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Que sont les « registres paroissiaux »?

A. BUET †, Mai 2001

Genéalogie. Registres paroissiaux. Registres d’Etat civil

Le goût de la généalogie s’est progressivement développé en France depuis 50 ans. Dans beaucoup de familles, un « passionné » consacre une partie de ses loisirs à la recherche des ancêtres. On peut se demander pourquoi!

Pendant des siècles, cette préoccupation fut réservée aux familles nobles : sous l’Ancien régime, elles devaient périodiquement établir les preuves de leur filiation, en fournissant les actes de baptêmes , mariages, décès et partages de biens, à l’Administration Royale : leurs devoirs et surtout leurs droits (les « privilèges ») en dépendaient. On trouve dans les archives des familles nobles, des « extraits » des titres, tels que des contrats de mariages,- très lisibles car souvent recopiés au 17ème à partir d’originaux du 14ème –, des actes de « foÿ et homages » de vassal à suzerain, des « aveux et dénombrements » qui sont des inventaires de propriétés à des moments donnés…

De plus la Noblesse fournissant les cadres des Armées participait directement à l’Histoire de France, celle décrite dans les livres, autour des noms des « grandes familles »…

Pendant longtemps, on ne vit donc aucun intérêt à rechercher l’origine des familles villageoises. Celles-ci restaient d’ailleurs fixées dans un rayon de quelques kilomètres, et on savait retrouver sans difficulté à Montillot le cousin ou l’oncle qui s’étaient mariés à Brosses, Asquins ou Arcy et y avaient fait souche !

Premier changement important du mode de vie à la fin du 19ème siècle : la « Révolution industrielle » a entraîné l’éclatement des familles. Pour échapper à une pauvreté sans espoir, on « tente sa chance » , on quitte le village pour aller travailler à des centaines de kilomètres, dans les banlieues des grandes villes.

Les liens familiaux se relâchent, on se perd de vue.

Ensuite, la première moitié du 20ème siècle est marquée par deux guerres mondiales et leurs cortèges d’atrocités : le « présent » s’imposant malheureusement, toute réflexion sur le passé devait attendre !

Ce n’est donc qu’après 1950 que certains descendants des « transplantés » éprouvent le besoin de retrouver leurs racines naturelles, insatisfaits de leurs rattachements à des groupes sociaux liés au travail ou aux loisirs, groupes souvent bouleversés et qui leurs paraissent plus artificiels.

Et une « mode » s’est créée, puis étendue.

De plus, en sortant de la simple reconstitution des filiations, on s’est rendu compte, en lisant les actes de naissances, mariages, décès, achats et ventes de biens… , que le « Peuple » avait aussi écrit l’Histoire : chaque famille a vécu, souffert dans sa chair ou simplement ressenti des évènements nationaux.

Comment s’y prend-on pour «  faire de la Généalogie » ?

Il faut de la patience, du bon sens et une méthode…

On commence par les ancêtres proches ( en se limitant à 2 ou 3 générations au début), dont on collecte tous les actes d’état-civil, du côté paternel et du côté maternel. Pour cela, on fouille d’abord tiroirs et dossiers de la maison, on interroge les plus anciens, on écrit dans les mairies éloignées, qui détiennent les actes des 100 dernières années et qui peuvent en fournir des copies aux descendants directs…Et l’on est rapidement amené à se déplacer : les chefs-lieux de département détiennent dans un bâtiment appelé « Archives départementales » les registres qui contiennent les actes couvrant plusieurs siècles. On distingue 2 types de registres : jusqu’en 1792, les « registres paroissiaux » rédigés par les curés des paroisses ; ensuite, les « registres d’Etat-Civil », tenus par les secrétaires des mairies.

Pour Montillot, ces actes ont été transcrits à partir de microfilms, sous forme de cahiers, afin de faciliter les recherches en limitant les déplacements

Les documents de référence restent les registres originaux, déposés aux Archives départementales de l’Yonne, 37 Rue Saint-Germain à AUXERRE. Ils ont été microfilmés pour protéger leur conservation et peuvent être consultés en salle de lecture. Les originaux ne peuvent être examinés que sur autorisation spéciale.

9 cahiers, dont 7 sont manuscrits, ont été établis en 2 exemplaires, couvrant les périodes suivantes:

N°1 : – baptêmes (B), sépultures (S) et mariages (M) de 1672 à 1699

N°2 : –         »                     »                         »            de 1700 à 1709

N°3 : –         »                     »                         »            de 1731 à 1759

N°4 : –         »                     »                         »            de 1760 à 1784

N°5 : –         »                     »                         »            de 1785 à 1792

          –  naissances (N), décès (D) et mariages (M)     de 1792 à 1799 (Etat- Civil)

N°6 : –          »                     »                   »                 de 1800 à 1809

N°7 : –          »                     »                   »                 de 1810 à 1818

N°8 : –          »                     »                    »                de 1819 à 1823 .

N°9: – voir plus loin

Pour les recherches généalogiques familiales sur Montillot, il faut savoir que les registres paroissiaux de 1710 à 1730 n’existent plus , et que les registres d’état- civil de 1823 à nos jours sont disponibles en mairie .

Pour la période de 1710 à 1730, un certain nombre d’informations sont pourtant disponibles :

1)- Une liste simplifiée des Naissances et décès :   un secrétaire de la mairie, – ou un autre habitant du village, a eu l’heureuse idée, vers 1828, alors que tous les registres existaient encore, de relever toutes les naissances et tous les décès de 1700 à 1827, de les classer par ordre alphabétique, puis chronologique, et d’en constituer un registre séparé, maintenant déposé aussi aux Archives Départementales  et exploitable sur microfilm.

Notre cahier N°9, intitulé  » Période 1700 à 1735 » en présente une transcription qui permet un recoupement avec les cahiers N° 2 et 3 couvrant les périodes voisines.

2)- Une information sur quelques mariages de cette période : la seule source disponible est constituée par les contrats de mariages passés devant notaires. On les trouve aussi aux Archives départementales  – Registre 3E/54 -, pour les actes établis par le notaire Edme DEFERT, de 1721 à 1743 . Cette recherche a été effectuée en 1993 par Mme BOURDILLAT, à la demande de la Société Généalogique de l’Yonne; les résultats apparaissent à la fin de la brochure intitulée « Table alphabétique des mariages de la paroisse de Montillot » (1672 à 1792), dont un exemplaire est déposé à la mairie. Ils concernent 47 mariages de 1722 à 1730.

II- Constitution des cahiers : la plupart de ces cahiers sont manuscrits;  les premiers relevés couvrant une période partant de 1731 ont été effectués pour un usage personnel et sont écrits en caractères très petits et peut-être difficilement lisibles; ensuite un effort de clarté a été apporté à la présentation, et , pour terminer, les cahiers n° 1,2 et 9 ont été établis en « traitement de texte ».

Le principe général retenu pour ces relevés est le suivant :

– Seuls les renseignements indispensables pour reconstituer les filiations ont été notés : noms, prénoms, professions, liens familiaux, lieux d’origine ou de domicile. Pour ces derniers, seuls les noms des autres communes, et ceux des hameaux de Montillot sont mentionnés; lorsqu’il s’agit du bourg de Montillot, il n’y a en général pas d’indication,… ou au maximum, « demeurant à Mtlot », ou « demt à M », ou « de M. »…

– Toutes les formules rituelles, se répétant d’acte en acte, ont été écartées : Par exemple, pour les mariages, les formules telles que : « …après les publications faites trois dimanches consécutifs et au prône de la paroisse… », « …nul empêchement n’ayant été constaté… », « …selon les rites de l’Eglise apostolique et romaine… ». Pour les décès, « …après avoir reçu les sacrements de pénitence et d’extrême onction… ». Pour les témoins, « …se sont présentés devant moi, assistés de … »; « …ont déclaré ne savoir signer, de ce enquis par moy… »

Dans quelques cas seulement , les textes complets ont été reproduits, afin de donner une idée du style d’écriture de l’époque.

– L’orthographe des noms de familles et des lieux (patronymes et toponymes), est strictement respectée. Si bien qu’on trouvera le même nom écrit de plusieurs façons différentes, selon l’époque et surtout selon le témoin cité et le rédacteur de l’acte. Il faut être  conscient qu’au 17ème et au 18ème siècles,   la majorité des habitants étaient illettrés. Lorsqu’ils venaient déclarer une naissance ou un décès, ils ne pouvaient donc pas épeler leur nom, ni celui de leur hameau.

Seuls les notables, -bourgeois, nobles, certains artisans et commerçants – …- étaient capables de signer ( plus quelques femmes dans les familles nobles). Dans certains cahiers, la mention « (+sgn) » a été ajoutée à la suite du nom du témoin signataire, et un certain nombre d’échantillons de signatures sont reproduits en fin de document.

– Pour les mariages et les décès, les âges indiqués sont souvent approximatifs, les raisons en étant les mêmes que pour l’orthographe. Dans certains cas, j’ai rappelé les dates de naissance, après les avoir retrouvées dans des actes plus anciens ( ce travail de recherche, facilité par le faible volume des cahiers, pourra être fait par les lecteurs intéressés). De même, pour un certain nombre d’enfants morts jeunes, j’ai indiqué la date de décès à côté de la date de naissance .

– Dans les cahiers  en traitement de texte, les notes en italique et entre parenthèses fournissent des informations qui ne figurent pas dans l’acte lui-même, mais résultent d’autres actes, plus ou moins éloignés dans le temps.  

– Selon les cahiers, le nom du curé est indiqué en début d’année ou en début de page; seuls les changements sont signalés ensuite – remplacements occasionnels, décès, ou départ de la cure .

Pour l’histoire de Montillot, sachons que « Sa Vénérable Personne Messire le curé Denis DELAPLACE a son nom gravé sur la cloche baptisée en 1648 et que, d’après un acte notarié de l’époque, Edme DELAPLACE était curé en 1653. Ici, en 1672, au début des registres paroissiaux conservés jusqu’à nos jours, nous trouvons la signature …

– du « prestre-curé » Guillaume COLLAS desservant notre paroisse; il y est mort le 7 Novembre 1715.

– ensuite, le curé  Jean Baptiste FAULQUIER lui a succédé; il est mort le 28 Novembre 1750

– puis le curé Pierre GOUREAU , décédé le 20 Décembre 1763, âgé de 55 ans environ

– le curé Jacques Anne DESAUTELS, arrivé en janvier 1764, devra affronter les difficultés liées à la fin de « l’Ancien Régime » et à l’avènement de la République; il rédigera et signera les actes jusqu’en octobre 1792; ensuite le nouvel « état civil » relèvera de l’Administration municipale élue; mais il est resté « habilité » à la rédaction des actes, en tant que « secrétaire-greffier ». Il est décédé le 18 Août 1796 à 72 ans.

Certains cahiers présentent dans leur préambule, un rappel de la situation politique de la France à l’époque correspondante.

– Corrections : malgré plusieurs « relectures », il est certain qu’un certain nombre d’erreurs subsistent, dues d’abord aux difficultés de déchiffrement de certains passages (écriture ancienne, détérioration de certaines pages des documents microfilmés, mauvaise qualité du papier d’origine traversé par l’encre si bien que recto et verso se superposent …), mais aussi à de banales fautes de transcription.

En cas de litige, il sera nécessaire de consulter les registres originaux aux Archives départementales ( le lecteur qui aura fait une telle recherche est prié de laisser sur place une note indiquant la correction à apporter). 

Cas des hameaux de Montillot : les chercheurs doivent savoir que Vaudonjon et les Hérodats ont fait partie jusqu’à 1790 de la paroisse d’Asquins, que Marot (ou Marault) et son étang étaient de la paroisse de Monteliot; que Malfontaine dépendait de Brosses, alors que le Gué de Combre, de l’autre côté du ru de Brosses, était rattaché à Monteliot. Il y avait d’autres petits hameaux, réduits souvent à une métairie, dont on trouve encore trace par quelques ruines, repérées sur la carte I.G.N. au 1/25000 : la Bertellerie, Baudelaine, Champ-Cornille, Conflans, la Calaberge, la Gache, l’Ermitage …

Mais en hiver les chemins étant mal commodes, il arrivait qu’on porte les nouveaux-nés à l’église la plus facilement accessible : Montillot pour Boutaut ou Marot, Brosses pour le Gué de Combre, Montillot pour Bois d’Arcy (qui relevait alors d’Arcy sur Cure) ou Vaudonjon…

(Voir les cartes en fin de ce cahier N°1)

III. Histoire brève de l’état civil (d’après « la généalogie; histoire et pratique » – Références LAROUSSE » et « La généalogie » « Que sais-je N°917 » P.U.F.)

 » A la fin des grandes invasions, l’Eglise prend en charge la tenue de registres, pour des motifs essentiellement religieux. Soucieuse du salut des âmes, elle commande d’abord l’enregistrement des baptêmes. Puis la multiplication des unions illégitimes la conduisit à ordonner celui des mariages, rendu également nécessaire par l’obligation d’observer les prescriptions canoniques relatives aux unions entre parents : la prohibition est ramenée, en 1215, du septième au 4ème degré, ce qui interdit encore les alliances entre petits-enfants de cousins-germains. de même, le fait de tenir un enfant sur les fonts baptismaux crée entre parrains et marraines une parenté spirituelle, l' »affinité », qui interdit leur union : les évêques ordonnent donc de noter dans les registres les noms des parrains et marraines. »

Il reste peu de traces  de ces registres anciens, les curés ne voyant pas la nécessité de les conserver, à une époque où une grande partie de la population était illettrée et où « une déclaration sous serment valait bien un texte ».

Ce n’est qu’au cours du 16ème siècle que des ordonnances royales commencent à codifier l’état civil, dans le cadre de l’organisation de la Justice.

Sous François Ier, l’Ordonnance de Villers- Cotterets du 15 Août 1539 – dite « la Guillelmine », du nom du Chancelier Guillaume POYET -, prévoit:

– la tenue de registres de baptêmes « qui contiendront le temps et l’heure de la nativité », les nouveaux-nés étant déclarés sous le nom de leur père

– que « les curés seront tenus de mettre les dicts registres par chacun en devers le greffe ».

Le Concile de Trente (1545-1563) fait obligation de mentionner les noms des parrains et marraines.

Sous Henri III, l’Ordonnance de Blois, en mai 1579, exige en plus la tenue de registres de sépultures et de registres de mariages.

Mais les curés étant trop souvent négligents, c’est sous Louis XIV que l’Ordonnance de Saint Germain d’avril 1667, – appelée « Code Louis » – :

– prescrit la tenue des registres en double exemplaire et le dépôt du second au greffe du bailliage de la sénéchaussée (institution civile)

– cherche à uniformiser la rédaction :

– pour les baptêmes : jour de la naissance, prénom de l’enfant, noms des parents et des parrain et marraine

– pour les mariages : noms, prénoms, professions et domiciles des époux, noms des parents, des 4 témoins et leur degré de parenté

– pour les sépultures, le jour du décès et les noms de deux témoins ou amis.

Des formulaires sont remis au prêtre dans ce souci d’uniformité.

 Ce règlement fut mieux respecté, ce qui nous permet de disposer dans la plupart de nos villages , d’archives remontant au moins aux années 1670 à 1675; 1672 pour Montillot, 1682 pour Givry, 1641 pour Brosses, 1634 pour Arcy,  1614 pour Vermenton, 1609 pour Asquins, 1650 pour Saint- Père, 1592 pour Vézelay et 1594 pour Chatel-Censoir ( ces deux cités avaient une abbaye, donc un Chapitre de chanoines pour les administrer …)

Sous Louis XV, la déclaration royale du 9 Avril 1736 reprend et précise tous les textes antérieurs: les registres seront tenus en deux « minutes » signées chacune par les parties …tous les actes seront inscrits à la suite, sans « blanc » …

Dans toute cette période, l’état civil est donc lié à l’administration des sacrements de la religion catholique : les minorités religieuses en sont exclues ( surtout après la révocation de l’Edit de Nantes…)

La Révolution, par le décret de l’Assemblée législative du 20 Septembre 1792, enlève aux prêtres la tenue des registres et la confie à des « officiers » (c’est-à-dire des fonctionnaires) de l’Etat, mais n’introduit pas de modifications importantes dans leur contenu.

Un exemplaire reste à la Mairie, l’autre est déposé au Greffe du Tribunal; on ajoute un relevé alphabétique annuel ainsi qu’une table décennale sur un registre séparé.

Il faut noter une modification temporaire importante, celle du calendrier.

La Convention a adopté le 4 frimaire An II (24-11-1793) le calendrier républicain, une « ère nouvelle » ayant commencé à la proclamation de la République le 22 Septembre 1792.

Mais dès le 1er janvier 1806, Napoléon remet en vigueur le calendrier grégorien.

A noter aussi que la loi du 13 fructidor An VI (30 Août 1798), impose la célébration des mariages au chef-lieu de canton, et seulement les « décadis ».

Un arrêté du 7 thermidor An VIII (26 Juillet 1800) rétablit la célébration des mariages dans les communes. Pour Montillot, nous devons donc rechercher à Chatel-Censoir, chef-lieu de canton de l’époque, les actes de mariages de la période mi-1798 à mi-1800.

Au 19ème et au 20ème siècle, seules des améliorations de détail ont été apportées (mentions marginales …).

Reproduction des documents d’archives

Les généalogistes amateurs sont de plus en plus nombreux; les documents anciens sont trop fragiles et ne peuvent subir de fréquentes manipulations; d’où l’intérêt évident de leur microfilmage.

Cette opération, trop coûteuse pour les maigres budgets de notre Administration des Archives, a heureusement été lancée vers 1950 grâce à l’intervention d’un groupement religieux international, appelé couramment « les Mormons ».

 C’est  « l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours« , créée vers 1830 près de New-York par Joseph SMITH. Sa valeur fondamentale est la « famille éternelle ». Il s’agit de développer et de resserrer les liens entre parents et enfants, qui se retrouveront ensemble dans une vie éternelle. Cela est étendu à toutes les générations passées qui seront ainsi reliées, tels les maillons d’une longue chaîne; une chaîne d’ancêtres que chaque membre devra identifier, afin de les baptiser rétrospectivement et d’assurer leur salut…Dès 1890, une bibliothèque généalogique d’intérêt mondial a donc été créée.

Après la 2ème guerre mondiale, ayant dressé le bilan des dépôts d’archives détruits, les Mormons entreprirent dans le monde entier une vaste opération de « sauvetage », par microfilmage. L’Eglise de Jésus-Christ S.D.J. a alors conclu avec nos Archives Nationales un accord pour reproduire, dans chaque dépôt départemental, l’état-civil depuis plus de cent ans et les cahiers paroissiaux. En échange des facilités accordées, chaque dépôt reçoit une copie gratuite.

Une énorme collection est ainsi constituée (200 millions d’actes en 1997 …); un vaste entrepôt, constitué de 6 tunnels, a donc été construit dans les montagnes granitiques de Salt Lake City (Etat de l’UTAH -U.S.A.) pour assurer à cette « mémoire de l’humanité » des conditions optimales de conservation. Les chercheurs du monde entier sont accueillis sur place ( le Groupement généalogique d’AIR-FRANCE organise des séjours chaque année). Des copies des microfilms peuvent être commandées par les Associations.

L’arbre généalogique des anciennes familles de Montillot depuis le 17e siècle sont disponibles sur le site: « geneanet » à l’adresse:

http://gw.geneanet.org/oustaou1

Mardi 3 décembre 2019

On apprend avec une infinie tristesse le décès de André Buet, notre généalogiste et historien de Montillot.
Sa curiosité, son attachement au village et sa région, son travail méticuleux et productif a permis à nombre d’entre nous de retrouver des cousinages perdus, des maisons oubliées. Il avait recueilli avec beaucoup de délicatesse les témoignages des plus anciens, qu’il rejoint aujourd’hui.
Il nous laisse de nombreux articles sur l’histoire du village, qui tous sont déposés à la mairie (certains d’entre eux ont été publiés dans la revue de la société d’études d’Avallon).

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Le testament de Girart de Roussillon

Les archives des châtelains de Montillot sont constituées principalement d’actes notariés – achats, ventes et échanges de propriété immobilières -. Ces documents se terminent souvent par quelques lignes d’une écriture différente de celle du notaire : « je soubsigné, confesse avoir repceu les droicts de lots et ventes du contract cy dessus » ; signé « le recepveur de Messieurs les Vénérables du Chapitre de Vézelay ».

Qui étaient ces moines qui prélevaient des impôts sur nos ancêtres ?

Et pourquoi de Vézelay ?

Nous avons consulté les travaux de plusieurs historiens de la région…

« Au nom de la Sainte et indivisible Trinité, Père, Fils et Saint- Esprit. Commencement de la charte ou testament du comte Girart, fondateur des monastères de Pothières et Vézelay, en vertu des privilèges de l’autorité apostolique désignés ci-dessous, lesquels valident et corroborent à perpétuité ce même testament… » 

C’est la première phrase de la traduction d’un texte latin, dont une copie effectuée en 1170 sur parchemin avec enluminure, d’après l’original rédigé vers 858, est déposée à la Bibliothèque municipale d’Auxerre. (un fragment de photographie de la 1ère page est reproduit ci-contre).

C’est donc Girart de Roussillon qui aurait fondé le monastère de Vézelay, par ce testament.

Rappel Historique

Où  situer ce Girart dans notre Histoire de France ? Feuilletons rapidement nos livres d’école, en cherchant les grands repères de cette époque…  

En 771, Charlemagne avait succédé à Pépin le Bref. Combattant les envahisseurs  Avars, Slaves, Saxons et Bretons, il devint le maître d’un territoire immense rappelant l’ Empire romain d’ Occident, disparu 3 siècles auparavant.

Roi chrétien, il imposa sa religion aux peuples Germains et assura la protection des possessions du pape Léon III, qui le couronna Empereur à Rome en l’ An 800.

Mort en 814, son fils Louis le Pieux (appelé aussi « le Débonnaire ») lui succède, et pour conserver l’unité du territoire, ce dernier élève son fils aîné Lothaire à la dignité d’ Empereur, ce qui mécontente gravement les 2 autres fils qu’il eut de sa première femme Ermengarde. Et sa seconde femme Judith de Bavière lui donne en 823 un autre fils Charles (le futur Charles le Chauve), à qui elle veut naturellement faire attribuer une part de la succession impériale !

Des clans se créent entre les prétendants et les nobles qui les soutiennent. L’insurrection éclate dans le pays et le règne de Louis le Pieux se termine dans la confusion. La guerre se poursuit entre les frères, aboutissant à la défaite de Lothaire en juin 841 à Fontenoy- en- Puisaye  (à 25 km d’ Auxerre ; un obélisque nous rappelle cette bataille). En 843, le traité de Verdun partage l’ Empire de Charlemagne en 3 parties :

  • à Charles II le Chauve la Francie occidentale
  • à Louis II le Germanique la Francie orientale ou Germanie
  • à Lothaire 1er un territoire intercalé entre ses 2 frères, la Lotharingie (la future Lorraine, sujet de dispute entre France et Allemagne…). 

Les invasions normandes ajoutent à la confusion : en 843, une flotte remonte la Loire ; les Vikings s’emparent de Nantes et massacrent l’Évêque. D’autres flottes atteignent Toulouse la même année …et Paris le dimanche de Pâques 845…Chartres est prise en 858…Le Midi de la France n’est pas épargné.

858: C’est justement l’année du testament de Girart et de sa femme Berthe.

Son nom s’écrivait Gher- hard et signifiait « tout- à- fait brave ».  Il devint célèbre dans les romans de chevalerie ; un  poète anonyme 12 siècle,  s’inspirant de la tradition orale, a traduit sa vie et ses exploits dans  «  la Geste de Girart de Roussillon » en langue d’oc et d’oïl.

Il a donc fallu trier la part de la légende et celle de l’ Histoire …

Girart faisait partie de la haute noblesse de l’époque, descendant de ces « Maires du Palais » , ces chefs de la Maison Royale qui, – tels Pépin de Herstal, puis son bâtard Charles Martel -,  ont profité de la décadence des Mérovingiens pour prendre petit à petit le pouvoir dans la 1ère partie du 8ème siècle et créer la dynastie des Carolingiens.

Il avait hérité d’un titre familial : « Comte de Paris et de Soissons ».

Avant 818, il avait épousé Berthe, fille du Comte Hugo de Tours et sœur de l’épouse Ermengarde de Lothaire  1er, qui avait alors le titre d’ « Empereur d’ Occident ».

Son beau-père le charge de l’administration de l’ Avallonnais et du Lassois ; il en profite pour y  acquérir plusieurs domaines.

En particulier,  entre 820 et 840, par faveur spéciale de Louis le Pieux, sur recommandation de son épouse Judith, – dont il était proche parent par Berthe -, il obtient le domaine royal « Villam Vezeliacum ». On a retrouvé dans des documents anciens la trace de ce domaine à l’époque gallo-romaine (« Vercellacus »), puis de son affectation à l’ Abbaye St Germain d’ Auxerre (cartulaire daté de 572), sous le nom de « Videliacus ».

Il faut bien voir qu’il ne s’agit pas de notre colline de Vézelay, mais d’un territoire compris entre l’actuel village de St Père et le site dit « des Fontaines Salées », qui fut utilisé par l’homme depuis bien longtemps : on y a retrouvé les vestiges d’un lieu de culte celte, de puits en troncs de chênes pour la collecte de l’eau salée, de thermes romains, de villa gallo-romaine et d’un chemin rejoignant le centre sidérurgique proche… Ce fut d’abord «  Vézelay sur Chors » (pour « Cure ») puis St Pierre le Bas avant d’arriver à St Pierre, devenu St Père…

Ces propriétés avallonnaises sont menacées dans la période de querelles d’héritages qui suit la mort de Louis le Pieux. Girart  prend parti pour son beau-frère Lothaire 1er , qui lui confie l’administration des comtés de Lyon et de Vienne, puis la gérance du royaume de Provence. Il a fort à faire là-bas pour se défendre des prétentions de Charles le Chauve, rival victorieux de Lothaire, et pour repousser les Normands, parvenus en 860 jusqu’à Valence !

Il réussit  dans le même temps à conserver et à accroître ses acquisitions dans le Comté d’Avallon.

Mais un problème de succession se pose : le fils unique de Girart et Berthe était mort très jeune et leur fille se destine à l’ Eglise.

Et il faut empêcher Charles le Chauve d’annexer ces domaines, qui se trouvent dans son royaume… !

Girart et son épouse trouvent la solution : animés de sentiments très religieux, ils fondent 2 monastères dans leurs propriétés, l’un à Pothières, en « Pays Lassois » ( proche de Châtillon-sur-Seine), l’autre à Vézelay, au bord de la Cure ; soumis à la règle de Saint Benoît, le premier accueillera des hommes et le second des femmes. A ces 2 monastères ils firent don de leurs autres biens de l’ Avallonnais, du Tonnerrois et du Sénonais (« …avec cette réserve que nous en gardons l’usufruit tant que durera notre vie dans la chair… »)

 On trouve au folio 23 du manuscrit :

« Ensuite nous avons donné le domaine de Dornecy, celui de Cisternas, de Fontenay (près Vézelay), et de Molnitum, et tout ce que nous avons acquis dans le pagus d’ Avallon déjà nommé, ou celui de Tonnerre, avec toutes les dépendances … »

Certains historiens de la région ont traduit « Molnitus » par Montillot… ; ce n’est pas évident …D’ailleurs Ernest PETIT, dans son « Etude historique » de l’ Avallonnais, nous fournit (page 129), d’après un document du 8ème siècle, une liste des noms latins des villages du « pagus » d’ Avallon : Molnitum y désigne Montlay (en Auxois), dans le canton de Saulieu…Notre village sera cité plus clairement dans des textes ultérieurs.

Le Testament

Puis ils eurent l’idée de mettre ces fondations sous la protection directe du pape, les rendant ainsi inviolables. Folio 24 :

«…nous avons soumis ce monastère et l’autre susdit, avec tous leurs biens, aux très saints apôtres réunis à Rome et par acte de testamentaire confirmé pour toujours, nous les avons confiés aux saints évêques de la Ville qui occuperont ce siège année après année, afin qu’ils les administrent (sans qu’ils soient pour autant autorisés à les donner en bénéfice ou les échanger avec qui que ce soit), qu’ils en disposent à perpétuité et que, par leur zèle appliqué ainsi que par leur gestion vigilante, selon notre dévotion, une religion de piété et de vertu s’y développe toujours, pour la gloire de Dieu… »

De plus, tous les biens de ces monastères demeureront  « par la garantie de ce même testament perpétuel, sans aucune charge extérieure ni taxe d’assujettissement… », « …à ceci près que chaque année, comme présent au très  vénérable siège des bienheureux apôtres auxquels nous avons soumis ces sanctuaires , ils verseront deux livres d’argent au bienheureux évêque de la Ville de Rome… » (folio 23).

Enfin, autre disposition importante : « nous insistons fermement … », écrit Girart, «   pour que, lorsque l’abbé ou l’abbesse …aura quitté la lumière de ce monde, …ces communautés…aient ce pouvoir…de procéder…à l’élection d’un autre abbé ou d’une autre abbesse de bonne vie et de bon témoignage, d’un commun accord…et avec, sur ce sujet, l’approbation ultérieure de l’évêque qui, à ce moment-là, aura mérité le siège apostolique… » .

Encore fallait-il faire accepter cette Charte-testament par les autorités intéressées …

Girart dû faire preuve de diplomatie, puisque d’une part, le pape Nicolas 1er accepte la donation et confirme par une bulle, en mai 863, que les monastères jouiront de la protection du Saint- Siège, et d’autre part,  – ce qui est plus surprenant – , Charles le Chauve, par un diplôme royal , confirme ces fondations en 868 et s’engage, pour lui et ses successeurs, à défendre les « immunités » de ces monastères…

Conservant l’usufruit sa vie durant, Girart devait assurer la protection de ses récentes fondations ; mais sa charge le retenait entre Lyon et la Provence …Les moniales de Vézelay , en butte à l’hostilité ambiante et aux attaques de bandes, se replient vers d’autres maisons de leur ordre au bout d’une quinzaine d’années. Girart les remplace par des Bénédictins venant d’Autun, sous la direction de l’abbé Eudes

Les invasions des Normands continuent…En 885, ils assiègent Paris ; mais le roi Charles le Gros pour éviter le combat, autorise le chef des Vikings à aller ravager la Bourgogne ! Une flottille arrive donc dans la vallée de la Cure au début de 887, détruit le monastère de Vézelay (sur Cure) et poursuit vers le Morvan.

Mais avant l’arrivée des Normands, les moines et les habitants de la vallée de la Cure sont montés se réfugier sur la colline proche. Girart étant mort en 877, c’est l’abbé Eudes qui prend la décision d’y implanter définitivement  le monastère.

Qu’est devenu le monastère après la mort de Girard de Roussillon?

Le monastère s’implante définitivement sur la colline. On ne sait s’il y avait là, déjà, des constructions à ce moment ; on suppose qu’il existait une sorte d’enceinte de murailles pouvant servir de refuge.

Tite-Live aurait fait allusion à cet endroit dans son « Histoire de Rome », en l’appelant « mons scorpionis », ou mont du Scorpion ; on voit là une allusion à la forme particulière de la colline, plus évidente en vue aérienne, qu’en la gravissant à pied !

Ce qui semble sûr, c’est que le Vézelay actuel est vraiment rentré dans l’ Histoire en cette année 887 …

Une partie des habitants de la vallée est montée sur la colline avec les moines ; un sanctuaire est rapidement édifié et dès 888, Eudes  obtient du roi le transfert des privilèges accordés à l’ancien monastère. Le pape Etienne VI renouvelle lui aussi le privilège pontifical en 897 et précise que le « castellum » doit servir de refuge aux moines, à leur serviteurs et à la population avoisinante…

Un bourg se crée et se développe autour de l’abbaye. Il prend le nom de Vézelay, le village resté au bord de la Cure devenant le « Vieux- Vézelay ».Le temps passe, marqué par des gestions plus ou moins rigoureuses selon les abbés ; mais dès leur élection ceux-ci prenaient bien soin de faire confirmer par le Saint- Siège les privilèges accordés à leur abbaye…

Divers événements se répercutent sur la vie du bourg : l’angoisse due à l’approche de l’ An 1000, l’affaiblissement de la dynastie carolingienne suivi de l’élection du premier des Capétiens en 987, la guerre du roi de France Robert II le Pieux pour « récupérer » le Duché de Bourgogne, avec siège d’ Auxerre en 1003, puis d’ Avallon, et massacre d’une partie des  habitants de cette ville, en 1005 …

Autun; Le paradis terrestre

D’autres touchent très directement Vézelay : destruction du monastère par un incendie (entre 910 et 940), prise de pouvoir temporaire par un groupe de moines de l’abbaye de Cluny en 1027 profitant d’une période de désordre … On voyait déjà s’amorcer les luttes d’influence qui ont secoué cette abbaye pendant plusieurs siècles : le comte de Nevers considérait que son autorité seigneuriale devait s’appliquer à cette parcelle de son comté, et l’évêque d’Autun, bien que sachant parfaitement que Vézelay relevait directement du Saint- Siège, admettait difficilement de ne pas participer à la gestion d’une   Abbaye située dans les limites de son diocèse…  

C’est que ce monastère faisait des envieux : riche au départ grâce aux dons de Girart, elle continuait à recevoir de pieuses donations…  

Et vint un abbé qui eut une heureuse  inspiration …C’est  Geoffroy, élu en 1037. Depuis plusieurs années, attirés par des rumeurs de « prodiges », des pèlerins accouraient de plus en plus à Vézelay.  Entre 1020 et 1040, pour lutter contre les multiples guerres locales, l’ Eglise de France proclame une « Trêve de Dieu ». C’est alors que profitant de ce mouvement vers une « paix chrétienne », Geoffroy promeut le culte de Sainte Marie-Madeleine, la pécheresse amie de Jésus. Des foules venant de l’ Europe entière accourent, demandant l’aide de la sainte à toutes les victimes des guerres et des injustices…La présence de reliques fait l’objet de contestations et de plusieurs explications différentes …mais cela  ne décourage pas les pèlerins.  

un pèlerin

Les marchands affluent à Vézelay ; les ressources de l’ Abbaye s’accroissent, ainsi que son patrimoine immobilier. Pour accueillir les foules, l’église abbatiale ne suffit plus ; l’abbé Artaud, élu en 1096, lance la construction de la grande basilique romane, construction qui, rencontrant de nombreuses difficultés, s’est étalée sur un siècle et demi. ( Il faut noter que les pierres blanches utilisées dans cette construction auraient été tirées de la carrière de Montillot, tandis que les pierres brunes – calcaire mélangé d’oxyde de fer -,  viendraient de Tharoiseau).

Le patrimoine de l’Abbaye

Le patrimoine de l’abbaye ?

Le testament de Girart citait quelques villages des environs : Dornecy, Fontenay, Montlay, Vézelay (le Bas…)…

Des copies des bulles papales du 12ème siècles qui confirmaient les privilèges de l’ Abbaye sont déposées aux Archives d’ Auxerre ; certaines ont été transcrites dans le bulletin de la Société des Sciences de l’ Yonne de l’année 1868 ; elles sont rédigées dans un latin médiéval ecclésiastique qui pose des problèmes aux traducteurs…Ces textes présentent l’inventaire des possessions du moment :  on y voit donc , non seulement l’étonnante expansion de ces biens au fil des années, mais aussi l’ordre dans lequel les villages proches – dont le nôtre – sont venus se ranger sous la juridiction directe de Vézelay.

Les bulles de 1102, 1169, 1182 et 1245.

1)- Bulle du pape Pascal II   (21 Novembre 1102)

On trouve dans l’inventaire des églises, donc des paroisses, du diocèse d’Autun : St Père, Vergigny, St Pierre et St Symphorien de Dornecy, St Sulpice d’Asnières, St Germain de Fontenay-sous-Vézelay, St Pierre de Blanay, St Georges de l’Isle- sous- Serain, St Syagrius de Flay, St Léger de Fourcheret (futur St Léger- Vauban) et St Andeux en Morvan.  

2)- Bulle d’Alexandre III  (16 Février 1169)

Diocèse d’Autun : 8 acquisitions nouvelles  => Précy ; Givry ; Voutenay ; Montillot (« Montirueth ») ; Brecy( ?) avec son domaine, ses  granges et ses revenus ; Chamoux.

Diocèse d’Auxerre : Trucy, avec son église et tous ses biens ; Sacy ; Mailly- la- Ville et Mailly- le– Château ; Arcy, Bessy avec son église et tous ses biens.

Il faut ajouter à cela : 9 églises dans le diocèse de Nevers, une sur Mâcon ; 6 sur Clermont ; 4 sur Bourges ; 4 sur Poitiers ; 2 sur le Mans ; 2 sur Saintes ; 19 sur Sens ; une trentaine sur Beauvais ; 7 sur Noyon ; 3 sur Parme et 2 sur Imola (Italie)… 

3)- Bulle de Lucius III  (19 Décembre 1182)

Ce texte ne reprend pas l’inventaire ; il précise certains points des statuts :   « l’évêque diocésain ne pourra ni faire des processions, ni dire publiquement la messe, ni faire acte de juridiction, ni prononcer l’interdit sans l’agrément de l’abbé ou de ses moines, dans le monastère, dans la ville, dans les églises d’Asquins et de Saint Père qui (… sunt in radice montus ipsius villae sitae …) sont au pied même de la  montagne… »

4)- Bulle d’Innocent IV  (janvier 1245)

Même remarque sur l’inventaire ; mais sur l’interdiction d’officier adressée à l’évêque d’Autun, sont citées en plus de St Père et Asquins les églises de Châtel-Censoir, l ’Isle (sur Serein) et Montillot (…in ecclesiis Castri, Insulae et  Monterione… ). Pour justifier l’orthographe, on peut imaginer simplement que le copiste soit d’origine italienne !

La « poté »

Ainsi  un groupe de  paroisses entourant Vézelay s’est trouvé soumis à l’autorité civile, administrative et judiciaire des abbés. On appelait « poté », – du latin  « potestas » = « pouvoir » – , le territoire ainsi contrôlé par un pouvoir seigneurial. Des bornes de pierre en marquaient en principe les limites.

Mr B. PUJO, en annexe de son ouvrage « Histoire de Vézelay » cite des « textes officiels » définissant la « poté » de Vézelay :

– dans le cartulaire présenté le 12 février 1463 au prévôt de Sens, qui dénombre les biens de l’abbaye, on lit que:

  • se trouvent dans la « poté » les villages de Vézelay, Saint-Père, Nanchèvres, Fontette et Morond, Tharot (Tharoiseau), Asnières, Montillot, Asquins.
  • sont situés hors de la « poté », les villages de Brosses et Fontenille, Chamoux et Cray, Fontenay …

– dans une lettre du  1er décembre 1531 de François 1er, demandant la sécularisation de l’abbaye , il est précisé que celle-ci dispose « d’un territoire de trois lieues ou environ de longueur et de largeur, non sujet immédiatement à autre qu’au dit Saint- Siège ».

Quelques pas dans la suite de l’histoire

La deuxième partie du 12ème siècle et le début du 13ème marquent l’apogée de Vézelay: non seulement des foules de pèlerins y accourent , mais des événements importants y ont lieu , avec la venue de hauts personnages…

Bernard de Clairvaux

Le jour de Pâques 1146, Bernard de Clairvaux, du haut de la colline, face à Asquins, appelle le peuple chrétien à la défense des lieux saints (2ère croisade).

A la Pentecôte 1166, l’Archevêque de Cantorbéry Thomas Becket célèbre une messe solennelle à la Madeleine.

En 1190, Philippe- Auguste et Richard Cœur de Lion se donnent rendez-vous à Vézelay pour un départ vers Jérusalem (3ème croisade).

Entre 1244 et 1270, le roi Louis IX (Saint-Louis) vient à 4 reprises…

Pourtant, à la même époque, la vie du monastère est agitée…

Les différends avec le Comte de Nevers sont incessants ; en 1152 , les habitants de Vézelay, mécontents de leur Abbé, appellent le Comte à leur aide et constituent une « commune » libre ! Le roi Louis VII résout le conflit en donnant raison à l’ Abbé…Les rois de France interviennent de plus en plus souvent : en 1280, Philippe III le Hardi place l’abbaye sous sa garde, sans que le Saint- Siège conteste cette décision. En 1312, l’indépendance judiciaire et administrative est perdue : Vézelay et sa « poté » sont rattachées au bailliage de Sens. L’enclave autonome devient une « possession de la couronne ».

L’abbé conserve la « justice haute, moyenne et basse » mais doit l’exercer dans le cadre des ordonnances royales. Il peut continuer à lever des impôts : cens, champart, droit de banalité (usage des pressoirs et des moulins), taille (qui s’ajoute à la taille royale), dîmes, droit de pêche…

Il est probable que Montillot ait été moins perturbé que les villages de la vallée par les évènements qui ont secoué Vézelay. Nos ancêtres ont certainement bien accueilli, comme les habitants des autres villages, les concessions accordées en 1136 par l’abbé Albéric par un texte qui fut une charte   d’affranchissement : la principale mesure, marquant la fin du régime de « servage » portait sur l’abolition de la « main-morte ». Les biens des hommes mourant sans héritiers directs ne reviendront plus au seigneur, mais pourront être légués aux plus proches parents légitimes ; en compensation, cette charte rappelait les divers impôts dus à l’ Abbaye…

La suite ?…

Aux Archives départementales de l’ Yonne, on peut consulter un dossier intitulé « Chapitre de Vezelai – Seigneurie de Monteliot (réf : H1997) et on y trouve les documents les plus divers.

Datant du 12 Février 1464 (recopié en 1753, donc lisible sans difficulté…) : le Chapitre 29 du Cartulaire de l’ Église de Vézelay, intitulé « Monteilliot », fixant « pour taille » à chaque famille un maximum de 15 sols…

Un document de 1575 compte 82 ménages « non compris ceux de Marault… »

Un acte de vente, daté du 29 Août 1660, d’une terre de François TRIJOU, vigneron, à Edme DETHIRE, boulanger, établi par le notaire GROSSOT, en présence de Me Jacques GOURLET, procureur au bailliage.

Du 5 Avril 1686, une sommation au Chapitre de Vézelay, de la part de « vénérable et discrète personne Me Guillaume COLLAS, prestre- curé de Monteluot (c.f . l’histoire du banc de l’église…), …demandant le paiement de 300 livres pour  « portion congrue »…

De 1749 à 1762 , le dossier du procès entre le Chapitre et les habitants de Montillot au sujet des « bourgeoisies » (l’une des impositions…)

…De multiples petites histoires qui font la vie d’un village au cours des siècles…

Bibliographie

  • Alfred TURGOT : « Histoire de la Ville et abbaye de Vézelay » – 1826
  • Ernest PETIT : « Avallon et l’Avallonnais, étude historique » – Auxerre 1867.
  • Bulletin de la Société des Sciences de l’Yonne – 1868.
  • M. SOMMET : « Ville de Vézelay , topographie, statistique, histoire » – Auxerre 1879.
  • Abbé A. PISSIER :  « Recherches historiques sur Asquins » – Bulletin de la Société d’Études d’Avallon – 1908.
  • Collection « Le patrimoine mondial » : « Le patrimoine de la Basilique de Vézelay » – Flohic Éditions 1999.
  • La chanson de geste de Girart de Roussillon
  • Bernard PUJO : « Histoire de Vézelay » – Perrin – 2000.

 

Catégories
histoire régionale

Montillot en 1464, d’après Le cartulaire de Vézelay

A. Buet †, mai 2014

Le « Cartulaire de Vézelay » est un procès-verbal établi par les Commissaires royaux en 1463 et 1464, à la demande du roi Louis XI. Il dresse la liste des biens de l’Abbaye de Vézelay et des impôts levés sur chaque terre ou maison.

Ce texte a été transcrit en 1772 par les soins de l’abbé CUREAU. (cote ADY : H 1941-1).

Il est suivi de commentaires, permettant de mieux comprendre le village et ses habitants.

Folio 20 (recto)

….Item  la ditte Eglise[1] a un autre Etang nommé l’Etang de Marrault, lequel peut contenir environ six arpents au dessous de la chaussée duquel y a une forge à faire fer qui peut valloir par communes années quinze livres tournois.

MONTELIOT

Item la ditte Eglise a un village en la ditte poté [2] nommé Monteliot auquel village y a une maison, une grange avec tout le pourpris[3], auquel pourpris y a un jardin, qui peut contenir environ un arpent [4] de terre, auquel y a plusieurs arbres…

Folio 20  (verso)

…et de plusieurs manières et en espaliers, y a aussi abondance de serises, en laquelle maison , pourpris et village les dits religieux y ont toutes justices, haute, moyenne et basse, laquelle se gouverne par un prévôt duquel les appellations viennent devant le bailli de Vezelai et ses assise au dit lieu de Vézelai, et peuvent valloir les exploits de justice par communes années, compris la Sergenterie environ cinquante sols tournois [5].

Item au dit  village y a un four bannal [6] lequel  ….  par communes années cent sols.

Item un chacun chef d’hotel [7] demeurant au dit village pour leurs tailles[8] ont les peut imposer jusqu’à la somme de quinze sols et au dessous, et y peut avoir environ trente ménages, mais pour la pauvreté d’eux, et aussi pour les grandes charges qu ils ont des Tailles du roi, les dittes tailles ne peuvent monter par an que environ la somme de dix livres au plus.

Item derrière la ditte maison y a un Cloux[9] de vigne contenant environ trois arpents, lequel par communes années ne paie pas ses façons[10] pour lequel est en grand danger de gelée, et en cette présente année n y a eu que environ deux muids[11] de vin duquel on ne sauroit avoir   soixante sols du muid.

Item hors du dit village en tirant en Vaudonjon, et contre la rivière de Queure[12], y a une autre vigne appelée la Vigne blanche, autrement la plante Colas, et  contenant environ…

Folio 21 (recto)

… un arpent, et ne croît que vin blanc, espère donner rapport pour ce qu’elle est un lieu qui gèle volontiers, et cette présente année 64 n y a pas eu le 6ème d’un muid de vin.

Item hors du dit Village en tirant à Mailli la Ville, y a deux petits prez[13] qui sont pour l’aisance[14] de la ditte maison et aucune fois se vendent et au plus trente sols tournois.

Item alentour de la ditte maison y a plusieurs terres labourables qui se baillent a moisson de bled[15], et avec les prez dessus dits qui se baillent aux laboureurs, peuvent valoir par communes années six septiers[16] de bled par moitié froment et avoine au plus.

Item y a encore un autre pré a environ deux arpents appartenant a la ditte maison séant au bout des Courvées[17] d’Asquiens en tirant a Blannai, et sont assez près la rivière de Cure, lesquelles terres et prez sont à deux diés ( ?) quatre francs deux septiers et demi de bled a la mesure de Paris par moitié froment et avoine.

Item a cause de la ditte maison alentour du dit village y avoit plusieurs terres, vigne et jardins que de présent sont en bois et buissons sur lesquelles terres les dits religieux y avoient menues censives[18] en argent qui pouvoient bien monter par an à soixante sols tournois.

Et aussi y avait coutume[19] d’avoine qui pouvoient bien monter jusqu’à la quantité d’environ dix septiers d’avoine a la ditte mesure de Paris, et depuis pour les causes dessus dittes …. Néant.

Item au dit Monteliot y a de menues…

ls

Folio 21  (verso)

… censives d’argent ou d’avoine sur maisons qui ont été refaites, sur  jardins, et sur terres qu’on a esbuissonnées, lesquels censives en argent peuvent bien monter environ neuf sols six deniers et en avoine environ quatre septiers a la ditte mesure de Paris.

Sensuit la Déclaration des dites menues censives séantes au finage et territoire du dit Monteliot .

                                       Premièrement

Guillaume Hugotte pour demi arpent tenant a la chaume derrière la Croisette, et d’autre part à Regnault Girardot ……1 d.(denier)  parisis….

Regnault Girardot pour un autre arpent  de plante, tenant à Jean Robin d’un costé et d’autre costé au dit Guillemin Hugotte …. 2 d. p.

Jean Robin, pour un autre arpent de plante séant dessus la plante du prioré du dit  lieu, tenant à Regnault Girardot, d’une part, et à Jean Ogier d’autre part ….1 d. p.

Jean Ogier pour demi arpent séant au dit lieu tenant à Jean Robin d’une part et à Guillemin Thomas d’autre part …1 d. p.

Guillemin Thomas pour un autre demi arpent séant au dit lieu tenant à Jean Ogier d’une part et d’autre part à Mathier Labour  …ci…1 d. p.

Mathier Labour pour un demi-arpent tenant d’une part à Guillemin Thomas et d’autre part à Guillemin Porcheron l’ancien …2 d. p.

Folio 22 (recto)

Guillemin Porcheron l’ancien pour un arpent et demi de plante tenant à Mathier Labour d’une part, et à Regnaut Picard d’autre part ….3 d. p.

Regnaut Picard pour trois quartiers de chaume[20] tenant au dit Guillemin Porcheron et à Jean Jonart d’autre part …2 d. Tournois[21].

Jean Jonart pour trois quartiers[22] tenant au dit Regnaut Picard, et à Simon Malinet d’autre part ….2 d. T.

Simon Molinet pour demy arpent tenant à Jean Jonart d’une part et à Simon de Busset d’autre part ….1 d. p.

Simon Busset pour un arpent de plante tenant d’une part à Simon Molinet et à Guillemin Porcheron le Jeune …2 d. p.

Guillemin Porcheron le Jeune pour demi arpent tenant à Simon Busset d’une part et à Jean Busset d’autre …1 d. p.

Jean Busset pour un demi arpent tenant d’une part à Guillemin Porcheron le Jeune et à Guillemin Hugotte…..1 d. p.

Guillemin Huguotte pour demi arpent tenant d’une part à Jean Busset et à Thévenin Hugotte d’autre part …1 d. p

Thévenin Huguote pour un autre demi arpent tenant d’une part au dit Guillemin Hugotte, et à Pernot Ogier d’autre part ….1 d. p.

Pernot Ogier pour un demi arpent tenant…

Folio 22 (verso)

… à Thévenin Hugotte et à Regnault Dethire  d’autre …1 d. p.

Regnaut de Thire pour un arpent tenant à Pernot Ogier d’une part et à Philippe Jonat d’autre part …1 d. p.

Philippe Jonat  pour trois quartiers tenant à Regnaut de Thire d’une part et à Jean Pasquot d’autre part   … 2 d.

Jean Pasquot pour demi arpent tenant à Philippe Jonat d’une part et à Jean Thibe d’autre part …1 d. p.

Jean Thibe pour demi arpent tenant d’une part à Jean Pasquot et à Girard Thomas d’autre part …1 d. p.

Girard Thomas pour trois quartiers de plante, tenant à Jean Thibe d’une part et à Jean Thomas d’autre part …2 d. T.

Jean Thomas, pour un demi arpent tenant de Girard Thomas d’une part et à Jeannot Preau d’autre part …1 d. p.

Jeannot Perreau, pour demi arpent tenant à Jean Thomas d’une part, et à Jean Soulard d’autre part …1 d. p.

Jean Soulard pour un autre demi arpent ,  tenant à Jeannot Préau d’autre part ……..1 d. p.

Jean Goireau pour un autre demi arpent de plante tenant à Jean Soulard d’une part et à Pernot de Thire d’autre part …1 d. p.

Pernot de Thire pour trois quartiers tenant à Jean Goireau d’une part et à la Chaume…

Folio23 (recto)

… d’autre part ….2 d. T.

Jean Pacquot doit un denier pour son verger, tenant à Monsieur[23]  des deux parts ;

Item pour sa part du champ des Lebois tenant au grand chemin de Mailli le Château[24].

Item trois quartes avoine pour sa part du champ des Assens, tenant à Pernot Seguin, et aux hoirs[25] Bernard Le Denorat d’autre part.

Item doit le dit Jean pour sa part de la maison et du Tenement[26] tenant à la femme Guérin Robin, et au dit Jean d’autre part …18 d. , 4 maitons[27] avoine et trois quarts de géline[28].

Item une pagine[29]  pour sa maison où il demeure, tenant à Regnaut Picard et à la femme Jacquot Breuillard, d’autre part et à Regnaut Picard.

Item la moitié de trois pagines pour sa part du verger derrière l’huis[30] Perrin Robin tenans à la femme Guillemin Thire et à la femme feu Thomas Thomas.

Item ob. pour son verger ès Maréchaux.

Item deux deniers pour sa part du champ de la brosse de Farge.

Item trois quartes avoine pour sa part du pré Dubin tenant à Mon dit Sieur l’abbé et à Pernot Seguin d’autre part.

Item pour sa part de la maison qui fut à la chaume, tenant à Guillaume Charbonnier et à Jean Goin (?) d’autre part.

Item un boisseau avoine et les deux parts d’une quarte.

Item doit à cause de Mariote sa femme sur la grange devant le moitier[31] (?) tenant à Pernot Seguin et les hoirs Bernard le Denorat d’autre part …16 d. T .

Item une quarte Rée[32] avoine et un quart de géline pour son verger tenant de Guillaume…

Folio 23 (verso)

… Le Gauquelat et à la femme  Jean Chappelin d’autre part.

Regnault Picard doit pour sa part du champ de la Côte, tenant au grand chemin d’Auxerre ……ci…………une quarte d’avoine.

Item pour sa part du champ des Obouats (?) prets( ?) arnal ( ?) et du champ de la Lebois  ob…

Item le tiers d’un boisseau avoine pour sa part du champ des Absents , tenants ès hoirs Bernard Le Denorat.

 Item neuf deniers et deux boisseaux d’avoine et un quart de géline pour sa part du tenement tenant à Jean Picard et à la femme Perrin Robin d’autre part.

 Item trois Pogines (?) pour la maison où il demeure, tenant à Jean Picard.

 Item pour sa part du verger derrière l’huis Perrin Robin, la moitié de pogy[33] ( ?) et demi.

Item pour sa part du tenement qui fut à la chaume  une quarte et le tiers d’une quarte.

Item pour sa part du champ de la Côte de Farge ….un denier.

Item pour sa part du verger ès Maréchaux, pagy ( ?).

Le Curé de Monteliot doit demie géline de l’ouche[34] du Lac[35], tenant du long à l’ouche Perrin Robin, et d’autre part au dit Lac .

Item cinq quartes rées pour le champ et pré qui furent à la femme Jean Adat, tenant au champ Girard Le Rogerat et d’autre part au pré Jeannot Chapotot.

Item trois deniers de la vigne du Cloux, tenant au Cloux de Monsieur, et au champ Gillaume Dangeau.

Item une quarte rée avoine du pré du Lac, tenant au pré ès Hoirs Huguenot Garrault, et d’autre part au dit Curé.

Item demi bichet d’avoine de l oche qui fut Clemant des Côtes tenant au grand Chemin et d’autre part au pré Bernard Le Denorat.

Item ob. du  verger derrière l’huis à la Pétaude  tenant au verger du dit Curé, et d’autre part à Jean Thomas.

Folio 24 (recto)

Item   six deniers pour la vigne qui fut Guéraut tenant d’une part et d’autre au dit Curé.

Item ob. de la vigne du Cloux qui fut Girard de Vézelai, tenant de toutes parts au dit Curé.

Item deux deniers pour une hâte[36] de pré tenant à Girard Jouin, et ès enfants Thévenin Le Comte.

Item une quarte Rez avoine du pré du Lac tenant au pré Simon Chapotot et au pré à la femme Robert Pillin.

Item demie quarte avoine de l’ouche derrière l’huis à la dite Colas Robin, tenant à Simon Jouin et à Girard Perreau.

Item un denier du pré derrière la maison de Tuchebeuf, tenant au pré Jannot Joucaut et au patis[37] de Tuchebeuf.

Item une quarte rez avoine du pré du Puits Martin, tenant au champ Jeannot Joucaut, et au pré Pernot Guiotte.

Item un quartier de géline sur la maison de Tuchebeuf tenant au verger Jean Porcheron et au mesnage[38]  Guillaume Bolache.

Item  une quarte rez avoine du Champ du lac, tenant au champ ès enfans Simon Chorle, et d’autre part au champ Girard Perreau.

Item deux deniers pagez[39]  pour la part de la maison devant le pressoir tenant au cimetière.

Item un denier pour sa part du champ de la porte du Cloux, tenant au grand chemin de Vezelai.

Item pour sa part du pré tenant au champ Guillaume Balache, deux quartes avoine et les deux parts d’une quarte avoine.

Jean Jardin doit pour la moitié d’une maison de Tuchebeuf tenant à Guillemin Chapotot et au grand chemin d’autre part, demie quarte comble avoine, un quartyier de géline.

Item un miton rez avoine du pré de Bourguereau, tenant à Bernard Le Denorant et à Guillaume Charbonnier.

Folio 24 (verso)

Mathier doit un denier de la maison dite « le four » tenant au dit four ;… ci ….1 d. T.

Le tiers d’une quarte rez avoine pour sa part du Champ de la Côte tenant à Jean Roblin et au champ du pré d’autre part.

Item le tiers de deux boisseaux avoine et le tiers du tiers d’une géline de l’Ouche Blanchon , tenant à la femme Chapelain et à Jean Moireau d’autre part.

Renault de Thire doit du champ et verger de Bourguereau, demi quart de géline, tenant à Jean Jalli.

Item pour sa maison et verger tenant à la femme Simon Ogier et à Guillaume Charbonnier d’autre part … demie quarte  rez  avoine et demi quart de géline.

Item sur les dessus dits de Touchebeuf tenant à Billon d’une part et à Simon Thomas d’autre part ….demi quart comble avoine, trois pagez..

Item un miton rez avoine du Champ tenant à Jean Colier  et à la Mailacte ( ?) d’autre part.

Item demi bichet avoine du champ Bourguereau tenant à Jeannot Perreau et à Girard Bertin d’autre part.

Item un bichet et demi et une géline du champ et verger de Bourguereau, tenant à Jeannot Perreau et à Jeannot Colier  d’autre part et cinq pagez .

Item trois obolles de sa grange où il demeure tenant à Jean Gally et à Perrin Labournot d’autre part.

Item trois obolles et demi bichet[40] d’avoine du verger tenant à la ditte Simonne et à Perrin Labourneau d’autre part.

Pernot et Jean Ogier doivent deux deniers du champ de la Croix tenant à Thévenin …………………………………………………….. ?

Folio 25 (recto)

Item deux deniers du Verger des Maréchaux tenant à Porcheron et à Pernot Jeannot d’autre part

Item demi quarte comble et un quartier de géline pour la moitié de la maison de Tuchebeuf, tenant à Guillemain Chapotot et au grand Chemin d’autre part.

Item trois pagez du pré Avault  tenant à Monsieur  et aux hoirs Rogalier d’autre part.

Item deux mitons rez avoine et une quarte comble du pré et champ de Tuchebeuf tenant à Jean Thibe et à André Le Bernard d’autre part.

Item demie quarte rez avoine du champ derière le prioré[41] tenant à la Terre de Monsieur et à Guillaume Le Gagnelat d’autre part.

Item doit pour la moitié du Tenement de Tuchebeuf, c’est à scavoir maison, grange, pré, verger, tenant ès hoirs Chapelot et par dessus ès hoirs Millot Rainbault d’autre part.  11 d. pagez et demie, trois moitons avoine, trois quartes et la moitié de demi quart de géline.

Item une quarte avoine et demie pour sa part du verger tenant ès hoirs Thévenin Le Comte et à Jean Jali  d’autre part.

Beri doit une quarte avoine à cause du Champ de la Côte, tenant au grand Chemin de Vezelai et au champ de Monsieur.

Item un denier demie pagez de la maison tenant au chemin d’Auxerre et à Guillaume Charbonnier et à la femme Guillemain de Thire d’autre part.

Item demie quarte avoine du champ de la Coste, tenant à la femme Beri, et à lui d’autre part .

Item un bichet avoine pour la moitié du pré Jubin, tenant au pré de Monsieur et au grand chemin d’autre part.

Folio 25 (verso)

Jean Le Plot doit quatre deniers de la vigne des Brières tenant à Guillaume Charbonnier, et à Jeannot Perreau d’autre part.

Item  pagez  du Verger Roubeau tenant à Jean Jali, et à Ragotin d’autre part.

Item un miton rez avoine et le sixième d’une géline pour l ouche Blanchon tenant à SimonThomas , et à la petite Marion d’autre part.

Item  page du verger de Thuchebeuf tenant à Guillaume Charbonnier, et ès hoirs Baleuche d’autre part.

Item une quarte rez du pré du Lac tenant au Curé de Monteliot et ès hoirs Guillaume Julien d’autre part.

Item de la maison  tenant ès hoirs André Du Four  et à Jean Picard d’autre part …ob pagez(?)… 2 d  et les deux quarts d’un quartier de géline.

Item pour le verger de Tuchebeuf tenant au Verger Bolaiche… pagez .

Girardot  doit une quarte rez d’avoine, du verger devant le grand puits tenant à Jean Jalli et au grand chemin.

Item un bichet avoine du champ et verger de Bourguereau tenant à la femme Girard Bachet (?) et ès hoirs André Bernard.

Item pour sa maison devant le pressoir tenant au grand chemin, et à Jean Thibe…deux deniers T.

Simon Collier doit un bichet d’avoine …

Folio 26 (recto)

…et demie géline de Bourguereau tenant à Billon et à Simon Thomas d’autre part.

Item pagez du Courtis[42] de Thuchebeuf tenant à Guillaume Le Goguelat et au grand chemein d’autre part.

Item une pagez et demie du verger tenant à Guillaume Charbonnier et à Guillemin Chapotot d’autre part.

Item un boisseau avoine trois obolles de la grange tenant à Jeannot Perreau et à la femme Droin Chappelin d’autre part.

Jean Guinault  alias Caneau doit trois oboles et pagez de la maison tenant à Guillemain Chapotot et à Girard Perreau d’autre part.

Item pagez de la maison tenant à Jeannot Perreau et au dit Guinault d’autre part.

Simon Collier pour tous ses prés des Bruères, tenant d’une part à la femme Droin Chappelain et au chemin és pors d’autre part, … 10 deniers ob.

Item demi bichet avoine de l’ouche de Bourguereau, tenant d’une part à Guillaume Boleuche, et à Perrin Bonnot d’autre.

Item deux deniers de l’ouche du Lac, tenant d’une part à Thévenin Thibe.

Item trois deniers pour sa vigne de la Route des Noyers, tenant d’une part à Pierre Guiotte et au grand Chemin par lequel on va à Blannai d’autre part.

Item deux deniers, un miton avoine du Verger devant sa maison où il demeure tenant au grand chemin d’Auxerre d’une part et à Pernot Seguin d’autre part.

Item pour son pré des prez Jubin tenant au pré…

Folio 26   (verso)

… de Monsieur et à Guillaume Juin un demi bichet avoine.

Item de son toit, tenant d’une part au curé de Monteliot et au dit Guillaume d’autre part…pagez.

Item obole, de la maison où il demeure, tenant d’une part ès hoirs Bernard Le Dénorat et à Thomas Denizo Hugue d’autre part.

Item trois deniers du champ des Sauléies tenant d’une part à Thibault Bourgoing, et à Perrin Lebornat d’autre part.

Item ob. du verger derrière l’huis Thomas Denizo Hugues, tenant à Biétrix femme Girard Bretin et à Chappotot d’autre part.

Item, demi quart de géline pour sa part du verger tenant au grand chemin d’Auxerre et à Jeanne, femme Guillaume Grélon.

Item une quarte avoine de l’ouche du Lac, tenant au Curé de Monteliot, et au Lac d’autre part.

 Item une quarte comble avoine, du verger tenant à la femme Simon Ogier et à la grande Jeanne.

Guillaume Porcheron dit Grélon à cause de sa femme, cinq mitons avoine, c’est à scavoir du champ derrière l’huis Pernot Guiotte tenant à la femme Guillemin De Thire.

Item deux deniers obole, du verger , et menage séante au verger, et ménage Jean Thiby, et à la Rüe[43]

Folio 27 (recto)

…de Bourguereau.

Item trois deniers obole, de la ménage qui fut au Bernard, tenant à Jean Guiotte, et à la femme Jacob  Quillard.

Item demi quartier de géline et demi parisis, de l’oche de Tuchebeuf, tenant à Jean Jouot et à Jean Joucout ( ?).

Item ob. du champ du Pois Martin, tenant à Jeannot Roblin et à Jean Joucaut.

Item ob. pour sa part de La Grange devant l’huis Thévenin Le Comte, tenant à Girard Perreau et André Bernard.

Item un denier pour sa part de la maison tenant à la maison Guillemette femme Hugue Collier, et à la Cour Simon Thomas.

Pernot Seguin ob.pagez et une géline pour sa maison tenant au cimetière et à Guillaume Charbonnier.

Item trois deniers, un miton avoine pour la maison de la Grand Rüe tenant à Jeannot Perreau, et à la femme Simon Ogier d’autre part.

Item deux deniers du Champ du Poirier, tenant à Jeanne Perreau et au chemin du four, d’autre part.

Item deux mitons rez avoine du champ derrière le grand Chemin d’Auxerre, tenant à André Bernard et à la femme Gauthier d’autre part.

Item trois quartes rez avoine de l’ouche tenant au pré Jubin, et à André Bernard  d’autre part.

Item neuf deniers de la maison neuve tenant à Guillemin De Thire d’une part.

Item deux deniers pour la maison et verger tenant à la femme Philippe Moireau et aux hoirs Bernard Le Dénorat.

Item  …

Folio 27 (verso)

… deux deniers obole du Verger Semillot, tenant à Jean Jalli et ès hoirs Bernard Le Dénorat d’autre part.

Item pour sa vigne des Costes qui fut Girard Saubin tenant ès hoirs Perrin Higotte et à la femme Thomas Thomas… deux deniers pagez.

Item un miton avoine du champ de la Cour, tenant à Perrin Collier d’une part , ès hoirs Bernard Le Dénorat.

Item un miton avoine du champ des Absents ; tenant à Jean Picard et à Jean Jardin d’autre part.

Item demi bichet avoine du pré et champ devant la Ville, tenant à Perrin Collier et ès hoirs Bernard le Dénorat d’autre part.

Sensuit la déclaration des terres labourables appartenants à la ditte Maison de Monteliot.

Premt huit journeaux[44] de terre tenant au dit finage au lieu dit ès Vielles Courvées, tenant d’un côté au pré Jean Thomas et d’autre côté au chemin qui va à l’Etang.

Item en ce même lieu, de l’autre côté du chemin, treize journeaux.

Item au lieu dit à la Route des Noyers, six journeaux tenant au chemin de Blannai et d’autre part ès hoirs Jossier (?).

Folio 28 (recto)

Item cinq journeaux séant en la Côme du Vaudonjon, tenant au chemin d arci au long, et d’autre côté devant Aigremont.

Item trois journeaux séant en la Coste tenant à Simon Collier d’un costé et à Simon Seguin d’autre costé.

Item trois autres journeaux séant derrière la porte du prioré du dit Lieu.

Item trente six journeaux de terre séant en la Courvée du chemin d’Auxerre, tenant à la terre de Monsieur le Comte de Vivre[45].

 …………………………………………………………………………………………………………………………..

 Folio 171 (recto)

Guillaume Porcheron sur Regnault, fils de Mathieu Laveugle sur sa vigne de Vaubion appelée Beaunoir, contenant l’ouvre[46] de cinq hommes , tenant à Girard Thomas d’une part et d’autre part à la chaume Huguenin Colin……quatre deniers………..4d. 

Lui sur Jeanne femme Jeannot Compin pour sa vigne séant en Vaubion qui fut Guillemain Jonin…

Folio 171 (verso)

…tenant à Guillaume Robilin Le jeune d’une part et d’autre part à Guillaume Charbonnier….un denier………………………………………………………………1 d.

Lui pour son champ séant en Chambray, contenant environ deux journaux, tenant au champ du linaire[47] de l’église d’une part et hoirs de Philippe Roigera d’autre part  …3 d.

Lui pour un désert séant au dit Vaulbion qui fut Jeannot Compin, contenant l’ouvre de quatre hommes tenant d’une part à Guillaume Roblin, et au dit Guillaume d’autre part…1 d.

Lui pour un autre désert[48] de vigne séant au dit lieu appelé la Côte Caffard contenant six ouvrées tenant d’une part ès hoirs Perrenot Seguin, et d’autre part à la vigne Notre Dame, et à Jean Joneau et fut Jeanne, femme feu Jeannot Compin, et soulait devoir sept deniers trois pog. baillée pour deux deniers, cy …………………………………………………………2 d.

Le dit Guillaume sur Perrenot Guivele pour le quart du champ du Perrier qui fut André Thomas, contenant en tout quatre journaux tenant et partant à Jaquot de La Grange à cause de sa femme et à Guillaume Picart et Benoiste sa sœur, et doit quatre deniers pour ce, pour sa part, un denier……………………………………………………………………………….1 d.

Lui sur Simon Thomas pour la moitié de la vigne de Vaubion appelé la Côte Armolin, contenant trois ouvrées qui doivent trois deniers pog, tenant et partant à Girard Thomas et au dit Guillaume d’autre part, trois ob. deniers pog……………………………….3 ob.d.pog.

Lui pour un journal de terre ou environ, séant au finage du Crot de la Tempeste, tenant d’un côté ès hoirs Perrin Tribolot, et d’autre côté à Huguenin le Mormat………..2 d.

Folio 172 (recto)

Le dit sur Jean Hugotte pour sa part du Champ des vielles Courvées contenant trois journaux, tenant d’une part à Guillaume Thomas et d’autre part au champ à la Maison Dieu…un denier parisis ……………………………………………………………..1 d. par.

Jean Thibe pour la moitié de la vigne de la côte Arnolain, séant en Vaulbion sur Jeannot Thomas contenant deux ouvrées et demie, tenant et partant à Guillaume Royer et à Girard Thomas d’autre part …………………………………………………………1 ob. d. pog.

Lui pour son champ du Crot à la Tempeste, qui fut Jeanne, femme Jeannot Compin, contenant deux journaux, tenant à Regnot Picart d’un côté et à Guillemette, femme Jeannin le Naistre…deux deniers…………………………………………………………………2 d.

Lui sur Girard Tibe pour son champ appelé grand champ au bas de la Baillye, contenant trois journaux, tenant et partant à Jean Bernot d’une part, et à Philippe Moireau a cause de sa femme  d’autre part………………………………………………………..3 ob.

Lui pour son champ du Perier qui fut à Girard Tibe, contenant trois journaux tenant à Simone, fille Hugues Colier d’une part, et à Hugues et Guillemain Goreault et Guillaume Royer ….deux deniers ………………………………………………………………..2 d.

Lui sur Pernotte,, femme feu Jacquot Broullard pour le tiers du champ de champaigne appelé les Bruaires et contient trois journaux qui doivent trois deniers dont le dit Tibe doit un denier, Guillaume Royer l’autre et Jeannot Thomas l’autre denier, tenant à Hugues Lemormat d’un côté, et d’autre part à la chaume qui fut Milot Rimbeau, …pour sa part …un denier …………………………………………………………………………………. 1 d.

Lui sur Perrenot Le Bornot pour son champ des Corberats contenant deux journaux et doit deux deniers pog. Tenant et partant à Jean Bornot et tenant d’autre part à Perrenot Chapotot….un denier demi Pog.

Le dit Tibe pour le tiers de la vigne de Vaulcaille, contenant toutte la pièce quatre ouvrées tenant d’une…..

Folio 172 (verso)

…part à Isabeau , femme feu Jean Hugotte, et d’autre part à la vigne qui fut Guillaume Ramer….un denier pog………………………………………………………1 d.pog.

Jean Robin sur Guillaume Robin pour le champ séant au Vauldonjon, contenant deux journaux, tenant et partant à Jeannot Perreau pardessus et d’autre part au chemin qui va au Gué Pavé ….deux deniers…………………………………………………………………2 d.

Lui sur Jeannot Jouneau pour son champ de Tournemotte, contenant un journal, tenant par dessous à la Courvée de Monsieur, et d’autre part à …  …………………….3 ob. d.

Lui sur Perrin Robin pour le champ de Lobepin qui fut Juillien Ragotin, contenant trois journaux tenant la courvée de Monsieur d’une part, et à Jean Hugotte d’autre part………quatre deniers…………………………………………………………………..4 d.

Lui pour son tiers du champ qui fut Juillien Ragotin, séant au Crot de la Comme, contenant un journal tenant au champ au Curé de Monteluot d’une part ……………….1 d.

Lui pour les deux parts de la vigne et chaume de la route des noyers, tenant par dessus au chemin qui va à Blannay et d’autre côté au curé de Monteliot, et ès filles Jean Villiers d’autre part, et fut l’une des parties à Perrin Robin, et l’autre à Jean Ragotin un denier ob. pog…………………………………………………………………………………….1 d.ob.pog.

Lui pour demi arpent de chaume séant en Vaulcail, tenant à Guillaume Robelin Lejeune d’un côté, et d’autre côté à Regneau Picard…deux deniers ob…………….2 d. ob.

Guillaume Robin pour une ouvrée de vigne séant en Vaulcaille, qui fut Huguenin le Mormat, tenant au dit Huguenin d’une part et par dessus à Jaquot Sareau…………….ob.

Collas Sareau à cause de Hugotte sa femme, fille de la fille Philippes Le Roigerat pour la comme appelée champ séant en Lignere, contenant un journal ou environ tenant …3 ob.

Folio 173 (recto)

Lui pour trois ouvrées de vignes qui est de présent en chaume, séant en Vaulbion, tenant à Guillaume Thomas Le Jeune par dessus et d’un côté au long de l’héritage[49] de l’Eglise de Montiluot ……………………………………………………………………demi parisis.

Lui pour une autre chaume séant en Vaulbion, contenant une ouvrée, tenant à la vigne dessus ditte d’une part et ès chaumes de Monsieur……………………………pog.

Lui  pour le champ de la plante Colas contenant environ un journal, tenant à la femme feu Aubert Porcheron al.  Besy d’une part, et d’autre part à la femme Jacquot Delagrange …deux deniers……………………………………………………………………….2 d.

Lui sur Thévenin Lecomte pour le champ de Linière contenant un journal, tenant ès hoirs de Jean Picard et Jossier, et d’autre part au bois….deux deniers……………2 d.    

Lui pour sa vigne des champs appelés Coutance contenant un arpent tenant à Jean Tibe d’une part, et d’autre part au chemin qui va au Vaucaille…trois ob…………3 ob.

Lui pour un champ séant en Perrier-Durant contenant deux journaux, tenant à la rüe qui va en Combray d’une part, et d’autre part à la masse Carde (?)….un denier….1 d.

Lui pour son champ des Crots séant ès champ du Perrier, contenant deux journaux ou environ, tenant à Philbert Perreau d’une part, et à Pernot Chapotot d’autre part…3 d.

Regnault Picard sur Perrenot Guiotte pour son champ du Perrier contenant deux journaux, tenant à Colas Sareau à cause de sa femme d’une part, et à Jean Tibe d’autre part, et à Perrenot Chapotot …..quatre deniers ……………………………………………4 d.

Lui pour le champ de la Baillye contenant environ trois journaux tenant à Pernel femme de Pernot Detibes et d’autre part au comte de la Brosse[50]…quatre deniers……4 d.

Lui pour le quart du champ du Crot de la Reine et de la vigne contenant tout trois journaux tenant et partant à Philippes Picard et ès hoirs Jean Jossié d’autre…

Folio 173 (verso)

…pour sa part …trois pog………………………………………………………..3 pog.

Lui pour un quart de vigne séant au Carroge[51] des champs, contenant environ ouvre de trois hommes tenant au chemin des Champs d’une part, et par dessus à Perrenot Chapottot …un parisis………………………………………………………………………………1 par.

Lui pour un désert de vigne séant en Vaucaille, qui fut Jean, Philippes et Regnault  Picard, contenant en tout l’ouvre de quatre hommes, tenant à Guiot Gaucher d’une part et par dessous à Girard Bretin ….trois ob………………………………………………………3 ob.

Lui pour deux ouvrées de vignes séant entre la Croix de Monteliot et les champs tenant à la petite rüe qui vient de Cugeboeuf au grand chemin de Monteliot…trois ob……….3 ob.

Lui pour deux arpents de chaume séant en Vocaille, tenant à Guillaume Roblin le jeune d’un côté par devers le bois, et d’autre côté à Guillaume Jossier…dix deniers…………10 d.

Lui pour un quartier de chaume séant au dit Vocaille tenant d’une part à Guillaume Roblin, d’autre côté ès chaumes …un denier…………………………………………….1 d.

Les hoirs feu Jean Picard et Jossier pour le quart du champ de la Comme contenant le dit champ trois journaux ; pour leur part, environ demi journal tenant et partant à Regnault Picard ….. trois pog ……………………………………………………….     3 pog.

Eux sur Philippes Picard pour le quart du champ dessus dit, tenant à Philippes Moireau d’un côté, et d’autre part à eux-mêmes …trois pog…………………………….3 pog.

Eux pour la moitié du champ du Perrier qui fut  Adam Lepiquard et depuis Perrenot Lecomte contenant six journaux tenant et partant à Guillaume Royer d’une part et à Monsieur d’autre part….trois deniers……cy…………………………………………..3 d.

Folio174 (recto)

Eux sur Pernot Comte pour le quart du champ et de la vigne du Crot de la Renne contenant trois journaux tenant et partant à Jean Picard et à Philippes Picard ……….3 pog.

Eux sur Pernot Guiotte, à cause de Bonotte, sa femme, pour le champ du Perrier contenant six journaux qui doivent quatre deniers tenant et partant par moitié à Guillaume Porcheron et à la femme Jaquot Delagrange, et tenant d’autre part à la courvée de Monsieur, et n’en tiennent que la moitié, pour ce, …deux deniers ……………………………..2 d.

Lui pour un arpent de chaume séant en Vocaille tenant par dessous au petit Guillaume, et par dessus au chemin …qui va à Blannay….cinq deniers mutets (?)……………..5 d.

Les hoirs de feu Jean Villiers et Agnès sa femme, fille de feu Guillaume Juillien, c’est à scavoir Jeanne et Colecte leurs filles, sur Perrenot Guiotte et sur Guillaume Juillien pour le champ du Perrier tor (?) qui fut Guiot Jouneau et pour un autre champ entre tenant, qui fut Juillien Ragotain contenant deux journaux tenant à …..trois ob. pog……………..3 ob .pog.

Eux pour un champ qui fut vigne, appelé la Comme, qui fut Pierre Ragot et depuis à Guillaume Ragotin contenant trois journaux ou environ tenant par dessous au chemin qui va à Arcy….trois deniers……………………………………………………………….3 d.

Jean Jolly  pour le champ des Arables dont la moitié fut à Guillaume Boleche et l’autre à Perrenot Chapotot, contenant en tout trois journaux, tenant à Regnault Dethire et à Colas Sareau d’autre part, et au chemin de Longue Roye d’autre part……………2 d.

Folio 174 (verso)

Lui pour son champ séant en Linière, contenant six journaux ou environ, tenant à Perrenot Chapotot d’une part, et d’autre part à Colas Sareau, à cause de sa femme ..3 d.

Lui sur Huguin Juing pour trois arpents et demi de désert séant au lieu de l’Echange, tenant au grand chemin d’Asquins à Chamoux, et d’autre part ès chaumes, et soulait devoir quatre sols six deniers baillés de nouvel pour dix deniers ……………………………10 d.

Guillaume Thomas Chaumel sur Droin Chapollin, pour les deux parts du champ du Crot de la Renne, contenant trois journaux tenant et partant à Jean Leplot, et tenant à la plante Colas et à Pernot Detire, pour sa part  ….deux deniers …………………………2 d.

Lui pour les deux parts d’un quartier de vigne séant en Vaulbion, et pour le tiers de la vigne qui fut Jean Darcy, contenant six ouvrées, touttes les dittes pièces entre tenant, tenant et partant à la R… fille de Mathieu Lalouat, femme de Guillemain Detire, et tenant d’autre part à Etienne Bellin ; pour les dittes deux parts….deux deniers ob.pog………………2 d/ob/pog.

Lui pour les deux parts du champ des Vielles Courvées, contenant environ deux journaux tenant et partant à Jean Leplot, et tenant d’autre part à Marion Sede, et doit trois pog. Pour sa part pog………………………………………………………………….pog.

Lui pour les deux parts du champ des Rouées tenant et partant à Jean Leplot, et tenant à la courvée de Monsieur, et à Girard Bertans  …………………………….ob.pog.et demie.

Item pour une vigne séant en Vaucaille, tenant d’une part au dit Guillaume, et d’autre part à Regnault de Thire…..trois deniers …………………………………………….3 d.

Jean Leplot sur Jean Chapelin pour le tiers du champ du Crot de la Raine contenant toutte la pièce, trois journaux tenant et partant à Guillaume Thomas, et doit trois deniers, pour son tiers…un denier ……………………………………………………………..1 d.

Lui pour le tiers du champ des Vielles Courvées, contenant en tout deux journaux tenant et partant au dit Guillaume Thomas et tenant à Marion Sede …

Folio 175 (recto)

…et doit trois pog. pour son tiers……………………………………………………pog.

Lui pour le tiers du champ des Rouées tenant et partant au dit Guillaume, tenant à la Courvée de Monsieur, et doit un parisis pour son tiers………………………..pog. et demie.

Regnault de Tirre  sur Guillemain de Thire son père, pour son champ du Crot de la Reine contenant quatre journaux tenant à Perrenot De Thire par dessus et par dessous au Comte de la Brosse, et au chemin qui va ès vignes d’autre part……………………3 d.

Lui pour sa vigne de la Comme de Vauldebion, contenant quatre ouvrées tenant à Guillaume Jonin d’une part, et d’autre part à Perrenot De Thire, et par dessus à Guillaume Thomas….quatre deniers…………………………………………………………….4 d.

Lui pour la moitié de son champ séant au long du chemin de Longue Roye, contenant deux journaux, tenant par dessous au dit chemin, et d’autre part à Jean Jolly…….ob.

Lui pour son champ de la Côte, contenant quatre journaux tenant au Sentier de Linière par dessus, et d’autre part à Girard Thomas …un denier……………………………1 d.

Lui pour un arpent  de chaume séant dessus Vaucaille, tenant à la rüe des Meulots d’une part, et par dessus à Jaquot Sareau, et par dessous à Simon Seguin….un denier…..1 d.

Item pour la tierce partie d’une vigne séant en Vaulebion, tenant et partant à Guillaume Thomas L’…(?)  et d’autre part tient à Etienne Belin, de Chamou……..3 ob.

Le dit sur Guillaume Thomas pour son tiers du champ de Champeigne, contenant un journal tenant à Girard Jomin d’une part, et d’autre part à Jean Colin……………..1 d.

Jean Forgot pour le quartier de Vaucail qui fut Girard Tibe, contenant six ouvrées tenant à Simon…

Folio 175 (verso)

…Seguin d’une part, et d’autre part à Guillaume Thomas l’ainé…trois deniers..3 d.

Girard Thomas al. Bretin à cause de Bietrix sa femme, fille de feu André Dufour, pour la Vigne Blanche contenant l’ouvre de quatre hommes tenant à Guillaume Thomas par dessus, et d’autre part à Guillaume Thomas le Jeune…six deniers………………..6 d.

Lui pour le champ de Chambray tenant ès Chaumes d’une part et à Guillaume Josnin …..1 d.

Lui pour le tiers de la Vigne Blanche qui fut Simon Thomas tenant et partant à Jean Goireau, et tenant par dessus à Jeanne, femme de feu Besy ; et doit onze deniers ; ainsy trois deniers ob. et tiers de ob………………..…………………………………………3 d.ob.1/3ob.

Lui pour la moitié de la vigne du Crot des Champs, contenant tout six ouvrées, tenant et partant à Jean Goireau, et tenant par dessus à la plante Colas, et doit trois ob. :…sa part 3 pog.

Lui pour la moitié de la vigne de Vaulbion, appelée la Côte Arnolain, contenant trois ouvrées, tenant et partant à Guillaume Porcheron l’ainé et à Jean Tibe et au chemin de Vaulbion, et doit trois deniers pog. ;  pour sa part…………………… trois ob. deniers pog.

Lui pour sa vigne séant en Digne Chien, contenant toutte la pièce, une ouvrée et demie, et doit pour un sol parisis tenant à Guillaume Thevenon de Givri, et d’autre part à Jean Thomas, et se part en cinq parties, dont il en tient la cinquième…pour ce………………pog.

Lui pour six journaux de terre, séant en Plante Foulé, tenant au chemin des prenots (?) et de touttes autres parts à Monsieur…..trois deniers………………………………………..3 d.

Lui pour deux arpents de terre à faire du pré, séant en la Valée des Assungs, tenant d’une part à la fille Hugues Colin, et d’autre part au grand Chemin…

Folio 176 (recto)

…par où l’on va à Mailly par le bou dessous tenant aux fossés des prés d’Avaux …10 d.

Lui pour un désert séant en Vignechien contenant l’ouvre de deux hommes tenant à Pernot Dethire, et d’autre part à Jean Leplat…un denier…………………………….1 d.

Lui pour deux arpents de terres séant contre la valée d’Amon, tenant à ………3 d.

Philippes Goneau sur Pernot Le Bornot pour la moitié de la vigne de Veaulbion contenant en tout six ouvrées, tenant et partant à Jean Joneau, et tenant à Jean Forgeot et à Jean Viliers, et doit trois deniers, ainsy à sa part …trois ob. …………………………..3 ob.

Item pour la moitié du champ de la Comme de Prildeloue, contenant deux journaux et doit trois ob., tenant et partant à Guiot Gauthier à cause de sa mère, et d’autre part ès chaumes …ob.pog. …………………………………………………………………………………..ob pog.

Lui pour le champ du bas de la Baillye, appelé Grand Champ, contenant un journal et demy, tenant à Jean Tibe d’une part, et à Pernot Dethire d’autre part………………….3 pog.

Lui pour deux arpents de terre séant en la valée d’Ameron, tenant à Girard Thomas et ès chaumes de Monsieur…un denier………………………………………………………1 d.

Lui pour un arpent de terre séant en Vaulbion, tenant au chemin de Blannay……1 d.

Lui pour un autre arpent de terre séant au dit lieu, tenant audit pardessous………2 d.

Lui pour un arpent de terre séant en……

Perrenot Ogier pour le champ de Liniaire qui fut Jean Jolly et Simon Ogier, contenant deux journaux tenant et partant ès enfants de feu Jean Ogier son frère, et doit tout trois deniers ; pour sa part …trois ob. ……………………………………………………….3 ob.

Folio 176 (verso)

Lui sur Guillaume Bolaiche pour le champ du Crot de la Raine, contenant un journal, tenant au curé de Monteluot d’une part, et a …trois ob. ………………………………3 ob.

Lui pour son champ séant en la Côte, contenant quatre journaux, tenant et partant ès dits enfants d’une part, et à Simon Seguin par dessus, et doit cinq deniers ; pour sa moitié…deux deniers ob. …………………………………………………………………2 d.ob.

Lui sur Jean Jolly et Simon Ogier pour la moitié de trois champs, séants à Dignechien, contenant six journaux, tout tenant et partant à l’autre moitié des dits enfants, et au chemin qui va au Vaudonjon et doit sept deniers ;  pour sa part…trois deniers ob……………. 3 d.ob.

Lui pour le champ du Perrier, qui fut en dessus dit, contenant trois journaux et doit trois deniers, tenant et partant ès dits enfants et à Jean Berry d’autre part…………….3 ob.

Les enfants feu Jean Ogier pour le champ de Lignières, qui fut Jean Jolly et Simon Ogier, contenant deux journaux, tenant et partant à Pernot Ogier d’une part, et doit trois deniers ; pour leur part…trois oboles…………………………………………………….3 ob.

Eux pour la moitié du champ séant en la Côte, contenant quatre journaux, tenant et partant au dit Perrenot, leur oncle, et doit cinq deniers : pour leur part…………………2 d. ob.

Eux sur Jean Jolly et Simon Ogier pour la moitié de trois champs, séant en Dignechien, contenant toutte la pièce, six journaux, tenant et partant au dit Perrenot, et doivent sept deniers ; pour leur part…trois deniers ob. ………………………………………………..3 d. ob.

Eux pour deux champs du Perrier, qui fut …de susdit, contenant tout trois journaux, et doit trois deniers, tenant et partant au dit Perrenot Ogier ; pour la moitié…trois ob…….3 ob.

Folio 177 (recto)

Regnault Berthelon , à cause de Jeanne, sa femme, fille de feu Jeannot Robin, pour le champ séant au chemin du Vauldonjon au Perrier Durent contenant deux journaux, tenant d’une part au champ Jeannot Perre            au, et d’autre part au chemin de Longue Roye …..un denier ob………………………………………………………………………….1 d.ob.

Lui pour la vigne de Dignechien, contenant quatre ouvrées tenant au chemin de Digne Chien, et d’autre part …un denier ………………….1 d.

Jean Jardrin dit le Sonoye à cause de Jeanne sa femme , sur Jean Jolly pour le champ du Perrier Durant tenant au chemin du Vaudonjon d’une part, et à Thévenin Hugotte, et contient environ trois journaux…un denier ……………………………………………1 d.

Lui sur Jean Robin pour le champ de Linière contenant deux journaux tenant à Perrenot Chapotot al. Dethires d’une part, et d’autre part à Jean Jolly…………  ….1 d. 3 pog.  

Lui pour le champ du Perrier Durant, qui fut Jean Robin, contenant deux journaux, tenant au chemin du Vaudonjon d’une part, et par dessous à Thévenin Hugotte……..2 d.

Lui à cause de Jeanne sa femme, pour une pièce de désert qui fut vigne, séant en Vaubon et fut à Joffron Lecomte, et depuis à Perrenot Gauthier, tenant à Jean Forgeot d’une part, et à Thévenin Lecomte et au chemin de Vassy (ou Vany?)…………………………..ob. 

Lui pour un quartier de vigne séant en la route des Noyers contenant environ sept ouvrées, tenant au chemin de Blannay d’une part, et par dessus à Hugues Colier ………1 d. 

Lui pour un quartier de désert de vigne, séant en Vocaille qui fut Gilot Dangeant, tenant au désert Jaquot Sareau et pardessus tient au bois, et par dessous à Guillaume…

Folio 177 (verso)

…Robelin à cause de sa fille, et contient l’ouvre de deux hommes…………………. 1 d.

Simon Seguin à cause de sa mère la Seguine pour les deux parts de la moitié de la vigne de Monvron, dit Maupertuit, qui fut Guiot Guichard, tenant et partant à Marie de la Vachère, et tenant par dessous à Etienne Talvard, et doit toutte la pièce dix deniers ob. ; pour ses deux parts…deux deniers ob., les deux parts de ob. et les deux parts de pog.

Lui sur Perrenot Seguin son père, pour la cinquième partie d’une vigne séant en Vaulbeon, contenant une ouvrée tenant aux hoirs feu Girard Jouin d’une part, et à Guillaume Porcheron L’annuelle (?) d’autre part …un parisis……………………………………..1 par.

Lui pour les deux parts d’une vigne appelée la Côte Dame Agnès, séant en Vaucaille, contenant demi arpent tenant à Guiot Gauché d’une part, et d’autre part à Jean Hugotte ……..deux deniers trois pog.  ………………………………………………………..2 d. 3 pog.

Lui pour l’autre partie de la dite vigne, appelée la Côte, contenant six ouvrées, tenant à Colas Sareau, à cause de la femme Jean Sareau, et d’autre part à l’héritage qui fut Thomas Noblot ………….trois deniers……………………………………………………………..3 d.

Lui pour son champ du Crot de la Renne, contenant demi journal, tenant à … ;..pog.

Lui pour son champ séant en la Côte de la Croix, contenant deux journaux, tenant à Simon Colier d’une part, et à Perrenot Ogier et  à Monsieur  d’autre part…………2 d. 3 pog.

Le dit Simon pour sa vigne séant ès champs…

Folio 178 (recto)

…qui est un chaume tenant à Guillaume Royer d’une part, et à Jean Thomas d’autre part …un denier……………………………………………………………………………1 d.

Lui pour un quart de vigne séant en Vaulbion tenant à la vigne Guillaume Thomas  le jeune par dessus et par dessous à Philippes Jouraux …ob………………………………..ob.

Lui sur Jean Sireault pour deux quartiers de vigne séant en Vocaille ; appelée la Côte Dame Agnès et sont en chaume , l’un tenant à Guiot Gauthier d’une part, et Arnault Picard d’autre ;, et l’autre quartier tenant au dit Gauthier, et d’autre part au dit Simon …….4 d. pog.

Lui pour le champ de Vielle Courvée, contenant un journau et demi, tenant à Guillaume Royer d’une part et d’autre part … ; un denier ………………………….1 d.

Jean Goireau sur Simon Thomas, pour la terre de la Vigne Blanche contenant toutte douze ouvrées qui doivent onze deniers, tenant et partant à Girard Thomas et au chemin du bas du Vaudonjon pour son tiers….trois deniers ob. tiers de ob.    ……………..3 d.ob. 1/3 ob.

Lui pour les trois parts de la Vigne Blanche contenant toutte la pièce, trois ouvrées, et doit quatre deniers ob., tenant et partant à Guillien Gouchard à cause de sa femme d’une part, et à Perrin Robin d’autre part ; pour son tiers …trois deniers pog.denier ………3 d. pog.   

Lui pour la moitié de la vigne du Crot des Champs, contenant toutte six ouvrées qui doivent trois ob. , tenant et partant à Girard Thomas, et tenant à la plante Colas ; pour sa part …trois pog. ………………………………………………………………………….3 pog.

Lui pour les trois parts de la route de la vigne des noyers, contenant toutte quatre ouvrées  qui doivent trois deniers tenant et partant à Guillien Goussard, à cause de sa femme, et tenant au Curé de Monteluot d’autre part ; pour sa part …deux deniers pog. …2 d. pog.

Lui pour demi arpent de chaume à faire vigne …

Folio 178 (verso)

…séant en Vocaille, tenant à Guillaume Perreau d’un côté et d’autre côté ès chaumes de Monsieur …deux deniers ob. ………………………………………………………..2 d. ob.

Simon Lemormat al. Colier sur Guillaume Thomas pour la vigne de VaulBeon contenant environ demi arpent tenant d’une part à Regnault Dethire, et d’autre part à Guillaume Thomas le jeune … trois deniers ………………………………………..3 d.

Lui pour le champ du Crot de la Renne, contenant quatre journaux, dont il tient les trois parts tenant à Guillaume Thomas le Jeune d’un côté, et d’autre part à Philippes Josneau et à Regnault Dethire, et doit toutte la pièce quatre deniers ; pour son tiers ……….3 d.

Lui pour sa vigne de la routte des Noyers, contenant environ quatre ouvrées tenant à Jean Goireau d’un côté, et au chemin de Vaulbeon d’autre côté ……………………3 ob.

Item Pernet pour un arpent de chaume séant en Vaucaille, tenant par dessous au chemin qui va à Blannay, et d’autre côté à Regnault Dethire ……………………….5 d.

Guillaume Join al. Royer, pour la moitié de la vigne séant en Vaulbeon, appelé le Crot Chastelus, contenant huit ouvrées, tenant d’une part à Prenot Ogier, et d’autre part à Regnault Dethire ……trois deniers ob. ………………………………………………..3 d. ob.

Lui pour le champ appelé le Crot des Vielles Courvées, contenant environ trois journaux, tenant d’une part à Perrier Bornot, et d’autre part à Jean Goireau ………2 d.

Lui pour le champ du Perrier qui fut au Champenois, contenant quatre journaux, tenant d’une part à Simonne, fille Huguenin Collier …

Folio 179 (recto)

…et d’autre part à Bonnotte, fille Jean Picard …cinq deniers ………………….5 d.

Lui sur Jeannot Thomas pour sa part de la vigne de Vaulbion, appelée la Côte Arnolin, contenant toutte deux ouvrées et demies, qui doivent deux deniers pog. ; dont Jean Tibe tient la moitié et Guiotte Sayerolge un quart ; pour sa part demie ouvrée et le huitième, qui doivent  ob. quart de pog. ……………………………………………………………..ob. ¼ pog.

Guillaume Dethire  pour demi arpent de chaume pour mettre à vigne, séant en Vocaille, tenant d’une part à Regnault Dethire, et d’autre part ès chaumes, et par dessous à Jaquot Savreau … deux deniers …………………………………………………………2 d.

Regnault Girardot sur Guillaume Legoguelat, pour un champ séant au Crot de la Renne contenant un journal, tenant d’une part à Jean Tibe, et d’autre part , par le bout, à Prenot Chapotot … trois ob. …………………………………………………………..3 ob.

Lui sur Girard Perreau, pour une vigne séant en Dignechient, contenant l’ouvre de deux hommes ou environ, qui furent Guillaume Legoguelat, tenant les deux parties en une pièce, tenant d’une part à Pernot, et de touttes parts aux bois …deux deniers ………2 d.

Lui pour la moitié du champ du Perrier qui fut Jean Lemorinat, contenant tout 4 journaux qui doivent deux deniers tenant et partant au Curé de Monteliot, et d’autre part à Simonne, fille Hugues Colier … un denier ……………………………………………1 d.

Lui pour le quart d’un champ séant au Perrier, que Huguenin Lemormat lui a vendu, contenant trois journaux, tenant d’une part au dit Girardot, et d’autre part au dit Hugues Lemormat, et le dit Hugues tient les trois autres parts, et doit le dit champ quatre deniers ob. ; pour son quart … un denier et quartier de pog. ………………………………….1 d. et ¼ pog.

Lui pour un champ séant en Lignère, contenant …

Folio 179 (verso)

…environ deux journaux tenant à Pernot Ogier, et aux héritiers de Jean Ogier, et d’autre part à Guillaume Thomas le Jeune … deux deniers ………………………….2 d.

Lui pour un champ séant en Lignère, contenant environ deux journaux ,  tenant au bois de la Renne de la Croix, et d’autre côté à lui-même

Thévenin Hugotte pour le champ du Perrier, contenant environ trois journaux, tenant d’une part et par dessous à la Courvée de Monsieur, et d’autre part au Grand Chemin qui va de Monteliot à Voutenay … deux deniers ……………………………………….2 d.

Lui sur Simon Hugotte pour sa vigne et chaume, séant au Clou de Chatelu, contenant cinq ouvrées, tenant d’une part à Regnault Dethire et d’autre part à Huguenin Lemormat ……deux deniers …………………………………………………………………………2 d.

Lui pour sa vigne de Pissevin, contenant un quartier, qui doit trois deniers, tenant et partant à Guiot Sede à cause de sa femme, et tenant d’autre part au désert …………..2 d. pog.

Huguenin Le Mormat  pour son champ des Vielles Courvées contenant un journal, tenant d’une part à Ysabeau, femme Philippes Moireau, et d’autre part à … ; ………..2 d.

Lui pour sa vigne de Vaubion, contenant l’ouvre de six hommes, tenant au chemin de Vocaille, et d’autre part aux bois ………………………………………………………….3 ob.

Lui pour la moitié de sa vigne de Vocaille, contenant trois ouvrées tenant d’une part à Girard Perreau, et d’autre part et par dessus à Jaquot Sareau ………………………….3 ob.

Lui pour son champ des Vielles Courvées contenant trois journaux, tenant d’une part au dit Huguenin et d’autre part ès filles Adam Lebornot … deux deniers ….………….2 d.

Lui pour sa vigne de la route des Noyers, contenant …

Folio 180 (recto)

…six ouvrées tenant à Guillaume Porcheron l’ainé et d’autrev part à Perrin Robin, et par dessous à Jean Goreau, et furent au dit Mormat, et à Jean Odot, et devoit chacun partie …trois ob., pour ce … trois deniers ……………………………………………………….3 d.

Item pour sa chaume séant à la Grand Brosse, qui fut à la femme Jean Odot, tenant au chemin de Vocaille, et d’autre part à Girard Thomas … deux deniers ob. ……………2 d. ob.

Lui pour son champ des Bruaires contenant deux journaux tenant à Jean Gorot d’une part, et d’autre part au Chemin qui va à Voutenay… quatre deniers …………………….4 d.

Lui pour sa vigne du Cloux Junequin tenant Simon Seguin à cause de Guiot Guichard, d’une part, et d’autre part tient ès enfants Gourbin par dessus et contient un arpent …..1 d.

Lui pour sa vigne des Champs qui fut Guillaume Josnin, séant en Digne Chien, contenant une ouvrée, tenant à Jean Leplot d’un côté, et d’autre côté à Perrenot Chapotot ….un denier …………………………………………………………………………………1 d.

Simon Dubuinoy à cause de Simone sa femme, fille Huguenin Lemormat pour la vigne de Vaubion appellé la Coste Gassot, et fut Jeanne, femme Jeannot Compin, contenant six ouvrées tenant d’une part à Simon Seguin, et d’autre part à la vigne Notre Dame … sept deniers trois pog . ……………………………………………………………………7 d. 3 pog.

Item pour son champ séant en Dignechien, contenant environ deux journaux et demi, tenant au chemin de Longue Roye d’un côté, et d’autre part à Jean Foijot ………………2 d.

Item pour un champ séant ès champs du Perrier, contenant trois journaux, tenant d’une part au champ Regnault Girardot, et d’autre part à guillaume Jomin…………4 d. ob.

Item pour un journal de terre séant au Perrier Durand, tenant à Thévenin Hugotte d’une part, à Jean Forgeot par l’un des bouts … trois ob. ………………………………3 ob.

Folio 180 (verso)

Item le dit pour deux ouvrées de vigne, séant en Dignechien, tenant d’une part à Guiot Ogier, d’autre part aux enfants Jean Ogier … un denier ob. ………………………….1 d. ob.

Guillemain Gonet et Millot Robergat pour la quatrième partie de la Vigne Blanche, contenant toutte trois ouvrées qui doivent quatre deniers ob., tenant et partant à Jean Goreau, et tenant d’autre part à Simon Colier et au chemin de Vocaille par dessus ; pour sa part … un denier et demie pog. ……………………………………………………1 d. et  ½ pog.

Eux pour la quatrième partie de la route des Noyers, contenant toutte quatre ouvrées qui doivent trois deniers, tenant et partant au dit Jean Goreau, tenant d’autre part au chemin de Veauldonjon pour leur part … ob. pog. …………………………………………….ob. pog.

Jeannot Perreau pour un journau de terre séant au Perrier Durant, tenant au Grand Chemin du Veaudonjon d’une part, et d’autre part au désert de la Côte Jean Mathier …un denier parisis …………………………………………………………………………….1 d. par.

Item pour une pièce de vigne séant en la côte des Noyers, tenant au chemin qui va à Blannay d’une part, et d’autre part à Guillaume Porcheron le Jeune, et par dessous à la Courvée de Monsieur …. Trois ob. ………………………………………………………..3 ob.

Guiot Gauthier pour son champ des Commes de Linière, derrière bobuy(?) contenant trois journaux tenant au chemin de Vaudonjon d’ue part, et d’autre part aux déserts du Crot Bidier … quatre deniers  …………………………………………………………………..4 d.

Item deux quartiers de vigne appellée la Côte Dame Ogier, séant en Vocaille, contenant cinq ouvrées, les deux quartiers, l’un tenant à Simon …

Folio 181 (recto)

Seguin d’une part et l’autre tenant à Thévenin Freault d’une part ……….5 d. 3 pog.

Thibault Chaumin d’Anière pour la moitié du Champ au Perrier Durant, contenant un journal qui fut à Margueritte , femme Odot Chapotot, tenant à … ; ………………..3 pog.

Item sur Guillaume Chaumin pour son champ du Vaultdonjon contenant un journal tenant à … ; deux deniers …………………………………………………………………2 d.

Guillaume Porcheron Le Jeune pour un arpent de terre séant en la Valée des Prés Ancault (?) , tenant par dessous à la Fontaine saint Jean, et par dessus ès hoirs de Girard Lepycardot (?) d’une part tient au champ Dame Jeanne que tenait Ragotain, et d’autre part au champ de Monsieur … dix deniers  ………………………………………………..10 d.

Le dit pour un champ séant au Champ du Gros Boison appellé le champ de la Baillye, tenant à Regnault Dethire d’un côté, et d’autre côté à Pernot Dethire , et contient un demi journal de terre ou environ …deux deniers ……………………………………… …2 d.

Jean Thomas sur Thomas Thomas son père, pour la cinquième partie de la Vigne Blanche séant en Vaulbéon qui fut Jaquote Boucharde, contenant environ quinze ouvrées, tenant à Simon Thomas, et d’autre côté à Guillaume Thomas …un parisis ………..1 par.

Lui pour une pièce de vigne séant ès Champs, contenant environ cinq ouvrées, tenant au chemin de Dignechien, et ès hoirs Girard Leroigerat …deux deniers ……………2 d.

Lui pour le champ des Corberat, qui fut à Aubert Guille, contenant une ouvrée, tenant à Girard Perreau …

Folio 181 (verso)

…d’une part …un denier …………………………………………………………1 d.

Lui pour la moitié de la vigne qui fut Dame Jaques contenant quatre ouvrées tenant à la femme Guillemain Milon  et d’autre part à Simon Seguin…deux deniers ………….2 d.

Lui pour la vigne de Vocaille, qui fut Colas Larchier, contenant six ouvrées, tenant à Simon Seguin … un denier ………………………………………………………………1 d.

Guillemain Dethire pour demi arpent de chaume séant en Vocaille, tenant à Jean Selastre d’un côté, et d’autre côté à Guillaume Perreau pour …………………………2 d. ob.

Guillaume Perreau pour demi arpent de chaume à faire vigne, séant en Vocaille, tenant à Guillemain Dethire d’un côté, et par dessus au chemin ès Mulles ……………2 d. ob.

Thévenin Jouneau pour une chaume à faire vigne séant en Vocaille, contenant demi arpent tenant à Jean Jouneau d’une part, et ès Chaumes d’autre part, et le prix le sixième jour d’octobre (mil) quatre cent soixante quatre …deux deniers ob. ………………………..2 d. ob.

Jean Jouneau dit Moireau, pour trois quartiers de Chaume séant en Vocaille tenant à Thévenin Jouneau d’une part, et à Regnault Berthelon d’autre part, et la prise le jour et l’an que susdit …trois deniers ob. pog. …………………………………………………3 d. ob. pog.  

Guillaume Hugotte pour un désert séant en Vaulbion, contenant environ trois ouvrées tenant à Regnault Laveugle d’un côté, et d’autre côté à Simon Lemornat …….3 d.

Folio 182 (recto)

Touttes lesquelles censives derban (?) de la ditte Ville de Vézelay et de tous les villages dessus dits devant les guerres soulaient bien valoir de quatre vingt à cent livres tournois, mais de présent pour ce que la plupart des héritages qui devoient censives, sont en bois et buissons, et du présent n y a que les héritages dessus déclarés ne peuvent valoir compris les dits villages de Foisy et Mouron, qui sont au bailliage de Saint Pierre le Moutier, que vingt deux livres ou environ, et appartiennent à la Salle de l’abbé. 

NOTA : les explications présentées sur les mots anciens sont pour la plupart tirées du « Dictionnaire  du monde rural ; les mots du passé » – Marcel LACHIVER –  Ed. Fayard


[1] – Eglise = l’Abbaye de Vézelay, « seigneur du lieu »

[2] – Poté = le territoire sur lequel s’exerçait le pouvoir (lat. « potentia ») de l’Abbaye.

[3] – Pourpris = enclos, terrain, verger, dépendant immédiatement de l’habitation.

[4] – Arpent = unité de surface des terres valant 100 perches carrées de 18 à 22 pieds de côté selon les régions ; on peut l’estimer voisine de 50 ares ( valeur encore retenue à Montillot au début du 20ème siècle).

[5] – Sols Tournois = il y avait la monnaie de Tours – d’où le mot « tournois » -, et la monnaie de Paris, d’où « parisis » ; la livre valait 20 sols, le sol 12 deniers, le denier 2 oboles.

[6] – Four bannal = ce qui était « banal » était soumis à la juridiction du suzerain ; il s’agit ici de ce qui est mis par le seigneur à la disposition des habitants du village, moyennant rétribution. Il était alors interdit d’installer un four chez soi.

[7] – Chef d’Hotel = on appelait « hostel » la demeure, la maison, le chez-soi ; le « chef d’hotel » était donc le chef de famille, personne morale imposable.

[8]  – Tailles : la « taille royale » est un impôt établi en 1439 pour les besoins de l’armée ; elle est répartie entre généralités, puis élections , puis paroisses puis entre les habitants. Mais il   y a aussi  une « taille seigneuriale ».

[9]  – Cloux  = enclos

[10] – Façons  = travaux effectués pour cultiver la vigne.

[11] – Muid = unité de volume de liquide ; en 1478, le muid de Paris valait 36 sétiers, soit environ 292 litres.

[12] – la Queure  = la Cure

[13] – prez  = prés.

[14] – aisance = dépendances.

[15] – bailler a moisson de bled = louer pour la récolte de céréales ; le mot « bled » couvre l’ensemble des grains ; notre « blé » était alors le « froment ».

[16] – Septier = unité de volume, qui, pour les grains, valait à Paris 2 « mines » ou 4 « minots », ou 12 « boisseaux » de 13 livres, soit environ 156 litres.

[17] – Courvée  = peut venir de « corvée » ou de « courbe » ; il y a encore entre Asquins et Gué-Pavé un lieu dit « les Corvées », proche de méandres de la Cure ( ?).

[18] – Censive = redevance en argent ou en der=nrées due au seigneur ; le même mot désigne quelquefois la terre soumise au cens.

[19] – Coutume = règle de droit coutumier.

[20] – Chaume  = portion de la tige des céréales qui reste en terre  après récolte ; par extension, la terre elle-même après récolte

[21] – Deniers  = il était admis que 4 deniers parisis valaient 5 deniers tournois, ceci résultant du taux de métal précieux  (argent) dans ces pièces.

[22] – Quartier = le quart de l’arpent.

[23] – Monsieur = il s’agit de Monsieur l’Abbé de Vézelay.

[24] – Grand Chemin de Maiily-le Château = il s’agit du chemin ( « grand » parce que sous juridiction royale) qui joignait Vézelay à Brosses et Mailly-la-Ville, puis Auxerre, en passant à l’ouest de Montillot, le long du bois du Fège .

[25] – Hoirs = héritiers.

[26] – Tenement  = ensemble de terres qui se tiennent.

[27] – Maiton ou miton = unité de volume de grain : valeur ?

[28] – Géline = poule pondeuse ; dans les décomptes des impositions, on la partageait en quartiers !

[29] – Pagine = ou « pogine » ou « poge » ou « pougeoise » ! il s’agit de monnaie de faible valeur ; l’ « obole » valait un demi denier et  la pagine  une demi-obole.

[30] – Huis =  en principe, c’était la porte de la maison, par opposition à la porte de la grange ou à la porte cochère. En Morvan, c’est un petit hameau de 3 ou 4 maisons. Ici on peut prendre « huis Perrin Robin » au sens de « maison à Perrin Robin ».

[31] – Moitier = si ce mot est mis pour « moutier », il signifie « monastère » ( celui dit « de la St Jean ?) ; mais il peut aussi désigner une église …

[32] – Quarte rée ou rez = quarte « rase » ; les mesures de grain pouvaient être « rases » ou « combles » ; dans ce dernier cas ; la mesure contenait tout le grain qu’elle pouvait porter sans qu’il s’en répandït par terre .

[33] – Pogy ou pagy  = pour « pogine » ou « pagine ».

[34] – ouche = on lit aussi « oche » ou « osche » ou « hoche » = terrain clos proche de la maison, différent du jardin, avec arbres fruitiers, plantes textiles (chanvre). Bien fumée, cette parcelle était toujours très soignée.

[35] – le Lac  = c’était déjà notre « Lac » !

[36] – Hâte  = petite parcelle étroite qui correspond à une allée et venue de semeur.

[37] – Pâtis  = terre en friche où l’on faisait paître les bestiaux, en particulier dans les périodes où l’accès des prairies fauchables est interdit.

[38] – Mesnage ou « menaige » ou « manège », ou « manaige » = mot normalement utilisé pour désigner toutes les personnes dont une famille est composée ; ici il s’agit probablement de la transcription approximative du mot « manage » désignant dans le centre de la France une habitation familiale.

[39] – denier pagez = denier pagine = pagine = ½ obole.

[40] – Bichet  = valait 2 boisseaux à Clamecy, soit 26 litres ; selon les régions, de 20 à 40 litres.

[41] – Prioré  = « prieuré ». Le « prieur » régit des religieux en communauté. On appelait « prieuré-cure » une cure desservie par un religieux dépendant d’un monastère. Il semble qu’il s’agisse ici de l’habitation du curé, le presbytère.

[42] – Courtis  = ou « courtil » , petit jardin entouré de murs ou de haies attenant à une maison de paysan.

[43] – Rüe  = il s’agit d’un chemin de culture, d’un passge, d’une cour, d’une issue…utilisée pour l’exploitation.

[44] – Journal  = unité de surface des terres égale à 67,5 perches carrées, soit de 30 à 35 ares, aire qu’on était sensé pouvoir « travailler » dans une journée. Au début du 20 ème siècle, on utilisait encore le mot « journal » pour désigner 33 ares.

[45] – Comte de Vivre  = compte tenu du niveau de noblesse, il ne s’agit certainement pas du seigneur du lieu. Depuis cette époque, il semble que l’on ne trouve pas ce patronyme dans l’Yonne. Recherches en cours…

[46] – Ouvre ou ouvrée = le verbe « ouvrer » signifie « besogner », travailler ;  le mot « ouvrée » désigne la surface de vigne qui peut être « façonnée » par un homme => valeur à préciser….

[47] – Linaire  =  désignerait le « lin sauvage » qui ressemble au lin…Ici il s’agit peut-être d’un jardin planté de lin, par analogie avec la chénevière, plantée de chanvre ? (cf « Linière » et « Lignère »)

[48] – Désert  = terre abandonnée depuis longtemps.

[49] – Héritage =  ce qui est venu par hérédité ou succession (ou, pour l’Eglise, par donation ?).

[50] –  Comte de la Brosse = même remarque que pour le Comte de Vivre => recherche à faire.

[51] –  Carroge  = peut-être à rapprocher de « carruge » qui désignait en Bourgogne une place communale à l’intérieur d’un village ; par extension => croisement, carrefour ?

Commentaires

Le « Cartulaire de Vézelay » est un relevé, – établi par les Commissaires royaux en 1463 et 1464 à la demande du roi Louis XI – des biens de l’Abbaye de Vézelay et des impôts levés sur chaque terre ou maison. Ce texte a été transcrit en 1772 par les soins de l’abbé CUREAU et conservé aux Archives de l’Yonne sous la cote H 1941-1.

Chaque paroisse de la « poté » y est traitée en détail.

La partie consacrée à Monteliot comporte après transcription actuelle, une vingtaine de pages. Elle a le grand intérêt de présenter une première description du village. Pour chaque propriétaire, on lit la désignation de son bien, avec une indication de sa situation géographique, soit par le nom du lieu-dit, soit par celui de ses proches voisins.

Pour exemple, voici le début de l’énumération :

« Sensuit la Déclaration des dites menues censives séantes au finage et territoire du dit Monteliot.

Premièrement

Guillaume Hugotte pour demi arpent tenant au chaume derrière la Croisette, et d’autre part à Regnault Girardot …1 denier parisis …                               1 d. p.

Regnault Girardot pour un autre arpent de plante, tenant à Jean Robin d’un costé, et d’autre costé au dit Guillaume Hugotte…                                       2 d. p.

Jean Robin, pour un autre arpent de plante séant dessus la plante du prioré du dit lieu, tenant à Regnault Girardot d’une part, et Jean Ogier d’autre part     1 d. p.  … »

Quelques mots de français de l’époque dont le sens doit être précisé :

– la censive est la redevance en argent ou en denrée (blé, avoine, volaille…) due au seigneur.

– l’arpent valait 50 ares

– la chaume désigne la terre après récolte de céréales.

– la plante est une vigne nouvellement plantée

– le prioré doit désigner le prieuré, ou l’habitation du curé ou presbytère, en général près de l’église ; on peut se demander si la « plante du prioré » est à côté de celui-ci …

– denier parisis : il y avait la monnaie de Tours (dans certains textes on utilise la « livre tournois ») et la monnaie de Paris, d’où le mot « parisis ». Le taux de métal précieux était différent dans les 2 monnaies. La livre valait 20 sols, le sol 12 deniers, le denier 2 oboles et l’obole 2 pagines…

– la Croisette est une petite croix, dont l’emplacement n’est pas connu…

L’Abbaye de Vézelay, seigneur du lieu, impose donc les habitants de Monteliot par la « taille seigneuriale ». Mais ceux-ci sont aussi pressurés par le Roi : la « taille royale » est un impôt établi en 1439 pour les besoins de l’armée ; elle est répartie entre les « généralités », puis les « élections », puis les paroisses, puis les habitants. Une phrase du cartulaire montre que les abbés tiennent compte de cette double charge :

… « un chacun chef d’hotel demeurant au dit village pour leurs tailles ont les peut imposer jusqu’à la somme de quinze sols et au-dessous, et y peut avoir environ trente ménages, mais pour la pauvreté d’eux, et aussi pour les grandes charges qu ils ont des Tailles du roi, les dittes tailles ne peuvent monter par an qu’environ la somme de dix livres au plus. »

On appelait « hostel » la demeure, la maison, le chez-soi…Le « chef d’hostel » était donc le chef de famille, personne morale imposable. On note :

– qu’il y avait alors 30 foyers dans le village, ce qui peut correspondre à une population de 100 à 150 personnes.

– l’impôt seigneurial, qui aurait pu dépasser 20 livres, a été limité à 10 livres.

Propriétés de l’abbaye de Vézelay 

Celle-ci est probablement le principal propriétaire du village ; ses biens sont énumérés pour l’imposition royale :

– une maison, avec un enclos proche, un jardin d’un arpent, avec des arbres fruitiers – …y a aussi abondance de cerises…-

– un « clos » de 3 arpents de vigne derrière la maison.

– une vigne de raisin blanc, la « Vigne blanche », au bord de la Cure, en « un lieu qui gèle volontiers »

–  2 petits prés, loués à des laboureurs, « qui sont pour l’aisance de la ditte maison, hors du dit village, en tirant à Mailly-la-Ville ».

– plusieurs terres labourables « alentour de la ditte maison », louées d’après la récolte de blé.

– 74 « journeaux » de terres labourables, – soit environ 25 ha !  En divers endroits de la paroisse

– un « four bannal », mis par le seigneur, moyennant paiement, à la disposition des habitants pour cuire leur pain, et rapportant en moyenne 100 sols par an. Il y avait aussi deux pressoirs, – « banals » eux aussi – l’un près du cimetière, donc de l’église, l’autre en Toucheboeuf, « tenant au Grand Chemin ».

– plusieurs terres, vignes et jardins, « …alentour du dit village ».

– un étang « nommé l’Etang de Marrault », avec 6 arpents de terre et « une forge à faire fer » …

Cette maison devait héberger le personnel chargé de la gestion de toutes ces propriétés. Le texte du cartulaire ne précise ni son importance ni sa situation. Pour cette dernière, on a quelques indices…

Deux prés assurent l’« aisance de la ditte maison ». En vieux français, le mot « aisance » supposait une possibilité d’accès, et désignait donc les dépendances de la maison.

Dans cette hypothèse de proximité, cette «  maison »  se trouverait donc, comme ces deux prés, au Nord-Ouest du village actuel – sur le flanc de la colline du Crot-Blanc et du Mont Ciboule – en allant depuis le Champ du Lac vers le «  Grand Chemin »  qui joignait alors Vézelay à Mailly-la-Ville  , «  chemin »  qui emprunte le tracé d’une voie romaine, qui est cité dans de nombreux actes notariés du 18ème siècle et qui figure dans le premier cadastre officiel, le «  napoléonien » , comme relevant de la juridiction royale.

Les lieux-dits actuels, « Champs de la St Jean », « Croix Bouchet », « Meurger aux Moines » …sont assez évocateurs…et remettent en mémoire des témoignages anciens de laboureurs, qui auraient mis à jour des vestiges de fondations dans cette zone…

Propriétés du curé

Le curé est imposé pour les biens dont il assure la gestion pendant son mandat, comme les paysans du village :

– 2 « ouches », très petites parcelles closes, avec arbres fruitiers ou chanvre, l’une près du « Lac », l’autre près du « Grand Chemin ».

– une terre au « Pré du Lac ».

– une vigne au « Cloux », – le « Clos » actuel – à la sortie Sud du village, entre les chemins de la Croix des Bois et du Font du Charme.

– une maison en Toucheboeuf, « tenant au verger Jean Porcheron » et un pré derrière…

– une part de « la maison devant le pressoir tenant au cimetière »

Cette dernière se trouve donc près de l’église. Question : était-elle distincte du « prioré »  -presbytère ?…

Les familles du village

Au long de l’énumération des propriétés imposables, on peut relever les noms d’environ 200 individus différents, – dont 30 à 40 décédés, cités comme anciens propriétaires – avec environ 110 patronymes différents. Un seul patronyme de cette époque, – Porcheron – est encore représenté à Montillot, une filiation directe pouvant être vérifiée depuis le 17ème siècle. Un autre, – Forgeot – l’était encore au siècle dernier. D’autres ont figuré dans les registres paroissiaux du village ou des villages voisins dans la même période : Busset, Bretin, Chapotot, Colin, Dethire, Dufour, Gauthier, Girardot, Hugotte, Lemorinat, Ogier, Picard, Perreau, Robin, Seguin, Thomas, …

Nature des propriétés :

A côté de près de 300 parcelles de terres, vergers et vignes, on relève seulement une quinzaine de maisons et 6 « parts » de maisons dans la première moitié du document, alors que dans la deuxième partie, plus de 20 propriétaires n’auraient que des terres, ce qui laisse supposer que le document parvenu jusqu’à nous depuis le 15ème siècle est incomplet… Un certain nombre de maisons sont signalées en Toucheboeuf, à proximité du « Grand Chemin ».  Toutes ont jardin et verger à proximité…

On ne relève pas moins de 70 parcelles de vigne, essentiellement dans la plaine, route des Noyers, et près de Vaudonjon, en Vaubion et Vaucaille, mais aussi en Toucheboeuf.

Les lieux-dits

On peut comparer leurs noms de l’époque avec ceux du cadastre actuel mais aussi avec ceux du cadastre napoléonien, daté de 1819 pour Montillot et accessible par Internet sur le site des Archives départementales de l’Yonne (A.D.Y.).

On trouve déjà le Champ et le Pré du Lac, la Brosse de Farge, le Puits Martin, Toucheboeuf (et son puits), Beurguereau, les Côtes, le Cloux (pour le Clos), la Grand Rue, le Champ de la Côte, la Côme de Vaudonjon, Longue Roye (pour Longue Raie), Aigremont, Vaubion, Vaucaille, Pissevin (en allant sur Asquins) …

Les « Saulées » sont proches des « Saules », « linière » de « Lignère », le « Champ des Assens » des « Essences », la « route des Noyers » rappelle un ancien lieudit de la plaine de la Chally …

D’autres restent à situer : le Champ du Poirier, le pré Jubin, le Champ des Obouats, les Brières, les Maréchaux, les Vieilles Courvées, la Courvée du Chemin d’Auxerre…

Les noms des chemins permettent de les situer : en plus du « Grand Chemin » souvent cité, on trouve le Chemin qui va à l’Etang (de Marot), la route des Noyers, le chemin de Blannay, le Chemin d’Arci, le Chemin de « Longue Roye » , la Rüe de Beurguereau, la « petite rüe de Toucheboeuf au Grand Chemin » , le sentier de Linière, la route de la vigne des noyers, le chemin qui va en Vaucaille…

Un point attire l’attention : le dénommé Regnault Picard possède « deux ouvrées de vignes séant entre la Croix de Monteliot et les champs tenant à la petite rüe qui vient de Cugeboeuf au grand Chemin… ». Il

Le « Cartulaire de Vézelay » est un relevé, – établi par les Commissaires royaux en 1463 et 1464 à la demande du roi Louis XI – des biens de l’Abbaye de Vézelay et des impôts levés sur chaque terre ou maison. Ce texte a été transcrit en 1772 par les soins de l’abbé CUREAU et conservé aux Archives de l’Yonne sous la cote H 1941-1.

Chaque paroisse de la « poté » y est traitée en détail.

La partie consacrée à Monteliot comporte après transcription actuelle, une vingtaine de pages. Elle a le grand intérêt de présenter une première description du village. Pour chaque propriétaire, on lit la désignation de son bien, avec une indication de sa situation géographique, soit par le nom du lieu-dit, soit par celui de ses proches voisins.

Pour exemple, voici le début de l’énumération :

« Sensuit la Déclaration des dites menues censives séantes au finage et territoire du dit Monteliot.

Premièrement

Guillaume Hugotte pour demi arpent tenant au chaume derrière la Croisette, et d’autre part à Regnault Girardot …1 denier parisis …                               1 d. p.

Regnault Girardot pour un autre arpent de plante, tenant à Jean Robin d’un costé, et d’autre costé au dit Guillaume Hugotte…                                       2 d. p.

Jean Robin, pour un autre arpent de plante séant dessus la plante du prioré du dit lieu, tenant à Regnault Girardot d’une part, et Jean Ogier d’autre part     1 d. p.  … »

Quelques mots de français de l’époque dont le sens doit être précisé :

– la censive est la redevance en argent ou en denrée (blé, avoine, volaille…) due au seigneur.

– l’arpent valait 50 ares

– la chaume désigne la terre après récolte de céréales.

– la plante est une vigne nouvellement plantée

– le prioré doit désigner le prieuré, ou l’habitation du curé ou presbytère, en général près de l’église ; on peut se demander si la « plante du prioré » est à côté de celui-ci …

– denier parisis : il y avait la monnaie de Tours (dans certains textes on utilise la « livre tournois ») et la monnaie de Paris, d’où le mot « parisis ». Le taux de métal précieux était différent dans les 2 monnaies. La livre valait 20 sols, le sol 12 deniers, le denier 2 oboles et l’obole 2 pagines…

– la Croisette est une petite croix, dont l’emplacement n’est pas connu…

L’Abbaye de Vézelay, seigneur du lieu, impose donc les habitants de Monteliot par la « taille seigneuriale ». Mais ceux-ci sont aussi pressurés par le Roi : la « taille royale » est un impôt établi en 1439 pour les besoins de l’armée ; elle est répartie entre les « généralités », puis les « élections », puis les paroisses, puis les habitants. Une phrase du cartulaire montre que les abbés tiennent compte de cette double charge :

… « un chacun chef d’hotel demeurant au dit village pour leurs tailles ont les peut imposer jusqu’à la somme de quinze sols et au-dessous, et y peut avoir environ trente ménages, mais pour la pauvreté d’eux, et aussi pour les grandes charges qu ils ont des Tailles du roi, les dittes tailles ne peuvent monter par an qu’environ la somme de dix livres au plus. »

On appelait « hostel » la demeure, la maison, le chez-soi…Le « chef d’hostel » était donc le chef de famille, personne morale imposable. On note :

– qu’il y avait alors 30 foyers dans le village, ce qui peut correspondre à une population de 100 à 150 personnes.

– l’impôt seigneurial, qui aurait pu dépasser 20 livres, a été limité à 10 livres.

Propriétés de l’abbaye de Vézelay 

Celle-ci est probablement le principal propriétaire du village ; ses biens sont énumérés pour l’imposition royale :

– une maison, avec un enclos proche, un jardin d’un arpent, avec des arbres fruitiers – …y a aussi abondance de cerises…-

– un « clos » de 3 arpents de vigne derrière la maison.

– une vigne de raisin blanc, la « Vigne blanche », au bord de la Cure, en « un lieu qui gèle volontiers »

–  2 petits prés, loués à des laboureurs, « qui sont pour l’aisance de la ditte maison, hors du dit village, en tirant à Mailly-la-Ville ».

– plusieurs terres labourables « alentour de la ditte maison », louées d’après la récolte de blé.

– 74 « journeaux » de terres labourables, – soit environ 25 ha !  En divers endroits de la paroisse

– un « four bannal », mis par le seigneur, moyennant paiement, à la disposition des habitants pour cuire leur pain, et rapportant en moyenne 100 sols par an. Il y avait aussi deux pressoirs, – « banals » eux aussi – l’un près du cimetière, donc de l’église, l’autre en Toucheboeuf, « tenant au Grand Chemin ».

– plusieurs terres, vignes et jardins, « …alentour du dit village ».

– un étang « nommé l’Etang de Marrault », avec 6 arpents de terre et « une forge à faire fer » …

Cette maison devait héberger le personnel chargé de la gestion de toutes ces propriétés. Le texte du cartulaire ne précise ni son importance ni sa situation. Pour cette dernière, on a quelques indices…

Deux prés assurent l’« aisance de la ditte maison ». En vieux français, le mot « aisance » supposait une possibilité d’accès, et désignait donc les dépendances de la maison.

Dans cette hypothèse de proximité, cette «  maison »  se trouverait donc, comme ces deux prés, au Nord-Ouest du village actuel – sur le flanc de la colline du Crot-Blanc et du Mont Ciboule – en allant depuis le Champ du Lac vers le «  Grand Chemin »  qui joignait alors Vézelay à Mailly-la-Ville  , «  chemin »  qui emprunte le tracé d’une voie romaine, qui est cité dans de nombreux actes notariés du 18ème siècle et qui figure dans le premier cadastre officiel, le «  napoléonien » , comme relevant de la juridiction royale.

Les lieux-dits actuels, « Champs de la St Jean », « Croix Bouchet », « Meurger aux Moines » …sont assez évocateurs…et remettent en mémoire des témoignages anciens de laboureurs, qui auraient mis à jour des vestiges de fondations dans cette zone…

Propriétés du curé

Le curé est imposé pour les biens dont il assure la gestion pendant son mandat, comme les paysans du village :

– 2 « ouches », très petites parcelles closes, avec arbres fruitiers ou chanvre, l’une près du « Lac », l’autre près du « Grand Chemin ».

– une terre au « Pré du Lac ».

– une vigne au « Cloux », – le « Clos » actuel – à la sortie Sud du village, entre les chemins de la Croix des Bois et du Font du Charme.

– une maison en Toucheboeuf, « tenant au verger Jean Porcheron » et un pré derrière…

– une part de « la maison devant le pressoir tenant au cimetière »

Cette dernière se trouve donc près de l’église. Question: était-elle distincte du « prioré »  -presbytère?.

Les familles du village

Au long de l’énumération des propriétés imposables, on peut relever les noms d’environ 200 individus différents, – dont 30 à 40 décédés, cités comme anciens propriétaires – avec environ 110 patronymes différents. Un seul patronyme de cette époque, – Porcheron – est encore représenté à Montillot, une filiation directe pouvant être vérifiée depuis le 17ème siècle. Un autre, – Forgeot – l’était encore au siècle dernier. D’autres ont figuré dans les registres paroissiaux du village ou des villages voisins dans la même période : Busset, Bretin, Chapotot, Colin, Dethire, Dufour, Gauthier, Girardot, Hugotte, Lemorinat, Ogier, Picard, Perreau, Robin, Seguin, Thomas, …

Nature des propriétés :

A côté de près de 300 parcelles de terres, vergers et vignes, on relève seulement une quinzaine de maisons et 6 « parts » de maisons dans la première moitié du document, alors que dans la deuxième partie, plus de 20 propriétaires n’auraient que des terres, ce qui laisse supposer que le document parvenu jusqu’à nous depuis le 15ème siècle est incomplet… Un certain nombre de maisons sont signalées en Toucheboeuf, à proximité du « Grand Chemin ».  Toutes ont jardin et verger à proximité…

On ne relève pas moins de 70 parcelles de vigne, essentiellement dans la plaine, route des Noyers, et près de Vaudonjon, en Vaubion et Vaucaille, mais aussi en Toucheboeuf.

Les lieux-dits

On peut comparer leurs noms de l’époque avec ceux du cadastre actuel mais aussi avec ceux du cadastre napoléonien, daté de 1819 pour Montillot et accessible par Internet sur le site des Archives départementales de l’Yonne (A.D.Y.).

On trouve déjà le Champ et le Pré du Lac, la Brosse de Farge, le Puits Martin, Toucheboeuf (et son puits), Beurguereau, les Côtes, le Cloux (pour le Clos), la Grand Rue, le Champ de la Côte, la Côme de Vaudonjon, Longue Roye (pour Longue Raie), Aigremont, Vaubion, Vaucaille, Pissevin (en allant sur Asquins) …

Les « Saulées » sont proches des « Saules », « linière » de « Lignère », le « Champ des Assens » des « Essences », la « route des Noyers » rappelle un ancien lieudit de la plaine de la Chally …

D’autres restent à situer : le Champ du Poirier, le pré Jubin, le Champ des Obouats, les Brières, les Maréchaux, les Vieilles Courvées, la Courvée du Chemin d’Auxerre…

Les noms des chemins permettent de les situer : en plus du « Grand Chemin » souvent cité, on trouve le Chemin qui va à l’Etang (de Marot), la route des Noyers, le chemin de Blannay, le Chemin d’Arci, le Chemin de « Longue Roye » , la Rüe de Beurguereau, la « petite rüe de Toucheboeuf au Grand Chemin » , le sentier de Linière, la route de la vigne des noyers, le chemin qui va en Vaucaille…

Un point attire l’attention : le dénommé Regnault Picard possède « deux ouvrées de vignes séant entre la Croix de Monteliot et les champs tenant à la petite rüe qui vient de Cugeboeuf au grand Chemin… ».

Il existe bien encore une croix au coin du Chemin du Font du Charme, mais on n’a pas souvenir d’une croix située plus près du « Grand Chemin » …sauf si on examine le cadastre Napoléonien, où figure très nettement une croix au carrefour de la Duite !

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histoire régionale

Les Savelli / Savelly de Rome et de Puisaye

R. M. Koutlidis, Septembre 2001

En 1993 s’éteignait Charles Savelly, dernier porteur du nom à Montillot et dans la région. Ceci avait bien intrigué le Chanoine de Sens Jacques Léviste, auteur d’un article dans les cahiers généalogiques de l’Yonne en 1993 (tome IX): « Des palais romains aux manoirs de Puisaye, l’étrange destinée des Princes Savelli », qui avait fait une importante étude généalogique de cette illustre famille italienne dont l’un des membres émigra en France, mais qui arrêtait sa généalogie à la descendance connue, exclusivement féminine, de François Savelli (1670-1761), dont une fille était domiciliée à Montillot. 

Reprenons et résumons ce travail du Chanoine Léviste.

Qui étaient ces Savelli romains ?

Sanzovino dans son ouvrage « de l’origine et des fastes des illustres familles d’Italie », imprimé à Venise en 1609, faisait remonter au temps du déluge l’origine de la famille Savelli. Hors ces origines imaginaires, on sait que cette famille possédait sur l’Aventin un domaine fortifié au XIe siècle. Au IXe siècle déjà les Savelli tenaient à Rome une place remarquée et un certain Guido Savelli, trop turbulent aux yeux du pape, fut envoyé en Corse pour y travailler à la pacification de l’île : ses descendants y sont demeurés jusqu’à ce jour, constituant désormais la seule branche subsistante de la famille.

A compter du XIe siècle, les Savelli devaient donner deux grands papes à l’Eglise : Honorius III (1216-1227) et Honorius IV (1285-1287), et une suite importante de cardinaux. Les Savelli furent mêlés aux grands évènements de l’histoire de la papauté et du monde latin, tour à tour ambassadeurs, chefs militaires, sénateurs ou médiateurs. Une visite aux monuments civils et aux innombrables églises de Rome peut suffire à donner une idée de la place importante de cette famille dans l’histoire de la ville : leur blason figure partout.

Il s’agit d’un « écu coupé, le chef d’argent à deux lions affrontés de gueules, tenant entre leurs pattes une rose de même, surmontée d’un oiseau aussi de gueules ; et la pointe bandée d’argent et de gueules de 6 pièces, et une face d’or brochant sur le tout, chargée d’une anguille d’azur ». La dernière demeure des Savelli se trouve tout près du palais, dans l’église de l’Ara Coeli, à l’emplacement du temple de Junon. Un sarcophage antique occupe le centre du monument.

La généalogie de cette famille Romaine, de 1150 à 1712, est détaillée par le Chanoine Léviste dans son article. Le dernier du nom, Jules Savelli, prince d’Albano, duc de Venafro et de Marsi, grand d’Espagne, Chevalier de la Toison d’Or, Maréchal de la sainte Eglise, est mort sans postérité à 87 ans le 5 mars 1712. Plusieurs copies de lettres du XVIIIe siècle, conservées dans des archives familiales du Colombier à Etais-la -Sauvin , font allusion à la correspondance échangée entre les Savelli de Puisaye et le Prince Jules Savelli (et son frère le Cardinal Paolo Savelli), dont ils sollicitaient les faveurs.

Peu après la mort du prince Jules Savelli, se présenta à sa veuve un gentilhomme Français se faisant fort de prouver qu’il était le seul héritier du nom, des armes, des titres et des biens des Savelli, celui qui désormais allait signer ses lettres du nom de « Prince Dominique Philippe Savelli ». Il est en cette année 1715 âgé de 62 ans ( ?) . Un modeste document de la bibliothèque nationale brièvement rédigé par d’Hozier signale cet épisode. Malgré une recherche et un échange  de correspondance important, conservé à la Bibliothèque Nationale au dossier Savelli, il fût impossible au prince Dominique Savelli d’établir avec certitude sa filiation avec les Savelli romains, et sa téméraire tentative échoua.

Au vu de ce que nous connaissons aujourd’hui de cette généalogie, il semble qu’il eut été pour lui plus juste, et plus sage,  de se rattacher  par son bisaïeul Horace Savelli, premier du nom en France, non pas à Giovanni Savelli, maréchal du Conclave, époux de Livie Orsini en 1601, et grand oncle du dernier prince défunt, mais à Giovanni Savelli de la génération précédente, soldat de Cosino Premier, et dont on ne connaît que les activités durant la guerre de Sienne au XVIe siècle. Mais bien sûr les prétentions alors devenaient moindres. Quoi qu’il en soit, le Prince Dominique Savelli ne revint pas en Puisaye: les registres paroissiaux ne gardent aucun souvenir de lui. Dans les archives du Colombier, à Etais- la- Sauvin, une note manuscrite informe, de la fin du XVIIIe siècle, signale qu’il serait resté discrètement à Rome et y serait mort en 1741. Cependant, un troublant document laisse supposer que malgré cet échec les parents français ne furent pas oubliés dans le partage des biens du prince Jules Savelli. Il s’agit d’une donation entre vifs faite le 26 avril 1716 par demoiselle Elisabeth de Richouffz, … « cédant ses droits mobiliaires et immobiliaires qui lui étaient échus par le décès de Très Haut et Très Excellent seigneur le prince Jules de Savelly…sur toutes les principautés, duchés, comtés, terres et seigneuries…qui étaient tous situés hors de France dans les Etats de l’église, de sa majesté Impériale… »

C’est en 1562 que la présence de Savelli est notée à Toucy, en Auxerrois. Horace est présent au baptême de sa fille Edmée le 9 mars 1562, née d’une première alliance dont on ne connaît rien de plus. Pourquoi ce Savelli « natif de Rome et retiré en cestuy nostre royaulme pour y finir ses jours » aux dires des lettres de naturalité accordées en mars 1593 par Henri IV est-il venu s’installer à Toucy? La réponse a été apportée par une lettre adressée au cardinal Jules Savelli en 1641 par la mère Anne de Richouffz de St-Michel, du couvent de Chaillot, petite fille de « Messire Horace de Savelli ». Elle nous apprend qu’à la mort de Horace, son oncle était très jeune ; c’est de la bouche de son ami intime Mr de Richouffz, oncle de la mère Anne de Richouffz, qu’il apprit que Horace s’était battu en duel avec un grand seigneur d’Italie, et qu’il l’aurait tué sur place, l’obligeant à se réfugier en France où il vint avec un seigneur d’Italie nommé Gonzagues de Médicis. Quelques temps après, le Comte de Chaume, ayant été ambassadeur à Rome, connaissant son extraction, le pris avec lui et le maria en 1590 avec mademoiselle Charlotte de Montbeton, fille de Guy de Montbeton écuyer, seigneur de Celles en Champagne, et de Champeaux, fief situé sur la commune de Toucy. Ce mariage l’obligea à faire un séjour en France ; le Roi Henri IV lui donna ses lettres de naturalité, en le reconnaissant issu de l’illustre race des Savelli. La mère Anne de Richouffz note par ailleurs la similarité des armes utilisées par son grand-père (cachet de lettres) et des armes des Savelli Romains.

La généalogie des Savelli Auxerrois a été établie d’après les registres paroissiaux de Toucy, Thury, Lainsecq et Etais- La- Sauvin.

Horace Savelli eut une fille d’un premier mariage, et six enfants du second, dont Charlotte Savelli, mère d’Anne de Richouffz, Charles Savelli né en 1595 et François Savelli.

Charles Savelli est écuyer, capitaine des gardes du maréchal de Chatillon, et parrain à Toucy en 1647. Il aura quatre enfants dont Philippe Alexandre, parrain à Toucy en 1646 et décédé en 1698. Ce dernier est écuyer, seigneur de Champeaux et de son mariage avec Elisabeth de Biencourt est issue la branche « de Savelle » qui s’éteint à Toucy en 1745.

François Savelli est né en 1601. Il eu 6 enfants de son épouse Françoise de Soyer, dont Dominique Savelli, et Charlotte et Anne Savelli, toutes deux citées dans la généalogie de d’Hozier.

Dominique Savelli,  fils du précédent, est écuyer, seigneur de Champeaux en partie et de la Grangette. Il est déjà mort en 1712. Il épousa à Thury le 25 février 1667 Jeanne de Drouard, dame du Verger, fille d’Edme de Drouard seigneur de Curly, dont il aura quatre enfants, dont François Savelli, Dominique Philippe Savelli dit « le Prince », parti pour Rome pour briguer la succession des Savelli Romains, où il mourut, et Laurent Dominique Savelli, capitaine au régiment Royal Rousillon , Cavalerie en 1740, chevalier de Saint-Louis, qui épousa en 1749 Jeanne Françoise de Richouffz et mourut le 27 novembre 1765.

François Savelli, petit-fils du premier, est seigneur de Maupertuis en 1709-1726, et de la Guirtelle (Lainsecq). Il fût baptisé à Thury le 20 novembre 1670, et mourût chez sa fille dans le domaine du Colombier à Etais-la -Sauvin à un âge très avancé pour l’époque, en 1761.

domaine du Colombier à Etais-la -Sauvin

Il épouse le 31 Août 1706 à Brosses Elisabeth de Burdelot, fille de François de Burdelot écuyer seigneur de Fontenille, et de Marie de la Bussière. Veuf neuf ans après son mariage, il aura 4 enfants légitimes dont seules deux filles auront descendance : Marie Elisabeth, baptisée à Thury le 20 novembre1706, qui épouse à Lainsecq le 17 février 1722 Bon de la Borde, écuyer, seigneur du Faye et de Montillot ; Marie-Jeanne, baptisée à Thury le 19 novembre 1707, décédée au Colombier à Etais-la -Sauvin , domaine de son époux, pendant la révolution ; elle avait épousé le 7 janvier 1727, à Lalande, Nicolas François de Mullot de Villenaut, et son fils Louis Nicolas Mullot de Villenaut, marié à Elisabeth de la Borde, est l’ancêtre des Mullot de Villenaut  d’aujourd’hui.

le château de Montillot

Mais l’étude des registres de Montillot nous apprend que le 10 février 1749, lors de la publication des bancs de son mariage avec Claudine Guttin, un dénommé Morice Guiard né le 22 septembre 1721 de Marguerite Guiard demeurant à Etais-la -Sauvin, servante chez madame de Villenaut, et de père inconnu, ainsi qu’il apparaît sur son acte de baptême à Lain, près de Lainsecq, ce dit Morice Guiard est reconnu par son père François Savelli, écuyer à Etais-la -Sauvin, qui lui donne son nom. Sa femme ne survivra pas à sa seconde grossesse, ni ses enfants. Il épouse en seconde noces Jeanne Guilloux, en 1805, dont sont issus les derniers Savelly de Puisaye, orthographié en « Y », domiciliés à Montillot, et dont l’arbre généalogique avait été dressé d’après les registres conservés en mairie jusqu’à une date récente.

Pour la petite histoire, on note que c’est le 24 Juillet 1750, soient 17 mois après la reconnaissance de Morice Guiard-Savelli, qu’est dressé un acte de succession-partage entre vifs de François Savelli en faveur de ses deux filles, veuves, Jeanne de Savelli et Marie-Louise de Savelli « …ses deux filles et ses seuls enfants et héritiers …», conservé dans les archives du château à Montillot. Moyennant quoi les relations entre les deux branches légitime et illégitime de Montillot ont été normalisées, puisque l’on retrouve des parrains et marraines de la première pour la seconde, dans les générations suivantes…

Acte de Succession-Partage

des biens de François Savelli entre ses deux filles Marie-Louise et Jeanne

Monteliot 24 Juillet 1750

(traduction)

L’an mil sept cent cinquante le vingt quatre / Juillet a Monteliot après midy, en la maison de dame Marie Louise / de Savelly, veuve de Messire Bon de la Borde, et pardevant moy Vincent / Baudot, nottaire royal résidant et etably a Vézelay soussigné expres mandé / avec mes témoins cy bas nommés, est comparu en personne Messire / François de Savelly ecuyer Seigneur de Mauperthuy demeurant a present / a Monteliot chez laditte dame de la Borde, sa fille, lequel se voyant avancé / en age, et désirant laisser la paix dans sa famille, et craignant / la division entre les deux dames ses filles cy après nommées au sujet / du partage de ses Biens, il a résolu de son vivant de faire le partage / des Biens dont il jouy actuellement, Entredames Marie Louise / de Savelly, veuve du Sieur Bon de la Borde, et Jeanne de Savelly, / veuve de Nicolas Mulot ecuyer Seigneur de Villenault, Capitaine de Cavallerie / au Régiment Daumon, ses deux filles et ses seuls enfans et héritières / Pour a quoy parvenir, il a ordonné aux dittes dames ses deux filles / de faire entre elles l’estimation de ses biens dont elles ont connoissances / plus particulières que luy même. A quoyayans obeÿ, elles en ont / fait deux lots qui ont été tirés au sort par un enfant passant. /

Le premier desquels est écheu a la ditte dame Marie Louise de Savelly et sera / composé des biens cy après

Scavoir de la Terre et  Seigneurie de Mauperthuy, en quoy qu elle consiste / sans aucune reserve, seituées en la parroisse de Druye Election de Clamecy, / Monnante de Monsieur le Duc de Nevers, consistante en un domaine sans / bastiments, en un Terrier, Terrages, Bois, Buissons, chaumes et / Terres vaines et vagues.

Plusen un contract sur le Trésor royal suivant la quittance de finance / du quatre mars mil sept cent un, créé par Edit du mois de décembre mil sept / cent, produisant actuellement suivant la déduction par arrest du conseil du / onze octobre mil sept cent vingt trois, quatre vingt quinze livres cinq sols , lequel / contract quittance de finance, et arrest de reduction, le dit Sieur de Savelly a déclaré …///

///…estre actuellement entre les mains de Monsieur le Marquis Danlezy qui en / couche les arrérages depuis quelques années pour ledit Sieur de Savelly qui / a déclaré que le dit contract sur le Trésor Royal est, autant qu’il peut se le / rappeller, de la somme de deux mil cinq cent livres en principal.

Plus un contract de constitution de rente de vingt cinq livres par an au / vingt trois janvier, au principal de cinq cent livres créé au proffit du dit Sieur / de Savelly par contract reçu Joynon et Collin, nottaires, le vingt trois / janvier mil sept cent trente, controllé à Thury  le trente un du dit mois / par le Sieur Jacques De la Coudre, ecuyer, capitaine au régiment de Lachenelays, demeurant a Grangette, parroisse de Thury.

Plusd’une autre rente de cinq cent livres de principal aux arrérages / de vingt livres par an et deux poulets, payable au jour de Saint André / de chacque année, reconnue au proffit du dit Sieur de Savelly par contract / receu Bertrand, nottaire au duché de Nivernois, résidant a Tingy le / onze Septembre mil sept cent vingt six, controllé a Druye le vingt un / du dit mois par Trémeau, par Jean Goubinat, laboureur demeurant a la / Fontenelle, parroisse de Tingy; et en trois cent livres de soulte qui seront / payées par le lot cy après, ainsy et comme il sera dit.

Le Second Lot  est echeu a la dite dame Jeanne de Savelly, veuve Mulot / de Villenaut, et sera composé du bien de la Guiretelle, parroisse de Linsecq, / consistant en bastiments, prez, terres et vignes sans en rien excepter n’y / reserver, tel et tout ainsy qu’en a jouit le dit Sieur de Savelly, et qu’en / jouy actuellement ou doit jouir Edme Petit, fermier actuel, lequel lot rendra / et resoultera pour plus value au premier lot la somme de trois cent livres qui / seront payés au premier lot arrivé a la ditte dame veuve de la Borde après / le déceds du dit Sieur de Savelly; et faute de payer et rembourser les dits trois cent / livres trois mois après le dit déceds les interests au taux de l’ordonnance en seront // payés a compter depuis le déceds .

Les dettes que peut devoir le dit Sieur de Savelly sont a la charge des dittes deux / dames ses filles par moitié, et seront par elles payées après son déceds .

Se réserve positivement le dit Sieur de Savelly la jouissance sa vie durant / de tous les biens qui font la matière du present partage.

Ce fait, le Sieur de Savelly a fait venir les dittes deux dames ses filles ausquelles / de son ordre j’ay fait lecture en presence de mes témoins cy bas nommez …///

///… du partage cy dessus, et après avoir ouy la lecture, elles ont humblement / remercié le dit Sieur de Savelly leur père, loué, approuvé et ratiffiés le dit / partage et consenty chacune vis a vis d’elle qu il  ayson execution, sauf l’usufruit / des dits biens au dit Sieur de Savelly sa vie durant, se demettant dès a present / en faveur de ses dittes filles de la propriété des dits biens partagés, se reservant,/ de jouir et disposer des revenuës d iceux pendant sa vie ainsy qu’il  … , / ce qui a été unanimement consenty, convenu et accepté, entre toutes les partyes / qui ont déclarés que les biens présentement partagés sont de valeur y / compris les rentes, de neuf mil livres. Les lots seront garantis les uns / envers les autres de la garantie ordinaire. Car ainsyet ce promettant, et ce obligeant et ce renonçant, fait, lû et passé audit Monteliot en la maison / de la ditte dame Veuve de la Borde en présence de Me Claude Grossot de Vercy / conseiller du roy, Elu en l’Election de Vézelay, demeurant audit Vézelay, et de / Claude Porcheron, taillandier, demeurant en ce lieu de Monteliot, témoins / a ce requis et appellés qui ont signés avec les dittes parties et moy nottaire / susdit et soussigné. Ainsy signés a la minutte des présentes F.Savelly, / Savelly de la borde, Savelly de Villenaut, Grossot de Vercy, C.Pourcheron, / et Baudot, nottaire susdit et soussigné. A la marge est écrit « Controllé / a Vézelay le vingt huit Juillet mil sept cent cinquante, receu cinquante / quatre livres douze sols, sauf le suplément de drois de controlle a percevoir / sur l’excédent qui se trouvera de dix neuf cent cinq livres, principal de la rente / de quatre vingts quinze livres cinq sols, qui est surement d’un plus hault / principal, par la quittance de finance du quatre mars mil sept cent un, / énoncée audit partage , qui sera représentée en ce bureau a cet effet le plus / promptement que faire se poura par la dame de Savelly veuve du Sieur de la Borde .

Ainsy signé Duverger avec paraphe

                                                                                                  BAUDOT

…je reconoist avoire resue de madame de Vilenot ma tante ma portion des troix sans livere portée aus presand partage dou je la tiens quite

aux Coulonbier ce senque novambre mile sept cent souesante e un

                                                                                                   Boulé  

…nous sousigné Elizabete et Françoise de la Borde reconnaissons avoir reçu de madame de Villenaut notre tante la somme de deux cent livres portés au presant partage Sous quitance a Monteliot ce onze septembre mil sept cent soixante dix

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histoire régionale un peu d'histoires

Montillot et ses environs de l’an 1000 à l’an 1500

A. Buet, mai 2016

1169 : Entrée de Montillot dans l’Histoire

An 1000…Où en sommes-nous dans notre « Vézélien » ?

On a vu que, au tout début du 11ème siècle, une guerre se déroulait dans notre région : le  roi de France Robert II cherchait en novembre 1003 à reprendre le Duché de Bourgogne, dont l’héritage lui avait échappé au profit d’Otte-Guillaume. Avec son allié Richard de Normandie, ils échouent devant Auxerre ; pour se venger, ils ravagent la Bourgogne jusqu’à la Saône, détruisant au passage la place forte d’Avallon et massacrant ses habitants. Finalement, Otte-Guillaume se soumet, et renonce au Duché, qui revient à la France en 1004.

On ne sait si Vézelay et les villages voisins, situés en bordure du Comté d’Avallon, ont été directement affectés par ces batailles… C’est très probable : l’historien Alfred TURGOT écrit au sujet du « Siège d’Avallon » :… « Richard de Normandie occupait la campagne aux environs. Ses soldats, – ou plutôt ses bandes -, mettaient tout au pillage. » Rappelons aussi que le monastère de Vézelay, – fondé initialement au bord de la Cure par donation-testament rédigée en 858 par Girart de Roussillon et son épouse Berthe -, avait été mis sous la protection directe du Saint-Siège, acceptée par une bulle du pape Nicolas Ier de mai 863. Suite à sa destruction par les Normands en 887, l’Abbé Eudes a réimplanté le monastère en haut de la colline proche… Mais le statut privilégié de ce monastère – riche au départ des donations de Girart, et par la suite de celles de riches fidèles -, était mal supporté par les puissances temporelles et spirituelles voisines, le comte de Nevers et l’évêque d’Autun , dont les luttes d’influence ont secoué cette abbaye pendant plusieurs siècles. Ainsi, l’abbé Aimon, élu en 1011, a été chassé en 1027 par le comte de Nevers, remplacé par un moine de l’abbaye de Cluny, puis rétabli suite à l’intervention de l’évêque d’Autun.

Cette richesse très jalousée ne cesse de s’accroître : l’abbé Geoffroy, élu en 1037, a – cf B. Pujo – « l’heureuse inspiration de promouvoir à Vézelay, – en plus de celui de la Vierge Marie -, le culte de Ste Marie-Madeleine, la pécheresse amie de Jésus », avec l’accord du pape Léon X par une bulle du 27 avril 1050. Une autre bulle, d’Etienne X, en mars 1058, attestera même que le corps de Marie-Madeleine était bien dans l’église abbatiale de Vézelay…

Le but poursuivi fut atteint : les pèlerins affluent de toute l’Europe. Des marchands s’installent – cabaretiers, merciers, changeurs…-. Certains, venant de Pologne, Hongrie ou Allemagne se rassemblent à Vézelay pour prendre le chemin de St Jacques de Compostelle. L’église abbatiale ne suffit plus pour accueillir tout ce monde…

L’abbé Arthaud, élu en 1096, lance la construction d’une grande basilique romane ; les travaux ont duré plus d’un siècle, sous les gouvernements des huit abbés suivants, lesquels ont dans le même temps, dû affronter de grandes difficultés de gestion. Toutes les archives relatives à cette construction ayant été détruites, seule la tradition orale nous renseigne sur l’origine des pierres utilisées pour cette construction. B. PUJO nous la rapporte : « la pierre blanche était un calcaire extrait sans doute à Montillot, tandis que la pierre brune, un autre calcaire coloré de l’oxyde de fer, était trouvé à Tharoiseau »….et le matériau destiné aux sculptures venait de Coutarnoux. Un chercheur du Centre d’Etudes Médiévales d’Auxerre, ayant visité il y a quelques années les vestiges de la carrière de notre Crot-Blanc, a confirmé qu’on y trouvait une pierre tout à fait comparable à celle utilisée pour les sculptures du portail de la nef.

Une première partie de la nouvelle église, – chœur et transept -, fut consacrée en 1104 .

narthex et nef de la basilique de Vézelay.

Mais en 1106, les habitants de Vézelay, surchargés d’impôts, se révoltent, et l’abbé Arthaud est tué dans une échauffourée. C’est Albéric, moine clunisien, abbé de Vézelay de 1131 à 1138, qui fit terminer la nef romane.

Son successeur de 1138 à 1161, Ponce de Montboissier, fit réaliser de 1140 à 1150, une avant-nef, ou narthex, très vaste, en fait « une véritable église où les pèlerins pouvaient se reposer ».

Plus tard, c’est Girard d’Arcy, abbé de 1171 à 1198, qui aurait décidé de remplacer le chœur roman par un chœur et un transept de style gothique, technique nouvelle où « l’ogive remplace le plein cintre roman » (l’arc brisé au lieu du demi-cercle).Chœur et transept gothiques ne seront terminés qu’en 1215…

Extension du patrimoine de l’abbaye

Des bulles papales, confirmant les privilèges de l’abbaye accordés en 863, recensent périodiquement son patrimoine. Un groupe de paroisses entourant Vézelay, s’est trouvé petit à petit soumis de fait à l’autorité civile, administrative et judiciaire des abbés.                                                                   

On appelait « poté », – du latin « potestas » = « pouvoir », le territoire ainsi contrôlé par ce pouvoir seigneurial. Des bornes de pierre en marquaient en principe les limites.

1-     Bulle du pape Pascal II, le 21 novembre 1102

Dans le diocèse d’Autun, ce texte énumère, comme possessions du monastère de Vézelay : les paroisses de Saint-Père, de Vergigny ( village maintenant disparu, situé au lieu-dit actuel « Champ des Eglises », près du Gué-Pavé, sur la rive gauche de la Cure), de Saint-Pierre et Saint Symphorien de Dornecy, de St Sulpice d’Asnières, de St Germain de Fontenay sous Vézelay, de St Pierre de Blannay, de St Georges de l’Isle sur Serein, de St Léger de Fourcheret (futur St Léger- Vauban),…

2-     Bulle du pape Alexandre III, le 16 février 1169

Ce document fait état de très nombreuses acquisitions nouvelles de l’Abbaye, situées dans les diocèses d’Autun, Auxerre, Nevers, Langres, Mâcon,  Clermont, Saintes, et même en Italie (Parme et Imola…).

A proximité de Vézelay, – diocèse d’Autun -, sont cités à la suite : le domaine de Précy-le-Sec (« Pressiacus »), avec église et biens, l’église de Givry (« Gribiacus »), le domaine de Voutenay (« Vulturnacus ») et la moitié de ses biens, celui de Blannay (« Blanniacus ») avec église et biens, l’église de Bessy (« Brescia ») avec domaines, granges et revenus, l’église d’Asnières (« Asinarüs ») avec la moitié du domaine…

C’est dans cette liste que l’on trouve pour la première fois « …ecclesiam de Montirueth », que, vu la proximité des autres villages, l’on croit désigner notre actuel « Montillot ».

Le texte de cette bulle ayant été restitué vers 1863 pour le bulletin de la Société des Sciences de l’Yonne (B.S.S.Y.) par Aimé CHEREST, avocat auxerrois, d’après des transcriptions partielles du 15ème siècle, des erreurs de copistes ont pu intervenir…Notre compatriote G. Ducros lirait plutôt « Montirucht » et rattacherait ainsi  ce nom au vieux français « rucht », qui désignait une carrière de pierre…

On a tracé ci-dessous sur une carte ancienne, les contours  approximatifs de la « poté », à cheval sur les comtés de Nevers et d’Auxerre, et limitrophe du duché de Bourgogne.

3- Autres bulles papales

Les bulles de Lucius III du 19 décembre 1182 et de Innocent IV de janvier 1245 confirment les privilèges de l’Abbaye de Vézelay. Elles ne reprennent pas l’inventaire des paroisses, mais insistent sur le principe selon lequel l’abbaye était « exempte de toute juridiction épiscopale », ce qui entraînait l’interdiction  pour l’évêque d’Autun d’officier personnellement dans les églises de la poté, Lucius III en cite explicitement deux, celles de nos villages actuels d’Asquins et Saint-Père, et Innocent IV en cite cinq, celles de Asquins, Saint-Père, Châtel-Censoir, l’Isle-sur-Serein et Montillot… « in ecclesiis Asconii et St Petri,….et in ecclesiis Casti, Insulae et Monterione… », ce dernier nom supposé « romanisé » par un copiste d’origine italienne ( ?) (cf G.Ducros).

Concession de franchises aux habitants de Vézelay. « Charte » de 1137

 L’affluence des étrangers, ainsi que les foires, donnaient, nous dit l’historien Augustin Thierry, «  à un bourg de quelques milliers d’âmes, une importance presqu’égale à celle des grandes villes du temps »…

Mais quelle était la situation sociale des paysans et ouvriers de l’époque ?

 L’abbé Pissier, dans ses « Recherches historiques sur Asquins », – publiées par la S.E.A en 1908 – nous rappelle que « les conquérants romains avaient totalement supprimé les petits propriétaires fonciers de la Gaule, et à tous les vaincus ils avaient imposé des conditions absolues ». Même situation après l’invasion des Burgondes et des Francs : «  le peuple, au milieu de ces bouleversements, était resté esclave, c’est-à-dire n’ayant ni famille, ni maison, ni terre, ni patrie »…Avec l’avènement du christianisme, «  l’Eglise prit à cœur la défense des opprimés », et petit à petit « à l’esclavage succéda le servage ».

Ce qui représentait un grand progrès, car les serfs avaient alors « une famille dont les membres étaient unis par des liens sacrés, une maison plus ou moins commode, des terres à cultiver pour le compte du seigneur, mais sur lesquelles ils vivaient, et qui étaient leur petite patrie : il ne leur manquait que la liberté de disposer de cette terre et de cette maison ».

 Donc en ce début du 12ème siècle, la situation des habitants des principales localités de la « poté » fut ainsi décrite par David Boudin, dans ses « Pages d’histoire du Moyen Age » : « Quoique serfs de l’abbaye de Sainte-Madeleine, les habitants de Vézelay et de Dornecy, à mesure qu’ils s’enrichirent par l’industrie et le commerce, avaient vu s’améliorer graduellement leur condition civile ; ils étaient devenus, à la fin, propriétaires d’immeubles qu’ils pouvaient vendre, donner ou léguer, il est vrai sous diverses conditions, et pour eux le servage  se trouvait réduit à des redevances plus ou moins arbitraires, à des taxes gênantes pour l’industrie, et à l’obligation de porter leur pain, leur blé et leur vendange, aux fours, moulins et pressoirs publics, tous tenus ou affermés par l’abbaye à laquelle ils appartenaient »… 

Il n’est donc pas surprenant que les révoltes des « bourgeois de Vézelay » furent de plus en plus fréquentes. C’est dans le but d’apaiser les relations entre l’abbaye et les habitants, que l’abbé Alberic – déjà cité -, organisa en 1137 une rencontre où les « bourgeois » purent exposer leurs griefs, en présence d’arbitres, tels que l’évêque d’Auxerre et les abbés de Pontigny, Rigny, Tréfontaine et Clairvaux. En conclusion de leurs échanges, Alberic a rédigé une charte, résumant leurs points d’accord . Cette énumération évoque avec réalisme la nature et le style des relations quotidiennes entre l’abbé et les habitants de la poté:

  • droit de gîte : les bourgeois devront loger tous les hôtes de l’abbé les jours de fêtes, une année sur 2…et non pas un année sur 4 comme ils le souhaitaient et comme leur aurait concédé un précédent abbé.
  • cens des vignes, ou « herbage » : il sera payé en vin de bonne qualité, ou en argent au cours le plus élevé, pour la St Martin d’hiver, alors que les bourgeois cherchaient à se dérober à cette obligation.
  • il ne sera permis à personne, ni au doyen, ni à personne autre, de cueillir les raisins des bourgeois sans leur consentement… alors que le doyen envoyait ses serviteurs dans les vignes à leur insu .
  • le « maréchal de l’abbé » ( chargé du soin de ses chevaux) recevra, de chaque habitant de la poté de Vézelay, propriétaire d’un pré, une « trousse d’herbe » ( …une « botte »…), – mais pas de foin -, pour la nourriture des bêtes…alors que les bourgeois contestaient à l’abbé le « droit personnel » de prélever de l’herbe – fauchée ou non – surtout quand il n’était pas à Vézelay.
  • il ne sera levé aucune taxe sur les jeunes filles qui se marieront, à condition que l’abbé ou ses officiers (doyen ou prévôt) soient informés du mariage, afin d’éviter « qu’elles ne vinssent par fraude à tomber en puissance de mari appartenant à une autre poté ou seigneurie, …cause assez fréquente de scandale » …alors que, précédemment, «  les filles en se mariant étaient obligées de payer une taxe au Doyen et au Prévôt ».
  • «  à l’égard de la pêche dans les eaux de la rivière (la Cure), il fut dit qu’à l’exception des gourdsles Bourgeois et les Villains  (les paysans) pourraient y pêcher, avec toutes sortes d’engins, les filets exceptés ;  que s’ils prenaient un saumon, ils le porteraient aux officiers de l’abbé,  et quant aux autres poissons, qu’ils seraient tenus de les présenter d’abord au Celerier (responsable du cellier, donc de l’approvisionnement de l’abbaye) et de les lui vendre au prix qu’ils auraient offert de les vendre à d’autres… », alors que le droit de pêcher librement leur avait été contesté par l’Abbé.
  • Sur le paiement des dîmes sur le vin, le blé, les brebis, agneaux, veaux et porcs, il a été convenu qu’on s’en tiendrait à « la pratique universelle de l’église et des paroisses des environs »,alors que l’abbé se plaignait que les bourgeois refusaient souvent de payer, et que ceux-ci reprochaient à l’abbé de vouloir prélever « un agneau sur quatre »…

Les discussions se sont poursuivies un autre jour, en présence de quelques nouveaux arbitres : le Comte de Nevers, les vicomtes de Clamecy et de Pierre-Perthuis, Guillaume de Chastellux, Robert de Chamoux, Gaufroy d’Asnières…

  • Point important : la « main-morte », c’est-à-dire l’incapacité dont étaient frappés les serfs au Moyen âge de transmettre librement leurs biens à leur décès. Il a été décidé que les hommes libres qui mourraient sans enfant légitime, pourraient disposer de leurs biens « en faveur de leurs plus proches parents légitimes et de condition libre, pourvu que ceux-ci se fixent à Vézelay et qu’ils adoptent la coutume de la ville », alors qu’auparavant, il leur était interdit de «  tester en faveur de leurs frères ou sœurs, ou de tels autres de leurs parents », et en conséquence, leurs biens revenaient à l’Eglise.
  • Il a été aussi décidé que la sépulture religieuse serait donnée aux morts sans aucune rétribution…contrairement aux habitudes des précédents abbés…
  • Enfin, il fut confirmé que l’abbé pourrait continuer à faire lever la taille  (impôt dépendant des revenus de chaque contribuable) sur les bourgeois et les paysans par ses officiers, sans prendre l’avis des bourgeois, …alors que ceux-ci demandaient que le Doyen et le Prévôt s’adjoignent quatre bourgeois élus afin d’apporter plus de justice dans l’évaluation des impositions.

Toutes ces dispositions devaient être appliquées, «  non seulement à Vézelay, mais dans toutes les paroisses soumises à la domination de l’abbaye, comme à Dornecy, Saint-Père, Asquins et autres »… dont Montillot. De plus, elles eurent suffisamment de retentissement pour servir un peu plus tard de  modèle à des seigneuries voisines. Ainsi, le duc de Bourgogne Eudes III établit en 1200, au profit des serfs d’Avallon, une charte d’affranchissement, « telle que celle des habitants de Vézelay ». De même en 1222 à Mont-Saint-Jean et à Montréal…

Alors, ces heureuses décisions furent-elles suivies d’effet dans la poté ? Hélas non, si l’on en croit les « Pages d’histoire du Moyen Age » :

«Les évènements qui suivirent prouvent qu’il n’en fut pas ainsi.  Les démêlés entre l’abbé de Vézelay et les bourgeois renaissent toujours. L’acte appelé Transaction ne fut pas respecté ; on le considéra, peu de temps après sa rédaction, comme entaché de nullité et non avenu ».

Il arrivait aussi que les différends des abbés avec le comte de Nevers encouragent les bourgeois dans leurs revendications. Par exemple, lorsque le Comte refusait que ses vassaux payent une redevance à l’abbaye lorsqu’ils exposaient leurs marchandises pour les vendre dans les rues de Vézelay. Et lorsque l’abbé Ponce de Montboissier,- qui avait succédé à Alberic en 1138 -, s’opposa à l’exigence supplémentaire du comte Guillaume III d’intervenir dans les affaires judiciaires de la poté, le conflit s’envenima et le comte fit bloquer  les routes d’accès à Vézelay (cf B.PUJO) . L’abbé fit une fois de plus appel à la protection du pape, et Eugène III organisa à Bessy-sur-Cure la réunion d’un tribunal d’arbitrage présidé par l’abbé de Clairvaux. Un accord temporaire fut conclu quelques jours avant Pâques 1146…

Quant à la levée de la main-morte, il suffit de signaler qu’il fallut attendre 300 ans, pour qu’en 1442 l’abbé Aubert établisse un nouvel acte dans ce sens en faveur des « manants de Cray et de Chamoux » .

De l’Apogée au Déclin

L’apogée de Vézelay.

Le succès des pèlerinages n’est pas perturbé par ces difficultés de « gestion interne » de la poté… Non seulement des foules gravissent la colline, mais des évènements importants y ont lieu, et on a pu dire que Vézelay entra vraiment dans l’Histoire de France le jour de Pâques 1146.

Ce jour là, l’abbé Bernard de Clairvaux, du haut de la colline, face à Asquins, prêche la 2ème Croisade, appelant le peuple chrétien à la défense des lieux saints ; et, à côté de lui, partant pour la même aventure, le Roi de France Louis VII et la reine Aliénor d’Aquitaine.

A la Pentecôte 1166, l’Archevêque de Cantorbery Thomas Becket, au titre de légat du pape,célèbre une messe solennelle à la Madeleine. En 1190, le roi Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion (pour mémoire…fils de Henri II d’Angleterre et d’Aliénor) se donnent rendez-vous à Vézelay pour un départ vers Jérusalem (3ème Croisade).

Nous n’avons pas d’éléments d’information nous permettant de connaître les répercussions de cet afflux de pélerins sur la vie des villages moins proches de Vézelay que Saint-Père ou Asquins. Mais il est très probable que des files de piétons se sont croisées sur les chemins de la région convergeant vers la basilique, telles que celui venant de Mailly-la-Ville qui, se dirigeant vers Asquins, longeait Montillot près du bois du Fège. Un certain nombre de paysans venaient certainement, – comme ceux qui ont été cités venant de Dornecy -, vendre les produits de leurs terres, jardins, clapiers et poulaillers, dans les rues de Vézelay…

Dans la suite  du récit, nous relèverons systématiquement tous les problèmes rencontrés dans des villages proches de Montillot, qu’ils appartiennent ou non à la poté. 

13ème siècle. Déclin de l’abbaye.

Après l’abbé Ponce, et ses successeurs Guillaume de Mello puis Girart d’Arcy, les moines élirent en 1198 à l’unanimité un dénommé Hugues, qu’ils connaissaient bien puisqu’il avait été élevé à l’abbaye depuis l’âge de 8 ans…Mais, nous dit B.Pujo, « il dévoila sa vraie personnalité…en moins de dix ans, Hugues réussit à dilapider en partie le trésor de l’abbaye ». De plus, il vendait des charges écclésiatiques et avait une vie dissolue. Si bien que le pape Innocent III, alerté, le destitua en 1207…

Son successeur Gauthier dut gérer de nouvelles agressions du comte de Nevers, – blocus des routes, saisie de bestiaux, empêchement de l’accès à la Cure et des vendanges… -, et eut recours  à l’arbitrage d’Innocent III en 1213.

La situation de l’abbaye continuait à se dégrader ; une lettre du pape Clément IV à son légat en France , y dénonça endettement et corruption. Les raisons ?… En plus des problèmes de gestion interne, il y avait un fait plus grave : l’abandon progressif de Vézelay comme lieu de pèlerinage. En effet, depuis la fin du 12ème siècle, une rumeur se répandait selon laquelle les véritables reliques de Marie-Madeleine étaient en Provence, dans une grotte près de Saint-Maximin. Même le roi Louis IX (St Louis) se rendit à la Ste Baume en 1254… C’est l’abbé Jean d’Auxerre, élu en 1252, qui réagit le plus efficacement :  en octobre 1265 , il fit sortir de la crypte par des terrassiers, les ossements et un parchemin, en présence de deux légats du pape – dont l’évêque d’Auxerre – qui les examinèrent. Une seconde cérémonie, le 24 avril 1267, présidée par le roi Louis IX lui-même eut pour objet la translation solennelle des reliques. Mais les moines de St Maximin ont organisé en 1279 des manifestations tout à fait semblables à celles de Vézelay. Ils eurent plus de chance, puisqu’en 1295, le pape Boniface VIII confirma l’exclusivité des reliques provençales !

Parmi les pélerins, on ne trouvera plus que quelques anciens fidèles à la Colline et ceux qui passeront en allant en Compostelle…Néanmoins « le monastère était toujours propriétaire d’un important domaine foncier et de nombreuses églises ou prieurés sur lesquels il percevait des dîmes écclésiastiques » (cf B.Pujo). 

Fin du 13ème siècle. Changement de statut de l’abbaye.

En 1280, Philippe III le Hardi, fils de St Louis, estimant que Vézelay peut être une position défensive importante aux limites du domaine royal, prend par ordonnance le contrôle de l’abbaye et de son fief, sans que le pape Martin IV ne s’y oppose. En 1312, Vézelay est rattaché au bailliage de Sens. L’abbé conserve l’exercice de la justice sur toute la poté, mais dans le cadre des ordonnances royales.

La poté est devenue une possession de la couronne.

L’abbatiat d’Hugues d’Auxois, de 1290 à 1316 marqua une époque tranquille pour Vézelay, laquelle se prolongea pendant la première moitié du 14ème siècle.

14ème siècle. La guerre de Cent ans (1337-1453).

C’est une querelle dynastique qui fut à l’origine de la guerre dite « de Cent Ans » : après le décès du dernier fils de Philippe le Bel, la couronne revint à son neveu Philippe VI de Valois ; mais le roi d’Angleterre  Edouard III, petit-fils du même Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France, s’estimait plus proche du trône de France…S’y ajoute un conflit permanent sur la Guyenne, devenue – depuis le remariage d’Aliénor – propriété du roi d’Angleterre, qui est donc vassal du roi de France pour ce Duché.

Après avoir débarqué dans le Cotentin, les Anglais dévastent les environs de Caen, puis écrasent les troupes françaises à Crécy ( dans la Somme actuelle) en août 1346 et établissent une base à Calais.
Des trêves sont alors signées, car les deux royaumes sont ravagés par la peste noire ; ce fléau aurait tué un habitant sur 3 en Europe en 3 ou 4 ans. B.Pujo nous rapporte que Givry aurait perdu la moitié de ses habitants en 1348, et E.Petit, historien de l’Avallonnais, cite un dicton de l’époque : « an l’an mil trois cent quarante neuf – de cent ne demeurait que neuf »

En novembre 1356, à Poitiers, les archers Anglais, venus par la Guyenne, battent à nouveau la cavalerie française; le roi de France Jean II le Bon, fils de Philippe VI, est fait prisonnier, ainsi que les nobles bourguignons qui l’entouraient, dont Jean de Noyers et l’abbé de Vézelay Hugues de Maison-Comte. Le seigneur de Pierre-Perthuis, Geoffroy de Charny, est tué aux côtés du roi.

Les « gens du peuple » – bien que leurs noms ne soient pas cités -, prenaient leur part dans ces combats : c’est  Pierre de Bierry, l’écuyer du sire de Noyers, qui, en 1355, avait été «  chargé par lui de réunir les gens d’armes du Tonnerrois et d’une partie de l’Avallonnais (cf E.Petit).

Ils participeront aussi au règlement de l’énorme rançon du roi : 5 millions d’écus d’or …dont 400 deniers d’or pour la poté…( c’était une clause du  traité de Brétigny qui cèda en 1360 tout le Sud-Ouest du royaume au roi d’Angleterre).

La trêve de 2 ans signée en 1357, libère des bandes de mercenaires, aventuriers recrutés par les rois en temps de guerre. Avec des bandes anglaises, ces brigands constituent les « Grandes Compagnies » et se répandent d’abord dans les pays situés entre Seine et Loire, pillant villes et campagnes.

De 1358 à 1360, ils dévastent la Bourgogne, en particulier  l’Auxerrois et le Nivernais. Après la trêve, c’est une armée anglaise, commandée par Edouard III, qui, venue par Calais, prend Tonnerre, épargne Noyers et ravage Montréal, prend Flavigny et pille l’Avallonnais. « Les terres restèrent plusieurs années incultes » et « bon nombre d’habitants émigrèrent ». En « mars 1359, la ville d’Auxerre fut attaquée, prise et pillée », ses remparts détruits. Les habitants de Vermenton furent rançonnés plusieurs fois. Le château de Voutenay faillit être livré par son capitaine moyennant finance, mais il en fut empêché par des gens d’armes du Duc de Bourgogne (cf E.Petit). La place de Pierre-Perthuis est prise par les Anglais puis délivrée par le Duc de Bourgogne avec l’aide des habitants de Vézelay.

En février 1360, après de durs combats près de Montréal contre les seigneurs bourguignons, Edouard III s’installe à Guillon, et pille Avallon et tous les villages voisins. La ville d’Avallon fut abandonnée par ses habitants pendant plusieurs années. En mars 1360, fut signé le traité de Guillon entre Edouard III et Philippe de Rouvre, duc de Bourgogne ; les Bourguignons obtinrent une trêve de 3 ans, contre 200 000 écus d’or. Edouard III repartit vers Paris par Vézelay… C’est en mai 1360 que fut signé le traité de Brétigny, entre Edouard III et Charles V, fils de Jean le Bon. Moyennant d’importantes concessions, Edouard III renonce au trône de France.

Mais les mercenaires démobilisés continuent leurs forfaits…Une bande « s’empare du château d’Arcy-sur-Cure, puis de celui de Vésigneux ainsi que de la place de Montréal » (B.Pujo). Vézelay, grâce à ses murailles, n’est pas menacé.           

En 1364 Charles V charge Du Guesclin de délivrer le royaume des groupes de mercenaires en les faisant participer à une guerre civile en Castille. Mais dès leur retour en 1365, ils reprennent Vermenton et Cravant. L’une des bandes, les « Bretons », établit son quartier-général à Arcy-sur-Cure, d’où ils ont rançonné la contrée et  ravagé Châtel-Gérard, Lucy-le Bois, Marmeaux…Montréal et Guillon furent pris et libérés par les seigneurs Bourguignons…La peste sévit à nouveau dans l’Avallonnais. Le calme revint entre 1367 et 1371.

Quelques années plus tard, en 1373, les Anglais, commandés par le duc de Lancaster, ravagent les environs de Vézelay, s’emparant en particulier de Pontaubert et Vault-de-Lugny.

« Puis la guerre s’éloigna de cette région, qui put revivre en paix jusqu’au départ des Anglais du sol de France en 1380. »

Mais on ne peut ignorer les ravages terribles dus à des épidémies de peste, sans interruption de 1380 à 1382, puis dix ans plus tard dans l’Auxerrois, l’Avallonnais et l’Autunois… Les  relevés de comptes ont permis de mesurer la diminution du nombre de foyers : plus que 94 à Avallon, 7 aux Cousins, 164 à Autun.

Administration locale

Dans cette période troublée, il se trouve que l’abbé de Vézelay Hugues de Maison-Comte fut un conseiller des rois Jean le Bon et Charles V. Dans le cadre de la protection royale confirmée, il a obtenu que, comme les villes épiscopales, Vézelay devienne le siège d’une élection , c’est-à-dire d’une circonscription pour la levée des impôts ; et aussi du « grenier à sel » pour l’impôt de la gabelle sur le sel. A cette occasion, « les Fontaines Salées…furent complètement comblées pour supprimer la contrebande locale du sel »(B.Pujo).

Première partie du 15ème siècle et fin de la guerre de 100 ans.

Charles VI succède à son père en 1380 ; il n’a que 12 ans ; après une régence  assurée par ses oncles, il prend le pouvoir en 1388. Malheureusement, il sombre dans la folie en 1392, après un accident en forêt du Mans. Il confie la Régence à son frère Louis d’Orléans, qu’une violente rivalité oppose aussitôt à son cousin Jean sans Peur, duc de Bourgogne.

En 1407, Jean sans Peur fait assassiner Louis d’Orléans…ce qui a pour conséquence une guerre civile entre les « Armagnacs », – derrière Bernard, comte d’Armagnac, beau-père de Charles d’Orléans, fils de Louis -, et les « Bourguignons », – derrière Jean sans Peur -. « les deux partis n’hésitent pas pour ce faire à négocier avec l’Angleterre, …qui tentera…de rétablir l’ancien empire des Plantagenet sur le continent »(Pujo).

Les Anglais débarquent à Honfleur, et, remontant vers Calais, battent la cavalerie française à Azincourt en octobre 1415.

En octobre 1417, Vézelay adhère au « Manifeste de Jean sans Peur, Mgr de Bourgogne » ; cette place forte devant servir « d’appui de la ligne avancée des forces anglo-bourguignonnes ».

En 1418, les Armagnacs prennent le château de Voutenay, puis s’installent à Arcy-sur-Cure, Mailly-le-Château et Coulanges, en évitant d’attaquer Vézelay.

En septembre 1419, Jean sans Peur est « occis » sur le pont de Montereau. Son fils Philippe le Bon, poussé par la vengeance, s’allie avec Henri V d’Angleterre contre le roi de France. En 1420 le désastreux traité de Troyes, en mariant Henri V à la fille de Charles VI, déshérite le dauphin Charles et livre la France au roi d’Angleterre. En 1422, Charles VI et Henri V meurent…

Henri VI, – 10 mois – est proclamé roi à Paris et le dauphin, fils de Charles VI, – 19 ans -, réfugié dans le Berry, se proclame Régent ( ses adversaires le diront « roi de Bourges »).

En 1422, le duc de Bourgogne reçoit le Duc de Bedford et ses troupes anglaises, à Vézelay.

Charles VII réussit à réunir une armée qui, venant du Berry, prend Mailly-le-Château et Cravant ; ces places sont reprises par les Bourguignons, commandés par le sire de Chastellux et Guy de Bar. En juillet 1423, l’armée royale, forte de 15000 hommes, dont 3000 écossais, fait le siège de Cravant, mais est finalement battue, subissant de lourdes pertes (6000 hommes ?).

En 1426, les royalistes reprennent Mailly-le Château et Voutenay et s’y maintiennent jusqu’à 1428.

Des bandes d’Armagnacs brûlent Joux-la-Ville, pillent l’église forte de Sermizelles et attaquent Noyers.

« Cependant, les malheurs de la guerre et les excès des Anglais font naître peu à peu la haine de l’envahisseur. Le sentiment national s’affirme » (cf texte et carte ci-jointe du manuel « Histoire Louis Girard »).

C’est justement là qu’arrive Jeanne d’Arc. Avec l’escorte fournie par son commandant local, la « bergère inspirée » , venant de Vaucouleurs, arrive à Auxerre par Chablis, y assiste à la messe du dimanche le 27 février 1429, puis rejoint Chinon par Toucy et Gien. Elle obtient la confiance de Charles VII, qui accepte qu’elle aille encourager les soldats assiégés à Orléans.Défiant les Anglais, elle les force à la retraite, puis les bat à Patay…Profitant de ce « nouvel élan », Charles VII, après son sacre à Reims, reprend petit à petit son domaine royal. 

Dans notre région, il fut d’abord aidé par les bandes du capitaine Jacques d’Espailly, dit « Fort-Epice » qui prit par surprise la ville d’Avallon en 1432, puis Pierre-Perthuis. Mais Philippe le Bon reprit ces places en 1433 et s’installa un mois à Vézelay. Après son départ, les bandes, sillonnant les vallées de l’Yonne et de la Cure, pillent tous les villages.

En novembre 1435, grâce à l’entremise du nouvel abbé de Vézelay, Alexandre, est conclu le traité d’Arras, qui met fin à la guerre civile : le duc de Bourgogne renonce à son alliance avec les Anglais et reconnaît Charles VII comme roi de France ; celui-ci rentre solennellement à Paris en 1436. Le 21 décembre 1435, le connétable Arthur de Richemont était rentré officiellement à Vézelay au nom du roi.

Mais des bandes de mercenaires se retrouvent sans emploi après le traité d’Arras. De 1438 à 1444, les « Ecorcheurs » terrorisent et pillent les petites places fortes des vallées de la Cure et de l’Yonne ils occupent les villages et souvent rançonnent et maltraitent les habitants de Clamecy, Mailly-le-Château, Voutenay, Vault-de-Lugny, Maraut, Pontaubert, Guillon, Epoisses,  Semur…Les seigneurs sont souvent amenés à composer avec eux. De plus, famine et peste ont alors ravagé l’Auxois et l’Avallonnais.

De nombreuses plaintes étant parvenues au roi, des forces royales éliminèrent ces bandes ; certains mercenaires furent incorporés dans l’armée régulière.

Après la fin de la trêve en 1449, Charles VII regagne rapidement le territoire perdu, la Normandie, puis la Guyenne et Bordeaux, par la bataille de Castillon, en 1453, qui marque la fin de la guerre de Cent Ans…

Fin du 15ème siècle

En 1457, la foudre détruit  le clocher de la tour St Michel de Vézelay ; le pape Pie II accorde des indulgences à tous ceux qui contribueront à la restauration de l’église.

En août 1461, Louis XI, fils aîné de Charles VII, est couronné. C’est le début d’une monarchie autoritaire.

Politique intérieure : pour faciliter le calcul des impôts, une ordonnance royale de juillet 1463 prescrit le recensement de tous les biens d’église. C’est le 12 février 1465 que l’abbé Aubert de la Châsse présente au prévôt de Sens, le ..

« Cartulaire des possessions de l’abbaye de Vézelay en 1464 », détaillé en annexe Toutes les paroisses de la « poté » y sont traitées successivement. Le chapitre concernant Monteliot a été transcrit (21 pages), et résumé ci-dessous. C’est le premier document nous permettant de faire connaissance avec nos ancêtres du 15ème siècle. Chaque chef de famille y est cité, ainsi que le montant de l’impôt prélevé par l’abbaye pour chacune de ses propriétés. On note qu’il y avait alors 30 foyers dans le village, ce qui peut correspondre à une population de 100 à 150 personnes.

Politique extérieure : Louis XI est finalement victorieux de Charles le Téméraire, mort au combat près de Nancy en janvier 1477. Il annexe la Bourgogne, l’Artois et la Picardie. « C’est la fin du grand Etat bourguignon », et le début d’une ére de prospérité pour la France. Charles VIII lui succède en 1483. Il meurt accidentellement à 27 ans en 1498, après avoir tenté en vain de conquérir le royaume de Naples ; le « mirage italien » sera poursuivi par ses successeurs…

Un document du 15ème siècle conservé à Montillot jusqu’à nos jours.

Les familles nobles ayant habité Montillot du 17ème au début du 20ème siècle, – depuis les de la Borde jusqu’aux de Lenfernat -, ont conservé leurs « papiers de famille », qui sont donc parvenus jusqu’à nous. Après exploitation pour l’histoire du village, ils ont été déposés en 2006 aux Archives Départementales (« fonds YAHER »- cote 82J ).

Le plus ancien est un acte notarié daté du 7 May 1483.

Il a été établi par Me Jehan MAILLARD, notaire attaché au « Garde des Sceaux » du Comte de Nevers.

Il traite d’une location avec bail (« admodiation »), par Alexandre ESCHARLETE, écuyer, seigneur d’Island et de Fontenilles de la moitié du moulin de Fontenilles (l’autre moitié appartenant au Chapitre des Abbés de Châtel-Censoir), aux dénommés Jehan RESMOND et Thiébaut MASQUIN, pour la somme annuelle de 31 sols tournois à verser chaque jour de Noël. Ils pourront ainsi « en joyr et posséder », et assurer le rôle de meunier pour la communauté voisine, avec « fraiz et esmoluments ». Ils auront l’obligation d’entretenir à  leurs frais le moulin, les meules et les dépendances. Ils devront hausser les rives de 2 pieds…et ne pas laisser baisser l’eau « en manière qui porterait préjudice ou dommage au poisson qui sera dedans »…

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Notre petit patrimoine

R.M.Koutlidis, 2020

Ce petit patrimoine rural (l’ensemble des monuments qui ne sont pas classés ni inscrit comme monument) est sans doute un attrait de notre « vieux » village. Il a été très officiellement réparti en 9 catégories d’éléments : points d’eau (fontaines, lavoirs…), sacrés (croix, calvaires, gargouilles, chapelles), ouvertures (portes, archères, fenêtres), signalisation (bornes, de limites), mesures de temps, de poids, d’espace (cadran solaire…), agricoles et viticoles (cabanes, four à pain, …), de commémoration (monuments aux morts) et bâtiments (tours, ponts, pigeonniers, maisons à pan de bois).

A l’aube de la création de l’OGS-Vézelay dans lequel Montillot est intégré, comme il était au moyen-âge dans la « poté » de Vézelay, interrogeons-nous sur notre « petit patrimoine » puisque de « grand », Montillot n’en a pas. L’identifier, le reconnaitre ouvre la porte à sa sauvegarde et à sa restauration. Il ne manque pas, en France, de bénévoles, d’associations dévolues à la sauvegarde de ce petit patrimoine[1] ! On met en jeu, en le valorisant, le développement local, la notion d’identité et la diversité culturelle. On débouche par exemple sur des randonnées-découvertes, des randonnées-contées, des circuits balisés qui manquent encore cruellement, ou sur des panneaux-indicateurs explicatifs.

En laissant de côté nos bâtiments (archères de l’église, pigeonnier), que nous reste-t-il ?

Les croix, témoignage d’une piété qui n’est plus : Croix blanche récemment refaite et minimisée, et croix de Chally, croix Bouché, croix du crot aux charmes, croix des Hérodats : saura-t-on encore précisément les situer, les photographier ?

Les cabanes pourraient bien subir le même sort. Ces images (en 2010, 2017, 2019) de celle située au long du chemin des côtes est là pour en témoigner :

Et qu’en est-il des meurgers ? … « meurgé, meurgée, merger, murgé, murget, murget, murgier, murgerot, mourzy meurzère… »  On en connait de nombreux en France, et plus généralement dans les pays de vignobles.

Muret (Photo P. Haase)
D’épaisse muraille à tas de pierres parementé lors du défrichage d’une parcelle, ou lentement constitué par l’épierrage régulier de la vigne, le mot est resté en usage dans les lieux où la culture la vigne s’est perpétuée, ne persistant, ailleurs, que dans la toponymie.
Tumulus (photo J. Demay)

Ici le vocable définit à la fois ces murets qui délimitent des parcelles oubliées, des cabanes (de vigneron, le plus souvent), et parfois, plus mystérieusement, des tumulus (tumuli) beaucoup plus anciens.

C’est le Professeur Pierre NOUVEL, de l’Université de Besançon (UMR 6249- Chrono-Environnement), qui a attiré l’attention sur les découvertes de tumulus (mot latin, mais son pluriel tumuli n’est pas utilisé) faites au 19ème siècle autour de Montillot.

Dans son article intitulé « les voies antiques de l’Avallonnais – apport de l’histoire et de l’archéologie », il avait identifié, entre autres, celle qu’il appelle la voie N°9, reliant Vézelay à Mailly-la-Ville ; il écrit à son sujet : « depuis Asquins, le tracé se poursuit vers l’ouest, sous un chemin qui se détache de la RD123 pour gravir la côte de la Perrière, longeant le village de Montillot par le Sud. Le chemin poursuivait sa route par la Collerette (nécropole préhistorique), bas de Dîne-Chien (idem) et Brosses. »  Cette voie, nous la connaissons bien ; elle a été en service jusqu’au milieu du 19ème siècle. Appelée « Grand chemin d’Auxerre à Vézelay au 15ème siècle, et relevant de la Justice royale, et « Grand Chemin de Mailly-la-Ville à Vézelay » sur le cadastre napoléonien de 1819. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un chemin empierré, entretenu dans les seules portions encore utilisées par des riverains, et difficilement praticable par un véhicule dans les autres parties. Il longe le centre équestre de la Croix-des-Bois, puis le Bois du Fège vers la Duite, se confond avec la route de Fontenilles jusqu’au Mont Ciboule, puis avec le chemin rural qui va vers Brosses à travers le bois de la Collerette. C’est le long de son tracé que des découvertes ont été faites.

Où sont donc ces 2 nécropoles[1] que cite P. NOUVEL ? Jusqu’à ce jour, nous ne connaissions que les « tumulus de Rochignard », trouvés en 1879 par les cantonniers de Montillot qui cherchaient des pierres, tumulus ensuite fouillés et décrits par F. CUVIER en 1880. A côté des ossements, on avait trouvé des fibules, des torques et des bracelets de bronze et de fer.

Nous ne devons donc plus ignorer que des fouilles ont été effectuées en 1858 et 1866, puis reprises en 1880 dans des monticules de pierres aux lieux-dits « Merger aux Moines » et « la Collerette », à cheval sur les communes de Montillot et Brosses. Plusieurs squelettes humains ont été mis à jour, avec des bracelets et des anneaux de jambes en bronze. Mr de LENFERNAT, qui fut maire de Montillot de 1860 à 1870, a participé jusqu’en 1880 à ces fouilles avec son gendre Mr de MONTIGNY, et a confié un certain nombre d’objets trouvés au musée d’Auxerre. D’autres ont été remis aux musées d’Avallon et de Troyes. Dans l’inventaire du musée d’Avallon paru dans le bulletin de la S.E.A. de 1879, on note, entre autres, « un anneau trouvé sous un tumulus (de Rochignard) par Mr Félix CARILLON » (Il s’agitde Félix-Célestin (1855-1904) cultivateur et maire-adjoint de Montillot, père d’Auguste-Joachim, tué au front en 1914, et grand-père d’un autre Félix (1910-1951). Des recherches aussi fructueuses ont été faites à cette époque dans plusieurs villages environnants. L’abbé PARAT cite le chiffre de « 178 tumulus de petite et moyenne dimension sur Bois d’Arcy », et d’autres dans les bois d’Avigny et de Lac-Sauvin. Des découvertes semblables ont été faites dans le Morvan ; les spécialistes du Musée de St Germain en Laye, consultés à l’époque, ont attribué les objets trouvés, partie au 1er âge du fer (civilisation de Hallstadt -1200 à -500), partie au 2ème âge du fer (période de la Tène, ou « époque gauloise »). A partir des découvertes des 19ème et 20ème siècles, plus de 170 nécropoles y sont repérées.

Une autre coutume funéraire de la même époque a été découverte : les champs d’urnes. Près de St Père-sous-Vézelay, René LOUIS a mis au jour entre 1937 et 1939 des sépultures, constituées en fait d’urnes contenant des ossements humains, des bracelets de bronze et des flèches néolithiques. Plusieurs ont été identifiées aux alentours de Montillot. Elles ont été datées de la période entre âge du bronze et âge du fer. Un peuple probablement originaire de Hongrie aurait remplacé les tumulus par les urnes vers -1200 à -1000 et serait venu ensuite en Allemagne du Sud puis, par la trouée de Belfort, vers la Nièvre, les Cévennes et le Tarn, où l’on trouve d’autres champs d’urnes.

Montillot, village de Pierres ?

Une bulle du Pape Alexandre III datée de 1169, sous le règne du roi de France Louis VII le Jeune, fait mention du plus ancien nom connu de Montillot ; il s’agit de « Montirucht ( ou peut-être Montirueht)». En vieux français, le rucht est une carrière de pierres. Rucheter ou Rocheter, c’est extraire de la pierre. A cette époque où l’on reconstruit le monastère de Vézelay et le chœur de la Basilique, il fallait trouver de la bonne pierre et le site carrier de Montillot était l’un de ceux propice à cette extraction. C’est par la suite qu’apparaîtra le nom de « Montillot » qui fait plus précisément allusion à la nature géologique de la roche extraite.

La zone calcaire dans laquelle se trouve Montillot, a une largeur moyenne de 15 km, et est limitée grossièrement au Nord par une ligne allant de Lucy-sur-Yonne à Ancy-le-Franc. On a ici des calcaires « à dominante oolithique et bioclastiques ». Les « oolithes » sont des grains sphériques (diamètre de l’ordre du mm en moyenne) formés par dépôt chimique de couches successives de carbonate de calcium, autour d’un « noyau », constitué de débris de roches ou d’origine biologique (« bioclaste »). Le calcaire oolithique, dépourvu de fossiles, est le plus compact et est utilisé en pierre de taille pour les grandes constructions[2] .

Pour Gilbert DUCROS†, Montillot était relié à « Mont » (colline, hauteur) et liot (pierre blanche de construction de nature calcaire et marbrière d’époque secondaire, mot d’origine gauloise). Plus généralement, et plus près de nous, le nom viendrait du vieux français « Monteil, Montil », signifiant petit mont.

Et ce monteil, ces pierres, où sont-ils ? En se tournant vers la micro-toponymie, on retrouve facilement ces éléments :



Le Crot Blanc, au nord de Montillot, sur la colline de 292m d’altitude surplombant le village, désigne toujours une ancienne carrière de calcaire à ciel ouvert dont furent extraites des pierres ayant servi à la construction de la basilique de Vézelay

Le Bois des Perruches : terrains très pierreux

Vaux Caille : du vieux français « caille » le caillou.

Et les meurgers importants ayant laissé leur nom aux lieux-dit : Meurger d’argent, Meurger de Porot, Meurger aux Moines.

Des actes notariés aux terres aujourd’hui cultivées, du cadastre (le dernier date de 1819) au dernier remembrement, des anciens cartulaires (1463, 1576, 1632, 1692, 1758, 1788) aux terriers de l’ancien régime, les parcelles, savamment arpentées, sont nommées, délimitées d’une façon qui se veut de plus en plus précise. Pourtant chaque révision, chaque retranscription menace paradoxalement un patrimoine fragile, que ce soit ce patrimoine qu’on dit petit, comme ces cabanes ou murets dispersés sur le territoire de la commune, ou bien la microtoponymie, ces noms d’usage qui parfois ne figurent même pas sur les cadastres, ou en sont parfois supprimées. L’abandon des patois, la mutation des populations où les ruraux ont de moins en moins de part, font le reste.

En un temps où la notion de patrimoine bâti, puis celle de patrimoine naturel, ont fait leur chemin et sont désormais admises de tous, et si la notion de patrimoine toponymique reste à ancrer dans les mentalités, c’est à nous qu’il revient de les préserver.

Alors : identifions, sauvegardons, puis restaurons ce patrimoine, le nôtre, pour mettre en valeur notre village !

BIBLIOGRAPHIE

  • Roger BRUNET, 2016 : « Trésor du terroir : les noms de lieux de la France » , CNRS EDITIONS, Paris, 616pp.
  • Pierre HAASE, 2001 : « Sur les Chemins du terroir ; noms de lieux à Asquins ; Esquisse d’une recherche de microtoponymie », monographie.
  • Stéphane BÜTTNER,sept 2010 : «   Les matériaux de construction des églises de l’Yonne » , Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne], Archéologie des églises de l’Yonne.
  • Pierre NOUVEL et Michel KASPRZYK : « Les voies antiques de l’Avallonnais. Apport de l’histoire et de l’archéologie » – Bulletin S.E.A.  (Société des Etudes d’Avallon), – 2007  
  • Pierre NOUVEL : « Les nécropoles protohistoriques de l’avallonnais », BSEA, 2009
  • Gérard TAVERDET : 1975-1984 : « Atlas linguistique et ethnographique de Bourgogne », Ed CNRS, CRDP Dijon, 4 volumes. 
  • Gérard TAVERDET : 1996 : « Les Noms de Lieux de l’Yonne » , Dijon, CRDP 1983 ; nouvelle édition revue, Dijon, ABDO.



[1] Articles parus dans les bulletins de la Société Académique de l’Aube en 1859 et de la Société des Sciences de l’Yonne (B.S.S.Y.) en 1880 et 1881. L’auteur en fut principalement Emile PALLIER, historien de Châtel-Censoir.

[2] Stéphane Büttner, 2010


[1] Commission Française pour la Protection du Patrimoine Historique et Rural (CFPPHR.free.fr) ; page Face Book « Forum pierres sèches » ; ou plus près de nous « Parc du Morvan : reconnaître et valoriser le petit patrimoine (2001-2004) puis concours de restauration 2004-2008 ; Association « Ultreia aller plus loin » à Asquins.

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Les lieux-dits

Gilbert DUCROS † 2002

Régine MORIZOT-KOUTLIDIS

« Les noms font rêver. Tous les noms : les noms dits communs et les noms dits propres, les noms de choses et les noms de personnes comme les noms de lieux. D’où vient ce nom ? D’où viennent le nom que je porte, et celui du village qui m’accueille, de ce lieu-dit où je passe ? Pourquoi a-t-on nommé ainsi cet objet, ce sentiment, ce lieu ? D’épais traités, ou des livres plus légers, sont consacrés à l’étymologie, science des sens, des origines, des racines. L’étymon est un mot d’origine grecque qui a pour sens : ce qui est, et sous-entend : ce qui est vrai parce qu’il est. On dit aussi : authentique, grec autos (soi-même) et hentes, étant, ce qui est par lui-même.

Les noms de lieux sont comme des projections des sociétés humaines. Celles-ci ont nommé les lieux selon leurs besoins, leurs représentations et leurs croyances, leur culture et leur mode de vie.

La tentation est d’inventer des interprétations, d’imaginer des légendes, qui ensuite se colportent en s’enjolivant. Ces étymologies populaires existent depuis très longtemps. Des scribes médiévaux y ont participé en réinterprétant des noms dont ils ne comprenaient pas le sens, mais auxquels ils voulaient un sens. De nos jours, tout un chacun peut écrire à son gré et le diffuser sur « la toile », jusqu’à la débauche. Ce qui, bien entendu, n’a rien à voir avec le sens originel d’étymologie : ce n’est plus l’être – vrai, c’est l’être imaginé, la fantaisie de chacun, voire le fantasme. »  [1]

Si les études du bâti et du patrimoine naturel, faune et flore, relèvent de sciences exactes, il n’en est pas de même pour la toponymie ; science faite d’hypothèses plus que de certitudes, de reconstitutions souvent hasardeuses, cherchant des appuis non en elle-même (l’évolution linguistique est trop soumise à la phonétique de patois qui font varier les prononciations d’un même terme d’un village à l’autre), mais dans l’histoire, la géographie, la géologie. Un toponyme révèle un paysage disparu, parfois sans rapport avec les cultures actuelles, qui peut avoir connu en dix siècles trois ou quatre états du paysage agricole au gré des cultures dominantes.

Ajoutons que les arpenteurs et géomètres, scientifiques férus de géométrie plus qu’historiens ou linguistes, en dépit de leur dévouement à aller nicher des bornes dans les climats les plus reculés, ont largement contribué à déformer et rendre méconnaissable bien des toponymes parmi ceux qu’ils n’ont pas délibérément rayé des cartes. Prenons pour exemple la croix de Montjoie[2], en limite de Tharoiseau et de Saint-Père, que les arpenteurs de la fin du XVIIIe siècle s’obstinent à dénommer Croix Mangeoire, en parfaite méconnaissance de son origine, de l’esprit du pèlerinage compostellan et magdalénien, et cherchant sans doute à rapporter une information orale mal saisie à un terme rural.

Pour clore cette introduction, écoutons ce qu’en dit le Professeur Gérard TAVERDET[3], de l’université de Dijon : « Il faut admettre dès le départ qu’une telle étude a des limites : les noms de lieux ne forment pas un système cohérent dont les parties évidentes pourraient éclairer les parties obscures… Parfois on est réduit à de simples hypothèses qui sont loin de faire l’unanimité des spécialistes. On est tributaire de formes anciennes qui, parfois, sont bien connues, qui, le plus souvent, sont absentes, mal connues ou même contradictoires ».

Voyons, à Montillot, comment les recherches de Gilbert DUCROS † contribuent à enrichir ces bases de données toponymiques[4]. Les verbes souvent employés au conditionnel, rappellent l’incertitude des hypothèses avancées.

Les origines toponymiques de Montillot et de ses hameaux

MONTILLOT : 

Une bulle du Pape Alexandre III datée de 1169, sous le règne du roi de France Louis VII le Jeune, fait mention du plus ancien nom connu de Montillot ; il s’agit de « Montirucht ». En vieux français, le rucht est une carrière de pierres. Rucheter ou Rocheter, c’est extraire de la pierre. A cette époque où l’on reconstruit le monastère de Vézelay et le chœur de la Basilique, il fallait trouver de la bonne pierre et le site carrier de Montillot était propice à cette extraction. C’est par la suite qu’apparaîtra le nom de « Montillot » qui fait plus précisément allusion à la nature géologique de la roche extraite.

Les actes notariés des siècles passés écrivent « Montéliot », toponyme dont nous avons deux exemples dans le département de la Côte-d’Or : Montliot près de Chatillon-sur-seine, et Montoillot non loin de Sombernon.

« Montillot » est formé de deux éléments : « Mont » : colline, hauteur ; et « liot » : ce mot d’origine gauloise désigne une pierre blanche de construction, de nature calcaire et marbrière, d’époque secondaire (130 millions d’années), à laquelle les carriers anglais, à la fin du XVIIIe siècle, ont donné le nom de Lias (« layer »). La carte géologique nous montre qu’il existe en effet à Montillot un affleurement de ces calcaires, contrairement à la région environnante. C’est ainsi que des carrières furent ouvertes dès le moyen-âge autour de Montillot.

LE VAUDONJON : 

L’orthographe « Vaux-Donjon » ou « Vau-Donjon » est apparue dans les actes notariés depuis plus d’un siècle, et figure aussi dans la carte de Cassini, un peu plus ancienne. Il n’y a pourtant jamais eu de Donjon connu à proximité ! Il se peut que se soit une déformation de l’écriture ancienne. Ce nom proviendrait du Germanique « Waidanjan », infinitif substantivé signifiant « exploitation de prairies » (allemand weide, le pâturage). 

Le hameau a été fondé lors des grandes invasions germaniques du Ve siècle et le cimetière voisin, au lieu-dit « les cercueils », fouillé au début du XXe siècle par l’abbé Parat, a livré des centaines de sarcophages mérovingiens.


Le Vaudonjon souffrit beaucoup de la guerre de Cent ans. On rapporte que presque toute la population fût massacrée et que, pour repeupler le village, les moines de Vézelay firent venir des paysans du Val d’Aillant, près d’Auxerre.

Le hameau dépendit jusqu’à la révolution de la paroisse d’Asquins et de la justice de Montillot. En Juin 1792, par pétition, il fût rattaché à la toute nouvelle commune de Montillot. Ce rattachement ne fût pas du goût de tous les Vaudojonnais dont beaucoup se sentaient socialement plus proches des vignerons d’Asquins que des cultivateurs des terres argileuses de Montillot. Asquins se vengea de cette défection en refusant le 5 Mars 1910 la pétition des habitants tendant à faire entretenir le chemin. Rares furent pendant longtemps les mariages entre garçons et filles du bourg et de son hameau

LES HERODATS : 

Le nom de ce hameau provient de l’évolution de « hébergeages », généralement employé au pluriel. L’évolution philologique du mot conduisit aux formes « hébeurgeats » puis « héreugeats », du germanique « hari » (armée) et bergeon (protéger). Ce mot a désigné initialement un campement militaire. Sa racine est la même que le verbe « héberger » et que le nom « auberge ». Puis il a désigné un ensemble de bâtiments agricoles. La valeur sémantique du terme a échappé aux copistes modernes qui ont cru bon de l’assimiler à « hérodats » nom ancien des hirondelles.

LA BERTELLERIE : 

Ce hameau voisin des bois de la madeleine porte le patronyme de Claude Bertholet, né en 1748 en Savoie, alors province du royaume de Piémont-Sardaigne. Médecin, il se réfugie en France où il demande sa naturalisation. Il s’intéresse aussi à la chimie, est élu à l’Académie des sciences, et devient collaborateur de Lavoisier.  En 1784 il est nommé directeur des teintures de la manufacture des tapisseries des Gobelins à Paris. Il participe à l’invention de l’eau de Javel, qui connut tout de suite un grand succès.

Les Bertholleries, apparues un peu partout en France à la fin du Premier Empire, blanchissaient les toiles écrues produites par les ateliers villageois. C’est le souvenir d’une blanchisserie fondée en ce lieu que commémorerait le nom du hameau

TAMERON :

Du latin « taxonaria » le « gîte du blaireau » qui a donné le nom tanière en français. La terminaison « ron » induit une valeur péjorative avec le sens de pauvres maisons en un lieu isolé.

BAUDELAINE :

Ce nom gracieux est la corruption du patois poyaudin « baudetaine » qui désigne une masure.

Mais le sens n’en est pas toujours péjoratif car dans la région de Tannerre-en-Puisaye une simple maisonnette est appelée bobitaine. L’origine de ce mot est inconnue.

MAROT :

Ce nom de lieu est assez fréquent en Bourgogne… mais avec des orthographes différentes.

Citons l’exemple du hameau de Marault, près d’Avallon. Son origine serait francique : « marisk » devenu « maraticum » en latin ecclésiastique, et « marais » en français moderne.

Le nom du hameau est donc associé à la présence du petit étang alimenté par un ruisseau.

LE GUE PAVE : 

C’est l’extrême limite de la commune, son seul accès à la Cure. Les hommes ont toujours éprouvé des difficultés pour traverser les cours d’eau. Comme la construction des ponts est onéreuse, on lui préféra longtemps le passage à gué. A un endroit où la rivière est large et peu profonde, on établissait dans son lit un dallage, un « pavé », qu’utilisait le voyageur, le cavalier, l’attelage. C’est ainsi qu’on a aménagé au gué pavé un passage qui permettait d’aller presque en ligne droite de Montillot à Avallon en passant par Domecy-sur-le-Vault. A noter que le pont de Blannay n’a été réalisé que sous le second empire, et qu’auparavant on guéait au confluent de la Cure et du Cousin. Pour la petite histoire, rappelons que la diligence qui reliait la gare de Sermizelles à Vézelay a été en service jusqu’au lendemain de la première guerre mondiale, et que la dernière diligence a sombré dans la Cure, corps et biens, au tournant de la Vernée, un jour d’hiver où le postillon n’avait plus la maîtrise de son équipage.

MALFONTAINE : 

Hameau aujourd’hui disparu, entre Fontenille et Bouteau, son nom indique une source. La source de Malfontaine se trouve aujourd’hui au croisement de trois routes, l’une allant vers l’ancien moulin de Marot et vers le village d’Asnières, les deux autres vers Brosse et Montillot. Personne n’habite plus à proximité depuis au moins un siècle, et on a peine à croire qu’il y eut là une agglomération, dont il est question dans des actes notariés datant de 1650. Il ne subsiste, dans le triangle de la jonction des trois routes, qu’un édicule marquant la captation de cette source, qui alimentait en partie la commune de Montillot depuis 1950. Et pourtant les actes notariés et les registres paroissiaux confirment que ce coin était habité sous Louis XIV, et qu’il y avait aussi quelques maisons un peu plus loin, de l’autre côté du « ru de Brosses », après un petit pont, au lieu-dit le gué de Combre.

Etude des Lieux-dits parcellaires de la commune

Certaines appellations, à connotation géographique, font florès dans la région. Il s’agit d’ « oronymes », noms attribués à des accidents de relief.

LA COME : Tenue par Lusigny (1964) comme issue de combe, le mot affecte les orthographes come, comme, caume, et localement coume, prononciation qui rejoint curieusement celle du Lot, mais aussi le mosellan coume que Vial (1983) veut faire dériver de l’allemand « kumme », écuelle, donc creux, donc vallée. Mais c’est un probable latin « cumba » (Campagnac, 1991) qui en serait plutôt à l’origine ; le proche Morvan a ses « commes ». Toutefois le mot se distingue chez nous de « combe » en ce qu’il s’est spécialisé pour désigner le versant ensoleillé d’un vallon, une pente assez rapide, une côtière en somme plus qu’un creux, dévolu souvent aux friches. 

Montillot a ainsi ses Come chemeneu, Come au roi, Come botillon

Nos comes sont finalement des variantes de » « CÔTATS » ou « COUTATS »  (JOSSIER 1882) dont nous gardons le coutat de Blannay, le cotat borne

La toponymie des bosses renvoie à celle des creux. 

Localement, il s’agit de CROTS, terme généralisé à toute la région Bourgogne, mais avec des variantes : mare en Puisaye (ROUSSET 1977), abreuvoir en basse Bourgogne (JOSSIER 1882), le crot se fait chez nous simple creux (BOUJAT 1980). 

Le CROT BLANC, au nord de Montillot, sur la colline de 292m d’altitude surplombant le village, désigne toujours une ancienne carrière de calcaire à ciel ouvert dont furent extraites des pierres ayant servi à la construction de la basilique de Vézelay.

Reste l’homonymie avec les CROS, ou pommiers sauvages, terme auquel se rattache probablement le lieu-dit de même nom, à proximité du château, en Toucheboeuf.

Il y a aussi la famille des VAUX. Le terme désigne explicitement de petites vallées ; la vocalisation semble désigner des toponymes anciens, fixés dès le XIIe siècle. Si l’origine de Vaux-Donjon (Vaudonjon) est controversée, les BOIS DE VAUX LANNES, sur Asquins, ne sont pas mieux définis. Les mentions anciennes portent VAULX L’ASNE ou VAULANES. Ce plateau boisé appartenait au chapître de Vézelay. Le 26 Mars 1575, les abbés avaient donné à ASQUINS 400 arpens sur Vaulanes et les Fontellets, que le chapître contesta, exigeant le 16 Septembre 1586 un bornage. François de Rochefort confirma ces accords en 1635. Plus qu’à l’utilisation d’ânes dans cette vallée, on pourrait penser à une dépression de terrain, du latin « vallanus » ; mais le plateau est ici régulier. Paradoxe de ces vaux en situation dominante ! VAUX CAILLE, lui, correspond bien à une vallée.

De nombreuses références au sol, aux accidents du terrain et aux cours d’eau sont ancrées dans les toponymes.

TOUNE-CUL, ou tourne-cul : pourquoi ne pas rechercher une origine celtique à ce vocable, dans sa version de « Tor quillau » ! « Tor » signifie forte déclivité et « quillau » glissant. On dit aussi que lorsque l’on travaillait aux vignes qui s’étendaient sur les deux pentes du vallon, on se tournait le… « dos ».

LA CÔTE CAFARD : le vieil adjectif « cafard » a le sens de pénible, dangereux. Effectivement, cette côte est pentue et les chariots pouvaient se renverser.

LES BOIS DE L’AIGREMONT : de « aigre », pentu, difficile à gravir. C’est en effet une colline qui domine fortement la vallée de la Cure.

LE MONT CIBOULE : c’est une hauteur en forme de massue, ou d’oignon (du latin « caepulla »)

LA COTE DE LA CLEF : « Clef » est la corruption de « quillée », la glissade en vieux français. En hiver, les enfants du Vaudonjon utilisaient des traineaux pour dévaler cette pente très accusée.

LES CHAMPS GROLON : issu du vieux français « gueurrion », il s’agit de terrains dont certaines pierres semblent avoir été grillées.

VAUX CAILLE : du vieux français « caille » le caillou. (Il en est resté les mots caillasser, caillasse). C’est une vallée caillouteuse, sans grande fertilité.

LES BOIS DES PERRUCHES (prononcer « pruches ») : il s’agit non d’oiseaux mais de terrains très pierreux

LES MEURGERS : les meurgets sont d’énormes amoncellements de pierres. Ils ont deux origines. Il s’agit parfois de sépultures gauloises pourvues d’objets familiers : armes ou pièces d’or ou d’argent (MEURGET D’ARGENT) ; ou alors ce sont d’énormes pierres plus ou moins taillées (MEURGET DE POROT).  Les meurgets cependant proviennent le plus souvent de l’épierrement des terrains de culture (vignes) ou de l’extraction des déblais des caves.

LE PRE GOULOISON : du vieux français « goulaison » la source (verbe couler). Une source y apparaît périodiquement.

LA COME AU ROI : il s’agit de la vallée au « rouel », c’est à dire au ruisseau. Effectivement un ruisselet suit une rigole après les grandes pluies.

LES LONGUES RAIES, entre Corbier et Toune-Cul, sont encore les ruels évoqués ci-dessus. Ces terrains longs et pentus sont striés de longues rigoles.

LE PRE DE LA DAME : corruption de « la doualle » qui autrefois signifiait un fossé plein d’eau qui se vide difficilement par manque de pente (latin « doga », le fossé d’écoulement).

LE BOIS DES SOILLOTTES : ce sont de vilaines mares évoquant les gîtes fangeux des sangliers (latin « sus », le porc).

FORET DE CONFLANS : ce terme désignait autrefois le confluent de deux cours d’eau. Deux ruisseaux se rejoignaient dans cette forêt.

LES PRES DE LA MORTE : en patois une morte est une pièce d’eau stagnante qui paraît morte. En fait ce mot est la corruption du vieux français « more », la tourbière.

CHAMP DU PORON : C’est un acte du 14 Août 1732 – trouvé dans la liasse ADY / G2547 : « Cure de Monteliot », acte rédigé par le curé de l’époque Jean-Baptiste FAULQUIER, qui nous donne l’origine du toponyme « le Poron » : 

Arpenteur juré de la maîtrise d’Auxerre le 14 février 1732…  Ci-après un extrait de cet acte : «     …et l’autre borne plantée à l’extrémité de la pièce de terre à moi curé apartenante, vis à vis et a deux pieds et demy au-dessus d’une grosse borne ronde et rouge, appelée porrond, faisant séparation de long entre moy curé et la veuve Gabriel Pourcheron, laquelle grosse borne ronde a été plantée entre moy curé et la dite veuve P.  par le Sieur Delapierre » ,

En annexe à ces toponymes à vocation géologique et géographique, on trouve une série de toponymes inspirés (sans doute récemment) de la faune et de la flore.

Montillot a un « CHAMP AU LIEVRE », bien connu des chasseurs. Et si LA GARENNE nomme une vaste zone sur Asquins, à l’ouest des Champs Gringaux, il en existe une aussi près de Tameron. Le terme désignait sous l’ancien régime des réserves (tout comme varenne).

Le terme est banal et antique à la fois, sans doute issu du germanique « warren », lieu clos, si ce n’est du bas-latin « warenna » lui-même mêlé de gaulois varenna.

LA COME CHEMENEU, LA COME GENET ont la même origine : le terme vient du vieux français « chenève, chenove » : le chanvre. Ce sont des vallées où poussait le chanvre. La culture du chanvre était très répandue au XVIIIe siècle et cette culture a laissé de nombreux toponymes. Le chanvre servait à la fabrication des liens, des cordages, des sacs. Son élaboration nécessitait un grand savoir-faire. Il a été supplanté au XIXe siècle par d’autres textiles d’origine tropicale, moins chers, comme le raphia. De même, une chènevière est une plantation de chanvre. LA CHENEVIERE A ROUGEOT : désignait une plantation de chanvre située dans une terre rouge, de nature argileuse (le rougeot). On peut aussi émettre l’hypothèse d’un nom, ou d’un surnom (« Rougeot »), la formulation « à » signifiant l’appartenance dans le parler morvandiau (au lieu du « de » conventionnel).

BEAUCHARME (sur Asquins) et LA PIECE DU CHARME (sur Brosses) pourraient faire penser, comme le suggère P. HAASE, qu’il s’agit d’une référence à un arbre remarquable ? Il semble plutôt que ces termes fassent référence au « charme » qui pourrait être la corruption du vieux mot « channe », autre nom du chanvre. Que dire alors de LA CANNE, vers Tameron ? Plus qu’une déformation de « channe », il s’agirait là de la « cagne » qui en vieux français désigne une maison misérable tout juste bonne pour un chien (« canis » : le chien).

Et la DAME JOINTE ? Si « Dame » est un adjectif signifiant mauvais, damné, « Jointe » est la corruption de « Chinte », encore un autre nom du chanvre. C’est un endroit où le chanvre était de mauvaise qualité.

LES POMMERATS, du vieux français « pommerets », lieu planté de pommiers. Le nom de la ville d’Avallon (du gaulois « aballo » ) induit le même sens.

LE BOIS DES PETITS FOUTEAUX : c’est le diminutif de « fou », l’ancien nom du hêtre (du latin « fagus »). 

LE GROS FOU, et LE BOIS DU FAYS ont la même origine.  On en rapprochera le « Faou », de Bretagne.

LES SAUCES : du vieux français « saulces », les osiers (du latin « salix », le saule).

LA COME BOTILLON : corruption de « boquillon », le petit bois.

LE BOIS DU FEUILLARD : les feuillards sont des branches garnies de feuilles sèches qui, les mauvaises années, permettaient d’alimenter les bestiaux pendant l’hiver.

LES CHAMPS GRINGAUT (proches de Vaudonjon mais dépendant d’Asquins) : corruption de « grainiots », adjectif médiéval qualifiant de bonnes récoltes de grains. Ces terrains, aujourd’hui boisés, difficiles à labourer, étaient autrefois fertiles.

LES ROMPIS : ce terme désigne un ensemble d’arbres cassés (du latin rumpare).

Au-delà du fond de Porot, près des Hérodats, le flanc de la colline pourrait avoir été détruit par des intempéries ? Ce terme désigne aussi des cassures de terrains produisant des ruptures de pentes.

LA VALLEE BOULANGER : « Boulanger » est la corruption du patois « poumachée », nom local de la mâche sauvage, la « poumâche ».

LA COMME BOMBARDE (sur Asquins) : la bombarde est une fleur plus connue sous le nom de Julienne.

LES VAUX DE L’ABREUVOIR (sur Asquins) : Corruption de « beurjouée », nom patois de la bruyère.

LE BOIS DE L’OPPIN : c’est le nom local de l’aubépine.

LE BOIS DES BOULATS : pour « poulas » nom local des coquelicots.

LA VALLEE JEAN DEFERT : amusante transformation de « genêtière » (lieu planté de genêts) qu’au hasard d’une réfection cadastrale un habitant du pays a transformé en son nom et prénom ; il était probablement propriétaire de ces terrains.

L’histoire a aussi marqué de son sceau le parcellaire.

 La présence possible de remparts, qui expliqueraient le chemin de « ronde » qui circonscrit le village, pourrait expliquer LA PORTE (DE LA CHALLY).

Mais une autre origine à ce toponyme est défendue par G. Ducros : il s’agirait plutôt de l’Apport de la Challie : Au moyen-âge, l’apport est l’actuel champ de foire où exposent maquignons et commerçants. La challie est le fossé d’écoulement des eaux.

LE CHAMP DES EGLISES en amont du gué pavé se trouve sur le site du village disparu de Vergigny (sans doute rayé de la carte au XIIIe siècle). Les églises d’Asquins et de Blannay, ainsi qu’une église St Amâtre dont on peut penser que c’est celle d’Auxerre, y possédaient des terres. Les chemins antiques et médiévaux traversaient ce site.

De l’autre côté de la route actuelle longeant la Cure, des vignes disparues vers 1900 occupaient un revers dit « CHAMP DES CERCUEILS ». Cette appellation date sans doute du XVIe siècle ; les cercueils en question étaient en réalité des « sarqueux » ou sarcophages, fouillés dès 1610 par Erard de Rochefort qui crût y découvrir une ancienne léproserie. Martin reprit les fouilles en 1780 (récupérant au passage des monnaies du temps de Henri IV, sans doute perdues par les fouilleurs de 1610). 

Il fallut attendre les trouvailles de Mr de L’ENFERNA, maire de Montillot en 1850, puis les fouilles systématiques de l’Abbé Parat en 1905 pour identifier un cimetière de basse antiquité et des temps mérovingiens, avec plusieurs centaines de fosses.

LE CHAMP DE LA FOURCHE : la fourche était autrefois le nom de la potence où l’on pendait les condamnés. On lui donnait aussi le nom d‘ « arbre sec ».

LE POIRIER DE LA JUSTICE : il évoque la rigueur des juges et les pendaisons.

Evocation des constructions  

LA CALABERGE : corruption de la « cagne aux bergeats ». Les bergeats sont les troupeaux de moutons. La calaberge est donc une vieille bergerie, perdue entre Bouteau et les champs Gringaux.

LE BOIS DE MAL APRIS : désigne c’est une maison forestière en mauvais état (pour « abri »).

Les MAGNES sont un terme très utilisé dans la région et représentent des maisons ruinées (du bas latin « mahennari », abattre, mutiler.) BOIS DES MAGNES ; MAGNES VAUTHAIRES

L’adjectif « vathaires » correspond au vieux verbe « vaster », c’est-à-dire dévaster, ruiner.  Il est fait allusion ici à des maisons endommagées par des guerres ou des catastrophes naturelles.

De même, la MELOTTE est une déformation de magnottes : les petites ruines.

FARGES (hameau de Brosses) et LA FARGEOTTE sont deux noms provenant du latin « fabrica » : la forge. De nombreuses fonderies existèrent sur le plateau dès l’époque gallo-romaine, utilisant le minerai de fer sous-jacent.

BOUTEAU (hameau de Brosses également) se rapproche de Buteau/Butot…, nom également patronymique, et aurait une origine scandinave (Xe siècle) (de Buo, terrain, et Topt, baraque) : il désignerait un terrain sur lequel une baraque a été ou doit être construite (comme Butot en Caux). Mais si en Normandie on comprend bien l’origine scandinave du nom, en Bourgogne elle est déjà plus hasardeuse. Faut-il alors s’attarder à la racine « Butor », amertume, tristesse ?

LA CROIX DE LA SAINT-JEAN : ce serait la corruption de l’ « assoigement », vieux français désignant la consolation ! Cette croix serait celle de la consolation, le lieu où l’on recherche la douceur du recueillement.

Les activités agricoles

LE BOIS DE L’ESSERTIE : L’essertié est un terrain défriché et mis en culture (latin « exarta »). Le village d’Essert, près de Vermenton, a la même origine.

LES ESSENCES : corruption du vieux mot « aisances » qui étaient des terrains paroissiaux laissés à la disposition des paysans pauvres.

LES PRES MONSIEUR : il s’agirait là du vieil adjectif « meseleu » , du latin «   misellum » : misérable. C’étaient des prés fangeux et de mauvaise qualité. Depuis cette époque, le drainage puis le chaulage ont amélioré la qualité de certains terrains.

PLAN DE FOLLE : proviendrait du vieux français « la plante foïée ». Au moyen-âge, une plante est une plantation de jeunes vignes, et parfois une pépinière de pieds de vigne. Au Vaudonjon, on a ainsi deux lieux dits : « la Plante » et « les Plants ». L’adjectif « Foïée » vient du latin populaire « fullare », maltraiter, abandonner, fouler. Il s’agirait donc d’un clos de vigne mal entretenu, et qui donne de mauvais produits.

Et la COTE TOURNELLE ? Comme La Tournelle d’Asquins, ce nom mystérieux pourrait avoir son origine dans la racine « tor /tur/turra », pré-latin : il en existe plusieurs dans la région (Theuriat, Thereau, Thurot) qui toutes sont des éminences, des sommets arrondis ; sur ses pentes, c’est un vignoble de qualité, et le patois garde l’adjectif « étournellé » pour signifier pris de boisson (Meunier, 1977).

Et bien d’autres encore : le Bois Taché, Les Criaux, Letrier, Les Entes, Les Gouleteries, et Rochignard, Corbier… qui sont là pour témoigner qu’un tel exposé est toujours partiel. La recherche toponymique est une aventure toujours en évolution et faite de bonnes fortunes : instinct, graphies décodées à la lumière des patois, traditions orales, rapprochements fructueux. Ce sont souvent des conjectures qui sont fournies, plus que des certitudes. Peu de ces étymologies sont définitives, et tout apport pour les affiner, les confirmer ou les remettre en question sont les bienvenues.

BIBLIOGRAPHIE

  • Roger BRUNET, 2016 : « Trésor du terroir : les noms de lieux de la France », CNRS EDITIONS, Paris, 616pp.
  • Pierre HAASE, 2001 : « Sur les Chemins du terroir ; noms de lieux à Asquins ; Esquisse d’une recherche de microtoponymie », monographie.
  • Gérard TAVERDET : 1975-1984 : Atlas linguistique et ethnographique de Bourgogne, Ed CNRS, CRDP Dijon, 4 volumes. 
  • Gérard TAVERDET : 1996 : Les Noms de Lieux de l’Yonne, Dijon, CRDP 1983 ; nouvelle édition revue, Dijon, ABDO.



[1] Roger BRUNET, 2016

[2] Pierre HAASE 2001

[3] Gérard TAVERDET, 1983 : Atlas linguistique de Bourgogne, Ed CNRS, CRDP Dijon.

[4] Ce document, daté du 26-03-2002 a été reproduit précédemment dans le site internet de Montillot créé en 2000 (montillot89)

Catégories
données géographiques environnement geographie histoire régionale

Montillot avant l’Histoire

A. BUET †, 2012

MONTILLOT est un village du Sud du département de l’Yonne, à 32 km au SSE d’Auxerre, et à 15 km à l’Ouest d’Avallon, chef lieu de l’arrondissement et ville la plus proche. Il se trouve sur la ligne droite reliant Auxerre à Vézelay, à 6 km de cet autre village, chef-lieu du canton et site touristique bien connu. Le territoire  de la commune couvre 2245 ha, et sa population, recensée en 2006, est de 280 habitants, répartis entre le bourg et 3 hameaux, Tameron, le Vaudonjon et les Hérodats.

Le premier document citant Montillot date de 1169 ; c’est une bulle du pape Alexandre III qui définit le territoire placé sous la juridiction de l’Abbaye de Vézelay. Depuis l’origine, agriculture et élevage constituent les ressources de base des familles de ce village. La couverture végétale dépendant de la nature du sol et du sous-sol, il nous a paru nécessaire, avant de nous plonger dans l’histoire de ces familles,  de décrire le contexte géologique actuel et son histoire, à partir des travaux des chercheurs bourguignons des 19ème et 20ème siècles. Les sols des alentours de Montillot se sont constitués au cours de l’ère secondaire des géologues, dans sa deuxième phase, le « jurassique moyen », il y aurait entre 170 et 150 millions d’années. Plus de 4 milliards d‘années s’étaient alors écoulés depuis la formation de la « planète Terre ». Initialement en fusion, la « croûte terrestre » s’est refroidie lentement . Des continents se sont formés, puis se sont disloqués, et se sont recombinés plus tard , en glissant sur le « manteau terrestre » sous-jacent, visqueux et agité de mouvements de convection, car chauffé par le noyau terrestre en fusion… Conséquence de ces mouvements : des  compressions et des chevauchements de « plaques tectoniques » voisines qui créent des chaînes de montagnes. C’est ainsi qu’au cours de la période « carbonifère » de l’ère primaire apparaissent les Monts Apalaches de la future Amérique du Nord, ainsi que, dans la future Europe, les Ardennes, le Harz, le Massif Armoricain, le Massif Central, les Vosges, la Forêt Noire …( il y a environ 300 millions d’années). C’est le « plissement hercynien » essentiellement dû au « rapprochement » de 2 supercontinents, l’un dans l’hémisphère Sud, le GONDWANA, l’autre un peu plus au Nord, l’EURASIE. Leur soudure se termine au cours du « Permien », dernière période de l’ère primaire pour constituer la PANGÉE avec au Nord une mer froide et au Sud-Est la THETIS, océan chaud.

Noter qu’à cette époque la France aurait été située au niveau de l’Equateur.

 Les géologues placent le début de l’ère secondaire vers – 245 millions d’années et la partagent en trois périodes : le Trias, le Jurassique et le Crétacé. Au cours du Trias, on a, sous un climat désertique, un début d’érosion de la chaîne hercynienne. Des débris gréseux (sable aggloméré) alimentent les fosses apparues entre les nouveaux reliefs, par exemple entre le Morvan, les Ardennes, les Vosges  et les Monts de Bretagne, – le futur  « Bassin Parisien » – et de même pour le Bassin Aquitain. Mais, phénomène plus important, le nouveau supercontinent subit des pressions internes d’origine volcanique qui provoquent une nouvelle cassure, cette fois entre la partie Est et la partie Ouest. Une grande faille sépare les futurs continents Afrique et Amérique et ouvre l’Océan Atlantique-Nord. La plus grande partie du continent de la future Europe de l’Ouest est submergée par des mers tropicales et peu profondes

Au début du Jurassique, la mer envahit l’ensemble de la France ; seules quelques régions émergent, Massif Armoricain, Ardennes, Massif Central… Les mouvements successifs de la mer ont déposé des sédiments durant plus  de 200 millions d’années dans la cuvette du Bassin parisien, dont le fond s’affaisse sous la charge. ( Ces dépôts , complétés à l’ère quaternaire par les alluvions au fond des vallées atteignent aujourd’hui une épaisseur de 3000 mètres à l’Est de Paris ). Des couches se sont succédé, avec des compositions différentes selon les conditions environnementales propres à chaque époque (hauteur d’eau variable en fonction de la température par exemple), telles des assiettes empilées, la plus grande s’appuyant sur le socle des massifs granitiques du pourtour.

On voit donc sur la carte géologique du Bassin Parisien un ensemble de couronnes concentriques – les bords des « assiettes » -,  les plus anciennes , de l’ère primaire, à l’extérieur, et en se rapprochant du centre Paris, on franchit le secondaire, le tertiaire, puis le quaternaire.

coupe du bassin parisien

  (d’après Cavelier, Mégnien, Pomerol et Rat -1980)

Application au département de l’Yonne :- à la pointe extrême Sud-Est, depuis le Sud de Quarré-les-Tombes jusqu’à l’intérieur même de la ville d’Avallon, nous sommes dans le Morvan, avec un point culminant à 609 m,  On a surtout des roches de granite et de gneiss, composées de quartz, mica et feldspath, qui sont des silicates de divers métaux ( Al, Ca , K, Fe, Mg…). Sous l’effet des pluies acides , ces roches se sont décomposées en surface ; un sable grossier l’arène, les recouvre.- on a un 2ème « bord d’assiette », de largeur 10 à 20 km, à l’Est et à l’Ouest d’Avallon. Le sol de la Terre-Plaine s’est constitué au Lias ( début du Jurassique) par érosion des roches silicatées en argiles et marnes ( roches tendres contenant moitié argile et moitié calcaire) sur les pentes du Morvan baignées par la mer.- puis une bande Sud-Ouest / Nord-Est , large de 30 à 40 km, jusqu’aux abords d’Auxerre et de Tonnerre, couvrant ce qu’on a coutume d’appeler les plateaux de Basse-Bourgogne, relevant du Jurassique moyen et supérieur ( le « supérieur » étant le plus tardif), et où la sédimentation calcaire remplace les dépôts silicatés. Ces dépôts calcaires sont composés essentiellement de « fossiles » c’est-à-dire de débris d’animaux et de végétaux marins.

Selon l’origine de ces dépôts, cette bande est partagée en deux :> la première partie, au Sud, dans laquelle se trouve Montillot, a une largeur moyenne de 15 km, et est limitée grossièrement au Nord par une ligne allant de Lucy-sur-Yonne à Ancy-le-Franc. On a ici des calcaires « à dominante oolithique et bioclastiques ». Les « oolithes » sont des grains sphériques (diamètre de l’ordre du mm en moyenne) formés par dépôt chimique de couches successives de carbonate de calcium, autour d’un « noyau », constitué de débris de roches ou d’origine biologique (« bioclaste »). Le calcaire oolithique, dépourvu de fossiles, est le plus compact et est utilisé en pierre de taille pour les grandes constructions ( pour les églises, voir l’étude de M. Stéphane BUTTNER, du Centre d’Etudes médiévales d’Auxerre, sur « les matériaux de construction des églises dans l’Yonne » publiée en septembre 2010 ). pour plus de détails sur les cartes, aller sur>>>>> GEOPORTAIL ou >>>>> INFOTERRE 

> la 2ème partie, au Nord de la précédente, se caractérise par des « récifs coralliens » : dans une mer peu profonde et de température supérieure à 18 degrés, des animaux, les mandrépores, et des végétaux se sont associés et ont fabriqué en commun un support calcaire, le « polypier », à partir des ions « carbonate » et « calcium » contenus dans l’eau de mer (ce phénomène curieux se poursuit de nos jours dans les régions maritimes tropicales, Polynésie, Caraïbes, Australie…).  Les récifs de notre région ont été construits au début du « jurassique supérieur – étage oxfordien – » , il y a environ 150 millions d’années, en 500 à 600.000 ans. Ils constituent une masse rocheuse importante, de largeur 2 à 25 km, au Nord d’un ligne approximative Clamecy-Saint-Moré ; l’épaisseur pouvant atteindre  80 à 100 m. Des coupes de ces roches apparaissent en falaises au bord des rivières, à Mailly-le-Château, Merry-sur-Yonne, Châtel-Censoir…( Dans la carrière des Rochers du Parc – actuellement réserve naturelle -, on observe sur les parois les silhouettes de nombreux coraux « en position de vie » ).

 Les « récifs de la vallée de l’Yonne » ont été décrits en détail à partir de 1972 par le géologue Pierre RAT dans son « Guide géologique Bourgogne-Morvan » . Il y présente une « construction généralement non stratifiée, orientée W-E » qui « forme barrière entre la mer ouverte, côté Bassin de Paris, et une plate-forme peu profonde, lagon, dont l’extension vers le Sud n’est pas connue du fait de l’érosion ».

L’ « avant-récif », tourné vers le large, serait situé à Mailly-le-Château, la « barrière récifale » aux Rochers du Parc, l’ « arrière-récif » aux Rochers du Saussois. Le « récif tabulaire » (système récifal inférieur, – le plus ancien -) apparaît plus en arrière ; près de Châtel-Censoir : l’examen d’une falaise surplombant la voie ferrée met en évidence les  couches correspondant aux étages successifs du jurassique : callovien moyen , callovien supérieur, oxfordien inférieur et moyen…, chacun avec leurs fossiles caractéristiques. Tout en haut affleure le « complexe récifal supérieur », au même niveau qu’aux rochers du Saussois (altitude 180 m).

La carte géologique de la région Yonne-Cure fait apparaître nettement un large massif coté   «  J6a-5 » = « étage oxfordien supérieur et moyen » avecsa bordure Nord de Mailly-le-Château à Arcy sur Cure, entaillé par les deux vallées. Vers le Sud, il semble s’effilocher en plusieurs plaques, séparées par des zones cotées « mp = miocène-pliocène », donc relevant de l’ère tertiaire

Montillot se trouve donc à peu près au centre de la partie des  « Plateaux de Basse-Bourgogne » située entre les vallées de l’Yonne et de son affluent, la Cure. En leurs points les plus proches, les altitudes de ces cours d’eau sont de 136m pour la Cure au Gué-Pavé et de 135 m pour l’Yonne près de Châtel-Censoir, alors que le village est à 227 m. Les routes principales rejoignant Montillot depuis les vallées proches montent donc d’une centaine de mètres, ce qui peut justifier le toponyme (« petit mont » ? ).

Tout près du village on a 2 collines boisées de 300 mètres environ (la montée commence aux dernières maisons…) et une plaine cultivée.

Carte IGN

Les collines =>

a)- Au Sud-Ouest, le « Bois des Perruches » (sommet à 316 m) est classé par les géologues « J3b – étage callovien moyen, calcaires marneux » . Des sondages. de prospection pour alimentation en eau du village, effectués en 1991 par le B.R.G.M  ( Service géologique national) ont précisé cette structure . En creusant à partir du sommet, on a rencontré :

– 35 m de calcaire cristallin (J3b = « callovien moyen »

– 100 m de calcaires oolithiques à entroques – pièces calcaires provenant de la désagrégation du corps des « crinoïdes » ou « lys de mer » qui formaient de vraies prairies sous-marines-

– 50 m de marnes et de calcaires marneux jaunâtres (J2a =: « bathonien inférieur »)

–  ensuite on atteint les premiers dépôts du jurassique ( l5-6 = lias supérieur, marnes ( le  « lias » étant le « jurassique  inférieur », le plus ancien ) Toute la partie supérieure de la colline date donc du jurassique moyen, « bathonien » puis « callovien », en gros moins 170 à moins 160 millions d’années (-100 Ma) (c’est la « Grande Oolithe » des anciens auteurs).

b)- au Nord-Ouest,  le « Crot blanc » (sommet à 292 m) , classé J6a-5 , jurassique supérieur, comme le massif corallien cité plus haut. Sa partie supérieure affleurante,  datant de -160 à -155 Ma, est donc un peu plus récente que celle de la colline voisine des Perruches ( on y trouve les vestiges d’une ancienne carrière). Le Crot blanc se prolonge au Nord sur 3 km, avec la même structure, entre Brosses-le-Haut et son hameau La Perrière. Sur la carte géologique, cet ensemble apparaît comme un morceau détaché de l’arrière-récif dont le front avant est à Mailly-le-Château et Mailly-la-Ville.

Dès 1847, Gustave COTTEAU, géologue réputé pour sa connaissance des fossiles, avait signalé l’étendue arrière de ce massif, qu’il appelait le « coral-rag ». Dans le Bulletin de la Sté des Sciences de l’Yonne, il écrivait ; « Le coral-rag occupe une grande place dans notre département ; il est largement développé depuis Mailly-la-Ville jusqu’à Etais ; sur toute cette bande, la mer corallienne, franchissant les rivages naturels que lui opposait l’oxford-clay moyen (dit aujourd’huile «callovien »), recouvrit sous ses roches madréporiques des formations beaucoup plus anciennes et vint à Montillot et à Andryes, laisser des traces de son séjour jusqu’au milieu de l’étage bathonien »…

 On remarque 2 autres « appendices » analogues prolongeant le récif vers le sud , au niveau de Bois d’Arcy-Saint Moré à l’Est et au Sud de Châtel-Censoir à l’Ouest. Des dépressions d’altitude moyenne 200 m, les séparent, résultant peut-être de tassements de la croûte terrestre sous le poids des sédiments.   . Mr Denis BAIZE, de l’INRA-Orléans, a émis l’hypothèse en 1991 que ces alluvions anciennes « jalonnent un très ancien cours d’eau le long d’un axe Asquins, Montillot, Bois d’Arcy, Avigny, Bazarnes ».

La plaine   =>  lieux dits « plaine de la Chally » et « la Canne »

 Pratiquement horizontale, entre les cotes 210 et 220 m, elle se situe justement dans une zone de « tassement » signalée entre les vestiges d’arrière-récifs coralliens. Classée « mp » = miocène-pliocène , par les géologues, elle résulterait, d’après la notice BRGM de la carte « Vermenton » au 1/50000, d’alluvions très anciennes et de dépôts « détritiques » (désagrégation de roches par érosion) de l’ère tertiaire, dans une très ancienne vallée (« paléo-vallée ») sur une épaisseur de 10 à 20 m . Des fouilles peu profondes y ont mis en évidence :

– une   « matrice argileuse et siliceuse rougeâtre »

– des gravillons, des nodules ferrugineux, de petits quartz venant du Morvan proche

– des « chailles » (ou « cailloux ») plus gros, certaines jaunes en coupe , d’autres de grès ferrugineux, d’autres de quartz.. ;

– quelques éléments plus gros (diamètre 30 cm) de grès ferrugineux.

D’après Mr Denis BAIZE, décrivant ce secteur Montillot-Bois d’Arcy, :  ces alluvions occupent une sorte de « poljé » (plaine des paysages karstiques) s’étendant entre des buttes de calcaire récifal pentues et aux sommets arrondis, les « buttes rondes ». Ces alluvions sont déposées sur un socle callovien.

Mr COLLENOT, dans le bulletin de la Société des Sciences de Semur de 1871 signale ce « bassin de  l’époque tertiaire dans lequel se trouve au sud le village de Montillot »… «  limité par Rochignard, la colline du Bois d’Arcy et la Côterette ; la tuilerie[1] de Montillot emploie des argiles jaunes, tachées de blanc et de rouge, avec quelques gros grains de quartz, qui sont tirées  sur une épaisseur de 2 mètres au N-E du village et dans lesquels il y a , çà et là, des nids de sable grossier rouge »

Mr COLLENOT rappelle que  Mr MOREAU, autre géologue, avait attiré l’attention en 1864, dans le bulletin de la S.E.Avallon, sur un autre « abaissement très prononcé », qui « passe  par-dessus Blannay, Bois d’Arcy et arrive à Mailly-le-Château, près des Roches du Saussois » ; il ajoutait : « il est tellement prononcé qu’on a pensé à y placer un chemin de fer »….

La plaine proche de Montillot est propre à la polyculture, telle que pratiquée jusqu’au milieu du 20ème siècle ; blé, avoine, orge, seigle, betteraves , fourrage – trèfle, luzerne, sainfoin et graminées diverses -, arbres fruitiers, fraisiers, framboisiers… La plupart des pâtures situées autour du village, dans une zone plus limoneuse, disposaient toutes d’un abreuvoir, fouille peu profonde, étanche grâce à la couche d’argile sous-jacente, et conservant l’eau de pluie et de ruissellement proche . A l’intérieur même du village, 4 ou 5 mares, – maintenant comblées – , construites sur le même principe, accueillaient les troupeaux chaque soir… Montillot n’a en effet pas de source sur son plateau ; les eaux de pluie s’infiltrent dans les fissures de couches calcaires et les sources n’apparaissent que dans les vallées : à l’Est dans le hameau du Vaudonjon, près de la Cure ; à l’Ouest à l’étang de Marot qui alimente le « ru de Brosses ».  Dans la même zone proche du village, on a cultivé le chanvre jusqu’à la    fin du 19ème siècle ; les chénevières exigeaient en effet un sol frais et profond, engraissé au fumier de ferme (bétail et volailles), cette plante à racine pivotante pouvant atteindre plusieurs mètres en 3 mois. Ensuite ces terres ont été utilisées en jardins potagers  (cf l’ancien lieudit « Pré du Mitan »)..

 Territoire de la commune

 Après le premier cycle de sédimentation à dominante calcaire, la mer se retire de nos régions, suite à d’importants bouleversements à la surface de notre planète ; l’Océan Atlantique-Sud s’ouvre, séparant la future Amérique du Sud de la future Afrique, laquelle va commencer à se rapprocher lentement de la future Europe…

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Si on s’éloigne du village vers le Nord-Est, une pente s’amorce à environ 1 km vers 2 autres collines atteignant également 300 m ; L’une, « Rochignard », présente à son sommet une plaque affleurante de quelques dizaines de mètres d’arrière récif corallien « J6a-5 » sur un sous-sol du callovien ( J3 = «  chailles litées et calcaires oolithiques »). L’autre, du Callovien aussi, domine d’un côté le hameau des Hérodats, de l’autre la vallée de la Cure à Blannay. A partir du début de la pente, sur 5 ou 600 mètres, le sous-sol est un peu plus ancien, classé J2c-b = « bathonien supérieur et moyen, calcaires oolithiques et marnes ». Dans cette zone, exposée au Sud-Est, où la couche arable est moins épaisse, la vigne a été cultivée jusque vers 1960 ( il y avait 60 ha de vignes au début du 20ème siècle sur le territoire de la commune).. A 1 km vers le Sud-Est  la descente s’amorce vers la vallée de la Cure ;  35 m d’altitude  sont perdus au haut du hameau du Vaudonjon  et 55 m au bas. Dès le début , on quitte la plaine et on retrouve un sous-sol plus ancien, classé J2a = « bathonien inférieur, calcaires marneux et marnes »., le même rencontré au cours du forage aux Perruches, à -135 m…Les registres d’état-civil du 19ème siècle citent de nombreux vignerons habitant le Vaudonjon ; ils exploitaient les terres pentues  exposées au Sud-Est. Moins d’un km après Vaudonjon le Bas, on rejoint la Cure, avec ses alluvions, anciennes (« Fy ») au pied des pentes et plus modernes ( « Fz ») dans le lit même de la rivière ( sables et graviers du quaternaire).. Vers le Sud, le territoire de la commune s’allonge sur 3 à 4 km vers celui de Vézelay. C’est une zone boisée, mis à part les alentours proches de petits  hameaux, la Charbonnière et la Bertellerie. Le sous-sol est classé J2b-3a = « callovien inférieur ; bathonien moyen et supérieur; calcaires oolithiques ». En surface, selon la nature du calcaire sous-jacent, on a des formations argileuses d’épaisseur variable appelées « terres d’aubues » – au-dessus des calcaires durs – et « argiles à chailles »[2] – éléments grossiers siliceux, au-dessus des affleurements du callovien -.Nos sous-sols profonds datent  donc bien  du jurassique, deuxième période de l’ère secondaire.

Au début du crétacé ( -135 millions d’années), retour de la mer, avec une 2ème sédimentation – argilo-sableuse -, après quoi la mer se retire, puis revient au crétacé supérieur causant une 3ème sédimentation.A la fin du crétacé, donc de l’ère secondaire  – 65 millions d’années , période où l’on place la disparition des dinosaures –, la mer se retire définitivement de nos plateaux de Basse-Bourgogne.Au cours de l’ère tertiaire se forment les grandes chaînes de montagnes actuelles, des Alpes à l’Himalaya, par suite de la remontée vers le nord des plaques tectoniques des continents africain et indien, de leur collision ( période oligocène, vers – 30 Ma) avec la plaque eurasienne, puis du chevauchement de leurs bordures.

Ce phénomène a pour conséquence de soulever le Morvan et de le faire basculer vers le Nord-Ouest, ce qui provoque des fractures et accentue l’action d’érosion des eaux-vives ., Des limons, des dépôts de sable et d’argile à silex, sans coquillages marins, comblent les creux du relief   ( par exemple, la plaine de Montillot au mio-pliocène) et des vallées se creusent.

L’ère quaternaire, débutant il y a environ 2 millions d’années, est caractérisée par des glaciations successives et l’apparition de l’Homme. Les 4 dernières périodes glaciaires se situent vers  – 600000, – 480000, – 240000 et – 120000 ans et ont duré de 50 à 100000 ans chacune. La dernière s’est terminée il y a 10000 ans.

 Après une longue  évolution biologique, en passant par l’australopithèque il y a 2 millions d’années, l’homme arrive à sa forme « moderne » – l’homo sapiens – il y a environ 35000 ans. Des restes de son prédécesseur l’Homme de Néanderthal, ont été reconnus par le professeur LeroyGourhan et sonéquipe,au cours des   recherches  effectuées dans les grottes des massifs calcaires d’Arcy-sur-Cure à partir de 1946. Ces grottes constituaient des abris au cours de la dernière période glaciaire. Le mode de vie et les outils inventés par ces hommes – caractéristiques de l’âge de pierre – ont pu être décrits.

Autres traces de la présence de lointains ancêtres en 1879, recherchant des pierres pour  l’entretien du chemin de Montillot à Tameron, on a trouvé sur le versant Sud de la colline voisine de Rochignard, 4 amas de pierres de 15 à 20 mètres de diamètre et 1m50 à 2 m de haut, qui étaient en fait des sépultures (les « tumuli »). Les objets déposés à côté des squelettes ont été estimés comme relevant du début de l’âge du fer, c’est-à-dire datant d’il y a environ 3000 ans.

Nous sommes très près de l’époque actuelle…En parlant du paléolithique et de l’âge de pierre à Arcy, puis des âges du bronze et du fer à Rochignard, nous ne sommes plus dans l’histoire de la Terre, mais dans celle de l’Homme.

C’est  un autre chapitre qui s’ouvre A suivre

BIBLIOGRAPHIE

– Cartes géologiques GEOPORTAIL et INFOTERRE

– BSSY 1847 : p36  G,Cotteau ; géologie de l’Yonne.

                        P18  Quantin : monuments religieux.

                        P 307 G ;Cotteau – le massif corallien de l’Yonne

– BSSY 1858 p 349 – V.Raulin – catalogue des roches de l’Yonne.

– BSSY 1864 –p 53-59- G.Cotteau – provenace des pierres de la construction primitive de l’église de Vézelay

– BSS Semur 1871 – Collenot – géologie de l’Auxois.

– 1966 -Notices BRGM cartes géologiques « Avallon »  et « Vermenton »

– CRDP Dijon 1984 –« l’Yonne, un département ».

– 1972-1986 – P. RAT – guide géologique Bourgogne-Morvan

– « Sciences du sol 1991 » – Denis BAIZE -sols et formations superficielles S-E du Bassin Parisien.

– BRGM 1991 – rapport Corvet-Gervain- recherches hydrauliques à Montillot

– P.U.Rennes 2009-  A .Timbert – e Chevet de la Madeleine de Vézelay.

– 2009 – Claude ALLEGRE et René DARS : « la géologie, passé, présent et avenir de la Terre »

– BUCEMA  2010– CNRS-Auxerre- St. Büttner – matériaux de construction des églises  de l’Yonne


[1]– dans les matrices de l’ancien cadastre de Montillot, on trouve qu’en 1844 a été construite une tuilerie sur la parcelle cotée alors D345 ( aujourd’hui en face du 4  rue de la Duite) par son propriétaire Pierre Joseph Alexandre de LENFERNA.

[2] – « chaille » = « caillou » en ancien français