avenue Victor Hugo, 26000 Valence).

D’autres règles relèvent simplement du respect :

De la nature (ne pas jeter de papiers gras, faire attention aux mégots de cigarettes, faire attention à la faune, en particulier au moment de la reproduction, faire attention à la flore, etc.).

Des autres ramasseurs de champignons, qu’ils soient mycophiles ou mycophages  (c’est agaçant de trouver des champignons écrasés, sous prétexte que l’individu au bout des chaussures écrabouilleuses n’y connaît rien!).

De la propriété privée (divagation des chiens, respect des plantations, fermeture des parcs, etc.) ; une attention particulière devra être portée quant à la présence d’animaux potentiellement dangereux, un taureau irascible court toujours beaucoup plus vite que vous !).

Bref, si tous ces conseils ne vous ont pas dissuadé, vous voila paré pour de belles promenades mycologiques. De nombreux renseignements complémentaires pourront être obtenus par la lecture d’ouvrages spécialisés (voir quelques éléments de bibliographie plus loin) et par la fréquentation des sociétés mycologiques qui sont nombreuses en France (http://www.mycofrance.org ).

Montillot et ses environs présentent une grande richesse mycologique qui est le reflet des conditions écologiques contrastées régnant sur ce territoire. On notera en particulier d’importants massifs forestiers allant de la Chênaie pubescente à la Hêtraie à Leucobryum glauque (oui c’est un peu abscons, mais il en faut pour tous les goûts!). Seules les zones humides sont peu représentées, encore que de nombreuses petites mares très intéressantes parsèment les prairies qui ont échappé au retournement.

A noter d’ailleurs qu’une fougère très rare serait à rechercher sur le territoire de la commune puisqu’elle y était signalée autrefois : La Fougère des marais (Thelypteris palustris, protection nationale). A l’occasion allez herboriser les mares et étangs de la région et n’oubliez pas de transmettre vos informations !

L’Anthurus d’Archer (Anthurus archeri) : cette curieuse espèce est également facile à repérer par l’odeur fétide qu’elle dégage. Son fumet particulier la fera sans doute rejeter, de toute façon, sa comestibilité est inconnue. L’Anthurus nous vient d’Australie, d’abord dans les balles de laine de mouton importées, puis dans les bottes de foin qui ont accompagné les chevaux australiens lors de la première guerre mondiale. L’espèce a d’abord été vue dans les Vosges, depuis elle a conquis toute l’Europe. Période d’observation : de juillet à octobre Milieu : forêts, friches.

Cèpe des pins (Boletus pinophilus), Cèpe d’été (Boletus aestivalis) et Cèpes de Bordeaux (Boletus edulis: ces trois belles espèces sont d’excellents comestibles, très recherchés. Les cèpes, ou bolets, sont facilement identifiables grâce à leur surface fertile constituée de pores plus ou moins gros. Ces deux espèces sont faciles à identifier avec leur pied massif, en massue, parcouru par un fin réseau et leur chapeau chamois ou brun noir. Toutefois, la distinction de certains bolets n’est pas toujours aisée. Période d’observation : de juin à octobre. Milieu : forêts.

Bolet Satan (Boletus satanas) : il fait partie des bolets à chair bleuissante, à pores rouges et à pied réticulé teinté de rouge. Le chapeau est gris blanchâtre. C’est un champignon toxique, il provoque de sévères gastro-entérites. Cette espèce est fidèle à ses stations mais elle n’apparaît qu’après de fortes chaleurs. Période d’observation : de juillet à octobre Milieu : forêts claires et lisières sur sols calcaires.

Marasme des Oréades (Marasmius oreades) : c’est un excellent champignon malgré sa petite taille, qui se sèche très facilement. Dans les pâturages faiblement amendés il forme souvent des ronds de sorcière. Un des critères de reconnaissance est son pied qui peut se tordre sans se rompre. L’espèce à disparu de nombreux prés du fait de l’usage d’engrais chimiques. Période d’observation : de mai à octobre Milieu : pâturages.

Lépiste à odeur d’iris (Lepista irina) : comme son nom l’indique, ce Lépiste se distingue par une odeur complexe de fleur d’orangé et d’iris qui n’est pas toujours perceptible par temps frais (attendre alors que le champignon se réchauffe). Le chapeau et les lamelles sont de la même couleur, c’est à dire d’un beau beige clair un peu translucide. A noter le bord du chapeau souvent enroulé, surtout à l’état jeune. Il forme parfois des ronds de sorcière spectaculaires. C’est un bon comestible à condition de bien le faire blanchir, certaines personnes pouvant mal le digérer. Période d’observation : de septembre à mi-novembre Milieu : pâtures, forêts de résineux, lisières, friches.

Rosé des prés (Agaricus bisporus): il se reconnaît de loin dans les pâturages lors des premières pluies succédant aux chaleurs de l’été. Il est invisible lorsque l’été a été pluvieux. C’est un champignon facilement reconnaissable avec son chapeau blanc, ses lamelles roses (noircissants avec l’âge) et son pied blanc pourvu d’un anneau. Son odeur est particulière, rappelant le pain sortant du four. C’est un excellent comestible et il vaut largement le champignon cultivé. Période d’observation : de la mi-août à la fin septembre Milieu : pâtures.

Agaric anisé des Bois (Agaricus sylvicola) : c’est le rosé des bois, son chapeau blanc jaunit au frottement et il exhale une douce odeur d’anis. Les lamelles sont toutefois beaucoup plus pâles que celles des autres agarics. Elles deviennent pourpres en vieillissant. Deux autres espèces sont très voisines : l’agaric bulbeux et l’agaric des forêts. Ce sont de bonnes espèces, à ne pas confondre avec l’agaric jaunissant qui est fortement indigeste. Un jaunissement plus intense et une odeur d’iode assez marquée (surtout à la cuisson) permettent de distinguer cette dernière. Période d’observation : de août à octobre Milieu : forêts de feuillus et de résineux.

Morille blonde (Morchella rotunda: dans la série des grands classiques la, ou plutôt, les morilles tiennent une place de premier choix. Toutefois sa recherche n’est pas aisée car elle apparaît aussi soudainement qu’elle disparaît. C’est un champignon qui affectionne, dans la région de Montillot, les coupes de pin de deux ans. Il disparaît ensuite après quelques années, une fois que la végétation naturelle reprend le dessus. Les morilles sont d’autant plus abondantes que le sol à été remué et les pins écorcés lors du débardage. L’espèce ne se confond avec aucune autre, si ce n’est d’autres morilles. Quelques espèces sont toutefois assez régulières sous certains arbres avec lesquelles elles forment des mycorhizes (le Frêne en particulier). Période d’observation : avril, mai Milieu : bosquets de frênes et d’ormes, coupes de pins, talus, chemins …

Girolle (Cantharellus cibarius) : c’est sans aucun doute le champignon le plus récolté dans la région et il est pour moi associé aux flonflons du quatorze juillet. Ce sont également des souvenirs de casse-croûte matinaux pris au pied d’un hêtre gigantesque quelque part entre Asnières-sous-Bois et Chatel-Censoir. Souvent, ces libations matinales attiraient plus de monde que la recherche des girolles proprement dites. Sa couleur jaune, sa surface fertile constituée de plis et non de lamelles ainsi que son odeur rappelant l’abricot font de la girolle un champignon facile à reconnaître. Encore que des confusions sont toujours possibles avec des individus atypiques. Si le nom de girolle est bien connu en Bourgogne et dans le bassin parisien, ailleurs on utilise plutôt le nom de chanterelle.  D’où l’utilité des noms scientifiques qui eux ne changent pas d’une région à l’autre, du moins en principe…..A noter également que la girolle est victime de son succès et elle fait l’objet de véritables razzias. Deux solutions s’offrent alors au mycophage : se lever très tôt et parcourir des dizaines d’hectares ou apprendre à reconnaître de nouvelles espèces. Outre le fait que l’on pourra désormais se lever plus tard, on aura la satisfaction de découvrir de nouveaux goûts et on passera alors petit à petit du statut de mycophage à celui de mycophile. Période d’observation : de mi-juin à septembre Milieu : forêts de feuillus et de résineux.

Amanite tue-mouche (Amanita muscaria: toute description paraît inutile avec ce champignon tant il a été utilisé par les illustrateurs de contes pour enfants ou les réalisateurs de dessins animés. Ceci n’est pas sans conséquence, j’ai longtemps cru enfant que ce champignon était comestible…..C’est bien évidemment une espèce toxique qui entraîne transpirations, diarrhées, vomissements et hallucinations (d’où son utilisation par les chamans en Sibérie). Les symptômes apparaissent trente minutes à deux heures après ingestion. Cette espèce pousse exclusivement à proximité des bouleaux et des épicéas avec lesquels elle forme des mycorhizes. Période d’observation : de mi-juin à septembre Milieu : forêts contenant des bouleaux et des épicéas.

Amanite panthère (Amanita pantherina) : c’est un peu le négatif de l’Amanite tue-mouches avec son chapeau brun foncé et ses écailles d’un blanc pur. C’est un champignon très toxique entraînant des troubles digestifs sévères, une hypersudation et une phase d’excitation. Ce champignon est néanmoins facilement reconnaissable et les risques de confusion sont faibles. Période d’observation : d’août à octobre Milieu : forêts de résineux et parfois sous feuillus.

Coprin chevelu (Coprinus comatus) : c’est un champignon bien caractéristique avec sa forme cylindrique, blanche, couverte de mèches, son pied creux et ses lamelles qui se liquéfient en vieillissant (autrefois utilisé comme encre). Cette espèce souvent méconnue est un excellent comestible, à condition d’être récoltée jeune. On le trouve ça et là ; il forme parfois des ronds importants dans endroits fumés et plus ou moins remués. Période d’observation : de mi-juin à octobre Milieu : pâtures, talus, cours…

Satyre puant (Phallus impudicus) : bizarre, extravagant, improbable, répugnant, voici après un bref sondage quelques adjectifs caractérisant ce champignon. Inutile de le décrire, il est facilement reconnaissable par sa forme et son odeur si particulière de cadavre. Ainsi attirées, les mouches viendront de très loin pour dévorer la substance verte portée par le pied qui contient les spores ; elles assureront ainsi la dissémination de l’espèce. Le Satyre puant est parfois donné comme comestible à l’état jeune… Période d’observation : de juin à octobre Milieu : forêts de feuillus.

Amanite impériale (Amanita inaurata: c’est l’une des plus grande espèce de ce genre et elle fait partie des amanites sans anneau (groupe des Amanitopsis). Elle n’est pas très commune. L’espèce est comestible à condition d’être bien cuite. Période d’observation : de juin à octobre. Milieu : forêts contenant du hêtre.

Quelques ouvrages utiles :

Becker G. & Sabatier R. 1986. Le gratin des champignons, Glénat.

Becker G. 1974. La mycologie et ses corollaires, Maloine.

Heim R. 1963. Champignons toxiques et hallucinogènes, N. Boubée et Cie.

Bon M. 1988. Champignons d’Europe occidentale.

Phillips R. 1981. Les champignons, Solar.

André M. & Moingeon J.M. 2002. Les champignons de la montagne jurassienne, Néo éditions.

Quelques sociétés mycologiques :

Société mycologique de la Côte-d’Or, Faculté des Sciences, Boulevard Gabriel, 21000 Dijon.

Société mycologique Auxerroise, M. Mathez, 5 rue Marcellin Berthelot, 89000 Auxerre

Société mycologique de France, 18 rue de l’Ermitage, 75020 Paris.

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Les pelouses à Orchidée de la région de Vézelay (Yonne)

L’article ci-dessous a été publié en tant que compte rendu de sortie dans le Bulletin de la Société d’Histoire Naturelle du Doubs (référence bibliographique : P. Collin. 1998. Les pelouses à Orchidées de la région de Vézelay (Yonne). Bulletin de la Société d’Histoire Naturelle du Doubs. 86 : 13-17).

P. Collin était à l’époque Attaché d’enseignement et de recherche au Laboratoire de Sciences Végétales de l’Université de Franche-Comté. Il est aujourd’hui directeur du Conservatoire Régional d’ Espace Naturel de Franche-Comté qui a pour mission de gérer les milieux naturels les plus remarquables de Franche-Comté.

Cet article fait suite à une sortie organisée par la S.H. N. D. au mois de mai 1992. Les endroits visités étaient situés dans la vallée de la Cure et à proximité de Vézelay où l’on peut observer quelques formations végétales de type mésoxérophile à xérophile sur les versant ensoleillés de la vallée et des collines environnantes. Ces milieux recèlent de nombreuses espèces peu communes et en particulier des Orchidées.

Géographie et géologie

 Les deux pelouses sont situées sur les plateaux de basse Bourgogne : l’une dans la vallée de la Cure avec une orientation sud-est sur la commune de Montillot ; l’autre d’orientation sud-ouest à proximité de Vézelay .

Dans chaque cas l’altitude est peu élevée et de l’ordre de 200 à 300 m. La pente de ces deux stations est forte, de 30 à 40 %, surtout à Montillot. La région est bordée au sud par le morvan granitique. A l’ouest et au nord-ouest l’auréole infracrétacée de la Puisaye délimite le plateau calcaire de basse bourgogne. A l’est et au nord-est s’étend la cuesta oxfordienne et la montagne chatillonnaise. La roche mère des deux stations étudiées est constituée par un calcaire appartenant au Bathonien inférieur.

Aperçu climatique

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La vallée de la Cure est caractérisée, à cet endroit, par de faibles précipitations qui sont de l’ordre de 600 à 700 mm par an et par une température moyenne annuelle de 10°C. La zone peut être qualifiée de thermophile et les sécheresses estivales sont fréquentes (Royer, 1972a). Les données concernant le climat de la station de Vézelay ne sont pas accessibles par l’analyse de la bibliographie.

Pédologie (nota: étude des sols)

Les sols observés sur la station de Montillot et, dans une moindre mesure à Vézelay, rendent compte de la nature carbonatée de la roche mère et de leur position topographique. Schématiquement, deux types de sol sont distingués : les rendzines et les sols bruns calcaires. Les sols situés en position sommitale ou la roche affleure sont peu épais car une partie des éléments fins est entraînée en contrebas. Les sols des sommets sont donc rajeunis en permanence, ceci a pour conséquence une faible épaisseur et une grande richesse en carbonate. D’une manière générale, la distribution des rendzines reste liée aux affleurements de roches calcaires tendres. Les potentialités de ce type de sol sont conditionnées par l’alimentation en eau. Dans les cas les plus favorables une forêt thermophile peu s’établir.

Lorsque l’épaisseur du sol augmente on observe une décarbonatation de l’horizon de surface et il en résulte un sol plus évolué de type brun calcaire. A Vézelay, en bas de pente, la présence d’un calcaire plus ou moins marneux induit des modifications de la végétation avec l’apparition par exemple de Blackstonia perfoliata et Listera ovata (Poinsot, 1972) qui sont des espèces classiques des sols marneux.

Végétation

D’après Royer (1972a), la flore de la Bourgogne appartient au domaine médioeuropéen. Toutefois des nuances sont observées suivant les districts étudiés.  Celui de Basse-Bourgogne dans lequel se trouve les deux pelouses est caractérisé par un appauvrissement relatif en espèces médioeuropéennes, par la disparition des espèces submontagnardes (Aconitum pyramidaleRibes alpinumCarex montana etc…) 

L’inule de Montagne est l’une des deux espèces des pelouses de  Montillot qui soit protégée en Bourgogne. Cette plante de la famille des marguerites est ici en limite Nord de son aire de répartition.

On y trouve une grande richesse en plantes subméditerranéennes (Inula hirtaInula montana (ci-contre)Hyssopus officinalisArtemisia camphorata etc.). Il faut noter également l’apparition de quelques espèces subatlantiques comme Festuca gallica et Polystichum setiferum (Royer, 1972a).

Ces deux pelouses sont remarquables par la diversité des espèces qui s’y développent. Les orchidées sont très présentes dans chacune des stations étudiées avec dix neuf espèces à Vézelay et seize à Montillot (tableau1). Ces plantes exercent un attrait important sur le naturaliste et elles constituent un élément essentiel des pelouses sèches. Une forêt composée presque exclusivement de Chêne pubescent, de Cornouiller mâle et d’Alisier blanc constitue le milieu naturel qui est en contact avec les pelouses.

orchis mâle habituellement assez vivement coloré de carmin, ici dans sa forme albinos qui existe aussi chez les fleurs.
L’orchis militaire doit son nom aux pièces du calice et de la corolle qui forme un casque au dessus du label qui a la forme d’un petit bonhomme.

Dans ces deux stations l’Orchidée dominante est l’Orchis homme pendu suivie de près par l’Orchis mâle, l’Orchis pourpre et l’Orchis militaire. 

Les Ophrys sont moins nombreux mais la plupart des espèces sont présentes : on peut observer l’Ophrys araignée, l’Ophrys bourdon, l’Ophrys abeille et l’Ophrys mouche. L’Ophrys bécasse serait à rechercher puisqu’un individu en très mauvais état à été observé en 1990.

  Toutes ces espèces préfèrent le plein soleil, tandis que d’autres semblent chercher l’ombre ou du moins la fraîcheur tels le Céphalanthère rouge et l’Orchis à deux feuilles que l’on trouve en bordure de la forêt où l’ombre est la plus importante.

  A la fin du mois de mai et au début du mois de juin la pelouse de Montillot est envahis par l’Orchis moustique, c’est la dernière Orchidée à fleurir car le Spiranthe d’automne n’y a jamais été observé.

L’ophris abeille est une magnifique orchidée présente dans de nombreuses pelouses bourguignonnes. Elle est protégée dans de nombreuses régions dont la Franche-Comté.

L’Ophris araignée est un des plus communs des pelouses bourguignonnes.

Parmi les Orchidées plus rares, on notera en particulier l’Orchis singe et le Limodore à feuilles avortées. Ce dernier n’est pas une rareté mais il est très irrégulier dans ses apparitions (Landwehr, 1983).
Comme il possède très peu de chlorophylle, il est très dépendant du champignon symbiotique avec lequel il se développe, ce qui explique en partie son irrégularité. Le limodore à feuille avortée est une curieuse orchidée plutôt forestière. L’espèce est protégée en Bourgogne.

Le nom « Orchis brulé fait allusion au fait que le sommet de l’inflorescence semble brulé.

L’Orchis singe s’hybride avec l’Orchis militaire, ce qui cause parfois quelque embarras pour la détermination de l’espèce. Le sens de progression de la floraison est un critère de reconnaissance utile : chez l’Orchis singe elle se fait du haut vers le bas (Landwehr, 1983).

Pour en terminer avec les orchidées, des individus albinos de l’Orchis mâle, de l’Orchis brûlé et de l’Orchis pyramidal ont été observés sur les deux pelouses.

Parmi les autres plantes, à coté des espèces banales comme le Genévrier, la Germandrée petit-chêne, le Cornouiller mâle et le Brome dressé, on notera la Garance des teinturiers, la Phalangère à fleur de lys, le Géranium sanguin, l’Anémone pulsatille et l’Hélianthème des Appenins. Certaines plantes comme le Muscari à toupet et l’Ail à tête ronde nous rappellent l’origine viticole de ces terrains. A Montillot, quelques pieds de vigne sont encore visibles. Toutes ces plantes, bien que relativement communes contribuent à caractériser ce remarquable milieu qui mérite une protection et un suivi scientifique. D’autres plantes méritent une mention particulière : il s’agit des espèces à affinité méditerranéennes telles que l’Inule de montagne et l’Orobanche de la germandrée. La station d’Inule de montagne située sur la commune de Montillot semble nouvelle puisqu’elle n’a pas été citée par J. M. Royer (1971 ; 1972 a et b). D’autres espèces à affinité méditerranéenne ont été observées en Basse Bourgogne à proximité du site de Montillot (Royer, 1970) : il s’agit par exemple, du liseron cantabrique (Convolvulus cantabricus) et de la Renoncule graminée (Ranunculus gramineus).

L’anémone pulsatile est sans doute la première fleur à s’épanouir sur les pelouses dès le mois de Mars.  Ses pétales donnent une teinte bleue et servaient pour la coloration des oeufs de Pâques.
L’hélianthème des Apennins bien que commun en Bourgogne est rare dans le Nord et l’Est de la France. Elle est protégée en Franche-Comté.
La présence du Muscari commun traduit la présence ancienne du vignoble sur ces pelouses.

Faune

En ce qui concerne l’avifaune, on note la présence de l’Engoulevent d’Europe, du Hibou petit duc et du Circaète jean-le-blanc qui est ici à la limite nord de son aire de répartition. 

Parmi les reptiles le Lézard vert est très abondant à Montillot mais n’a pas été vu à Vézelay.

Lézard vert: espèce typique des pelouses buissonneuses. Ce reptile est protégé en France.

L’Ascalaphe est sans doute l’insecte le plus caractéristique et le plus spectaculaire de ce milieu avec le Grand machaon et la Mante religieuse. 

Les Orthoptères et les hyménoptères sont également très nombreux, surtout en fin d’été.

  Une étude exhaustive de la faune serait bien évidement souhaitable.

L’ascalphe est un des insectes les plus typiques des pelouses. Ce n’est pas un papillon.

Menaces

Plusieurs carrières ont été ouvertes à proximité de la station de Montillot dans lesquelles on extrait un matériaux calcaire très fragmenté. L’éventuelle extension de ces carrières serait préoccupante pour la pérennité de la station.

Ces deux milieux correspondent à d’anciennes vignes d’où la présence de quelques ceps dans ces stations. L’action de l’homme a donc marqué le paysage à une époque récente et a ainsi favorisé l’installation de nombreuses espèces. Les orchidées seraient sans doute très rares dans ces milieux si l’homme n’était pas intervenu sur ces sites. De ce fait ces stations sont fragiles et le retour à l’état de forêt ou de fruticée semble inévitable. En particulier la plantation du Pin noir suite à l’arrachage des vignes est une réelle menace pour le milieu car cette espèce colonise rapidement le terrain et y étouffe la végétation. D’un point de vue sylvicole, lorsque le sol s’y prête, les bouquets de sorbiers domestiques sont préférables aux plantations de pins.

La pratique « sauvage » du motocross a été observée sur les deux sites avec à chaque fois des conséquences désastreuses sur la végétation. La surveillance régulière, plusieurs fois par an, des deux pelouses est donc nécessaire.

La disparition des haies enfin provoque un remaniement profond de la flore et de la faune, tel le Gazé (ci-dessus), encore assez commun dans les pelouses mais en déclin partout ailleurs.

Liste alphabétique des espèces présentes sur les deux sites.

La présence sur la pelouse de Vézelay est notée par V tandis que les espèces de Montillot sont notées M. L’inventaire est loin d’être complet et il est par exemple tout a fait possible que des espèces notées M se trouvent en V et inversement, en outre de nombreuses découvertes sont possibles.

Nom françaisnom latinlieu
Acéras homme penduAceras anthropophorumMV
Alisier blancSorbus ariaMV
Anémone pulsatillePulsatilla vulgarisMV
Anthyllide vulnéraireAnthyllis vulnerariaM
Arabette des collinesArabis collinaM
Asperule à l’esquinancieAsperula cynanchicaV
Avoine élévéeArrhenatherum elatiusM
BardanetteLappula squarrosaM
Brize intermédiaireBriza mediaMV
Brome érigéBromus erectusMV
Brome mouBromus mollisMV
Céphalantère blancheCephalanthera damasoniumMV
Céphalantère rougeCephalanthera rubraMV
Cerisier de Sainte LuciePrunus mahalebM
Chêne pubescentQuercus pubescensMV
Chlora perfoliéBlackstonia perfoliataV
Compagnon blancMelandrium albumM
Cornouiller mâleCornus masM
Cornouiller sanguinCornus sanguineaMV
Dompte veninVincetoxicum hirundinariaMV
Eperviére piloselleHieracium pilosellaMV
Fétuque spFestuca spM
Fumana couchéFumana procumbensMV
Gaillet mouGalium mollugoM
Garance des teinturiersRubia tinctorumMV
Genêt des teinturiersGenista tinctorumV
Genêt sagittéChamaespartium sagittaleM
Genêt poiluGenista pilosaM
Genévrier communJuniperus communisMV
Géranium sanguinGeranium sanguineumM
Germandrée des montagnesTeucrium montanumV
Germandrée petit chêneTeucrium chamaedrysMV
Gesse à large feuilleLathyrus latifoliusM
Gesse aphylleLathyrus aphacaM
Globulaire vulgaireGlobularia punctataMV
Hélianthème des ApenninsHelianthemum appeninumM
Hélianthème des chiensHelianthemum caninumMV
Hélianthème jauneHelianthemum nummulariumMV
Hellébore fétideHelleborus foetidusMV
Hippocrépis à toupetHippocrepis comosaMV
Inule des montagnesInula montanaM
Knautie des champsKnautia arvensisMV
Laîche de hallerCarex halleranaMV
Laser à feuille largeLaserpitium latifoliumM
Limodore à feuilles avortéesLimodorum abortivumMV
Lin à feuilles menuesLinum tenuifoliumMV
Lin purgatifLinum catharticumM
Listère à feuilles ovalesListera ovataV
Lotier corniculéLotus corniculatusMV
Muscari à toupetMuscari comosumMV
Myosotis des champsMyosotis arvensisM
Ophrys abeilleOphrys apiferaMV
Ophrys araignéeOphrys sphegodes ssp. sphegodesMV
Ophrys frelonOphrys fucifloraMV
Ophrys litigieuxOphrys sphegodes ssp. litigiosaMV
Ophrys moucheOphrys musciferaMV
Orchis à deux feuillesPlatanthera bifoliaMV
Orchis boucHimantoglossum hircinumMV
Orchis bouffonOrchis morioMV
Orchis brûléOrchis ustulataV
Orchis mâleOrchis masculaMV
Orchis militaireOrchis militarisMV
Orchis moucheronGymnadenia conopseaMV
Orchis pourpreOrchis purpureaMV
Orchis pyramidalAnacamptis pyramidalisMV
Orchis singeOrchis simiaM
Orobanche de la gérmandréeOrobanche teucriumM
Orobanche girofléeOrobanche caryophyllaceaM
Orpin blancSedum albumMV
Panicaut champêtreEryngium campestreMV
Petite coronilleCoronilla minimaV
Petite pimprenelleSanguisorba minorM
Phalangère à fleur de lysAnthericum liliagoM
Pin noirPinus nigraMV
Poirier sauvagePyrus communisM
Polygala communPolygala vulgarisMV
Potentille rampantePotentilla reptensM
Réséda jauneReseda luteaMV
Sarriette des champsAcinos arvensisV
Sauge des présSalvia pratensisM
Sceau de Salomon multiflorePolygonatum multiflorumMV
Sceau de Salomon odorantPolygonatum odoratumMV
Serpolet à feuilles étroitesThymus serpyllumMV
Silene enfléSilene vulgarisM
TroèneLigustrum vulgareMV
Viorne mancienneViburnum lantanaMV

Bibliographie:

  • Landdwehr J. 1983. Les orchidées sauvages de France et d’europe. Tome 1. Lausanne. 287 p.
  • Landdwehr J. 1983. Les orchidées sauvages de France et d’europe. Tome 2. Lausanne. 585 p.
  • Poinsot H. 1972. Flore de Bourgogne. Dijon, 401 p.
  • Royer J. M. 1971. Reconnaissance phytosociologique en basse-Bourgogne : I. La vallée de la Cure de Givry à Arcy (Yonne). L’Eduen. 57. 28-32.
  • Royer J. M. 1972a. Essai de synthèse sur les groupements végétaux de pelouses, éboulis et rochers de Bourgogne et Champagne méridionale. Extrait du fascicule 13. An. Sci. Univ. Besançon. série 3. 316p.
  • Royer J. M. 1972b. Reconnaissance phytosociologique en basse-Bourgogne : II. A propos des inules de la vallée de la cure. L’Eduen. 62. 19-21.
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Notre petit patrimoine

R.M.Koutlidis, 2020

Ce petit patrimoine rural (l’ensemble des monuments qui ne sont pas classés ni inscrit comme monument) est sans doute un attrait de notre « vieux » village. Il a été très officiellement réparti en 9 catégories d’éléments : points d’eau (fontaines, lavoirs…), sacrés (croix, calvaires, gargouilles, chapelles), ouvertures (portes, archères, fenêtres), signalisation (bornes, de limites), mesures de temps, de poids, d’espace (cadran solaire…), agricoles et viticoles (cabanes, four à pain, …), de commémoration (monuments aux morts) et bâtiments (tours, ponts, pigeonniers, maisons à pan de bois).

A l’aube de la création de l’OGS-Vézelay dans lequel Montillot est intégré, comme il était au moyen-âge dans la « poté » de Vézelay, interrogeons-nous sur notre « petit patrimoine » puisque de « grand », Montillot n’en a pas. L’identifier, le reconnaitre ouvre la porte à sa sauvegarde et à sa restauration. Il ne manque pas, en France, de bénévoles, d’associations dévolues à la sauvegarde de ce petit patrimoine[1] ! On met en jeu, en le valorisant, le développement local, la notion d’identité et la diversité culturelle. On débouche par exemple sur des randonnées-découvertes, des randonnées-contées, des circuits balisés qui manquent encore cruellement, ou sur des panneaux-indicateurs explicatifs.

En laissant de côté nos bâtiments (archères de l’église, pigeonnier), que nous reste-t-il ?

Les croix, témoignage d’une piété qui n’est plus : Croix blanche récemment refaite et minimisée, et croix de Chally, croix Bouché, croix du crot aux charmes, croix des Hérodats : saura-t-on encore précisément les situer, les photographier ?

Les cabanes pourraient bien subir le même sort. Ces images (en 2010, 2017, 2019) de celle située au long du chemin des côtes est là pour en témoigner :

Et qu’en est-il des meurgers ? … « meurgé, meurgée, merger, murgé, murget, murget, murgier, murgerot, mourzy meurzère… »  On en connait de nombreux en France, et plus généralement dans les pays de vignobles.

Muret (Photo P. Haase)
D’épaisse muraille à tas de pierres parementé lors du défrichage d’une parcelle, ou lentement constitué par l’épierrage régulier de la vigne, le mot est resté en usage dans les lieux où la culture la vigne s’est perpétuée, ne persistant, ailleurs, que dans la toponymie.
Tumulus (photo J. Demay)

Ici le vocable définit à la fois ces murets qui délimitent des parcelles oubliées, des cabanes (de vigneron, le plus souvent), et parfois, plus mystérieusement, des tumulus (tumuli) beaucoup plus anciens.

C’est le Professeur Pierre NOUVEL, de l’Université de Besançon (UMR 6249- Chrono-Environnement), qui a attiré l’attention sur les découvertes de tumulus (mot latin, mais son pluriel tumuli n’est pas utilisé) faites au 19ème siècle autour de Montillot.

Dans son article intitulé « les voies antiques de l’Avallonnais – apport de l’histoire et de l’archéologie », il avait identifié, entre autres, celle qu’il appelle la voie N°9, reliant Vézelay à Mailly-la-Ville ; il écrit à son sujet : « depuis Asquins, le tracé se poursuit vers l’ouest, sous un chemin qui se détache de la RD123 pour gravir la côte de la Perrière, longeant le village de Montillot par le Sud. Le chemin poursuivait sa route par la Collerette (nécropole préhistorique), bas de Dîne-Chien (idem) et Brosses. »  Cette voie, nous la connaissons bien ; elle a été en service jusqu’au milieu du 19ème siècle. Appelée « Grand chemin d’Auxerre à Vézelay au 15ème siècle, et relevant de la Justice royale, et « Grand Chemin de Mailly-la-Ville à Vézelay » sur le cadastre napoléonien de 1819. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un chemin empierré, entretenu dans les seules portions encore utilisées par des riverains, et difficilement praticable par un véhicule dans les autres parties. Il longe le centre équestre de la Croix-des-Bois, puis le Bois du Fège vers la Duite, se confond avec la route de Fontenilles jusqu’au Mont Ciboule, puis avec le chemin rural qui va vers Brosses à travers le bois de la Collerette. C’est le long de son tracé que des découvertes ont été faites.

Où sont donc ces 2 nécropoles[1] que cite P. NOUVEL ? Jusqu’à ce jour, nous ne connaissions que les « tumulus de Rochignard », trouvés en 1879 par les cantonniers de Montillot qui cherchaient des pierres, tumulus ensuite fouillés et décrits par F. CUVIER en 1880. A côté des ossements, on avait trouvé des fibules, des torques et des bracelets de bronze et de fer.

Nous ne devons donc plus ignorer que des fouilles ont été effectuées en 1858 et 1866, puis reprises en 1880 dans des monticules de pierres aux lieux-dits « Merger aux Moines » et « la Collerette », à cheval sur les communes de Montillot et Brosses. Plusieurs squelettes humains ont été mis à jour, avec des bracelets et des anneaux de jambes en bronze. Mr de LENFERNAT, qui fut maire de Montillot de 1860 à 1870, a participé jusqu’en 1880 à ces fouilles avec son gendre Mr de MONTIGNY, et a confié un certain nombre d’objets trouvés au musée d’Auxerre. D’autres ont été remis aux musées d’Avallon et de Troyes. Dans l’inventaire du musée d’Avallon paru dans le bulletin de la S.E.A. de 1879, on note, entre autres, « un anneau trouvé sous un tumulus (de Rochignard) par Mr Félix CARILLON » (Il s’agitde Félix-Célestin (1855-1904) cultivateur et maire-adjoint de Montillot, père d’Auguste-Joachim, tué au front en 1914, et grand-père d’un autre Félix (1910-1951). Des recherches aussi fructueuses ont été faites à cette époque dans plusieurs villages environnants. L’abbé PARAT cite le chiffre de « 178 tumulus de petite et moyenne dimension sur Bois d’Arcy », et d’autres dans les bois d’Avigny et de Lac-Sauvin. Des découvertes semblables ont été faites dans le Morvan ; les spécialistes du Musée de St Germain en Laye, consultés à l’époque, ont attribué les objets trouvés, partie au 1er âge du fer (civilisation de Hallstadt -1200 à -500), partie au 2ème âge du fer (période de la Tène, ou « époque gauloise »). A partir des découvertes des 19ème et 20ème siècles, plus de 170 nécropoles y sont repérées.

Une autre coutume funéraire de la même époque a été découverte : les champs d’urnes. Près de St Père-sous-Vézelay, René LOUIS a mis au jour entre 1937 et 1939 des sépultures, constituées en fait d’urnes contenant des ossements humains, des bracelets de bronze et des flèches néolithiques. Plusieurs ont été identifiées aux alentours de Montillot. Elles ont été datées de la période entre âge du bronze et âge du fer. Un peuple probablement originaire de Hongrie aurait remplacé les tumulus par les urnes vers -1200 à -1000 et serait venu ensuite en Allemagne du Sud puis, par la trouée de Belfort, vers la Nièvre, les Cévennes et le Tarn, où l’on trouve d’autres champs d’urnes.

Montillot, village de Pierres ?

Une bulle du Pape Alexandre III datée de 1169, sous le règne du roi de France Louis VII le Jeune, fait mention du plus ancien nom connu de Montillot ; il s’agit de « Montirucht ( ou peut-être Montirueht)». En vieux français, le rucht est une carrière de pierres. Rucheter ou Rocheter, c’est extraire de la pierre. A cette époque où l’on reconstruit le monastère de Vézelay et le chœur de la Basilique, il fallait trouver de la bonne pierre et le site carrier de Montillot était l’un de ceux propice à cette extraction. C’est par la suite qu’apparaîtra le nom de « Montillot » qui fait plus précisément allusion à la nature géologique de la roche extraite.

La zone calcaire dans laquelle se trouve Montillot, a une largeur moyenne de 15 km, et est limitée grossièrement au Nord par une ligne allant de Lucy-sur-Yonne à Ancy-le-Franc. On a ici des calcaires « à dominante oolithique et bioclastiques ». Les « oolithes » sont des grains sphériques (diamètre de l’ordre du mm en moyenne) formés par dépôt chimique de couches successives de carbonate de calcium, autour d’un « noyau », constitué de débris de roches ou d’origine biologique (« bioclaste »). Le calcaire oolithique, dépourvu de fossiles, est le plus compact et est utilisé en pierre de taille pour les grandes constructions[2] .

Pour Gilbert DUCROS†, Montillot était relié à « Mont » (colline, hauteur) et liot (pierre blanche de construction de nature calcaire et marbrière d’époque secondaire, mot d’origine gauloise). Plus généralement, et plus près de nous, le nom viendrait du vieux français « Monteil, Montil », signifiant petit mont.

Et ce monteil, ces pierres, où sont-ils ? En se tournant vers la micro-toponymie, on retrouve facilement ces éléments :



Le Crot Blanc, au nord de Montillot, sur la colline de 292m d’altitude surplombant le village, désigne toujours une ancienne carrière de calcaire à ciel ouvert dont furent extraites des pierres ayant servi à la construction de la basilique de Vézelay

Le Bois des Perruches : terrains très pierreux

Vaux Caille : du vieux français « caille » le caillou.

Et les meurgers importants ayant laissé leur nom aux lieux-dit : Meurger d’argent, Meurger de Porot, Meurger aux Moines.

Des actes notariés aux terres aujourd’hui cultivées, du cadastre (le dernier date de 1819) au dernier remembrement, des anciens cartulaires (1463, 1576, 1632, 1692, 1758, 1788) aux terriers de l’ancien régime, les parcelles, savamment arpentées, sont nommées, délimitées d’une façon qui se veut de plus en plus précise. Pourtant chaque révision, chaque retranscription menace paradoxalement un patrimoine fragile, que ce soit ce patrimoine qu’on dit petit, comme ces cabanes ou murets dispersés sur le territoire de la commune, ou bien la microtoponymie, ces noms d’usage qui parfois ne figurent même pas sur les cadastres, ou en sont parfois supprimées. L’abandon des patois, la mutation des populations où les ruraux ont de moins en moins de part, font le reste.

En un temps où la notion de patrimoine bâti, puis celle de patrimoine naturel, ont fait leur chemin et sont désormais admises de tous, et si la notion de patrimoine toponymique reste à ancrer dans les mentalités, c’est à nous qu’il revient de les préserver.

Alors : identifions, sauvegardons, puis restaurons ce patrimoine, le nôtre, pour mettre en valeur notre village !

BIBLIOGRAPHIE

  • Roger BRUNET, 2016 : « Trésor du terroir : les noms de lieux de la France » , CNRS EDITIONS, Paris, 616pp.
  • Pierre HAASE, 2001 : « Sur les Chemins du terroir ; noms de lieux à Asquins ; Esquisse d’une recherche de microtoponymie », monographie.
  • Stéphane BÜTTNER,sept 2010 : «   Les matériaux de construction des églises de l’Yonne » , Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne], Archéologie des églises de l’Yonne.
  • Pierre NOUVEL et Michel KASPRZYK : « Les voies antiques de l’Avallonnais. Apport de l’histoire et de l’archéologie » – Bulletin S.E.A.  (Société des Etudes d’Avallon), – 2007  
  • Pierre NOUVEL : « Les nécropoles protohistoriques de l’avallonnais », BSEA, 2009
  • Gérard TAVERDET : 1975-1984 : « Atlas linguistique et ethnographique de Bourgogne », Ed CNRS, CRDP Dijon, 4 volumes. 
  • Gérard TAVERDET : 1996 : « Les Noms de Lieux de l’Yonne » , Dijon, CRDP 1983 ; nouvelle édition revue, Dijon, ABDO.



[1] Articles parus dans les bulletins de la Société Académique de l’Aube en 1859 et de la Société des Sciences de l’Yonne (B.S.S.Y.) en 1880 et 1881. L’auteur en fut principalement Emile PALLIER, historien de Châtel-Censoir.

[2] Stéphane Büttner, 2010


[1] Commission Française pour la Protection du Patrimoine Historique et Rural (CFPPHR.free.fr) ; page Face Book « Forum pierres sèches » ; ou plus près de nous « Parc du Morvan : reconnaître et valoriser le petit patrimoine (2001-2004) puis concours de restauration 2004-2008 ; Association « Ultreia aller plus loin » à Asquins.