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FORTIFICATIONS DE MONTELUOT

Le document d’Archive:

Lettre patente de François 1er – Octobre 1527

Juin 1527   –  Les habitants de Monteluot demandent au roi de France la permission de fortifier leur village.

Octobre 1527: François Premier est d’accord…

François à tous presens et advenir Salut. Comme dès le quinzième jour de juing dernier passé, les manans et habitans [1] du lieu et villaige…

…de Monteluot deppendant de l’abbaye de la Magdelaine de Veszelay Nous eussent présenté requête tenent (?) afin d’avoir permission de fere cloure [2] et …

… fermer le dit lieu et villaige de Monteluot, qui est assis en notre bailliage d’Auxerre, en bon et fort pais [3] et de vinoble [4] , près de notre Duché de…

… Bourgongne d’une lieue envyron [5] . Et pour la décoration [6]   et augmentation d’icelluy seureté et garde du pais [7] , prouffict et utillité de nous et de la chose publique…

… d’environ [8] le fortiffier de murs, tours, foussez [9] et autres choses neccessaires à fortiffication. Sur laquelle requête eussions ordonné estre informé par le Bailly d’Auxerre…

… ou son lieutenant, de la commodité ou incommodité de nous et de la chose publique, appellez [10] les gens nobles du pais et autres qui feroient  à appeler [11]  . Et icelle information …

… ensemble l’advis de luy et de nos procureurs et officiers renvoyez par devers nous pour y pourveoir [12]   comme de raison faire que auroit esté fait. Et le tout  par nous…

… renvoyez par devers noz amez et feaulx [13] conseillers les gens de notre Grant Conseil, lesquelz ont semblablement donné leur advis. Savoir faisons par nous…

… desirant subvenir à noz subgectz et chose publique de notre Royaume, selon l’exigence  des cas, inclinans à la supplication et requête des dits suppliants, et en en suyvant…

… l’advis des gens de notre dit Grant Conseil, A Iceulx manans et habitans supplians ……..et autres ………….avons donné et octroyé, donnons et octroyons de …

… grace especiale par ces dites présentes congé, licence et permission de clourer [14] et faire clourer et fortiffier ce dit lieu et villaige de Monteluot, de murailles, tours, foussez, …

… canonnières, ponts leviz, barbacanes et autres choses requises et necessaires à fortiffication. Si donnons en mandement par ces dites présentes au dit Bailly d’Auxerre ou …

…  son lieutenant et à tous noz autres justiciers et officiers ou à leurs intimations [15] présentes et advenir et à chacun d’eulx ….à luy appartenant que de nos presens grace, …

…  congé et permission  ilz  facent, souffrent et laissent les dits manans et habitans supplians joyr et user plainement et paisiblement sans leur…

…  faire mectre ou donner, ne souffrir estre fait, mis ou donné auccun trouble, destourbier [16] ne [17] empeschement aux dites présentes, Lequel si fait, mis ou donné, leur avoit…

…  esté ou estoit, le leur mectent ou facent mectre incontinent et sans delay a plaine delivrance [18] . Car ainsi nous plaist-il estre fait nonobstant …

…  quelzconques ordonnances, mandemens, restraicts [19] ou deffences à ce ……….et affin que ce soit chose ferme et establi a tous………nous avons…

…  fait mectre notre seel [20] à ces dites présentes. Sauf en autres choses notre droict et l’autry en toutes (?). Donné à Chantilly au moys de octobre …

… l’an de grace mil cinq cent  vingt-sept, et de notre règne le 13ème. Signé par le Roy : Gedoy ; Visa contentor : Coufier.

réf: archives nationales Paris. Cote JJ243- folio 388

[1] – manans et habitans : d’après Froissart , le « manant »  serait « celui qui habite dans une ville, qu’il soit bourgeois ou artisan » ; l’habitant étant l’homme du pays, à demeure fixe, le paysan  ( ?…).

[2] – fere cloure : faire clore

[3] –  fort pais = pays (région) rude, difficile

[4] – vinoble = vignoble.

[5] – près de notre Duché de Bourgongne d’une lieue envyron : la rive droite de la Cure, au niveau du Gué-Pavé, était en Bourgogne ; la rive gauche faisant partie de la « poté » de Vézelay. ( => voir « Commentaires » ci-après).

[6] –  décoration : se disait des ornements d’architecture.

[7] –  seureté et garde du pais : il s’agit d’accroître la sécurité du village, mais les raisons de ce besoin, certainement exprimées dans la demande des habitants, ne sont pas rappelées ici ( => voir « Commentaires «  ci-après ).

[8] –  d’environ : autour de, tout autour.                                                                                                                          

[9] –  foussez  = fossés.

[10] –  appelez : appelés, consultés pour avis.                                                                     

[11] – feraient a appeler = pourraient être consultés.

[12] – pourveoir : examiner, réfléchir, aviser.

[13] – amez et feaulx : amis et fidèles.

[14] – clourer = clôturer .

[15] – intimation : acte de procédure tel que signification par magistrat ou appel en justice.

[16] – destourbier : trouble, empêchement, ennui, tourment …

[17] – ne  = ni

[18] – a plaine delivrance = affranchi de toute difficulté.

[19] –  restraicts = restriction, contrainte.

[20] –  seel = sceau.

Commentaires

– Le contexte documentaire

Trois documents, – dont deux déjà anciens -, d’histoire locale, citent des lettres de François 1er autorisant des villages de la région à construire des murailles de protection .

a)-  Recherches sur l’Histoire de THAROISEAU, par l’Abbé A.PISSIER, curé de Saint-Père   (Bulletin de la Société d’Etudes d’Avallon – 1910).

En septembre 1537, le roi François 1er  autorise les habitants à «  clore et fermer de murailles, tours, portaulx et fossez, ponts levys et autres choses requises à forteresse le dict bourg de Tharosault ».  Il avait en effet reçu dans ce sens « lumble supplication des manans et habitans », souhaitant « obvier aux insidiacions des larrons, pillards et insidiateurs… », « …par lesquels ilz ont esté violantement, et leurs femmes et enfans et mesnaige, souventes foys envahiz, forcez, oultraigez, pillez et robez… »

L’abbé Pissier ajoute : « Asquins, Montillot, Menades furent fortifiés vers la même époque … »

(D’après le doc. coté JJ 254- folio 42 aux Archives Nationales.)

b)-  Recherches historiques sur ASQUINS avant 1789  , par l’Abbé PISSIER  (1909) , complété en 1998 par Pierre HAASÉ.

En juillet 1539, François 1er  répond aussi favorablement à la prière des habitants qui, se disant « eux et leurs femmes, enfans et mesnaige souventes fois envahiz, forcez, oultraigez ; pillez et robez… » et  « …feroient voluntiers à leurs despens clorre et fermer de murailles …le dist lieu, bourg et villaige d’Asquien ».

(D’après le doc. coté JJ 254- folio58 aux Archives Nationales.)

c)- « Fortifications de villages en pays de Vézelay » , remarquable étude du professeur Pierre Haasé présentée en 1998.

II –  Recherches de documents anciens concernant Montillot

Le Centre Historique des Archives Nationales (C.H.A.N.), Hôtel de Soubise, présente, parfaitement classés dans son « Trésor des Chartes », les milliers de textes de signature royale du 13ème siècle à la Révolution.

Des registres manuscrits présentent en latin, pour chaque cote, le sujet traité par le texte royal.

On trouve, par exemple :

–          les privilèges des chirurgiens, barbiers, arquebusiers, charpentiers, tailleurs de pierre, serruriers et cloutiers …

–          les autorisations de création de marchés hebdomadaires

–          les autorisations de construction de colombiers et clapiers

–          les naturalisations

–          les « rémissions » – très nombreuses au 16ème siècle – qui étaient des annulations de peine pour des forfaits commis …

Et on arrive en JJ 243 – folio 388 à « Licentia data habitantibus loci de Monteluot claudendi dictum burgum » ( permission donnée aux habitants du lieu de Monteluot de clore le dit bourg). Au passage, on note des lettres patentes analogues concernant Voutenay, Précy-le-Seq, Annay-la-Côte, Pontaubert …

III –  Le contexte historique

 Quelle est l’origine de ce besoin pressant de protection exprimé à cette époque par les villages de l’Avallonnais ? Il nous faut remonter assez loin en arrière dans l’Histoire pour décrire les conflits entre les puissances de l’époque et leurs répercussions sur nos campagnes de l’Avallonnais et du Vézelien…

a)- Les limites territoriales à la fin du Moyen Age

La première carte ci-dessous – dressée vers 1600 par des cartographes d’Amsterdam, Guillaume et Jean BLAEUW -, est limitée aux environs proches de Vézelay . Les  « frontières » approximatives de la « poté » sont indiquées. On voit à quel point celle-ci est « coincée » entre les comtés d’Auxerre et de Nevers et le Duché de Bourgogne. On voit aussi que la rive droite de la Cure, au niveau du Gué-Pavé, – donc à 4 km de Monteluot -, fait partie du Duché de Bourgogne.

On comprend qu’aux 12ème et 13 e siècles, les comtes de Nevers aient cherché par tous les moyens à s’emparer de Vézelay, qui, sous l’autorité de l’Abbé de la Madeleine, dépendait directement du pape.

La « Poté » de Vézelay

C’est en 1280 que Vézelay est devenu une « terre du royaume », le roi de France Philippe le Hardi déclarant par ordonnance qu’il assume la garde et le contrôle de l’abbaye et du fief de Vézelay ; cette décision a été confirmée en 1377 par Charles V ;

La carte ci-contre, montrant les territoires de Bourgogne au 14éme siècle est l’une des rares où apparaît la « poté »., enclave minuscule entre ses grands voisins.

On voit le Duché de Bourgogne, et de l’autre côté de la Saône, le Comté de Bourgogne, devenu ensuite la Franche-Comté.

b)-  L’histoire de l’Avallonnais  du 14ème  au 16ème siècle.

fortifications d’avallon

Notre région a souffert de la Guerre de Cent Ans ( environ 1350 à 1450) pour plusieurs raisons

– dans la première phase des hostilités entre la France et l’Angleterre, les combats avaient lieu dans l’Ouest, mais les impôts ont augmenté dans tout le royaume.

– puis après la bataille de Poitiers en 1356 où le roi Jean le bon fut fait prisonnier, non seulement une forte rançon doit être réunie (4 millions d’écus pour le royaume dont 400 « moutons d’or », – soit 500 livres Tournois -, pour la poté), mais les troupes libérées par la trêve conclue avec l’Angleterre pillent, rançonnent et font régner l’insécurité entre Seine et Loire ; « par quoi nul n’osait aller  entre Paris et Montargis » écrit Froissart, chroniqueur du 14 e siècle….

– il faut savoir que la guerre est intermittente ; négociations et trêves suspendent les combats, souvent sur plusieurs années ou dizaines d’années ;  les armées, des deux côtés, sont composées pour une large part de mercenaires, dont la guerre est le métier, et que la paix prive de gagne-pain. Ils opèrent alors pour leur compte, volent, pillent, rançonnent villages, villes, châteaux, abbayes…

– même l’intendance des armées régulières est basée sur le pillage ; pour les armées françaises, c’est la « prise », réquisition mal payée ; quant à l’armée anglaise, loin de ses bases, elle vit sur le pays …

– de plus, famines et épidémies (peste, dysenterie,…) sévissent périodiquement (en 1348, Givry aurait perdu 650 habitants sur 1300 !).

Plusieurs historiens locaux ( cités en fin de texte) ont tiré patiemment des archives des villes le récit des évènements de cette époque. Nous nous sommes permis de « picorer » dans leurs ouvrages. Bien que Montillot ne soit pas  mentionné avant la fin du 16ème siècle, on peut être certain que les graves difficultés  rencontrées par les villages  du Duché de Bourgogne tout proche, n’ont pas épargné ses habitants…L’énumération qui suit est assez longue, mais elle est nécessaire pour bien comprendre dans quel état d’esprit nos ancêtres de l’Avallonnais et du Vézélien ont abordé le 16ème siècle.

1- En 1359, les Anglais et les Navarrais prennent Auxerre, rançonnent les habitants puis pillent et incendient les villages voisins. Les portes de Vermenton sont forcées et l’église pillée. Avallon est épargnée, du seul fait que la peste y décime la population ; les alentours sont pillés et beaucoup de terres resteront incultes plusieurs années.

En janvier 1360, le roi d’Angleterre Edouard III lui-même, à la tête de son armée, arrive par Tonnerre et Noyers et attaque les forces du duc de Bourgogne massées à Montréal. Les combats sont sanglants. Edouard III s’installe dans le château de Guillon, et lance des incursions alentour. Le 10 mars, le traité de Guillon est signé, par lequel, contre une somme de 200.000 « deniers d’or au mouton », les Anglais s’engagent à quitter le pays.

Edouard III se dirige vers Paris, en passant par Vézelay, « destroussant partout où il allait »…

Ses chefs de guerre donnent congé à leurs gens, qui vivent de brigandage dans la campagne.

En mai 1360, le traité de Brétigny cède au roi d’Angleterre tout le Sud-Ouest de la France.

Une troupe de bandits anglais s’installe au château de Pierre-Perthuis ; le jeune duc de Bourgogne Philippe de Rouvre, vient lui-même aider les habitants de Vézelay à les chasser. Mais ils reviennent ; les combattants bourguignons et vézeliens, aidés de mercenaires allemands, reprennent la place forte.

En 1361, on voit de plus en plus les brigands regroupés en « Grandes Compagnies » : « Bretons » et « Gascons » sévissent en Auxois , Lorrains et Allemands en Champagne…Les « Bretons » établissent leur quartier-général à Arcy-sur-Cure, d’où ils rançonnent la contrée.

7000 « routiers » envahissent la région, occupent PrécyFoissyPierre-Perthuis, et attaquent Vézelay qui, fortifié par ses habitants en 1356, leur résiste.

En 1368, les habitants de Vermenton obtiennent, par lettre royale de Charles V, l’autorisation d’entourer la ville de murailles ( entre autres raisons « les bons vins qui servent à la provision de Paris et d’autre slieux »…).

Les Anglais reviennent en 1372 et prennent Vaux (Vault-de-Lugny) et Pontaubert.

La peste sévit dans l’Avallonnais de 1380 à 1382, puis en 1392 ; la mortalité est telle qu’il reste moins de 100 « feux » ( foyers) à Avallon…

A partir de 1407, la guerre civile s’ajoute à la guerre étrangère. Pour raisons de succession au trône (le roi et le duc de Bourgogne sont cousins-germains…), la Cour se partage en 2 factions, les « Armagnacs » et les « Bourguignons », qui cherchent à maîtriser Paris et neutraliser le roi, devenu fou en 1392.

Après  avoir battu l’armée  de Charles VI à Azincourt (Pas-de-Calais) en octobre 1415, le roi d’Angleterre Henri V entreprend l’occupation méthodique du territoire français qu’il considère comme son royaume : la Normandie d’abord, puis l’Ile de France en partie.

En 1417,  Vézelay se met du côté du duc de Bourgogne Jean sans Peur, et, après l’assassinat de celui-ci à Montereau en 1419 par le clan « armagnac » entourant le Dauphin, suit son fils Philippe le Bon dans son alliance vengeresse avec les Anglais.

La défense de la frontière Ouest de la Bourgogne s’organise à partir des « villes forteresses » Avallon, Montréal, Châtel-Gérard, Noyers …et des « forteresses secondaires » Voutenay, Arcy, Pierre-Perthuis, Vault-de-Lugny, Chastellux, Maraut, Villarnoux, Epoisses…

En 1418 (ou 1419 ?), Voutenay est pris par les Armagnacs ; en 1421 , Mailly-le-ChâteauArcy et Coulanges.

En 1420, Philippe le Bon signe avec Henri V le traité de Troyes, qui livre la France aux Anglais ; Henri V épousant Catherine de France, fille de Charles VI, devient l’héritier de celui-ci.  .

Charles VI et Henri V meurent tous les deux en 1422.

En août 1422, les deux alliés, le duc de Bedford, régent d’Angleterre, et le duc de Bourgogne regroupent leurs troupes à Vézelay.

En février 1423, Cravant est occupé par les  troupes royales, puis repris par les Bourguignons quelques jours après. En juillet, les Armagnacs mettent le siège devant Cravant, mais sont repoussés. De même Montréal est pris et repris.

En septembre 1424, Philippe le Bon décide de rompre avec l’Angleterre et de s’allier avec le roi de France ; il y gagnera plus tard les comtés d’Auxerre et de Mâcon. Mais le faible Charles VII reste dominé par son entourage, et les hostilités continuent entre Armagnacs et Bourguignons.

En 1426 Mailly-le-Château est pris par les Armagnacs, Joux-la-Ville est ravagé par le feu, la réserve de grain de l’église de Sermizelles est pillée. Le château de Voutenay est pris puis racheté pour 800 écus d’or imposés aux habitants de l’Avallonnais.

En 1427, Châtel-Censoir est « prise, saccagée et brûlée avec son château-fort », sa « population presque entière a péri », et « il n’est resté ni garnison, ni habitants, ni chanoines ». Sur 122 chefs de famille précédemment imposables et habitant la ville, il n’en restait plus un seul »…

2- C’est en 1429 qu’apparaît Jeanne d’Arc ; la petite paysanne-chef de guerre ramène la confiance dans le camp du « Roi de Bourges ». Le 17 juillet Charles VII est enfin sacré à Reims. Livrée aux Anglais par les Bourguignons, Jeanne est brûlée comme sorcière à Rouen le 30 mai 1431. En décembre, Henri VI d’Angleterre se fait couronner roi de France à la cathédrale de Paris. La situation reste confuse …

Fin 1432, Jacques d’Espailly, ex-capitaine des armées du Roi devenu le chef de bande Fortépice, prendAvallon par surprise, puis MarautVieux-ChâteauMagnyClamecyChâtel-Gérard…Plusieurs villages des bords de l’Armançon sont brûlés.

Philippe le Bon

Le duc  Philippe le Bon, qui séjournait  dans ses terres de Flandre, revient, regroupe des troupes et après de durs combats reprend Avallon en octobre 1433, puis le Château de Pierre-Perthuis. Fortépice abandonneCoulanges moyennant 5000 écus…

En 1435, au Congrès d’Arras, Philippe le Bon fait définitivement la paix avec le roi Charles VII ; en récompense, il  n’en sera plus le vassal sa vie durant . Il se fait alors appeler « Grand Duc d’Occident »…

Mais une fois encore, les troupes ainsi libérées continuent la guerre pour leur compte . Des bandes se constituent, qu’on baptise les « Ecorcheurs » ; et alors que la Normandie et l’Ile de France se libèrent des Anglais, la Basse-Bourgogne est à nouveau ravagée …

Un ex-capitaine de Charles VII, Robert Floquet, bailly d’Evreux, vient en juin 1438 occuper l’Avallonnais avec 1000 chevaux , s’installe à Pontaubert et au Vaux, et commence à couper les blés pas mûrs pour soumettre Avallon et les villages voisins  à rançon …L’Auxois est aussi envahi ; partout on pille, massacre et viole; de nombreux documents l’attestent.

A la fin de l’année, famine et peste s’ajoutent aux malheurs de l’Avallonnais ; des cadavres jonchent les rues, « les loups, habitués à se nourrir de la viande des morts, entraient dans la ville et dévoraient même les vivants », lit-on dans les annales des Carmes de Semur.

Prudents, les pillards se retirent dans le Charolais, mais reviennent et prennent Guillon et Montréal en février 1440. En 1441, ils logent leurs chevaux dans la Madeleine de Vézelay ; en novembre, le Maréchal de Bourgogne les chasse. Ils occupent le château de Pierre-Perthuis de 1440 à 1443.

Vers 1444, les chanoines et quelques habitants reviennent à Châtel-Censoir

Une trêve est signée à Tours en mai 1444 entre Français et Anglais : elle dure jusqu’en 1449 . Charles VII en profite pour réorganiser les affaires du royaume, en particulier sa défense. A partir des milices féodales indisciplinées il crée les « compagnies d’ordonnance », première « armée permanente » d’Europe, qu’il peut entretenir en levant chaque année un impôt appelé « taille » ; de plus il met en place une puissante artillerie ( la cavalerie ne sera plus la « reine des batailles »). Il punit sévèrement quelques criminels « Escorcheurs », il en entraîne une partie dans des combats meurtriers en Suisse et en Alsace, et amnistie  ceux qui restent  pour mieux se les attacher…

Il peut alors entreprendre une guerre de reconquête contre les Anglais. En 1437,  il était rentré à Paris ;  en 1449 il reprend Rouen, en 1451, Bordeaux et Bayonne. En juillet 1453, la bataille de Castillon ( sur les bords de la Dordogne) se solde pr 9000 morts mais marque la fin de la guerre de Cent ans. Les Anglais sont chassés de tout le continent à l’exception de Calais.

En 1461, Louis XI devient roi de France et en 1467 Charles le Téméraire  duc de Bourgogne .

Une ère de paix – relative …- commence ; les campagnes devraient pouvoir se relever lentement des désastres de la guerre. 

Mais Louis et Charles sont tous deux autoritaires, durs et ambitieux, n’ayant qu’un seul but: agrandir son propre royaume.

Charles a hérité de son père Philippe le Bon un grand Etat, formé de deux groupes de territoires, séparés par la Lorraine indépendante : les Pays-Bas ( de la mer du Nord au Luxembourg) et la Bourgogne (avec ses annexes Charolais, Auxerrois et Mâconnais) , avec un Chancelier, un Parlement et des Etats-Généraux. Il voudrait conquérir la Lorraine et les villes d’Alsace, constituer une coalition contre Louis XI et obtenir ensuite une couronne royale !

Tous les prétextes de discorde leurs seront bons…

 En 1465,  Charles s’était déjà associé à une ligue de princes français en révolte contre Louis XI (Guerre du « Bien public »). En 1468, il épouse la sœur du roi d’Angleterre Edouard IV, lequel vient d’annoncer son intention de passer la Manche et de revendiquer la couronne de France. 

En octobre, il retient prisonnier par surprise à Péronne le roi de France qui avait fomenté une révolte des Liégeois contre lui, et lui arrache des promesses qui ne seront pas tenues.  

En 1467, les troupes du roi font des incursions à l’ouest du Duché, menaçant TonnerreChablisSt Florentin…, vendangent quelques vignes et taxent les populations

Avallon et Noyers renforcent leurs défenses.

En 1470 et 1471, Louis XI lance des attaques en Picardie et en Chalonnais …Trêve en 1471 et 1472…mais les escarmouches ne cessent pas. Les gens d’Avallon sont inquiets car Tonnerre est occupé par les « ennemis Français » en novembre. En 1473, « l’Auxois, l’Avallonnais et l’Auxerrois sont attaqués sur tous les points à la fois » ; Girolles et Voutenay sont pris. En janvier 1475, quatre cents hommes de guerre s’emparent de Vézelay. Une garnison française campe à Pierre-Perthuis.

Charles le Téméraire  attaque la Lorraine puis l’annexe fin 1475; mais il est battu par les Suisses en 1476 et par le duc René de Lorraine devant Nancy le 5 janvier 1477 ; son cadavre à demi dévoré par les loups est retrouvé deux jours après. Louis XI met la main sur la Bourgogne, l’Artois et la Picardie ; il y installe de nouveaux gouverneurs et capitaines et mate brutalement les récalcitrants.

Mais la Bourgogne est en piteux état, « commerce anéanti, pillage des campagnes, partout des ruines et la désolation ». On n’est en sûreté nulle part. A l’entrée des places fortifiées, on fait le guet pour arrêter les mendiants organisés en grandes bandes. Les villes et les bourgs sont obligés d’héberger les troupes qui passent chaque jour, Français, Ecossais, Allemands …Famine et peste s’ajoutent à ces malheurs.

Louis XI meurt en 1483 ; son fils Charles VIII n’a que 13 ans et sa sœur aînée Anne de Beaujeu assure la régence, avec sagesse et fermeté. La France commence à se rétablir et sa population augmente…Mais quand le jeune roi prend le pouvoir, il est attiré par l’Italie et ses richesses ; il fait valoir ses droits de succession sur le royaume de Naples et commence les « guerres d’Italie » qui , poursuivies par ses successeurs Louis XII et François 1er  , dureront 24 ans…,  .

La peste sévit encore à Avallon en 1517, puis en 1523, – où l’on paye les malades pour les faire sortir de la ville -, et en 1526, où les habitants de Vézelay « vinrent prossessionnellement à Avallon implorer la fin de ces malheurs » (extrait des comptes de la châtellenie d’Avallon).

Des bandes d’aventuriers et de brigands courent encore les campagnes  périodiquement…

Pourtant, dans l’ensemble, la fin du 15ème et le début du 16ème siècles permettent à la France un retour à la prospérité, d’autant plus que les ardeurs guerrières des jeunes nobles sont canalisées vers des territoires étrangers !  

c)- Le règne de François 1er avant 1527.

Né à Cognac  en septembre 1494, de Louise de Savoie et de Charles d’Angoulême. Le roi Louis XII mourant le 1er janvier 1515, François d’Angoulême devient le roi François 1er, sacré à Reims le 25 janvier . Continuant le rêve de ses prédécesseurs, il veut conquérir de nouveaux territoires en Italie ; dès août 1515 (il a à peine 21 ans !), il traverse les Alpes au col de l’Argentière.  Attaqué par les Suisses, alliés des Milanais, en septembre, il les bat à Marignan, près de Milan, avec l’aide des Vénitiens . La paix conclue en 1516 rend à la France le Milanais, perdu par Louis XII.

Mais cette paix, dite « perpétuelle », ne dure que 5 ans. L’empereur germanique Maximilien meurt et Charles d’Espagne – préféré à François Ier, autre candidat – , est élu à sa succession sous le nom de Charles Quint. Celui-ci se trouve à la tête d’un territoire immense, résultant de plusieurs héritages : Alsace, Autriche, Pays-Bas, Franche-Comté, Sicile, Naples, Aragon, Castille et les possessions espagnoles d’Amérique du Sud, …Il veut reconquérir la Bourgogne qu’avait possédée son ancêtre Charles le Téméraire.

Les hostilités reprennent en 1521, les Français sont chassés du Milanais, et François Ier est fait prisonnier devant Pavie en 1525. Il est libéré par le traité de Madrid, en janvier 1526, par lequel il renonce au Milanais , à la Flandre et à l’Artois, et s’engage même à céder la Bourgogne. Mais il oublie vite ses promesses et la lutte contre Charles-Quint se poursuivra jusqu’à  la fin de son règne et  continuera avec son fils Henri II ….

d)- Après 1527 …en bref…

 Le mouvement de la Réforme apparaît en 1520 en Allemagne et s’étend progressivement en France et en Angleterre.

Le protestantisme s’est implanté très tôt dans les vallées de l’Yonne et de la Cure . En 1555, une église réformée s’ouvre à Vézelay…Un abbé de Vézelay devenu huguenot est excommunié en 1563…

Tout le reste du 16ème  siècle est marqué par des guerres de religion, qui renouvellent les  affres de la guerre de Cent Ans,  ravages, massacres, fausses trêves, pestes, famines…Les protestants se font aider de troupes suisses et allemandes.

A partir de 1576 apparaît un 3ème parti, celui des « catholiques-ultras », la Sainte-Ligue, dirigée par le duc de Guise, qui s’allie avec le roi d’Espagne, lève des troupes et s’arme.

C’est dans ce cadre qu’un engagement meurtrier a lieu en juillet 1589 près de Montillot, les troupes de la Ligue, qui tenaient Avallon et Vézelay, voulant reprendre Mailly-la-Ville tenu par les royalistes …

IV – Les motivations de l’ « enclosure »

Elles ressortent  avec évidence du récit ci-dessus et Mr P. Haasé les a parfaitement décrites dans son étude de 1998 :

–          les méfaits continuels des « gens de guerre » vivant sur le pays, qu’ils soient amis ou ennemis

–          le passage de mendiants et autres populations nomades, soupçonnés de vols et de diffusion de maladies ; ces errances étant dues à la précarité et la malnutrition provoquées par les mauvaises récoltes. Il est arrivé que des  famines jettent sur les routes des milliers d’indigents.

–          le passage de loups et de chiens errants souvent enragés..

–          les épidémies périodiques et en particulier la peste, ont fait des milliers de victimes. Or à cette époque, la lutte contre la maladie consistait surtout à éviter la contagion, en exilant les malades à l’extérieur du bourg, et en interdisant l’entrée à des voyageurs étrangers.

V – Le cas de Montillot

Monteluot  est situé sur un plateau entre la Cure et l’Yonne. On pourrait penser qu’il a été épargné par les guerres, du fait que les troupes qui rejoignent des zones de combats suivent de préférence les vallées.

On trouve  en effet très tôt des places fortifiées le long de ces vallées : Vézelay – avantagé par sa position dominante -, Pierre-Perthuis,  Saint Moré, Châtel-Censoir …

Mais il se trouve que

–          d’une part, les guerres entre le roi de France et le duc de Bourgogne ont fait de l’Avallonnais, aire frontalière, une zone de combats.

–          d’autre part, les multiples trêves « libéraient » des combattants qui, désoeuvrés et sans ressources,  se répandaient dans les campagnes environnantes.

–          on peut ajouter pour Montillot un fait  essentiel : une voie de communication importante y passe : le « Grand Chemin » d’Auxerre à Vézelay, passant par Mailly-la-Ville et Brosses, longe le bois du Fège, à l’ouest du village. Cette voie est citée dans le Cartulaire de Vézelay qui fait en 1464 l’inventaire des propriétés de l’Abbaye .

On peut donc affirmer qu’aucun village n’a pu échapper à ces errances …

La première solution a consisté à réserver aux habitants un espace réduit où ils pouvaient se réfugier en cas de menace, ou au moins y garer leurs biens les plus précieux, ne serait-ce que la récolte de grains. Une église ou une tour a souvent joué ce rôle.

A Montillot, d’après P.Haasé, la partie inférieure du « clocher fortifié  roman, aux longues archères ( ouvertures verticales étroites permettant de tirer à l’arc),  dominant l’ancien prieuré, est manifestement l’œuvre du 13ème siècle finissant ». Elle a pu servir de réserve …

En cas de grave danger, on pouvait aller se réfugier dans les forêts proches.

Au début du  16ème siècle, la paix revenue, le souvenir des horreurs des guerres était encore cuisant, et l’exigence de « seureté et garde du pais » primordiale. Depuis Louis XI, toute construction non autorisée devait être rasée et  toute demande devait être suivie d’une enquête faite par le bailli.

En 1501 et 1513, Louis XII était passé à Avallon ; en 1521 ce fut François 1er , montrant ainsi qu’ils s’intéressaient aux territoires bourguignons réunis à la Couronne par Louis XI.

En juin 1527, les « habitans et manans » de Monteluot adressent leur supplique au Roi ; celui-ci demande une enquête au Bailli d’Auxerre ; le résultat est soumis pour avis à son « Grand Conseil » et l’accord final est donné en octobre…

L’autorisation est donnée de construire toutes clôtures et fortifications nécessaires, et sont cités : murailles, tours, fossés, canonnières, pont-levis, barbacanes …Mais ces constructions devaient être faites sans subventions, aux frais des villageois. On ne peut donc s’étonner de la simplicité de la solution retenue : un simple mur avec des portes permettant le contrôle des entrées et sorties …
Il reste très peu de vestiges, sinon le tracé qui, depuis cette époque a imposé le dessin du village. Sur le plan ci-joint, tiré du « cadastre Napoléon » on constate que vers 1810, il y avait encore très peu de maisons en dehors de cette enceinte.

Les pierres de construction de ce mur ont dû être utilisées petit à petit pour la construction des maisons, surtout au début du 19ème siècle.

La longueur totale est de l’ordre de 1000 mètres.  Pour  d’autres villages,  on parle de largeur de 1 m au moins et d’une hauteur de 5 à 7 m. Ici rien ne permet d’estimer ces dimensions…

On peut supposer qu’il y avait 4 portes, aux endroits où les voies principales débouchent sur l’enceinte ; on trouve des noms dans des actes anciens : la Porte de la Chally à l’est, la Porte d’Emont et la Porte du Cloux au Sud,…

Il est certain que la protection était limitée à des vagabonds peu armés ; les portes étaient certainement fermées de nuit, une fois les récoltes et le bétail rentrés après l’Angélus du soir.  

BIBLIOGRAPHIE

–          Ernest PETIT  – « Avallon et l’Avallonnais. Etude historique » – GALLOT – Auxerre – 1867.

–          Georges DUBY – « Histoire de la France de 1348 à 1852 » – LARPOUSSE – 1991.

–          Louis GIRARD – «  Du Moyen Age aux temps modernes »  – BORDAS 1968.

–          Regionis – « Bourgogne » – MSM – 2002.

–          Bertrand SCHNERB – « L’Etat bourguignon 1363-1477» – PERRIN – 1999.

–          Alfred TURGOT – „ Histoire de la Ville et Abbaye de Vézelay“- Pas de l’Ane – 1997.

–          Max QUANTIN – « Histoire et institutions de la ville de Vermenton » – Res Universis – 1993.

–          E. PALLIER – « Recherches sur l’histoire de Châtel-Censoir » – LAFFITTE – Marseille – 1981.

–          CRDP Dijon – «  L’Yonne un département » – 1984.

–          Cadastre Napoléon. Archives Départementales de l’Yonne.

–          Site « Portail Bourgogne et Franche-Comté »:  http://gilles.maillet.free.fr/

–          Site http://www.herodote.net/histoire11020.htm

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L’épopée de la création des écoles publiques à Montillot

R. M. Koutlidis, 2016

Rappel Historique

Si la révolution a en théorie instauré la création de l’école publique et gratuite, puis la création du corps des enseignants du primaire, c’est la loi de Guizot du 18.6.1833, sous la monarchie de Juillet, qui impose à toute commune de plus de 500 habitants de financer la création d’une école de garçons.

C’était  l’époque où la population à Montillot était au plus haut depuis le début des recensements, avec  911 habitants dont 73 enfants.

Il fallut attendre le 23.07.1836 pour que l’école publique soit étendue aux filles, sans obligations, et la loi Victor Duruy du 10.07.1867 pour que ces écoles de filles soit une obligation pour les communes de plus de 500 habitants.

Bien sûr, auparavant, il existait déjà une école ainsi qu’en témoigne cette note prise par A .BUET :

C’est un rapport d’inspection de l’Archiprêtre de Vézelay, conservé aux Archives de l’Evêché d’Autun, qui l’annonce :

« Montillot – 1700 – 240 habitants – …Les habitants ont nommé pour marguillier, chantre et maistre d’école dans la paroisse le sieur Guillaume DEFER, qui a promis de faire lesdites fonctions avec l’exactitude requise, moyennant quoi les paroissiens se sont obligés de lui donner et faire donner, par chaque année, 3 sols par chaque manouvrier, et une quarte de bled par chaque laboureur, et demye quarte par demye charrue, et en outre ce que ceux qui envoyront leurs enfants à l’école payeront les mois, qui seront pour chaque enfant de 3 sols pour ceux qui apprendront à lire et à écrire, comme encore au cas où le Roy attribue quelques droits au maistre d’escole des paroisses qu’il percevra lesdits droits dans cette paroisse sans diminution de ceux cy-dessus ». …

 Nous connaissons Guillaume DEFERT, grâce aux Registres paroissiaux conservés aux Archives de l’Yonne (A.D.Y.).

Il est né à Montillot le 15 Juillet 1672 ; c’est l’année la plus ancienne des registres conservés. Ils sont tenus par Guillaume COLLAS, 28 ans, curé depuis le mois de janvier précédent.

Guillaume DEFERT est le fils de Jehan, – « lieutenant du bailliage », représentant officiel de l’Administration -, et de Claudine REGNAULT.

Il s’est marié le 6 février 1696 avec Elisabeth FERRAND, 21 ans, fille de Toussaint FERRAND, « huissier royal » (on disait aussi « sergent royal »), et de Marie de TROTAS.

Son cousin-germain Guillaume DEFERT (1675-1704), est « procureur d’office de Messieurs du Chappistre de Vézelay ».

Il fait donc partie des notables du village, et il n’a certainement pas eu de difficulté pour se faire agréer par la hiérarchie ecclésiatique.

Il est mort à 30 ans, le 23 Mars 1703 ; nous ne connaissons pas la cause de ce décès précoce ; le curé COLLAS est peu loquace ! Mais nous connaissons sa profession  : dans un acte du 14 Mars 1705, fondant 2 messes basses annuelles en échange d’un journal de terre donné à la « Cure de Monteliot », selon la volonté des défunts FERRAND et DE TROTAS, on lit parmi les héritiers « exécutants » : «  Elisabeth Ferrand, vefve de défunt Guillaume Defert, vivant voiturier par eaux » (on dirait maintenant  transporteur fluvial). »

L’école des garçons

Les archives municipales (maintenent conservées aux archives départementales de l’Yonne [ADY], série O [2O2463 et 2O2464]) ont permis de retrouver le fil qui a conduit à la création de l’école publique à Montillot.

Dès 1833, une école de garçon était installée dans une partie des bâtiments nouvellement acquis par la commune des époux Rabier/Grossot de Vercy, en 1820.

On a trouvé dans le dossier de la commune, en date du 13 octobre 1819 une ordonnance signée Louis, le roi, au château des tuileries, autorisant le maire de la commune à acquérir au nom de cette commune du sieur Rabier cette maison pour servir de presbytère, de maison commune et d’école. La commune avait engagé des négociations âpres pour initialement louer, puis acquérir un lieu dans ce but.

Le premier Novembre 1817 est « amodié » (= loué) à MM les membres du conseil municipal la maison RABIER  moyennant la somme de 96F par an, « à commencer au 15 de ce mois et ce pour trois années consécutives ».  Le 5 novembre est transcrit dans le registre le texte du bail de location de la maison Rabier. Il s’agit de : « Une maison située à Montillot, consistant en chambre, cuisine, cabinets, office, grenier, cave, jardin et vergers entourés de murs, derrière ladite maison lieux d’aisance, puits commun avec le fermier ; le colombier, à la charge de nourrir les pigeons pendant l’hiver et d’en laisser en quantité  suffisante à l’expiration des trois années ; l’écurie et vinnée du bâtiment neuf ; la grange dite du lieu ; le poulailler et le toit à porcs, qui sont situés sous le colombier… sans néanmoins que moi  DELENFERNAT puisse rien prétendre sur la partie habitée par le fermier de M RABIER et sans pouvoir nuire aux biens qui font partie de son bail ». Monsieur Joseph Anne Georges de LENFERNAT était alors maire de la commune.

« Une promesse de vente ayant été faite à la commune, le bail sera nul et non avenu dans le cas où l’autorisation d’achat aurait été obtenue avant le 25 Mars prochain. »

Dans une lettre datée du 22 janvier 1819, adressée au sous-préfet, au moment des négociations pour la vente du bien, le sieur Rabier précise « la partie habitée de cette maison aurait couté à bâtier plus de 30000F et le bâtiment qui peut faire maison d’école, bâti il y a 6 ou 7 ans, a couté dans les 4000F » : un bâtiment « neuf » est accolé aux granges.

L’acte de vente est établi par maître Hugues MONSAINGEON de Vézelay, (reproduit ci-dessous), en date du 23 février 1820. Sa lecture en est assez difficile ; il ne précise pas l’origine antérieure de la propriété, mais donne une description assez précise des lieux : «  une maison de maître à laquelle est attachée la chambre habitée par le métayer. Cette maison est composée de plusieurs chambres, cuisine, cabinet, colombier, cave, granges, écurie, vinnée, cour verger et jardin, entourée de murs, aisance dépendante de ladite maison, qui est située au bas de ladite commune de Montillot, tenant du long à la rue et au chemin qui conduit dudit Montillot à Brosses, d’autre part aux terres labourables dites celles du champ jolly et aux chennevières aux vendeurs dont fait partie un petit canton ci-après désigné, d’un bout par Defert encore à une autre partie de terre dite celle de la plante tenant aux vendeurs, et d’autre bout du bois tenant à la rue qui conduit au petit puits de jean Berson (?)

(…) trois mètre et un tiers (ou dix pieds) de largeur dans toute la longueur de la pièce, à prendre dans une étendue de plus grande contenance de terre à faire ( ?) chennevière, sortant derrière lesdittes granges et écurie tenant d’une part à celle de Jacques Jojot, d’autre au surplus de la pièce d’embout aux susdittes granges et écurie, d’autre le long du chemin de la carrière ». Plus loin on précise « et comme dans  la partie du mur qui tient à la terre dite du champ Jolly et chemin (…) il y a deux ouvertures en portes, alors les dits vendeurs s’obligent à les faire maçonner, à couvrir la partie du maçonnage (…) comme (…) à leurs frais (…) (…) de la part de la commune envers eux, et les ventaux des dites portes leur appartiendront ». Cette vente, avec d’autres immeubles, a été faite moyennant le prix principal de sept mille quatre cent francs payable sur le produit de la vente du quart des réserves de bois de la commune. C’est le nouveau maire Moré DEFERT, remplaçant le maire démissionnaire Joseph Anne Georges de LENFERNAT, qui finalise cette transaction.

Cette acquisition a permis de pérenniser  l’école des garçons dans le bâtiment de granges, le presbytère dans la maison principale, et d’installer le logement de l’instituteur dans le logis précédemment réservé au fermier du sieur Rabier.

De premières réparations sont faites en 1837 dans la maison d’école. (C’est à cette date qu’a été creusé le puits communal, près de la maison d’école, en raison de sa situation en bas du village, de l’humidité des lieux, ce qui faisait espérer le succès de l’opération. Ce puits existe toujours.)

Depuis cette date, la maison d’habitation a été dénommée « le presbytère », fonction qu’elle n’avait pas auparavant puisque le desservant n’habitait plus la commune depuis la révolution, et que le curé Desautel, en fonction à la révolution, logeait dans la maison adjacente à l’église, qui avait été réquisitionnée comme bien national, puis vendue.

L’école des filles.

Quelques années plus tard se pose le problème de la création de l’école des filles.

sur ce plan figurent en haut l’emplacement de l’école des garçons-presbytère, à gauche en bas la première école des filles, en bas à droite l’emplacement proposé pour la nouvelle école et la mairie, à l’entrée du village.

En 1868 une maison appartenant à Mr Pierre Joseph de LENFERNAT (maire de 1852 à 1853 puis de 1860 à 1870) est louée à la commune pour 3, 6, ou 9 années consécutives pour y installer l’école des filles. Elle est située au lieu-dit le crot major, nom aujourd’hui disparu, mais un plan (voir ci-dessous) nous permet de situer les lieux non loin du puits Martin. Cette maison se compose d’une salle de classe, chambre à coucher, cuisine, grenier sur le tout, jardin d’environ quatre ares attenant au bâtiment, pour un prix annuel de 100 francs. Ce qui fut fait, et secondairement approuvé par l’inspecteur d’académie, pour une période de 3 années consécutives en attendant de trouver un autre local. Monsieur P.J. de LENFERNAT, alors maire du village, avait acquis cette maison en 1861, des héritiers JOJOT, puis l’avait restaurée avant de la louer.

En 1873 et 1874 la commune projette l’acquisition à Mr GUTTIN d’un terrain situé à l’entrée du village (voir plan),  pour la somme de 2000 francs, afin d’y construire le bâtiment qui abritera la mairie et l’école des filles, en raison de la dégradation importante notée dans le bâtiment qu’elles occupaient : un témoin de l’époque, représentant l’inspecteur d’académie notait: « trop exigu, la toiture menace ruine, les deux pièces qui servent de logement à l’institutrice sont trop petites, à peine éclairées, et si ce n’est leur exquise propreté elles ressembleraient plutôt à des étables qu’à des chambres à coucher » .

Un grand courrier du Préfet (ci-joint) daté de 1874 argumente les différents points posant problèmes à la commune: l’état misérable du logement occupé par la maitresse, la nécessité de la loger ailleurs, le vif conseil de ne plus « prendre loyer  » pour l’école des filles, et, puisque la commune ne peut pas se plonger à nouveau dans de grandes dépenses pour construire un bâtiment neuf, le conseil est donné de proposer l’acteuelle école des garçons aux filles et de donner le bâtiment neuf aux garçons.

Y sont adjoint de nombreux courriers croisés entre le sous-préfet, le préfet, l’inspection d’académie, et Mr P.J. de LENFERNAT (ancien maire démissionnaire) qui conteste ce choix, et la mairie représentée par son nouveau maire Claude GUILLOUX qui suspecte le dernier de n’obéir qu’à ses intérêts…

S’en suit finalement une mise en demeure du sous-préfet  :

  • de ne pas acheter le local précédemment loué à Mr P.J. de LENFERNAT, à l’expiration du bail de 3 ans en décembre 1875,
  • de ne pas acheter un quelconque local dans le village, (3)
  • mais de donner aux filles l’école des garçons et de faire construire à l’emplacement du terrain acquis de Mr GUTTIN une nouvelle école qui sera donc non pas pour les filles ainsi qu’abondamment documenté dans les nombreuses demandes de financements divers, mais pour les garçons.

En attendant la construction, l’école des filles reste en l’état et la maîtresse est relogée ailleurs, du côté du chemin du lac, local dont le loyer est initialement mis au nom de cette maîtresse qui s’en insurge auprès du rectorat, et l’anomalie est rapidement réglée.

En 1880 la nouvelle école est terminée.

En 1881, le conseil municipal demande très officiellement d’attribuer cette nouvelle école aux garçons, ces derniers délaissant l’école rue du petit puits aux filles. L’inspecteur d’académie appuie la demande du conseil municipal en stipulant que « la nouvelle école et son logement pour l’instituteur sont excentré par rapport au bourg, ce qui pourrait poser problème à une institutrice habitant seule , ce qui n’est pas le cas pour l’instituteur et sa famille. »

L’école des Filles, épilogue

En 1880, les garçons occupaient toujours le « nouveau » bâtiment de granges, et la petite partie au nord, y compris à l’étage, avait été transformée en Mairie. L’instituteur logeait dans l’ancien bâtiment du fermier, sur rue.

En 1877, la maison de l’institutrice étant devenue trop insalubre, il lui fut trouvé une autre maison dans le village (non localisée), constituée d’une petite pièce, pour un loyer de 45 francs mensuels que la commune a cru bon de mettre à la charge de l’institutrice : d’où contestation, à juste titre, auprès de l’académie et rétablissement de la charge à la commune. Elle jouissait aussi d’un jardin situé au début de la rue du lac.

En 1879, la maison d’école « des filles » et mairie est en construction. Il est alors projeté de compléter l’édifice de part et d’autre par deux annexes de 6m de long sur 4.5m de large, pour en faire (1) à l’est le bâtiment de mairie, et (2) à l’ouest le préau.

En 1880 le bâtiment est construit et la nouvelle école transformée en école de garçons. Un argument de poids est avancé par l’inspection d’académie avalisant ce choix : « le logement du nouveau bâtiment est spacieux, et un peu isolé, ce qui convient bien à la famille de l’instituteur, tandis que l’institutrice pourrait avoir quelques craintes à y demeurer seule, et qu’elle sera mieux dans l’autre maison située à l’intérieur du village. »

1882-1905 : C’est au tour de l’école des filles d’intégrer le bâtiment de l’ancienne école des garçons. Quelques modifications y sont apportées.

école des garçons, qui devient école des filles en 1880.

Le 14 Mai 1882, la décision N° 28 du conseil municipal considère que la cour du presbytère est très vaste, la cour de l’école des filles trop étroite: il était impossible d’y entrer avec une voiture. En outre un recoin moins accessible échappait à la surveillance de la maîtresse.

Pour remédier à cela il est envisagé le déplacement parallèle du mur et du portail du presbytère de 8 m environ en dedans, sur la cour trop vaste, pour agrandir la porte de l’école.

On note que l’angle de la maison sur rue a été « raboté » afin de permettre aux véhicules d’entrer dans la cour. Un mur en pierre sèche sépare la cour et le bâtiment des granges en deux parties, à partir du local d’aisance qui y était accolé, jusqu’au nouveau portail avec pierres chasse-roues ; un second portail y est accolé, pour accéder à la partie communale.

Plan d’alignement datant de 1863,et tracé en rouge des modifications apportées au portail en 1882

On note que l’angle de la maison sur rue a été « raboté » afin de permettre aux véhicules d’entrer dans la cour. Un mur en pierre sèche sépare la cour et le bâtiment des granges en deux parties, à partir du local d’aisance qui y était accolé, jusqu’au nouveau portail avec pierres chasse-roues ; un second portail y est accolé, pour accéder à la partie communale.

En 1882, de nouvelles réparations dans l’école des filles sont préconisées (pour 100F) (et vote de crédits pour un nouveau cimetière pour 4000F). Le 2 mars 1894 sont effectuées des réparations sur les fenêtres de l’école des filles.

En février 1905 une nouvelle campagne de réparation de l’école des filles est discutée.

Mais « considérant les réparations nécessaires, le terrain bas et humide, la distance de 500m à parcourir à pied par les petites filles, la surveillance impossible à midi, l’institutrice résidant alors à l’école des garçons, la commune demande l’aide de l’état pour construire et installer une école de filles aux lieu et place de la mairie attenant à l’école actuelle des garçons.

C’est la date de 1898 qui figure sur l’actuel bâtiment de mairie.

Un grand merci à André Buet pour sa relecture, et ses travaux préalables abondamment utilisés.

Voir aussi:

Les maîtres d’école de 1700 à nos jours

Quelques photos de classe

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« La framboise : quel délice ! »

R. M. Koutlidis 2020

Sous ce titre était publié un article de l’Yonne républicaine dans les années 1960. Mais on a beau chercher aujourd’hui, bien malin celui qui trouvera encore des champs de framboisiers dans nos plaines…

Pourtant Montillot s’est doté depuis une vingtaine d’années d’un emblème associant framboises, cerises et cassis qui figure sur le site internet de la mairie, les correspondances, les enveloppes personnalisées du village.

Mais d’où vient l’attachement à ces cultures que l’on cherche en vain alentours?

La culture des petits fruits et en particulier des framboises a eu à Montillot sa période de gloire, au point qu’on peut affirmer qu’elle fait partie de notre patrimoine. C’était à Montillot une institution qui a perduré du XIXe siècle jusqu’au développement de la mécanisation des terres cultivées, qui a conduit, remembrements aidant, à la suppression progressive des haies, des arbres, des vergers et champs de framboisiers disséminés alentours.

Que de mois d’Aout passés à cueillir, ensemble, tous les deux jours, des kilos et des kilos de framboises, réparties précautionneusement en barquettes autrefois de bois, puis de carton, puis de plastique, parfois décorées d’une feuille, pesées, comptées, évaluées, pour être transportées sur les marchés, ramassées par des transporteurs, déposées chez de gros « clients » …

La framboise… Une vieille légende raconte que Zeus, enfant, fit retentir les échos de la montagne de cris furieux à rendre sourds les génies démoniaques eux-mêmes, et Ida, la fille du roi de Crête, pour le calmer, lui cueillit une framboise ; jadis, toutes les framboises étaient blanches. La nymphe, s’égratignant le sein, teignit à jamais les fruits d’un rouge éclatant, dont Zeus dès lors se régala, les grapillant à la volée en gambadant sur les pentes du mont qui porte le nom de la nymphe. Le botaniste Carl Von Linné accrédita cette histoire en baptisant au XVIIIe siècle cette exquise baie du nom de Rubus Idaeus en souvenir de Pline l’Ancien (1r siècle ap JC) qui dans son « Histoire Naturelle » la mentionne comme très abondante sur le mont Ida en Grèce.

La ronce [1] elle-même semble provenir d’Asie, plus précisément du Caucase, d’où seraient parties ses différentes ramifications. Le genre Rubus s’est établi sur tous les continents (sauf l’antarctique), sous toutes les latitudes, depuis le cercle arctique jusqu’aux tropiques, et, se dispersant, s’est diversifié (couleurs, saveur) ; il existe environ 200 espèces de framboisiers et plus d’une centaine de ronces, sans compter les nombreuses variétés créées et sélectionnées par l’homme. Ces baies ont été les premiers aliments de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, bien avant les graines et les herbes. On a retrouvé des restes de mûres dans les plus anciennes habitations humaines d’Europe. C’est une plante sauvage que les tribus du mésolithique ont su apprivoiser et cultiver.

Les framboises sont donc probablement issues des zones montagneuses d’Europe puis initialement cultivées au mont Ida en Turquie et produites dès la renaissance dans les jardins familiaux. Les amérindiens fabriquaient une pâte consistant en framboises écrasées dans du miel qui, séchée, se dégustait pendant l’hiver. La même recette, quasiment, était utilisée au moyen-âge et à la renaissance, période pendant laquelle on raffolait de confitures et pâtes de fruits.

Et c’est au Moyen-âge qu’on la baptisa Brambusia.

En tant que plante cultivée, le framboisier est cité pour la première fois par l’herboriste anglais Turner en 1548. Olivier de Serres (1539-1612), illustre agronome, conseillait la pâte de framboise, « recherchée pour son odeur agréable ». Les lettres de noblesse du framboisier ne sont vraiment acquises qu’en 1629 lorsque Parkinson dans son ouvrage « Paradisi in Sole Paradisus Terristris » consacre un chapitre entier à « The Rapis Berrie » dont il décrit deux types, rouge ou blanc. En France, La Nouvelle Maison Rustique dans son édition de 1732 décrit déjà toutes les grandes lignes d’une culture qui a relativement peu évolué depuis. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la framboise est plutôt destinée à la fabrication de boissons ou de parfums.

La culture de la framboise ne se développa en Europe et en Amérique du nord qu’au XIXe siècle. Dès lors, elle fut considérée comme un fruit de table et consommée en grande quantité. La culture de la framboise reste cantonnée dans les pays du nord de l’Europe (Russie, Angleterre, Hollande), et en France on la cultive surtout en Alsace et en Lorraine, en Bourgogne, célèbre pour ses fruits rouges (et dans la région parisienne).

A Montillot la culture de la framboise se développe en effet depuis la fin du XIXe siècle. On a vu précédemment avec Pierre GUTTIN qu’un certain nombre de jeunes en âge de travailler avaient suivi l’exemple de leurs aînés et migré dans la région parisienne pour des travaux agricoles saisonniers. Ces « migrants » avaient alors appris de nouvelles façons de travailler, notamment sur les fruits, et les méthodes de vente. Ils ont ainsi commencé à greffer les arbres fruitiers (Félix Savelli (1872-1947) était selon Jean Demay passé maître dans cet art qu’il aimait partager) et à planter framboisiers, fraisiers, cassissiers et groseillers, qui se sont comportés à merveille dans la plaine de Montillot.

La plaine (lieux-dits La Plaine de la Chally, La Canne, Les Sablons) est la zone cultivée la plus proche du village, la plus plate ; datant géologiquement de la fin de l’ère tertiaire, elle résulte de l’accumulation d’alluvions argileuses et siliceuses très anciennes mélangées à des détritus rocheux. Elle s’est avérée propre à la polyculture pratiquée jusqu’au remembrement de 1967 : blé, orge, betterave, fourrages, fruitiers de toutes sortes. [2]

Le terroir a donné à nos framboises leur parfum recherché.

Après – guerre la vie rurale reprend pied lentement. Certains sont revenus « au pays » après la perte de leurs commerces, de leurs biens, ou pour accompagner des parents vieillissants. D’autres reprennent possession d’exploitations maraîchères exploitées par les femmes pendant les années de guerre.

Et non, contrairement aux souvenirs de Pierre GUTTIN[3], l’histoire ne s’est pas arrêtée là. La vie au village se réorganise et l’habitude est prise (re-prise) de vendre en commun au nom d’un syndicat qui écoulait au meilleur prix les produits vers des entreprises de transformation en gros. Quelques documents comptables qui ont échappé au naufrage des décès, successions et ventes nous sont parvenus. Les deux plus anciens datent de 1955.

Le premier est adressé au « syndicat des fruits de Montillot » le 20 juin 1955.

Il s’agit d’un contact avec la maison L’héritier-Guyot afin d’établir une collaboration pour la fourniture de cassis et éventuellement de framboises.

Cette maison fondée en 1845 est renommée pour sa liqueur de cassis et existe toujours.

Aucun document ne permet de documenter cette collaboration. On note cependant que la culture du cassis s’est ensuite intensifiée.

Le second document est daté du 7 juillet émanant du mandataire « DE LESTABLE », aux Halles centrales de Paris.

Il avait accompagné un bordereau de vente d’un premier envoi. Sans doute de bigarreaux ou de framboises puisqu’il est question au verso d’un deuxième envoi très attendu de cassis, en grandes quantité.

S’il existait déjà avant-guerre, ce syndicat des fruits était donc toujours très actif 30 ans plus tard.

Qui étaient les membres de ce syndicat et comment fonctionnait-il ?

Quelques notes éparses, hâtivement relevées sur un gros bloc de correspondance, certaines paraphées par l’entreprise DELFINO (fruits et primeurs, 23 rue du Docteur- Haulin 75017 Paris 17e) se succèdent tous les deux ou trois jours en juillet 1956 ; l’année suivante, 11 livraisons entre le 30 juin et le 28 aout.

Il s’agit de framboises.

Elles étaient comptabilisées en « billots » et bien que ce terme ne soit plus vraiment utilisé comme unité de volume, il est très probable qu’il s’agissait de « cageots », si l’on en croit le dictionnaire en ligne « savoir.fr. », (car la définition n’est pas simple à retrouver !!) Les vendeurs ne sont notés que par leur initiale.

Cette fois, l’entreprise Delphino est domiciliée 94 rue St Honoré à Paris 1r.

Entre temps divers courriers nous apprennent que Mr Delfino père est décédé, et que son fils a repris l’entreprise. Il n’y a plus de « billots », ni de « cageots », mais des « baquets » pour le « vrac » et des « cartons ».

Sur ce dernier document sont répertoriés des maraîchers qui, membres du syndicat, exploitaient et vendaient ensemble une grande partie de leur production. On y retrouve, ce 9 juillet-là, Pierre Guttin, Roger Mathé, Pierre Danguy, Georges Laurin, Marcelin Sautereau, Marcelin Mailleau, Gabriel Savelly, Roger Millereau, Rémi Trier, Roger Trier et Charles Savelly.

La plus grosse quantité de framboises est produite par Charles Savelly.

Ils étaient parfois plus nombreux, comme en témoigne cette livraison datée de 1960 :

On y trouve G. Morizot, G. Seurre, P. Ventenay, H. Mouchoux, Petit, G. Laurin, M. Laurin, et M. Laurin, Leplat, Beauchot, Daiguemorte, Eter, Guilloux, Champy, Defert, soit plus de 20 maraîchers, du village ou ses hameaux, s’associant selon leurs cueillettes, avec 10 à 20 récoltants par jour.

Des documents plus récents, datés de l’été 1962 répertorie les ventes en fonction de la production et des producteurs.

On apprend ainsi que tous n’avaient pas les mêmes cultures.

Seul Gabriel Savelly œuvrait sur les trois fronts. Parmi eux, deux vendaient framboises et cassis ; trois framboises et bigarreaux ; quatre bigarreaux et cassis ; treize seulement du cassis, un seulement des framboises et un seulement des bigarreaux. La production de framboises à cette date avait été assurée par Maillaux, Guttin, Seurre, Savelly G., Morizot, et Trier R. Ces trois derniers assuraient aussi la production de cassis, avec Danguy, Ventenay, Mouchoux, Moreau, Laurin Georges, Laurin Mary et Laurin Marcel, Leplat, Beauchet, Sautereau, Daiguemorte, Savelly G., Landa, Trier R., Eter, Guilloux, Champy. Enfin, la production de bigarreaux était assurée par Maillaux, Guttin, Savelly G., Danguy, Ventenay, Mouchoux et Petit.

Cette exploitation en commun permettant la vente en gros, a perduré jusqu’au milieu des années 60, environ, et n’a sans doute pas résisté longtemps au premier remembrement (1967).

L’âge avançant, l’exploitation qui n’était pas reprise par de plus jeunes et la mécanisation des cultures ont sonné le glas de ce travail en commun. Bien sûr certains ont continué, bon an mal an, avec la vente sur les marchés d’Avallon et Auxerre ou même à quelques clients privilégiés. Un article de l’Yonne républicaine, datant du début des années 70 rappelle l’attachement du village à cette culture.

L’exode rural, vers des villes plus aptes à proposer des emplois à des jeunes fuyant un mode de vie qu’ils ne recherchaient pas, à des diplômés ne trouvant pas leur place loin des villes, l’industrialisation des campagnes, les remembrements successifs (en 1967, en 2002) sont venus à bout de ces parcelles de cultures maraîchères et fruitières morcelant nos plaines et qui ne sont plus que des souvenirs.

Alors… peut-être préfère-t-on avoir le souvenir de …cela:

plutôt que d’avoir vu apparaître et se multiplier … cela:

« récolteuse de framboise »

« Nos » framboises, cultivées en plein champ, en terre légère et fraiche, furent produites en quantité suffisante pour être non seulement vendues au détail sur tous les marchés environnants, mais aussi collectées et livrées en commun par un syndicat créé dans les années 20 à des entreprises de transformation en gros. Les distillateurs de Dijon la recherchaient, un restaurant gastronomique proche proposait une « feuillantine aux framboises de Montillot » …

Le souvenir que l’on en garde est assez précieux pour en avoir fait le symbole du village, et pour que le désir de reprendre cette culture soit exprimée, envisagée même, si l’on en croit le rapport de la CCAVM datant de mars 2020, où figure dans les projets la « remise en place de la culture des petits fruits rouges ».

 Quoi qu’il en soit, souhaitons que les rêves d’un renouveau de ces cultures puissent voir le jour. Si tant est que cette culture méticuleuse séduise encore quelques adeptes.

Perspectives!!

rapport de la CCAM, 2020

[1] Le framboisier appartient à la famille des ronces (rubus). Le terme « Ronce » vient du latin classique « Rumex » qui signifie « Dard ». Selon les botanistes, le terme désigne soit l’ensemble des Rubus, soit uniquement ceux dont les fruits tombent avec leur réceptacle. C’est d’ailleurs là l’une des principales différences entre la framboise et la ronce, la première seule perdant son réceptacle à la cueillette.

[2] Elle contraste avec la pente qui s’amorce sur le flanc des collines menant vers Rochignard et Les Hérodats, composé de calcaires et de marnes, exposés au Sud-Est, et propice à la culture de la vigne.  De nombreuses parcelles de quelques ares chacune, couvraient la pente jusqu’à la lisière des forêts, entre la vallée boulanger et la route des Hérodats, puis, par Les Osiers, les terres à vignes rejoignaient Vaudonjon et ses côtats (Montillot comptait 60Ha de vignes à la fin du 19e siècle, et les vignerons de profession étaient concentrés au Vaudonjon).

[3] « les ventes ont cessé faute de main d’œuvre pour la cueillette après la guerre de 39-45. » 

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Le 5 avril 1793, César LAVIROTTE arrive à pied à Montillot…

A. Buet †, Notes de lecture… « Mémoires d’un Inspecteur des Finances, César Lavirotte (1773-1859) » –

Ed. La Vouivre – 11 rue St Martin – 75004-Paris – 2003.

… « Enfin après trois heures de marche dans ces pays inconnus pour moi, j’atteignis le village de Montillot situé au milieu d’une plaine fertile et adossé à l’Est à de vastes forêts. Je me persuadais que M. de Villenaut devait habiter un château, au moins une gentilhommerie, mais je ne vis rien qui m’offrît cette apparence. Je me décidai donc à demander où était sa demeure. On me dit : «    C’est tout là-bas, en Toucheboeuf, un peu plus loin », en me montrant un long bâtiment presque neuf au milieu d’une touffe d’arbres… J’entrai dans une grande cour… puis dans la cuisine, où il trouva quatre dames «    vêtues avec une simplicité presque rustique. L’une, d’un âge très avancé, assise dans un grand fauteuil, était la mère de M. de Villenaut, née de Savelly. Je sus que la seconde, fort chargée d’embonpoint était la maîtresse de maison ; à côté d’elle, sa sœur, déjà vieille et d’une maigreur angulaire, qu’on nommait mademoiselle Laborde de Boistaché, filait sa quenouille ; enfin venait une jeune personne, grande, brune, aux traits agréables, bien faite et d’une forte complexion, mademoiselle de Villenaut, qu’en famille on appelait tout bonnement La Villenaute … »   

Le maître de maison arriva plus tard : «    M. de Villenaut me fit l’accueil le plus cordial, parut fort touché de mon malheur et m’assura que je serais en sûreté chez lui en faisant connaître dans le village que j’étais le fils d’un de ses parents de Bourgogne…… »   

Ce jeune homme qui arrive inopinément au «    château » de Montillot, pour demander l’hospitalité à un ancien compagnon d’armes de son père, s’appelle César LAVIROTTE. Né à Arnay-le-Duc, en Côte d’Or en 1773, d’une famille de petite noblesse provinciale, il est admis à 18 ans, sur recommandation de son père, capitaine et chevalier de Saint-Louis, à l’école d’artillerie d’Auxonne, avec le grade de sous-lieutenant. Là il côtoie un lieutenant nommé Bonaparte qui lui donne un jour une leçon de maths ; il le trouve «    peu élégant de tenue et de manières », et s’éloigne de lui et de sa réputation de «    révolutionnaire » ! En septembre 1791, après seulement 6 mois d’école, il manifeste en public ses opinions royalistes, et échappe de justesse à une foule criant « A bas l’aristocrate ! ». Il doit rentrer dans sa famille, à Champignolles, entre Arnay-le-Duc et Beaune. Là il retrouve des amis qui se préparent à émigrer au-delà du Rhin, pour « servir la cause du Roi, auprès des Princes ses frères à l’étranger »   . Une pleurésie l’immobilise six mois et l’empêche de les suivre. Nous sommes fin 1792, la Patrie est déclarée en danger, et la Convention appelle 300.000 hommes sous les armes.

Après une manifestation de rue à Arnay-le-Duc, il échappe aux gendarmes en évitant les grandes routes, et se faisant héberger par des familles amies à Châlon puis Lyon. Finalement il rejoint Paris, où il pense se cacher plus facilement. Mais il se fait arrêter dans un attroupement et, aussitôt libéré, décide de rejoindre sa Bourgogne. Il prend donc à Villeneuve-St Georges le coche d’eau pour Auxerre, et là une «    patache » l’amène à Vermenton en compagnie d’un ami de rencontre, qui va à Vézelay et lui indique les chemins de traverse pour Montillot. C’est là que nous le retrouvons…

Pendant un mois et demi, le temps s’écoule paisiblement ; il aide ses hôtes aux champs, les accompagne à la chasse – avec chiens ou furet – et aux foires voisines, comme il l’avait fait avec son père. Mais notre César, ayant échappé aux poursuites, est maintenant inscrit sur la liste des émigrés. Une indiscrétion va tout gâcher !

Le 24 mai 1793, au cours du dîner, « une foule en armes, conduite par un chef flotteur de bois, nommé Rousseau, connu et redouté pour son jacobinisme, forçait la porte de la cour »    …

César prend ses papiers et s’échappe dans les prés vers les bois voisins ; « je me risquai à la course la plus rapide possible stimulée par la décharge de quelques mauvais mousquets qui ne m’atteignirent pas » …

A pied il contourne Vézelay, puis Avallon, et passe la nuit dans une auberge près de Lucy-le-Bois. Le lendemain par Vermenton et St Bris il rejoint Auxerre et rend visite à un fils de VILLENAUT à l’Ecole Militaire, tenue par les Bénédictins. Sur les conseils du père supérieur, il prend la sage décision de s’engager dans les armées de la République, et rejoint le 6ème Régiment de hussards à Sedan, 320 km à pied, par Troyes, Reims et Charleville.

Mais il n’est que simple soldat, et dégoûté par le nettoyage des latrines, il réussit à obtenir un emploi de secrétaire. Il attrape la gale d’un camarade de lit, et un «    billet d’hôpital »    lui permet de se faire soigner où il veut. Il revient donc à Montillot, où ses amis le font soigner par le Dr ROUCHE, de Vézelay. Il a appris entre temps que son père, sa mère et sa sœur étaient emprisonnés à Dijon.

Guéri, il rejoint sa garnison au début du printemps 1794. Il participe à la campagne de Hollande pendant l’hiver 94-95, mais son emploi de secrétaire le protège des batailles. En janvier, la Hollande était conquise, et les Français accueillis comme des libérateurs.

Sa position de secrétaire, sa distinction, ses talents de musicien et de chanteur lui permettent d’approcher les officiers et de se faire admettre dans leur société. Et que la vie est donc joyeuse en Hollande occupée !

Une permission lui donne l’occasion de voir ses parents qui viennent d’être libérés. Il s’arrête à Montillot, pour saluer ses amis, et en particulier la « bonne demoiselle de VILLENAUT », pour laquelle il dit éprouver une « tendre affection », qu’il pense partagée … (Quelques années plus tard, ayant appris la mort récente de Mr de VILLENAUT, et très ému en approchant de Montillot, son premier devoir fut de se rendre « sur la place fraîchement remuée sous laquelle reposait cet excellent homme »).

Devenu secrétaire d ‘état-major, puis aide de camp d’un chef d’état-major général, il reçoit de plus en plus de missions de confiance : rédaction des rapports d’opérations militaires …et aussi accompagnement de femmes – légitimes ou non – d’officiers supérieurs…

Les hasards des campagnes l’amènent en Bretagne (lutte contre les Chouans), en Italie (commandement militaire des départements annexés au-delà des Alpes), en Suisse (guerre civile), à Boulogne (préparation de l’invasion de l’Angleterre), côtes de la Baltique (hostilités contre le roi de Suède, derrière le maréchal Brune) …

Il se marie en 1804 à Coni avec la fille d’un administrateur civil français.

Après la campagne de Suède, mal conduite aux yeux de l’Empereur, le Maréchal Brune est frappé de disgrâce et LAVIROTTE, soucieux de s’occuper davantage de son foyer familial, démissionne de l’armée en 1808.

Quelque temps après, il obtient difficilement un emploi subalterne dans les bureaux des finances du Piémont, puis profite de la création en 1811 d’un corps d’inspecteurs du Trésor pour y être progressivement incorporé. Sa situation d’ancien militaire lui permet d’accomplir des missions importantes, telles que le convoyage de caisses de monnaies d’une valeur de 2 millions-or de Turin à Varsovie pour les besoins de la Grande Armée. Il revient en octobre 1812 par Vienne, où il rencontre Metternich au cours d’une réception à l’Ambassade de France.

Les nouvelles de la Campagne de Russie sont mauvaises. Prudent, LAVIROTTE obtient sa mutation en France, et vient habiter Châlons. Il conserve son poste après la fin de l’Empire. Dans son récit, il fait à peine allusion aux évènements de 1814 et 1815. Il évoque seulement les ennuis dus aux invasions des troupes étrangères, alors qu’il était devenu maire de Champignolles après la mort de son père…

En 1830, se rendant compte que par suite de restrictions budgétaires, il ne passera pas Inspecteur Général, il prend sa retraite et s’installe à Autun, avec un petit emploi subalterne. Voulant aider un ami, il fait des placements malheureux, et évite la ruine de justesse.

Il occupe ses loisirs à l’archéologie (site de Bibracte) et à l’histoire locale : il trouve dans les annales d’Arnay-le-Duc de quoi, écrit-il, « élever un petit monument historique au lieu qui me vit naître », et la publication de ses travaux est accueillie avec ferveur par les érudits bourguignons.

En 1846, il prend sa retraite complète, après 46 ans au service de l’Etat.

Pendant l’hiver de 1854, il entreprend la rédaction de ses mémoires qu’il intitule « notes intimes et commémoratives de mon pèlerinage à travers les sentiers raboteux que j’ai suivis pendant ma longue et obscure vie ».

Ces pages ne sont sorties d’un placard poussiéreux qu’il y a peu d’années. Elles ont intéressé l’Inspection générale des finances, dont les documents les plus anciens ont disparu dans l’incendie des Tuileries en 1871. Après une « mise en forme », elles ont été éditées en 2003.

Elles se lisent comme un roman, retraçant la vie d’un homme, fidèle serviteur de l’Etat, comme militaire puis fonctionnaire civil, dans une époque particulièrement troublée, allant de la fin du règne de Louis XV à la moitié de celui de Napoléon III.

Le langage est « choisi » et fort agréable, le style des lettrés de cette époque. Il nous présente une suite d’anecdotes de vie quotidienne, relatives à des faits qui l’ont touché personnellement, évitant les considérations de stratégie ou de politique générale.

Ce n’est pas un héros qui parle ; il n’a pas agi sur les évènements – entre lesquels il s’est plutôt « faufilé » ! – et a parfaitement conscience de ses limites ; il n’est d’ailleurs pas plus indulgent pour les autres, et ses portraits sont souvent très caustiques !

C’est un être qui veut d’abord profiter de la vie, quelles que soient les circonstances. Il aime aller au théâtre et à l’opéra, s’amuser avec des amis, danser, chanter, … et apprécie les femmes. Plus de 50 ans après, il se souvient, pour chaque lieu de séjour, de celle qui a attiré son regard. Ses voisines qu’il préférait à 15 ans aux séances de catéchisme, la petite chanteuse de 17 ans qu’il a suivie quelques jours dans sa tournée alors qu’il était à l’école militaire, une inconnue rencontrée dans la diligence de Bruxelles…, toutes charmantes compagnes qu’il a successivement oubliées, …oublis dont il exprime gentiment le regret, avec quelquefois un léger dépit – « elle se laissa marier à une espèce de sot ! »   – .

Il faut excepter le cas de celle qui devint son épouse, rencontrée à Coni « remarquable par sa riche et belle taille, son beau teint, son charmant sourire, son embonpoint attrayant, ses yeux si doux, et par infiniment de grâces naturelles répandues sur toute sa personne… »   

Notre attention a bien sûr été d’abord attirée par le récit de ses passages par notre village, nous présentant des « instantanés » très vivants de l’intérieur d’une maison de Montillot il y a plus de 200 ans. Les personnages nous sont tous connus :

– le maître de maison Louis Nicolas Marie de VILLENAUT (1733-1805), originaire du domaine du Colombier à Etais-la-Sauvin (domaine resté propriété de cette famille), ancien Capitaine des Grenadiers du Roi, venu épouser Edmée Elizabeth de LA BORDE (1738-1805) en 1771 ; maire de Montillot en 1789 et 1790.

– sa mère Marie-Jeanne SAVELLI (1707-1793), fille de François  SAVELLI (1670-1761), seigneur de Maupertuis, époux d’Elizabeth de BURDELOT, de Brosses.

– sa belle-sœur Françoise de LA BORDE DE BOISTACHE (1742-1826), restée célibataire.

– Sa fille Françoise MULLOT DE VILLENAUT (1771-1858), qui capta un moment le cœur de notre César et s’est mariée en 1805 avec Joseph Anne Georges de LENFERNA, venant de Gurgy, près d’Auxerre.

Ce dernier est notre « J.A.G.L. », qui a géré les propriétés de Montillot à la suite de son beau-père, et fut maire sous la Restauration, de 1816 à 1819. Ses livres de comptes, parfaitement tenus, nous ont permis de reconstituer une partie de la vie du village au début du 19ème siècle.

Mais ces mémoires de César LAVIROTTE nous apportent davantage : une vue originale sur l’arrière – plan des évènements historiques de la Révolution et de l’Empire : les rivalités, les intrigues, les passe-droits …Et aussi un éclairage surprenant de la vie mondaine des états-majors entre des batailles souvent sanglantes : les officiers faisant venir leurs femmes et menant joyeuse vie avec réceptions, spectacles et fêtes diverses. Mode de vie qui n’était pas propre à l’armée française : on ne peut oublier cette « mission spéciale » confiée à César en septembre 1799 : « ramasser », soigner et rapatrier 200 femmes anglaises, abandonnées dans la boue de chemins défoncés, par les troupes anglo-russes commandées par le duc d’York en personne, le général Brune ayant repoussé leur incursion en territoire hollandais …

Certains paragraphes de ces mémoires pourraient compléter agréablement les colonnes en petits caractères de nos livres d’histoire !

Merci à César LAVIROTTE pour ce travail qu’il jugeait trop modestement « incohérent et sans utilité », et destiné seulement à « intéresser ses enfants à sa mémoire ». Et merci à ceux qui, en l’éditant, lui ont rendu un hommage bien mérité…

suite… commentaires et histoire d’une maison

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Montillot en 1464, d’après Le cartulaire de Vézelay

A. Buet †, mai 2014

Le « Cartulaire de Vézelay » est un procès-verbal établi par les Commissaires royaux en 1463 et 1464, à la demande du roi Louis XI. Il dresse la liste des biens de l’Abbaye de Vézelay et des impôts levés sur chaque terre ou maison.

Ce texte a été transcrit en 1772 par les soins de l’abbé CUREAU. (cote ADY : H 1941-1).

Il est suivi de commentaires, permettant de mieux comprendre le village et ses habitants.

Folio 20 (recto)

….Item  la ditte Eglise[1] a un autre Etang nommé l’Etang de Marrault, lequel peut contenir environ six arpents au dessous de la chaussée duquel y a une forge à faire fer qui peut valloir par communes années quinze livres tournois.

MONTELIOT

Item la ditte Eglise a un village en la ditte poté [2] nommé Monteliot auquel village y a une maison, une grange avec tout le pourpris[3], auquel pourpris y a un jardin, qui peut contenir environ un arpent [4] de terre, auquel y a plusieurs arbres…

Folio 20  (verso)

…et de plusieurs manières et en espaliers, y a aussi abondance de serises, en laquelle maison , pourpris et village les dits religieux y ont toutes justices, haute, moyenne et basse, laquelle se gouverne par un prévôt duquel les appellations viennent devant le bailli de Vezelai et ses assise au dit lieu de Vézelai, et peuvent valloir les exploits de justice par communes années, compris la Sergenterie environ cinquante sols tournois [5].

Item au dit  village y a un four bannal [6] lequel  ….  par communes années cent sols.

Item un chacun chef d’hotel [7] demeurant au dit village pour leurs tailles[8] ont les peut imposer jusqu’à la somme de quinze sols et au dessous, et y peut avoir environ trente ménages, mais pour la pauvreté d’eux, et aussi pour les grandes charges qu ils ont des Tailles du roi, les dittes tailles ne peuvent monter par an que environ la somme de dix livres au plus.

Item derrière la ditte maison y a un Cloux[9] de vigne contenant environ trois arpents, lequel par communes années ne paie pas ses façons[10] pour lequel est en grand danger de gelée, et en cette présente année n y a eu que environ deux muids[11] de vin duquel on ne sauroit avoir   soixante sols du muid.

Item hors du dit village en tirant en Vaudonjon, et contre la rivière de Queure[12], y a une autre vigne appelée la Vigne blanche, autrement la plante Colas, et  contenant environ…

Folio 21 (recto)

… un arpent, et ne croît que vin blanc, espère donner rapport pour ce qu’elle est un lieu qui gèle volontiers, et cette présente année 64 n y a pas eu le 6ème d’un muid de vin.

Item hors du dit Village en tirant à Mailli la Ville, y a deux petits prez[13] qui sont pour l’aisance[14] de la ditte maison et aucune fois se vendent et au plus trente sols tournois.

Item alentour de la ditte maison y a plusieurs terres labourables qui se baillent a moisson de bled[15], et avec les prez dessus dits qui se baillent aux laboureurs, peuvent valoir par communes années six septiers[16] de bled par moitié froment et avoine au plus.

Item y a encore un autre pré a environ deux arpents appartenant a la ditte maison séant au bout des Courvées[17] d’Asquiens en tirant a Blannai, et sont assez près la rivière de Cure, lesquelles terres et prez sont à deux diés ( ?) quatre francs deux septiers et demi de bled a la mesure de Paris par moitié froment et avoine.

Item a cause de la ditte maison alentour du dit village y avoit plusieurs terres, vigne et jardins que de présent sont en bois et buissons sur lesquelles terres les dits religieux y avoient menues censives[18] en argent qui pouvoient bien monter par an à soixante sols tournois.

Et aussi y avait coutume[19] d’avoine qui pouvoient bien monter jusqu’à la quantité d’environ dix septiers d’avoine a la ditte mesure de Paris, et depuis pour les causes dessus dittes …. Néant.

Item au dit Monteliot y a de menues…

ls

Folio 21  (verso)

… censives d’argent ou d’avoine sur maisons qui ont été refaites, sur  jardins, et sur terres qu’on a esbuissonnées, lesquels censives en argent peuvent bien monter environ neuf sols six deniers et en avoine environ quatre septiers a la ditte mesure de Paris.

Sensuit la Déclaration des dites menues censives séantes au finage et territoire du dit Monteliot .

                                       Premièrement

Guillaume Hugotte pour demi arpent tenant a la chaume derrière la Croisette, et d’autre part à Regnault Girardot ……1 d.(denier)  parisis….

Regnault Girardot pour un autre arpent  de plante, tenant à Jean Robin d’un costé et d’autre costé au dit Guillemin Hugotte …. 2 d. p.

Jean Robin, pour un autre arpent de plante séant dessus la plante du prioré du dit  lieu, tenant à Regnault Girardot, d’une part, et à Jean Ogier d’autre part ….1 d. p.

Jean Ogier pour demi arpent séant au dit lieu tenant à Jean Robin d’une part et à Guillemin Thomas d’autre part …1 d. p.

Guillemin Thomas pour un autre demi arpent séant au dit lieu tenant à Jean Ogier d’une part et d’autre part à Mathier Labour  …ci…1 d. p.

Mathier Labour pour un demi-arpent tenant d’une part à Guillemin Thomas et d’autre part à Guillemin Porcheron l’ancien …2 d. p.

Folio 22 (recto)

Guillemin Porcheron l’ancien pour un arpent et demi de plante tenant à Mathier Labour d’une part, et à Regnaut Picard d’autre part ….3 d. p.

Regnaut Picard pour trois quartiers de chaume[20] tenant au dit Guillemin Porcheron et à Jean Jonart d’autre part …2 d. Tournois[21].

Jean Jonart pour trois quartiers[22] tenant au dit Regnaut Picard, et à Simon Malinet d’autre part ….2 d. T.

Simon Molinet pour demy arpent tenant à Jean Jonart d’une part et à Simon de Busset d’autre part ….1 d. p.

Simon Busset pour un arpent de plante tenant d’une part à Simon Molinet et à Guillemin Porcheron le Jeune …2 d. p.

Guillemin Porcheron le Jeune pour demi arpent tenant à Simon Busset d’une part et à Jean Busset d’autre …1 d. p.

Jean Busset pour un demi arpent tenant d’une part à Guillemin Porcheron le Jeune et à Guillemin Hugotte…..1 d. p.

Guillemin Huguotte pour demi arpent tenant d’une part à Jean Busset et à Thévenin Hugotte d’autre part …1 d. p

Thévenin Huguote pour un autre demi arpent tenant d’une part au dit Guillemin Hugotte, et à Pernot Ogier d’autre part ….1 d. p.

Pernot Ogier pour un demi arpent tenant…

Folio 22 (verso)

… à Thévenin Hugotte et à Regnault Dethire  d’autre …1 d. p.

Regnaut de Thire pour un arpent tenant à Pernot Ogier d’une part et à Philippe Jonat d’autre part …1 d. p.

Philippe Jonat  pour trois quartiers tenant à Regnaut de Thire d’une part et à Jean Pasquot d’autre part   … 2 d.

Jean Pasquot pour demi arpent tenant à Philippe Jonat d’une part et à Jean Thibe d’autre part …1 d. p.

Jean Thibe pour demi arpent tenant d’une part à Jean Pasquot et à Girard Thomas d’autre part …1 d. p.

Girard Thomas pour trois quartiers de plante, tenant à Jean Thibe d’une part et à Jean Thomas d’autre part …2 d. T.

Jean Thomas, pour un demi arpent tenant de Girard Thomas d’une part et à Jeannot Preau d’autre part …1 d. p.

Jeannot Perreau, pour demi arpent tenant à Jean Thomas d’une part, et à Jean Soulard d’autre part …1 d. p.

Jean Soulard pour un autre demi arpent ,  tenant à Jeannot Préau d’autre part ……..1 d. p.

Jean Goireau pour un autre demi arpent de plante tenant à Jean Soulard d’une part et à Pernot de Thire d’autre part …1 d. p.

Pernot de Thire pour trois quartiers tenant à Jean Goireau d’une part et à la Chaume…

Folio23 (recto)

… d’autre part ….2 d. T.

Jean Pacquot doit un denier pour son verger, tenant à Monsieur[23]  des deux parts ;

Item pour sa part du champ des Lebois tenant au grand chemin de Mailli le Château[24].

Item trois quartes avoine pour sa part du champ des Assens, tenant à Pernot Seguin, et aux hoirs[25] Bernard Le Denorat d’autre part.

Item doit le dit Jean pour sa part de la maison et du Tenement[26] tenant à la femme Guérin Robin, et au dit Jean d’autre part …18 d. , 4 maitons[27] avoine et trois quarts de géline[28].

Item une pagine[29]  pour sa maison où il demeure, tenant à Regnaut Picard et à la femme Jacquot Breuillard, d’autre part et à Regnaut Picard.

Item la moitié de trois pagines pour sa part du verger derrière l’huis[30] Perrin Robin tenans à la femme Guillemin Thire et à la femme feu Thomas Thomas.

Item ob. pour son verger ès Maréchaux.

Item deux deniers pour sa part du champ de la brosse de Farge.

Item trois quartes avoine pour sa part du pré Dubin tenant à Mon dit Sieur l’abbé et à Pernot Seguin d’autre part.

Item pour sa part de la maison qui fut à la chaume, tenant à Guillaume Charbonnier et à Jean Goin (?) d’autre part.

Item un boisseau avoine et les deux parts d’une quarte.

Item doit à cause de Mariote sa femme sur la grange devant le moitier[31] (?) tenant à Pernot Seguin et les hoirs Bernard le Denorat d’autre part …16 d. T .

Item une quarte Rée[32] avoine et un quart de géline pour son verger tenant de Guillaume…

Folio 23 (verso)

… Le Gauquelat et à la femme  Jean Chappelin d’autre part.

Regnault Picard doit pour sa part du champ de la Côte, tenant au grand chemin d’Auxerre ……ci…………une quarte d’avoine.

Item pour sa part du champ des Obouats (?) prets( ?) arnal ( ?) et du champ de la Lebois  ob…

Item le tiers d’un boisseau avoine pour sa part du champ des Absents , tenants ès hoirs Bernard Le Denorat.

 Item neuf deniers et deux boisseaux d’avoine et un quart de géline pour sa part du tenement tenant à Jean Picard et à la femme Perrin Robin d’autre part.

 Item trois Pogines (?) pour la maison où il demeure, tenant à Jean Picard.

 Item pour sa part du verger derrière l’huis Perrin Robin, la moitié de pogy[33] ( ?) et demi.

Item pour sa part du tenement qui fut à la chaume  une quarte et le tiers d’une quarte.

Item pour sa part du champ de la Côte de Farge ….un denier.

Item pour sa part du verger ès Maréchaux, pagy ( ?).

Le Curé de Monteliot doit demie géline de l’ouche[34] du Lac[35], tenant du long à l’ouche Perrin Robin, et d’autre part au dit Lac .

Item cinq quartes rées pour le champ et pré qui furent à la femme Jean Adat, tenant au champ Girard Le Rogerat et d’autre part au pré Jeannot Chapotot.

Item trois deniers de la vigne du Cloux, tenant au Cloux de Monsieur, et au champ Gillaume Dangeau.

Item une quarte rée avoine du pré du Lac, tenant au pré ès Hoirs Huguenot Garrault, et d’autre part au dit Curé.

Item demi bichet d’avoine de l oche qui fut Clemant des Côtes tenant au grand Chemin et d’autre part au pré Bernard Le Denorat.

Item ob. du  verger derrière l’huis à la Pétaude  tenant au verger du dit Curé, et d’autre part à Jean Thomas.

Folio 24 (recto)

Item   six deniers pour la vigne qui fut Guéraut tenant d’une part et d’autre au dit Curé.

Item ob. de la vigne du Cloux qui fut Girard de Vézelai, tenant de toutes parts au dit Curé.

Item deux deniers pour une hâte[36] de pré tenant à Girard Jouin, et ès enfants Thévenin Le Comte.

Item une quarte Rez avoine du pré du Lac tenant au pré Simon Chapotot et au pré à la femme Robert Pillin.

Item demie quarte avoine de l’ouche derrière l’huis à la dite Colas Robin, tenant à Simon Jouin et à Girard Perreau.

Item un denier du pré derrière la maison de Tuchebeuf, tenant au pré Jannot Joucaut et au patis[37] de Tuchebeuf.

Item une quarte rez avoine du pré du Puits Martin, tenant au champ Jeannot Joucaut, et au pré Pernot Guiotte.

Item un quartier de géline sur la maison de Tuchebeuf tenant au verger Jean Porcheron et au mesnage[38]  Guillaume Bolache.

Item  une quarte rez avoine du Champ du lac, tenant au champ ès enfans Simon Chorle, et d’autre part au champ Girard Perreau.

Item deux deniers pagez[39]  pour la part de la maison devant le pressoir tenant au cimetière.

Item un denier pour sa part du champ de la porte du Cloux, tenant au grand chemin de Vezelai.

Item pour sa part du pré tenant au champ Guillaume Balache, deux quartes avoine et les deux parts d’une quarte avoine.

Jean Jardin doit pour la moitié d’une maison de Tuchebeuf tenant à Guillemin Chapotot et au grand chemin d’autre part, demie quarte comble avoine, un quartyier de géline.

Item un miton rez avoine du pré de Bourguereau, tenant à Bernard Le Denorant et à Guillaume Charbonnier.

Folio 24 (verso)

Mathier doit un denier de la maison dite « le four » tenant au dit four ;… ci ….1 d. T.

Le tiers d’une quarte rez avoine pour sa part du Champ de la Côte tenant à Jean Roblin et au champ du pré d’autre part.

Item le tiers de deux boisseaux avoine et le tiers du tiers d’une géline de l’Ouche Blanchon , tenant à la femme Chapelain et à Jean Moireau d’autre part.

Renault de Thire doit du champ et verger de Bourguereau, demi quart de géline, tenant à Jean Jalli.

Item pour sa maison et verger tenant à la femme Simon Ogier et à Guillaume Charbonnier d’autre part … demie quarte  rez  avoine et demi quart de géline.

Item sur les dessus dits de Touchebeuf tenant à Billon d’une part et à Simon Thomas d’autre part ….demi quart comble avoine, trois pagez..

Item un miton rez avoine du Champ tenant à Jean Colier  et à la Mailacte ( ?) d’autre part.

Item demi bichet avoine du champ Bourguereau tenant à Jeannot Perreau et à Girard Bertin d’autre part.

Item un bichet et demi et une géline du champ et verger de Bourguereau, tenant à Jeannot Perreau et à Jeannot Colier  d’autre part et cinq pagez .

Item trois obolles de sa grange où il demeure tenant à Jean Gally et à Perrin Labournot d’autre part.

Item trois obolles et demi bichet[40] d’avoine du verger tenant à la ditte Simonne et à Perrin Labourneau d’autre part.

Pernot et Jean Ogier doivent deux deniers du champ de la Croix tenant à Thévenin …………………………………………………….. ?

Folio 25 (recto)

Item deux deniers du Verger des Maréchaux tenant à Porcheron et à Pernot Jeannot d’autre part

Item demi quarte comble et un quartier de géline pour la moitié de la maison de Tuchebeuf, tenant à Guillemain Chapotot et au grand Chemin d’autre part.

Item trois pagez du pré Avault  tenant à Monsieur  et aux hoirs Rogalier d’autre part.

Item deux mitons rez avoine et une quarte comble du pré et champ de Tuchebeuf tenant à Jean Thibe et à André Le Bernard d’autre part.

Item demie quarte rez avoine du champ derière le prioré[41] tenant à la Terre de Monsieur et à Guillaume Le Gagnelat d’autre part.

Item doit pour la moitié du Tenement de Tuchebeuf, c’est à scavoir maison, grange, pré, verger, tenant ès hoirs Chapelot et par dessus ès hoirs Millot Rainbault d’autre part.  11 d. pagez et demie, trois moitons avoine, trois quartes et la moitié de demi quart de géline.

Item une quarte avoine et demie pour sa part du verger tenant ès hoirs Thévenin Le Comte et à Jean Jali  d’autre part.

Beri doit une quarte avoine à cause du Champ de la Côte, tenant au grand Chemin de Vezelai et au champ de Monsieur.

Item un denier demie pagez de la maison tenant au chemin d’Auxerre et à Guillaume Charbonnier et à la femme Guillemain de Thire d’autre part.

Item demie quarte avoine du champ de la Coste, tenant à la femme Beri, et à lui d’autre part .

Item un bichet avoine pour la moitié du pré Jubin, tenant au pré de Monsieur et au grand chemin d’autre part.

Folio 25 (verso)

Jean Le Plot doit quatre deniers de la vigne des Brières tenant à Guillaume Charbonnier, et à Jeannot Perreau d’autre part.

Item  pagez  du Verger Roubeau tenant à Jean Jali, et à Ragotin d’autre part.

Item un miton rez avoine et le sixième d’une géline pour l ouche Blanchon tenant à SimonThomas , et à la petite Marion d’autre part.

Item  page du verger de Thuchebeuf tenant à Guillaume Charbonnier, et ès hoirs Baleuche d’autre part.

Item une quarte rez du pré du Lac tenant au Curé de Monteliot et ès hoirs Guillaume Julien d’autre part.

Item de la maison  tenant ès hoirs André Du Four  et à Jean Picard d’autre part …ob pagez(?)… 2 d  et les deux quarts d’un quartier de géline.

Item pour le verger de Tuchebeuf tenant au Verger Bolaiche… pagez .

Girardot  doit une quarte rez d’avoine, du verger devant le grand puits tenant à Jean Jalli et au grand chemin.

Item un bichet avoine du champ et verger de Bourguereau tenant à la femme Girard Bachet (?) et ès hoirs André Bernard.

Item pour sa maison devant le pressoir tenant au grand chemin, et à Jean Thibe…deux deniers T.

Simon Collier doit un bichet d’avoine …

Folio 26 (recto)

…et demie géline de Bourguereau tenant à Billon et à Simon Thomas d’autre part.

Item pagez du Courtis[42] de Thuchebeuf tenant à Guillaume Le Goguelat et au grand chemein d’autre part.

Item une pagez et demie du verger tenant à Guillaume Charbonnier et à Guillemin Chapotot d’autre part.

Item un boisseau avoine trois obolles de la grange tenant à Jeannot Perreau et à la femme Droin Chappelin d’autre part.

Jean Guinault  alias Caneau doit trois oboles et pagez de la maison tenant à Guillemain Chapotot et à Girard Perreau d’autre part.

Item pagez de la maison tenant à Jeannot Perreau et au dit Guinault d’autre part.

Simon Collier pour tous ses prés des Bruères, tenant d’une part à la femme Droin Chappelain et au chemin és pors d’autre part, … 10 deniers ob.

Item demi bichet avoine de l’ouche de Bourguereau, tenant d’une part à Guillaume Boleuche, et à Perrin Bonnot d’autre.

Item deux deniers de l’ouche du Lac, tenant d’une part à Thévenin Thibe.

Item trois deniers pour sa vigne de la Route des Noyers, tenant d’une part à Pierre Guiotte et au grand Chemin par lequel on va à Blannai d’autre part.

Item deux deniers, un miton avoine du Verger devant sa maison où il demeure tenant au grand chemin d’Auxerre d’une part et à Pernot Seguin d’autre part.

Item pour son pré des prez Jubin tenant au pré…

Folio 26   (verso)

… de Monsieur et à Guillaume Juin un demi bichet avoine.

Item de son toit, tenant d’une part au curé de Monteliot et au dit Guillaume d’autre part…pagez.

Item obole, de la maison où il demeure, tenant d’une part ès hoirs Bernard Le Dénorat et à Thomas Denizo Hugue d’autre part.

Item trois deniers du champ des Sauléies tenant d’une part à Thibault Bourgoing, et à Perrin Lebornat d’autre part.

Item ob. du verger derrière l’huis Thomas Denizo Hugues, tenant à Biétrix femme Girard Bretin et à Chappotot d’autre part.

Item, demi quart de géline pour sa part du verger tenant au grand chemin d’Auxerre et à Jeanne, femme Guillaume Grélon.

Item une quarte avoine de l’ouche du Lac, tenant au Curé de Monteliot, et au Lac d’autre part.

 Item une quarte comble avoine, du verger tenant à la femme Simon Ogier et à la grande Jeanne.

Guillaume Porcheron dit Grélon à cause de sa femme, cinq mitons avoine, c’est à scavoir du champ derrière l’huis Pernot Guiotte tenant à la femme Guillemin De Thire.

Item deux deniers obole, du verger , et menage séante au verger, et ménage Jean Thiby, et à la Rüe[43]

Folio 27 (recto)

…de Bourguereau.

Item trois deniers obole, de la ménage qui fut au Bernard, tenant à Jean Guiotte, et à la femme Jacob  Quillard.

Item demi quartier de géline et demi parisis, de l’oche de Tuchebeuf, tenant à Jean Jouot et à Jean Joucout ( ?).

Item ob. du champ du Pois Martin, tenant à Jeannot Roblin et à Jean Joucaut.

Item ob. pour sa part de La Grange devant l’huis Thévenin Le Comte, tenant à Girard Perreau et André Bernard.

Item un denier pour sa part de la maison tenant à la maison Guillemette femme Hugue Collier, et à la Cour Simon Thomas.

Pernot Seguin ob.pagez et une géline pour sa maison tenant au cimetière et à Guillaume Charbonnier.

Item trois deniers, un miton avoine pour la maison de la Grand Rüe tenant à Jeannot Perreau, et à la femme Simon Ogier d’autre part.

Item deux deniers du Champ du Poirier, tenant à Jeanne Perreau et au chemin du four, d’autre part.

Item deux mitons rez avoine du champ derrière le grand Chemin d’Auxerre, tenant à André Bernard et à la femme Gauthier d’autre part.

Item trois quartes rez avoine de l’ouche tenant au pré Jubin, et à André Bernard  d’autre part.

Item neuf deniers de la maison neuve tenant à Guillemin De Thire d’une part.

Item deux deniers pour la maison et verger tenant à la femme Philippe Moireau et aux hoirs Bernard Le Dénorat.

Item  …

Folio 27 (verso)

… deux deniers obole du Verger Semillot, tenant à Jean Jalli et ès hoirs Bernard Le Dénorat d’autre part.

Item pour sa vigne des Costes qui fut Girard Saubin tenant ès hoirs Perrin Higotte et à la femme Thomas Thomas… deux deniers pagez.

Item un miton avoine du champ de la Cour, tenant à Perrin Collier d’une part , ès hoirs Bernard Le Dénorat.

Item un miton avoine du champ des Absents ; tenant à Jean Picard et à Jean Jardin d’autre part.

Item demi bichet avoine du pré et champ devant la Ville, tenant à Perrin Collier et ès hoirs Bernard le Dénorat d’autre part.

Sensuit la déclaration des terres labourables appartenants à la ditte Maison de Monteliot.

Premt huit journeaux[44] de terre tenant au dit finage au lieu dit ès Vielles Courvées, tenant d’un côté au pré Jean Thomas et d’autre côté au chemin qui va à l’Etang.

Item en ce même lieu, de l’autre côté du chemin, treize journeaux.

Item au lieu dit à la Route des Noyers, six journeaux tenant au chemin de Blannai et d’autre part ès hoirs Jossier (?).

Folio 28 (recto)

Item cinq journeaux séant en la Côme du Vaudonjon, tenant au chemin d arci au long, et d’autre côté devant Aigremont.

Item trois journeaux séant en la Coste tenant à Simon Collier d’un costé et à Simon Seguin d’autre costé.

Item trois autres journeaux séant derrière la porte du prioré du dit Lieu.

Item trente six journeaux de terre séant en la Courvée du chemin d’Auxerre, tenant à la terre de Monsieur le Comte de Vivre[45].

 …………………………………………………………………………………………………………………………..

 Folio 171 (recto)

Guillaume Porcheron sur Regnault, fils de Mathieu Laveugle sur sa vigne de Vaubion appelée Beaunoir, contenant l’ouvre[46] de cinq hommes , tenant à Girard Thomas d’une part et d’autre part à la chaume Huguenin Colin……quatre deniers………..4d. 

Lui sur Jeanne femme Jeannot Compin pour sa vigne séant en Vaubion qui fut Guillemain Jonin…

Folio 171 (verso)

…tenant à Guillaume Robilin Le jeune d’une part et d’autre part à Guillaume Charbonnier….un denier………………………………………………………………1 d.

Lui pour son champ séant en Chambray, contenant environ deux journaux, tenant au champ du linaire[47] de l’église d’une part et hoirs de Philippe Roigera d’autre part  …3 d.

Lui pour un désert séant au dit Vaulbion qui fut Jeannot Compin, contenant l’ouvre de quatre hommes tenant d’une part à Guillaume Roblin, et au dit Guillaume d’autre part…1 d.

Lui pour un autre désert[48] de vigne séant au dit lieu appelé la Côte Caffard contenant six ouvrées tenant d’une part ès hoirs Perrenot Seguin, et d’autre part à la vigne Notre Dame, et à Jean Joneau et fut Jeanne, femme feu Jeannot Compin, et soulait devoir sept deniers trois pog. baillée pour deux deniers, cy …………………………………………………………2 d.

Le dit Guillaume sur Perrenot Guivele pour le quart du champ du Perrier qui fut André Thomas, contenant en tout quatre journaux tenant et partant à Jaquot de La Grange à cause de sa femme et à Guillaume Picart et Benoiste sa sœur, et doit quatre deniers pour ce, pour sa part, un denier……………………………………………………………………………….1 d.

Lui sur Simon Thomas pour la moitié de la vigne de Vaubion appelé la Côte Armolin, contenant trois ouvrées qui doivent trois deniers pog, tenant et partant à Girard Thomas et au dit Guillaume d’autre part, trois ob. deniers pog……………………………….3 ob.d.pog.

Lui pour un journal de terre ou environ, séant au finage du Crot de la Tempeste, tenant d’un côté ès hoirs Perrin Tribolot, et d’autre côté à Huguenin le Mormat………..2 d.

Folio 172 (recto)

Le dit sur Jean Hugotte pour sa part du Champ des vielles Courvées contenant trois journaux, tenant d’une part à Guillaume Thomas et d’autre part au champ à la Maison Dieu…un denier parisis ……………………………………………………………..1 d. par.

Jean Thibe pour la moitié de la vigne de la côte Arnolain, séant en Vaulbion sur Jeannot Thomas contenant deux ouvrées et demie, tenant et partant à Guillaume Royer et à Girard Thomas d’autre part …………………………………………………………1 ob. d. pog.

Lui pour son champ du Crot à la Tempeste, qui fut Jeanne, femme Jeannot Compin, contenant deux journaux, tenant à Regnot Picart d’un côté et à Guillemette, femme Jeannin le Naistre…deux deniers…………………………………………………………………2 d.

Lui sur Girard Tibe pour son champ appelé grand champ au bas de la Baillye, contenant trois journaux, tenant et partant à Jean Bernot d’une part, et à Philippe Moireau a cause de sa femme  d’autre part………………………………………………………..3 ob.

Lui pour son champ du Perier qui fut à Girard Tibe, contenant trois journaux tenant à Simone, fille Hugues Colier d’une part, et à Hugues et Guillemain Goreault et Guillaume Royer ….deux deniers ………………………………………………………………..2 d.

Lui sur Pernotte,, femme feu Jacquot Broullard pour le tiers du champ de champaigne appelé les Bruaires et contient trois journaux qui doivent trois deniers dont le dit Tibe doit un denier, Guillaume Royer l’autre et Jeannot Thomas l’autre denier, tenant à Hugues Lemormat d’un côté, et d’autre part à la chaume qui fut Milot Rimbeau, …pour sa part …un denier …………………………………………………………………………………. 1 d.

Lui sur Perrenot Le Bornot pour son champ des Corberats contenant deux journaux et doit deux deniers pog. Tenant et partant à Jean Bornot et tenant d’autre part à Perrenot Chapotot….un denier demi Pog.

Le dit Tibe pour le tiers de la vigne de Vaulcaille, contenant toutte la pièce quatre ouvrées tenant d’une…..

Folio 172 (verso)

…part à Isabeau , femme feu Jean Hugotte, et d’autre part à la vigne qui fut Guillaume Ramer….un denier pog………………………………………………………1 d.pog.

Jean Robin sur Guillaume Robin pour le champ séant au Vauldonjon, contenant deux journaux, tenant et partant à Jeannot Perreau pardessus et d’autre part au chemin qui va au Gué Pavé ….deux deniers…………………………………………………………………2 d.

Lui sur Jeannot Jouneau pour son champ de Tournemotte, contenant un journal, tenant par dessous à la Courvée de Monsieur, et d’autre part à …  …………………….3 ob. d.

Lui sur Perrin Robin pour le champ de Lobepin qui fut Juillien Ragotin, contenant trois journaux tenant la courvée de Monsieur d’une part, et à Jean Hugotte d’autre part………quatre deniers…………………………………………………………………..4 d.

Lui pour son tiers du champ qui fut Juillien Ragotin, séant au Crot de la Comme, contenant un journal tenant au champ au Curé de Monteluot d’une part ……………….1 d.

Lui pour les deux parts de la vigne et chaume de la route des noyers, tenant par dessus au chemin qui va à Blannay et d’autre côté au curé de Monteliot, et ès filles Jean Villiers d’autre part, et fut l’une des parties à Perrin Robin, et l’autre à Jean Ragotin un denier ob. pog…………………………………………………………………………………….1 d.ob.pog.

Lui pour demi arpent de chaume séant en Vaulcail, tenant à Guillaume Robelin Lejeune d’un côté, et d’autre côté à Regneau Picard…deux deniers ob…………….2 d. ob.

Guillaume Robin pour une ouvrée de vigne séant en Vaulcaille, qui fut Huguenin le Mormat, tenant au dit Huguenin d’une part et par dessus à Jaquot Sareau…………….ob.

Collas Sareau à cause de Hugotte sa femme, fille de la fille Philippes Le Roigerat pour la comme appelée champ séant en Lignere, contenant un journal ou environ tenant …3 ob.

Folio 173 (recto)

Lui pour trois ouvrées de vignes qui est de présent en chaume, séant en Vaulbion, tenant à Guillaume Thomas Le Jeune par dessus et d’un côté au long de l’héritage[49] de l’Eglise de Montiluot ……………………………………………………………………demi parisis.

Lui pour une autre chaume séant en Vaulbion, contenant une ouvrée, tenant à la vigne dessus ditte d’une part et ès chaumes de Monsieur……………………………pog.

Lui  pour le champ de la plante Colas contenant environ un journal, tenant à la femme feu Aubert Porcheron al.  Besy d’une part, et d’autre part à la femme Jacquot Delagrange …deux deniers……………………………………………………………………….2 d.

Lui sur Thévenin Lecomte pour le champ de Linière contenant un journal, tenant ès hoirs de Jean Picard et Jossier, et d’autre part au bois….deux deniers……………2 d.    

Lui pour sa vigne des champs appelés Coutance contenant un arpent tenant à Jean Tibe d’une part, et d’autre part au chemin qui va au Vaucaille…trois ob…………3 ob.

Lui pour un champ séant en Perrier-Durant contenant deux journaux, tenant à la rüe qui va en Combray d’une part, et d’autre part à la masse Carde (?)….un denier….1 d.

Lui pour son champ des Crots séant ès champ du Perrier, contenant deux journaux ou environ, tenant à Philbert Perreau d’une part, et à Pernot Chapotot d’autre part…3 d.

Regnault Picard sur Perrenot Guiotte pour son champ du Perrier contenant deux journaux, tenant à Colas Sareau à cause de sa femme d’une part, et à Jean Tibe d’autre part, et à Perrenot Chapotot …..quatre deniers ……………………………………………4 d.

Lui pour le champ de la Baillye contenant environ trois journaux tenant à Pernel femme de Pernot Detibes et d’autre part au comte de la Brosse[50]…quatre deniers……4 d.

Lui pour le quart du champ du Crot de la Reine et de la vigne contenant tout trois journaux tenant et partant à Philippes Picard et ès hoirs Jean Jossié d’autre…

Folio 173 (verso)

…pour sa part …trois pog………………………………………………………..3 pog.

Lui pour un quart de vigne séant au Carroge[51] des champs, contenant environ ouvre de trois hommes tenant au chemin des Champs d’une part, et par dessus à Perrenot Chapottot …un parisis………………………………………………………………………………1 par.

Lui pour un désert de vigne séant en Vaucaille, qui fut Jean, Philippes et Regnault  Picard, contenant en tout l’ouvre de quatre hommes, tenant à Guiot Gaucher d’une part et par dessous à Girard Bretin ….trois ob………………………………………………………3 ob.

Lui pour deux ouvrées de vignes séant entre la Croix de Monteliot et les champs tenant à la petite rüe qui vient de Cugeboeuf au grand chemin de Monteliot…trois ob……….3 ob.

Lui pour deux arpents de chaume séant en Vocaille, tenant à Guillaume Roblin le jeune d’un côté par devers le bois, et d’autre côté à Guillaume Jossier…dix deniers…………10 d.

Lui pour un quartier de chaume séant au dit Vocaille tenant d’une part à Guillaume Roblin, d’autre côté ès chaumes …un denier…………………………………………….1 d.

Les hoirs feu Jean Picard et Jossier pour le quart du champ de la Comme contenant le dit champ trois journaux ; pour leur part, environ demi journal tenant et partant à Regnault Picard ….. trois pog ……………………………………………………….     3 pog.

Eux sur Philippes Picard pour le quart du champ dessus dit, tenant à Philippes Moireau d’un côté, et d’autre part à eux-mêmes …trois pog…………………………….3 pog.

Eux pour la moitié du champ du Perrier qui fut  Adam Lepiquard et depuis Perrenot Lecomte contenant six journaux tenant et partant à Guillaume Royer d’une part et à Monsieur d’autre part….trois deniers……cy…………………………………………..3 d.

Folio174 (recto)

Eux sur Pernot Comte pour le quart du champ et de la vigne du Crot de la Renne contenant trois journaux tenant et partant à Jean Picard et à Philippes Picard ……….3 pog.

Eux sur Pernot Guiotte, à cause de Bonotte, sa femme, pour le champ du Perrier contenant six journaux qui doivent quatre deniers tenant et partant par moitié à Guillaume Porcheron et à la femme Jaquot Delagrange, et tenant d’autre part à la courvée de Monsieur, et n’en tiennent que la moitié, pour ce, …deux deniers ……………………………..2 d.

Lui pour un arpent de chaume séant en Vocaille tenant par dessous au petit Guillaume, et par dessus au chemin …qui va à Blannay….cinq deniers mutets (?)……………..5 d.

Les hoirs de feu Jean Villiers et Agnès sa femme, fille de feu Guillaume Juillien, c’est à scavoir Jeanne et Colecte leurs filles, sur Perrenot Guiotte et sur Guillaume Juillien pour le champ du Perrier tor (?) qui fut Guiot Jouneau et pour un autre champ entre tenant, qui fut Juillien Ragotain contenant deux journaux tenant à …..trois ob. pog……………..3 ob .pog.

Eux pour un champ qui fut vigne, appelé la Comme, qui fut Pierre Ragot et depuis à Guillaume Ragotin contenant trois journaux ou environ tenant par dessous au chemin qui va à Arcy….trois deniers……………………………………………………………….3 d.

Jean Jolly  pour le champ des Arables dont la moitié fut à Guillaume Boleche et l’autre à Perrenot Chapotot, contenant en tout trois journaux, tenant à Regnault Dethire et à Colas Sareau d’autre part, et au chemin de Longue Roye d’autre part……………2 d.

Folio 174 (verso)

Lui pour son champ séant en Linière, contenant six journaux ou environ, tenant à Perrenot Chapotot d’une part, et d’autre part à Colas Sareau, à cause de sa femme ..3 d.

Lui sur Huguin Juing pour trois arpents et demi de désert séant au lieu de l’Echange, tenant au grand chemin d’Asquins à Chamoux, et d’autre part ès chaumes, et soulait devoir quatre sols six deniers baillés de nouvel pour dix deniers ……………………………10 d.

Guillaume Thomas Chaumel sur Droin Chapollin, pour les deux parts du champ du Crot de la Renne, contenant trois journaux tenant et partant à Jean Leplot, et tenant à la plante Colas et à Pernot Detire, pour sa part  ….deux deniers …………………………2 d.

Lui pour les deux parts d’un quartier de vigne séant en Vaulbion, et pour le tiers de la vigne qui fut Jean Darcy, contenant six ouvrées, touttes les dittes pièces entre tenant, tenant et partant à la R… fille de Mathieu Lalouat, femme de Guillemain Detire, et tenant d’autre part à Etienne Bellin ; pour les dittes deux parts….deux deniers ob.pog………………2 d/ob/pog.

Lui pour les deux parts du champ des Vielles Courvées, contenant environ deux journaux tenant et partant à Jean Leplot, et tenant d’autre part à Marion Sede, et doit trois pog. Pour sa part pog………………………………………………………………….pog.

Lui pour les deux parts du champ des Rouées tenant et partant à Jean Leplot, et tenant à la courvée de Monsieur, et à Girard Bertans  …………………………….ob.pog.et demie.

Item pour une vigne séant en Vaucaille, tenant d’une part au dit Guillaume, et d’autre part à Regnault de Thire…..trois deniers …………………………………………….3 d.

Jean Leplot sur Jean Chapelin pour le tiers du champ du Crot de la Raine contenant toutte la pièce, trois journaux tenant et partant à Guillaume Thomas, et doit trois deniers, pour son tiers…un denier ……………………………………………………………..1 d.

Lui pour le tiers du champ des Vielles Courvées, contenant en tout deux journaux tenant et partant au dit Guillaume Thomas et tenant à Marion Sede …

Folio 175 (recto)

…et doit trois pog. pour son tiers……………………………………………………pog.

Lui pour le tiers du champ des Rouées tenant et partant au dit Guillaume, tenant à la Courvée de Monsieur, et doit un parisis pour son tiers………………………..pog. et demie.

Regnault de Tirre  sur Guillemain de Thire son père, pour son champ du Crot de la Reine contenant quatre journaux tenant à Perrenot De Thire par dessus et par dessous au Comte de la Brosse, et au chemin qui va ès vignes d’autre part……………………3 d.

Lui pour sa vigne de la Comme de Vauldebion, contenant quatre ouvrées tenant à Guillaume Jonin d’une part, et d’autre part à Perrenot De Thire, et par dessus à Guillaume Thomas….quatre deniers…………………………………………………………….4 d.

Lui pour la moitié de son champ séant au long du chemin de Longue Roye, contenant deux journaux, tenant par dessous au dit chemin, et d’autre part à Jean Jolly…….ob.

Lui pour son champ de la Côte, contenant quatre journaux tenant au Sentier de Linière par dessus, et d’autre part à Girard Thomas …un denier……………………………1 d.

Lui pour un arpent  de chaume séant dessus Vaucaille, tenant à la rüe des Meulots d’une part, et par dessus à Jaquot Sareau, et par dessous à Simon Seguin….un denier…..1 d.

Item pour la tierce partie d’une vigne séant en Vaulebion, tenant et partant à Guillaume Thomas L’…(?)  et d’autre part tient à Etienne Belin, de Chamou……..3 ob.

Le dit sur Guillaume Thomas pour son tiers du champ de Champeigne, contenant un journal tenant à Girard Jomin d’une part, et d’autre part à Jean Colin……………..1 d.

Jean Forgot pour le quartier de Vaucail qui fut Girard Tibe, contenant six ouvrées tenant à Simon…

Folio 175 (verso)

…Seguin d’une part, et d’autre part à Guillaume Thomas l’ainé…trois deniers..3 d.

Girard Thomas al. Bretin à cause de Bietrix sa femme, fille de feu André Dufour, pour la Vigne Blanche contenant l’ouvre de quatre hommes tenant à Guillaume Thomas par dessus, et d’autre part à Guillaume Thomas le Jeune…six deniers………………..6 d.

Lui pour le champ de Chambray tenant ès Chaumes d’une part et à Guillaume Josnin …..1 d.

Lui pour le tiers de la Vigne Blanche qui fut Simon Thomas tenant et partant à Jean Goireau, et tenant par dessus à Jeanne, femme de feu Besy ; et doit onze deniers ; ainsy trois deniers ob. et tiers de ob………………..…………………………………………3 d.ob.1/3ob.

Lui pour la moitié de la vigne du Crot des Champs, contenant tout six ouvrées, tenant et partant à Jean Goireau, et tenant par dessus à la plante Colas, et doit trois ob. :…sa part 3 pog.

Lui pour la moitié de la vigne de Vaulbion, appelée la Côte Arnolain, contenant trois ouvrées, tenant et partant à Guillaume Porcheron l’ainé et à Jean Tibe et au chemin de Vaulbion, et doit trois deniers pog. ;  pour sa part…………………… trois ob. deniers pog.

Lui pour sa vigne séant en Digne Chien, contenant toutte la pièce, une ouvrée et demie, et doit pour un sol parisis tenant à Guillaume Thevenon de Givri, et d’autre part à Jean Thomas, et se part en cinq parties, dont il en tient la cinquième…pour ce………………pog.

Lui pour six journaux de terre, séant en Plante Foulé, tenant au chemin des prenots (?) et de touttes autres parts à Monsieur…..trois deniers………………………………………..3 d.

Lui pour deux arpents de terre à faire du pré, séant en la Valée des Assungs, tenant d’une part à la fille Hugues Colin, et d’autre part au grand Chemin…

Folio 176 (recto)

…par où l’on va à Mailly par le bou dessous tenant aux fossés des prés d’Avaux …10 d.

Lui pour un désert séant en Vignechien contenant l’ouvre de deux hommes tenant à Pernot Dethire, et d’autre part à Jean Leplat…un denier…………………………….1 d.

Lui pour deux arpents de terres séant contre la valée d’Amon, tenant à ………3 d.

Philippes Goneau sur Pernot Le Bornot pour la moitié de la vigne de Veaulbion contenant en tout six ouvrées, tenant et partant à Jean Joneau, et tenant à Jean Forgeot et à Jean Viliers, et doit trois deniers, ainsy à sa part …trois ob. …………………………..3 ob.

Item pour la moitié du champ de la Comme de Prildeloue, contenant deux journaux et doit trois ob., tenant et partant à Guiot Gauthier à cause de sa mère, et d’autre part ès chaumes …ob.pog. …………………………………………………………………………………..ob pog.

Lui pour le champ du bas de la Baillye, appelé Grand Champ, contenant un journal et demy, tenant à Jean Tibe d’une part, et à Pernot Dethire d’autre part………………….3 pog.

Lui pour deux arpents de terre séant en la valée d’Ameron, tenant à Girard Thomas et ès chaumes de Monsieur…un denier………………………………………………………1 d.

Lui pour un arpent de terre séant en Vaulbion, tenant au chemin de Blannay……1 d.

Lui pour un autre arpent de terre séant au dit lieu, tenant audit pardessous………2 d.

Lui pour un arpent de terre séant en……

Perrenot Ogier pour le champ de Liniaire qui fut Jean Jolly et Simon Ogier, contenant deux journaux tenant et partant ès enfants de feu Jean Ogier son frère, et doit tout trois deniers ; pour sa part …trois ob. ……………………………………………………….3 ob.

Folio 176 (verso)

Lui sur Guillaume Bolaiche pour le champ du Crot de la Raine, contenant un journal, tenant au curé de Monteluot d’une part, et a …trois ob. ………………………………3 ob.

Lui pour son champ séant en la Côte, contenant quatre journaux, tenant et partant ès dits enfants d’une part, et à Simon Seguin par dessus, et doit cinq deniers ; pour sa moitié…deux deniers ob. …………………………………………………………………2 d.ob.

Lui sur Jean Jolly et Simon Ogier pour la moitié de trois champs, séants à Dignechien, contenant six journaux, tout tenant et partant à l’autre moitié des dits enfants, et au chemin qui va au Vaudonjon et doit sept deniers ;  pour sa part…trois deniers ob……………. 3 d.ob.

Lui pour le champ du Perrier, qui fut en dessus dit, contenant trois journaux et doit trois deniers, tenant et partant ès dits enfants et à Jean Berry d’autre part…………….3 ob.

Les enfants feu Jean Ogier pour le champ de Lignières, qui fut Jean Jolly et Simon Ogier, contenant deux journaux, tenant et partant à Pernot Ogier d’une part, et doit trois deniers ; pour leur part…trois oboles…………………………………………………….3 ob.

Eux pour la moitié du champ séant en la Côte, contenant quatre journaux, tenant et partant au dit Perrenot, leur oncle, et doit cinq deniers : pour leur part…………………2 d. ob.

Eux sur Jean Jolly et Simon Ogier pour la moitié de trois champs, séant en Dignechien, contenant toutte la pièce, six journaux, tenant et partant au dit Perrenot, et doivent sept deniers ; pour leur part…trois deniers ob. ………………………………………………..3 d. ob.

Eux pour deux champs du Perrier, qui fut …de susdit, contenant tout trois journaux, et doit trois deniers, tenant et partant au dit Perrenot Ogier ; pour la moitié…trois ob…….3 ob.

Folio 177 (recto)

Regnault Berthelon , à cause de Jeanne, sa femme, fille de feu Jeannot Robin, pour le champ séant au chemin du Vauldonjon au Perrier Durent contenant deux journaux, tenant d’une part au champ Jeannot Perre            au, et d’autre part au chemin de Longue Roye …..un denier ob………………………………………………………………………….1 d.ob.

Lui pour la vigne de Dignechien, contenant quatre ouvrées tenant au chemin de Digne Chien, et d’autre part …un denier ………………….1 d.

Jean Jardrin dit le Sonoye à cause de Jeanne sa femme , sur Jean Jolly pour le champ du Perrier Durant tenant au chemin du Vaudonjon d’une part, et à Thévenin Hugotte, et contient environ trois journaux…un denier ……………………………………………1 d.

Lui sur Jean Robin pour le champ de Linière contenant deux journaux tenant à Perrenot Chapotot al. Dethires d’une part, et d’autre part à Jean Jolly…………  ….1 d. 3 pog.  

Lui pour le champ du Perrier Durant, qui fut Jean Robin, contenant deux journaux, tenant au chemin du Vaudonjon d’une part, et par dessous à Thévenin Hugotte……..2 d.

Lui à cause de Jeanne sa femme, pour une pièce de désert qui fut vigne, séant en Vaubon et fut à Joffron Lecomte, et depuis à Perrenot Gauthier, tenant à Jean Forgeot d’une part, et à Thévenin Lecomte et au chemin de Vassy (ou Vany?)…………………………..ob. 

Lui pour un quartier de vigne séant en la route des Noyers contenant environ sept ouvrées, tenant au chemin de Blannay d’une part, et par dessus à Hugues Colier ………1 d. 

Lui pour un quartier de désert de vigne, séant en Vocaille qui fut Gilot Dangeant, tenant au désert Jaquot Sareau et pardessus tient au bois, et par dessous à Guillaume…

Folio 177 (verso)

…Robelin à cause de sa fille, et contient l’ouvre de deux hommes…………………. 1 d.

Simon Seguin à cause de sa mère la Seguine pour les deux parts de la moitié de la vigne de Monvron, dit Maupertuit, qui fut Guiot Guichard, tenant et partant à Marie de la Vachère, et tenant par dessous à Etienne Talvard, et doit toutte la pièce dix deniers ob. ; pour ses deux parts…deux deniers ob., les deux parts de ob. et les deux parts de pog.

Lui sur Perrenot Seguin son père, pour la cinquième partie d’une vigne séant en Vaulbeon, contenant une ouvrée tenant aux hoirs feu Girard Jouin d’une part, et à Guillaume Porcheron L’annuelle (?) d’autre part …un parisis……………………………………..1 par.

Lui pour les deux parts d’une vigne appelée la Côte Dame Agnès, séant en Vaucaille, contenant demi arpent tenant à Guiot Gauché d’une part, et d’autre part à Jean Hugotte ……..deux deniers trois pog.  ………………………………………………………..2 d. 3 pog.

Lui pour l’autre partie de la dite vigne, appelée la Côte, contenant six ouvrées, tenant à Colas Sareau, à cause de la femme Jean Sareau, et d’autre part à l’héritage qui fut Thomas Noblot ………….trois deniers……………………………………………………………..3 d.

Lui pour son champ du Crot de la Renne, contenant demi journal, tenant à … ;..pog.

Lui pour son champ séant en la Côte de la Croix, contenant deux journaux, tenant à Simon Colier d’une part, et à Perrenot Ogier et  à Monsieur  d’autre part…………2 d. 3 pog.

Le dit Simon pour sa vigne séant ès champs…

Folio 178 (recto)

…qui est un chaume tenant à Guillaume Royer d’une part, et à Jean Thomas d’autre part …un denier……………………………………………………………………………1 d.

Lui pour un quart de vigne séant en Vaulbion tenant à la vigne Guillaume Thomas  le jeune par dessus et par dessous à Philippes Jouraux …ob………………………………..ob.

Lui sur Jean Sireault pour deux quartiers de vigne séant en Vocaille ; appelée la Côte Dame Agnès et sont en chaume , l’un tenant à Guiot Gauthier d’une part, et Arnault Picard d’autre ;, et l’autre quartier tenant au dit Gauthier, et d’autre part au dit Simon …….4 d. pog.

Lui pour le champ de Vielle Courvée, contenant un journau et demi, tenant à Guillaume Royer d’une part et d’autre part … ; un denier ………………………….1 d.

Jean Goireau sur Simon Thomas, pour la terre de la Vigne Blanche contenant toutte douze ouvrées qui doivent onze deniers, tenant et partant à Girard Thomas et au chemin du bas du Vaudonjon pour son tiers….trois deniers ob. tiers de ob.    ……………..3 d.ob. 1/3 ob.

Lui pour les trois parts de la Vigne Blanche contenant toutte la pièce, trois ouvrées, et doit quatre deniers ob., tenant et partant à Guillien Gouchard à cause de sa femme d’une part, et à Perrin Robin d’autre part ; pour son tiers …trois deniers pog.denier ………3 d. pog.   

Lui pour la moitié de la vigne du Crot des Champs, contenant toutte six ouvrées qui doivent trois ob. , tenant et partant à Girard Thomas, et tenant à la plante Colas ; pour sa part …trois pog. ………………………………………………………………………….3 pog.

Lui pour les trois parts de la route de la vigne des noyers, contenant toutte quatre ouvrées  qui doivent trois deniers tenant et partant à Guillien Goussard, à cause de sa femme, et tenant au Curé de Monteluot d’autre part ; pour sa part …deux deniers pog. …2 d. pog.

Lui pour demi arpent de chaume à faire vigne …

Folio 178 (verso)

…séant en Vocaille, tenant à Guillaume Perreau d’un côté et d’autre côté ès chaumes de Monsieur …deux deniers ob. ………………………………………………………..2 d. ob.

Simon Lemormat al. Colier sur Guillaume Thomas pour la vigne de VaulBeon contenant environ demi arpent tenant d’une part à Regnault Dethire, et d’autre part à Guillaume Thomas le jeune … trois deniers ………………………………………..3 d.

Lui pour le champ du Crot de la Renne, contenant quatre journaux, dont il tient les trois parts tenant à Guillaume Thomas le Jeune d’un côté, et d’autre part à Philippes Josneau et à Regnault Dethire, et doit toutte la pièce quatre deniers ; pour son tiers ……….3 d.

Lui pour sa vigne de la routte des Noyers, contenant environ quatre ouvrées tenant à Jean Goireau d’un côté, et au chemin de Vaulbeon d’autre côté ……………………3 ob.

Item Pernet pour un arpent de chaume séant en Vaucaille, tenant par dessous au chemin qui va à Blannay, et d’autre côté à Regnault Dethire ……………………….5 d.

Guillaume Join al. Royer, pour la moitié de la vigne séant en Vaulbeon, appelé le Crot Chastelus, contenant huit ouvrées, tenant d’une part à Prenot Ogier, et d’autre part à Regnault Dethire ……trois deniers ob. ………………………………………………..3 d. ob.

Lui pour le champ appelé le Crot des Vielles Courvées, contenant environ trois journaux, tenant d’une part à Perrier Bornot, et d’autre part à Jean Goireau ………2 d.

Lui pour le champ du Perrier qui fut au Champenois, contenant quatre journaux, tenant d’une part à Simonne, fille Huguenin Collier …

Folio 179 (recto)

…et d’autre part à Bonnotte, fille Jean Picard …cinq deniers ………………….5 d.

Lui sur Jeannot Thomas pour sa part de la vigne de Vaulbion, appelée la Côte Arnolin, contenant toutte deux ouvrées et demies, qui doivent deux deniers pog. ; dont Jean Tibe tient la moitié et Guiotte Sayerolge un quart ; pour sa part demie ouvrée et le huitième, qui doivent  ob. quart de pog. ……………………………………………………………..ob. ¼ pog.

Guillaume Dethire  pour demi arpent de chaume pour mettre à vigne, séant en Vocaille, tenant d’une part à Regnault Dethire, et d’autre part ès chaumes, et par dessous à Jaquot Savreau … deux deniers …………………………………………………………2 d.

Regnault Girardot sur Guillaume Legoguelat, pour un champ séant au Crot de la Renne contenant un journal, tenant d’une part à Jean Tibe, et d’autre part , par le bout, à Prenot Chapotot … trois ob. …………………………………………………………..3 ob.

Lui sur Girard Perreau, pour une vigne séant en Dignechient, contenant l’ouvre de deux hommes ou environ, qui furent Guillaume Legoguelat, tenant les deux parties en une pièce, tenant d’une part à Pernot, et de touttes parts aux bois …deux deniers ………2 d.

Lui pour la moitié du champ du Perrier qui fut Jean Lemorinat, contenant tout 4 journaux qui doivent deux deniers tenant et partant au Curé de Monteliot, et d’autre part à Simonne, fille Hugues Colier … un denier ……………………………………………1 d.

Lui pour le quart d’un champ séant au Perrier, que Huguenin Lemormat lui a vendu, contenant trois journaux, tenant d’une part au dit Girardot, et d’autre part au dit Hugues Lemormat, et le dit Hugues tient les trois autres parts, et doit le dit champ quatre deniers ob. ; pour son quart … un denier et quartier de pog. ………………………………….1 d. et ¼ pog.

Lui pour un champ séant en Lignère, contenant …

Folio 179 (verso)

…environ deux journaux tenant à Pernot Ogier, et aux héritiers de Jean Ogier, et d’autre part à Guillaume Thomas le Jeune … deux deniers ………………………….2 d.

Lui pour un champ séant en Lignère, contenant environ deux journaux ,  tenant au bois de la Renne de la Croix, et d’autre côté à lui-même

Thévenin Hugotte pour le champ du Perrier, contenant environ trois journaux, tenant d’une part et par dessous à la Courvée de Monsieur, et d’autre part au Grand Chemin qui va de Monteliot à Voutenay … deux deniers ……………………………………….2 d.

Lui sur Simon Hugotte pour sa vigne et chaume, séant au Clou de Chatelu, contenant cinq ouvrées, tenant d’une part à Regnault Dethire et d’autre part à Huguenin Lemormat ……deux deniers …………………………………………………………………………2 d.

Lui pour sa vigne de Pissevin, contenant un quartier, qui doit trois deniers, tenant et partant à Guiot Sede à cause de sa femme, et tenant d’autre part au désert …………..2 d. pog.

Huguenin Le Mormat  pour son champ des Vielles Courvées contenant un journal, tenant d’une part à Ysabeau, femme Philippes Moireau, et d’autre part à … ; ………..2 d.

Lui pour sa vigne de Vaubion, contenant l’ouvre de six hommes, tenant au chemin de Vocaille, et d’autre part aux bois ………………………………………………………….3 ob.

Lui pour la moitié de sa vigne de Vocaille, contenant trois ouvrées tenant d’une part à Girard Perreau, et d’autre part et par dessus à Jaquot Sareau ………………………….3 ob.

Lui pour son champ des Vielles Courvées contenant trois journaux, tenant d’une part au dit Huguenin et d’autre part ès filles Adam Lebornot … deux deniers ….………….2 d.

Lui pour sa vigne de la route des Noyers, contenant …

Folio 180 (recto)

…six ouvrées tenant à Guillaume Porcheron l’ainé et d’autrev part à Perrin Robin, et par dessous à Jean Goreau, et furent au dit Mormat, et à Jean Odot, et devoit chacun partie …trois ob., pour ce … trois deniers ……………………………………………………….3 d.

Item pour sa chaume séant à la Grand Brosse, qui fut à la femme Jean Odot, tenant au chemin de Vocaille, et d’autre part à Girard Thomas … deux deniers ob. ……………2 d. ob.

Lui pour son champ des Bruaires contenant deux journaux tenant à Jean Gorot d’une part, et d’autre part au Chemin qui va à Voutenay… quatre deniers …………………….4 d.

Lui pour sa vigne du Cloux Junequin tenant Simon Seguin à cause de Guiot Guichard, d’une part, et d’autre part tient ès enfants Gourbin par dessus et contient un arpent …..1 d.

Lui pour sa vigne des Champs qui fut Guillaume Josnin, séant en Digne Chien, contenant une ouvrée, tenant à Jean Leplot d’un côté, et d’autre côté à Perrenot Chapotot ….un denier …………………………………………………………………………………1 d.

Simon Dubuinoy à cause de Simone sa femme, fille Huguenin Lemormat pour la vigne de Vaubion appellé la Coste Gassot, et fut Jeanne, femme Jeannot Compin, contenant six ouvrées tenant d’une part à Simon Seguin, et d’autre part à la vigne Notre Dame … sept deniers trois pog . ……………………………………………………………………7 d. 3 pog.

Item pour son champ séant en Dignechien, contenant environ deux journaux et demi, tenant au chemin de Longue Roye d’un côté, et d’autre part à Jean Foijot ………………2 d.

Item pour un champ séant ès champs du Perrier, contenant trois journaux, tenant d’une part au champ Regnault Girardot, et d’autre part à guillaume Jomin…………4 d. ob.

Item pour un journal de terre séant au Perrier Durand, tenant à Thévenin Hugotte d’une part, à Jean Forgeot par l’un des bouts … trois ob. ………………………………3 ob.

Folio 180 (verso)

Item le dit pour deux ouvrées de vigne, séant en Dignechien, tenant d’une part à Guiot Ogier, d’autre part aux enfants Jean Ogier … un denier ob. ………………………….1 d. ob.

Guillemain Gonet et Millot Robergat pour la quatrième partie de la Vigne Blanche, contenant toutte trois ouvrées qui doivent quatre deniers ob., tenant et partant à Jean Goreau, et tenant d’autre part à Simon Colier et au chemin de Vocaille par dessus ; pour sa part … un denier et demie pog. ……………………………………………………1 d. et  ½ pog.

Eux pour la quatrième partie de la route des Noyers, contenant toutte quatre ouvrées qui doivent trois deniers, tenant et partant au dit Jean Goreau, tenant d’autre part au chemin de Veauldonjon pour leur part … ob. pog. …………………………………………….ob. pog.

Jeannot Perreau pour un journau de terre séant au Perrier Durant, tenant au Grand Chemin du Veaudonjon d’une part, et d’autre part au désert de la Côte Jean Mathier …un denier parisis …………………………………………………………………………….1 d. par.

Item pour une pièce de vigne séant en la côte des Noyers, tenant au chemin qui va à Blannay d’une part, et d’autre part à Guillaume Porcheron le Jeune, et par dessous à la Courvée de Monsieur …. Trois ob. ………………………………………………………..3 ob.

Guiot Gauthier pour son champ des Commes de Linière, derrière bobuy(?) contenant trois journaux tenant au chemin de Vaudonjon d’ue part, et d’autre part aux déserts du Crot Bidier … quatre deniers  …………………………………………………………………..4 d.

Item deux quartiers de vigne appellée la Côte Dame Ogier, séant en Vocaille, contenant cinq ouvrées, les deux quartiers, l’un tenant à Simon …

Folio 181 (recto)

Seguin d’une part et l’autre tenant à Thévenin Freault d’une part ……….5 d. 3 pog.

Thibault Chaumin d’Anière pour la moitié du Champ au Perrier Durant, contenant un journal qui fut à Margueritte , femme Odot Chapotot, tenant à … ; ………………..3 pog.

Item sur Guillaume Chaumin pour son champ du Vaultdonjon contenant un journal tenant à … ; deux deniers …………………………………………………………………2 d.

Guillaume Porcheron Le Jeune pour un arpent de terre séant en la Valée des Prés Ancault (?) , tenant par dessous à la Fontaine saint Jean, et par dessus ès hoirs de Girard Lepycardot (?) d’une part tient au champ Dame Jeanne que tenait Ragotain, et d’autre part au champ de Monsieur … dix deniers  ………………………………………………..10 d.

Le dit pour un champ séant au Champ du Gros Boison appellé le champ de la Baillye, tenant à Regnault Dethire d’un côté, et d’autre côté à Pernot Dethire , et contient un demi journal de terre ou environ …deux deniers ……………………………………… …2 d.

Jean Thomas sur Thomas Thomas son père, pour la cinquième partie de la Vigne Blanche séant en Vaulbéon qui fut Jaquote Boucharde, contenant environ quinze ouvrées, tenant à Simon Thomas, et d’autre côté à Guillaume Thomas …un parisis ………..1 par.

Lui pour une pièce de vigne séant ès Champs, contenant environ cinq ouvrées, tenant au chemin de Dignechien, et ès hoirs Girard Leroigerat …deux deniers ……………2 d.

Lui pour le champ des Corberat, qui fut à Aubert Guille, contenant une ouvrée, tenant à Girard Perreau …

Folio 181 (verso)

…d’une part …un denier …………………………………………………………1 d.

Lui pour la moitié de la vigne qui fut Dame Jaques contenant quatre ouvrées tenant à la femme Guillemain Milon  et d’autre part à Simon Seguin…deux deniers ………….2 d.

Lui pour la vigne de Vocaille, qui fut Colas Larchier, contenant six ouvrées, tenant à Simon Seguin … un denier ………………………………………………………………1 d.

Guillemain Dethire pour demi arpent de chaume séant en Vocaille, tenant à Jean Selastre d’un côté, et d’autre côté à Guillaume Perreau pour …………………………2 d. ob.

Guillaume Perreau pour demi arpent de chaume à faire vigne, séant en Vocaille, tenant à Guillemain Dethire d’un côté, et par dessus au chemin ès Mulles ……………2 d. ob.

Thévenin Jouneau pour une chaume à faire vigne séant en Vocaille, contenant demi arpent tenant à Jean Jouneau d’une part, et ès Chaumes d’autre part, et le prix le sixième jour d’octobre (mil) quatre cent soixante quatre …deux deniers ob. ………………………..2 d. ob.

Jean Jouneau dit Moireau, pour trois quartiers de Chaume séant en Vocaille tenant à Thévenin Jouneau d’une part, et à Regnault Berthelon d’autre part, et la prise le jour et l’an que susdit …trois deniers ob. pog. …………………………………………………3 d. ob. pog.  

Guillaume Hugotte pour un désert séant en Vaulbion, contenant environ trois ouvrées tenant à Regnault Laveugle d’un côté, et d’autre côté à Simon Lemornat …….3 d.

Folio 182 (recto)

Touttes lesquelles censives derban (?) de la ditte Ville de Vézelay et de tous les villages dessus dits devant les guerres soulaient bien valoir de quatre vingt à cent livres tournois, mais de présent pour ce que la plupart des héritages qui devoient censives, sont en bois et buissons, et du présent n y a que les héritages dessus déclarés ne peuvent valoir compris les dits villages de Foisy et Mouron, qui sont au bailliage de Saint Pierre le Moutier, que vingt deux livres ou environ, et appartiennent à la Salle de l’abbé. 

NOTA : les explications présentées sur les mots anciens sont pour la plupart tirées du « Dictionnaire  du monde rural ; les mots du passé » – Marcel LACHIVER –  Ed. Fayard


[1] – Eglise = l’Abbaye de Vézelay, « seigneur du lieu »

[2] – Poté = le territoire sur lequel s’exerçait le pouvoir (lat. « potentia ») de l’Abbaye.

[3] – Pourpris = enclos, terrain, verger, dépendant immédiatement de l’habitation.

[4] – Arpent = unité de surface des terres valant 100 perches carrées de 18 à 22 pieds de côté selon les régions ; on peut l’estimer voisine de 50 ares ( valeur encore retenue à Montillot au début du 20ème siècle).

[5] – Sols Tournois = il y avait la monnaie de Tours – d’où le mot « tournois » -, et la monnaie de Paris, d’où « parisis » ; la livre valait 20 sols, le sol 12 deniers, le denier 2 oboles.

[6] – Four bannal = ce qui était « banal » était soumis à la juridiction du suzerain ; il s’agit ici de ce qui est mis par le seigneur à la disposition des habitants du village, moyennant rétribution. Il était alors interdit d’installer un four chez soi.

[7] – Chef d’Hotel = on appelait « hostel » la demeure, la maison, le chez-soi ; le « chef d’hotel » était donc le chef de famille, personne morale imposable.

[8]  – Tailles : la « taille royale » est un impôt établi en 1439 pour les besoins de l’armée ; elle est répartie entre généralités, puis élections , puis paroisses puis entre les habitants. Mais il   y a aussi  une « taille seigneuriale ».

[9]  – Cloux  = enclos

[10] – Façons  = travaux effectués pour cultiver la vigne.

[11] – Muid = unité de volume de liquide ; en 1478, le muid de Paris valait 36 sétiers, soit environ 292 litres.

[12] – la Queure  = la Cure

[13] – prez  = prés.

[14] – aisance = dépendances.

[15] – bailler a moisson de bled = louer pour la récolte de céréales ; le mot « bled » couvre l’ensemble des grains ; notre « blé » était alors le « froment ».

[16] – Septier = unité de volume, qui, pour les grains, valait à Paris 2 « mines » ou 4 « minots », ou 12 « boisseaux » de 13 livres, soit environ 156 litres.

[17] – Courvée  = peut venir de « corvée » ou de « courbe » ; il y a encore entre Asquins et Gué-Pavé un lieu dit « les Corvées », proche de méandres de la Cure ( ?).

[18] – Censive = redevance en argent ou en der=nrées due au seigneur ; le même mot désigne quelquefois la terre soumise au cens.

[19] – Coutume = règle de droit coutumier.

[20] – Chaume  = portion de la tige des céréales qui reste en terre  après récolte ; par extension, la terre elle-même après récolte

[21] – Deniers  = il était admis que 4 deniers parisis valaient 5 deniers tournois, ceci résultant du taux de métal précieux  (argent) dans ces pièces.

[22] – Quartier = le quart de l’arpent.

[23] – Monsieur = il s’agit de Monsieur l’Abbé de Vézelay.

[24] – Grand Chemin de Maiily-le Château = il s’agit du chemin ( « grand » parce que sous juridiction royale) qui joignait Vézelay à Brosses et Mailly-la-Ville, puis Auxerre, en passant à l’ouest de Montillot, le long du bois du Fège .

[25] – Hoirs = héritiers.

[26] – Tenement  = ensemble de terres qui se tiennent.

[27] – Maiton ou miton = unité de volume de grain : valeur ?

[28] – Géline = poule pondeuse ; dans les décomptes des impositions, on la partageait en quartiers !

[29] – Pagine = ou « pogine » ou « poge » ou « pougeoise » ! il s’agit de monnaie de faible valeur ; l’ « obole » valait un demi denier et  la pagine  une demi-obole.

[30] – Huis =  en principe, c’était la porte de la maison, par opposition à la porte de la grange ou à la porte cochère. En Morvan, c’est un petit hameau de 3 ou 4 maisons. Ici on peut prendre « huis Perrin Robin » au sens de « maison à Perrin Robin ».

[31] – Moitier = si ce mot est mis pour « moutier », il signifie « monastère » ( celui dit « de la St Jean ?) ; mais il peut aussi désigner une église …

[32] – Quarte rée ou rez = quarte « rase » ; les mesures de grain pouvaient être « rases » ou « combles » ; dans ce dernier cas ; la mesure contenait tout le grain qu’elle pouvait porter sans qu’il s’en répandït par terre .

[33] – Pogy ou pagy  = pour « pogine » ou « pagine ».

[34] – ouche = on lit aussi « oche » ou « osche » ou « hoche » = terrain clos proche de la maison, différent du jardin, avec arbres fruitiers, plantes textiles (chanvre). Bien fumée, cette parcelle était toujours très soignée.

[35] – le Lac  = c’était déjà notre « Lac » !

[36] – Hâte  = petite parcelle étroite qui correspond à une allée et venue de semeur.

[37] – Pâtis  = terre en friche où l’on faisait paître les bestiaux, en particulier dans les périodes où l’accès des prairies fauchables est interdit.

[38] – Mesnage ou « menaige » ou « manège », ou « manaige » = mot normalement utilisé pour désigner toutes les personnes dont une famille est composée ; ici il s’agit probablement de la transcription approximative du mot « manage » désignant dans le centre de la France une habitation familiale.

[39] – denier pagez = denier pagine = pagine = ½ obole.

[40] – Bichet  = valait 2 boisseaux à Clamecy, soit 26 litres ; selon les régions, de 20 à 40 litres.

[41] – Prioré  = « prieuré ». Le « prieur » régit des religieux en communauté. On appelait « prieuré-cure » une cure desservie par un religieux dépendant d’un monastère. Il semble qu’il s’agisse ici de l’habitation du curé, le presbytère.

[42] – Courtis  = ou « courtil » , petit jardin entouré de murs ou de haies attenant à une maison de paysan.

[43] – Rüe  = il s’agit d’un chemin de culture, d’un passge, d’une cour, d’une issue…utilisée pour l’exploitation.

[44] – Journal  = unité de surface des terres égale à 67,5 perches carrées, soit de 30 à 35 ares, aire qu’on était sensé pouvoir « travailler » dans une journée. Au début du 20 ème siècle, on utilisait encore le mot « journal » pour désigner 33 ares.

[45] – Comte de Vivre  = compte tenu du niveau de noblesse, il ne s’agit certainement pas du seigneur du lieu. Depuis cette époque, il semble que l’on ne trouve pas ce patronyme dans l’Yonne. Recherches en cours…

[46] – Ouvre ou ouvrée = le verbe « ouvrer » signifie « besogner », travailler ;  le mot « ouvrée » désigne la surface de vigne qui peut être « façonnée » par un homme => valeur à préciser….

[47] – Linaire  =  désignerait le « lin sauvage » qui ressemble au lin…Ici il s’agit peut-être d’un jardin planté de lin, par analogie avec la chénevière, plantée de chanvre ? (cf « Linière » et « Lignère »)

[48] – Désert  = terre abandonnée depuis longtemps.

[49] – Héritage =  ce qui est venu par hérédité ou succession (ou, pour l’Eglise, par donation ?).

[50] –  Comte de la Brosse = même remarque que pour le Comte de Vivre => recherche à faire.

[51] –  Carroge  = peut-être à rapprocher de « carruge » qui désignait en Bourgogne une place communale à l’intérieur d’un village ; par extension => croisement, carrefour ?

Commentaires

Le « Cartulaire de Vézelay » est un relevé, – établi par les Commissaires royaux en 1463 et 1464 à la demande du roi Louis XI – des biens de l’Abbaye de Vézelay et des impôts levés sur chaque terre ou maison. Ce texte a été transcrit en 1772 par les soins de l’abbé CUREAU et conservé aux Archives de l’Yonne sous la cote H 1941-1.

Chaque paroisse de la « poté » y est traitée en détail.

La partie consacrée à Monteliot comporte après transcription actuelle, une vingtaine de pages. Elle a le grand intérêt de présenter une première description du village. Pour chaque propriétaire, on lit la désignation de son bien, avec une indication de sa situation géographique, soit par le nom du lieu-dit, soit par celui de ses proches voisins.

Pour exemple, voici le début de l’énumération :

« Sensuit la Déclaration des dites menues censives séantes au finage et territoire du dit Monteliot.

Premièrement

Guillaume Hugotte pour demi arpent tenant au chaume derrière la Croisette, et d’autre part à Regnault Girardot …1 denier parisis …                               1 d. p.

Regnault Girardot pour un autre arpent de plante, tenant à Jean Robin d’un costé, et d’autre costé au dit Guillaume Hugotte…                                       2 d. p.

Jean Robin, pour un autre arpent de plante séant dessus la plante du prioré du dit lieu, tenant à Regnault Girardot d’une part, et Jean Ogier d’autre part     1 d. p.  … »

Quelques mots de français de l’époque dont le sens doit être précisé :

– la censive est la redevance en argent ou en denrée (blé, avoine, volaille…) due au seigneur.

– l’arpent valait 50 ares

– la chaume désigne la terre après récolte de céréales.

– la plante est une vigne nouvellement plantée

– le prioré doit désigner le prieuré, ou l’habitation du curé ou presbytère, en général près de l’église ; on peut se demander si la « plante du prioré » est à côté de celui-ci …

– denier parisis : il y avait la monnaie de Tours (dans certains textes on utilise la « livre tournois ») et la monnaie de Paris, d’où le mot « parisis ». Le taux de métal précieux était différent dans les 2 monnaies. La livre valait 20 sols, le sol 12 deniers, le denier 2 oboles et l’obole 2 pagines…

– la Croisette est une petite croix, dont l’emplacement n’est pas connu…

L’Abbaye de Vézelay, seigneur du lieu, impose donc les habitants de Monteliot par la « taille seigneuriale ». Mais ceux-ci sont aussi pressurés par le Roi : la « taille royale » est un impôt établi en 1439 pour les besoins de l’armée ; elle est répartie entre les « généralités », puis les « élections », puis les paroisses, puis les habitants. Une phrase du cartulaire montre que les abbés tiennent compte de cette double charge :

… « un chacun chef d’hotel demeurant au dit village pour leurs tailles ont les peut imposer jusqu’à la somme de quinze sols et au-dessous, et y peut avoir environ trente ménages, mais pour la pauvreté d’eux, et aussi pour les grandes charges qu ils ont des Tailles du roi, les dittes tailles ne peuvent monter par an qu’environ la somme de dix livres au plus. »

On appelait « hostel » la demeure, la maison, le chez-soi…Le « chef d’hostel » était donc le chef de famille, personne morale imposable. On note :

– qu’il y avait alors 30 foyers dans le village, ce qui peut correspondre à une population de 100 à 150 personnes.

– l’impôt seigneurial, qui aurait pu dépasser 20 livres, a été limité à 10 livres.

Propriétés de l’abbaye de Vézelay 

Celle-ci est probablement le principal propriétaire du village ; ses biens sont énumérés pour l’imposition royale :

– une maison, avec un enclos proche, un jardin d’un arpent, avec des arbres fruitiers – …y a aussi abondance de cerises…-

– un « clos » de 3 arpents de vigne derrière la maison.

– une vigne de raisin blanc, la « Vigne blanche », au bord de la Cure, en « un lieu qui gèle volontiers »

–  2 petits prés, loués à des laboureurs, « qui sont pour l’aisance de la ditte maison, hors du dit village, en tirant à Mailly-la-Ville ».

– plusieurs terres labourables « alentour de la ditte maison », louées d’après la récolte de blé.

– 74 « journeaux » de terres labourables, – soit environ 25 ha !  En divers endroits de la paroisse

– un « four bannal », mis par le seigneur, moyennant paiement, à la disposition des habitants pour cuire leur pain, et rapportant en moyenne 100 sols par an. Il y avait aussi deux pressoirs, – « banals » eux aussi – l’un près du cimetière, donc de l’église, l’autre en Toucheboeuf, « tenant au Grand Chemin ».

– plusieurs terres, vignes et jardins, « …alentour du dit village ».

– un étang « nommé l’Etang de Marrault », avec 6 arpents de terre et « une forge à faire fer » …

Cette maison devait héberger le personnel chargé de la gestion de toutes ces propriétés. Le texte du cartulaire ne précise ni son importance ni sa situation. Pour cette dernière, on a quelques indices…

Deux prés assurent l’« aisance de la ditte maison ». En vieux français, le mot « aisance » supposait une possibilité d’accès, et désignait donc les dépendances de la maison.

Dans cette hypothèse de proximité, cette «  maison »  se trouverait donc, comme ces deux prés, au Nord-Ouest du village actuel – sur le flanc de la colline du Crot-Blanc et du Mont Ciboule – en allant depuis le Champ du Lac vers le «  Grand Chemin »  qui joignait alors Vézelay à Mailly-la-Ville  , «  chemin »  qui emprunte le tracé d’une voie romaine, qui est cité dans de nombreux actes notariés du 18ème siècle et qui figure dans le premier cadastre officiel, le «  napoléonien » , comme relevant de la juridiction royale.

Les lieux-dits actuels, « Champs de la St Jean », « Croix Bouchet », « Meurger aux Moines » …sont assez évocateurs…et remettent en mémoire des témoignages anciens de laboureurs, qui auraient mis à jour des vestiges de fondations dans cette zone…

Propriétés du curé

Le curé est imposé pour les biens dont il assure la gestion pendant son mandat, comme les paysans du village :

– 2 « ouches », très petites parcelles closes, avec arbres fruitiers ou chanvre, l’une près du « Lac », l’autre près du « Grand Chemin ».

– une terre au « Pré du Lac ».

– une vigne au « Cloux », – le « Clos » actuel – à la sortie Sud du village, entre les chemins de la Croix des Bois et du Font du Charme.

– une maison en Toucheboeuf, « tenant au verger Jean Porcheron » et un pré derrière…

– une part de « la maison devant le pressoir tenant au cimetière »

Cette dernière se trouve donc près de l’église. Question : était-elle distincte du « prioré »  -presbytère ?…

Les familles du village

Au long de l’énumération des propriétés imposables, on peut relever les noms d’environ 200 individus différents, – dont 30 à 40 décédés, cités comme anciens propriétaires – avec environ 110 patronymes différents. Un seul patronyme de cette époque, – Porcheron – est encore représenté à Montillot, une filiation directe pouvant être vérifiée depuis le 17ème siècle. Un autre, – Forgeot – l’était encore au siècle dernier. D’autres ont figuré dans les registres paroissiaux du village ou des villages voisins dans la même période : Busset, Bretin, Chapotot, Colin, Dethire, Dufour, Gauthier, Girardot, Hugotte, Lemorinat, Ogier, Picard, Perreau, Robin, Seguin, Thomas, …

Nature des propriétés :

A côté de près de 300 parcelles de terres, vergers et vignes, on relève seulement une quinzaine de maisons et 6 « parts » de maisons dans la première moitié du document, alors que dans la deuxième partie, plus de 20 propriétaires n’auraient que des terres, ce qui laisse supposer que le document parvenu jusqu’à nous depuis le 15ème siècle est incomplet… Un certain nombre de maisons sont signalées en Toucheboeuf, à proximité du « Grand Chemin ».  Toutes ont jardin et verger à proximité…

On ne relève pas moins de 70 parcelles de vigne, essentiellement dans la plaine, route des Noyers, et près de Vaudonjon, en Vaubion et Vaucaille, mais aussi en Toucheboeuf.

Les lieux-dits

On peut comparer leurs noms de l’époque avec ceux du cadastre actuel mais aussi avec ceux du cadastre napoléonien, daté de 1819 pour Montillot et accessible par Internet sur le site des Archives départementales de l’Yonne (A.D.Y.).

On trouve déjà le Champ et le Pré du Lac, la Brosse de Farge, le Puits Martin, Toucheboeuf (et son puits), Beurguereau, les Côtes, le Cloux (pour le Clos), la Grand Rue, le Champ de la Côte, la Côme de Vaudonjon, Longue Roye (pour Longue Raie), Aigremont, Vaubion, Vaucaille, Pissevin (en allant sur Asquins) …

Les « Saulées » sont proches des « Saules », « linière » de « Lignère », le « Champ des Assens » des « Essences », la « route des Noyers » rappelle un ancien lieudit de la plaine de la Chally …

D’autres restent à situer : le Champ du Poirier, le pré Jubin, le Champ des Obouats, les Brières, les Maréchaux, les Vieilles Courvées, la Courvée du Chemin d’Auxerre…

Les noms des chemins permettent de les situer : en plus du « Grand Chemin » souvent cité, on trouve le Chemin qui va à l’Etang (de Marot), la route des Noyers, le chemin de Blannay, le Chemin d’Arci, le Chemin de « Longue Roye » , la Rüe de Beurguereau, la « petite rüe de Toucheboeuf au Grand Chemin » , le sentier de Linière, la route de la vigne des noyers, le chemin qui va en Vaucaille…

Un point attire l’attention : le dénommé Regnault Picard possède « deux ouvrées de vignes séant entre la Croix de Monteliot et les champs tenant à la petite rüe qui vient de Cugeboeuf au grand Chemin… ». Il

Le « Cartulaire de Vézelay » est un relevé, – établi par les Commissaires royaux en 1463 et 1464 à la demande du roi Louis XI – des biens de l’Abbaye de Vézelay et des impôts levés sur chaque terre ou maison. Ce texte a été transcrit en 1772 par les soins de l’abbé CUREAU et conservé aux Archives de l’Yonne sous la cote H 1941-1.

Chaque paroisse de la « poté » y est traitée en détail.

La partie consacrée à Monteliot comporte après transcription actuelle, une vingtaine de pages. Elle a le grand intérêt de présenter une première description du village. Pour chaque propriétaire, on lit la désignation de son bien, avec une indication de sa situation géographique, soit par le nom du lieu-dit, soit par celui de ses proches voisins.

Pour exemple, voici le début de l’énumération :

« Sensuit la Déclaration des dites menues censives séantes au finage et territoire du dit Monteliot.

Premièrement

Guillaume Hugotte pour demi arpent tenant au chaume derrière la Croisette, et d’autre part à Regnault Girardot …1 denier parisis …                               1 d. p.

Regnault Girardot pour un autre arpent de plante, tenant à Jean Robin d’un costé, et d’autre costé au dit Guillaume Hugotte…                                       2 d. p.

Jean Robin, pour un autre arpent de plante séant dessus la plante du prioré du dit lieu, tenant à Regnault Girardot d’une part, et Jean Ogier d’autre part     1 d. p.  … »

Quelques mots de français de l’époque dont le sens doit être précisé :

– la censive est la redevance en argent ou en denrée (blé, avoine, volaille…) due au seigneur.

– l’arpent valait 50 ares

– la chaume désigne la terre après récolte de céréales.

– la plante est une vigne nouvellement plantée

– le prioré doit désigner le prieuré, ou l’habitation du curé ou presbytère, en général près de l’église ; on peut se demander si la « plante du prioré » est à côté de celui-ci …

– denier parisis : il y avait la monnaie de Tours (dans certains textes on utilise la « livre tournois ») et la monnaie de Paris, d’où le mot « parisis ». Le taux de métal précieux était différent dans les 2 monnaies. La livre valait 20 sols, le sol 12 deniers, le denier 2 oboles et l’obole 2 pagines…

– la Croisette est une petite croix, dont l’emplacement n’est pas connu…

L’Abbaye de Vézelay, seigneur du lieu, impose donc les habitants de Monteliot par la « taille seigneuriale ». Mais ceux-ci sont aussi pressurés par le Roi : la « taille royale » est un impôt établi en 1439 pour les besoins de l’armée ; elle est répartie entre les « généralités », puis les « élections », puis les paroisses, puis les habitants. Une phrase du cartulaire montre que les abbés tiennent compte de cette double charge :

… « un chacun chef d’hotel demeurant au dit village pour leurs tailles ont les peut imposer jusqu’à la somme de quinze sols et au-dessous, et y peut avoir environ trente ménages, mais pour la pauvreté d’eux, et aussi pour les grandes charges qu ils ont des Tailles du roi, les dittes tailles ne peuvent monter par an qu’environ la somme de dix livres au plus. »

On appelait « hostel » la demeure, la maison, le chez-soi…Le « chef d’hostel » était donc le chef de famille, personne morale imposable. On note :

– qu’il y avait alors 30 foyers dans le village, ce qui peut correspondre à une population de 100 à 150 personnes.

– l’impôt seigneurial, qui aurait pu dépasser 20 livres, a été limité à 10 livres.

Propriétés de l’abbaye de Vézelay 

Celle-ci est probablement le principal propriétaire du village ; ses biens sont énumérés pour l’imposition royale :

– une maison, avec un enclos proche, un jardin d’un arpent, avec des arbres fruitiers – …y a aussi abondance de cerises…-

– un « clos » de 3 arpents de vigne derrière la maison.

– une vigne de raisin blanc, la « Vigne blanche », au bord de la Cure, en « un lieu qui gèle volontiers »

–  2 petits prés, loués à des laboureurs, « qui sont pour l’aisance de la ditte maison, hors du dit village, en tirant à Mailly-la-Ville ».

– plusieurs terres labourables « alentour de la ditte maison », louées d’après la récolte de blé.

– 74 « journeaux » de terres labourables, – soit environ 25 ha !  En divers endroits de la paroisse

– un « four bannal », mis par le seigneur, moyennant paiement, à la disposition des habitants pour cuire leur pain, et rapportant en moyenne 100 sols par an. Il y avait aussi deux pressoirs, – « banals » eux aussi – l’un près du cimetière, donc de l’église, l’autre en Toucheboeuf, « tenant au Grand Chemin ».

– plusieurs terres, vignes et jardins, « …alentour du dit village ».

– un étang « nommé l’Etang de Marrault », avec 6 arpents de terre et « une forge à faire fer » …

Cette maison devait héberger le personnel chargé de la gestion de toutes ces propriétés. Le texte du cartulaire ne précise ni son importance ni sa situation. Pour cette dernière, on a quelques indices…

Deux prés assurent l’« aisance de la ditte maison ». En vieux français, le mot « aisance » supposait une possibilité d’accès, et désignait donc les dépendances de la maison.

Dans cette hypothèse de proximité, cette «  maison »  se trouverait donc, comme ces deux prés, au Nord-Ouest du village actuel – sur le flanc de la colline du Crot-Blanc et du Mont Ciboule – en allant depuis le Champ du Lac vers le «  Grand Chemin »  qui joignait alors Vézelay à Mailly-la-Ville  , «  chemin »  qui emprunte le tracé d’une voie romaine, qui est cité dans de nombreux actes notariés du 18ème siècle et qui figure dans le premier cadastre officiel, le «  napoléonien » , comme relevant de la juridiction royale.

Les lieux-dits actuels, « Champs de la St Jean », « Croix Bouchet », « Meurger aux Moines » …sont assez évocateurs…et remettent en mémoire des témoignages anciens de laboureurs, qui auraient mis à jour des vestiges de fondations dans cette zone…

Propriétés du curé

Le curé est imposé pour les biens dont il assure la gestion pendant son mandat, comme les paysans du village :

– 2 « ouches », très petites parcelles closes, avec arbres fruitiers ou chanvre, l’une près du « Lac », l’autre près du « Grand Chemin ».

– une terre au « Pré du Lac ».

– une vigne au « Cloux », – le « Clos » actuel – à la sortie Sud du village, entre les chemins de la Croix des Bois et du Font du Charme.

– une maison en Toucheboeuf, « tenant au verger Jean Porcheron » et un pré derrière…

– une part de « la maison devant le pressoir tenant au cimetière »

Cette dernière se trouve donc près de l’église. Question: était-elle distincte du « prioré »  -presbytère?.

Les familles du village

Au long de l’énumération des propriétés imposables, on peut relever les noms d’environ 200 individus différents, – dont 30 à 40 décédés, cités comme anciens propriétaires – avec environ 110 patronymes différents. Un seul patronyme de cette époque, – Porcheron – est encore représenté à Montillot, une filiation directe pouvant être vérifiée depuis le 17ème siècle. Un autre, – Forgeot – l’était encore au siècle dernier. D’autres ont figuré dans les registres paroissiaux du village ou des villages voisins dans la même période : Busset, Bretin, Chapotot, Colin, Dethire, Dufour, Gauthier, Girardot, Hugotte, Lemorinat, Ogier, Picard, Perreau, Robin, Seguin, Thomas, …

Nature des propriétés :

A côté de près de 300 parcelles de terres, vergers et vignes, on relève seulement une quinzaine de maisons et 6 « parts » de maisons dans la première moitié du document, alors que dans la deuxième partie, plus de 20 propriétaires n’auraient que des terres, ce qui laisse supposer que le document parvenu jusqu’à nous depuis le 15ème siècle est incomplet… Un certain nombre de maisons sont signalées en Toucheboeuf, à proximité du « Grand Chemin ».  Toutes ont jardin et verger à proximité…

On ne relève pas moins de 70 parcelles de vigne, essentiellement dans la plaine, route des Noyers, et près de Vaudonjon, en Vaubion et Vaucaille, mais aussi en Toucheboeuf.

Les lieux-dits

On peut comparer leurs noms de l’époque avec ceux du cadastre actuel mais aussi avec ceux du cadastre napoléonien, daté de 1819 pour Montillot et accessible par Internet sur le site des Archives départementales de l’Yonne (A.D.Y.).

On trouve déjà le Champ et le Pré du Lac, la Brosse de Farge, le Puits Martin, Toucheboeuf (et son puits), Beurguereau, les Côtes, le Cloux (pour le Clos), la Grand Rue, le Champ de la Côte, la Côme de Vaudonjon, Longue Roye (pour Longue Raie), Aigremont, Vaubion, Vaucaille, Pissevin (en allant sur Asquins) …

Les « Saulées » sont proches des « Saules », « linière » de « Lignère », le « Champ des Assens » des « Essences », la « route des Noyers » rappelle un ancien lieudit de la plaine de la Chally …

D’autres restent à situer : le Champ du Poirier, le pré Jubin, le Champ des Obouats, les Brières, les Maréchaux, les Vieilles Courvées, la Courvée du Chemin d’Auxerre…

Les noms des chemins permettent de les situer : en plus du « Grand Chemin » souvent cité, on trouve le Chemin qui va à l’Etang (de Marot), la route des Noyers, le chemin de Blannay, le Chemin d’Arci, le Chemin de « Longue Roye » , la Rüe de Beurguereau, la « petite rüe de Toucheboeuf au Grand Chemin » , le sentier de Linière, la route de la vigne des noyers, le chemin qui va en Vaucaille…

Un point attire l’attention : le dénommé Regnault Picard possède « deux ouvrées de vignes séant entre la Croix de Monteliot et les champs tenant à la petite rüe qui vient de Cugeboeuf au grand Chemin… ».

Il existe bien encore une croix au coin du Chemin du Font du Charme, mais on n’a pas souvenir d’une croix située plus près du « Grand Chemin » …sauf si on examine le cadastre Napoléonien, où figure très nettement une croix au carrefour de la Duite !

Catégories
données géographiques environnement histoire régionale

Les lieux-dits

Gilbert DUCROS † 2002

Régine MORIZOT-KOUTLIDIS

« Les noms font rêver. Tous les noms : les noms dits communs et les noms dits propres, les noms de choses et les noms de personnes comme les noms de lieux. D’où vient ce nom ? D’où viennent le nom que je porte, et celui du village qui m’accueille, de ce lieu-dit où je passe ? Pourquoi a-t-on nommé ainsi cet objet, ce sentiment, ce lieu ? D’épais traités, ou des livres plus légers, sont consacrés à l’étymologie, science des sens, des origines, des racines. L’étymon est un mot d’origine grecque qui a pour sens : ce qui est, et sous-entend : ce qui est vrai parce qu’il est. On dit aussi : authentique, grec autos (soi-même) et hentes, étant, ce qui est par lui-même.

Les noms de lieux sont comme des projections des sociétés humaines. Celles-ci ont nommé les lieux selon leurs besoins, leurs représentations et leurs croyances, leur culture et leur mode de vie.

La tentation est d’inventer des interprétations, d’imaginer des légendes, qui ensuite se colportent en s’enjolivant. Ces étymologies populaires existent depuis très longtemps. Des scribes médiévaux y ont participé en réinterprétant des noms dont ils ne comprenaient pas le sens, mais auxquels ils voulaient un sens. De nos jours, tout un chacun peut écrire à son gré et le diffuser sur « la toile », jusqu’à la débauche. Ce qui, bien entendu, n’a rien à voir avec le sens originel d’étymologie : ce n’est plus l’être – vrai, c’est l’être imaginé, la fantaisie de chacun, voire le fantasme. »  [1]

Si les études du bâti et du patrimoine naturel, faune et flore, relèvent de sciences exactes, il n’en est pas de même pour la toponymie ; science faite d’hypothèses plus que de certitudes, de reconstitutions souvent hasardeuses, cherchant des appuis non en elle-même (l’évolution linguistique est trop soumise à la phonétique de patois qui font varier les prononciations d’un même terme d’un village à l’autre), mais dans l’histoire, la géographie, la géologie. Un toponyme révèle un paysage disparu, parfois sans rapport avec les cultures actuelles, qui peut avoir connu en dix siècles trois ou quatre états du paysage agricole au gré des cultures dominantes.

Ajoutons que les arpenteurs et géomètres, scientifiques férus de géométrie plus qu’historiens ou linguistes, en dépit de leur dévouement à aller nicher des bornes dans les climats les plus reculés, ont largement contribué à déformer et rendre méconnaissable bien des toponymes parmi ceux qu’ils n’ont pas délibérément rayé des cartes. Prenons pour exemple la croix de Montjoie[2], en limite de Tharoiseau et de Saint-Père, que les arpenteurs de la fin du XVIIIe siècle s’obstinent à dénommer Croix Mangeoire, en parfaite méconnaissance de son origine, de l’esprit du pèlerinage compostellan et magdalénien, et cherchant sans doute à rapporter une information orale mal saisie à un terme rural.

Pour clore cette introduction, écoutons ce qu’en dit le Professeur Gérard TAVERDET[3], de l’université de Dijon : « Il faut admettre dès le départ qu’une telle étude a des limites : les noms de lieux ne forment pas un système cohérent dont les parties évidentes pourraient éclairer les parties obscures… Parfois on est réduit à de simples hypothèses qui sont loin de faire l’unanimité des spécialistes. On est tributaire de formes anciennes qui, parfois, sont bien connues, qui, le plus souvent, sont absentes, mal connues ou même contradictoires ».

Voyons, à Montillot, comment les recherches de Gilbert DUCROS † contribuent à enrichir ces bases de données toponymiques[4]. Les verbes souvent employés au conditionnel, rappellent l’incertitude des hypothèses avancées.

Les origines toponymiques de Montillot et de ses hameaux

MONTILLOT : 

Une bulle du Pape Alexandre III datée de 1169, sous le règne du roi de France Louis VII le Jeune, fait mention du plus ancien nom connu de Montillot ; il s’agit de « Montirucht ». En vieux français, le rucht est une carrière de pierres. Rucheter ou Rocheter, c’est extraire de la pierre. A cette époque où l’on reconstruit le monastère de Vézelay et le chœur de la Basilique, il fallait trouver de la bonne pierre et le site carrier de Montillot était propice à cette extraction. C’est par la suite qu’apparaîtra le nom de « Montillot » qui fait plus précisément allusion à la nature géologique de la roche extraite.

Les actes notariés des siècles passés écrivent « Montéliot », toponyme dont nous avons deux exemples dans le département de la Côte-d’Or : Montliot près de Chatillon-sur-seine, et Montoillot non loin de Sombernon.

« Montillot » est formé de deux éléments : « Mont » : colline, hauteur ; et « liot » : ce mot d’origine gauloise désigne une pierre blanche de construction, de nature calcaire et marbrière, d’époque secondaire (130 millions d’années), à laquelle les carriers anglais, à la fin du XVIIIe siècle, ont donné le nom de Lias (« layer »). La carte géologique nous montre qu’il existe en effet à Montillot un affleurement de ces calcaires, contrairement à la région environnante. C’est ainsi que des carrières furent ouvertes dès le moyen-âge autour de Montillot.

LE VAUDONJON : 

L’orthographe « Vaux-Donjon » ou « Vau-Donjon » est apparue dans les actes notariés depuis plus d’un siècle, et figure aussi dans la carte de Cassini, un peu plus ancienne. Il n’y a pourtant jamais eu de Donjon connu à proximité ! Il se peut que se soit une déformation de l’écriture ancienne. Ce nom proviendrait du Germanique « Waidanjan », infinitif substantivé signifiant « exploitation de prairies » (allemand weide, le pâturage). 

Le hameau a été fondé lors des grandes invasions germaniques du Ve siècle et le cimetière voisin, au lieu-dit « les cercueils », fouillé au début du XXe siècle par l’abbé Parat, a livré des centaines de sarcophages mérovingiens.


Le Vaudonjon souffrit beaucoup de la guerre de Cent ans. On rapporte que presque toute la population fût massacrée et que, pour repeupler le village, les moines de Vézelay firent venir des paysans du Val d’Aillant, près d’Auxerre.

Le hameau dépendit jusqu’à la révolution de la paroisse d’Asquins et de la justice de Montillot. En Juin 1792, par pétition, il fût rattaché à la toute nouvelle commune de Montillot. Ce rattachement ne fût pas du goût de tous les Vaudojonnais dont beaucoup se sentaient socialement plus proches des vignerons d’Asquins que des cultivateurs des terres argileuses de Montillot. Asquins se vengea de cette défection en refusant le 5 Mars 1910 la pétition des habitants tendant à faire entretenir le chemin. Rares furent pendant longtemps les mariages entre garçons et filles du bourg et de son hameau

LES HERODATS : 

Le nom de ce hameau provient de l’évolution de « hébergeages », généralement employé au pluriel. L’évolution philologique du mot conduisit aux formes « hébeurgeats » puis « héreugeats », du germanique « hari » (armée) et bergeon (protéger). Ce mot a désigné initialement un campement militaire. Sa racine est la même que le verbe « héberger » et que le nom « auberge ». Puis il a désigné un ensemble de bâtiments agricoles. La valeur sémantique du terme a échappé aux copistes modernes qui ont cru bon de l’assimiler à « hérodats » nom ancien des hirondelles.

LA BERTELLERIE : 

Ce hameau voisin des bois de la madeleine porte le patronyme de Claude Bertholet, né en 1748 en Savoie, alors province du royaume de Piémont-Sardaigne. Médecin, il se réfugie en France où il demande sa naturalisation. Il s’intéresse aussi à la chimie, est élu à l’Académie des sciences, et devient collaborateur de Lavoisier.  En 1784 il est nommé directeur des teintures de la manufacture des tapisseries des Gobelins à Paris. Il participe à l’invention de l’eau de Javel, qui connut tout de suite un grand succès.

Les Bertholleries, apparues un peu partout en France à la fin du Premier Empire, blanchissaient les toiles écrues produites par les ateliers villageois. C’est le souvenir d’une blanchisserie fondée en ce lieu que commémorerait le nom du hameau

TAMERON :

Du latin « taxonaria » le « gîte du blaireau » qui a donné le nom tanière en français. La terminaison « ron » induit une valeur péjorative avec le sens de pauvres maisons en un lieu isolé.

BAUDELAINE :

Ce nom gracieux est la corruption du patois poyaudin « baudetaine » qui désigne une masure.

Mais le sens n’en est pas toujours péjoratif car dans la région de Tannerre-en-Puisaye une simple maisonnette est appelée bobitaine. L’origine de ce mot est inconnue.

MAROT :

Ce nom de lieu est assez fréquent en Bourgogne… mais avec des orthographes différentes.

Citons l’exemple du hameau de Marault, près d’Avallon. Son origine serait francique : « marisk » devenu « maraticum » en latin ecclésiastique, et « marais » en français moderne.

Le nom du hameau est donc associé à la présence du petit étang alimenté par un ruisseau.

LE GUE PAVE : 

C’est l’extrême limite de la commune, son seul accès à la Cure. Les hommes ont toujours éprouvé des difficultés pour traverser les cours d’eau. Comme la construction des ponts est onéreuse, on lui préféra longtemps le passage à gué. A un endroit où la rivière est large et peu profonde, on établissait dans son lit un dallage, un « pavé », qu’utilisait le voyageur, le cavalier, l’attelage. C’est ainsi qu’on a aménagé au gué pavé un passage qui permettait d’aller presque en ligne droite de Montillot à Avallon en passant par Domecy-sur-le-Vault. A noter que le pont de Blannay n’a été réalisé que sous le second empire, et qu’auparavant on guéait au confluent de la Cure et du Cousin. Pour la petite histoire, rappelons que la diligence qui reliait la gare de Sermizelles à Vézelay a été en service jusqu’au lendemain de la première guerre mondiale, et que la dernière diligence a sombré dans la Cure, corps et biens, au tournant de la Vernée, un jour d’hiver où le postillon n’avait plus la maîtrise de son équipage.

MALFONTAINE : 

Hameau aujourd’hui disparu, entre Fontenille et Bouteau, son nom indique une source. La source de Malfontaine se trouve aujourd’hui au croisement de trois routes, l’une allant vers l’ancien moulin de Marot et vers le village d’Asnières, les deux autres vers Brosse et Montillot. Personne n’habite plus à proximité depuis au moins un siècle, et on a peine à croire qu’il y eut là une agglomération, dont il est question dans des actes notariés datant de 1650. Il ne subsiste, dans le triangle de la jonction des trois routes, qu’un édicule marquant la captation de cette source, qui alimentait en partie la commune de Montillot depuis 1950. Et pourtant les actes notariés et les registres paroissiaux confirment que ce coin était habité sous Louis XIV, et qu’il y avait aussi quelques maisons un peu plus loin, de l’autre côté du « ru de Brosses », après un petit pont, au lieu-dit le gué de Combre.

Etude des Lieux-dits parcellaires de la commune

Certaines appellations, à connotation géographique, font florès dans la région. Il s’agit d’ « oronymes », noms attribués à des accidents de relief.

LA COME : Tenue par Lusigny (1964) comme issue de combe, le mot affecte les orthographes come, comme, caume, et localement coume, prononciation qui rejoint curieusement celle du Lot, mais aussi le mosellan coume que Vial (1983) veut faire dériver de l’allemand « kumme », écuelle, donc creux, donc vallée. Mais c’est un probable latin « cumba » (Campagnac, 1991) qui en serait plutôt à l’origine ; le proche Morvan a ses « commes ». Toutefois le mot se distingue chez nous de « combe » en ce qu’il s’est spécialisé pour désigner le versant ensoleillé d’un vallon, une pente assez rapide, une côtière en somme plus qu’un creux, dévolu souvent aux friches. 

Montillot a ainsi ses Come chemeneu, Come au roi, Come botillon

Nos comes sont finalement des variantes de » « CÔTATS » ou « COUTATS »  (JOSSIER 1882) dont nous gardons le coutat de Blannay, le cotat borne

La toponymie des bosses renvoie à celle des creux. 

Localement, il s’agit de CROTS, terme généralisé à toute la région Bourgogne, mais avec des variantes : mare en Puisaye (ROUSSET 1977), abreuvoir en basse Bourgogne (JOSSIER 1882), le crot se fait chez nous simple creux (BOUJAT 1980). 

Le CROT BLANC, au nord de Montillot, sur la colline de 292m d’altitude surplombant le village, désigne toujours une ancienne carrière de calcaire à ciel ouvert dont furent extraites des pierres ayant servi à la construction de la basilique de Vézelay.

Reste l’homonymie avec les CROS, ou pommiers sauvages, terme auquel se rattache probablement le lieu-dit de même nom, à proximité du château, en Toucheboeuf.

Il y a aussi la famille des VAUX. Le terme désigne explicitement de petites vallées ; la vocalisation semble désigner des toponymes anciens, fixés dès le XIIe siècle. Si l’origine de Vaux-Donjon (Vaudonjon) est controversée, les BOIS DE VAUX LANNES, sur Asquins, ne sont pas mieux définis. Les mentions anciennes portent VAULX L’ASNE ou VAULANES. Ce plateau boisé appartenait au chapître de Vézelay. Le 26 Mars 1575, les abbés avaient donné à ASQUINS 400 arpens sur Vaulanes et les Fontellets, que le chapître contesta, exigeant le 16 Septembre 1586 un bornage. François de Rochefort confirma ces accords en 1635. Plus qu’à l’utilisation d’ânes dans cette vallée, on pourrait penser à une dépression de terrain, du latin « vallanus » ; mais le plateau est ici régulier. Paradoxe de ces vaux en situation dominante ! VAUX CAILLE, lui, correspond bien à une vallée.

De nombreuses références au sol, aux accidents du terrain et aux cours d’eau sont ancrées dans les toponymes.

TOUNE-CUL, ou tourne-cul : pourquoi ne pas rechercher une origine celtique à ce vocable, dans sa version de « Tor quillau » ! « Tor » signifie forte déclivité et « quillau » glissant. On dit aussi que lorsque l’on travaillait aux vignes qui s’étendaient sur les deux pentes du vallon, on se tournait le… « dos ».

LA CÔTE CAFARD : le vieil adjectif « cafard » a le sens de pénible, dangereux. Effectivement, cette côte est pentue et les chariots pouvaient se renverser.

LES BOIS DE L’AIGREMONT : de « aigre », pentu, difficile à gravir. C’est en effet une colline qui domine fortement la vallée de la Cure.

LE MONT CIBOULE : c’est une hauteur en forme de massue, ou d’oignon (du latin « caepulla »)

LA COTE DE LA CLEF : « Clef » est la corruption de « quillée », la glissade en vieux français. En hiver, les enfants du Vaudonjon utilisaient des traineaux pour dévaler cette pente très accusée.

LES CHAMPS GROLON : issu du vieux français « gueurrion », il s’agit de terrains dont certaines pierres semblent avoir été grillées.

VAUX CAILLE : du vieux français « caille » le caillou. (Il en est resté les mots caillasser, caillasse). C’est une vallée caillouteuse, sans grande fertilité.

LES BOIS DES PERRUCHES (prononcer « pruches ») : il s’agit non d’oiseaux mais de terrains très pierreux

LES MEURGERS : les meurgets sont d’énormes amoncellements de pierres. Ils ont deux origines. Il s’agit parfois de sépultures gauloises pourvues d’objets familiers : armes ou pièces d’or ou d’argent (MEURGET D’ARGENT) ; ou alors ce sont d’énormes pierres plus ou moins taillées (MEURGET DE POROT).  Les meurgets cependant proviennent le plus souvent de l’épierrement des terrains de culture (vignes) ou de l’extraction des déblais des caves.

LE PRE GOULOISON : du vieux français « goulaison » la source (verbe couler). Une source y apparaît périodiquement.

LA COME AU ROI : il s’agit de la vallée au « rouel », c’est à dire au ruisseau. Effectivement un ruisselet suit une rigole après les grandes pluies.

LES LONGUES RAIES, entre Corbier et Toune-Cul, sont encore les ruels évoqués ci-dessus. Ces terrains longs et pentus sont striés de longues rigoles.

LE PRE DE LA DAME : corruption de « la doualle » qui autrefois signifiait un fossé plein d’eau qui se vide difficilement par manque de pente (latin « doga », le fossé d’écoulement).

LE BOIS DES SOILLOTTES : ce sont de vilaines mares évoquant les gîtes fangeux des sangliers (latin « sus », le porc).

FORET DE CONFLANS : ce terme désignait autrefois le confluent de deux cours d’eau. Deux ruisseaux se rejoignaient dans cette forêt.

LES PRES DE LA MORTE : en patois une morte est une pièce d’eau stagnante qui paraît morte. En fait ce mot est la corruption du vieux français « more », la tourbière.

CHAMP DU PORON : C’est un acte du 14 Août 1732 – trouvé dans la liasse ADY / G2547 : « Cure de Monteliot », acte rédigé par le curé de l’époque Jean-Baptiste FAULQUIER, qui nous donne l’origine du toponyme « le Poron » : 

Arpenteur juré de la maîtrise d’Auxerre le 14 février 1732…  Ci-après un extrait de cet acte : «     …et l’autre borne plantée à l’extrémité de la pièce de terre à moi curé apartenante, vis à vis et a deux pieds et demy au-dessus d’une grosse borne ronde et rouge, appelée porrond, faisant séparation de long entre moy curé et la veuve Gabriel Pourcheron, laquelle grosse borne ronde a été plantée entre moy curé et la dite veuve P.  par le Sieur Delapierre » ,

En annexe à ces toponymes à vocation géologique et géographique, on trouve une série de toponymes inspirés (sans doute récemment) de la faune et de la flore.

Montillot a un « CHAMP AU LIEVRE », bien connu des chasseurs. Et si LA GARENNE nomme une vaste zone sur Asquins, à l’ouest des Champs Gringaux, il en existe une aussi près de Tameron. Le terme désignait sous l’ancien régime des réserves (tout comme varenne).

Le terme est banal et antique à la fois, sans doute issu du germanique « warren », lieu clos, si ce n’est du bas-latin « warenna » lui-même mêlé de gaulois varenna.

LA COME CHEMENEU, LA COME GENET ont la même origine : le terme vient du vieux français « chenève, chenove » : le chanvre. Ce sont des vallées où poussait le chanvre. La culture du chanvre était très répandue au XVIIIe siècle et cette culture a laissé de nombreux toponymes. Le chanvre servait à la fabrication des liens, des cordages, des sacs. Son élaboration nécessitait un grand savoir-faire. Il a été supplanté au XIXe siècle par d’autres textiles d’origine tropicale, moins chers, comme le raphia. De même, une chènevière est une plantation de chanvre. LA CHENEVIERE A ROUGEOT : désignait une plantation de chanvre située dans une terre rouge, de nature argileuse (le rougeot). On peut aussi émettre l’hypothèse d’un nom, ou d’un surnom (« Rougeot »), la formulation « à » signifiant l’appartenance dans le parler morvandiau (au lieu du « de » conventionnel).

BEAUCHARME (sur Asquins) et LA PIECE DU CHARME (sur Brosses) pourraient faire penser, comme le suggère P. HAASE, qu’il s’agit d’une référence à un arbre remarquable ? Il semble plutôt que ces termes fassent référence au « charme » qui pourrait être la corruption du vieux mot « channe », autre nom du chanvre. Que dire alors de LA CANNE, vers Tameron ? Plus qu’une déformation de « channe », il s’agirait là de la « cagne » qui en vieux français désigne une maison misérable tout juste bonne pour un chien (« canis » : le chien).

Et la DAME JOINTE ? Si « Dame » est un adjectif signifiant mauvais, damné, « Jointe » est la corruption de « Chinte », encore un autre nom du chanvre. C’est un endroit où le chanvre était de mauvaise qualité.

LES POMMERATS, du vieux français « pommerets », lieu planté de pommiers. Le nom de la ville d’Avallon (du gaulois « aballo » ) induit le même sens.

LE BOIS DES PETITS FOUTEAUX : c’est le diminutif de « fou », l’ancien nom du hêtre (du latin « fagus »). 

LE GROS FOU, et LE BOIS DU FAYS ont la même origine.  On en rapprochera le « Faou », de Bretagne.

LES SAUCES : du vieux français « saulces », les osiers (du latin « salix », le saule).

LA COME BOTILLON : corruption de « boquillon », le petit bois.

LE BOIS DU FEUILLARD : les feuillards sont des branches garnies de feuilles sèches qui, les mauvaises années, permettaient d’alimenter les bestiaux pendant l’hiver.

LES CHAMPS GRINGAUT (proches de Vaudonjon mais dépendant d’Asquins) : corruption de « grainiots », adjectif médiéval qualifiant de bonnes récoltes de grains. Ces terrains, aujourd’hui boisés, difficiles à labourer, étaient autrefois fertiles.

LES ROMPIS : ce terme désigne un ensemble d’arbres cassés (du latin rumpare).

Au-delà du fond de Porot, près des Hérodats, le flanc de la colline pourrait avoir été détruit par des intempéries ? Ce terme désigne aussi des cassures de terrains produisant des ruptures de pentes.

LA VALLEE BOULANGER : « Boulanger » est la corruption du patois « poumachée », nom local de la mâche sauvage, la « poumâche ».

LA COMME BOMBARDE (sur Asquins) : la bombarde est une fleur plus connue sous le nom de Julienne.

LES VAUX DE L’ABREUVOIR (sur Asquins) : Corruption de « beurjouée », nom patois de la bruyère.

LE BOIS DE L’OPPIN : c’est le nom local de l’aubépine.

LE BOIS DES BOULATS : pour « poulas » nom local des coquelicots.

LA VALLEE JEAN DEFERT : amusante transformation de « genêtière » (lieu planté de genêts) qu’au hasard d’une réfection cadastrale un habitant du pays a transformé en son nom et prénom ; il était probablement propriétaire de ces terrains.

L’histoire a aussi marqué de son sceau le parcellaire.

 La présence possible de remparts, qui expliqueraient le chemin de « ronde » qui circonscrit le village, pourrait expliquer LA PORTE (DE LA CHALLY).

Mais une autre origine à ce toponyme est défendue par G. Ducros : il s’agirait plutôt de l’Apport de la Challie : Au moyen-âge, l’apport est l’actuel champ de foire où exposent maquignons et commerçants. La challie est le fossé d’écoulement des eaux.

LE CHAMP DES EGLISES en amont du gué pavé se trouve sur le site du village disparu de Vergigny (sans doute rayé de la carte au XIIIe siècle). Les églises d’Asquins et de Blannay, ainsi qu’une église St Amâtre dont on peut penser que c’est celle d’Auxerre, y possédaient des terres. Les chemins antiques et médiévaux traversaient ce site.

De l’autre côté de la route actuelle longeant la Cure, des vignes disparues vers 1900 occupaient un revers dit « CHAMP DES CERCUEILS ». Cette appellation date sans doute du XVIe siècle ; les cercueils en question étaient en réalité des « sarqueux » ou sarcophages, fouillés dès 1610 par Erard de Rochefort qui crût y découvrir une ancienne léproserie. Martin reprit les fouilles en 1780 (récupérant au passage des monnaies du temps de Henri IV, sans doute perdues par les fouilleurs de 1610). 

Il fallut attendre les trouvailles de Mr de L’ENFERNA, maire de Montillot en 1850, puis les fouilles systématiques de l’Abbé Parat en 1905 pour identifier un cimetière de basse antiquité et des temps mérovingiens, avec plusieurs centaines de fosses.

LE CHAMP DE LA FOURCHE : la fourche était autrefois le nom de la potence où l’on pendait les condamnés. On lui donnait aussi le nom d‘ « arbre sec ».

LE POIRIER DE LA JUSTICE : il évoque la rigueur des juges et les pendaisons.

Evocation des constructions  

LA CALABERGE : corruption de la « cagne aux bergeats ». Les bergeats sont les troupeaux de moutons. La calaberge est donc une vieille bergerie, perdue entre Bouteau et les champs Gringaux.

LE BOIS DE MAL APRIS : désigne c’est une maison forestière en mauvais état (pour « abri »).

Les MAGNES sont un terme très utilisé dans la région et représentent des maisons ruinées (du bas latin « mahennari », abattre, mutiler.) BOIS DES MAGNES ; MAGNES VAUTHAIRES

L’adjectif « vathaires » correspond au vieux verbe « vaster », c’est-à-dire dévaster, ruiner.  Il est fait allusion ici à des maisons endommagées par des guerres ou des catastrophes naturelles.

De même, la MELOTTE est une déformation de magnottes : les petites ruines.

FARGES (hameau de Brosses) et LA FARGEOTTE sont deux noms provenant du latin « fabrica » : la forge. De nombreuses fonderies existèrent sur le plateau dès l’époque gallo-romaine, utilisant le minerai de fer sous-jacent.

BOUTEAU (hameau de Brosses également) se rapproche de Buteau/Butot…, nom également patronymique, et aurait une origine scandinave (Xe siècle) (de Buo, terrain, et Topt, baraque) : il désignerait un terrain sur lequel une baraque a été ou doit être construite (comme Butot en Caux). Mais si en Normandie on comprend bien l’origine scandinave du nom, en Bourgogne elle est déjà plus hasardeuse. Faut-il alors s’attarder à la racine « Butor », amertume, tristesse ?

LA CROIX DE LA SAINT-JEAN : ce serait la corruption de l’ « assoigement », vieux français désignant la consolation ! Cette croix serait celle de la consolation, le lieu où l’on recherche la douceur du recueillement.

Les activités agricoles

LE BOIS DE L’ESSERTIE : L’essertié est un terrain défriché et mis en culture (latin « exarta »). Le village d’Essert, près de Vermenton, a la même origine.

LES ESSENCES : corruption du vieux mot « aisances » qui étaient des terrains paroissiaux laissés à la disposition des paysans pauvres.

LES PRES MONSIEUR : il s’agirait là du vieil adjectif « meseleu » , du latin «   misellum » : misérable. C’étaient des prés fangeux et de mauvaise qualité. Depuis cette époque, le drainage puis le chaulage ont amélioré la qualité de certains terrains.

PLAN DE FOLLE : proviendrait du vieux français « la plante foïée ». Au moyen-âge, une plante est une plantation de jeunes vignes, et parfois une pépinière de pieds de vigne. Au Vaudonjon, on a ainsi deux lieux dits : « la Plante » et « les Plants ». L’adjectif « Foïée » vient du latin populaire « fullare », maltraiter, abandonner, fouler. Il s’agirait donc d’un clos de vigne mal entretenu, et qui donne de mauvais produits.

Et la COTE TOURNELLE ? Comme La Tournelle d’Asquins, ce nom mystérieux pourrait avoir son origine dans la racine « tor /tur/turra », pré-latin : il en existe plusieurs dans la région (Theuriat, Thereau, Thurot) qui toutes sont des éminences, des sommets arrondis ; sur ses pentes, c’est un vignoble de qualité, et le patois garde l’adjectif « étournellé » pour signifier pris de boisson (Meunier, 1977).

Et bien d’autres encore : le Bois Taché, Les Criaux, Letrier, Les Entes, Les Gouleteries, et Rochignard, Corbier… qui sont là pour témoigner qu’un tel exposé est toujours partiel. La recherche toponymique est une aventure toujours en évolution et faite de bonnes fortunes : instinct, graphies décodées à la lumière des patois, traditions orales, rapprochements fructueux. Ce sont souvent des conjectures qui sont fournies, plus que des certitudes. Peu de ces étymologies sont définitives, et tout apport pour les affiner, les confirmer ou les remettre en question sont les bienvenues.

BIBLIOGRAPHIE

  • Roger BRUNET, 2016 : « Trésor du terroir : les noms de lieux de la France », CNRS EDITIONS, Paris, 616pp.
  • Pierre HAASE, 2001 : « Sur les Chemins du terroir ; noms de lieux à Asquins ; Esquisse d’une recherche de microtoponymie », monographie.
  • Gérard TAVERDET : 1975-1984 : Atlas linguistique et ethnographique de Bourgogne, Ed CNRS, CRDP Dijon, 4 volumes. 
  • Gérard TAVERDET : 1996 : Les Noms de Lieux de l’Yonne, Dijon, CRDP 1983 ; nouvelle édition revue, Dijon, ABDO.



[1] Roger BRUNET, 2016

[2] Pierre HAASE 2001

[3] Gérard TAVERDET, 1983 : Atlas linguistique de Bourgogne, Ed CNRS, CRDP Dijon.

[4] Ce document, daté du 26-03-2002 a été reproduit précédemment dans le site internet de Montillot créé en 2000 (montillot89)