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Les lieux-dits

Gilbert DUCROS † 2002

Régine MORIZOT-KOUTLIDIS

« Les noms font rêver. Tous les noms : les noms dits communs et les noms dits propres, les noms de choses et les noms de personnes comme les noms de lieux. D’où vient ce nom ? D’où viennent le nom que je porte, et celui du village qui m’accueille, de ce lieu-dit où je passe ? Pourquoi a-t-on nommé ainsi cet objet, ce sentiment, ce lieu ? D’épais traités, ou des livres plus légers, sont consacrés à l’étymologie, science des sens, des origines, des racines. L’étymon est un mot d’origine grecque qui a pour sens : ce qui est, et sous-entend : ce qui est vrai parce qu’il est. On dit aussi : authentique, grec autos (soi-même) et hentes, étant, ce qui est par lui-même.

Les noms de lieux sont comme des projections des sociétés humaines. Celles-ci ont nommé les lieux selon leurs besoins, leurs représentations et leurs croyances, leur culture et leur mode de vie.

La tentation est d’inventer des interprétations, d’imaginer des légendes, qui ensuite se colportent en s’enjolivant. Ces étymologies populaires existent depuis très longtemps. Des scribes médiévaux y ont participé en réinterprétant des noms dont ils ne comprenaient pas le sens, mais auxquels ils voulaient un sens. De nos jours, tout un chacun peut écrire à son gré et le diffuser sur « la toile », jusqu’à la débauche. Ce qui, bien entendu, n’a rien à voir avec le sens originel d’étymologie : ce n’est plus l’être – vrai, c’est l’être imaginé, la fantaisie de chacun, voire le fantasme. »  [1]

Si les études du bâti et du patrimoine naturel, faune et flore, relèvent de sciences exactes, il n’en est pas de même pour la toponymie ; science faite d’hypothèses plus que de certitudes, de reconstitutions souvent hasardeuses, cherchant des appuis non en elle-même (l’évolution linguistique est trop soumise à la phonétique de patois qui font varier les prononciations d’un même terme d’un village à l’autre), mais dans l’histoire, la géographie, la géologie. Un toponyme révèle un paysage disparu, parfois sans rapport avec les cultures actuelles, qui peut avoir connu en dix siècles trois ou quatre états du paysage agricole au gré des cultures dominantes.

Ajoutons que les arpenteurs et géomètres, scientifiques férus de géométrie plus qu’historiens ou linguistes, en dépit de leur dévouement à aller nicher des bornes dans les climats les plus reculés, ont largement contribué à déformer et rendre méconnaissable bien des toponymes parmi ceux qu’ils n’ont pas délibérément rayé des cartes. Prenons pour exemple la croix de Montjoie[2], en limite de Tharoiseau et de Saint-Père, que les arpenteurs de la fin du XVIIIe siècle s’obstinent à dénommer Croix Mangeoire, en parfaite méconnaissance de son origine, de l’esprit du pèlerinage compostellan et magdalénien, et cherchant sans doute à rapporter une information orale mal saisie à un terme rural.

Pour clore cette introduction, écoutons ce qu’en dit le Professeur Gérard TAVERDET[3], de l’université de Dijon : « Il faut admettre dès le départ qu’une telle étude a des limites : les noms de lieux ne forment pas un système cohérent dont les parties évidentes pourraient éclairer les parties obscures… Parfois on est réduit à de simples hypothèses qui sont loin de faire l’unanimité des spécialistes. On est tributaire de formes anciennes qui, parfois, sont bien connues, qui, le plus souvent, sont absentes, mal connues ou même contradictoires ».

Voyons, à Montillot, comment les recherches de Gilbert DUCROS † contribuent à enrichir ces bases de données toponymiques[4]. Les verbes souvent employés au conditionnel, rappellent l’incertitude des hypothèses avancées.

Les origines toponymiques de Montillot et de ses hameaux

MONTILLOT : 

Une bulle du Pape Alexandre III datée de 1169, sous le règne du roi de France Louis VII le Jeune, fait mention du plus ancien nom connu de Montillot ; il s’agit de « Montirucht ». En vieux français, le rucht est une carrière de pierres. Rucheter ou Rocheter, c’est extraire de la pierre. A cette époque où l’on reconstruit le monastère de Vézelay et le chœur de la Basilique, il fallait trouver de la bonne pierre et le site carrier de Montillot était propice à cette extraction. C’est par la suite qu’apparaîtra le nom de « Montillot » qui fait plus précisément allusion à la nature géologique de la roche extraite.

Les actes notariés des siècles passés écrivent « Montéliot », toponyme dont nous avons deux exemples dans le département de la Côte-d’Or : Montliot près de Chatillon-sur-seine, et Montoillot non loin de Sombernon.

« Montillot » est formé de deux éléments : « Mont » : colline, hauteur ; et « liot » : ce mot d’origine gauloise désigne une pierre blanche de construction, de nature calcaire et marbrière, d’époque secondaire (130 millions d’années), à laquelle les carriers anglais, à la fin du XVIIIe siècle, ont donné le nom de Lias (« layer »). La carte géologique nous montre qu’il existe en effet à Montillot un affleurement de ces calcaires, contrairement à la région environnante. C’est ainsi que des carrières furent ouvertes dès le moyen-âge autour de Montillot.

LE VAUDONJON : 

L’orthographe « Vaux-Donjon » ou « Vau-Donjon » est apparue dans les actes notariés depuis plus d’un siècle, et figure aussi dans la carte de Cassini, un peu plus ancienne. Il n’y a pourtant jamais eu de Donjon connu à proximité ! Il se peut que se soit une déformation de l’écriture ancienne. Ce nom proviendrait du Germanique « Waidanjan », infinitif substantivé signifiant « exploitation de prairies » (allemand weide, le pâturage). 

Le hameau a été fondé lors des grandes invasions germaniques du Ve siècle et le cimetière voisin, au lieu-dit « les cercueils », fouillé au début du XXe siècle par l’abbé Parat, a livré des centaines de sarcophages mérovingiens.


Le Vaudonjon souffrit beaucoup de la guerre de Cent ans. On rapporte que presque toute la population fût massacrée et que, pour repeupler le village, les moines de Vézelay firent venir des paysans du Val d’Aillant, près d’Auxerre.

Le hameau dépendit jusqu’à la révolution de la paroisse d’Asquins et de la justice de Montillot. En Juin 1792, par pétition, il fût rattaché à la toute nouvelle commune de Montillot. Ce rattachement ne fût pas du goût de tous les Vaudojonnais dont beaucoup se sentaient socialement plus proches des vignerons d’Asquins que des cultivateurs des terres argileuses de Montillot. Asquins se vengea de cette défection en refusant le 5 Mars 1910 la pétition des habitants tendant à faire entretenir le chemin. Rares furent pendant longtemps les mariages entre garçons et filles du bourg et de son hameau

LES HERODATS : 

Le nom de ce hameau provient de l’évolution de « hébergeages », généralement employé au pluriel. L’évolution philologique du mot conduisit aux formes « hébeurgeats » puis « héreugeats », du germanique « hari » (armée) et bergeon (protéger). Ce mot a désigné initialement un campement militaire. Sa racine est la même que le verbe « héberger » et que le nom « auberge ». Puis il a désigné un ensemble de bâtiments agricoles. La valeur sémantique du terme a échappé aux copistes modernes qui ont cru bon de l’assimiler à « hérodats » nom ancien des hirondelles.

LA BERTELLERIE : 

Ce hameau voisin des bois de la madeleine porte le patronyme de Claude Bertholet, né en 1748 en Savoie, alors province du royaume de Piémont-Sardaigne. Médecin, il se réfugie en France où il demande sa naturalisation. Il s’intéresse aussi à la chimie, est élu à l’Académie des sciences, et devient collaborateur de Lavoisier.  En 1784 il est nommé directeur des teintures de la manufacture des tapisseries des Gobelins à Paris. Il participe à l’invention de l’eau de Javel, qui connut tout de suite un grand succès.

Les Bertholleries, apparues un peu partout en France à la fin du Premier Empire, blanchissaient les toiles écrues produites par les ateliers villageois. C’est le souvenir d’une blanchisserie fondée en ce lieu que commémorerait le nom du hameau

TAMERON :

Du latin « taxonaria » le « gîte du blaireau » qui a donné le nom tanière en français. La terminaison « ron » induit une valeur péjorative avec le sens de pauvres maisons en un lieu isolé.

BAUDELAINE :

Ce nom gracieux est la corruption du patois poyaudin « baudetaine » qui désigne une masure.

Mais le sens n’en est pas toujours péjoratif car dans la région de Tannerre-en-Puisaye une simple maisonnette est appelée bobitaine. L’origine de ce mot est inconnue.

MAROT :

Ce nom de lieu est assez fréquent en Bourgogne… mais avec des orthographes différentes.

Citons l’exemple du hameau de Marault, près d’Avallon. Son origine serait francique : « marisk » devenu « maraticum » en latin ecclésiastique, et « marais » en français moderne.

Le nom du hameau est donc associé à la présence du petit étang alimenté par un ruisseau.

LE GUE PAVE : 

C’est l’extrême limite de la commune, son seul accès à la Cure. Les hommes ont toujours éprouvé des difficultés pour traverser les cours d’eau. Comme la construction des ponts est onéreuse, on lui préféra longtemps le passage à gué. A un endroit où la rivière est large et peu profonde, on établissait dans son lit un dallage, un « pavé », qu’utilisait le voyageur, le cavalier, l’attelage. C’est ainsi qu’on a aménagé au gué pavé un passage qui permettait d’aller presque en ligne droite de Montillot à Avallon en passant par Domecy-sur-le-Vault. A noter que le pont de Blannay n’a été réalisé que sous le second empire, et qu’auparavant on guéait au confluent de la Cure et du Cousin. Pour la petite histoire, rappelons que la diligence qui reliait la gare de Sermizelles à Vézelay a été en service jusqu’au lendemain de la première guerre mondiale, et que la dernière diligence a sombré dans la Cure, corps et biens, au tournant de la Vernée, un jour d’hiver où le postillon n’avait plus la maîtrise de son équipage.

MALFONTAINE : 

Hameau aujourd’hui disparu, entre Fontenille et Bouteau, son nom indique une source. La source de Malfontaine se trouve aujourd’hui au croisement de trois routes, l’une allant vers l’ancien moulin de Marot et vers le village d’Asnières, les deux autres vers Brosse et Montillot. Personne n’habite plus à proximité depuis au moins un siècle, et on a peine à croire qu’il y eut là une agglomération, dont il est question dans des actes notariés datant de 1650. Il ne subsiste, dans le triangle de la jonction des trois routes, qu’un édicule marquant la captation de cette source, qui alimentait en partie la commune de Montillot depuis 1950. Et pourtant les actes notariés et les registres paroissiaux confirment que ce coin était habité sous Louis XIV, et qu’il y avait aussi quelques maisons un peu plus loin, de l’autre côté du « ru de Brosses », après un petit pont, au lieu-dit le gué de Combre.

Etude des Lieux-dits parcellaires de la commune

Certaines appellations, à connotation géographique, font florès dans la région. Il s’agit d’ « oronymes », noms attribués à des accidents de relief.

LA COME : Tenue par Lusigny (1964) comme issue de combe, le mot affecte les orthographes come, comme, caume, et localement coume, prononciation qui rejoint curieusement celle du Lot, mais aussi le mosellan coume que Vial (1983) veut faire dériver de l’allemand « kumme », écuelle, donc creux, donc vallée. Mais c’est un probable latin « cumba » (Campagnac, 1991) qui en serait plutôt à l’origine ; le proche Morvan a ses « commes ». Toutefois le mot se distingue chez nous de « combe » en ce qu’il s’est spécialisé pour désigner le versant ensoleillé d’un vallon, une pente assez rapide, une côtière en somme plus qu’un creux, dévolu souvent aux friches. 

Montillot a ainsi ses Come chemeneu, Come au roi, Come botillon

Nos comes sont finalement des variantes de » « CÔTATS » ou « COUTATS »  (JOSSIER 1882) dont nous gardons le coutat de Blannay, le cotat borne

La toponymie des bosses renvoie à celle des creux. 

Localement, il s’agit de CROTS, terme généralisé à toute la région Bourgogne, mais avec des variantes : mare en Puisaye (ROUSSET 1977), abreuvoir en basse Bourgogne (JOSSIER 1882), le crot se fait chez nous simple creux (BOUJAT 1980). 

Le CROT BLANC, au nord de Montillot, sur la colline de 292m d’altitude surplombant le village, désigne toujours une ancienne carrière de calcaire à ciel ouvert dont furent extraites des pierres ayant servi à la construction de la basilique de Vézelay.

Reste l’homonymie avec les CROS, ou pommiers sauvages, terme auquel se rattache probablement le lieu-dit de même nom, à proximité du château, en Toucheboeuf.

Il y a aussi la famille des VAUX. Le terme désigne explicitement de petites vallées ; la vocalisation semble désigner des toponymes anciens, fixés dès le XIIe siècle. Si l’origine de Vaux-Donjon (Vaudonjon) est controversée, les BOIS DE VAUX LANNES, sur Asquins, ne sont pas mieux définis. Les mentions anciennes portent VAULX L’ASNE ou VAULANES. Ce plateau boisé appartenait au chapître de Vézelay. Le 26 Mars 1575, les abbés avaient donné à ASQUINS 400 arpens sur Vaulanes et les Fontellets, que le chapître contesta, exigeant le 16 Septembre 1586 un bornage. François de Rochefort confirma ces accords en 1635. Plus qu’à l’utilisation d’ânes dans cette vallée, on pourrait penser à une dépression de terrain, du latin « vallanus » ; mais le plateau est ici régulier. Paradoxe de ces vaux en situation dominante ! VAUX CAILLE, lui, correspond bien à une vallée.

De nombreuses références au sol, aux accidents du terrain et aux cours d’eau sont ancrées dans les toponymes.

TOUNE-CUL, ou tourne-cul : pourquoi ne pas rechercher une origine celtique à ce vocable, dans sa version de « Tor quillau » ! « Tor » signifie forte déclivité et « quillau » glissant. On dit aussi que lorsque l’on travaillait aux vignes qui s’étendaient sur les deux pentes du vallon, on se tournait le… « dos ».

LA CÔTE CAFARD : le vieil adjectif « cafard » a le sens de pénible, dangereux. Effectivement, cette côte est pentue et les chariots pouvaient se renverser.

LES BOIS DE L’AIGREMONT : de « aigre », pentu, difficile à gravir. C’est en effet une colline qui domine fortement la vallée de la Cure.

LE MONT CIBOULE : c’est une hauteur en forme de massue, ou d’oignon (du latin « caepulla »)

LA COTE DE LA CLEF : « Clef » est la corruption de « quillée », la glissade en vieux français. En hiver, les enfants du Vaudonjon utilisaient des traineaux pour dévaler cette pente très accusée.

LES CHAMPS GROLON : issu du vieux français « gueurrion », il s’agit de terrains dont certaines pierres semblent avoir été grillées.

VAUX CAILLE : du vieux français « caille » le caillou. (Il en est resté les mots caillasser, caillasse). C’est une vallée caillouteuse, sans grande fertilité.

LES BOIS DES PERRUCHES (prononcer « pruches ») : il s’agit non d’oiseaux mais de terrains très pierreux

LES MEURGERS : les meurgets sont d’énormes amoncellements de pierres. Ils ont deux origines. Il s’agit parfois de sépultures gauloises pourvues d’objets familiers : armes ou pièces d’or ou d’argent (MEURGET D’ARGENT) ; ou alors ce sont d’énormes pierres plus ou moins taillées (MEURGET DE POROT).  Les meurgets cependant proviennent le plus souvent de l’épierrement des terrains de culture (vignes) ou de l’extraction des déblais des caves.

LE PRE GOULOISON : du vieux français « goulaison » la source (verbe couler). Une source y apparaît périodiquement.

LA COME AU ROI : il s’agit de la vallée au « rouel », c’est à dire au ruisseau. Effectivement un ruisselet suit une rigole après les grandes pluies.

LES LONGUES RAIES, entre Corbier et Toune-Cul, sont encore les ruels évoqués ci-dessus. Ces terrains longs et pentus sont striés de longues rigoles.

LE PRE DE LA DAME : corruption de « la doualle » qui autrefois signifiait un fossé plein d’eau qui se vide difficilement par manque de pente (latin « doga », le fossé d’écoulement).

LE BOIS DES SOILLOTTES : ce sont de vilaines mares évoquant les gîtes fangeux des sangliers (latin « sus », le porc).

FORET DE CONFLANS : ce terme désignait autrefois le confluent de deux cours d’eau. Deux ruisseaux se rejoignaient dans cette forêt.

LES PRES DE LA MORTE : en patois une morte est une pièce d’eau stagnante qui paraît morte. En fait ce mot est la corruption du vieux français « more », la tourbière.

CHAMP DU PORON : C’est un acte du 14 Août 1732 – trouvé dans la liasse ADY / G2547 : « Cure de Monteliot », acte rédigé par le curé de l’époque Jean-Baptiste FAULQUIER, qui nous donne l’origine du toponyme « le Poron » : 

Arpenteur juré de la maîtrise d’Auxerre le 14 février 1732…  Ci-après un extrait de cet acte : «     …et l’autre borne plantée à l’extrémité de la pièce de terre à moi curé apartenante, vis à vis et a deux pieds et demy au-dessus d’une grosse borne ronde et rouge, appelée porrond, faisant séparation de long entre moy curé et la veuve Gabriel Pourcheron, laquelle grosse borne ronde a été plantée entre moy curé et la dite veuve P.  par le Sieur Delapierre » ,

En annexe à ces toponymes à vocation géologique et géographique, on trouve une série de toponymes inspirés (sans doute récemment) de la faune et de la flore.

Montillot a un « CHAMP AU LIEVRE », bien connu des chasseurs. Et si LA GARENNE nomme une vaste zone sur Asquins, à l’ouest des Champs Gringaux, il en existe une aussi près de Tameron. Le terme désignait sous l’ancien régime des réserves (tout comme varenne).

Le terme est banal et antique à la fois, sans doute issu du germanique « warren », lieu clos, si ce n’est du bas-latin « warenna » lui-même mêlé de gaulois varenna.

LA COME CHEMENEU, LA COME GENET ont la même origine : le terme vient du vieux français « chenève, chenove » : le chanvre. Ce sont des vallées où poussait le chanvre. La culture du chanvre était très répandue au XVIIIe siècle et cette culture a laissé de nombreux toponymes. Le chanvre servait à la fabrication des liens, des cordages, des sacs. Son élaboration nécessitait un grand savoir-faire. Il a été supplanté au XIXe siècle par d’autres textiles d’origine tropicale, moins chers, comme le raphia. De même, une chènevière est une plantation de chanvre. LA CHENEVIERE A ROUGEOT : désignait une plantation de chanvre située dans une terre rouge, de nature argileuse (le rougeot). On peut aussi émettre l’hypothèse d’un nom, ou d’un surnom (« Rougeot »), la formulation « à » signifiant l’appartenance dans le parler morvandiau (au lieu du « de » conventionnel).

BEAUCHARME (sur Asquins) et LA PIECE DU CHARME (sur Brosses) pourraient faire penser, comme le suggère P. HAASE, qu’il s’agit d’une référence à un arbre remarquable ? Il semble plutôt que ces termes fassent référence au « charme » qui pourrait être la corruption du vieux mot « channe », autre nom du chanvre. Que dire alors de LA CANNE, vers Tameron ? Plus qu’une déformation de « channe », il s’agirait là de la « cagne » qui en vieux français désigne une maison misérable tout juste bonne pour un chien (« canis » : le chien).

Et la DAME JOINTE ? Si « Dame » est un adjectif signifiant mauvais, damné, « Jointe » est la corruption de « Chinte », encore un autre nom du chanvre. C’est un endroit où le chanvre était de mauvaise qualité.

LES POMMERATS, du vieux français « pommerets », lieu planté de pommiers. Le nom de la ville d’Avallon (du gaulois « aballo » ) induit le même sens.

LE BOIS DES PETITS FOUTEAUX : c’est le diminutif de « fou », l’ancien nom du hêtre (du latin « fagus »). 

LE GROS FOU, et LE BOIS DU FAYS ont la même origine.  On en rapprochera le « Faou », de Bretagne.

LES SAUCES : du vieux français « saulces », les osiers (du latin « salix », le saule).

LA COME BOTILLON : corruption de « boquillon », le petit bois.

LE BOIS DU FEUILLARD : les feuillards sont des branches garnies de feuilles sèches qui, les mauvaises années, permettaient d’alimenter les bestiaux pendant l’hiver.

LES CHAMPS GRINGAUT (proches de Vaudonjon mais dépendant d’Asquins) : corruption de « grainiots », adjectif médiéval qualifiant de bonnes récoltes de grains. Ces terrains, aujourd’hui boisés, difficiles à labourer, étaient autrefois fertiles.

LES ROMPIS : ce terme désigne un ensemble d’arbres cassés (du latin rumpare).

Au-delà du fond de Porot, près des Hérodats, le flanc de la colline pourrait avoir été détruit par des intempéries ? Ce terme désigne aussi des cassures de terrains produisant des ruptures de pentes.

LA VALLEE BOULANGER : « Boulanger » est la corruption du patois « poumachée », nom local de la mâche sauvage, la « poumâche ».

LA COMME BOMBARDE (sur Asquins) : la bombarde est une fleur plus connue sous le nom de Julienne.

LES VAUX DE L’ABREUVOIR (sur Asquins) : Corruption de « beurjouée », nom patois de la bruyère.

LE BOIS DE L’OPPIN : c’est le nom local de l’aubépine.

LE BOIS DES BOULATS : pour « poulas » nom local des coquelicots.

LA VALLEE JEAN DEFERT : amusante transformation de « genêtière » (lieu planté de genêts) qu’au hasard d’une réfection cadastrale un habitant du pays a transformé en son nom et prénom ; il était probablement propriétaire de ces terrains.

L’histoire a aussi marqué de son sceau le parcellaire.

 La présence possible de remparts, qui expliqueraient le chemin de « ronde » qui circonscrit le village, pourrait expliquer LA PORTE (DE LA CHALLY).

Mais une autre origine à ce toponyme est défendue par G. Ducros : il s’agirait plutôt de l’Apport de la Challie : Au moyen-âge, l’apport est l’actuel champ de foire où exposent maquignons et commerçants. La challie est le fossé d’écoulement des eaux.

LE CHAMP DES EGLISES en amont du gué pavé se trouve sur le site du village disparu de Vergigny (sans doute rayé de la carte au XIIIe siècle). Les églises d’Asquins et de Blannay, ainsi qu’une église St Amâtre dont on peut penser que c’est celle d’Auxerre, y possédaient des terres. Les chemins antiques et médiévaux traversaient ce site.

De l’autre côté de la route actuelle longeant la Cure, des vignes disparues vers 1900 occupaient un revers dit « CHAMP DES CERCUEILS ». Cette appellation date sans doute du XVIe siècle ; les cercueils en question étaient en réalité des « sarqueux » ou sarcophages, fouillés dès 1610 par Erard de Rochefort qui crût y découvrir une ancienne léproserie. Martin reprit les fouilles en 1780 (récupérant au passage des monnaies du temps de Henri IV, sans doute perdues par les fouilleurs de 1610). 

Il fallut attendre les trouvailles de Mr de L’ENFERNA, maire de Montillot en 1850, puis les fouilles systématiques de l’Abbé Parat en 1905 pour identifier un cimetière de basse antiquité et des temps mérovingiens, avec plusieurs centaines de fosses.

LE CHAMP DE LA FOURCHE : la fourche était autrefois le nom de la potence où l’on pendait les condamnés. On lui donnait aussi le nom d‘ « arbre sec ».

LE POIRIER DE LA JUSTICE : il évoque la rigueur des juges et les pendaisons.

Evocation des constructions  

LA CALABERGE : corruption de la « cagne aux bergeats ». Les bergeats sont les troupeaux de moutons. La calaberge est donc une vieille bergerie, perdue entre Bouteau et les champs Gringaux.

LE BOIS DE MAL APRIS : désigne c’est une maison forestière en mauvais état (pour « abri »).

Les MAGNES sont un terme très utilisé dans la région et représentent des maisons ruinées (du bas latin « mahennari », abattre, mutiler.) BOIS DES MAGNES ; MAGNES VAUTHAIRES

L’adjectif « vathaires » correspond au vieux verbe « vaster », c’est-à-dire dévaster, ruiner.  Il est fait allusion ici à des maisons endommagées par des guerres ou des catastrophes naturelles.

De même, la MELOTTE est une déformation de magnottes : les petites ruines.

FARGES (hameau de Brosses) et LA FARGEOTTE sont deux noms provenant du latin « fabrica » : la forge. De nombreuses fonderies existèrent sur le plateau dès l’époque gallo-romaine, utilisant le minerai de fer sous-jacent.

BOUTEAU (hameau de Brosses également) se rapproche de Buteau/Butot…, nom également patronymique, et aurait une origine scandinave (Xe siècle) (de Buo, terrain, et Topt, baraque) : il désignerait un terrain sur lequel une baraque a été ou doit être construite (comme Butot en Caux). Mais si en Normandie on comprend bien l’origine scandinave du nom, en Bourgogne elle est déjà plus hasardeuse. Faut-il alors s’attarder à la racine « Butor », amertume, tristesse ?

LA CROIX DE LA SAINT-JEAN : ce serait la corruption de l’ « assoigement », vieux français désignant la consolation ! Cette croix serait celle de la consolation, le lieu où l’on recherche la douceur du recueillement.

Les activités agricoles

LE BOIS DE L’ESSERTIE : L’essertié est un terrain défriché et mis en culture (latin « exarta »). Le village d’Essert, près de Vermenton, a la même origine.

LES ESSENCES : corruption du vieux mot « aisances » qui étaient des terrains paroissiaux laissés à la disposition des paysans pauvres.

LES PRES MONSIEUR : il s’agirait là du vieil adjectif « meseleu » , du latin «   misellum » : misérable. C’étaient des prés fangeux et de mauvaise qualité. Depuis cette époque, le drainage puis le chaulage ont amélioré la qualité de certains terrains.

PLAN DE FOLLE : proviendrait du vieux français « la plante foïée ». Au moyen-âge, une plante est une plantation de jeunes vignes, et parfois une pépinière de pieds de vigne. Au Vaudonjon, on a ainsi deux lieux dits : « la Plante » et « les Plants ». L’adjectif « Foïée » vient du latin populaire « fullare », maltraiter, abandonner, fouler. Il s’agirait donc d’un clos de vigne mal entretenu, et qui donne de mauvais produits.

Et la COTE TOURNELLE ? Comme La Tournelle d’Asquins, ce nom mystérieux pourrait avoir son origine dans la racine « tor /tur/turra », pré-latin : il en existe plusieurs dans la région (Theuriat, Thereau, Thurot) qui toutes sont des éminences, des sommets arrondis ; sur ses pentes, c’est un vignoble de qualité, et le patois garde l’adjectif « étournellé » pour signifier pris de boisson (Meunier, 1977).

Et bien d’autres encore : le Bois Taché, Les Criaux, Letrier, Les Entes, Les Gouleteries, et Rochignard, Corbier… qui sont là pour témoigner qu’un tel exposé est toujours partiel. La recherche toponymique est une aventure toujours en évolution et faite de bonnes fortunes : instinct, graphies décodées à la lumière des patois, traditions orales, rapprochements fructueux. Ce sont souvent des conjectures qui sont fournies, plus que des certitudes. Peu de ces étymologies sont définitives, et tout apport pour les affiner, les confirmer ou les remettre en question sont les bienvenues.

BIBLIOGRAPHIE

  • Roger BRUNET, 2016 : « Trésor du terroir : les noms de lieux de la France », CNRS EDITIONS, Paris, 616pp.
  • Pierre HAASE, 2001 : « Sur les Chemins du terroir ; noms de lieux à Asquins ; Esquisse d’une recherche de microtoponymie », monographie.
  • Gérard TAVERDET : 1975-1984 : Atlas linguistique et ethnographique de Bourgogne, Ed CNRS, CRDP Dijon, 4 volumes. 
  • Gérard TAVERDET : 1996 : Les Noms de Lieux de l’Yonne, Dijon, CRDP 1983 ; nouvelle édition revue, Dijon, ABDO.



[1] Roger BRUNET, 2016

[2] Pierre HAASE 2001

[3] Gérard TAVERDET, 1983 : Atlas linguistique de Bourgogne, Ed CNRS, CRDP Dijon.

[4] Ce document, daté du 26-03-2002 a été reproduit précédemment dans le site internet de Montillot créé en 2000 (montillot89)

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Montillot avant l’Histoire

A. BUET †, 2012

MONTILLOT est un village du Sud du département de l’Yonne, à 32 km au SSE d’Auxerre, et à 15 km à l’Ouest d’Avallon, chef lieu de l’arrondissement et ville la plus proche. Il se trouve sur la ligne droite reliant Auxerre à Vézelay, à 6 km de cet autre village, chef-lieu du canton et site touristique bien connu. Le territoire  de la commune couvre 2245 ha, et sa population, recensée en 2006, est de 280 habitants, répartis entre le bourg et 3 hameaux, Tameron, le Vaudonjon et les Hérodats.

Le premier document citant Montillot date de 1169 ; c’est une bulle du pape Alexandre III qui définit le territoire placé sous la juridiction de l’Abbaye de Vézelay. Depuis l’origine, agriculture et élevage constituent les ressources de base des familles de ce village. La couverture végétale dépendant de la nature du sol et du sous-sol, il nous a paru nécessaire, avant de nous plonger dans l’histoire de ces familles,  de décrire le contexte géologique actuel et son histoire, à partir des travaux des chercheurs bourguignons des 19ème et 20ème siècles. Les sols des alentours de Montillot se sont constitués au cours de l’ère secondaire des géologues, dans sa deuxième phase, le « jurassique moyen », il y aurait entre 170 et 150 millions d’années. Plus de 4 milliards d‘années s’étaient alors écoulés depuis la formation de la « planète Terre ». Initialement en fusion, la « croûte terrestre » s’est refroidie lentement . Des continents se sont formés, puis se sont disloqués, et se sont recombinés plus tard , en glissant sur le « manteau terrestre » sous-jacent, visqueux et agité de mouvements de convection, car chauffé par le noyau terrestre en fusion… Conséquence de ces mouvements : des  compressions et des chevauchements de « plaques tectoniques » voisines qui créent des chaînes de montagnes. C’est ainsi qu’au cours de la période « carbonifère » de l’ère primaire apparaissent les Monts Apalaches de la future Amérique du Nord, ainsi que, dans la future Europe, les Ardennes, le Harz, le Massif Armoricain, le Massif Central, les Vosges, la Forêt Noire …( il y a environ 300 millions d’années). C’est le « plissement hercynien » essentiellement dû au « rapprochement » de 2 supercontinents, l’un dans l’hémisphère Sud, le GONDWANA, l’autre un peu plus au Nord, l’EURASIE. Leur soudure se termine au cours du « Permien », dernière période de l’ère primaire pour constituer la PANGÉE avec au Nord une mer froide et au Sud-Est la THETIS, océan chaud.

Noter qu’à cette époque la France aurait été située au niveau de l’Equateur.

 Les géologues placent le début de l’ère secondaire vers – 245 millions d’années et la partagent en trois périodes : le Trias, le Jurassique et le Crétacé. Au cours du Trias, on a, sous un climat désertique, un début d’érosion de la chaîne hercynienne. Des débris gréseux (sable aggloméré) alimentent les fosses apparues entre les nouveaux reliefs, par exemple entre le Morvan, les Ardennes, les Vosges  et les Monts de Bretagne, – le futur  « Bassin Parisien » – et de même pour le Bassin Aquitain. Mais, phénomène plus important, le nouveau supercontinent subit des pressions internes d’origine volcanique qui provoquent une nouvelle cassure, cette fois entre la partie Est et la partie Ouest. Une grande faille sépare les futurs continents Afrique et Amérique et ouvre l’Océan Atlantique-Nord. La plus grande partie du continent de la future Europe de l’Ouest est submergée par des mers tropicales et peu profondes

Au début du Jurassique, la mer envahit l’ensemble de la France ; seules quelques régions émergent, Massif Armoricain, Ardennes, Massif Central… Les mouvements successifs de la mer ont déposé des sédiments durant plus  de 200 millions d’années dans la cuvette du Bassin parisien, dont le fond s’affaisse sous la charge. ( Ces dépôts , complétés à l’ère quaternaire par les alluvions au fond des vallées atteignent aujourd’hui une épaisseur de 3000 mètres à l’Est de Paris ). Des couches se sont succédé, avec des compositions différentes selon les conditions environnementales propres à chaque époque (hauteur d’eau variable en fonction de la température par exemple), telles des assiettes empilées, la plus grande s’appuyant sur le socle des massifs granitiques du pourtour.

On voit donc sur la carte géologique du Bassin Parisien un ensemble de couronnes concentriques – les bords des « assiettes » -,  les plus anciennes , de l’ère primaire, à l’extérieur, et en se rapprochant du centre Paris, on franchit le secondaire, le tertiaire, puis le quaternaire.

coupe du bassin parisien

  (d’après Cavelier, Mégnien, Pomerol et Rat -1980)

Application au département de l’Yonne :- à la pointe extrême Sud-Est, depuis le Sud de Quarré-les-Tombes jusqu’à l’intérieur même de la ville d’Avallon, nous sommes dans le Morvan, avec un point culminant à 609 m,  On a surtout des roches de granite et de gneiss, composées de quartz, mica et feldspath, qui sont des silicates de divers métaux ( Al, Ca , K, Fe, Mg…). Sous l’effet des pluies acides , ces roches se sont décomposées en surface ; un sable grossier l’arène, les recouvre.- on a un 2ème « bord d’assiette », de largeur 10 à 20 km, à l’Est et à l’Ouest d’Avallon. Le sol de la Terre-Plaine s’est constitué au Lias ( début du Jurassique) par érosion des roches silicatées en argiles et marnes ( roches tendres contenant moitié argile et moitié calcaire) sur les pentes du Morvan baignées par la mer.- puis une bande Sud-Ouest / Nord-Est , large de 30 à 40 km, jusqu’aux abords d’Auxerre et de Tonnerre, couvrant ce qu’on a coutume d’appeler les plateaux de Basse-Bourgogne, relevant du Jurassique moyen et supérieur ( le « supérieur » étant le plus tardif), et où la sédimentation calcaire remplace les dépôts silicatés. Ces dépôts calcaires sont composés essentiellement de « fossiles » c’est-à-dire de débris d’animaux et de végétaux marins.

Selon l’origine de ces dépôts, cette bande est partagée en deux :> la première partie, au Sud, dans laquelle se trouve Montillot, a une largeur moyenne de 15 km, et est limitée grossièrement au Nord par une ligne allant de Lucy-sur-Yonne à Ancy-le-Franc. On a ici des calcaires « à dominante oolithique et bioclastiques ». Les « oolithes » sont des grains sphériques (diamètre de l’ordre du mm en moyenne) formés par dépôt chimique de couches successives de carbonate de calcium, autour d’un « noyau », constitué de débris de roches ou d’origine biologique (« bioclaste »). Le calcaire oolithique, dépourvu de fossiles, est le plus compact et est utilisé en pierre de taille pour les grandes constructions ( pour les églises, voir l’étude de M. Stéphane BUTTNER, du Centre d’Etudes médiévales d’Auxerre, sur « les matériaux de construction des églises dans l’Yonne » publiée en septembre 2010 ). pour plus de détails sur les cartes, aller sur>>>>> GEOPORTAIL ou >>>>> INFOTERRE 

> la 2ème partie, au Nord de la précédente, se caractérise par des « récifs coralliens » : dans une mer peu profonde et de température supérieure à 18 degrés, des animaux, les mandrépores, et des végétaux se sont associés et ont fabriqué en commun un support calcaire, le « polypier », à partir des ions « carbonate » et « calcium » contenus dans l’eau de mer (ce phénomène curieux se poursuit de nos jours dans les régions maritimes tropicales, Polynésie, Caraïbes, Australie…).  Les récifs de notre région ont été construits au début du « jurassique supérieur – étage oxfordien – » , il y a environ 150 millions d’années, en 500 à 600.000 ans. Ils constituent une masse rocheuse importante, de largeur 2 à 25 km, au Nord d’un ligne approximative Clamecy-Saint-Moré ; l’épaisseur pouvant atteindre  80 à 100 m. Des coupes de ces roches apparaissent en falaises au bord des rivières, à Mailly-le-Château, Merry-sur-Yonne, Châtel-Censoir…( Dans la carrière des Rochers du Parc – actuellement réserve naturelle -, on observe sur les parois les silhouettes de nombreux coraux « en position de vie » ).

 Les « récifs de la vallée de l’Yonne » ont été décrits en détail à partir de 1972 par le géologue Pierre RAT dans son « Guide géologique Bourgogne-Morvan » . Il y présente une « construction généralement non stratifiée, orientée W-E » qui « forme barrière entre la mer ouverte, côté Bassin de Paris, et une plate-forme peu profonde, lagon, dont l’extension vers le Sud n’est pas connue du fait de l’érosion ».

L’ « avant-récif », tourné vers le large, serait situé à Mailly-le-Château, la « barrière récifale » aux Rochers du Parc, l’ « arrière-récif » aux Rochers du Saussois. Le « récif tabulaire » (système récifal inférieur, – le plus ancien -) apparaît plus en arrière ; près de Châtel-Censoir : l’examen d’une falaise surplombant la voie ferrée met en évidence les  couches correspondant aux étages successifs du jurassique : callovien moyen , callovien supérieur, oxfordien inférieur et moyen…, chacun avec leurs fossiles caractéristiques. Tout en haut affleure le « complexe récifal supérieur », au même niveau qu’aux rochers du Saussois (altitude 180 m).

La carte géologique de la région Yonne-Cure fait apparaître nettement un large massif coté   «  J6a-5 » = « étage oxfordien supérieur et moyen » avecsa bordure Nord de Mailly-le-Château à Arcy sur Cure, entaillé par les deux vallées. Vers le Sud, il semble s’effilocher en plusieurs plaques, séparées par des zones cotées « mp = miocène-pliocène », donc relevant de l’ère tertiaire

Montillot se trouve donc à peu près au centre de la partie des  « Plateaux de Basse-Bourgogne » située entre les vallées de l’Yonne et de son affluent, la Cure. En leurs points les plus proches, les altitudes de ces cours d’eau sont de 136m pour la Cure au Gué-Pavé et de 135 m pour l’Yonne près de Châtel-Censoir, alors que le village est à 227 m. Les routes principales rejoignant Montillot depuis les vallées proches montent donc d’une centaine de mètres, ce qui peut justifier le toponyme (« petit mont » ? ).

Tout près du village on a 2 collines boisées de 300 mètres environ (la montée commence aux dernières maisons…) et une plaine cultivée.

Carte IGN

Les collines =>

a)- Au Sud-Ouest, le « Bois des Perruches » (sommet à 316 m) est classé par les géologues « J3b – étage callovien moyen, calcaires marneux » . Des sondages. de prospection pour alimentation en eau du village, effectués en 1991 par le B.R.G.M  ( Service géologique national) ont précisé cette structure . En creusant à partir du sommet, on a rencontré :

– 35 m de calcaire cristallin (J3b = « callovien moyen »

– 100 m de calcaires oolithiques à entroques – pièces calcaires provenant de la désagrégation du corps des « crinoïdes » ou « lys de mer » qui formaient de vraies prairies sous-marines-

– 50 m de marnes et de calcaires marneux jaunâtres (J2a =: « bathonien inférieur »)

–  ensuite on atteint les premiers dépôts du jurassique ( l5-6 = lias supérieur, marnes ( le  « lias » étant le « jurassique  inférieur », le plus ancien ) Toute la partie supérieure de la colline date donc du jurassique moyen, « bathonien » puis « callovien », en gros moins 170 à moins 160 millions d’années (-100 Ma) (c’est la « Grande Oolithe » des anciens auteurs).

b)- au Nord-Ouest,  le « Crot blanc » (sommet à 292 m) , classé J6a-5 , jurassique supérieur, comme le massif corallien cité plus haut. Sa partie supérieure affleurante,  datant de -160 à -155 Ma, est donc un peu plus récente que celle de la colline voisine des Perruches ( on y trouve les vestiges d’une ancienne carrière). Le Crot blanc se prolonge au Nord sur 3 km, avec la même structure, entre Brosses-le-Haut et son hameau La Perrière. Sur la carte géologique, cet ensemble apparaît comme un morceau détaché de l’arrière-récif dont le front avant est à Mailly-le-Château et Mailly-la-Ville.

Dès 1847, Gustave COTTEAU, géologue réputé pour sa connaissance des fossiles, avait signalé l’étendue arrière de ce massif, qu’il appelait le « coral-rag ». Dans le Bulletin de la Sté des Sciences de l’Yonne, il écrivait ; « Le coral-rag occupe une grande place dans notre département ; il est largement développé depuis Mailly-la-Ville jusqu’à Etais ; sur toute cette bande, la mer corallienne, franchissant les rivages naturels que lui opposait l’oxford-clay moyen (dit aujourd’huile «callovien »), recouvrit sous ses roches madréporiques des formations beaucoup plus anciennes et vint à Montillot et à Andryes, laisser des traces de son séjour jusqu’au milieu de l’étage bathonien »…

 On remarque 2 autres « appendices » analogues prolongeant le récif vers le sud , au niveau de Bois d’Arcy-Saint Moré à l’Est et au Sud de Châtel-Censoir à l’Ouest. Des dépressions d’altitude moyenne 200 m, les séparent, résultant peut-être de tassements de la croûte terrestre sous le poids des sédiments.   . Mr Denis BAIZE, de l’INRA-Orléans, a émis l’hypothèse en 1991 que ces alluvions anciennes « jalonnent un très ancien cours d’eau le long d’un axe Asquins, Montillot, Bois d’Arcy, Avigny, Bazarnes ».

La plaine   =>  lieux dits « plaine de la Chally » et « la Canne »

 Pratiquement horizontale, entre les cotes 210 et 220 m, elle se situe justement dans une zone de « tassement » signalée entre les vestiges d’arrière-récifs coralliens. Classée « mp » = miocène-pliocène , par les géologues, elle résulterait, d’après la notice BRGM de la carte « Vermenton » au 1/50000, d’alluvions très anciennes et de dépôts « détritiques » (désagrégation de roches par érosion) de l’ère tertiaire, dans une très ancienne vallée (« paléo-vallée ») sur une épaisseur de 10 à 20 m . Des fouilles peu profondes y ont mis en évidence :

– une   « matrice argileuse et siliceuse rougeâtre »

– des gravillons, des nodules ferrugineux, de petits quartz venant du Morvan proche

– des « chailles » (ou « cailloux ») plus gros, certaines jaunes en coupe , d’autres de grès ferrugineux, d’autres de quartz.. ;

– quelques éléments plus gros (diamètre 30 cm) de grès ferrugineux.

D’après Mr Denis BAIZE, décrivant ce secteur Montillot-Bois d’Arcy, :  ces alluvions occupent une sorte de « poljé » (plaine des paysages karstiques) s’étendant entre des buttes de calcaire récifal pentues et aux sommets arrondis, les « buttes rondes ». Ces alluvions sont déposées sur un socle callovien.

Mr COLLENOT, dans le bulletin de la Société des Sciences de Semur de 1871 signale ce « bassin de  l’époque tertiaire dans lequel se trouve au sud le village de Montillot »… «  limité par Rochignard, la colline du Bois d’Arcy et la Côterette ; la tuilerie[1] de Montillot emploie des argiles jaunes, tachées de blanc et de rouge, avec quelques gros grains de quartz, qui sont tirées  sur une épaisseur de 2 mètres au N-E du village et dans lesquels il y a , çà et là, des nids de sable grossier rouge »

Mr COLLENOT rappelle que  Mr MOREAU, autre géologue, avait attiré l’attention en 1864, dans le bulletin de la S.E.Avallon, sur un autre « abaissement très prononcé », qui « passe  par-dessus Blannay, Bois d’Arcy et arrive à Mailly-le-Château, près des Roches du Saussois » ; il ajoutait : « il est tellement prononcé qu’on a pensé à y placer un chemin de fer »….

La plaine proche de Montillot est propre à la polyculture, telle que pratiquée jusqu’au milieu du 20ème siècle ; blé, avoine, orge, seigle, betteraves , fourrage – trèfle, luzerne, sainfoin et graminées diverses -, arbres fruitiers, fraisiers, framboisiers… La plupart des pâtures situées autour du village, dans une zone plus limoneuse, disposaient toutes d’un abreuvoir, fouille peu profonde, étanche grâce à la couche d’argile sous-jacente, et conservant l’eau de pluie et de ruissellement proche . A l’intérieur même du village, 4 ou 5 mares, – maintenant comblées – , construites sur le même principe, accueillaient les troupeaux chaque soir… Montillot n’a en effet pas de source sur son plateau ; les eaux de pluie s’infiltrent dans les fissures de couches calcaires et les sources n’apparaissent que dans les vallées : à l’Est dans le hameau du Vaudonjon, près de la Cure ; à l’Ouest à l’étang de Marot qui alimente le « ru de Brosses ».  Dans la même zone proche du village, on a cultivé le chanvre jusqu’à la    fin du 19ème siècle ; les chénevières exigeaient en effet un sol frais et profond, engraissé au fumier de ferme (bétail et volailles), cette plante à racine pivotante pouvant atteindre plusieurs mètres en 3 mois. Ensuite ces terres ont été utilisées en jardins potagers  (cf l’ancien lieudit « Pré du Mitan »)..

 Territoire de la commune

 Après le premier cycle de sédimentation à dominante calcaire, la mer se retire de nos régions, suite à d’importants bouleversements à la surface de notre planète ; l’Océan Atlantique-Sud s’ouvre, séparant la future Amérique du Sud de la future Afrique, laquelle va commencer à se rapprocher lentement de la future Europe…

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Si on s’éloigne du village vers le Nord-Est, une pente s’amorce à environ 1 km vers 2 autres collines atteignant également 300 m ; L’une, « Rochignard », présente à son sommet une plaque affleurante de quelques dizaines de mètres d’arrière récif corallien « J6a-5 » sur un sous-sol du callovien ( J3 = «  chailles litées et calcaires oolithiques »). L’autre, du Callovien aussi, domine d’un côté le hameau des Hérodats, de l’autre la vallée de la Cure à Blannay. A partir du début de la pente, sur 5 ou 600 mètres, le sous-sol est un peu plus ancien, classé J2c-b = « bathonien supérieur et moyen, calcaires oolithiques et marnes ». Dans cette zone, exposée au Sud-Est, où la couche arable est moins épaisse, la vigne a été cultivée jusque vers 1960 ( il y avait 60 ha de vignes au début du 20ème siècle sur le territoire de la commune).. A 1 km vers le Sud-Est  la descente s’amorce vers la vallée de la Cure ;  35 m d’altitude  sont perdus au haut du hameau du Vaudonjon  et 55 m au bas. Dès le début , on quitte la plaine et on retrouve un sous-sol plus ancien, classé J2a = « bathonien inférieur, calcaires marneux et marnes »., le même rencontré au cours du forage aux Perruches, à -135 m…Les registres d’état-civil du 19ème siècle citent de nombreux vignerons habitant le Vaudonjon ; ils exploitaient les terres pentues  exposées au Sud-Est. Moins d’un km après Vaudonjon le Bas, on rejoint la Cure, avec ses alluvions, anciennes (« Fy ») au pied des pentes et plus modernes ( « Fz ») dans le lit même de la rivière ( sables et graviers du quaternaire).. Vers le Sud, le territoire de la commune s’allonge sur 3 à 4 km vers celui de Vézelay. C’est une zone boisée, mis à part les alentours proches de petits  hameaux, la Charbonnière et la Bertellerie. Le sous-sol est classé J2b-3a = « callovien inférieur ; bathonien moyen et supérieur; calcaires oolithiques ». En surface, selon la nature du calcaire sous-jacent, on a des formations argileuses d’épaisseur variable appelées « terres d’aubues » – au-dessus des calcaires durs – et « argiles à chailles »[2] – éléments grossiers siliceux, au-dessus des affleurements du callovien -.Nos sous-sols profonds datent  donc bien  du jurassique, deuxième période de l’ère secondaire.

Au début du crétacé ( -135 millions d’années), retour de la mer, avec une 2ème sédimentation – argilo-sableuse -, après quoi la mer se retire, puis revient au crétacé supérieur causant une 3ème sédimentation.A la fin du crétacé, donc de l’ère secondaire  – 65 millions d’années , période où l’on place la disparition des dinosaures –, la mer se retire définitivement de nos plateaux de Basse-Bourgogne.Au cours de l’ère tertiaire se forment les grandes chaînes de montagnes actuelles, des Alpes à l’Himalaya, par suite de la remontée vers le nord des plaques tectoniques des continents africain et indien, de leur collision ( période oligocène, vers – 30 Ma) avec la plaque eurasienne, puis du chevauchement de leurs bordures.

Ce phénomène a pour conséquence de soulever le Morvan et de le faire basculer vers le Nord-Ouest, ce qui provoque des fractures et accentue l’action d’érosion des eaux-vives ., Des limons, des dépôts de sable et d’argile à silex, sans coquillages marins, comblent les creux du relief   ( par exemple, la plaine de Montillot au mio-pliocène) et des vallées se creusent.

L’ère quaternaire, débutant il y a environ 2 millions d’années, est caractérisée par des glaciations successives et l’apparition de l’Homme. Les 4 dernières périodes glaciaires se situent vers  – 600000, – 480000, – 240000 et – 120000 ans et ont duré de 50 à 100000 ans chacune. La dernière s’est terminée il y a 10000 ans.

 Après une longue  évolution biologique, en passant par l’australopithèque il y a 2 millions d’années, l’homme arrive à sa forme « moderne » – l’homo sapiens – il y a environ 35000 ans. Des restes de son prédécesseur l’Homme de Néanderthal, ont été reconnus par le professeur LeroyGourhan et sonéquipe,au cours des   recherches  effectuées dans les grottes des massifs calcaires d’Arcy-sur-Cure à partir de 1946. Ces grottes constituaient des abris au cours de la dernière période glaciaire. Le mode de vie et les outils inventés par ces hommes – caractéristiques de l’âge de pierre – ont pu être décrits.

Autres traces de la présence de lointains ancêtres en 1879, recherchant des pierres pour  l’entretien du chemin de Montillot à Tameron, on a trouvé sur le versant Sud de la colline voisine de Rochignard, 4 amas de pierres de 15 à 20 mètres de diamètre et 1m50 à 2 m de haut, qui étaient en fait des sépultures (les « tumuli »). Les objets déposés à côté des squelettes ont été estimés comme relevant du début de l’âge du fer, c’est-à-dire datant d’il y a environ 3000 ans.

Nous sommes très près de l’époque actuelle…En parlant du paléolithique et de l’âge de pierre à Arcy, puis des âges du bronze et du fer à Rochignard, nous ne sommes plus dans l’histoire de la Terre, mais dans celle de l’Homme.

C’est  un autre chapitre qui s’ouvre A suivre

BIBLIOGRAPHIE

– Cartes géologiques GEOPORTAIL et INFOTERRE

– BSSY 1847 : p36  G,Cotteau ; géologie de l’Yonne.

                        P18  Quantin : monuments religieux.

                        P 307 G ;Cotteau – le massif corallien de l’Yonne

– BSSY 1858 p 349 – V.Raulin – catalogue des roches de l’Yonne.

– BSSY 1864 –p 53-59- G.Cotteau – provenace des pierres de la construction primitive de l’église de Vézelay

– BSS Semur 1871 – Collenot – géologie de l’Auxois.

– 1966 -Notices BRGM cartes géologiques « Avallon »  et « Vermenton »

– CRDP Dijon 1984 –« l’Yonne, un département ».

– 1972-1986 – P. RAT – guide géologique Bourgogne-Morvan

– « Sciences du sol 1991 » – Denis BAIZE -sols et formations superficielles S-E du Bassin Parisien.

– BRGM 1991 – rapport Corvet-Gervain- recherches hydrauliques à Montillot

– P.U.Rennes 2009-  A .Timbert – e Chevet de la Madeleine de Vézelay.

– 2009 – Claude ALLEGRE et René DARS : « la géologie, passé, présent et avenir de la Terre »

– BUCEMA  2010– CNRS-Auxerre- St. Büttner – matériaux de construction des églises  de l’Yonne


[1]– dans les matrices de l’ancien cadastre de Montillot, on trouve qu’en 1844 a été construite une tuilerie sur la parcelle cotée alors D345 ( aujourd’hui en face du 4  rue de la Duite) par son propriétaire Pierre Joseph Alexandre de LENFERNA.

[2] – « chaille » = « caillou » en ancien français